Il fait nuit dehors….mon petit canard s'est réveillée, sa fièvre est tombée et elle mange tranquillement un bol de soupe. Je relis l'ordonnance du médecin et lui donne ses médicaments avant de vérifier pour la millième fois la température de son front. Je réajuste les couvertures puis vais jeter un œil à la fenêtre. J'essaie de ne penser à rien pour éviter de m'écrouler comme tout à l'heure. Je dois rester forte pour Prim afin de ne pas l'inquiéter. Je vais également devoir lui annoncer mon mariage avec Peeta…Et le pire dans tout ça, c'est qu'il va falloir que je lui dise avec un grand sourire. Prim serait bouleversée si elle apprenait que je me « vends » pour la sauver. Cependant je préfère attendre qu'elle soit rétablie avant de lui faire part de cette nouvelle. Dans l'obscurité de la nuit, une silhouette se découpe et se dirige à grands pas vers ma maison. Cette allure….cette démarche…..je la reconnaitrai entre mille.
Sans réfléchir, poussée par mon instinct, je me précipite en bas pour le rejoindre. J'entends ma porte d'entrée s'ouvrir avec fracas et une voix grave retentir dans toute ma maison.
- Catnip !
Ni une, ni deux, je fonce sur lui dès que je le vois et me blottis dans ses bras.
- Rory m'a dit que Prim était tombée malade, qu'elle était partie à l'infirmerie et qu'il ne l'avait pas vu revenir en classe après. Qu'est-ce qu'il s'est passé Catnip ? Comment va Prim ? Est-ce que ça va ? me bombarde de questions mon meilleur ami.
Je prends plusieurs fois ma respiration avant de parler, savourant le contact et l'odeur familière de Gale.
- Ça va mieux….Le médecin est venu. Elle a pris des médicaments. Elle va guérir. Elle doit guérir, je chuchote dans le creux de son cou.
Gale souffle de soulagement et resserre son étreinte. Je sens son souffle balayer quelques-unes de mes mèches de cheveux me chatouillant ainsi le cou. Je ferme les yeux, et profite de ce contact avec mon meilleur ami pour tenter d'évacuer ma tension. Je suis fatiguée, épuisée nerveusement et physiquement par cette journée trop éprouvante pour mes nerfs. Je prolonge notre étreinte espérant ainsi me décharger un peu de tout le stress et toute l'angoisse ressentis un peu plus tôt. Bien que d'ordinaire je ne sois pas du genre démonstratif, sauf avec ma sœur, un peu de chaleur humaine ne fait pas de mal, surtout en cet instant alors je me laisse aller dans les bras de mon ami. De toute façon je ne suis plus à ça près, après m'être laissée aller à plusieurs reprises dans les bras de Peeta…
Peeta…qui sera mon mari dans une semaine. Peeta qui est amoureux de moi depuis l'âge de ses cinq ans. Peeta qui m'a sauvé de la famine en me jetant ces fameux pains. Peeta qui vient tout juste de sauver ma sœur. L'évocation à mon esprit de Peeta est comme un électrochoc face à la situation actuelle. Gale, mon ami, mon partenaire de chasse, mon confident, comment réagira-t-il lorsqu'il apprendra que je me suis vendue au fils du boulanger ? Mal, très certainement. J'ai envie de vomir à l'idée de devoir lui avouer le marché passé avec le père Mellark. Je pense d'ailleurs qu'il est préférable de ne rien lui dire, il serait furieux. Déjà qu'il ne porte pas Peeta dans son cœur, s'il apprenait la vérité, il serait bien capable de le tuer. J'ignore si c'est par crainte de la réaction qu'il pourrait avoir contre Peeta ou alors si c'est par crainte de la réaction qu'il pourrait avoir contre moi, mais je décide qu'il est préférable de garder ça pour moi. Pour le moment du moins. Il apprendra la funeste nouvelle bien assez tôt.
- Je suis désolé pour notre dernière dispute, me souffle Gale.
- Moi aussi, je réponds dans un murmure.
