Il s'avère qu'après un mariage, je suis tout à fait à même d'écrire et de poster un chapitre, espérant ainsi que mon mal de crâne va s'en aller.
Bonne lecture !
SNT59
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Domitille joue de la flûte traversière dans sa salle de cours. N'ayant plus de séance de psychomotricité individuelle (puisque ma dernière « patiente » subit les affres de la Grippe, qui sévit depuis peu dans l'Institut), je décide de l'écouter jouer.
C'est dans de rares moments comme celui-là que Domi laisse son pouvoir libérer. Et comme nous nous connaissons par cœur, elle me laisse y assister. En effet, mon amie laisse ses doigts courir sur la flûte sans chercher à donner une orientation précise à ses morceaux. Ceux-ci vont et viennent selon leur convenance, qu'importe le public.
Lorsque j'entre silencieusement dans la pièce, la musique m'enveloppe comme une couverture chaude. Je suis comme près d'un feu, serrée contre Erik, une tasse de chocolat chaud entre les mains. Je suis sure que si je regarde par la fenêtre, la neige tombe… Nous sommes obligés d'utiliser des métaphores pour exprimer ce que nous ressentons lorsque Domitille utilise son pouvoir…
La musique change alors : elle devient la plus relaxante possible. C'est pourquoi, prise dans un sentiment de sécurité parfaite (comparaison possible : le monde entier est en plein Armageddon, je suis toujours autant en sureté), je libère mon propre pouvoir. C'est alors que je capte les pensées de Charles.
J'ouvre les yeux que je n'avais pas conscience d'avoir fermé et le cherche dans la salle. J'aperçois alors son jean et sa chemise bleu en dessous d'une fenêtre. Il est assis sur le sol, le dos reposant sur le mur, une jambe allongée et l'autre repliée, soutenant son bras gauche. Entièrement relâché, son empathie en paix, il a les yeux fermés et un sourire aux lèvres.
Même moi je le trouve beau en cet instant…
Et la musique continue de flotter dans l'air. Accepter de rester dans cette pièce, c'est accepter d'être sous la manipulation de Domitille. Il faut accepter cette condition pour être au paradis.
Les morceaux se succèdent tandis que nous perdons le fil du temps et de nos pensées. Elles flottent en l'air et parfois sont si puissantes que Charles et moi les captons. Mais qu'importe. Nous ne pouvons nous défaire de l'attraction de Domitille en cet instant.
Je ne comprends pas de suite le changement qui s'effectue. Mais lorsque je m'en aperçois, il est trop tard. Nous sommes obligés d'attendre la fin du morceau, Charles et moi.
En effet, les pensées se changent en souvenirs…Ou en fantasmes.
« … Sa peau est d'une telle douceur… Et son goût est si unique. Il me convient parfaitement. Elle me convient parfaitement. Cette nuit fut magique. Ses gémissements, son souffle, ses joues qui rougissent sous le plaisir que je lui donne… Ce sera un de mes souvenirs éternels… »
« … Nous sommes au milieu de la nuit dans la cuisine. Et si jamais quelqu'un nous surprend ? J'ai beau être vêtue d'une robe passée à la va vite, je n'ai pas de petite culotte ! Et Charles qui est torse nu… Avec ce jean qui lui moule ses fesses et… Oula, doucement les pensées… Mince, son sourire m'indique qu'il les a perçu…Arrête ce sourire où je vais te violer, mon gars ! Mais pourquoi je me retrouve plaquée contre le plan de travail ? Ses lèvres qui descendent mon cou, entre mes seins et qui… Mon dieu ! Il n'y a pas à dire, il est doué avec sa langue ! Il prend son temps, mordillant même mes lèvres… Et sa langue qui me pénètre profondément… Oh, je t'en supplie, continue… Oui, là, comme ça… Oh mon dieu ! Je viens de jouir dans la cuisine !... »
« … Je suis en elle… Si serrée, si chaude… Si mouillée… Je n'ai qu'une seule envie : la saisir par les hanches et l'empaler profondément sur moi… Cette torture et si délicieuse… Au lieu de cela, je me retrouve à lui malaxer une fesse tandis que mon autre main maintien sa nuque pour un baiser sauvage… J'ai besoin de la posséder… »
« … la douche coule toujours. Je ne m'en rends pas vraiment compte. Je suis concentrée sur les gémissements et les soins que je prodigue à mon Charles. Cela devient de plus en plus dur que je ne gémisse pas moi-même… Il est si beau perdu dans son plaisir… Il essaye toujours de me prodiguer des caresses sur ma nuque mais, en réalité, il la serre à chaque montée de plaisir… J'augmente mon rythme et, quelques secondes après, il rend les armes… »
« … Je suis violemment plaquée contre la porte de la chambre. Charles s'empare de mes lèvres fougueusement, presque avec violence. Il semblerait qu'une journée passée à l'allumer ait suffit pour que « gentil Charles » lâche sa courtoisie et laisse son animalité s'exprimer… Il se permet de me donner un avant goût par télépathie mais ses pensées sont court-circuitées quand il se saisit de ma cuisse droite pour se plaquer contre moi et me faire prendre conscience de son désir… Et quand il met sa main dans ma petite culotte… »
Finalement, le reste du morceau de musique me distribue des flashs : des corps qui se détachent pour mieux se perdre, l'odeur de la sueur, des gémissements, le parcours d'une main, des prénoms chuchotés…
Et la musique s'arrête.
