AN : Et le chapitre suivant… profitez-en bien ! Les derniers chapitres ont été plutôt réguliers, mais je ne peux vous assurer de rien pour la suite !

Quoi qu'il en soit… Vous ne pouvez pas imaginer à quel point vos reviews me font plaisir ! ^-^ Rien de mieux avant d'attaquer une journée difficile ! Merci, merci, merci de tout cœur !

J'espère que ce chapitre ne va pas décevoir les fans inconditionnels de Fred et George et vous éclairera un peu sur le comportement de Remus…

Pour répondre à quelques uns de vos commentaires… Oui, lélé-folle-de-F&G… je connais Fred et George… ils ont été très flattés par ton petit message ! ^-^ Et, entre nous, je dois être aussi fan d'eux que toi ! ) Mais chuuuuut !

Mirabelle P, la réponse à ta question est dans le chapitre…

Et à tous les autres… merci de me soutenir !! C'est geeeeeentil ! ^-^

Pour votre information, également, je ne vais pas tarder à corriger le prochain chapitre des jumeaux… si je n'ai pas trop de travail, il sera bientôt en ligne, à son tour (et pour ceux qui ont demandé… oui, j'y passe beaucoup de temps :p ! Et on croirait qu'avec deux cerveaux, ils pourraient se corriger l'un l'autre… mais non… )

Mais on les aime comme ça, Fred et George, hein ? )  Sans eux, on n'aurait pas d'aussi jolies histoires ! J'VOUS ADOOOOOORE, les jums !

11 – Au royaume des aveugles, le borgne est roi.

La Cabane Hurlante était un drôle d'endroit. Pour une maison abandonnée depuis longtemps, les murs étaient encore solides. Malgré la violence de l'unique habitant des lieux, traduite par une destruction presque intégrale du mobilier, les planches condamnant les portes et les fenêtres avaient résisté. Personne ne pouvait ni entrer, ni sortir de la Cabane… sauf par le tunnel qui partait du sous-sol.

Allongé sur le lit, Remus Lupin se réveilla doucement de son semi-évanouissement, le visage caressé par les rayons du levant qui filtraient entre les planches de la fenêtre orientée vers l'est. Se réveillant d'une nuit de pleine lune, il était étrangement heureux, l'esprit en paix. Le soleil s'était levé et le loup était parti, lui laissant la perspective de vingt-huit jours complets rien qu'à lui.

C'était peut-être cette paix qui l'incitaient à replonger dans le sommeil, ou peut-être aussi qu'il savait que, s'il faisait le moindre geste, son corps endolori le lui ferait sentir jusqu'au cœur de ses os. Il resta donc un instant, allongé sur le ventre, le visage enfoui dans les draps déchirés du vieux lit.

Mais c'était le matin du lundi, et il devait assister à ses cours. Pourquoi toutes les pleines lunes ne se produisaient-elles pas le vendredi ou le samedi soir ?

Il se redressa lentement, serrant les dents contre la douleur qui lui traversa le dos, et s'inspecta. Ç'avait été apparemment une de ces pleines lunes routinières, dont les conséquences ne pouvaient pas résister à une ou deux bonnes nuits de repos, et à un sortilège approprié.

D'ailleurs, il récupéra ses affaires, cachées bien à l'abri dans un coin du sous-sol, et soigna les quelques égratignures, sachant qu'il ne pouvait rien faire pour la douleur sourde, plus profonde, des deux transformations qu'il avait subi cette nuit, ni pour l'extrême fatigue. Aussi prêt qu'il le pouvait, il partit assez vite, pour avoir au moins le temps de prendre un petit déjeuner.

Il n'y avait pas encore grand monde dans la Grande Salle, mais les Maraudeurs étaient là au complet pour l'accueillir – et avec le sourire !

- Ça va, Remus ? demanda James.

Il grommela un « bonjour » avec un petit sourire en s'asseyant – ou plutôt, en s'écrasant sur sa chaise – et soupira en regardant Peter consulter son emploi du temps. Toute paix d'esprit envolée, il aurait bien préféré avoir affaire, ce matin, à son lit plutôt qu'à des cours.