Gale desserre son étreinte et s'éloigne légèrement afin de m'observer. Je ferme les yeux, savourant le contact de ses paumes autour de ma mâchoire. Je sens son souffle chaud balayer les quelques mèches de cheveux qui parsèment mon visage. J'essaie de ne plus penser, et m'évertue à juste ressentir l'instant présent. Un moment simple, sans complications, sans angoisse, sans arrangements, sans mariage et sans désir. Malheureusement pour moi le sort ne m'est décidément pas favorable aujourd'hui car je sens Gale presser ses lèvres contre les miennes. J'ouvre les yeux en grand au contact de ses lèvres et instinctivement je recule de façon à ce que sa bouche ne soit plus en contact avec la mienne. À une distance que je juge suffisamment loin des lèvres de mon ami, je reste immobile et me contente de fixer Gale avec des yeux ronds. Ce dernier darde sur moi un regard intense, l'air nullement gêné par ce qu'il vient de faire.
Je tente d'amorcer un semblant de conversation afin de l'inviter à m'expliquer le pourquoi du comment de ce foutu baiser ! Comme si je n'avais pas assez de problèmes, il faut que Gale vienne pimenter ma vie en m'embrassant alors que je suis supposée me marier la semaine prochaine avec le fils du boulanger que je ne connais quasiment pas, tout ça parce que j'ai conclu un marché pour sauver ma sœur. Non décidément le sort n'est pas en ma faveur aujourd'hui, une situation plus inextricable, tu meurs.
Dans ma petite tête un flot de questions se bousculent mais moi, grande reine de l'éloquence, tout ce que je trouve à dire ou plutôt ce que j'arrive à prononcer, c'est un son entre le bégaiement, le grognement et le couinement.
- Je…heu….je ne sais pas….
C'est parti, je m'embrouille ! Heureusement mon cher meilleur « ami » a la bonne idée d'intervenir et de prendre la parole.
- Il fallait que je le fasse Katniss. Désolé si le moment ne t'a pas semblé opportun, je sais que ta sœur est malade, mais après notre dispute je me suis juré de le faire pour que tu comprennes, il fallait que tu saches, me dit Gale avec sérieux.
J'aurais bien envie de lui répondre que le moment est en effet bien mal choisi, étant donné que ma sœur est malade et que je vais épouser Peeta dans une semaine mais je m'abstiens et me contente de mordre ma lèvre inférieure. Donc Gale ne veut pas être qu'un simple ami pour moi…..À la bonne heure, il ne me manquait vraiment plus que ça !
Je reste plantée sur mes pieds, à triturer mes doigts, essayant de faire le tri dans ma misérable vie et tentant vainement de cacher ma gêne face à mon partenaire de chasse. Tout se bouscule dans ma tête, ma petite sœur malade, l'arrangement avec le père Mellark, le mariage avec son benjamin et maintenant le baiser de Gale. Gale. Quand il saura pour ce maudit mariage c'est sûr il va me tuer, tuer Peeta aussi et probablement toute sa famille ! Bah au moins je mourrais avec la consolation de savoir qu'au moins l'avenir de Prim est assuré, elle héritera des biens de toute la famille Mellark ! Je sais que ce n'est pas le moment de rire mais j'ai peur de me mettre à pleurer si je ne ris pas de la situation.
Gale qui m'observe depuis quelques minutes murée dans mon mutisme se décide alors à battre en retraite.
- Bon…..je pense que la journée a été éprouvante pour toi Catnip. Tu ferais mieux de te reposer.
- Oui, je réponds d'une petite voix.
- Veux-tu que je reste passer la nuit ici ? Me propose mon ami.
Avec Peeta qui m'a promis de passer demain pour passer voir l'état de Prim, non certainement pas mon cher Gale ! J'imagine bien le drame si Peeta venait frapper à la porte dans la matinée et que Gale allait lui ouvrir…..
- Non merci, ça va aller. Prim a pris ses médicaments et moi j'ai besoin de dormir. Ne t'en fais pas, rentre chez toi, tu dois te reposer aussi, je me contente de répondre.
Gale fronce les sourcils, l'air un peu vexé devant mon refus mais ne proteste pas.
- D'accord Catnip. Comme tu voudras, mais si tu as besoin de…
- Si j'ai besoin de toi je sais où te trouver, je me souviens encore de ton adresse, je termine avec un sourire.
- Oui, acquiesce mon ami en me rendant mon sourire.