Domitille nous regarde : Charles est rouge de gène et se mord la lèvre tandis que moi, je suis mal à l'aise. Après tout, j'ai vu tout de leur intimité… Je gronde :
- Domitille…
- Euh… Oups ?
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Le quotidien de mes amis est assez banal. En fait, on dirait qu'ils sortent ensemble depuis des années. Ils se lèvent, déjeunent en tête à tête, vont travailler, se retrouvent côte à côte pour le repas du midi, travaillent de nouveau. La soirée s'effectue soit à l'appartement, soit avec Erik et moi. Le reste du temps est consacré aux sorties : cinéma, théâtre, opéra, concerts, promenades…
Il y a quelques anicroches, bien entendu. La dernière en date remonte à plusieurs heures : Charles n'ose plus me regarder en face depuis le concert très privé de Domitille. Enfin…
De ce fait, nous sommes réunies, Domitille et moi, à la piscine. Après avoir fait nos longueurs habituelles, nous nous reposons sur le rebord :
- Que fait-on de l'appartement ?
- On le garde. Il nous sert à Charles et moi. Et puis, si on se dispute, on peut toujours aller quelque part. Aussi seule que je puisse l'être, en tout cas.
- Oh, quel dommage… La télépathie n'a pas que des utilités sexuelles, n'est-ce pas ?
- Coralie, la ferme.
Je ris. L'épisode musical ne m'a pas choquée. Il s'agit d'un avantage certain dans notre amitié : nous nous disons tout. Ce qui perturbe Charles. En effet, dès qu'il approche (ou parce que c'est le sujet de la conversation), nous parlons de sexe, décrivant nos fantasme ou discourant sur les atouts des acteurs, des hommes de l'Institut… Son éducation ne lui permet pas de telle familiarité et il s'en va de suite.
Ce qui nous fait rire à chaque occasion…
- Pauvre Charles… Enfin, il savait dans quoi il s'engagé… A quand les enfants au fait ?
- D'abord le mariage. Il est de l'ancienne époque, ne l'oubli pas.
- Vrai…
Et la discussion continue, allant de la robe de mariée aux prénoms des enfants…
- Logan est déjà promu parrain d'un de mes enfants Domi. Et il est MON babby-sitter !
- Tu vas me le prêter… N'est-ce pas ? imagine la scène : « Logan, garde-le bébé ce soir, s'il te plait ? Je VEUX faire l'amour à Charles ! Cela fait des mois et j'ai été enceinte ! S'il te plait dis 'oui'-dis 'oui'-dis 'oui'… »
- Juste pour cette scène, je te le prête.
- Merci !
Nous sommes amies. C'est pour cela que nous trainons ensemble. Mais, je ne sais pas pourquoi, nos hommes n'apprécient pas trop…
- Coralie, j'ai un problème.
- Domitille, pourquoi choisis-tu toujours le moment où je fais mes notes pour venir m'embêter ?
- Je fais comment pour cacher à Charles le fait que je suis enceinte quand je serai enceinte ? Elle est où la surprise ?
Je me tape littéralement le front contre le bureau.
Voilà trois jours que Charles et Erik sont partis avec Logan en reconnaissance. La mission que Fury nous a demandé reste toujours à effectuer mais les pistes menant à « l'inventeur du sérum » restent fragiles. Le professeur s'est servi de Cérébro pour limiter la zone de recherche en se basant sur les échos mentaux que cet individu inconnu a pu laisser. Mais ce travail titanesque a pris des jours…
Maintenant, c'est à Charles, sur place, de tracer la piste. Localisé, il permettra à Logan de saisir son odeur. Une fois cette action réalisée, notre géni ne pourra plus s'échapper. En effet, Logan ne perd jamais une odeur… Quand à Erik, il est là-bas pour l'action.
En attendant, c'est moi qui dois subir Domitille en mode « droguée hystérique en manque de sa substance psychogène »…
Le meurtre ou le suicide me paraissent des solutions très abordables…
Mais ma fluxion ne me laisse pas en paix :
- Alors, je fais comment ?