- Tu as une tête affreuse, dit gentiment Lily en posant une main sur son bras. Tu es sûr que tu ne veux pas aller te recoucher, plutôt que d'aller en cours ?

Elle le tentait à chaque fois, à chaque mois, mais sans grands résultats.

- Elle a raison, lui accorda James. De toute façon, tu vas t'endormir, que ce soit sur ta table en classe, ou dans ton lit.

Remus ne répondit pas, trop occupé à faire passer un toast même pas beurré à travers sa gorge endolorie. Il avait dû beaucoup hurler, cette nuit.

- Et mange un petit déjeuner correct ! dit Cathy en lui glissant des œufs et du bacon dans son assiette.

Avec des amis comme ça, qui avait encore besoin de parents ? Remus n'eut même pas la force de les fusiller du regard, mais, ce qui le fit garder ses positions avant tout, c'était le fait que la salle de classe pour les Potions était bien plus proche que son lit, et qu'il avait mal dans tous ses os à chaque fois qu'il bougeait.

Le fait de se tenir debout, penché au-dessus d'un chaudron puant pendant la majeure partie d'une heure, ainsi qu'une séance de pratique intensive de Sortilèges délicats, l'aida à se maintenir réveillé pendant la majeure partie de la matinée.

Mais cela ne devait pas durer. Le cours d'Etude des Moldus n'offrait jamais de travaux pratiques, et il semblait inévitable qu'il s'endorme bel et bien à ce cours-là. Il vit à peine Kyana en entrant dans le local, et mit d'ailleurs peu de temps à s'endormir, bien que le cours fut relativement intéressant. Il dormit mal, mais ce n'était pas une nouveaut : il avait, comme toujours, la désagréable impression d'oublier quelque chose – sans doute qu'il s'agissait d'écouter le cours.

Les leçons avaient au moins l'avantage de passer plus vite quand on dormait… beaucoup plus vite, et même trop. Ses amis le réveillèrent discrètement à la fin du cours, de sorte que le professeur ne le remarqua pas – ou fit semblant de rien.

Ce fut terriblement difficile, par conséquent, de garder les yeux ouverts pendant le repas. Une fatigue de plomb avait remplacé la sensation douloureuse dans ses os.

- Tu devrais finir ton repas et aller te coucher, dit Cathy sévèrement en remplissant abondamment son assiette.

Remus la regarda faire d'un regard absent, se demandant vaguement si Cathy passait sa vie à le gaver, avant de comprendre ce qu'elle venait de lui dire et d'y trouver une réponse.

- Non, je… il reste des cours… je ne veux pas les manquer.

- Je pense qu'il a raison, dit Sirius en tapotant gentiment sur son épaule. S'il manque les cours, il va avoir beaucoup de mal à les rattraper plus tard. Pas comme l'Etude des Moldus, ce matin.

- La ferme, Sirius.

Cela eut le don de tous les faire changer de sujet, même si, ou peut-être parce qu'ils savaient tous très bien que Sirius avait raison.

Il pouvait dire tout ce qu'il voulait de ses amis. Il pouvait dire qu'ils étaient de vrais têtes de mule, un petit peu idiots, tête brûlée – et ceci sans retenue – taquins, fiers, pas du tout à cheval sur le règlement…

Mais s'il y avait une chose, une seule, sur laquelle ils n'avaient jamais fait une faute, c'était bien leur amitié envers lui. Peut-être parfois étaient-ils surprotecteurs et un peu étouffants, mais ils ne l'avaient jamais laissé tomber aux alentours d'une pleine lune. Et s'il avait besoin de quoi que ce soit dans ces moments, que ce soit de la sollicitude, ou au contraire d'un peu de paix, il était sûr de l'obtenir avant même qu'il ne l'ait demandé.

A la fin du repas, cependant, James se tourna à nouveau vers lui, un léger sourire aux lèvres.

- Alors, tu vas te coucher ?

- Non…

- Je suis sûr que je peux réussir à te faire changer d'avis en deux mots.

- Essaie toujours.

- Binns et Spite.