Gale s'approche alors de moi, j'ai peur qu'il m'embrasse à nouveau mais au lieu de cela il pose délicatement ses lèvres sur mon front avant de me souhaiter une bonne nuit dans un murmure grave. Il s'éloigne alors, et se retourne en direction de la porte dans l'intention de la passer mais dans un élan incontrôlé je l'appelle.
- Gale attends !
Il se retourne et je pose mes yeux gris sur ceux si semblables de mon partenaire. Mon cœur se serre en pensant à ce que je m'apprête à lui dire car j'ai peur de ne pouvoir tenir la promesse que je me suis faite, cependant je ne résiste pas et lui demande :
- On se voit bientôt ? Les dindes vont prendre de mauvaises habitudes si nous n'allons pas les chasser très prochainement.
- Entendu Catnip, on se voit très bientôt, me confirme-t-il le sourire aux lèvres avant de passer la porte et de s'engouffrer dans le froid.
C'est avec une certaine affliction et une réelle amertune que je regarde mon ami partir. J'ignore si je pourrais toujours chasser avec lui, non pas parce que je jouerai l'épouse modèle et obéissante qui fera tout ce que Peeta voudra, pour ça il pourra toujours se brosser le blondinet, je tiens un minimum à mon indépendance ! Néanmoins je crains la réaction de Gale lorsqu'il apprendra pour ce foutu mariage, j'ai peur qu'il ne veuille plue me voir, surtout maintenant après ce baiser qui en dit long sur ses sentiments pour moi.
Pffff….Je suis fatiguée par toutes les émotions que m'ont procurées cette journée, mon cerveau est sur le point d'exploser tant j'ai mal à la tête. Je décide donc de laisser toutes ces pensées qui me rongent dans un coin de mon esprit et d'aller me reposer auprès de mon petit canard. J'arrive à notre chambre et trouve ma petite sœur confortablement installée sur ses coussins en train de caresser ce maudit Butturcup qui a pris ma place à côté d'elle. Elle semble allait mieux, ses joues ont retrouvé quelques couleurs.
- Qui était-ce ? me demande-t-elle.
- Gale, je réponds.
- À cette heure-ci ? Que voulait-il ? m'interroge mon petit canard.
Je rosis légèrement à l'entente de cette question mais essaie de garder contenance et donne une réponse à ma sœur.
- Prendre de tes nouvelles, Rory lui a dit que tu étais tombée malade à l'école aujourd'hui.
Voilà je pense avoir été crédible, de toute façon c'est la vérité, enfin en partie, mais je n'ai pas envie d'évoquer le passage du baiser. Prim ne semble pas dupe, après tout elle me connait bien et je suis mauvaise menteuse, toutefois elle ne fait aucun commentaire et se contente de reporter son attention sur son affreux matou.
J'essaie tant bien que mal de m'allonger dans le lit mais ce sale chat prend toute la place et ose me feuler dessus en plus ! Non mais quel toupet !
- Prim ! Vire moi ce sac à puces de là ! je grogne.
Ma petite sœur laisse échapper un petit rire. L'entendre rire me rassure, elle semble se porter un peu mieux, même si je vois bien qu'elle est toujours affaiblie par sa maladie. Je lui souris et décide de laisser une place à son chat pour cette nuit, vu qu'elle est malade, je ne peux rien lui refuser. Qu'il en profite, elle ne sera pas malade longtemps, elle a des médicaments, et Peeta me l'a assuré, elle vivra.
- C'est Peeta qui a préparé la soupe et apporté les médicaments ? me questionne-t-elle soudain.
- Oui, je me contente de répondre.
- Sa soupe était bonne, et les médicaments m'ont soulagé. C'est quelqu'un de bien ce garçon, lâche ma sœur rêveuse avant de fermer ses yeux fatigués.
- Oui, je souffle.
Je ne sais pas trop quoi penser de Peeta maintenant mais de toute façon quelle importance, j'aurai tout le temps de découvrir qui il est étant donné que je vais bientôt devoir vivre avec lui. Exténuée par cette journée éreintante, je décide de ne pas m'interroger et de laisser mon cerveau en stand-by afin de me reposer. J'embrasse tendrement ma sœur et m'endors presqu'aussitôt. Des coups à la porte me tirent de mon sommeil. Je grogne. J'étais si bien au chaud dans mon lit…..Je me tourne pour regarder Prim, elle continue de dormir profondément, je passe une main sur son front, la fièvre est tombée. Les coups contre ma porte continuent de se faire entendre.
