Bonjour à tous! Je tiens à sincèrement m'excuser pour cette absence. Je n'avais pas écrit sur cette fanfiction depuis plus de dix mois et vous m'en voyez navrée. J'ai été très prise par mes fanfictions Death Note, j'ai énormément écris sur ce manga depuis le début de l'année 2010, mettant de côté mes fics Digimon.

Mais maintenant, je suis de retour, et je ne compte plus laisser s'écouler quasiment un an entre chaque chapitre, donc si jamais je prends trop de retard (c'est-à-dire plus de six mois), n'hésitez pas à venir me tirer l'oreille.

Je tenais à vous remercier pour les commentaires, même des mois après la fin de l'update régulière, ainsi des questions sur mon compte Formspring. Merci beaucoup, cela me motive et me rappelle qu'il existe toujours des fans de Digimon. J'espère que ce chapitre vous plaira. L'action va véritablement se mettre en place au prochain chapitre, et si ce n'est pas le cas, celui d'après grand maximum.

N'hésitez pas à laisser des commentaires sur livejournal ainsi qu'ici, et également de me poster des questions sur mon compte formspring, que vous pourrez trouver sur mon lien « Homepage » de mon profile .

Digital Generation

Partie II

Shinka Mega System

Chapitre IV

Il avait reçu le message dix minutes plus tôt mais il ne pouvait pas s'empêcher de le relire.

Je suis bien arrivée ! Les autres te passent le bonjour, d'ailleurs, il faudrait que tu viennes à Tokyo un de ces jours. Je vais me coucher dans mon tout nouveau studio en pensant à toi. Je t'aime ~ !

PS : Maintenant qu'on a plus qu'une heure de décalage horaire, tu n'as plus aucune excuse pour oublier de m'appeler ^_ ^.

A la suite de ce message, un tout petit mot en japonais qui disait à peu de choses près « Tu me manques ».

Michael sourit, remit le téléphone dans sa poche. Mimi était maintenant plus proche de lui, mine de rien. Son Digimon lui lança un bref coup d'œil, avant de ricaner.

- Mimi, hein ?

Michael secoua la tête, riant à son tour, bien qu'il sentait pertinemment une chaleur lui monter au visage.

- Elle est bien arrivée au Japon, malgré les problèmes de décollage.

Betamon fit quelques pas dans le sable. Michael s'amusa à marcher dans ses empreintes, longues et fines de par l'unique griffe qui composaient ses pattes. Trapu, avec un corps recroquevillé comme celui d'un crapaud, Betamon se retourna une nouvelle fois. Dans le mouvement, la crête orange sur le sommet de son crâne eut comme un sifflement. Michael sourit. Malgré l'air inoffensif de Betamon, il ne s'approchait pas trop de sa crête, qui était aussi tranchante qu'un rasoir et parcourue d'onde électriques.

- Et comment ils vont faire pour…, reprit Betamon d'une voix songeuse.

- Je l'ignore encore. Wallace avait dit qu'il me contacterait mais il doit être occupé.

Michael fronça les sourcils, brusquement de mauvaise humeur. Il se figea, considérant son pied nu dans le sable, écrasant l'empreinte longue et fine de Betamon à quelques pas de lui. Dans la lumière bleutée de la nuit, le sable était encore tiède et doux, un peu brillant même.

- Je me sens tellement impuissant, avoua-t-il, lançant un coup d'œil à la mer. Et aussi… Je m'en veux.

Betamon se rapprocha de lui, le considérant d'un œil inquiet.

- Pourquoi tu t'en veux ? Tu n'as rien fait.

- Justement, lâcha Michael, exaspéré. Je n'ai rien pu faire pour les aider. Pourquoi ça les a touchés, eux, et pas d'autres ? Il y avait pleins d'autres Digisauveurs à la soirée d'après ce que m'a dit Mimi. Pourquoi seulement eux ? Mais…

Il se tut, chercha ses mots. Il reprit son téléphone, relut le message de Mimi et sentit comme une sorte de rage lui monter à la gorge. Betamon, silencieux, l'observa. Les gens qui connaissaient de loin Michael ne voyaient qu'un garçon un peu rêveur et timide, qui n'osait pas dire tout haut ce qu'il pensait. Il n'y avait que Mimi qui avait pu voir à travers cette fausse idée. Michael était sérieux, plein d'une colère raisonnée, qui le rapprochait d'ailleurs bien plus de son père acteur orgueilleux que de sa mère plus calme. Les apparences étaient trompeuses, et Betamon était bien placé pour le savoir.

- Mais malgré tout… Je suis content de ne pas avoir été là.

- Michael…

Il se tourna, eut un bref sourire penaud.

- Parce que ça veut dire que tu serais parti toi aussi…

Il fit quelques pas vers la mer, tenant toujours d'une main ses baskets. Malgré la pénombre, Betamon vit l'embarras de son ami et ravi, se dépêcha de le rejoindre. Michael se tenait debout, de l'eau jusqu'aux chevilles. Le ciel était d'une teinte presque mauve dans la nuit.

- L'eau est tellement chaude en Australie, murmura-t-il, souriant pour lui-même. Mimi devrait voir ça.

Il entendit un bruit d'éclaboussure près de lui, aperçut la forme sombre de Betamon plongeant dans l'eau et éclatant de rire, s'avança davantage, ne faisant pas attention à ses genoux trempés. Il crut deviner du regard Betamon, et sentit brusquement un effleurement à son pied gauche, un contact qui disparut presque aussitôt.

- Betamon, tu triches ! Tu sais bien que je ne peux pas me baigner maintenant !

Il reçut un jet d'eau tiède en pleine figure. Crachant, la langue et les lèvres brûlées par le sel, il manqua de s'étrangler de rire et d'indignation. Trébuchant, il tenta de retrouver son équilibre mais partit en arrière. Il se retint d'extrême justesse et tomba finalement sur le bord, les jambes et les reins trempés par les quelques vagues qui arrivaient jusqu'à lui. Il entendit un peu plus loin Betamon rire avant de plonger.

- Abruti, sourit Michael, frottant son front humide d'une main.

Il passa une main dans la poche de son pantalon pour vérifier si son téléphone portable n'avait pas pris l'eau. Ce fut alors qu'il éprouva une violente douleur dans tous ses membres.

Betamon, malgré la distance, entendit soudain le cri qu'il poussa.

- Michael ?

Michael ne répondit rien d'autre qu'un gémissement sourd.

- Michael ! cria Betamon, fou d'angoisse.

Son petit corps sortit de l'eau en l'espace de quelques secondes et se précipita vers son ami. Michael tremblait, étendu dans les vagues, les yeux écarquillés. Sa respiration était labourée, et malgré la pénombre, Betamon vit parfaitement qu'il était devenu d'une pâleur extrême. Mais ce ne fut pourtant pas ce qui le choqua le plus.

Crispé dans la main de Michael, le Digivice brillait d'une lueur bleutée menaçante.

- Oh non…, oh non, non ! gémit Betamon.

Michael ferma les yeux, serra les dents. Le sifflement lui vrillait le crâne avec tellement de force qu'il avait l'impression que deux mains géantes lui compressaient la paroi crânienne. C'était comme si on lui transperçait le front.

- Ma tête… Ma tête ! Ca fait mal ! Ca fait… Ca fait tellement mal ! lança Michael d'une voix hoquetante, bizarrement suppliante.

- Michael, lâche le Digivice, lâche-le ! gronda Betamon, tendant ses pattes vers les doigts crispés de son ami.

La lumière bleue était aveuglante de clarté, et ce fut dans cette lueur que les yeux de Michael s'ouvrirent à nouveau, fixés sur l'océan, quelque chose que son Digimon ne voyait pas encore.

Plus le sifflement est proche, plus le Digisauveur a mal…

Betamon grogna. Terriermon n'avait jamais tort quand il s'agissait de ce genre de choses.

- Michael… Michael !

Et bientôt, Betamon l'entendit aussi. Ou pour être exact, entendit quelque chose. Ce n'était pas un sifflement, ni un gémissement, mais une sorte d'éclat sourd et liquide. Michael fixait toujours les vagues, et la lumière fut bientôt si brillante que Betamon ne put la regarder directement.

Il se tourna vers l'océan, entendit le même bruit liquide, comme une éclaboussure. Plus fort cette fois. Il resta silencieux, les pattes serrant contre lui le corps tremblant de Michael dont les yeux étaient fixes, et le visage aussi pâle de douleur.

- Le Sable, gémit Michael. Et l'eau…

Betamon écarquilla les yeux.

Bleue.

L'eau était devenue bien plus bleue.