Remus ferma les yeux, grimaça et soupira. Il était sûr de dormir à nouveau en cours d'Histoire. C'était déjà difficile d'y échapper en temps normal… alors, dans son état actuel…

En conséquence, il ne serait pas réveillé du tout pour le cours de Défense contre les Forces du Mal. S'il avait le malheur de manquer le moindre bout de l'exposé de l'horrible professeur Spite, ou pire… de s'endormir ! Spite allait proprement l'achever, et ainsi finirait l'existence de Remus Lupin.

- Peut-être que…

- Pas un mot de plus ! claironna Sirius en voyant son ami céder. Allez, au lit, espèce d'idiot, avant que tu ne t'endormes sur place !

Remus se laissa donc faire quand ils l'emmenèrent, le portèrent presque, jusqu'à la tour Gryffondor. Il se laissa docilement dépouiller de son sac, de sa robe, sa cravate, ses chaussures.

Il était bien trop fatigué pour protester contre les soins exagérément paternels de Sirius, et le soutien muet mais souriant de James. A vrai dire, depuis qu'il avait cessé d'insister pour aller en cours, tout était tellement plus simple.

Il manqua presque, déjà à moitié endormi, la manière toute naturelle dont Sirius le bordait.

- Remus ?

Il frissonna, mais il était trop fatigué pour bouger le moindre doigt, ne serait-ce que pour se retourner et fourrer la tête sous l'oreiller.

- Remus, je suis désolé de te déranger pour ça, mais…

Une lourde paupière se leva, à contre-cœur, pour découvrir le visage inquiet de Sirius penché au-dessus de lui. Pourquoi diable venait-il de le border, si c'était pour tenter de le réveiller presque aussitôt ? Et ces trois idiots allaient être en retard en cours, s'ils ne se dépêchaient pas.

- Mais quoi ?

Sa propre voix, rauque et cassée, le ramena un peu plus dans le monde des réveillés. Il se racla la gorge et ouvrit l'autre paupière pour mieux se concentrer sur la question de Sirius.

- Mais… on se demandait si tu aurais voulu, peut-être, nous rejoindre pour le dîner ? A moins que tu ne veuilles qu'on te ramène quelque chose des cuisines ?

Sous le coup de la surprise, Remus se redressa à moitié et jeta un regard à la fenêtre. Le ciel était déjà sombre, et le soleil très bas sur l'horizon.

- Oh… je… j'arrive.

- Si tu veux rester coucher, il n'y a pas de problèmes…

- Non, non, je viens.

En rétrospective, Remus se disait qu'il aurait mieux fait de rester au lit, finalement. Il joua le zombie jusqu'à la Grande Salle, y remplit automatiquement son estomac de tout ce qu'on lui fourra dans son assiette – encore Cathy – et retourna presque aussi sec se coucher. Il n'eut même pas le courage de faire attention aux conversations de ses amis. Il lui semblait bien ne pas entendre de hurlements ou de disputes, mais n'était pas sûr.

De toute façon, qu'ils soient encore en guerre, ou en paix provisoire, Remus n'en avait cure ce soir-là. Il retomba très vite dans un oubli total et bienfaisant.

Le mardi ne fut pas si différent du lundi, bien qu'il réussit en règle général à rester assez éveillé. Il réussit même, cette fois, à dire un bonjour décent à Kyana en entrant en cours de Métamorphoses, l'après-midi.

Ce fut une toute autre paire de manches le soir, quand il s'écroula dans un fauteuil de la salle commune Gryffondor. Il venait de se rendre compte qu'il avait maintenant deux cours à rattraper, sans compter les multiples devoirs que les professeurs avaient donnés à faire dans de courts délais.

Avec un soupir résigné, il tira de son sac une bouteille d'encre et sa plume préférée pour se mettre au travail. Il suçota un instant l'extrémité de la plume, en réfléchissant par quoi il allait bien pouvoir commencer, mais se rendit compte soudainement qu'un silence mortel s'était fait autour de lui.

Relevant les yeux, il vit que tous ses amis le regardaient comme s'il était devenu fou furieux.

- Ben… quoi ?

- Mais qu'est-ce que tu fais ? s'écria Cathy avec un air proprement horrifié.

