NdA : Attentions, avis aux ames sensible, ce chapitre est assez violent, surtout vers la fin !
Un grand merci aux reviewers, ca fait toujours plaisir ! J'espère que la suite vous plaira autant.
Kurogane ouvrit un oeil lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit. Une infirmière entra, aussitôt suivie par Fye. Le magicien lui adressa un geste de la main avec un grand sourire.
-Ca va mieux, Kurochan ?
-Fous moi la paix, grogna Kurogane.
Ignorant l'infirmière qui lui faisait les gros yeux, Fye s'avança et s'assit sur le bord du lit, bien décidé à s'amuser.
-Allons allons, je suis sûr que je t'ai manqué mon gros Kuronounet adoré, minauda-t-il.
-Hey, mais qu'est-ce que tu raconte ?! beugla le samouraï en tachant de s'éloigner le plus possible du magicien.
Jetant un coup d'oeil par dessus son épaule, Fye eu la satisfaction de voir le visage de l'infirmière crispé dans une expression horrifiée. La jeune femme pivota soudain et quitta la chambre d'une démarche d'automate.
-Je plaisantais, Kurochan, reprit Fye. Tu prends toujours tout au pied de la lettre.
-Me méfie avec toi, grogna Kurogane qui resta tout de même à l'écart, des fois que. Je t'ai toujours trouvé un peu louche.
Fye agita la main, comme s'il s'agissait de détails sans importance et son visage redevint sérieux, en dépit du fin sourire qui constituait son expression naturelle, pour ce qu'en savait Kurogane.
-Plus sérieusement, sais-tu où est passée Tomoyo ?
Un simple haussement d'épaule lui répondit.
-Si tu sais quelque chose, tu devrais nous le dire, Kurorin, insista Fye. Nous n'avons plus aucune nouvelle et Sakura était très inquiète en l'apprenant.
-Vraiment ? Et où est-elle, dans ce cas ? Partie chercher la petite peste au hasard des rues ?
-Non, je l'ai envoyé avec Shaolan récupérer sa plume. Mokona l'a repéré.
Kurogane dévisagea longuement le magicien qui soutint son regard sans se départir de son sourire amusé.
-A quoi est ce que tu joue, au juste ?
-Je ne joue pas, répondit Fye. Une fois la plume récupérée, nous n'auront plus qu'a retrouver Tomoyo, puis passer dans la Dimension suivante, tu n'es pas d'accord ?
-Autant partir sans la peste, dans ce cas.
Un silence s'installa pendant que Fye s'absorbait dans ses réflexions.
-As-tu la moindre idée de ce qui lui est arrivée ? demanda-t-il enfin.
-Pour ce que j'en sais, elle est morte, répondit Kurogane au moment où la porte de sa chambre s'ouvrait.
D'un même mouvement, les deux hommes se tournèrent en direction de la porte pour voir Sakura se découper dans l'encadrement. La jeune fille s'était figée, une expression d'incrédulité horrifiée sur le visage.
-Ah, Sak... commença Fye.
Il n'alla pas plus loin, la jeune fille était repartie en courant, bousculant Shaolan qui la suivit du regard, hésitant sur la marche à suivre. Finalement, il se décida pour lui courir après, laissant de nouveau les deux hommes seuls.
-Tu as gaffé, Kurorin, murmura Fye sans cesser de sourire finement.
Le Samouraï haussa les épaules. Ce n'était pas son problème, après tout.
-
Shaolan s'étonna de voir Sakura courir si vite. Il n'arrivait pas à la rattraper et c'était tout juste s'il parvenait à ne pas perdre de terrain. Les infirmières s'écartaient du chemin de la jeune fille en la regardant avec de grands yeux étonnés, mais nul ne faisait le moindre geste pour l'arrêter.
Pour compliquer encore la tâche de Shaolan, un Mokona surexcité s'était perché sur le sommet de son crane, se tenant à une mèche de cheveux, et lui donnait avec entrain des coups sur la tête en criant joyeusement « Hue ! Hue ! ».
Finalement, Sakura se retrouva face à une porte fermée et fut forcer de s'arrêter, bien qu'elle s'escrimait pour l'ouvrir en sanglotant désespérément. Shaolan la prit par les épaules, cherchant des mots de réconforts qui ne lui venaient pas. La seule chose qui ricochait dans son esprit se résumait à « bon débarras ! ». Mais il ne pouvait pas dire une chose pareille à Sakura. Lui même devait bien admettre qu'il avait honte d'avoir cette pensée.
En larmes, Sakura se mit à lui donner des coups furieux sur le torse, tentant confusément de lui échapper, avant de se laisser tomber à terre où elle se mit à pleurer de plus belle, poussant des cris désespérés. Les gens autour d'eux commençaient à s'attrouper avec curiosité, certains lançant à Shaolan des regards mauvais, comme s'il était responsable des larmes de la jeune fille.
-Allons, calmez-vous, Princesse, murmura-t-il doucement en s'accroupissant devant elle.
-Elle... Elle est... sanglota Sakura d'une voix hachée.
-Je sais que c'est dur, mais on ne peut plus rien y faire, poursuivit Shaolan.
Une part de lui-même se demandait si Sakura pleurerait autant si on lui annonçait que c'était lui qui était mort. Sans doute pas, se dit-il amèrement. Elle ne s'apercevrait probablement même pas que je manque à l'appel...
Il ressentit une nouvelle bouffée de haine envers Tomoyo, mais la jugula comme il le pouvait. Ce n'était pas vraiment sa faute si Sakura s'était attachée à elle. La peste avait toujours tout mis en oeuvre pour rejeter la princesse.
La Sakura qu'il avait connu, avant cet étrange incident, aurait probablement eut une réaction similaire, songea-t-il. En fait, il se plaisait à croire que la réaction de l'ancienne Sakura aurait été dix fois pire si on lui avait apprit sa mort.
Sakura articula difficilement autre chose. Les larmes qui la secouait ne lui facilitait pas la tâche. Shaolan crut reconnaître le mot « promesse » et se rembrunit. Cette histoire de promesse entre Tomoyo et Sakura l'avait toujours intrigué sans qu'il ne parvienne à connaître le fin mot de l'histoire.
-Mr Kurogane ? lança une voix un peu plus loin. Qu'est ce que vous faites là ? Vous êtes déjà rétablit ?