Je regarde mon réveil, il est 9h00. Qui vient m'enquiquiner à cette heure-ci ? Je me lève et descend les escaliers pour ouvrir la porte. Peeta se trouve derrière, un air ravi et stupide sur le visage, il tient dans sa main un sachet fumant contenant des croissants si je ne m'abuse. L'odeur parvient à mes narines, elle est très alléchante. Bon il a des croissants, je vais le laisser rentrer alors, tant pis pour ma mauvaise humeur qui se meurt d'envie de lui hurler dans les oreilles pour m'avoir réveillée.
- Bonjour Katniss, s'écrie-t-il de sa voix enjouée.
- Bjour, je rétorque encore endormie.
Je m'écarte afin de le laisser passer, ce qui me permet d'apercevoir dans le miroir de l'entrée mes cheveux en pagaille et ma tenue débraillée. J'ai dormi habillé. Peeta rentre et se dirige vers la cuisine, je le suis et l'entends me demander :
- Comment va Prim ce matin ? Je vous ai apporté des croissants, préparés par mon père et moi-même.
- Beaucoup mieux, merci, je l'informe.
Peeta pose son sachet sur la table de la cuisine et se tourne vers moi avec un sourire tellement grand sur les lèvres qu'il ressemble à un simple d'esprit. Qu'est-ce qu'il lui prend à sourire comme un bienheureux ?
- Katniss, je suis tellement heureux, m'annonce-t-il d'une voix émue.
Sans blague ?! Ce serait imprimé sur ton front que ce serait pareil. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que je me suis levée du pied gauche.
- Ma sœur malade ça te rend heureux ? Je ne peux m'empêcher de lancer, grincheuse.
Peeta affiche un air choqué. Bon j'avoue j'y suis allée peut-être un peu fort, mais c'est plus fort que moi, je n'aime pas être réveillée.
- Non, absolument pas, objecte Peeta le plus sérieusement du monde.
Pauvre garçon, il apporte les croissants et voilà comme je l'accueille, j'essaie donc de me rattraper.
- Désolée, mauvaise nuit comme tu dois t'en douter, je m'excuse.
- Je ne suis pas heureux que ta sœur soit malade, et je t'avoue que je n'étais pas heureux hier soir que les choses ce soient passées ainsi. J'aurais voulu te le demander moi-même et plus tard….après que du temps soit passé entre nous et que tu aies eu le temps d'apprendre à me connaître…
Oula…..Je sens que sa tirade ne va pas me plaire. Je sais où il veut en venir. Je n'ai pas envie de parler de ça. J'ai envie d'occulter ça et de ne plus y penser. Malheureusement j'ai conclu un marché avec son père, il a sauvé Prim et il va lui offrir un avenir, et moi en échange je dois faire semblant de dégouliner de bonheur pour faire plaisir à Peeta. Peeta qui continue de me faire un récit confus de l'annonce de notre mariage par son père, je n'ai rien écouté. Tout ce que j'ai saisi c'est qu'il n'a pas aimé la forme, il aurait aimé me le demander lui-même, plus tard, quand j'aurais bien su qui il était, mais le fond le ravit. Peeta m'aime depuis ses 5 ans, et c'est pour lui un rêve qui se réalise que de m'épouser. De ce que j'ai saisi à tout son baratin c'est qu'au moment où il grondait son père pour avoir fait cette démarche à sa place, ce dernier lui a annoncé que j'acceptais de l'épouser. À priori son cœur a failli exploser de bonheur lorsque son père lui a appris que je voulais devenir sa femme.
Pauvre garçon…..S'il savait…..Je suis en train d'écouter sans écouter le monologue de Peeta sur son amour pour moi, son père, « notre vie » future avec Prim et tout ce blabla quand soudain je réalise qu'il est tout près de moi. Sans que j'aie eu le temps de réagir, je le sens me soulever avec aisance comme si je n'étais qu'une plume et me faire tournoyer. Il rit aux éclats, et moi j'ai la nausée à faire le tourniquet de bon matin. Avant que je n'aie le temps de protester ou d'émettre un quelconque son Peeta cesse son manège et s'empare de mes lèvres avec avidité.