- En général, quand quelqu'un prend une plume, Cathy, c'est pour écrire, pour travailler, tu vois ? répondit-il avec une pointe d'exaspération.

- Mais… tu ne peux pas !

- Il me semblait pourtant bien me rappeler que j'ai appris à écrire quand j'étais petit…

- Ce n'est pas ce qu'elle veut dire ! Et… elle a raison, admit Lily, bien qu'avec une grimace sceptique. Tu ferais mieux de te coucher.

- Mais…

Il les regarda un à un, un peu atterré, bien qu'il aurait dû s'y attendre de leur part. Il n'eut même pas la force de se mettre en colère contre eux. La fatigue déferla sur lui sans prévenir, et il finit par hocher docilement la tête.

C'était sans doute significatif de son besoin de sommeil, car tous ses amis eurent un regard étonné, comme s'ils s'étaient attendus à ce qu'il proteste. Sans autre commentaire, il monta droit au dortoir, oubliant même son sac dans la salle commune.

Comme la veille, il était endormi avant même que sa tête ne touche l'oreiller.

Heureusement, le mercredi, tout était revenu à son état normal. Partie la fatigue, finie la déprime post-lunaire, le syndrome pré-transformation, et ses os ne le faisaient presque plus souffrir. Bien sûr, il y avait encore les grandes cernes noires sous ses yeux, mais il n'y pouvait pas grand-chose.

Pas plus qu'il ne put dire un mot à la reprise des hostilités entre les protagonistes de la guerre Gryffondor. Heureusement qu'il y avait Kyana…

Il dut cependant rester un peu plus longtemps en Botanique, pour aider Peter à ramasser les pots qu'il avait fait tomber, et il n'eut pas le loisir de la voir avant d'arriver, presque en retard, les mains encore couvertes de terre, au cours d'Etude des Runes.

- Désolé de t'avoir ignorée depuis samedi. J'étais un peu trop en demande, lui dit-il en s'asseyant à côté d'elle juste avant que le professeur Berry ne rentre.

- Ce n'est pas grave, murmura-t-elle en lui adressant un vague sourire, juste avant d'ouvrir le livre à la page demandé.

Remus fronça un peu les sourcils. Elle lui semblait… distante ? Comme si elle savait qu'il lui cachait quelque chose… Mal à l'aise, il se laissa un instant envahir par cette affreuse culpabilité de lui cacher la vérité sur lui, qui se disait son ami, mais il repoussa rapidement le sentiment pour mieux se concentrer sur le cours. Et il n'avait pas intérêt à s'endormir sur celui-ci, parce qu'il avait déjà une tonne de cours et de devoirs à rattraper !

Le cours fut tranquille, mais avant qu'ils ne puissent échanger plus de deux mots, en sortant, les Gryffondor en guerre, sortis de nulle part, s'étaient réaccaparés leur ami, laissant Kyana rejoindre ses camarades de Serdaigle. Remus, inexplicablement frustré, perdit patience plusieurs fois pendant le repas. Ce ne fut pas sans soulagement qu'il les vit tous partir en Soins aux Créatures Magiques, juste avant de retrouver Kyana, qui sortait de table au même moment.

- Comme je disais tout à l'heure, dit-il en arrivant à sa hauteur, je n'étais pas très disponible, ces derniers jours. Je suis désol

- Oh, mais… je t'ai dit que ce n'était pas grave !

Elle lui fit un large sourire, avant d'être interrompu par un petit toussotement. Jasper et les autres Serdaigle se levaient de table également.

- On va en Divination, avant d'être en retard, dit Jasper avec un sourire à Remus.

- D'accord, répondit Kyana. On se verra en Sortilège… à tout à l'heure ! Alors, on va travailler, nous ? demanda-t-elle en se tournant vers le jeune Lupin.

- Oui, mais je me disais qu'on pourrait aller à notre Quartier Général… On y serait plus tranquille.

Alors qu'ils se mettaient en route vers la sortie de la Grande Salle, Kyana haussa un sourcil sceptique vers lui.

- Bon, d'accord, avoua-t-il. C'est surtout que j'ai envie de grignoter en faisant mes devoirs.

Il lui fit un clin d'œil et elle éclata de rire.

