Prisonniers à Poudlard 11
Snape attendit que Drago et l'autre professeur sortent de l'infirmerie avant de s'approcher d'une petite pièce où reposait le directeur de Poudlard. Le serpentard fut surpris et pour le coup, inquiet. Le vieil homme allongé dans le lit, entre les draps blancs, n'avait plus rien de vivant et hormis le très léger souffle qui sortait d'entre ses lèvres entrouvertes il aurait pu penser que s'en était terminé de sa mission de lui arracher des souvenirs. Il en était presque frustré.
-Il est comme ça depuis combien de temps ? interrogea le maître des potions sans lâcher le directeur des yeux à Pompom Pomfresh qui venait d'apparaître à ses côtés.
-Ce matin.
-Si je ne voyais pas sa poitrine se soulever, je penserai qu'il est perdu...
-Il est de plus en plus faible et malgré tout ce que j'ai tenté pour le sortir de son apathie...rien n'y a fait. Je ne sais plus si c'est possible de le sauver et j'avoue que ça me pose un problème.
-Je veux rester seul avec lui, Pompom.
L'infirmière regarda Snape, curieuse et interrogatrice face à son ordre qui n'admettait aucun refus.
-Je suppose qu'il est inutile que je te demande pourquoi ?
-En effet, c'est inutile.
-Très bien, je te laisse, Severus, mais essaye de ne pas l'épuiser plus que nécessaire.
L'homme ne répondit pas à l'infirmière car il n'était pas certain de tenir sa promesse. Elle soupira puis finit par sortir de la petite chambre que Snape ferma par magie afin d'y être tranquille, et agir tout à son aise. Le serpentard regarda attentivement le vieil homme puis s'assit au bord du lit en se demandant comment il allait procéder. En fait il n'y avait pas plusieurs manières s'il voulait des résultats...et surtout des réponses.
Plus Snape pensait et plus il se disait que Harry avait raison. Albus était leur homme car personne d'autre à Poudlard ne serait capable de fournir une aussi grande magie, Harry excepté, et là il était certain que ce n'était pas le gryffondor qui agissait ainsi.
Sonder l'esprit du vieux directeur n'allait pas être sans conséquence, il espérait quand même que cela se fera sans douleur, pour l'un comme pour l'autre, mais là il en doutait fermement.
Snape pointa sa baguette vers la tête de Dumbledore et prononça le sortilège de légilimencie avant de se voir violemment rejeté avec force. Le maître des potions renifla puis se prépara mentalement avant de renouveler l'expérience. Cette fois l'expulsion fut douloureuse mais ça ne rebuta pas Snape de recommencer de suite et de sentir une résistance hors du commun le repousser une fois de plus et lui déchirer la tête dans une douleur incroyablement vigoureuse.
C'était la première fois qu'on lui résistait ainsi, jamais il n'avait vu ça. Le vieux fou avait des forces cachées, même inconscient, mais lui en avait encore plus. Il n'était pas dit qu'aujourd'hui on allait le tenir en échec et surtout il avait une motivation inégalé, même Albus ne pourra tenir longtemps contre sa détermination.
La porte de la chambre d'Albus s'ouvrit lentement puis se referma doucement alors que Snape se voyait éconduit avec en prime un violent mal de tête qui le laissa pantelant quelques secondes sur le sol de la petite chambre.
-Comment ça se passe ? demanda l'auror en s'approchant du lit tandis que Snape se relevait avec son aide quelques secondes plus tard.
-Il résiste, le bougre, même si je ne comprends pas comment il fait. Il semble si faible pourtant...
-On parle d'Albus, Severus.
L'homme recommença et cette fois réussit à rester dans les souvenirs du vieil homme. C'était difficile, il fallait de la volonté et une forte résistance et surtout des nerfs solides et une forte magie.
Cela faisait cinq minutes que le serpentard sondait le cerveau récalcitrant, quand Harry s'inquiéta et que ses sourcils froncèrent de mécontentement. Il attrapa rapidement une serviette et épongea le sang qui coulait du nez de son compagnon qui ne s'était rendu compte de rien.
Snape marchait dans les méandres des souvenirs d'Albus. Il écarta ce qui n'était pas important et s'enfonça peu à peu vers des profondeurs dangereuses; là où se trouvaient les Interdits, des choses occultes que personne ne devait jamais découvrir.