-Bordel, j'en ai vraiment marre ! résonna la voix familière de Kurogane. Vous allez me foutre la paix, oui ? Et c'est quoi tout ce cirque ?!
-Allons, du calme, intervint une troisième voix que Shaolan reconnut également.
Il tourna la tête et vit un Kurogane vêtu d'un costume trois pièces suivit de Toya. Tous deux s'approchèrent en avisant Sakura qui pleurait toutes les larmes de son corps sans vraiment prêter attention à son entourage.
-Qu'est-ce qui lui arrive ? demanda Toya.
-Tomoyo... répondit simplement Shaolan avec un regard éloquent.
L'acteur pâlit soudain, mais Toya lui posa une main sur l'épaule.
-Du calme, je ne pense pas qu'ils l'ont tuée. Et puis, ce n'est pas votre Tomoyo, Kurogane...
Toya sentit qu'on l'attrapait par le col. Sakura le regardait avec des yeux remplis de larmes, le teint si pâle qu'elle semblait sur le point de s'évanouir.
-Elle est vivante ?! s'écria-t-elle. Vous savez où elle est ?
-Calmez-vous, mademoiselle. Elle est très certainement vivante, oui, mais la situation est... délicate, aussi j'apprécierais que nous en discution dans un endroit moins... peuplé, acheva Toya avec un regard éloquent vers l'attroupement qui les regardaient tous en murmurant entre eux.
-Allons voir Kurogane, proposa Shaolan, faisant tiquer les curieux qui lancèrent un regard intrigués vers l'acteur.
Il prit Sakura par le bras et ouvrit la marche. La jeune fille se laissa entraîner, n'osant y croire. Elle se sentait éperdue de soulagement et avait l'impression que ses jambes étaient en coton. Elle tituba à la suite de Shaolan sans même y faire attention, l'acteur et son producteur sur les talons.
-
Dans la villa de l'acteur, Tomoyo était très en colère. Une paire de ciseaux dans une main et un ruban rose dans l'autre, elle fusillait du regard le majordome qui faisait ce qu'il pouvait pour la calmer, en vain.
-Je suis vraiment désolé, mademoiselle Tomoyo, mais j'ai reçu des ordres très clairs de votre père.
-Et moi je vous garantis que vous allez l'être encore plus si vous ne me dites pas ce qu'il se passe !
Un peu plus tôt, alors qu'elle était en pleine frénésie couturière et fabriquait robe sur robe histoire d'oublier son envie grandissante de modifier celle que Sakura avait faite, elle avait entendue un grand remue-ménage dans la villa et avait pointée le bout de son nez hors de sa chambre pour voir son père passer en courant, suivit de près par Toya.
Avant même qu'elle ai compris ce qu'il se passait, les deux hommes étaient sortis, s'étaient jetés dans la voiture de Toya qui avait ensuite démarée au quart de tour. Quelque chose clochait et Tomoyo avait la désagréable sensation que cela concernait Sakura d'une manière ou d'une autre.
Le majordome s'obstinant à répéter qu'il ne savait rien, Tomoyo lui jeta de rage son ruban au visage, puis s'éloigna en affichant une mine boudeuse. Alors qu'elle traversait le salon, elle vit une femme rousse qui semblait un rien perdue.
-Ah, c'est vous ! s'écria Tomoyo. Vous êtes venue avec Mr Toya ?
-Mlle Tomoyo ?! Mais je croyais qu'on vous avais enlevée !
Tomoyo cligna des yeux, puis compris que la secrétaire parlait de l'autre Tomoyo et se plaqua une main sur la bouche. Ca ne pouvait signifier qu'une seule chose. Elle pris fermement la secrétaire par la main et la traina presque en direction de la sortie.
-Mais ? Que faites vous, Mlle Tomoyo ? s'inquiéta la secrétaire.
-Moi, rien. Mais vous, vous allez me conduire à l'hopital tout de suite ! Avec de la chance, ils seront encore la-bas...
-
Fye se leva et marcha jusqu'à la fenêtre. Il promena son regard sur le jardin en contrebas, les mains croisées dans le dos. Kurogane avait fermé les yeux et semblait plongé dans ses pensées. Ni l'un ni l'autre ne réagit lorsque Shaolan frappa à la porte. Au bout d'un petit moment, le jeune homme l'ouvrit et lança un regard à l'intérieur.
-Vous êtes là ?
-Evidemment, rétorqua Kurogane.
-Vous avez pas répondus...
Le visage du samouraï s'assombrit quand il vit son double entrer en lui lançant un regard mauvais. Il n'avait pas la moindre idée de la raison qui l'amenait ici, mais c'était forcément pour une catastrophe de plus.
-D'accord, de quoi il s'agit, cette fois ?
-D'après Mr Toya, Tomoyo serait encore en vie, répondit le jeune homme.
Fye se détourna de la fenêtre, souriant doucement.
-Vraiment ? Une bonne nouvelle, mais comment pouvez-vous le savoir, si ce n'est pas trop indiscret ?
L'homme d'affaire tira d'une de ses poches une feuille de papier pliée et la tendit sans un mot au magicien qui la pris, la déplia, puis la lut. Son sourire s'accentua.
-Qu'est ce que c'est ? demanda Kurogane depuis son lit.
-Une demande de rançon, répondit Fye, de l'amusement dans la voix.
Sakura fronça les sourcils, ayant visiblement mit le doigt sur un détail qui la chiffonait.
-Pourquoi enlever Tomoyo et demander une rançon à Mr Toya ? Elle ne vient pas de ce monde...
-Ils se sont trompés, murmura Shaolan. Ils ont enlevés la mauvaise Tomoyo, pas vrai ?
Le visage sombre, le Kurogane acteur acquiesça lentement. Fye rendit la lettre à Toya, puis se frotta le menton, un sourire songeur sur les lèvres.
-Suis-je le seul à trouver que c'est une coincidence étrange ? demanda-t-il. Nous arrivons, puis quelqu'un décide d'enlever la fille de Kurogane et se trompe avec notre Tomoyo...
-Nous savions que ma fille courrait un tel risque, expliqua l'acteur. Elle ne sort pratiquement jamais et toujours sous surveillance.
Le samouraï se fendit d'un sourire ironique.
-Et c'est maintenant que tu nous le dis ?