Ce ne fut d'abord qu'un point minuscule, caché dans une vague qui finit par s'écraser sur le sable. Puis, comme glissant sous l'eau, l'éclat bleu s'éloigna, s'élargit comme une tache de pétrole étrangement lumineuse. Une sorte de lumière aquatique, une simple lumière, mais cependant Betamon savait qu'une vulgaire lumière ne pouvait lui faire éprouver une telle terreur. Il sentit sur toute sa peau la présence puissante d'une entité, l'entité du Sable, et ce fut comme s'il se retrouvait devant quelque chose de fantastique et de divin, un sentiment qu'il n'aurait jamais cru éprouver.

Et enfin, dans un éclat assourdissant, un corps sorti de l'océan, si vite que Betamon n'eut pas le temps de le voir tout à fait. Il ne vit qu'une grande coulée d'eau, tombant si bruyamment qu'il crut entendre une tempête, et enfin, le corps jaillit, s'élevant trop loin de lui. Le sentiment de peur qu'il éprouvait s'atténua.

Ce n'était pas le Sable. Juste une partie du Sable.

Pourtant, cela ne l'empêcha pas d'entendre le gémissement, une plainte gutturale qui résonna comme un tonnerre. En l'entendant, Michael cria une nouvelle fois, porta instinctivement une main à ses oreilles, et dans l'éclat bleu de son Digivice son visage eut l'air de celui d'un homme devenu fou.

- Michael…, murmura Betamon, désemparé.

Un sentiment d'impuissance terrible s'abattit sur lui.

« Si seulement je pouvais évoluer ! Il faut que j'évolue, il le faut ! »

Il s'avança, prêt à attaquer. Digivice ou pas, il était prêt à tout pour protéger son ami.

La main –glacée, elle était devenue glacée, songea Betamon, effarée- de Michael l'attrapa à la crête mais le Digimon, trop choqué, n'eut même pas le temps d'envoyer une décharge. Michael lui sourit faiblement malgré la douleur évidente qui parcourait son corps.

- Non, non, laisse-le. N'évolue pas… s-surtout pas…

« Ne pars pas », disaient ses yeux dans l'éclat bleu du Digivice. « Ne pars pas comme les autres, reste ! »

- Michael…, murmura Betamon, indécis.

- Je m'en fiche, je ne veux pas que ça m'arrive, parvint à articuler Michael d'une voix éraillée. Je ne veux pas que ça m'arrive aussi.

Le gémissement de la créature dans le ciel finit par s'éteindre. Lentement, comme une vague qui reflue, le bleu menaçant de l'eau s'estompa, se mêla au reste de l'eau sombre. Le bruissement du corps de l'entité s'évanouit progressivement et même l'air, pourtant chargé d'iode et d'humidité, garda une impression de suffocation trouble.

Betamon ne perdit pas de temps et se retourna s'occuper de Michael qui gémissait un peu plus doucement. Toujours très pâle, une main sur l'oreille droite, il considéra son Digimon d'un air perdu.

- C'est donc ça…, murmura-t-il, encore choqué. C'est donc ça ce qu'ils ressentent.

Il grimaça et relâcha brusquement son Digivice comme si cela l'avait brûlé. La lumière bleue de l'objet finit par s'éteindre à son tour, bien que Betamon considéra le Digivice d'un œil méfiant.

- Michael… Comment tu te sens ?

- Je ne sais pas, avoua le jeune garçon. C'est comme… C'est comme une peur terrible…

Il était trempé même si Betamon n'arrivait pas à savoir s'il s'agissait de l'eau des vagues ou pas de la transpiration. Michael essaya de se mettre debout mais ses genoux tremblèrent si fort qu'il se rassit sur le sable, le dos voûté.

- Avec tout le bruit que ça a fait, tout le monde va venir ici, dit-il plus pour lui-même que pour Betamon. Aide-moi s'il te plaît.., ajouta-t-il d'une voix plus forte.

Il tremblait encore, remarqua Betamon en l'aidant comme il pouvait à se redresser.

- Tu vas contacter Wallace ?

- Oui. Et Koushiro aussi. Et…

- Mimi ?

Michael se figea, fit une légère grimace.

- Je ne veux pas l'inquiéter… mais…

Il se tourna vers l'océan. Soudain, il eut froid et s'éloigna des vagues, serrant ses doigts sur ses baskets trempés qu'il avait finis par retrouver.


Hikari rêvait.

Elle le savait pertinemment. Malgré tout la logique de son raisonnement ne pouvait absolument pas aller à l'encontre des sensations, des émotions, de l'environnement dans lesquels elle se retrouvait. Elle respirait, clignait des yeux, levait les bras dans un monde qui semblait aussi concret que le Monde Réel.

Elle ne vit d'abord rien, mais la première chose qu'elle sentit fut l'eau. Un contact au niveau des chevilles et surtout l'odeur d'iode omniprésente, quasiment étouffante.

« Je suis au bord de la mer », pensa-t-elle, ou plutôt la partie logique de son cerveau pensa. « Je suis au bord de la mer, une mer que je connais… »

Elle tenta d'ouvrir grand les yeux mais elle ne vit toujours rien. Elle entendit petit à petit le bruit des vagues, sentit le mouvement de l'eau qui cognait contre ses chevilles.

- Une mer… que je… connais ? répéta-t-elle à voix haute.

Et elle comprit. La panique la submergea et presque inconsciemment, elle se mit à gémir, presque à sangloter, comme quelqu'un confronté à l'objet de sa phobie. Elle crispa ses mains sur son ventre, tentant de calmer les pleurs qui lui contractaient tout l'estomac mais c'était impossible.

C'était le Monde Noir. Elle était de nouveau dedans. Elle entendait la mer du Monde Noir et sentait l'iode des vagues et c'était déjà trop pour elle.

- Non… Non, non !

« Alors réveille-toi », dit une voix dans sa tête, cette partie logique de son cerveau qui commençait malgré tout à s'effacer dans le chaos des vagues. « Tu n'as qu'à te forcer à te réveiller, tu l'as fait pleins de fois, une de plus ne va pas te sembler trop difficile. »

- Me réveiller, oui…, souffla-t-elle, jetant de brefs coups d'œil autour d'elle. Il faut que je me réveille. Ce n'est pas le Monde Noir. C'est juste un rêve.

Elle se tourna légèrement sur le côté. Elle devinait finalement quelque chose. Pas très bien. Et cela la mit encore plus mal à l'aise. On aurait une silhouette et tremblante de froid, Hikari hésita à s'avancer davantage. Elle ne sentait plus du tout ses pieds dans l'eau.

Elle vit alors un léger éclat pâle qui s'en alla, revint finalement, tournant sur lui-même. C'était le phare. Elle le reconnaissait bien qu'il était difficile pour elle de calculer la distance entre le phare et elle. Elle était tentée de le rejoindre mais…

« A quoi bon ? Peu importe où je me trouve ici, tout est… tout est… »

Mauvais. C'était le mot qu'elle cherchait.

Je vais mourir.

Elle se retourna brusquement. La voix avait résonné elle ne savait pas où mais le mouvement des vagues était devenu sous l'écho étrangement plus forte, comme emporté par un corps massif. Comme si…

Hikari gémit une nouvelle fois, sans se soucier des larmes qui coulaient sur ses joues. Paniquée, elle se tourna en direction du phare en courant, ainsi éclaboussant ses jambes. Elle crut pendant une brève seconde être ralentie, engourdie par cette sorte de mollesse si spécifique aux rêves –et aux cauchemars, ajouta-t-elle mentalement-, mais ses jambes ne furent en aucun cas lourdes. Juste… glacées par l'eau.

La lumière du phare se fit plus forte et légèrement soulagée, elle continua à courir, malgré la peur.

C'est de ta faute si je meurs.

Quelque chose la saisit à la cheville.

Hikari hurla, si fort qu'elle crut n'entendre plus qu'elle, seulement son corps qui paniquait, son cerveau qui lui envoyait des signaux déboussolés. Alors que ses pieds avaient une surface pour tenir, ce quelque chose qui la prit à la cheville la tira non pas en arrière, mais vers le fond, et aussitôt, Hikari plongea. Il n'y avait plus de surface, juste son corps qui tombait dans l'eau, emporté.

Elle hurla, et malgré l'eau, elle continua de crier aussi distinctement qu'auparavant. Elle ne pouvait pas se noyer. On ne lui laissait même pas l'occasion de se noyer et d'échapper au Monde Noir.

Son corps était emporté et tournant la tête elle vit un éclat bleu, puis une lumière venant du fond, aveuglante, brûlante. Et le sifflement…

« Non ! NON, NON, NON ! »

Je suis en train de mourir.

- Non ! Non !

Je meurs.

- Non ! Non, NON !

-… kari…

Elle entendait encore les vagues alors qu'elle tombait, et ça n'avait pas de fin.

- Hikari !

Elle ouvrit les yeux.

Taichi la regardait, la tenant par les épaules. Elle cligna des yeux, réalisa qu'elle était toujours en train de pleurer et surprise, tourna la tête. Il faisait noir, mais elle devina de la lumière dans le couloir.