Le long, très long trajet jusqu'au QG des Maraudeurs fut comblé par des discussions aussi variées qu'inutiles, mais Remus avait la vague impression que tout le cœur de Kyana n'y était pas.

Il était donc plutôt inquiet quant à l'humeur de la jeune fille lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination.

- Remus ?

Il arrêta de farfouiller dans le frigo, espérant qu'elle allait enfin parler de ce qui la tracassait.

- Je me dois de te demander pardon…

Surpris, il releva la tête, manqua de se cogner sur le bord supérieur du réfrigérateur, et la regarda par-dessus la porte ouverte, les sourcils levés.

- Me demander pardon ? Pour quels motifs ?

- J'ai… euh… oublié de te remercier pour les plumes, l'autre jour.

- Tu ne m'as pas… ? Ah bon !

Remus retint à temps un soupir de soulagement, et sortit les deux dernières bièraubeurres du frigo.

- Eh bien, ce n'est pas grave du tout, ça !

- Si, c'est grave ! Mes parents m'ont élevé mieux que ça, quand même ! Je ne t'ai pas dit merci, et je ne t'ai pas remboursé.

Il tapa de sa baguette les deux bouteilles pour les décapsuler, et les posa sur la table, regardant Kyana avec consternation. Tant d'inquiétude juste pour ça !

- Un « merci », j'accepte. Par contre, on ne rembourse pas les cadeaux. Et c'en était un.

- Mais…

- Pas de mais ! dit-il avec un sourire moqueur. Tu ne pourras pas dire que je ne t'ai jamais rien donn !

- C'est vraiment gentil à toi, Remus, dit-elle en rougissant. Merci beaucoup.

- Il n'y a pas de quoi, petite Kyana. Ça me fait plaisir que mon côté rebelle serve à quelque chose.

Kyana se redressa tout d'un coup, se pencha au-dessus de la table et déposa un baiser sur sa joue, trop vite pour qu'il le voie arriver. Il n'avait même pas eu le temps de se rendre compte de ce qui se passait avant qu'elle soit à nouveau assise, rougissante et les yeux fixés sur la table. Elle manqua ainsi le regard mi-choqué, mi-étonné de Remus.

Ce n'était pas comme si Remus avait souvent été embrassé… par sa Maman, oui. Par ses amis, pour les grandes occasions : Noël, anniversaires…

Il ne considérait pas vraiment trois plumes achetées à Pré-au-Lard contre toutes les règles de Poudlard comme une grande occasion.

Mais après tout, ce n'était qu'un baiser… Remis de son choc, Remus éclata de rire comme Kyana tournait ses joues très rouges vers lui.

- C'est… euh… une déformation de mon éducation. Ma mère m'a toujours forcé à embrasser les gens lorsqu'ils me donnent des cadeaux, expliqua-t-elle.

- C'est une éducation typique pour les petites filles ! C'est une chance que je sois un garçon, puisque je n'ai pas franchement l'habitude d'embrasser ou de me faire embrasser.

- Excuse-moi…

- Ce serait stupide de ta part d'en être désolé. Ce n'est pas comme si c'était particulièrement désagréable. Etonnant, je dois l'admettre, mais pas désagréable du tout.

Il lui sourit et poussa une Bièraubeurre vers elle, avalant lui-même une gorgée de la sienne, pour se remettre de toutes ses émotions.

Ils finirent par sortir leurs affaires de cours, Remus avec un soupir résigné. Il avait énormément de choses à rattraper, sans doute allait-il y passer la majeure partie de l'après-midi. Il s'attaqua tout de suite, avec Kyana, au devoir de Runes que le professeur Berry leur avait donné le matin même. Ce n'était sans doute pas aussi urgent que de rattraper tout ce que Remus avait manqué lundi, mais il n'avait pas envie que Kyana s'aperçoive qu'il avait manqué des cours. Après tout, elle le prenait pour un élève sérieux… un Maraudeur, certes, mais un étudiant assidu. Ça ne le dérangeait pas qu'elle garde de lui cette image.