-Hey ! Pourquoi tu crois qu'on vous interdisais de mettre un pied dehors ?! beugla l'acteur. C'est ta faute si ta Tomoyo est sortie de ma villa !
-Ce n'est pas MA Tomoyo ! beugla en retour le samouraï. Et c'est pas ma faute si elle est devenue complètement dingue !
Les deux Kurogane se crièrent encore dessus un moment avant que Shaolan et Toya ne parviennent à les calmer. Sakura s'avança en portant Mokona, l'air décidée malgré les larmes qui perlaient encore au coin de ses paupières.
-Il faut aller la chercher !
-Attendez, intervint Shaolan. On parle de Tomoyo, là... Cette fille est capable de se défendre, non ? Si le type qui a fait ça s'était préparé à emprisonner la fille de Mr Kurogane, il risque d'avoir un choc !
Fye se fendit d'un sourire amusé.
-Hyuuuuu, tu n'as pas tort, Shaolan.
-J'en serais pas si sûr, à votre place, grogna le samouraï.
Tous les regards convergèrent dans sa direction, l'air d'attendre une explication.
-Quand je l'ai affrontée, elle était... perturbée, expliqua-t-il.
-Comment ça, perturbée ? s'inquiéta Sakura.
Kurogane haussa les épaules.
-Difficile à expliquer, mais je pense qu'elle est vulnérable en ce moment. Surtout que ses ravisseurs n'ont pas prit la peine de récupérer ses couteaux.
-Dans ce cas, allons la chercher ! répéta Sakura, butée.
-Mais nous ignorons où elle se trouve, contra Shaolan.
Sakura lui lança un regard noir et partit bouder dans un coin. Personne n'allait rien faire, elle en était quasiment sûre. Shaolan la détestait, Kurogane voulait à tout prix la tuer et Fye... Elle lança un regard en coin au magicien qui souriait toujours. Il semblait toujours si distant, si détaché de tout. Il croisa son regard et son sourire s'élargit.
-Mokona, appela Fye. Tu pense être capable de localiser Tomoyo comme tu l'as fait pour Kurogane ?
La bestiole pelucheuse sauta en l'air avec un grand sourire.
-Elle est à l'hopital ! annonça-t-il.
Sakura sursauta, posa un regard incrédule sur Mokona, puis bondit sur ses pieds et fila dans le couloir. Les autres s'entreregardèrent sans comprendre, puis partirent à sa suite, laissant Kurogane seul.
-Hey ! Me laissez pas en plan comme ça ! cria-t-il.
-
Tomoyo entra dans l'établissement, son visage affichant une moue colérique et s'avança avec détermination en direction de l'accueil.
-Ou est la chambre de...
-TOMOYOOOOOOOOOOOOO !
La jeune fille sursauta et vit une Sakura affichant un grand sourire soulagé lui foncer dessus, bras écartés, avant qu'elle ne lui saute joyeusement au cou. L'instant d'après, elle se reculait pour l'observer attentivement, puis de grosses larmes apparurent au coin de ses yeux.
-MOKONA ! cria-t-elle avec colère.
Tomoyo regarda sans comprendre Shaolan tenter de retenir une Sakura très énervée qui voulait visiblement taper sur un Mokona qui se frottait la nuque d'un air joyeux.
-Fye à pas précisé quelle Tomoyo il voulait que Mokona retrouve, expliqua la bestiole.
-Bon, peut-tu retrouver l'autre Tomoyo, dans ce cas ? demanda Fye.
-Mokona va essayer ! piailla le manju avec un grand sourire tout en se mettant au garde-à-vous.
Sakura poussa un soupir empreint de tristesse. Elle avait un très mauvais pressentiment. Une main se posa sur son épaule et elle vit Tomoyo qui la regardait avec inquiétude et compassion. Sans un mot, elle lui tendit un paquet. La robe qu'elle avait confectionnée. Sakura la prit et la serra sur son coeur, luttant contre son envie de pleurer.
La fille de l'acteur passa un bras rassurant autour des épaules de Sakura, souhaitant la réconforter, mais ne sachant pas vraiment comment y parvenir. Ou plus exactement, elle savait ce qui ne manquerait pas de rendre le sourire à Sakura, mais elle ne pouvait rien y faire. Son seul talent était de fabriquer de jolis vêtements.
-
Resté seul dans sa chambre, Kurogane se laissa aller contre l'oreiller, fixant le plafond tout en conservant un visage grave. Sa main caressa distraitement son torse recouvert de bandage et une sensation fourmillante s'en dégagea.
Il ne cessait de repenser à la Tomoyo de son monde. Une princesse très douce et paisible, mais qui savait faire preuve de cruauté quand elle l'estimait necessaire. La malédiction qui le frappait et son exil forcé en était la preuve. Il l'avait toujours servie loyalement, en dépit de sa propension à tuer et s'était sentit trahi par la façon dont elle l'avait traité.
« Tu apprendras ce qu'est la force. » Les dernières paroles qu'il avait entendu de la Princesse Tomoyo ne cessait de lui trotter dans la tête. Il était fort, le plus fort de son monde, il l'avait toujours sut et c'était d'ailleurs la raison même de son exil. Il n'avait jamais vraiment compris ce qu'elle entendait par là.
Pourtant, il pensait mieux saisir le sens de ses paroles à présent. L'obstination de Shaolan a vouloir protéger et sauver sa princesse en dépit du sacrifice qu'il avait accepté l'intrigait. Sakura n'était plus pour lui qu'une source de frustration, pourtant il ne l'abandonnait pas. Bien malgré lui, Kurogane était impressionné, mais il le trouvait également stupide. Il endurait en silence, mais restait un être humain. Tôt ou tard, il craquerait, Kurogane en était persuadé. Sa façon d'agir, cette abnégation totale avait quelque chose d'auto-destructeur.
La force morale... Mais c'était aussi une faiblesse. Shaolan était tout à la fois fort et faible, prisonnier de sa propre nature. Kurogane n'avait pas tardé à comprendre que le jeune homme était la droiture incarnée, qu'il n'était pas du genre à rompre une promesse ni même à se laisser aller. Il s'imposait une ligne de conduite très stricte qui le poussait à avancer malgré les obstacle, mais l'entravait tout autant.