Severus regarda la cavité sombre où des flashs électriques de couleurs violentes éclataient par intermittence devant lui. Snape fit un pas en avant puis un autre avant de sentir son corps souffrir mille morts et sa tête éclater et se déchirer dans une douleur insupportable. Car même s'il était assis sur le lit du malade, il ressentait la douleur qu'Albus lui faisait endurer à travers sa magie.
Harry paniqua, les saignements ne cessaient pas et en supplément le sang s'écoulait maintenant de ses oreilles et quand on voyait la pâleur du maître des potions, il y avait de quoi se faire du souci pour sa santé. L'auror secoua légèrement le légilimence mais il ne revint pas vers lui et ça ce n'était pas normal.
Snape chancela au bord du lit et sa baguette s'échappa de ses doigts et tomba sur le sol. Le jeune homme para au plus pressé et installa Severus sur un fauteuil puis ramassa sa baguette avant de prendre une décision importante.
-Hichito...j'ai une mission pour toi, ordonna Harry en fourchelang.
Le serpent ondula, siffla puis frémit d'impatience.
-Tu vas aider cet homme, ajouta l'auror en fourchelang, donne-lui de ma puissance et quand il aura terminé, ramène-le-moi...en entier.
La bête baissa lentement la tête puis sortit sa langue avant de glisser sur la peau de son maître avant d'atteindre celle de Snape et de se mettre en action. Harry vit Hichito se placer et s'enrouler autour du corps de Snape et se faufiler ensuite sous sa chemise et s'imprimer à même sa peau. Maintenant, pensa le jeune homme, son compagnon allait pouvoir commencer son véritable travail avec un peu plus de facilité sur le directeur de Poudlard.
L'homme se sentit mieux, beaucoup mieux. Il sentit un regain de magie faire son apparition et envelopper son corps en entier. Il put enfin entrer sans effort dans les secrets d'Albus bien rangés dans des compartiments de différentes grandeurs, et le nombre de ces compartiments étaient hallucinants. A croire que la vie même du vieil homme était un secret et que tout ça se trouvait bien à l'abri derrière les petites portes closes.
Snape en ouvrit une au hasard et aperçut une jeune femme allongé sur un lit, morte, avec des personnes pleurant autours d'elle. Une autre lui montra Tom Jédusor enfant, seul au milieu d'autres enfants indifférents à la détresse du futur Lord Noir. Plus tard il devenait un homme assoiffé de puissance et de vengeance, un homme qu'Harry avait compris, pensa Snape.
Les portes suivantes ne lui apprirent rien, par contre la neuvième résista puis céda et survint devant ses yeux un Albus triste et tout à fait conscient que Severus avait passé ses barrières mentales les unes après les autres.
-Pourquoi ? demanda le directeur de Poudlard. Tu n'avais pas le droit de venir dans ce lieu, je te l'avais interdit.
-J'ai tous les droits, surtout quand le monde magique est en danger, Albus. Vous n'avez pas idée de ce que vous avez déclenché et ce que nous, nous subissons depuis des semaines pendant que vous vous prélassez dans un lit.
-Je ne peux pas te laisser voir ces souvenirs, ils m'appartiennent.
-Plus maintenant...je dois voir de quoi il s'agit, pour le bien de tous.
-Tu ne pourras y accéder, Severus, menaça le vieil homme en grondant sourdement.
-Dites-moi seulement si c'est vous qui avez provoqué ce chaos ?
-Peut-être bien...malgré moi.
-Comment c'est possible ? Vous êtes dans l'incapacité de faire de la magie dans votre état.
-Je ne peux pas t'en dire plus.
-Comment on arrête ça ?
-Je ne sais pas, je ne m'en souviens plus, maintenant sors de ma tête et ne reviens plus ici.
-Je ne peux pas faire ça, ceux qui vivent à Poudlard en ce moment même comptent sur moi pour les sortir de ce mauvais pas.
-Si cela avait été le contraire, Severus, cracha Albus, tu crois sincèrement qu'ils auraient bougés le petit doigt pour te sauver ? Réveille-toi, mon ami, regarde la réalité en face...tu n'es rien pour eux ! Tu n'as aucun ami et encore moins une personne pour partager ta vie.
-C'est cruel d'affirmer une telle chose, après tout vous ne savez rien de ma vie.
-Ta vie ! Quelle vie ? Tu t'es toujours isolé dans un coin comme un elfe de maison et ensuite tu as recherché le mal auprès de Voldemort. Tu es seul maintenant, désespérément seul et tu le resteras jusqu'à ta mort.