Le devoir n'était peut-être pas urgent, mais il était long, fastidieux, et carrément incompréhensible. Remus dut se reporter à son manuel, et à un gros livre poussiéreux qu'il avait trouvé à la bibliothèque. Mais plus il cherchait, et moins il comprenait.

Cela n'arrangea pas les choses lorsqu'il trouva une ébauche de réponse à ses questions… accompagnée de runes qui ne lui disaient absolument rien.

- Ah tiens, des runes que je ne connais pas, dit-il à Kyana, qui était pour sa part plongée dans la lecture d'un autre livre. Je crois que c'est de l'Elfique… tu sais le lire ?

Il fit un petit sourire à sa référence à Tolkien, qui aurait sans doute paru obscure à Kyana… si elle l'avait écouté.

- « Les portes de Durin, Seigneur de la Moria. Parlez, ami, et entrez. » répondit la Serdaigle sans même lever les yeux vers lui.

Il fut tellement surpris qu'il poussa une exclamation et laissa échapper sa plume. Kyana leva la tête et cligna des yeux un instant avant de rougir.

- Oh… Excuse-moi, je…

- La traduction exacte ne serait pas plutôt « Dites 'ami' et entrez » ? l'interrompit-il.

- Tu connais le Seigneur des Anneaux ? s'exclama-t-elle.

- Je te retourne la question ! J'étais certain que tu me répondrais quelque chose du genre « de l'Elfique, uh ? ».

Surexcité, il se pencha sur la table, repoussant les parchemins et les livres qui le gênaient.

- Moi, j'ai l'excuse d'avoir une amie d'origine Moldue qui aime me faire lire des livres Moldus, expliqua-t-il. Mais toi, c'est quoi ton excuse ?

Kyana fit un large sourire et, à son tour, ferma son livre pour mieux répondre.

- Quand j'étais petite, mon papa me racontait une histoire pour me mettre au lit. Au début, c'était le petit chaperon rouge, le grand méchant loup, les trois petits agneaux et tout ça… Jusqu'à ce qu'il décide de me faire découvrir le Seigneur des Anneaux !

Remus ouvrit de grands yeux étonnés.

- Loin de moi l'idée de dénigrer la légendaire intelligence des Serdaigle, mais… Passer du petit chaperon rouge au Seigneur des Anneaux… A moins que ton père ne te lisait encore des histoires cet été, avant que tu t'endormes…

Kyana éclata de rire et lui envoya une boulette de parchemin à la figure.

- Il avait trouvé une version simplifiée !

- Ah !

- Et j'ai ador ! Enfin, pas ma maman, parce qu'avant de me mettre au lit, ça m'excitait plus que ça ne m'endormait, mais après, à onze ans, je me suis mise à lire la version intégrale… Là, j'avoue que j'ai eu du mal !

Il rit doucement et admit que le style de Tolkien avait des longueurs, mais que, malgré tout, l'histoire était fascinante. Tellement fascinante qu'en cet après-midi, ils en revécurent les principales actions, disséquèrent les personnages, et se perdirent tellement dans cette longue discussion que le temps passa sans qu'ils ne s'en aperçoivent.

Ce ne fut que bien plus tard, quand ils eurent exploré à peu près toutes les Terres du Milieu en long, en large et en travers, que son regard se posa par hasard sur sa montre. Il dut y regarder une deuxième fois pour bien réaliser qu'il ne rêvait pas.

- Kyana ! Tu n'avais pas un cours ?

La jeune fille cligna des yeux une ou deux fois, déstabilisée par le changement brusque de sujet alors qu'elle était totalement investie dans la dissection de l'épopée de l'Anneau, et elle regarda sa montre à son tour.

- Oh, non ! gémit-elle avec un air totalement horrifié. Et le cours est déjà fini ! Comment est-ce que le temps a pu passer aussi vite ?

Remus se mordit la lèvre. Cela faisait la troisième fois maintenant qu'il mettait Kyana dans une situation pareille. Et encore, manquer un couvre-feu, ce n'était pas comme manquer un cours !

- Je… je vais m'excuser au professeur Flitwick, dit-elle en rangeant précipitamment ses affaires.