Shaolan était à l'opposé de cette Tomoyo qui voyageait avec eux. La petite peste était tout en dissimulation, jouant sans complexe de son apparence innocente quand cela servait ses intérêts et l'une des première chose que l'on apprenait à son sujet était qu'il ne fallait pas lui faire confiance. Elle les suivrait tant qu'ils auraient un objectif en commun, mais n'hésiterai certainement pas à les poignarder dans le dos si elle y trouvait son compte.
Kurogane avait été surpris de découvrir la force de la gamine. Une force radicalement différente de celle qu'il possédait. Une force tout en finesse, rapidité, mais aussi tromperie. Et la rage. Il ne devait pas oublier la rage. Tomoyo donnait l'impression d'un fauve déchainé quand elle se battait.
Une rage qu'elle ne contrôlait pas vraiment et qui la consumait...
Kurogane repensa à leur dernier combat. Il avait sentit que quelque chose s'était brisé chez la jeune fille. Sa folie enragée lui avait permis de le battre, mais une fois disparue, que restait-il ?
Kurogane fronça les sourcils. Elle aussi était faible à sa manière, à l'instar de Shaolan. Le contrôle absolu tout comme l'absence de contrôle constituait une faille. Mais lui-même, avait-il également une faille qu'il n'avait encore jamais soupçonné ?
« Tu apprendras ce qu'est la force... » Etait-il aussi fort qu'il l'avait toujours cru ? Par deux fois déjà il était passé bien près de mourrir. Quelle était donc cette force dont la princesse Tomoyo parlait ? La découvrirait-il vraiment au cours de ce voyage ?
De nouveau, il revit le visage de Tomoyo lorsqu'il l'avait affronté dans le café. Elle avait posé sur lui un regard vide, dévasté. Elle n'était pas venue le tuer. Elle était venue se faire tuer...
Le visage de marbre, Kurogane continua de fixer le plafond.
-
Un bruit résonna dans la cellule miteuse où ses ravisseurs avaient jetés Tomoyo. Celui d'une porte que l'on ouvrait. Toujours prostrée, la jeune fille ne fit pas un geste lorsque deux hommes entrèrent et la forcèrent à se lever. Le regard vide, elle se laissa emporter en dehors de la cellule sans vraiment s'en rendre compte.
On l'entraîna au travers de ce qui ressemblait à une cave, puis la fit monter un escalier de pierre menant à une porte. Celle-ci s'ouvrit sur une grande pièce ensoleillée. Bien qu'éblouie, Tomoyo n'eut pas un mouvement et ne résista pas lorsqu'on la fit traverser ce qui ressemblait à une grande villa pour l'amener dans un salon.
Les deux hommes la forcèrent à s'asseoir dans un fauteuil confortable, puis se postèrent de part et d'autres de Tomoyo, la surveillant de près, bien que la jeune fille semblait à peine consciente de ce qui l'entourait.
-Ah, j'ai enfin le plaisir de faire votre connaissance, Mlle Tomoyo, lança une voix.
Une voix grave et aux accents rapeux. Vaguement familière. Tomoyo fronça légèrement les sourcils, mais n'eut aucune autre réaction.
-Je suis navré que notre rencontre se fasse dans ces circonstances, mais que voulez-vous, ce sont les affaires, reprit la voix sans se formaliser du manque de réactivité de sa prisonnière.
La voix poursuivit son monologue sur un ton faussement poli, mais les mots survolaient Tomoyo. Le son, la texture, l'intonation de la voix... Tout cela lui était étrangement familier. Quelque chose remua en elle, au travers du brouillard de sa confusion, cherchant à se faire entendre.
Un écho lointain résona faiblement dans son esprit. La même voix. Donnant un ordre. « Emmenez-là! » Echo du passé. La pupille de Tomoyo se contracta soudain, son regard reprenant une certaine nettetée. Les fragments de l'esprit de la jeune fille commencèrent à se regrouper autour du souvenir de cette voix.
-Vous lui avez envoyé quelle dose de tranquilisant ? demandait la voix d'un ton autoritaire. Pourquoi est-elle toujours dans cet état ?
L'homme à sa droite bredouilla une réponse, mais Tomoyo n'y prêta pas attention. Seule la voix comptait. Sa façon de donner des ordres, de réprimander... Elle s'en souvenait à présent. Une voix haïe au delà de toute haine, une voix qu'elle rêvait de changer en hurlement de douleur et de terreur.
Sa voix.
Lentement, Tomoyo leva la tête vers l'homme qui était assis dans le fauteuil qui lui faisait face. Un visage sec, aux cheveux gris coiffés en arrière. Une longue moustache fine tombant de chaque coté de sa mâchoire.
Les yeux de Tomoyo s'écarquillèrent, son expression se mua soudain en un rictus qui provoqua chez son ravisseur un mouvement de recul. Quelque part au milieu des cendres, une braise se raviva sous le souffle d'une haine si profondément ancrée qu'elle occultait tout le reste.
-Vous... murmura-t-elle d'une voix basse, chargée de mépris, de haine et de rancoeur.
L'homme lança un regard à la fois inquiet et perdu en direction de ses hommes qui s'entre-regardaient stupidement. Quelque chose clochait. Tout le monde savait que Tomoyo était une gentille jeune fille qui ne ferait jamais de mal à une mouche.
Pourtant, la Tomoyo qui se trouvait actuellement en face de lui ressemblait plus à un animal enragé et assoiffé de sang.
Constatant que son cerveau s'était brusquement changé en éponge, l'instinct de conservation de l'homme le poussa du coude et prit le relai.
-Abattez-là ! hurla-t-il au moment où Tomoyo bondissait de son fauteuil, ses yeux brillant du brasier qui l'habitait de nouveau.
-
-Mokona l'a trouvée ! brailla joyeusement Mokona en sautillant sur l'épaule de Fye.
-Où est elle ? demanda Sakura.
-A l'ouest, Mokona peut vous y conduire !
Toya secoua la tête.
-C'est trop dangereux. Indiquez-moi l'adresse, je vais y envoyer mes hommes pour la récupérer.
-On a pas le temps, grogna Kurogane.
Surpris, Toya se tourna vers l'acteur qui lui renvoya un regard vide.
-J'ai rien dis, moi !
Tournant la tête, ils virent tous l'autre Kurogane qui avançait vers eux tout en rajustant son kimono, une expression des plus rébarbatives sur le visage.
-Ca ira, Kurorin ? demanda Fye. Tu es blessé.