- Hikari… Un problème ? fit la voix de sa mère depuis la porte de sa chambre.

- Je…, commença Hikari, abasourdie.

- Je vais m'occuper d'elle, fit Taichi en tentant de prendre un ton paisible. Ne t'en fais pas, maman.

La porte de l'autre côté du couloir se referma. Taichi se leva, alluma la lampe de chevet de sa sœur avant de retourner s'assoir près d'elle. Il la fixait en souriant légèrement mais Hikari le connaissait par cœur : depuis le froncement de ses sourcils jusqu'à ses poings serrés, elle devinait son inquiétude.

- Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-il après un instant de silence.

Elle soupira.

- J'ai vu le Monde Noir.

Taichi tressaillit, mais resta silencieux.

- J'ai juste… J'ai entendu une menace. Et je n'ai pas vu grand-chose. A part…

- Le Sable ? fit Taichi.

Hikari acquiesça.

- Tu n'avais jamais fait ce rêve-là, avant. Enfin, avant les évènements de janvier.

- Non. C'est la première fois. J'ai eu l'impression que ça résonnait avec quelque chose d'autre.

- Quelque chose d'autre ? répéta Taichi, ne comprenant pas.

- Quelque chose d'autre qui s'est passé au même moment que mon rêve. Et cet évènement a dû résonner avec le mien…

Elle s'arrêta et brusquement se tourna vers son frère, de nouveau en pleine panique.

- Et si c'était Ken ! Et si Ken a vu ce que j'ai vu ? Il est lui aussi touché par le Monde Noir, c'est sûrement lui qui a fait résonner ce qu'il a vu avec moi.

Elle se tut quand elle réalisa que la main de Taichi serra l'une des siennes, cherchant à la calmer. Elle était de nouveau en train de pleurer sans s'en rendre compte, le visage trempé de larmes de fatigue, de stress et aussi de peur. Elle ne voulait pas se rendormir.

- Il est tard, dit Taichi d'une voix déterminée, et Hikari sourit, se rappelant que Taichi utilisait toujours cette voix lorsqu'ils se trouvaient dans le Digimonde, désemparés face à une situation dramatique. Je vais quand même appeler Ken.

- Ce serait plutôt à moi de le faire, rétorqua faiblement Hikari.

- Oui, mais tu es épuisée. Tu dois te reposer, ce n'est pas la peine que Ken et toi vous angoissiez tous les deux au téléphone sur ce que vous avez vu. Si jamais Ken a vu la même chose que toi, ajouta Taichi, soudainement pensif.

Hikari baissa la tête, essuya les larmes du dos de la main. Taichi hésita, se mit finalement debout.

- Tu veux que Miko dorme avec toi cette nuit ? demanda-t-il.

Hikari le regarda, vaguement amusée.

- Non, non ce n'est pas la peine, merci.

Comme pour lui demander une nouvelle fois, la porte de la chambre s'entrouvrit davantage, et la chatte se dirigea d'un pas feutré jusqu'au lit d'Hikari. Taichi prit Miko dans ses bras, sourit à sa sœur.

- Très bien, je vais appeler Ken tout de suite.

- Mais… si jamais il dort…

- C'est important. Il comprendra. J'espère que ses parents aussi, tiens, rit Taichi, caressant Miko dans le cou.

Même si Taichi n'avait fait aucun commentaire à ce sujet, il avait pris l'habitude de dormir avec Miko la nuit. Depuis l'attaque du concert de Yamato, il appelait chaque soir Miko qui miaulant et ronronnant le suivait jusque dans sa chambre. Hikari avait trouvé deux à trois fois son frère en train de dormir, Miko lovée parfois contre ses pieds, parfois contre son flanc.

Agumon manquait terriblement à Taichi et Hikari comprenait parfaitement pourquoi il avait pris cette habitude. Pourtant, bien qu'elle adorait son chat, elle ne pouvait se résoudre à dormir avec, car Tailmon ne le supporterait pas, et elle-même ne supporterait pas ce changement. C'était bien la nuit, quand elle dormait toute seule, que son Digimon lui manquait le plus.

- Tu veux que je te ramène quelque chose à boire ? demanda encore une fois Taichi.

- Non… je vais essayer de dormir… Essayer…

Taichi hocha la tête, se pencha et caressa les cheveux de sa sœur d'un bref mouvement de la main. Il lui sourit tendrement.

- D'accord.

Elle y parvint quinze minutes après, exténuée.

Et encore apeurée.


Leader of Dragons dit : … Je pensais t'appeler.

Worm Wood dit : je pouvais plus dormir de toute façon.

Leader of Dragons dit : tant mieux, j'avais pas envie de réveiller tes parents

Worm Wood dit : pourquoi tu es connecté en fait ?

Leader of Dragons dit : envoyer un mail à Ko, je ne peux pas contacter Wallace, c'est Ko qui a son mail.

Worm Wood dit : okay

Leader of Dragons dit : est-ce que tu veux m'en parler maintenant ou bien plus tard ?

Worm Wood dit : je sais pas je suis encore fatigué

Worm Wood dit : et Hikari elle va bien ?

Leader of Dragons dit : elle dort maintenant, mais elle était dans un état…

Worm Wood dit : tu t'es inquiété, j'en suis désolé

Leader of Dragons dit : XD

Leader of Dragons dit : mais pourquoi tu t'excuses ? c'est pas de ta faute

Worm Wood dit : non je sais mais je peux pas m'empêcher de penser ça

Leader of Dragons dit : tu penses toujours que c'est de ta faute mais c'est fini tu sais

Worm Wood dit : … fini ?

Leader of Dragons dit : peu importe ce que tu penses, Ken, le tout est de te dire que le Kaiser, c'est pas le Monde Noir, tu n'es responsable de rien pour Hikari, elle est comme toi, c'est tout.

Leader of Dragons dit : elle est affectée par ce monde car elle est comme toi

Worm Wood dit : oui c'est vrai

Leader of Dragons dit : Ken est-ce que tu as vu le Sable ?

Worm Wood dit : Oui

Worm Wood dit : et il était en train de mourir


- Yagami ! Yagami, oh !

Surpris, Taichi se retourna pour voir un jeune garçon courir le rattraper aux grilles du lycée. Taichi reposa son sac de sport au sol et attendit. Il éprouva un choc bref lorsqu'il réalisa que le garçon qui l'appelait était celui qu'il avait regardé lors de la rentrée des classes. C'était un jeune garçon aux cheveux noirs, un élève de première année de toute évidence. Il était de taille moyenne, plutôt mince, au visage assez agréable. Taichi ne put s'empêcher de le regarder plus longuement, et s'en voulut pour ça. C'était inexplicable, aussi hypnotisant que la dernière fois mais…

- Oh, salut, dit-il poliment.

Le jeune garçon eut un léger rire désolé.

- Tu ne me connais pas, j'ai oublié de présenter. Je m'appelle Ushio Tanaka.

Taichi lui serra la main. Le contact lui parut étrangement chaud, presque aussi agréable que de dévisager Tanaka.

- Tu es mon senpai, alors ?

- Oh, m'appelle pas comme ça, j'ai l'impression d'être un vieux, rétorqua Taichi, un peu gêné.

Tanaka baissa les yeux vers le sac de sport posé au sol. Il eut un sourire rayonnant et Taichi sentit son estomac se retourner dans une sensation bizarre, comme une sorte d'excitation naissante. C'était incompréhensible.

- Je suis très fan, tu sais, avoua Tanaka.

- Ah oui ?

- Oh oui, le match amical contre Kisshô était génial ! Et j'ai vu tes résultats pour les championnats inter-collègues.

Taichi sentit ses joues s'empourprer et absolument ravi, détourna le regard. Il avait du mal à recevoir des compliments et les considérer sincères. Sa sœur n'avait jamais cessé de le taquiner à ce sujet.

- Tu vas participer au championnat inter-lycées ?

- Il va se dérouler cet été, répondit Taichi. On est en plein entraînement, là.

- O-Oh, tu y allais ? demanda précipitamment Tanaka.

Taichi rit.

- Non, pas du tout. Ce sont des affaires que j'ai oubliées de ramener hier chez moi.

- Oh.

- En tout cas, je suis content, déclara Taichi. Ca fait toujours plaisir de savoir qu'on apprécie notre équipe.

Le sourire de Tanaka changea subtilement. Taichi perçut le changement et de nouveau la sensation de torsion dans son estomac se fit. C'était comme s'il comprenait en partie quelque chose, mais qu'il ne savait pas encore quoi.

- Je suis surtout très fan de ce que tu fais toi, Yagami.

- M-merci, bredouilla Taichi.

Il sentait gêné, presque honteux de bafouiller devant un élève de première année. Il se gratta nerveusement la nuque, tenta de reprendre une contenance.