- Je suis désolé, Kyana, je…

- Ce n'est pas ta faute ! C'est mon cours, c'était à moi de me rappeler que je devais y aller…

Elle se leva, saisit son sac et jeta un regard à Remus, qui continuait pourtant à se complaire dans la culpabilité.

- Je suis désolée de te déranger, mais… comment est-ce qu'on repart d'ici ?

- Je vais te montrer, décida Remus en se levant.

Il l'accompagna jusqu'à la porte du bureau du petit professeur de Sortilèges, et comme la culpabilité ne semblait pas vouloir le laisser tranquille, il ne fit que s'excuser à profusion pendant tout le chemin, jusqu'à ce que Kyana elle-même le supplie de se taire… gentiment, bien sûr, mais l'intention y était. Remus décida donc d'arrêter de l'embêter et s'esquiva pour rejoindre son travail en retard qui n'avait pas davantage avancé. Mais il y avait des priorités dans la vie, et le Seigneur des Anneaux était parmi celles-ci.

Plus tard dans la soirée, il se dit que réconcilier ses amis devrait bientôt entrer dans les priorités les plus urgentes, justement. Il réussit à les ignorer tandis qu'il rattrapait en vitesse son travail, mais il n'eut plus de distractions quand ils descendirent à la grande salle pour le dîner. Il tenta bien de discuter avec Peter, mais la petite voix du pauvre garçon fut malheureusement couverte par une diatribe très éloquente de la part de Cathy.

D'après ce que Remus en entendit avant qu'il puisse se servir de l'entrée, Cathy et Lily s'engueulaient pour une bête histoire de vêtements empruntés. Ce qui avait relancé le débat des chaussettes sales entre James et Sirius.

- Mes draps ont senti le fromage pourri pendant trois jours ! argumentait violemment James.

Le jeune Lupin trouvait que, ce soir, la viande était un peu trop cuite, il l'aurait préféré plus saignante. C'était peut-être, songea-t-il avec un certain cynisme, un effet de sa récente transformation. Mais les petits pois étaient absolument délicieux… Sirius ratait quelque chose, à ne pas aimer les petits pois…

- Tu n'es qu'une fouineuse de première ! lançait Lily à Cathy.

- C'est faux ! rétorqua White, que la rage avait fait pâlir.

- Comment se fait-il alors que tu aies mon chandail vert ?

- Tu me l'avais prêt ! Soit tu n'as qu'une cervelle de linotte, soit tu es la pire des langues de vipère que je connaisse ! En fait, je crois qu'il s'agit des deux à la fois !

Remus leva la tête et estima, aux gros nuages qui s'agglutinaient au plafond, qu'il y aurait de la pluie le lendemain. Quoique, si le vent continuait à pousser ces gros nuages toute la nuit…

Nourriture appréciée et météo estimée, il ne restait plus grand chose pour se distraire… il n'avait pas particulièrement envie d'adresser la parole à Véronique, Kristine et Marie, qui étaient assises de l'autre côté.

Au lieu de cela, il se décida pour revoir dans les détails la longue conversation qu'il avait eu avec Kyana cet après-midi. Non sans avoir essayé de signaler à ses amis à quel point il s'ennuyait par un long bâillement auparavant. Ils ne remarquèrent rien.

Cela dura pendant une bonne partie du repas, pendant laquelle Remus eut le temps de jeter un coup d'œil à la table des professeurs. Kyana s'était tellement amusée à comparer Dumbledore à Gandalf… mais ce soir, le vieux sorcier portait une robe particulièrement tape-à-l'œil qui diminuait nettement la ressemblance.

Comme s'il sentait son regard, Dumbledore se tourna vers lui, alors que Spite continuait à lui parler, et il lui fit un clin d'œil. Après avoir répondu par un sourire, Remus retourna à ses rêveries.

Et ce jusqu'à ce qu'il se rende soudain compte que son regard en avait croisé un autre. Pendant un instant, il ne put voir que l'impressionnant bleu profond des yeux qui le regardaient, si bien qu'il ne se rendit pas compte tout de suite qu'il s'agissait juste de Kyana, un peu plus loin à la table des Serdaigle. Juste ?