-T'occupe pas de moi, répondit Kurogane en fixant son double d'un air mauvais. Toi, tu vas nous conduire là ou se trouve cette foutue peste.
-T'imagine pouvoir me donner des ordres ?! s'énerva l'acteur. Tu m'as déjà foutu ma réputation en l'air, je te sign...
Il n'eut pas le temps de finir, le samouraï l'ayant saisit sans le moindre ménagement par le col de sa chemise. Shaolan voulut intervenir, mais Fye le retint, souriant d'un air amusé.
-Ecoute, tête de noeud... Quand je te vois, j'ai qu'une envie, c'est vomir... Alors me gonfle pas avec ta précieuse petite réputation, sinon c'est autre chose que je vais te foutre en l'air, c'est clair ?
L'acteur voulut protester, mais le regard de son double le terrifia et il prit conscience que si lui se prenait pour un dur le temps de ses films, la personne qui lui faisait face l'était cent fois plus dans la vraie vie. Il déglutit, mal à l'aise, pendant que Sakura et Mokona applaudissaient joyeusement le samouraï.
-Très clair, répondit-il en détournant le regard.
-Parfait... En route, alors. On a une gamine à récupérer, ensuite on pourra enfin foutre le camp de cette Dimension pourrie...
-Quoi ? Mais... fit Tomoyo en regardant tour à tour son père, le double de son père et Sakura.
Celle-ci lui sourit gentiment et prit ses mains dans les siennes.
-Nous viendrons te dire au revoir, dit-elle.
-Pourquoi ne pas rester ?
Sakura secoua la tête.
-Je ne peux pas, je suis désolée...
Tomoyo soupira, puis sourit avec douceur.
-D'accord. Va retrouver ta Tomoyo. Mais elle aura intérêt à s'occuper de toi une fois que je serais plus là pour le faire !
Shaolan grimaça. Il ouvrit la bouche pour signaler qu'il pouvait très bien s'occuper de Sakura, et sûrement mieux que l'autre dingue, mais Fye lui posa la main sur la tête avec un sourire en coin.
-Non, murmura-t-il. Si tu souhaite vraiment arranger les choses avec Sakura, je te déconseille de dire le fond de ta pensée.
Le jeune homme lui renvoya un regard madré.
-Vous êtes sûrs que vous n'êtes pas télépathe ?
-Je te l'ai dis, Shaolan. Avec toi, c'est inutile.
-On perds du temps, intervint Kurogane, son sabre sur l'épaule.
Le magicien se tourna vers lui, une expression étonnée derrière son sourire.
-Serait-ce que tu te soit attaché à notre petite Tomoyo ? demanda-t-il d'un ton dégoulinant de sous-entendu.
-Ca va pas la tête ! beugla le samouraï. Je la déteste toujours autant !
-Dans ce cas, pourquoi vouloir la sauver ? demanda Shaolan.
Kurogane se calma et regarda au loin.
-Je veux savoir ce que signifie vraiment « être fort », répondit-il. Et puis, si quelqu'un doit tuer cette foutue peste, ce sera moi !
-
L'homme à la moustache claqua la porte de son bureau et s'appuya dessus, une expression terrorisé sur le visage. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui était arrivé, mais ce n'était pas ce qui avait été prévu.
Un hurlement de douleur qui se mua en gargouillit se fit entendre au travers du tonnerre continu des armes à feu. L'homme se prostra, gémissant et tremblant, terrorisé au delà de toute raison. Le monstre sanguinaire qui massacrait ses hommes ne pouvait pas être Tomoyo. C'était impossible ! Il l'avait longtemps observée avant de préparer son coup !
La jeune fille lui avait sauté à la gorge sans prévenir et seul la promptitude de ses hommes à obéir lui avait sauvé la vie. Une balle avait touché Tomoyo en plein bond, l'envoyant bouler à l'écart, mais ça ne l'avait pas arrêtée pour autant. Elle s'était rapidement relevée avec une vitesse impensable et s'était jeté sur le plus proche de ses sbires pour lui briser la nuque avec une violence qu'il ne lui aurait jamais soupçonné.
Malgré sa blessure à l'épaule, Tomoyo se déplaçait avec rapidité et évitait les balles avec une aisance déroutante, enfonçant son coude dans la gorge d'un homme ici, puis écrasant la tête d'un autre contre une armoire de marbre quelques mètres plus loin, semant rapidement la confusion et la peur dans le coeur de tous.
Leur employeur avait finalement réussit à se défaire de l'horreur glacée qui le paralysait et prit la fuite, croisant le reste de sa milice privée qui accourait, alerté par le bruit des armes à feu qui résonnait dans toute la villa.
Derrière le voile sanglant qui obscurcissait sa raison, Tomoyo sentait que sa proie s'échappait, mais elle ne se lança pas à sa poursuite. Pas tout de suite. Il ne pourrait pas filer bien loin, savait-elle. Elle le retrouverait le moment venu et ferait ce que sa haine lui chuchotait de faire d'une voix qu'elle aimait et détestait tout à la fois. La voix de sa folie.
Bien décidée à s'amuser, Tomoyo prit le temps de s'occuper des hommes armés qui arrivaient, regrettant vaguement la perte de ses dagues, mais elle avait trouvé un couteau de cuisine. Ce serait suffisant pour ce qu'elle avait en tête. Le tranchant était en partie émoussé, ce qui lui convenait parfaitement. Sa proie ne méritait pas une lame affûté.
Tranchant, poignardant et frappant, Tomoyo se déchaina dans le salon jusqu'à ce que le silence s'installe. Lorsqu'elle vit la salle jonchée de corps mutilés, les murs éclaboussés de sang, un sourire étira ses lèvres et elle se mit en marche, cherchant sa proie sans se presser. Le jeu du chat et de la souris venait de commencer.
-
La voiture prit un virage serré dans un crissement de pneu qui fit bondir les piétons, puis fila à toute allure dans la rue heureusement peu fréquentée, slalomant entre les quelques véhicules qui s'écartaient précipitament sur son passage.
Le Kurogane acteur était au volant et se dit confusément que ça ferait une sacrée foutue bonne scène pour un film, seulement personne n'avait de caméra sur lui, bien évidemment. Il n'en n'était pas moins mort de trouille à l'idée d'avoir un accident, mais elle était surpassée par la trouille bien plus vive et moins hypothétique de son double qui s'était assis à coté de lui et tenait son sabre d'un air un peu trop menaçant au goût de l'acteur.
