Merci pour les reviews, ça m'a fait vraiment plaisir ! Et merci aux personnes qui prennent le temps de lire cette fiction !


Kyo marchait vers la forêt. Ses nombreuses plaies le faisaient souffrir, mais cette douleur disparaissait devant sa volonté. Rien ne l'empêcherait de la revoir. Rien. Il touchait au but, il n'allait pas laisser quelques gouttes de sang l'empêcher d'avancer. Il avait déjà connu bien pire. Il se rappela l'immense déchirement qu'il avait ressenti lors de son combat contre Nobunaga. Lorsque cet être infâme avait attaqué Yuya. La vue de son corps brisé, ensanglanté l'avait rendu fou de rage. Le cœur aux bords des lèvres, il avait alors cru que la rage prendrait le dessus et qu'il se transformerait en dieu démoniaque. Mais il s'était retrouvé dans son vrai corps. Tout changeait, puisqu'il était beaucoup plus fort. Il aurait pu le tuer d'un coup, mais il avait voulu le faire souffrir, pour qu'il comprenne la douleur de Yuya. Mais est-ce qu'un homme n'ayant plus de cœur pouvait encore comprendre ? Il en doutait. Même lui, l'assassin aux mille victimes, s'était découvert un cœur avec cette fille, même s'il ne s'en rendait peut-être pas compte.

« ...Kyo... »

Une voix s'immisça dans la tête de Kyo. Une voix douce mais autoritaire. Une voix qui avait gouverné les autres, mais qui ne s'était jamais départie de sa gentillesse.

-Qu'est-ce que tu veux, le clébard ?

Il parla tout haut, se moquant bien de qui pouvait l'entendre, même s'il n'y avait personne. Il ne jeta même pas un regard sur son sabre, se contentant de fixer les bois.

« Kyo, mon enfant... Tu as tellement grandi. Tu as réussi à dépasser ton sang démoniaque, il y a trois ans. Tu dois maintenant aller encore plus loin... » murmura le premier Roi Rouge.

-Plus loin ? Tu veux que je crève ou quoi ? Il y a pas plus puissant que le dieu démoniaque.

« Tu ne comprends pas, Kyo. Il existe bien une force plus puissante que celle du sang. Tu la connais, Kyo, tu l'a déjà utilisée si souvent... »

-Qu'est-ce que tu racontes comme conneries ? Si elle existait vraiment, je crois que je le saurais !

« Kyo, mon pauvre Kyo... Cette force, tu la possèdes, et au fond de toi, tu sais de quoi je parle. Kyo, cette force, c'est la force de l'amour. »

-L'amour ? T'as trop bu ou quoi ? T'as déjà vu l'amour tuer ou quoi ?

Kyo rit d'un air moqueur.

« C'est triste que tu ne t'en sois pas rendu compte, mon enfant… Tu aimes. Et tu le sais. Cette femme au cœur pur, elle est ta source de pouvoir. Tu t'en es déjà rendu compte, j'en suis sûr, Kyo. Tu es intelligent. Elle t'a empêché de devenir un dieu démoniaque comme seule une âme honnête, qui n'agit pas dans l'intérêt, peut le faire. Tu es véritablement puissant lorsque tu te bats pour elle, Kyo. Il est temps que tu te l'avoues, car ainsi, tu dépasserai véritablement le sang démoniaque. C'est mon dernier souhait, Kyo. Tu dois le reconnaître et vivre heureux avec elle, car même avec ton sabre, tu ne l'es pas autant. Elle te rend bon, elle te rend homme. Va vers elle. Va, mon enfant, et vis. Et aime... »

-T'as fini ton monologue, le vieux ?

Le Premier Roi Rouge ne répondit rien, il était déjà reparti. Kyo pensa à ce qu'il avait dit. Lui, aimer ? N'importe quoi ! Pourtant... Pourtant, il devait reconnaître que ce qu'avait dit le Mibu avait du sens. Il n'y avait que sa planche à pain pour le délivrer de l'emprise de son sang démoniaque. D'abord, il n'y avait qu'elle pour se précipiter vers le danger comme cela, et puis si une autre personne s'était approché de lui, il l'aurait instantanément tuée, ne faisant plus la distinction entre ses amis et ses ennemis. Pourtant, lorsqu'elle était apparue devant lui, une partie de lui avait lutté pour ne pas la tuer, car il savait qu'elle était importante. Et puis, c'est vrai, lorsqu'il était dans des situations désespérées, il suffisait qu'on touche à peine cette fille pour qu'il se mette en colère et détruise la personne qui avait osé la blesser. Jamais il ne permettrait qu'on lui fasse du mal. Il la protégerait toujours.