- N'hésites pas à venir nous encourager lors des matchs. Ca nous booste à fond.

- Bien sûr !

- Amène des potes à toi, même, plus on a de monde…

Tanaka eut un léger rire et donna une tape légère sur l'épaule de Taichi. C'était un geste parfaitement banal, un contact minuscule que Taichi avait connu maintes fois mais dès l'instant où la main de Tanaka le toucha, ce fut comme si une ligne de compréhension passait entre eux. Il dévisagea Tanaka, ses cheveux noirs, son visage agréable qui lui souriait et comprit.

« Il est comme moi », pensa-t-il et cela le terrifia.

- Taichi ?

Il sursauta et se retrouva face à Yamato.

- Désolé, je t'ai fait att-… Oh, salut, dit ce dernier, réalisant que Taichi était en pleine conversation.

Tanaka sourit.

- Je m'appelle Ushio Tanaka, je suis en première année.

- Ishida, deuxième année.

- Tu serais pas le leader des Teenage Wolves ?

- Entre autre, répondit Yamato.

Il souriait du bout des lèvres, comme si Tanaka ne valait même pas la peine qu'il se force davantage. Ses yeux semblaient impassibles mais Taichi reconnut parfaitement la lueur de méfiance dans son regard. Cette méfiance avec laquelle il avait jugé tout le monde avant d'oser placer sa confiance en qui que ce soit.

- Tu es un ami de Yagami ? demanda Tanaka, curieux.

- Oui.

- Je lui disais juste que j'étais un grand fan, je trouve qu'il est très doué pour le foot.

Taichi eut un nouveau sourire, embarrassé par les louanges. Yamato le dévisagea un instant, puis reporta son attention sur Tanaka.

- Ravi de faire ta connaissance. On y va ? fit-il à Taichi.

- Okay. Salut, Tanaka !

Le jeune garçon salua puis s'en alla rejoindre d'autres élèves qui bavardaient sous un arbre. Yamato regarda Tanaka s'éloigner. Son visage était si neutre que Taichi fronça les sourcils.

- Ca va ?

Yamato cligna des yeux, eut un bref frisson qui lui secoua les épaules.

- Oui, oui.

Il eut un nouveau sourire, beaucoup plus sincère cette fois-ci.

- Tu veux passer à la maison aujourd'hui ?

Taichi se rappela qu'il avait promis de rester manger chez Yamato et acquiesça. Sur le chemin du retour, Yamato fut plutôt silencieux. Ce ne fut qu'à l'instant où il posa son sac dans l'entrée de son appartement qu'il se tourna vers Taichi, le regard déterminé.

- Tu le connais d'où ce type ?

- Qui ça ? demanda Taichi, ayant déjà oublié.

Il se tenait en équilibre sur un pied, retirant une de ses chaussures. Yamato était déjà parti dans le salon mais Taichi, les yeux baissés, entendait ses mouvements un peu lourds, presque furieux, qui trahissaient une certaine nervosité.

- Ce… Tan… Tana-je sais plus quoi.

- Oh, lui.

Taichi prit son sac et celui de Yamato. Yamato avait toujours laissé son sac dans l'entrée, bien que son père ne cessait de lui dire de le ranger ailleurs. Yamato chercha quelques instants dans le réfrigérateur et sortit deux canettes de soda qu'il posa sur la table. Taichi hésita.

- Il vient de me parler. Je le connais pas.

Yamato le regarda, haussa les épaules. Il ouvrit sa canette et but une longue gorgée. Taichi s'assit en face de lui.

- Avec un peu de chance, on va avoir un nouveau supporter pour l'équipe, c'est pas rien, ajouta-t-il.

Le soda était bien frais. Il recommençait à faire bon et Taichi se sentit agréablement touché par le froid de la boisson. Yamato détourna le regard.

- Qu'est-ce que t'as, enfin ? lâcha Taichi, agacé.

- Ce type me plaît pas, c'est tout.

Taichi ricana.

- Tu pourrais lui casser la gueule sans même te décoiffer, laisse-le donc. Il avait l'air sympa.

- C'est pas ça, rétorqua Yamato.

- Alors quoi ?

Yamato sembla hésiter et de nouveau haussa les épaules. Il ne fallut pour Taichi qu'attendre deux secondes avant de voir son meilleur ami se mordre la lèvre inférieure, signe de conflit intérieur.

- Yamato, quoi ?

- Rien.

Taichi leva les yeux au plafond. Il était trop fatigué pour se disputer avec Yamato. Ce dernier quitta la table pour retourner dans sa chambre. Taichi finit tranquillement sa canette avant de le rejoindre. Il était assis sur son lit, les yeux baissés.

- Qu'est-ce que tu as ? demanda Taichi, s'asseyant à côté de lui.

Yamato ne répondit pas. Il tourna la tête et leva le menton pour pouvoir embrasser Taichi. Le goût du soda passa entre leurs deux bouches, et cela fit sourire Taichi qui passa son pouce le long de la mâchoire de Yamato en une tentative de le faire parler.

- Je suis un peu nerveux, c'est tout, avoua enfin Yamato contre les lèvres de Taichi.

C'était un murmure léger, en un souffle.

- A propos de quoi ?

- Pour le Portail, et après ce qu'il s'est passé pour Hikari.

- Elle va bien, ne t'en fais pas pour elle, le rassura Taichi, secouant doucement la tête.

Yamato soupira.

- Je ne sais pas si on va y arriver, déclara-t-il. On n'a droit qu'à une seule chance.

- Koushiro et Wallace font tout pour qu'on puisse réussir.

Il attrapa le visage de Yamato entre ses paumes, appuya ses pouces le long de ses joues en un mouvement lent, comme s'il voulait faire disparaître quelque chose.

- Tu n'as jamais été aussi nerveux quand on s'est battus contre MaloMyotismon et pourtant c'était quelque chose.

Yamato ferma les yeux, ne repoussa pas les doigts de Taichi.

- Ce n'était pas pareil. On n'était pas seuls, ajouta-t-il dans un chuchotement.

Taichi resta silencieux un instant puis d'une légère poussée, fit s'allonger Yamato sur le lit, le tenant toujours doucement entre ses paumes. Il l'embrassa légèrement, de brefs baisers auxquels Yamato répondit un peu distraitement, les yeux clos. Il semblait épuisé pour une raison que Taichi ne pouvait expliquer. Fatigué et… énervé.

- Tu veux vraiment pas me dire ce que tu as ? demanda-t-il une nouvelle fois.

- Je te l'ai dit, non ?

- Je parle de la vraie raison, rit Taichi.

Yamato émit une sorte de grognement agacé.

- C'est Tanaka, pas vrai ?

- Ah, tais-toi.

Taichi éclata de rire et donna un coup amical sur l'épaule de Yamato qui fit mine de le repousser.

- Fais pas cette tête.

- Arrête de rire.

- Pourquoi j'arrêterais ? C'est normal d'être jaloux, non ?

Yamato ouvrit finalement les yeux, observa Taichi qui s'était appuyé sur son buste, soutenant son menton de sa main. Il souriait, à la fois amusé et attendri.

- Je l'ai été pas mal donc je comprends.

Yamato détourna le regard.

- C'est juste…

- Que… ?

Yamato soupira bruyamment, exaspéré par la conversation.

- Que… Je sais pas moi, ça me fait bizarre d'être jaloux d'un mec, c'est tout !

Taichi ne tiqua pas. Il se contenta de rire.

- Bienvenue dans mon monde, plaisanta-t-il.

- C'est pas drôle.

Le sourire de Taichi se figea subtilement.

- Bien sûr que non, c'est pas drôle.

Yamato, gêné, ferma de nouveau les yeux.

- Désolé.

- Mais non, sourit Taichi. Tu sais maintenant ce que j'éprouve, c'est normal.

Yamato l'embrassa pour le faire taire. Il perçut le changement dans la respiration de Taichi, plus brève et forte à la fois, et enfin le goût du soda fit place dans sa bouche à la saveur plus naturelle, personnelle de Taichi qui cessa de rire, trop occupé à passer ses mains sur les épaules de Yamato, puis sa chemise qu'il entreprit de déboutonner.

- Tu m'as toujours pas dit ce que tu voulais comme cadeau, parvint à dire Taichi entre deux baisers.

- Tu peux vraiment pas t'empêcher de parler de ça, gronda Yamato avant de presser ses lèvres dans la partie tendre de la peau de Taichi, à la jonction entre le cou et l'épaule.

Il tentait de retirer la ceinture de Taichi mais ce dernier n'arrêtait pas de s'éloigner de ses doigts.

- T'as jamais fait autant attention à ça, les années précédentes.

- C'est différent.

- Je vois pas en quoi, lâcha Yamato, fatigué.