Pour lui compliquer encore plus la tâche, Mokona sautait joyeusement à pieds joints sur le klaxon en poussant des cris surexcités tout en lui masquant en partie la vue de manière bien trop régulière.
Les passagers entassés à l'arrière étaient secoués dans tous les sens, mais personne ne s'en souciait en dehors de Toya qui jurait à chaque virage qui le jetait soit contre Fye, sois l'écrasait contre la portière, le visage collé à la vitre dans une position qui devait être des plus grotesques vue de l'extérieur.
Sakura était assise entre Fye et Shaolan et ce dernier faisait son possible pour lui éviter d'être trop bousculée. A sa grande déception, la jeune fille ne semblait pas apprécier ses efforts. La plupart du temps, elle restait plongée dans la contemplation de son paquet posé sur ses genous et les rares fois où elle réagissait, c'était pour lui dire d'un ton plutôt sec de faire attention où il mettait ses mains s'il ne voulait pas se prendre la sienne en travers de la figure, espèce de pervers !
De l'autre coté de la jeune fille, Fye souriait, paraissant très amusé par la balade.
-On y est presque ! annonça Mokona entre deux rebonds sur le klaxon. C'est la grosse villa qu'on voit tout la-bas, à flanc de colline !
-Elle va bien ? voulut savoir Sakura en se penchant entre les fauteuils avant.
-Mokona peut pas vraiment savoir, répondit la bestiole bondissante. Mokona peut seulement dire qu'elle est toujours en vie !
Sakura se laissa aller contre le dossier de la banquette arrière, soupirant. Elle était contente de la savoir en vie, mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'elle était en bonne santée. Et le temps qu'elle arrive, tout pouvait arriver.
Je t'en supplie, tiens ta promesse, songea-t-elle tout en resserant sa prise sur le paquet.
-La route est dégagée, tu vas arrêter de sauter sur ce foutu klaxon, oui ou merde ? beugla l'acteur, à bout de nerfs.
Mokona se retourna en plein bond, puis se mit à sautiller avec quatre fois plus d'entrain, tendant ses petits bras en direction de l'homme.
-Seulement si tu fais un calin à Mokona ! Calin ! Calin ! Calin ! Calin ! Calin ! Calin ! Calin !
-
Ses vêtements habituellements noirs étaient gorgés de tant de sang, autant le sien que celui de ceux qui se dressaient en travers de son chemin, qu'ils étaient pourpre, désormais. Elle se sentait bien. tout lui paraissait si clair, en cet instant. Chercher. Trouver. Tuer.
Plus de questions, plus de sentiments contradictoires, plus de doutes. Juste la traque et le meurtre. C'était si reposant, après toutes ces heures de tortures mentale qu'elle s'était infligée. Voilà sa seule véritée, sa seule raison d'être : tuer. Elle n'avait besoin de rien d'autre, ni de personne. Les autres personnes n'apportaient que des ennuis. Ils la rendaient folle...
De fait, afin de préserver sa santé mentale, il lui suffisait de tuer toutes les autres personnes. Ainsi tout irait bien. Et tant qu'elle tuerait, elle éprouverait cette sensation d'extase et de bien être. Elle ne souffrirait plus jamais tant qu'elle aurait une proie à traquer et à tuer.
Mais le reste du monde attendrait. Elle devait tout d'abord assouvir sa vengeance. Le tuer, lui. Lui faire payer pour son crime. Un crime impardonable. Il avait fait d'elle une meurtrière. Et bien elle allait faire de lui sa prochaine victime.
Un garde surgit soudain d'une porte et ouvrit le feu. Sans vraiment y penser, Tomoyo lui fonça dessus, ignorant les balles qui fusaient autour d'elle, ne prêtant pas attention à la douleur lorsque l'une lui ouvrit la joue gauche en l'effleurant. Elle écarta d'une main l'arme et lui colla sa lame sous la gorge. L'homme baissa un regard suppliant sur elle. Affichant un sourire de petite fille, Tomoyo lui trancha la gorge, faisant jaillir une fontaine écarlate qui ajouta une nouvelle couche carmine à sa tenue.
Elle fouillait méthodiquement chaque pièce de la villa, éliminant systématiquement tout être vivant qui croisait sa route. Les hommes de son ravisseurs prenaient désormais la fuite devant elle, mais certains, acculés, tentaient en vain de résister. Elle se retrouva finalement devant une porte verrouillée. Collant son oreille contre le bois, elle entendit des sanglots et des gémissements hystériques, bien qu'étouffés.
-Tu es là, petite souris grise ? demanda-t-elle d'un ton joyeux.
Le bruit d'une vive agitation lui parvint et un sourire cruel étira ses lèvres. Elle fouilla un petit moment dans sa tunique et en sortit un petit morceau de tissus quelle ouvrit. Il contenait plusieurs rossignols. Elle en choisit un et le glissa dans la serrure, commençant à la crocheter.
De l'autre coté de la porte, le moustachu sentit une nouvelle vague de panique lorsqu'il entendit le raclement de la serrure que Tomoyo travaillait. Il était complètement perdu, n'avait plus aucun repère. Comment cette gamine que tous tenait pour angélique pouvait être si vicieuse ? Comment savait-elle crocheter des serrures ?
Il se précipta derrière son bureau et ouvrit les tiroirs, fouillant frénétiquement leur contenu. Il finit par trouver ce qu'il cherchait : un pistolet de petit calibre, mais qui suffirait à régler la question de cette folle furieuse.
La poignée de la porte tourna et Tomoyo entra. Le moustachu fut comme frappé d'horreur. La jeune fille arborait un magnifique sourire de petite fille, mais son regard était froid et cruel. La main agité de tremblements, il pointa l'arme sur Tomoyo en poussant un hurlement terrifié et pressa la détente encore et encore. Il continua de presser la détente après que toutes les balles furent parties, sans cesser de hurler jusqu'à ce que Tomoyo lui plaque sa main libre sur la bouche, un rictus sadique étirant ses lèvres fines.
-
La voiture s'arrêta dans un hurlement de pneus. La portière avant coté passager s'ouvrit et Kurogane sortit posément du véhicule, regardant la villa par dessus le toit. Il entendit des cris et des exclamations pendant que Sakura poussait Shaolan qui tardait à ouvrir sa portière pour sortir. Le jeune homme manqua tomber quand la jeune fille sortit précipitamment alors qu'il n'était lui même qu'à moitié dehors.
