Note : Dédié à Rain à qui j'ai promis mille mots sur ce couple depuis que je me suis lancée dans cette fic. Je ne devrai pas poster autant de nouvelles choses d'un coup - vaudrait mieux que j'en garde en réserve - mais tant pis ^^ Bonne lecture à tous !
Personnages : Jeanne, Hao
Instant 10 : Brûle
Depuis que je suis toute petite, on m'a enseigné ce précepte : le feu, ça brûle. Paradoxalement, malgré le danger qu'il représente, il m'attire. C'set si chaud, si vivant. Est-ce mal ? Je sais que Marco ne l'aime pas, à cause de l'incendie qui a ravagé sa famille. Et puis le feu, on ne le trouve qu'aux enfers. Mais j'ai appris, enfant, qu'il existait d'autres dieux, ou du moins que d'autres avaient cru ou croyaient toujours à des faux dieux. Cela m'avait intriguée alors j'étais allée à la bibliothèque faire des recherches. Autrefois les grecs croyaient à plusieurs dieux, dont l'un se nommait Prométhée. Il aurait donné le feu aux hommes pour qu'ils puissent se protéger des animaux, se réchauffer, cuire leur viande, fabriquer des armes. Qu'aurait été l'homme sans le feu ?
Avant, quand Rakist était encore parmi nous et m'enseignait des tas de choses, il lui arrivait de laisser les feuilles de calcul de côté et de me parler du monde. Il me disait que le soleil n'était qu'une étoile comme une autre dans l'univers : une énorme boule de feu.
- Ce n'est pas ce que dit la Bible, avais-je fait savoir.
Je me rappellerai toujours de ce qu'il m'avait répondu : « Tu sais, la Bible, ce n'est qu'un ensemble d'images. Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. » Je n'avais pas compris à l'époque, je ne comprends toujours pas. Pourquoi me parle-t-il d'images ? De lettre ? De plus celles-ci n'ont pas de pieds ! Mais ces paroles ont été prononcées par quelqu'un qui a rallié Hao, je ne dois pas y prendre garde ? Quoiqu'il en soit, je n'y peux rien, le feu me fascine, même si tout l'apparente à l'ennemi.
…
Je marchais sur la plage, j'avais besoin de me rafraîchir les idées. J'ai vu sa silhouette de loin, ou plutôt la lumière qu'il émettait. Tout mon corps me criait de faire demi-tour mais j'ai continué d'avancer. Shamash a protesté mais je ne l'ai pas écouté.
Je l'ai tout de suite reconnu sans l'avoir jamais vu et désormais mes yeux ne quittent plus le feu. J'ai l'impression d'être au cirque auquel Marco et Rakist m'emmenaient. Je restai muette et immobile devant les artistes. Qu'est-il, lui ? Dompteur de fauves, magicien, cracheur de flammes ? Rien de tout cela en vérité. Il est le feu personnalisé, et si je m'avance trop, je me brûlerai.
Il m'adresse un sourire qui me fait frissonner. J'ai froid tout d'un coup, et envie de me réchauffer. SI je m'avance encore un peu, un tout petit peu, serait-ce trop ? Je croise son regard et crois y voir danser des flammes. Nous n'avons encore échangé aucun mot mais je sais qui il est et il sait qui je suis. Mon seul but devrait être de le détruire mais j'ai l'impression que je n'arriverai jamais à éteindre ce feu. Et puis je ne suis pas sûre d'en avoir envie. Il dégage cette lumière, cette aura, tentatrice et menaçante à la fois. J'ai envie de voir jusqu'où je pourrai ailler.
Alors j'avance d'un pas, pour voir, et il ne réagit pas. Je crois que les flammes dans ses yeux sont plus vivaces, plus brûlantes. J'hésite sur la conduite à adopter. Je n'ose pas jeter un coup d'œil derrière moi pour vérifier que Shamash est toujours là. J'ai le sentiment que si je le lâche du regard, le feu me consumerait. Je viens de lancer un jeu dont je ne connais pas les règles. J'ai peur de perdre mais je ne ferai pas marche arrière, je l'affronterai, je le battrai. Pourquoi semble-t-il si amusé ? Il n'y a rien de drôle ! Je le fusille du regard, je fais un nouveau pas en avant.
Pendant un instant j'ai cru qu'il allait faire un pas en arrière. Pas par peur, par jeu. Mais en fait non, il n'a pas bougé, et moi je me rapproche encore, encore. Nos yeux ne cessent pas de se fixer. Désormais je suis si près que je pourrai le toucher, si près que je sens son souffle brûlant sur mon visage, si près que la flamme qu'il tient m'effleure. J'ai le cœur qui bat à cent à l'heure.
Il se décide enfin à bouger et le feu qui est dans sa main se répand autour de nous. C'est comme un rideau de flammes qui nous encercle. Je m'aperçois soudain que je suis prisonnière, avec lui. Mais la partie n'est pas finie. Il baisse le bras et me défie du regard, je franchis le dernier pas qui nous sépare. Ses doigts qui se posent sur ma taille sont comme des braises ardentes. C'est chaud et douloureux mais je ne bronche pas, pas question. Je ne veux pas perdre, mais j'ai déjà perdu, et ce depuis longtemps.
Il secoue la tête et cela semble me dire « Tu le comprends enfin ». Je le déteste.
Il lève sa main libre et s'empare d'une de mes mèches de cheveux. Je la vois passer de blanc à noir alors que de petites étincelles jaillissent de ses doigts. Malgré tout je reste inébranlable. J'en suis sûre désormais, cela l'amuse. Le jeu continue mais différemment. Nous ne jouons plus aux échecs, il joue à la poupée et je suis le pantin. Je suis le jouet qu'il va casser quand il se sera lassé. Je ne veux pas.
Le feu, ça brûle. Je le savais. C'est parce que je le savais que je suis allée à sa rencontre malgré les réticences de Shamash. Je crois que mon fantôme n'est plus, le Spirit of Fire l'aura déjà dévoré. A moins qu'il n'ait fui… Son regard enflammé confirme la première hypothèse. De plus, Shamash ne m'aurait jamais abandonnée.
Il ouvre la bouche et comme il prononce les premiers et seuls mots que je lui entendrai dire, je trouve sa voix chaude et ironique.
- Dis-moi, petite Jeanne, ne t'a-t-on jamais dit qu'il ne fallait pas jouer avec le feu ?
Non. Je brûle.