Ce ne fut qu'au moment où il prononça ces paroles qu'il se rendit compte de ce qu'elles semblaient signifier. Taichi cessa tout mouvement, considérant Yamato avec un air à la fois surpris et vexé. Yamato attrapa son poignet qui s'était crispé sur son épaule, serra doucement ses doigts.

- Offre un cadeau qu'un meilleur ami offrirait à son meilleur ami, dit-il, espérant mettre les choses au clair.

Taichi fronça les sourcils, de toute évidence confus par la demande. Cependant, sa confusion se mua bientôt en une expression de désir tenue lorsque, tout en souriant, les yeux assombris par les émotions crues qui le submergeait, Yamato pressa la main de Taichi contre son entrejambe, ses propres doigts passant enfin la ceinture de son meilleur ami.


Si on avait dit un jour à Koushiro qu'il se prendrait d'affection pour le rock afin de se rapprocher d'un ami dont il serait amoureux, il aurait trouvé la plaisanterie de très mauvais goût. Peu après le retour du Digimonde, Koushiro avait tenté de se lier d'amitié avec Yamato. Ce n'était pas cette camaraderie, cette confiance de leur voyage dans le Digimonde, mais une volonté de se trouver des points communs, des idées et des passions que Yamato ne partageait peut-être pas avec d'autres. Koushiro se rappelait encore très bien : c'était quelque temps avant l'apparition de Diaboromon sur Internet. Yamato devait partir en voyage avec Takeru pour aller voir leur grand-mère paternelle.

Koushiro lui avait demandé s'il connaissait de bons groupes à écouter. Yamato, surpris, avait souri avec un tel naturel que Koushiro s'était senti gêné de façon inexplicable. Yamato lui avait donné un CD qui appartenait auparavant à son père.

- Tu me le rendras après les vacances.

Koushiro avait écouté le CD le soir même, dans son lit. Plus que la musique, c'était bien le fait que Yamato aimait ce CD, que Yamato avait écouté cette musique avant lui qui le remplissait de joie. Koushiro lui avait rendu le CD après les vacances, en avait demandé d'autres, et Yamato, ravi, lui avait fait part de ses préférences en matière de groupes, d'époque, de pays. Koushiro avait fini par acheter ses propres CD, et au bout de plusieurs mois était devenu aussi précis sur le sujet que Yamato lui-même. Il leur arrivait de s'appeler au sujet d'un nouveau CD qui sortait prochainement, et savoir si l'un d'entre eux l'achèterait pour le passer à l'autre. Ils étaient mêmes allés à des concerts de groupes de rock très particuliers dont les autres Digisauveurs n'avaient jamais entendu parler.

Koushiro fut saisi par l'atmosphère doucement décalée de la boutique dans laquelle il entra, tenant toujours son téléphone portable contre l'oreille. Taichi était encore en train de se plaindre.

- Sérieux, t'as pas d'idées pour moi ?

- Pourquoi tu te prends autant la tête, Taichi ? répondit Koushiro. Tu sais très bien que Yamato n'est vraiment pas difficile, et on connaît tous sa passion pour la musique. Et pas la peine de lui racheter un autre harmonica, tu l'as déjà fait l'année dernière, ajouta-t-il précipitamment quand il sentit que Taichi allait proposer autre chose.

Taichi émit un grondement d'agacement.

- Il a déjà tout, ce type.

- Tu vas bien finir par trouver, tu es son meilleur ami après tout.

Il y eut un bref silence puis Taichi eut un rire sec, un peu trop sec même pour qu'il fût sincère.

- Ouais, c'est ça.

- Je dois te laisser. On se voit plus tard.

Koushiro raccrocha. Une musique passait dans la boutique où déjà quelques hommes fouillaient les rayons à la recherche de la perle rare. Sur les murs brillaient des néons des années 50, des posters de figures mythiques du rock, et quelques guitares prestigieuses. Le vendeur mais également responsable de la boutique reconnut Koushiro et lui sourit.

- Izumi ! Ca faisait super longtemps, t'étais passé où ?

- J'ai dû travailler sur un projet pour le lycée. Comment se portent les affaires, Kouji ?

Le dénommé Kouji haussa les épaules. Il avait un tatouage sur l'avant-bras gauche, une pin up qu'un gars de la Navy aurait certainement jalousé dans le temps. Koushiro avait découvert cette boutique au collège et s'y rendait très souvent. Kouji avait fini par l'aborder et il lui était même arrivé de discuter de certains CD ou vinyls. Koushiro appréciait Kouji qui lui avait même proposé de travailler avec lui l'été.

- Alors, qu'est-ce qui t'amènes ?

- Je cherche un vinyl.

- Quel groupe ?

Koushiro soupira.

- Ce n'est pas pour moi, c'est pour un ami. C'est son anniversaire cette semaine, et j'ai envie de marquer le coup.

Pours les quatorze ans de Yamato, Michel, son grand-mère maternel français lui avait envoyé un tourne-disque datant des années 70 et qui marchait encore à merveille. Yamato avait été si reconnaissant qu'il avait tenté d'écrire une lettre en français, ce qu'il avait fait avec énormément de difficulté.

- J'ai pratiquement tout oublié de ce que mon grand-père m'a appris, s'excusa-t-il auprès de Koushiro quand il appela ce dernier pour savoir s'il connaissait tel ou tel mot en français.

A partir de ce moment, Yamato avait commencé une collection de vinyls, certains extrêmement rares, achetés avec son propre argent, donnés par son père ou bien du côté de sa famille maternelle, dispersée un peu partout en Europe. Il en avait déjà une vingtaine.

Kouji haussa un sourcil curieux.

- Ce serait pas ce gars blond qui t'a accompagné une ou deux fois ?

- Oui.

Kouji eut l'air de réfléchir. Il jeta un coup d'œil à Koushiro puis sourit.

- Attends-moi là.

Il revint cinq minutes plus tard avec un carton qu'il posa sur le comptoir. Koushiro, surpris, ne dit rien.

- J'ai reçu des petites perles cette semaine, et certaines ne sont pas encore en rayon, chuchota Kouji, très fier de ses acquisitions.

Koushiro sourit.

- Et ?

- J'ai du Arzachel, du Mellow Candle.

Koushiro sentit sa gorge se serrer.

- Tu as… tu as vraiment ça ?

Il soupira.

- Je pourrais jamais me les payer. Ils sont rarissimes.

- J'en ai un bien pour toi. Suis-moi. Takeshi ! Surveille la boutique.

Un jeune homme trapu prit la place de Kouji, et Koushiro se dirigea vers la pièce au fond de la boutique où étaient rangés les stocks.

- Je ne roule pas sur l'or, Kouji.

- Je crois avoir ce qu'il te faut.

Après quelques instants à chercher dans divers cartons, Kouji sortit une pochette que Koushiro reconnut aussitôt. La pochette était blanche, avec un cercle orange au centre, représentant une gravure d'un homme en proie à un conflit contre des créatures. En lettres blanches, on pouvait lire « Monster Movie ». Koushiro avait déjà vu des photos sur Internet mais en avoir un vrai sous les yeux le plongeait dans un état de stupéfaction.

- C… Non…, souffla-t-il.

- Et oui, un exemplaire unique du groupe Can.

- Il doit coûter une fortune. Je, je pourrais pas l'acheter.

Kouji eut un faible sourire.

- Il s'agit d'un exemplaire qui a un minuscule défaut. Ici, sur la pochette, et sur le vinyl. Il a été légèrement endommagé mais il est parfaitement en état de marche. Je l'ai écouté dès que je l'ai reçu. Une qualité parfaite du son.

Koushiro tendit la main vers la pochette que Kouji lui tendit. Les mains de Koushiro étaient glacées par l'excitation. C'était un vinyl qu'il avait toujours voulu obtenir, mais les prix étaient si exorbitants…

- J'ai toujours tenu à vendre des produits d'une qualité parfaite. Ce Monster Movie est un peu abîmé, donc je vais en baisser le prix. Et pour toi, ajouta Kouji en souriant, je peux te faire une autre réduction.

Koushiro émit une exhalation d'impatience. Yamato avait lui-même vu les photos du vinyl et rêvait de l'avoir. « Il serait parfait pour ma collection, et le son doit être… génial », disait-il souvent en rangeant ses vinyls. Koushiro hésita.

- Dis-moi le prix.

Kouji lui dit. Koushiro grimaça.

- Eh oui, mon petit, t'es un bon client mais je peux pas aller plus bas. C'est rarissime ce que tu tiens là.

- Tu sais très bien qu'il est presque impossible que je dise « non », dit Koushiro, à la fois amusé et médusé.

Kouji eut l'air de réfléchir.

- J'ai une proposition. Je te réduis un peu plus le prix, mais en contrepartie, tu bosses pour moi à la boutique cet été. Ce sera pas une affaire, mais je pense que tu serais très utile. Tu m'as l'air sérieux, et tu sais de quoi tu parles.

