11.

Si, par réflexe, percevant le stress de son maître, Truffy s'était transformé en lion, sagement assis, Alguérande n'était que fébrilité.

Tout aussi surpris, Albator suivait du regard son fils à la chevelure fauve qui tournait en rond, totalement désemparé.

- Algie, qu'attends-tu pour aller au secours de ton petit frère ! ? aboya-t-il. Moi, je ne peux absolument rien, il m'a déjà fallu tant de temps pour te rejoindre, en vain ! Alguérande, bouge-toi les miches !

- Je ne peux pas, jeta le jeune homme dans un hurlement qui se finit en gémissement. Je diffuse mon énergie, mais elle tombe dans le vide… C'est comme si Terra IV n'était plus là !

- Le Monarque l'a déjà prise ? souffla le grand Pirate balafré.

- Non, je pense qu'elle subit l'attaque, tente de s'occulter pour se camoufler. Et je ne sais pas si Pouchy est assez puissant…

- Tu dois aller l'aider ! glapit encore Albator.

- Comme si ce n'était pas mon souhait le plus cher… Mais je ne sais pas me projeter quelque part si j'ignore ma destination !

- Agis en navigateur galactique : vas aux coordonnées de Terra IV, elles sont gravées dans ta mémoire.

- Pourquoi je n'y ai pas pensé…

Alguérande irradia d'énergie… mais il ne se passa rien.

- Je n'ai absolument aucun écho, se lamenta-t-il.

- Le Monarque te bloque ?

- Non… Je crois que… c'est Pouchy qui m'empêche de le rejoindre !

- Mais pourquoi ferait-il ça ? s'étrangla Albator.

- Comme si je le savais !


Se matérialisant près de l'Arbre de Vie, Amarance aperçut Pouchy et Terswhine qui observaient avec une appréhension palpable le ciel qui se couvrait de nuages noirs.

- Il a plutôt le sens pour soigner ses entrées, ce Monarque, commenta-t-elle en s'approchant du couple.

- Oui, toujours le même processus, grogna le jeune homme à l'opulente crinière blonde et aux paisibles prunelles couleur de caramel. L'obscurité envahit les lieux, l'ombre du Monarque se répand tout partout et il déchaîne sa foudre rouge en autant de piliers de relais, ces colonnes répandent une étrange onde sur toute la surface de la planète, jusqu'à la faire disparaître.

- Comment se défendre de quelque chose qu'on ne peut voir, souffla Terswhine.

- Mais, il y a bien une solution ? glissa Amarance.

- J'ai bien proposé à Pouchy de l'emmener à mon Sanctuaire d'Orishmir, mais il ne pouvait que refuser !

- J'ai à protéger cette planète et celles qui y vivent, siffla de fait le jeune homme. Je ne partirai pas du lieu où j'ai tout reçu !

- Qu'y a-t-il donc à faire ? reprit Amarance.

Pouchy se tourna vers la visiteuse.

- Sans vouloir te vexer, Amarance, mais c'était Alguérande que j'attendais ! Je n'arrête pas de lui envoyer des messages, mais je n'arrive pas à faire fusionner nos esprits !

- Le Monarque ? fit Amarance.

- Je ne vois que cela comme, logique, explication, reconnut Pouchy. S'il ça doit faire des étincelles, j'aurais bien besoin de mon grand frère, car en matière de combat, je suis bien novice…

- Et tu es bien incapable de faire le moindre mal à qui que ce soit, même à une monstruosité comme ce Monarque qui réalise le « prodige » de terroriser les univers sans montrer le bout de son nez !

- Mais comment je vais bien protéger les Sylvidre de la Reine Wylvéline ? geignit Pouchy. Je suis une bibliothèque ambulante d'une partie des connaissances des univers, mais hormis un moustique, je n'ai jamais fait de mal à une créature vivante ! Ce qu'Alguérande me manque !

Pouchy s'écarta des deux jeunes femmes, yeux levés vers le ciel, bras écartés.

- Alguérande, je n'ai jamais eu autant besoin de toi ! hurla-t-il. Viens me rejoindre, Algie, au plus vite, car j'aurai tous les scrupules à faire exploser toute ma puissance contre ce Monarque…

Amarance se tourna vers Terswhine qui se tenait près d'elle.

- Rassure-moi : pour sauvegarder ces Sylvidres et la planète, ton Pouchy va pouvoir prendre les armes ? chuchota-t-elle.

- Je l'ignore, avoua Terswhine. Pouch' est tellement pacifique… Il ne réagira qu'en cas de destructions et de morts. Et selon tout ce qui arrivé précédemment, le Monarque fait disparaître les planètes, il ne les attaque donc pas.

La Sorcière soupira.

- Non, je ne crois pas qu'il va se battre bec et ongles. Il attendra plutôt de voir ce que le Monarque nous veut, une fois que nous serons « de l'autre côté »… Et l'absence d'Alguérande lui fait très mal au cœur et l'affaiblit. Il espérait tant du soutien, surtout en ces circonstances !

Les deux femmes virent Pouchy irradier de lumière, ses superbes ailes déployées.

- Que fait-il ? murmura encore Amarance.

- Il tente de bloquer, au moins, l'invasion silencieuse et sans heurts du Monarque. Je ne sais pas s'il va pouvoir tenir, et combien de temps…

- Nous avons aussi nos pouvoirs, nous allons l'aider ! décréta Amarance.

Et le trio mobilisa toute son énergie pour contrer l'invisible envahisseur !