Je commence à en avoir ma claque de toutes ces embrassades…En plus je ne me suis pas encore lavée les dents ce matin, heureusement qu'il n'a pas eu la bonne idée de me donner un vrai baiser ! Une fois que ses lèvres ont quitté les miennes, il pose son front contre le mien, resserrant ses bras autour de ma taille et me murmure d'une voix douce et grave.
- Tu verras Katniss, tout ira bien. Je vais prendre soin de toi et de Prim. Je te promets que vous ne manquerez de rien.
Je ne réponds rien à cela. D'une part parce que je ne vois pas ce que je pourrais répondre et d'autre part parce qu'i est préférable que je me taise, après tout j'ai sciemment accepté cette comédie. Une partie de moi meurt d'envie de crier et de lui avouer que toute cette mascarade de mariage n'est qu'un mensonge basé sur un accord avec son père, que je ne l'aime pas, que je joue la comédie uniquement pour le bien-être de ma sœur. Pourtant…..une autre partie de moi se sent rassurée par les propos de Peeta et me donnent envie de me laisser aller.
J'ai toujours pris soin de ma petite sœur et de moi-même depuis des années, alors je dois avouer que ça a un côté agréable de s'entendre dire qu'à présent ce sera quelqu'un d'autre qui va prendre soin de vous, quelqu'un de gentil, qui vous aime et qui a les moyens de vous entretenir financièrement. Oui ça peut paraître matérialiste comme ça, mais avouons-le si j'ai accepté la proposition de Monsieur Mellark c'est en partie à cause du confort que la situation de Peeta allait pouvoir offrir à ma petite Prim.
- Si on préparait le petit-déjeuner de Prim et qu'on lui apportait au lit ? me propose Peeta sans desserrer son étreinte.
J'esquisse un faible sourire et acquiesce. Peeta se détache alors de moi, et pendant un instant, surement à cause du tourniquet auquel j'ai eu droit, je vacille. Le temps de reprendre mon équilibre, Peeta sort différentes choses de son sachet. Il pose sur ma table du lait et une poudre marron que je ne connais pas. Il dispose les croissants sur une assiette et s'affaire aux fourneaux avec une casserole, le lait et la poudre bizarre. Je le regarde faire silencieusement et prends place sur une chaise.
- Mon père a acheté du chocolat en poudre spécialement pour vous, déclare-t-il d'une voix mélodieuse.
- Ah….., je me contente de répondre.
J'ignore ce qu'est le chocolat en poudre, je n'en ai jamais mangé.
- Il a pensé que ça ferait du bien à la petite Prim, continue-t-il en mélangeant sa mixture dans la casserole.
Soudainement je me sens mal-à-l'aise en évoquant le père de Peeta, père qui m'a acheté pour faire plaisir à son fils, mais je ne dois rien laisser paraître.
- Au fait tu n'es pas allé à l'école aujourd'hui ? je l'interroge afin de changer de sujet.
- Non, c'est inutile. Je reprends la boutique dans une semaine et j'ai suffisamment de connaissances pour gérer la boulangerie. De plus c'est notre dernière année et mes notes sont excellentes, donc mon père a pensé que les cours n'étaient plus nécessaires, raconte-t-il sur le ton de la conversation.
- Ah…., je me contente une nouvelle fois de dire.
Peeta me demande où sont mes tasses et verse sa mixture dans 3 tasses. Il m'en pose une fumante devant mon nez et m'invite à en boire.
- Tiens bois pendant que c'est chaud et prend un croissant.
J'opine de la tête et bois une gorgée du liquide fumant. La première gorgée me transporte. C'est délicieux ! À la fois doux et sucré. Cette boisson correspond bien à Peeta. Ravie par le goût de la boisson je m'empresse de prendre un croissant dont l'odeur me titille les narines depuis un moment. Une bouchée du croissant finit d'enchanter mes papilles. Je suis aux anges ! Ou du moins mon estomac l'est ! Je savoure avec un transport non dissimulé ces gourmandises sous le regard amusé de Peeta. Ce dernier semble d'avantage intéressé par ma petite personne en train de s'empiffrer que par sa propre boisson.
Honteuse d'être prise en flagrant délit de goinfrerie je rougis et mange avec un peu moins d'enthousiasme. Peine perdue, Peeta ne cesse pas de m'observer, alors pour me donner contenance j'amorce un semblant de conversation.