Koushiro eut un nouveau moment d'hésitation.

- Je ne peux pas te dire avec certitude quand je serai libre cet été mais je suis d'accord avec ce que tu proposes. Et puis, ça me plairait beaucoup de travailler ici.

Kouji éclata de rire.

- T'attends pas à être bien payé, hein !

Koushiro haussa les épaules.

- Ce n'est pas ce que je cherche de toute façon.

- Très bien. Alors, le prix te convient mieux ?

Koushiro eut un bref sourire sans humour.


-… Ta mère… Je rêve ou elle est… de très bonne humeur ?

Ken soupira.

- Oui, elle l'est.

Daisuke retint un rire en se couvrant la bouche.

- Je l'ai entendue dans la cuisine. Elle chantait.

Le visage de Ken s'empourpra et mortifié, il poussa son meilleur ami dans sa chambre là où tous les autres attendaient déjà depuis vingt minutes. Taichi portait encore son haut de son équipe de football, et Daisuke aperçut près de l'ordinateur de Ken la basse de Yamato qui regardait d'un œil curieux les différents livres de la bibliothèque.

- Tu es en retard, lança aussitôt Miyako d'une voix autoritaire. Qu'est-ce que tu avais de si important à faire avant de nous rejoindre ?

Daisuke fronça les sourcils, agacé.

- J'avais une course à faire pour Jun. Et vous savez à quel point elle est terrible si on refuse de faire ce qu'elle veut.

- Tu aurais pu refuser, dit posément Iori.

Daisuke le regarda comme s'il était devenu fou.

- Je tiens à vivre une vie longue et prospère, figure-toi, déclara-t-il, ce qui fit rire Koushiro qui s'en retourna ensuite à son ordinateur portable.

- Au fait, Jyou n'est pas là ? demanda Daisuke en posant son sac et s'asseyant près de Takeru.

- Il est en cours du soir. Pour la préparation de son concours, répondit Taichi.

- Quel dommage, soupira Mimi. Mais est-ce qu'il sera là pour l'anniversaire de Yamato ?

Sora rit à l'expression fatiguée qui se peignit sur le visage de son ami.

- Pourquoi vous en faites toute une histoire ? fit-il, se levant pour prendre un livre dans la bibliothèque.

Il questionna Ken du regard et ce dernier fit un geste de la main, le laissant choisir ce qu'il voulait prendre.

- Tu dis ça car tu ne veux pas préparer de soirée, lança Mimi, moqueuse. Je peux t'aider si tu ne veux pas t'embarrasser de ces détails.

- Tu risques de rendre ça beaucoup trop…

- Trop ? fit Mimi, amusée.

Yamato se tourna vers elle, un léger sourire désabusé aux lèvres.

- Mon appartement n'est pas bien grand.

Taichi éclata de rire mais ne fit pas de commentaires. Koushiro referma son ordinateur portable, regarda tous les personnes présentes dans la pièce.

- On peut commencer ? demanda-t-il très poliment.

Ken allait répondre quand on frappa à sa porte. Souriant comme une personne réalisant que la journée promet d'être superbe, sa mère tenait un plateau sur lequel reposaient des verres de jus de fruits et des gâteaux. Daisuke, surpris, la regarda avant de se tourner vers Ken. Il se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas rire. Ken, rouge d'embarras, baissait la tête pour ne croiser le regard de personne.

- Si vous en voulez d'autres, n'hésitez pas à me demander, fit sa mère d'une voix joyeuse.

- Oui, merci beaucoup madame, répondit Sora dont les yeux brillaient d'amusement.

La mère de Ken laissa échapper un petit rire.

- Je suis tellement contente de voir du monde à la maison. Ken est si timide, il n'ose pas inviter ses amis! Mais n'hésitez pas à passer quand vous le désirez, ma porte est toujours ouverte pour vous !

Taichi étouffa un rire dans son verre et Yamato, vaguement moqueur, lui donna discrètement un coup de poing sur la cuisse. Ken grommela quelque chose que Daisuke n'entendit pas, et Sora, parfaitement maîtresse d'elle-même, ne cessa pas un instant de sourire.

- Merci bien, madame, vous êtes aimable.

- Je serai dans la cuisine si vous avez besoin de moi. Ken, occupe-toi de bien-

- Oui, oui, maman, j'ai compris, bredouilla Ken, s'empourprant davantage.

Dès que la porte fut close, Taichi rit, s'étranglant à moitié à cause de la gorgée de jus de fruits qui passait mal. Daisuke sourit à son tour et Koushiro, secouant la tête, croqua dans un gâteau.

- Elle est vraiment contente, dit Miyako, amusée. C'est vrai qu'on ne vient pas souvent chez toi, Ken.

- Depuis Noël en fait, nota Iori, étonné. Ah oui, depuis très longtemps.

Ken bredouilla quelque chose d'inaudible. Daisuke lui tira légèrement la manche pour lui demander de recommencer.

- C'est juste… que je n'ai pas trouvé d'occasion, voilà tout, répéta Ken, détournant le regard.

Daisuke lui sourit une nouvelle fois.

- On fera en sorte qu'il y en ait une, dit-il.

Ken le dévisagea, surpris. Il sentit quelque chose s'épanouir dans sa poitrine et incapable d'expliquer cela, il se contenta d'acquiescer.

Koushiro avait fini son gâteau et les observait.

- Oui, pardon, dit Ken, gêné. On peut commencer, Koushiro.

- Très bien.

Koushiro s'appuya sur la table basse. Taichi grignotait un gâteau mais tout son corps était dans une posture alerte et ses yeux étaient aussi déterminés qu'autrefois. Il fixait sa sœur qui hésita avant de se tourner vers Ken.

- On n'a pas eu le temps d'en parler, dit Hikari d'une voix qu'elle essayait de rendre assurée. Ca fait deux jours maintenant, et pour ma part, je n'ai rien revu du Monde Noir.

- C'est pareil pour moi, répondit Ken.

Takeru fronça les sourcils.

- Qu'avez-vous vu exactement ? demanda-t-il, impassible.

Ken hésita, questionna Hikari du regard.

- Le Sable, répondit-il d'une voix rendue rauque par la fatigue. Le Sable qui mourait. Et qui nous accusait.

- Vous accusait ? répéta Iori, ne comprenant pas.

Yamato tourna la tête vers Taichi. A en juger par son absence de réaction, il était déjà au courant de ces faits. Il grignotait toujours le même gâteau, ne quittant pas des yeux sa petite sœur qui tentait de garder une certaine contenance. Elle était prise d'un léger frisson qui, par un effet communicatif, s'était emparé à son tour de Ken. Il avait beau faire bon dans la chambre, tous deux donnaient l'air d'être frigorifiés.

- On était entraînés dans l'eau. L'eau du Monde Noir. Et on a vu le Sable, la lumière bleue.

Hikari se frictionna les bras. Elle claquait des dents à présent.

- Ca se rapproche, murmura-t-elle, soudainement épuisée. Ca se rapproche de nous.

Koushiro, qui était resté silencieux, soupira.

- J'ai eu un message de Michael que m'a transmis Mimi.

- Michael ? répéta Miyako. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Mimi cessa soudain de sourire et leva les mains brusquement, comme si elle cherchait à se défendre.

- Excusez-moi, s'exclama-t-elle. Je n'ai pas eu le temps de vous en parler avant et aussi…

Elle détourna le regard, penaude.

- Michael ne voulait pas que j'en parle avant que je donne son message à Koushiro.

Il y eut un bref silence. Sora fit une légère grimace.

- Il a été touché, lui aussi, n'est-ce pas, Mimi ?

La jeune fille ne dit pendant un instant avant d'avoir une sorte de sourire désolé.

- Il ne savait pas que ça faisait aussi mal. Maintenant il comprend. Et il est terrifié.

Sora lui prit la main sous la table et Mimi la remercia d'un hochement de tête. Koushiro rouvrit son ordinateur portable, pianota quelques instants.

- Si j'en crois ce que m'a dit Michael, ce qu'il s'est passé en Australie s'est aussi produit dans vos rêves, Hikari, et Ken.

- En même temps, fit Ken, sérieux.

- C'est assez logique, fit remarquer Miyako. Ceux qui sont le plus sensibles au Sable finissent par être touchés en même temps.

Hikari secoua la tête.

- Je ne dirai pas « toucher ». Mais plutôt comme…

- Résonner, c'est ça ? fit Taichi, prenant enfin la parole depuis quelques minutes.

Hikari dévisagea son frère avant de sourire légèrement.

- Oui, ça a résonné.

- Wallace a aussi été affecté par le Sable. Ou plutôt son Digimon en a été victime, reprit Koushiro.