Et puis, il se demanda pourquoi. Pourquoi pensait-il ça ? Après tout, elle était une fille comme les autres. Jolie, mais pas la plus belle non plus. Son corps ne valait pas celui de certaines. Son caractère lui tapait souvent sur les nerfs, elle était trop bruyante, trop entêtée. Et puis, elle était faible. Bon, enfin ça, c'était avant. Maintenant, elle était devenue très forte. Alors pourquoi il ne l'avait pas tuée la première fois qu'il l'avait vue ? Pourquoi il avait eu ce besoin urgent de la sauver à chaque fois, même s'il se mettait en danger ? Pourquoi est-ce que le monde avait basculé lorsque le dragon d'eau menaçait de sortir de sa poitrine en déchiquetant son cœur ?

Il fronça les sourcils. Ce n'était pas son genre de se faire ces réflexions. Mais bon, il devait bien y penser une fois pour toutes, pour qu'après ça ne lui prenne plus la tête. Mais il savait déjà la réponse à toutes ces questions. Il savait pourquoi il l'avait cherchée sans relâche ces trois dernières années, parcourant le monde péniblement. Malgré tous ses défauts, elle était marrante. Et puis elle n'était pas désagréable à regarder, ni à peloter surtout qu'il devait y avoir eu du changement depuis ces trois ans ! Il savait pourquoi il était revenu. Il aurait pu se contenter de rester là où il avait atterri, occupant sa vie à rechercher des hommes forts. Mais il était revenu pour elle. Il avait besoin d'elle. Il le savait depuis longtemps, mais c'était la première fois qu'il le réalisait pleinement et se l'avouait honnêtement. Avant, il avait toujours eu un malaise, mais il n'en connaissait pas la cause. Maintenant, il avait disparu. Il savait. Elle était sa raison de vivre et il l'aimait.

Son sabre, à cette dernière pensée, se mit à briller intensément, forçant Kyo à mettre sa main devant les yeux pour éviter que la lumière ne le brûle. Ce satané clébard n'en faisait vraiment qu'à sa tête. Malgré tout, il savait que le Premier Roi Rouge avait suivi toutes ses pensées, et cet éclat signifiait sa joie et sa fierté. Kyo eut un petit sourire caché par ses cheveux noirs. Vraiment, les Mibu agissaient à leur guise, s'immisçant dans la vie des gens sans demander. Mais Kyo ne s'en offusqua pas, il le remercia presque. Enfin, remercier était un bien grand mot. L'assassin aux milles victimes ne s'abaisserait jamais à dire merci. Il ne fallait quand même pas rêver. Néanmoins, il ressentit une sorte de gratitude envers l'esprit. Il l'avait aidé à réaliser ce qu'il n'aurait jamais fait seul. Cela signifiait trop se remettre en question. Mais il l'avait fait.

Il leva le menton, fier, et continua d'avancer. Il regarda brièvement son corps couvert de blessures et une lueur d'amusement flotta dans ses yeux à l'idée qu'il obligerait Yuya à le soigner, même si elle ne voulait pas. Une douce vengeance l'attendait.

Il était maintenant arrivé à l'orée de la forêt et s'y enfonça sans plus attendre. Il avait assez perdu de temps. Il avait assez joué. Maintenant, elle devrait s'excuser de s'être enfuie et lui jurer qu'elle resterait toujours avec lui. Oh oui, elle le ferait. Il vagabonda un moment entre les arbres, ne sachant pas où chercher, tandis que le soleil continuait sa course dans le ciel. Il jura à plusieurs reprises, s'apercevant qu'il était déjà passé par là, ou qu'elle était introuvable. Mais finalement, ses recherches portèrent leurs fruits, et il atterrit dans une clairière. Il crut tout d'abord qu'il n'y avait personne, et faillit jeter son sabre à terre de frustration. Mais tout à coup, il sentit une aura. Une infime aura qui était douce et sentait les fleurs. Il l'avait trouvée.