-Hyuuu, quelle énergie, Sakura ! s'exclama joyeusement Fye en sortant à son tour.
-Comment on va entrer ? demanda Toya en suivant.
-Par la porte d'entrée, répondit le samouraï. J'ai un mauvais pressentiment...
Shaolan le dévisagea un moment.
-Vous pensez qu'on arrive trop tard ?
-Oui. Mais trop tard pour qui...?
Le ton qu'il avait employé fit frissoner le jeune homme. Il se tourna en direction de la villa. Tout était calme et silencieux. Un silence de mort, songea malgré lui Shaolan.
-Princesse, restez ici, dit-il d'une voix ferme.
-Pas question ! répliqua Sakura. J'y vais !
-Mais c'est dangereux ! objecta l'archéologue.
-Je sais bien ! Mais c'est pas une raison pour dépendre des autres !
Elle serra son paquet contre son coeur.
-Je veux être forte, moi aussi... ajouta-t-elle.
Elle sursauta en s'apercevant que Kurogane se dressait à coté d'elle, son arme sur l'épaule. Il observait la villa d'un regard dur. Un regard qui avait vu la mort de près à plusieurs reprise.
-Alors allons ensemble découvrir ce qu'est la force, petite Princesse, dit-il.
Sakura hocha la tête et ils s'avancèrent du même pas en direction de l'entrée.
-Hyuuu, fit Fye en souriant. Quelle classe, kuropon !
Shaolan roula des yeux et pressa le pas pour les rattraper. L'acteur sortit à son tour de la voiture, bien qu'à contrecoeur, et lança sans ménagement Mokona au magicien qui le reçu dans ses bras.
-Vous n'y allez pas ? demanda-t-il d'un ton sec.
-Je vous attendais, répondit Fye.
-Vous voulez qu'on entre là dedans ?! s'écria Kurogane. Vous êtes malade !
-Bouh, le lâche ! piailla Mokona.
-Je suis surtout pas suicidaire !
-Il n'y a aucun danger, assura Fye.
Les deux hommes lui lancèrent un regard étonné.
-Comment le savez-vous ? voulut savoir Toya.
-Parce que Kuropon a son regard de guerrier, répondit Fye avec un sourire et en se bridant les yeux avec ses doigts, Mokona l'imitant depuis son épaule.
Les deux hommes secouèrent la tête, guère convaincus, mais n'en suivirent pas moins le magicien à la suite des autres.
Kurogane dégaina son sabre et trancha la porte d'entrée, Sakura attendant nerveusement à ses cotés. Shaolan voulut la prendre par le bras pour lui intimer de rester en arrière, mais elle se dégagea d'une secousse et entra avec le samouraï dans le couloir.
Un silence inquiétant régnait dans la villa. Ils se dirigèrent le long d'un couloir désert jusqu'à une porte que Kurogane ouvrit d'un coup de pied.
-Frimeur, lâcha son double.
-C'est vous l'acteur, lui rappela Fye avec un sourire amusé.
L'acteur ne répondit pas. Il préféra se détourner pour vomir. Ils venaient d'entrer dans le salon et le spectacle qui les y attendait avait de quoi secouer les constitutions les plus fortes. Sakura avait considérablement pâlit et semblait nauséeuse, mais elle ne détournait pas le regard pour autant, bien que ses mains tremblaient en serrant son paquet. Kurogane lui lança un coup d'oeil en biais, puis eut un sourire appréciateur.
-Finalement, on dirait bien que c'est toi qui avait raison, gamin, lança-t-il à l'adresse de Shaolan.
Qui s'en serait visiblement bien passé. Il avait rarement vu autant de sang de toute sa vie. A ses cotés, Fye émit un sifflement admiratif.
-Sacré Tomoyo ! Elle n'a pas lambiné.
-Bon sang, c'est vraiment elle qui a fait ça ? demanda Toya d'une voix mal assurée.
Il tenait mieux le choc que l'acteur, mais était tout de même passablement vert.
-Qui d'autre ? lâcha Kurogane. Je la reconnais bien là...
-Où est-elle ? demanda Sakura. Elle est encore en vie, pas vrai ?
-Il suffit de remonter la piste, répondit Kurogane en se remettant en marche.
Il y avait bel et bien une piste. Une piste de sang et de mort. Ils passèrent encore devant quelques cadavres. Tous avaient une expression terrifié sur le visage. S'il n'y avait eu les blessures, on les aurait crus morts de peur, songea Shaolan.
Ils finirent par entrer dans le bureau. Tomoyo était assise dessus, leur tournant le dos. Elle faisait face à quelqu'un d'avachit dans un fauteuil de cuir, le dissimulant en grande partie à leur vue. Sakura voulut se précipiter vers elle, un sourire rassuré aux lèvres, mais Kurogane la retint par le bras.
Sakura leva un regard étonné sur lui, mais il l'ignora, continuant d'observer Tomoyo, le visage de marbre. Même de dos et immobile, elle irradiait le danger et la mort. Elle sembla s'apercevoir de leur présence et leur lança un regard par dessus son épaule. Son regard était glacial.
Bordel, songea Kurogane. C'est encore pire que dans le café.
-Tomoyo ! appela Sakura en voulant s'avancer vers elle, mais le bras de Kurogane se tendit devant elle, lui bloquant le passage.
Tomoyo plissa son seul oeil visible, puis se figea en voyant Sakura. Elle se tourna dans leur direction, passant ses jambes par dessus le bureau pour leur faire face, posant sur Sakura un regard soudain dément.
-Saki... murmura-t-elle.
Son visage se contorsionna en une grimace horrible et elle se prit les tempes entre les mains, comme si elle voulait extraire quelque chose de sous son crane.
-Bon dieux ! souffla Shaolan.
Il ne pouvait détacher son regard de l'homme assis dans le fauteuil. En se tournant vers eux, Tomoyo s'était décalée, cessant de le cacher. Ils pouvaient désormais s'apercevoir qu'elle lui avait arraché les yeux avant de lui trancher la gorge. Comme ses sbires, il avait gardé dans la mort une expression de terreur à l'état pur.
-Tomoyo... répéta Sakura d'une voix désespérée.