Daisuke grogna, reposant bruyamment son verre sur le plateau. Le bruit fit sursauter Yamato qui était perdu dans ses pensées.

- Rah, j'y comprends rien ! Ca s'embrouille !

Ken se tourna vers Koushiro.

- Et pour le Portail ?

Koushiro hésita une seconde avant de reprendre.

- Toujours en construction. Je n'ai pas eu le temps de beaucoup avancer mais quand Wallace sera là, nous irons beaucoup plus vite. Il est déjà en train de voir les différentes zones qui seraient le plus bénéfiques pour nous.

Taichi avait tendu la main pour saisir un gâteau mais se rendant compte que le plat était vide, réprima son mouvement. Yamato, légèrement amusé, lui tendit celui qu'il avait gardé dans la main, ayant oublié de le manger. Quand leurs doigts se touchèrent, il y eut cette ligne de tension, impalpable, brève comme un éclair de chaleur et curieusement Yamato eut sur le moment envie que la discussion se termine pour pouvoir être libre de faire ce qu'il voulait.

Koushiro, à ce moment-là, referma son ordinateur portable qu'il rangea dans sa sacoche de protection.

- Tu t'en vas déjà ? fit Miyako, étonnée.

- Je dois me rendre à l'école où j'ai été accepté. J'ai repoussé le rendez-vous autant que j'ai pu mais il se fait tard et je ne dois pas manquer l'entretien.

- Un entretien ? répéta Sora, intéressée.

Koushiro, embarrassé, fit un geste de la main comme pour effacer ses propos.

- Rien de très extraordinaire. Je vous en dirai plus quand je serai au courant.

Sora se leva à son tour, prenant le plat vide de gâteaux.

- Je vais aller voir ta mère pour le lui redonner, expliqua-t-elle à Ken.

Ken soupira.

- Elle va vous proposer de rester manger de toute manière.

- Vraiment ? s'exclama Mimi, ravie. Oh, je serai très contente de rester !

Sora rit.

- C'est vrai que maintenant que tu vis toute seule, tu n'as pas à te soucier de l'heure imposée par tes parents.

Mimi fit une grimace, faussement en colère.

- Je suis quelqu'un de très responsable, merci de t'inquiéter pour moi.

- Tu dis ça car tu ne veux absolument pas faire la cuisine ce soir, la taquina Daisuke.

Mimi rougit mais ne répondit rien. Ken se leva, prit le plat que tenait Sora.

- Je vais aller voir ma mère pour lui dire. Qui reste donc manger ce soir ?

Daisuke, Mimi et Sora levèrent la main. Miyako hésita un instant puis soupira.

- Ca ferait trop tard pour moi et je dois m'occuper des mes frères et sœurs ce soir, ma mère compte sur moi.

- Désolé, fit Iori, penaud.

- Mais non, sourit Ken. Ce sera une autre fois.

Sora tourna la tête vers Taichi et Yamato.

- Vous restez, les garçons ?

- Mon père est à la maison ce soir. Je vais en profiter pour le voir.

- Hikari, il vaut mieux qu'on rentre. Tu es fatiguée, fit Taichi d'une voix ferme.

- Mais je…, commença Hikari, vexée.

Takeru lui prit doucement la main et lui sourit tendrement.

- Il a raison. Tu m'as l'air épuisée.

Hikari baissa la tête, se renfrognant.

- Je vais aussi rentrer, dit Takeru à Ken. Mais si jamais tu fais ça la semaine prochaine…

Ken rit.

- Ma mère serait bien capable de faire ça tous les soirs, répondit-il d'une voix encore embarrassée.

- Ta mère sait bien cuisiner, je suppose ? demanda Mimi, curieuse.

- Je pense. Je n'ai jamais fait très attention.

Sora éclata de rire.

- Je ne sais pas comment ta mère le prendrait si elle t'entendait dire ça.

Koushiro fit un geste de la main.

- Bon courage ! dit Miyako.

Taichi fit signe à Koushiro de l'appeler et ce dernier s'en alla enfin. Cependant, à peine la porte de la chambre s'était refermée qu'elle fut de nouveau ouverte par la mère de Ken, souriant toujours.

- Oh, maman…, s'écria Ken.

- Voulez-vous rester manger ce soir ? proposa sa mère, lui coupant la parole.

Sora sourit à son tour.

- Bien sûr, madame. Daisuke, Mimi et moi nous resterons manger.

- Oh les autres ne peuvent pas rester ? Dommage, mais si jamais vous changez d'avis…

Ken baissa la tête, gêné. Du coin de l'œil, il vit Daisuke retenir un rire, très amusé par la situation et de nouveau, cette sensation de chaleur dans sa poitrine s'épanouit, se dilua dans ses veines, le laissant perdu.

C'était encore trop tôt.


Sora sortait de la douche quand elle vit Mimi sur son lit, lisant un magazine. Elle était allongée à plein ventre, les jambes légèrement relevées, et frottait ses pieds l'un contre l'autre dans un mouvement absent. Sora se surprit à sourire lorsqu'elle s'avança jusqu'à elle, frictionnant ses cheveux avec sa serviette.

- Merci pour les affaires.

Mimi ne leva pas les yeux de son magazine mais Sora entendit son sourire dans sa voix.

- Je t'ai proposée au dernier moment de rester dormir, c'est normal que je te prête ce qu'il te manque.

Sora amena son avant-bras droit à ses narines. Le gel douche de Mimi sentait bon, il faudrait qu'elle pense à acheter le même bientôt. Mimi semblait absorbée par la lecture de son magazine car lorsqu'elle se releva, elle ne quitta pas des yeux la page qu'elle lisait, tandis qu'elle tendait la main vers sa table de chevet pour atteindre à tâtons un tube de crème hydratante.

- Qu'est-ce que tu lis ? demanda finalement Sora, brûlant de curiosité.

Mimi releva enfin la tête. Ramenant une jambe contre sa poitrine, elle ouvrit de tube de crème et commença à s'en appliquer sur son tibia, remontant jusqu'à la cuisse. Elle avait encore des traces de bronzage sur les jambes et Sora réprima son envie de le lui faire remarquer.

- Un article sur le phénomène qui s'est déroulé en Australie. On a réussi à avoir quelques photos mais les personnes qui ont eu le réflexe d'en prendre étaient un peu trop loin pour qu'on ait quelque chose de précis.

Sora se leva, déposa sa serviette à sécher. Le studio de Mimi était assez grand pour que deux personnes puissent y marcher sans trop se gêner mais le nombre de pas restait malgré tout limité. Cela était dû en partie au grand lit de Mimi, qu'elle avait acheté dès son arrivée au Japon. « Je ne suis vraiment plus habituée aux futons », avait-elle dit quand elle s'était jetée sur son lit à leur retour de chez Ken, l'estomac rempli.

- Je peux t'en prendre ? demanda Sora.

Mimi lui lança le tube avant de s'appuyer davantage contre le dosseret du lit. Elle s'était aussi totalement désintéressée du magazine qui reposait sur les couvertures. Sora le mit sur le bureau un peu plus loin, regarda autour d'elle. Mimi n'avait pas encore eu le temps d'ouvrir tous les cartons, mais déjà quelques photos avaient été collées près de la porte d'entrée, non loin du lit et plusieurs vêtements traînaient déjà sur l'une des chaises et la petite commode près de la fenêtre.

Mimi massait d'une main machinale sa cuisse et son tibia, pour bien imprégner la peau. Elle avait l'air fatigué mais sourit malgré tout quand Sora lui rendit le tube.

- Ah quelle soirée, soupira-t-elle, se mettant confortablement à sa place.

- Tu es sûre de vouloir dormir contre le mur ? demanda Mimi d'un ton qui signifiait que ce n'était qu'une question polie, pas vraiment concernée.

- Bien sûr. Je ne bouge pas beaucoup.

- Tant mieux. Moi je bouge beaucoup donc si jamais je tombe du lit, ne t'en fais pas, ça m'arrive souvent.

Sora éclata de rire.

- C'est vrai que tu bouges beaucoup, je m'en rappelle quand on était dans le Digi…

Elle se tut brusquement, sentant les souvenirs remonter à la surface et ne pouvant plus continuer sa phrase, elle baissa la tête, cessant de sourire. Mimi s'aperçut de son trouble et lui prit la main.

- Elle me manque à moi aussi, murmura-t-elle.

- J'ai encore du mal à y croire, dit Sora sur le même ton, réalisant qu'elle était bien à deux doigts de pleurer, elle qui n'avait absolument rien vu venir. Ca fait plus de deux mois, mais j'ai encore du mal à y croire…

Elle laissa sa phrase en suspens, fermant les yeux, très fort, pour empêcher les larmes de couleur. Rêveusement, elle tritura le col de la chemise de nuit que Mimi lui avait passée.