Snape ne montra pas que ces paroles faisaient mal à son coeur douloureux. Il resta droit et fier devant le directeur de l'école. Il ne s'était pas trompé sur lui, c'était un être froid et calculateur qui n'hésitait pas à écraser ceux qui se trouvaient devant son chemin.
-Harry, murmura Snape au bout d'un certain moment, qu'en est-il de lui ? demanda le serpentard qui voulait savoir ce que le vieil homme pensait véritablement du gryffondor.
-Je l'ai mené là où je le voulais, ricana Albus...Dommage que Tom ne l'ait pas tué comme convenu, nous aurions régné sur le monde magique, lui et moi. Nous avions de grands projets pour les sorciers.
-Il n'était qu'un pion entre vos mains, je le savais, c'est pourquoi je l'ai aidé à vaincre le Seigneur des Ténèbres. Et vous, pauvre fou, vous ne vous en êtes même pas rendu-compte tellement vous étiez confiant dans vos sombres machinations. Voldemort est mort et vous vous allez finir dans un lit comme un déséquilibré, placé dans un asile et personne ne vous regrettera.
-Quand je me serais occupé de toi, menaça le directeur de Poudlard, je débarrasserais le monde de Potter et de tous ceux qui se seront mis sur mon chemin.
-Je vous interdis de vous en prendre à Harry, ce garçon ne vous a rien fait, c'est vous le coupable...
-Sors d'ici, va-t'en !
-Non, je veux des réponses, je ne partirai pas tant que je ne les aurais pas, grogna Snape quand il sentit un courant de magie noire le traverser pour l'obliger à se taire.
-Alors tant pis pour toi, Severus. Je ne serais pas responsable de ce qui va t'arriver si tu persistes à vouloir me persécuter.
-Vous pensez vraiment ce que vous avez dit sur Harry ? Pas un instant vous n'avez pensé qu'il avait mérité de vivre mieux ? Aucune pitié pour l'enfant qu'il a été ?
-Non, aucun regret sauf pour sa réussite, je ne m'y attendais pas vraiment, cet incapable de Tom avait tout pour arriver à le battre, il a fallu qu'il fanfaronne, quel sombre idiot !
-Voldemort avait trop confiance en lui, c'est ça qui a provoqué sa perte et malgré toutes les ficelles que vous avez tiré, il n'a pas réussi à vaincre le survivant et vous voulez que je vous dise ? Je suis fier d'Harry Potter, fier qu'il ait défait deux sorciers puissants qui se croyaient invincibles et qui finalement n'étaient que deux imbéciles pompeux.
Albus disparut soudainement et Snape se retrouva affalé sur un fauteuil, épuisé au-delà du possible.
-Severus ? entendit-il, Severus, tu vas bien ?
La voix était inquiète...pour lui.
-Non, pas vraiment, répondit-il lentement pour que la douleur qui résonnait en lui ne s'amplifie pas plus que nécessaire.
-Que s'est-il passé ?
-Il m'a bloqué, je crois que je l'ai mis en colère...il faut que j'y retourne.
-Tu dois reprendre des forces, pesta le jeune homme en ordonnant à son phoenix de soigner Snape.
-Je n'ai pas le temps pour ça.
Harry s'agenouilla devant le maître des potions puis souleva délicatement sa tête.
-Tu as vu dans quel état tu es ?
-Pas pire que d'habitude, sourit Snape qui se moquait de lui-même.
-Tu es bête, sourit à son tour Harry. A mes yeux tu es l'homme le plus courageux et le plus beau alors n'ironise pas sur ce sujet, je te prie !
Snape n'ajouta rien, il y avait trop à dire et le moment n'était pas propice à des confidences de cette sorte. Severus s'autorisa une caresse sur la joue de son jeune amant puis sa main revint sur son genou tandis qu'un regard vert ne quittait pas les traits fatigués mais heureux du maître des potions.
-Il faut y aller doucement, sinon il va te détruire.
-Doucement ? non, au contraire, je dois foncer et ne lui laisser aucune chance de me rejeter hors de sa tête. J'y étais presque. Je dois y retourner, Harry.
Le jeune homme soupira.
-Je sais, je reste près de toi, ajouta l'auror en tenant serré entre ses doigts la main gelée de Severus. Fais attention à toi, je ne tiens pas à te perdre, pas maintenant que je t'ai trouvé.
Snape ne répondit pas, il le fera plus tard, pensa-t-il. Il avait tellement de chose à dire à Harry…..