- Comment ça s'appelle ça ? je demande en désignant de la tête ma tasse.
- C'est un chocolat chaud. Tu aimes ? me lance-t-il.
- J'adore ! J'avoue avec un enthousiasme que je ne me connais pas.
- Tant mieux. Je t'en ferai tous les jours si tu veux quand nous vivrons ensemble.
Peeta ou comment jeter un froid…..Je baisse les yeux sur ma tasse et ne dit rien de peur qu'un malaise s'installe. Heureusement Peeta a la bonne idée de changer de sujet.
- On devrait se dépêcher si on veut que celui de Prim reste chaud, me propose-t-il.
- Oui, je pense qu'elle va adorer ça.
Peeta me fait un sourire tendre avant de se lever pour prendre la tasse de Prim et les croissants. Moi je m'empresse d'engouffrer le mien et me lève à mon tour. Nous montons jusqu'à la chambre où ma petite sœur dort, et je m'approche d'elle pour la réveiller. Je l'appelle en lui caressant tendrement les cheveux. Mon petit canard cligne plusieurs fois des yeux avant de s'étirer.
- Katniss….Qu'est-ce que…., interroge Prim d'une voix endormie.
- Il est l'heure de prendre ton petit déjeuner et tes médicaments, je lui explique.
Prim se frotte les yeux puis son regard se porte sur Peeta qui se tient au milieu de la pièce, la tasse et l'assiette de croissants dans les mains.
- Bonjour Prim, j'espère que tu te sens mieux, la salue-t-il avec douceur.
- Oui ça va mieux, merci Peeta, répond ma sœur avec un sourire franc.
- Peeta t'a apporté ton petit-déjeuner, tu vas le prendre en même temps que tes médicaments, j'annonce à mon petit canard.
Peeta pose l'assiette de Prim qui s'est redressée sur la table de chevet et il lui tend l'anse de la tasse chaude. Prim le remercie pendant que moi, je sors les médicaments prescrits par le docteur. Ma petite sœur les prends puis c'est avec une joie immodérée qu'elle engloutit son petit déjeuner, se léchant les babines une fois celui-ci terminé. Peeta et elle sont en grande conversation, ma petite sœur lui racontant ses histoires d'école et lui ses idées pour rénover la boulangerie. Je décide donc de les laisser babiller joyeusement et d'aller prendre une douche pendant ce temps.
Je reste un moment sous le jet d'eau savourant le contact de l'eau chaude sur ma peau. Mes muscles sont tendus et mon esprit est totalement chamboulé. Trop de choses se sont passées en peu de temps, et j'essaie de faire le tri dans ma tête. Je vais épouser Peeta dans une semaine. Ma sœur et moi allons vivre chez lui. Peeta m'aime. Gale aussi, visiblement. Penser à mon mailleur ami me noue l'estomac. Je crains trop sa réaction lorsqu'il va apprendre que je suis mariée à Peeta…..Et Peeta….persuadé que j'ai accepté de l'épouser comme ça, sans rien en retour. Je vais devoir lui faire croire que je l'aime. Je vais devoir lui mentir et par-dessus tout je vais devoir être sa femme et donc le laisser poser ses mains sur moi. Non pas que l'idée qu'il me prenne dans ses bras ou qu'il me touche me dérange, au contraire son contact est agréable et me fait éprouver des sensations étranges.
Non ce qui me dérange c'est plutôt qu'il pose ses mains sur moi dans l'intimité d'une chambre. Je sais comment marche le monde, je sais ce qu'un homme et une femme mariés font dans une chambre et c'est de ça dont j'ai peur. D'une parce que je ne veux pas avoir d'enfant, et de deux, même si ça peut paraître puéril, parce que j'avoue que ça me fait peur. J'ai peur d'avoir mal, peur d'être nue devant lui, peur de me sentir sale après ça. J'ai le moral au plus bas quand j'entends ma sœur toquer à la porte me demandant si j'en ai pour longtemps car elle aussi, elle aimerait prendre sa douche. J'enroule une serviette autour de moi et sors.
- Tu n'es pas censée te reposer au lit ? je lui fais remarquer.
- Je me sens mieux et il faut que je prenne ma douche, j'ai beaucoup transpiré, rétorque-t-elle en me tirant la langue.