- Hikari m'en a parlé. Et c'est vrai, le plus dur c'est la nuit, dit Mimi, souriant légèrement. Parce qu'on se rappelle comment c'était dans le Digimonde. Ils étaient là la nuit pour nous protéger.

Elle soupira, se mit à son tour sous les couvertures. Elle se tordait les mains et dans la lumière dorée de la lampe de chevet, ses cheveux tombaient en une unique cascade sur son épaule droite, ramenés ainsi dans un mouvement machinal de la main.

« Elle est trop mince », pensa Sora, vaguement inquiète. « Et elle doit se faire du souci pour Michael. En plus de Palmon, voilà maintenant que Michael… »

- Si Biyomon avait été là…, reprit Sora d'une voix hésitante, ne pouvant s'empêcher de se trouver égoïste à parler ses problèmes alors que Mimi en avait au moins tout autant qu'elle. Si Biyomon avait été là, les choses auraient été plus faciles.

Mimi arrêta de se tordre les mains, tourna la tête vers son amie.

- Tu crois vraiment ?

Elle avait l'air d'en douter.

- Je ne sais pas, soupira Sora. Peut-être qu'elle n'aurait rien pu faire pour m'aider à m'en sortir après ma rupture avec Yamato, mais au moins, elle aurait été là. Sa présence m'aurait suffi.

- Tu t'es débrouillée toute seule, dit Mimi, pensive. Et tu t'en es bien sortie.

Elle fronça les sourcils et Sora lut dans ses yeux comme de l'inquiétude.

- Tu t'en es sortie, n'est-ce pas ?

Sora leva les yeux au plafond blanc du studio. Elle ne se rappelait plus pourquoi elle s'était adressée ainsi à Yamato, lorsque le groupe était parti chercher Mimi à l'aéroport.

« Considère-moi comme une amie. Respecte-moi comme telle. »

Elle gémit, appuya ses mains sur ses yeux, gémissant sourdement.

- Je suis une sacrée idiote, geignit-elle, glissant sous les couvertures pour s'y cacher.

Elle entendit Mimi rire.

- Entre Yamato et toi, l'idiot n'est peut-être pas celui que tu crois.

Sora sortit la tête de la couverture. Mimi inspectait ses ongles et Sora, dans la lumière, fut persuadée qu'elle était en train de retenir un fou rire qui la prenait au ventre.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Moi ? fit Mimi d'une voix trop douce pour être innocente. Rien du tout.

- Si tu sais quelque chose, dis-le moi !

Mimi haussa les épaules.

- Je ne sais rien du tout. Mais je pense tout de même que Yamato est un idiot dans cette histoire.

Sora grogna, frappa du poing le bras de Mimi avant de se remettre correctement sous les couvertures.

- Tu faix exprès de m'énerver, on dirait.

Mimi éclata enfin de rire. Dans le studio, ce fut le seul bruit, et à peine Sora entendit les voitures à l'extérieur, ni même les passants dans la rue. Elle se tourna vers son amie qui souriait toujours, s'allongeant à son tour dans le lit, la regardant avec cet amusement et cette tendresse qui la caractérisaient depuis plus de trois ans.

- Mais au moins, tu ne penses plus à des bêtises.


C'était jeudi et un jeudi sur deux, Yamato allait répéter avec son groupe. Le jeudi soir était également l'un des rares soirs où Taichi et lui ne rentraient pas ensemble, car l'entraînement de football de son meilleur ami finissait en général plus tôt que sa répétition. Il leur était arrivé l'année précédente de tout juste se croiser, Taichi transpirant à grosse gouttes s'en allant vers les vestiaires, et Yamato traversant la cour, sa basse sur l'épaule. Parfois Taichi apercevait Yamato en train de partir et parfois se faisaient-ils signe, parfois non. Il y avait quelque chose d'à la fois déterminé, grave, et enfantin dans Taichi quand il courait pour se changer et Yamato avait toujours aimé l'observer évoluer dans l'univers dans lequel il était le plus doué.

La répétition n'avait duré qu'une petite heure. Keri devait s'occuper de sa sœur, car son père était parti rentre visite à sa famille. Quant à Wakaba, il avait à régler quelques problèmes qui leur étaient restés sur les bras après l'incident du concert de janvier. Yamato n'avait pas tenu à rester avec seulement un autre membre du groupe et décréta qu'ils s'en tiendraient là pour ce jeudi. Quand il s'en alla, il réalisa que l'entraînement de Taichi était sur le point de finir et décida de le rejoindre.

Le terrain de football se trouvait derrière le bâtiment scolaire, aussi Yamato n'avait qu'à quitter le studio prêté par leur professeur de musique pour se rendre au lycée en moins de trois minutes. Il faisait beau, et Yamato sentit enfin dans l'air le véritable printemps. Malgré une brise fraîche le contraignant à resserrer les pans de sa veste contre son corps, il se sentait bien. Tout en chantonnant dans un léger souffle la chanson sur laquelle il travaillait avec son groupe, il se dirigea vers le terrain de football. De là où il se trouvait, il entendait encore les coups du sifflet de l'entraîneur, ainsi que le bruit mat de pieds cognant le ballon.

Il reconnut la couleur rouge du t-shirt de l'équipe lycéenne d'Odaiba. Dans les petits gradins, il y avait quelques personnes, surtout des jeunes filles qui attendaient leurs petits amis. Certaines suivaient avec intérêt l'entraînement, d'autres n'y accordaient pas la moindre attention, jouant sur leur téléphone portable ou lisant une revue.

Il n'y vit que trois garçons, dont un qui lui parut familier. Surpris, il fit encore quelque pas, attendit. L'entraîneur donna un dernier coup de sifflet, appela toute l'équipe pour faire le point et après quelques minutes à leur expliquer quelque chose que Yamato n'entendit pas, les joueurs se dispersèrent. Yamato ne put s'empêcher de sourire en reconnaissant les cheveux bruns en bataille de Taichi, qui s'essuyait le visage d'une serviette, le souffle encore haletant par l'effort. Il marchait sans trop se presser, les yeux rivés vers les gradins, n'ayant pas vu Yamato.

Il y eut un bref instant où Yamato tendit le bras pour lui faire signe mais soudain, il se figea. Taichi s'était dirigé vers le garçon qu'il semblait connaître.

Yamato éprouva une curieuse crispation à l'estomac.

C'était Tanaka.

Taichi lui sourit, tenant toujours sa serviette sur son épaule gauche. Assis dans les gradins, Tanaka se leva brusquement, se mettant à parler de quelque chose dont il avait l'air de se réjouir. Yamato fit quelques pas, hésita une nouvelle fois, s'en tint là. Il n'entendit absolument rien de la conversation, hormis un éclat de rire de son ami quand Tanaka lui dit quelque chose sur un air entendu.

Yamato serra les lèvres, sentant un goût acide lui imprégner la langue. Il se sentait partagé entre un mélange de colère et d'impatience, un mélange sur lequel il ne pouvait –et ne voulait- mettre de nom. Il se rappela de Taichi qui lui souriait, amusé par sa réaction, étonnement compréhensif.

« C'est normal d'être jaloux. »

Yamato émit un faible grognement furieux. Il ne ressentait absolument rien quand Taichi était en présence de d'autres personnes –amis de sa classe, camarades de l'équipe de football, jeunes filles qu'il connaissait par Sora. Mais en voyant Tanaka écouter intensément ce que lui disait Taichi, Yamato hésita entre l'envie de le frapper, l'ignorer, et même faire les deux à la fois sans que cela ne lui paraisse le moins du monde incohérent à l'esprit.

Enervé contre lui-même, il fit mine de s'en aller quand il aperçut alors l'expression de Taichi. Il semblait soucieux. Tanaka, très concentré sur la conversation, se contenta d'hocher la tête à plusieurs reprises puis sortit de la poche de sa veste d'uniforme un petit carnet blanc, et un stylo de la poche de son pantalon. Sans cesser de parler, il y nota quelque chose, arracha le bout de papier et le tendit à Taichi.

Et Yamato vit sur les doigts de Tanaka effleurer consciemment le poignet de Taichi quand ce dernier prit la feuille.

Taichi, ravi, garda le bout de papier dans le poing et Yamato, sentant la tête lui tourner pour une raison qu'il se refusait d'expliquer, quitta les lieux sans même jeter un regard en arrière.


- Je sais comment faire, dit soudain Tailmon.

Agumon leva la tête de son travail. Il était en train de soigner Gomamon dont l'une des pattes était sévèrement endommagée. Biyomon, anxieuse, se demanda s'il pourrait de nouveau nager.

- Le Sable a une faiblesse, et il est mourant, reprit Tailmon.

Elle jeta un coup d'œil au ciel d'un bleu trop lumineux pour être naturel.

- Il faut qu'ils viennent vite. Et on pourra peut-être réussir.

A suivre…