Il s'avança dans la clairière, la même où Yuya était venue quelques jours plus tôt lorsqu'elle avait rencontré pour la première fois Tori. Il prit son temps et la chercha lentement du regard, fouillant l'endroit. Il posa les yeux sur son petit corps recroquevillé contre un arbre et eut un petit sourire tendre. Ses longs cheveux blonds lui tombaient dans le dos et quelques mèches s'étaient aventurées à cacher son visage, qu'elle avait posé entre ses genoux serrés contre sa poitrine. Il s'amusa à penser que s'il avait été en face d'elle, il aurait pu voir sa culotte, étant donné que la petite jupe noire, surtout dans sa position, ne cachait pas grand chose...

-Et alors, planche à pain, on aime bien s'enfuir, maintenant ? Je te croyais plus combattante, lança Kyo pour la taquiner.

Elle releva la tête brusquement, des larmes pleins les yeux.

-Ky-Kyo ?

-Oui.

Ils se regardèrent intensément, ne se décidant pas à parler. L'instant était magique, c'était celui des retrouvailles, car il savait maintenant qu'elle ne partirait plus. Rien qu'à voir sa tête, elle avait du pleurer toutes les larmes de son corps. Et il savait qu'il en était responsable. Enfin, il n'avait rien fait à proprement parler, mais il était la cause de ces larmes.

-Tu croyais peut-être qu'on se débarrassait facilement de moi ? Dit Kyo avec un sourire moqueur. Tu dois encore m'acheter mon saké, je te signale.

Yuya ne répondit rien, se contentant de le dévisager. Etait-il réel, ou seulement le fruit de son imagination ? Elle désirait tellement le voir à cet instant ! Elle se releva et s'approcha de lui à petits pas. Elle hésita, puis posa la main sur son bras couvert de sang en écarquillant les yeux. Elle l'interrogea du regard.

-Ton ami cache bien son jeu. Il était assez fort.

-Tu … Tu l'as tué ?

Kyo la regarda dans les yeux, et Yuya eut l'impression qu'il voyait tout. Tout son corps, toutes ses pensées, tout. Il répondit d'une voix grave mais douce.

-Non.

Elle soupira. Elle avait eut peur qu'il soit tué, car après tout, elle aimait beaucoup Tori et tenait à lui. C'est vrai qu'elle avait été bête de partir en laissant les deux seuls. Qui savait de quoi Kyo était capable parfois ?

-Kyo, je … Je suis désolée. J'avais peur. Peur que tu me trouves trop faible, que tu me méprises et que tu te détournes de moi. C'est pour ça que je suis partie avant. Pas parce que je ne voulais pas te voir, loin de là, mais... Tu sais, je me suis fait une promesse, celle de devenir forte. Et je compte bien aller jusqu'au bout. C'est juste que... Avant, quand j'ai du te tourner le dos, c'était tellement dur ! Ah Kyo, si tu savais !

Elle s'était remise à pleurer en replongeant ses yeux dans les deux orbes rouges qui l'étudiaient. Les larmes roulaient sur ses joues mais elle ne chercha pas à s'extirper du regard rubis. A sa plus grande surprise, Kyo mit une main sur sa tête affectueusement et lui caressa les cheveux.

-Je sais, Yuya, je sais, dit-il avec un sourire pour la première fois chaleureux. Si tu veux, je t'entraînerai. Jure-moi juste que tu ne partira plus... et en échange, je te ferai pleins de trucs avec mon vrai corps, rajouta-t-il avec un sourire narquois.

Yuya en resta un instant figée. Il l'avait appelée par son prénom ? Mais cette pensée se noya rapidement devant la vague qui déferlait. Non seulement, il lui avait pardonné de s'être enfuie, mais il avait aussi dit qu'il l'entraînerait ? Kyo avait dit ça ? Elle ouvrit la bouche, ne sachant que dire, trop étonnée. Kyo rigola franchement devant sa tête et se retourna en faisant quelques pas. Il lança le dos tourné :

-T'as pas changé, planche à pain, t'es toujours aussi marrante !

A ces mots, Yuya sembla sortir de sa torpeur.

-Répète voir ça ! Attends ! Reviens là !