- Pitié, que Charles revienne vite…
- Domi, c'est à ton tour !
- Non.
- Domi…
- Je veux pas !
- Domi, c'est toi qui a voulu que nous écrivions ça. Je l'ai fait pour Erik et moi, maintenant, tu me laisses lire ce que tu as rédigé.
- Mais c'est nul !
- Je m'en fiche. Donne.
Je peux finalement me saisir de sa feuille. Domitille et moi sommes dans la salle de psychomotricité. Allongées tête-bêche dans un fatras phénoménal de coussins et de couverture, nous nous ennuyons. Charles, Erik et Logan ne sont toujours pas revenus. Et les élèves sont en voyage d'étude. Ce qui fait que nous sommes seules, mon amie et moi-même, dans cette grande demeure.
Pourquoi n'est-on pas parti ? Parce que le Professeur nous l'a demandé. Ses raisons ? Je les ignore.
Mais après avoir vidé les placards de toutes leurs sucreries, joué à cache-cache dans l'ensemble de l'Institut et fouillé la chambre de Logan à la recherche de sa chemise la plus horrible, nous nous sommes réfugiées dans ma salle.
Nous avons alors entamé un jeu qui possède deux règles :
Ecrire le début d'un de nos fantasmes
Y insérer un élément imposé par l'autre.
Moi, j'ai eu le droit à là plus célèbre citation de « pulp fiction »…
Maintenant que la situation est éclaircie, je peux entamer ma lecture :
« J'ai besoin d'un verre de mon addiction préférée. Mais aucun placard de l'Institut n'en possède. Alors, je me résigne à aller dans ma chambre. J'y retrouve Charles qui s'approche de moi. Je ne comprends pas ce qu'il se passe mais j'ai très chaud. Son regard est fixé dans le mien. Il s'approche encore de moi et colle ses lèvres aux miennes, dans un baiser fougueux. C'est alors que je me rends compte qu'il a mis mon gloss coca sur les siennes. Ma boisson préférée sur ma gourmandise adorée. Je prends le contrôle des évènements :
Je lui arrache sa chemise et le pousse sur le lit.
J'enjambe son corps pour m'assoir à califourchon sur son éminence, que je torture par de savants tours de bassin…
Je me penche en avant pour l'embrasser mais ses yeux tombent dans mon décolleté plongeant…
Et là, je… »
- Tu as finalement pu te lâcher ma belle.
- Je suis en manque de Charles, Coralie… C'est affreux ! Et j'ai envie de coca maintenant.
- Tu as toujours envie de coca Domi… ça explique tes rondeurs.
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Les enfants sont de retour. Je n'aurais jamais cru que les revoir me sauverai d'une mort affreuse : j'ai même du m'enfermer à double tour dans ma chambre pour éviter Domitille.
Elle n'est plus hystérique : elle est folle. D'un niveau tel que je commence même à m'inquiéter.
Après une discussion avec le Professeur, elle est devenue plus calme. Il semblerait qu'il ait pu la rassurer suffisamment pour qu'elle reprenne les cours et ne martyrise pas les élèves. J'ai bon espoir.
Ce n'est que le soir que nous avons des nouvelles de l'équipe de terrain : Charles est blessé, Erik le raccompagne à l'Institut :
- Blessé ? Comment ? Il a quoi ? C'est grave ? Il va mourir ?
- Domi, TA GUEULE !
- Mais…
- Si c'était si grave, il serait à l'hôpital. Maintenant, essaye de te calmer ou évite de me donner l'envie de te tuer, c'est clair ?
Seul le regard courroucé de mon amie me répond. Je n'en peux plus. Je gère tant bien que mal son angoisse avec mes pouvoirs mais ce traitement s'accompagne d'un céphalée monstrueux. En effet, comme Domi le dit si bien : « c'est le bordel dans ma tête ».
C'est le mode normal de Domitille. Imaginez lorsqu'elle est angoissée comme en ce moment.
Donc, quelques heures plus tard, nous entendons un taxi déposer nos deux hommes sur le perron.
Je n'ai pas le temps de dire « ouf » que ma colocataire a déjà disparu. Je la suis donc et les retrouve enlacés. J'interroge du regard Erik qui me dit :
- Charles n'a que le bras cassé, rien de bien méchant. Comment vas-tu ?
- Je respire enfin.
- Inquiète ?
- Beaucoup. Tu me prends dans tes bras ?
Après un léger câlin, nous laissons seul Charles et Domitille pour rejoindre notre salon. En effet, les recherches spéléologiques d'amygdales doivent se faire dans l'intimité.