Je souffle et la laisse entrer avant de me diriger dans ma chambre, l'esprit toujours occupé. Je me dirige vers l'armoire et m'apprête à enlever ma serviette quand un raclement de gorge m'arrête net.
- Peeta ! Je m'écrie rouge de honte
- Désolé, j'ai jugé opportun de me manifester, s'excuse-t-il, le regard fuyant et le visage rosi.
- Je pensais…. que tu étais descendu au salon, je couine d'une petite voix.
C'est faux, en fait je l'avais complètement oublié, enfin pas totalement vu que je pensais à lui, mais j'avais oublié qu'il se trouvait dans ma chambre. Le voir ainsi dans ma chambre alors que je suis à moitié nue me met extrêmement mal-à-l'aise surtout avec les dernières pensées que j'ai eu à son propos.
- Oui…..Non je…je ne suis pas descendu…..mais…je vais descendre pour te laisser te changer, bafouille-t-il.
Il semble extrêmement concentré, trop concentré. Je le devine, il s'empêche de me regarder.
- J'en ai pas pour longtemps, je m'habille et je descends, je l'informe.
- Oui, à tout de suite, marmonne Peeta avant de sortir brusquement de la chambre.
J'enfile à toute vitesse une chemise noire et un pantalon marron avant de descendre rejoindre Peeta. Je le trouve en train de faire la vaisselle. Cette fois-ci c'est moi qui me racle la gorge pour signifier ma présence. Peeta se retourne vers moi, son visage a repris une teinte normale.
- Tu n'es pas obligé de faire la vaisselle, tu nous as déjà apporté le petit déjeuner, dis-je.
- Ne t'en fais pas, ça ne me gêne pas, répond-t-il avec un sourire bienveillant.
Je me mets donc dos contre un des murs et le regarde faire les bras croisés. À vrai dire je ne sais pas quoi dire ou faire maintenant que je sais que je vais devoir l'épouser. Une fois sa vaisselle terminée, il se retourne vers moi et s'approche doucement. Son corps se trouve à présent à quelques centimètres du mien, et je me tends instantanément. Peeta prend une de mes mèches de cheveux humide qu'il s'amuse à faire glisser sous ses doigts.
- J'aime bien quand tu as les cheveux détachés, lâche-t-il à voix basse.
Sa voix me fait frémir, son timbre est grave et envoûtant. Je ne dis rien et me contente de regarder mes pieds, gênée. Je sens alors son pouce caresser ma joue. L'odeur de cannelle et de pain qui se dégage de lui remplit mes narines. Elle est si agréable. Je pense qu'il va tenter de m'embrasser mais je me trompe car je sens sa main se retirer et son corps reculer légèrement.
- Je pensais, quand Prim sera rétablie, il faudra qu'on prépare vos affaires afin que vous puissiez emménager la boulangerie.
D'où ça sort ça ? N'était-il pas en train de me caresser i peine deux secondes ? À la fois frustrée de cette interruption et agacée par la perspective d'aller vivre chez lui je me contente de lui dire avec détachement :
- Je n'en ai pas encore parlé à Prim.
Malheureusement Peeta n'a pas l'air de s'en offusquer.
- Oui je me doute. Son rétablissement et la priorité. Nous lui en parlerons plus tard.
« NOUS » ? Depuis quand lui et moi sommes une « nous » ?
- Je vais rester avec toi pour m'occuper de Prim, mon père m'a donné quartier libre. Enfin….. si ça ne te dérange pas, me demande-t-il le regard suppliant.
Si, ça me dérange Monsieur Mellark mais bon comme maintenant je suis devenue ta « chose » dont tu vas pouvoir disposer à ta guise, tout ça grâce à ton cher papa, je ne peux que me taire !
- Non ça ne me dérange pas, je souffle.
Le visage de Peeta s'étire en un sourire radieux. Mes sentiments à son égard sont confus. J'ai envie à la fois de le fuir, de l'insulter, de le rejeter et même temps j'ai envie de l'avoir près de moi pour me réconforter et me soutenir comme il l'a fait devant son frère et avec ma sœur. Je sais qu'il n'est pas responsable de ce mariage et que je suis injuste avec lui mais pour l'instant il m'inspire trop de sentiments contradictoires.
Ça va être difficile de jouer la comédie cet après-midi…..Je risque de lui souffler le chaud et le froid.