-Ne bouge pas, lui murmura Kurogane. Elle est devenue folle...
Tomoyo se prenait toujours la tête à deux mains, une tornade de pensées contradictoires rugissant sous son crane. Elle regarda de nouveau la jeune fille qui se tenait au coté de Kurogane, se forçant a voir au delà de sa folie. Les cheveux racourcirent, leur couleur devenant un peu plus claire, ses traits se firent plus juvéniles.
-Tu n'es pas Saki ! hurla soudain Tomoyo.
Elle tendit la main derrière elle et saisit le couteau de cuisine qu'elle avait laissé planté dans le coeur du moustachu. Elle bondit ensuite sur ses pieds, respirant difficilement.
-Hyuuuu, ça se complique... murmura Fye. Une idée, Kurotan ?
-Le plus simple serait de la tuer, murmura le samouraï en retour.
Sakura sursauta et lui lança un regard suppliant.
-Je sais, je sais... soupira-t-il. Mais tu me devras une faveur, petite princesse...
-D'accord, répondit Sakura.
-Quoi ?! s'écria Shaolan. Quelle sorte de faveur ?!
-Rien de bien méchant, répondit calmement Kurogane. Maintenant ferme là ou bien c'est toi que je tue...
-Hyuuu, prenez-en de la graine, monsieur l'acteur, s'amusa Fye.
Le Kurogane en costume gromela dans sa barbe. Son double l'ignora et s'avança vers Tomoyo qui semblait prête à les attaquer. Sakura se retint d'intervenir, espérant pouvoir faire confiance au samouraï.
Sans prévenir, Tomoyo se jeta sur Kurogane et fendit l'air avec son couteau. Le samouraï para le coup en levant son sabre qui entama à moitié la lame du couteau de cuisine. Il se fendit d'un sourire narquois.
-On peut savoir à quoi tu joue, gamine ?
-Je vais te tuer ! hurla Tomoyo d'une voix hystérique. Je vais tous vous tuer !
-Avec ce jouet ? Me fais pas rire, gamine... C'est peut-être suffisant pour ces nuls, mais tu ne m'aura pas avec ça...
D'un mouvement de son arme, il brisa le couteau de cuisine. Tomoyo fit un bond en arrière, les yeux fous. Kurogane la considéra calmement. Je pourrais la tuer, songea-t-il. Elle est désarmée et dans un tel état de folie qu'elle n'opposerai pas beaucoup de résistance...
La voix de la princesse Tomoyo de son monde résona à nouveau dans son esprit. Oui... La tuer serait trop facile, songea-t-il. La sauver demanderai plus de force. La force de ne pas tuer... Est-ce de cela que vous parliez, Princesse ?
Il l'ignorait, mais était bien décidé à découvrir la réponse. Tomoyo bondit vers lui avec l'intention évidente de l'attaquer à main nue. Kurogane rengaina son sabre.
-Qu'est ce que... commença Shaolan avant d'avoir la réponse sous les yeux.
La gifle de Kurogane jeta Tomoyo à terre et rouvrit sa blessure. Elle leva les yeux sur lui, se tenant la joue d'une main. Son regard exprimait la surprise.
-Finis les enfantillage ! beugla le samouraï. Si tu veux me tuer, commence par reprendre tes esprits !
-Pourquoi tu ne me tue pas, dans ce cas ? demanda Tomoyo d'une voix étrangement calme.
Kurogane baissa les yeux sur elle et la considéra avec mépris.
-Ne compte pas sur moi pour t'aider à te suicider, gamine, dit-il, faisant pousser un cri à Sakura. T'as oublié que je te détestais ? Je n'ai pas l'intention de te faire plaisir ! Si je dois te tuer, ce sera une fois que tu aura reprit goût à la vie !
Tomoyo secoua la tete en riant tristement. Elle sentait de nouveau ce vide lancinant. Elle n'était une fois de plus que cendres.
-Je n'ai aucune raison de vivre...
-Tomoyo !
C'était Sakura. Elle posa un regard blessé sur la jeune fille couverte de sang et misérable assise par terre. Celle-ci détourna le regard.
-Fiche moi la paix, toi, cracha-t-elle. Pourquoi tu ne retourne pas jouer à la poupée ? Oublie moi ! Tu as trouvée une Tomoyo plus digne de ton amitiée, non ?
Sakura la regarda un moment sans comprendre, puis baissa la tête. Shaolan ressentit une nouvelle bouffée de colère l'envahir. Il fit un mouvement pour se diriger vers Tomoyo, bien décidé à lui faire regretter ses paroles, mais Sakura le devança. Elle marcha droit sur Tomoyo et la gifla avec une telle force que le son résonna un moment dans le bureau.
-Espèce... D'IDIOTE ! cria Sakura en versant des larmes. Tu crois vraiment que je vais t'oublier comme ça ?! La Tomoyo de ce monde est plus gentille que toi, c'est vrai ! Mais ce n'est pas toi ! Une Tomoyo n'en vaut pas une autre ! C'est toi que je veux, pas elle !
Elle se jeta dans ses bras en pleurant contre son épaule. Tomoyo resta immobile, la considérant avec stupéfaction. Puis une voix lutta pour se faire entendre au fin fond de son esprit. Ce n'était plus la voix de Saki, la voix de sa folie. C'était sa voix à elle, qui lui murmurait qu'elle n'avait aucune raison de rester seule.
Les yeux de Tomoyo s'embuèrent lentement, puis des larmes perlèrent au bord de ses paupières avant de couler le long de ses joues. Elle ressera ses bras autour de Sakura, enfoui sa tête contre son cou et donna libre cours à des larmes refoulée depuis des années.
Kurogane revint à pas lents vers ses compagnons de voyages et les deux originaires de cette Dimension en se grattant l'arrière du crane d'un air bourru.
-Fichues gamines... gromela-t-il.
-Hyuuu, quel coeur d'artichaud, ce Kurorin !
Evitant le poing du samouraï, Fye sourit doucement en regardant les deux jeunes filles qui s'accrochaient l'une à l'autre comme si leur vie en dépendait, versant chacune des larmes sur l'épaule de l'autre. Il observa ensuite Shaolan du coin de l'oeil. Le jeune homme serrait les poings, se retenant à grand peine d'intervenir. Son sourire s'accentua.
La suite promettait d'être vraiment intéressante, estima-t-il.