Surpris, atterré, il se rendit compte que c'était la première fois qu'il la regardait dans les yeux. Ce qui était bien dommage, car il voyait maintenant qu'elle avait les yeux des plus magnifiques qu'il avait jamais vus. Il était peut-être temps de rattraper le temps perdu.

Presque inconsciemment, il se mit à sourire en regardant Kyana.

Il n'y avait rien dans son regard qu'il ne connaissait pas déjà. Il y avait toute sa douceur, sa gentillesse, son humour bien particulier, bien qu'il fut récemment influencé par les Maraudeurs, sa manière de s'attacher aux gens et de s'occuper d'eux…

C'était tout ce qu'il adorait chez elle… il le connaissait bien, en effet. Mais il ne se rendit compte qu'à ce moment-là à quel point il portait ces choses dans son cœur. A quel point il la portait dans son cœur…

Le long « ouuuuh » moqueur que poussèrent ses amis trancha dans sa rêverie comme une lame. Il remit les pieds sur terre avec une telle violence qu'il le ressentit comme un choc physique, et sursauta. Il chercha à nouveau Kyana, mais ne put la voir, car un Serdaigle lui bloquait la vue et, sans qu'il comprenne pourquoi, ce réflexe l'exaspéra au plus haut point.

Il chercha plutôt à regarder ses amis qui, à peine une minute auparavant, étaient occupés à s'arracher mutuellement. James et Sirius avaient des yeux rieurs, Lily affichait une expression complètement et irrémédiablement attendrie, et Cathy souriait de toutes ses dents.

Il réalisa alors, un peu tardivement, ce qui était clairement affiché sur leurs visages.

Il était tombé amoureux. Il ne s'était pas attendu à ce que ça fasse aussi mal, avant ce soir-là. Un peu comme se faire frapper par la foudre, se prendre un arbre de plein fouet, ou tomber la tête la première sur un rocher très dur. Peut-être que c'était pour cela qu'il y avait autant d'expressions aussi imagées pour définir la chose.

Quoi qu'il en fut pour la syntaxe, cette soudaine réalisation provoquait chez Remus un torrent d'émotions différentes et contradictoires qui le firent passer du rouge tomate au pâle fantôme plusieurs fois en quelques secondes. Les petites voix dans sa tête, avec qui il avait été en accord si longtemps, se mirent à parler toutes ensembles, alors que les Maraudeurs autour de lui faisaient exactement de même.

Remus, perdu, déboussolé, se laissa submerger par une colère venue, semblait-il, de nul part, et se leva tellement brutalement que sa chaise faillit tomber sur le sol dans un grand fracas. Il la rattrapa au dernier moment, estimant que le moment était mal choisi pour s'attirer l'attention de l'école toute entière.

C'était peine perdue, cependant, car tout le monde avait déjà les yeux braqués sur lui, sans doute grâce à la discrétion habituelle de ses amis. La colère l'enflamma de plus belle, et il se dirigea à grandes enjambées vers la sortie.

Bien sûr, fidèles à leur réputation « d'amis fidèles », les autres se levèrent immédiatement pour le suivre, ce qui le fit grincer des dents. Il ignora leurs appels une fois, deux fois, même le ricanement moqueur de Cathy. Sa mince indulgence prit fin, cependant, lorsqu'il arriva aux portes de la Grande Salle. Oublié le regard collectif posé sur lui, il allait se débarrasser vite fait de ces boulets !

- Vous n'étiez pas en guerre, tous les quatre ? dit-il sèchement.

Aveuglé par une fureur froide, il en oublia jusqu'à sa bonne résolution datant d'à peine une heure de faire de leur réconciliation une priorité.

- Ouais, mais on n'a plus envie, répondit James.

- Dommage…

Les laissant là-dessus, il fit volte-face et pénétra dans le Grand Hall pour se précipiter immédiatement sur les portes en chêne et de là, dehors. Sachant que les autres Maraudeurs n'abandonneraient pas pour deux mots un peu acides, il se mit à courir, droit vers la Forêt Interdite.

L'obscurité des arbres se referma sur lui au moment où il entendit, au loin, les lourdes portes de chêne du château se rouvrir. Il ne ralentit pas le rythme une seconde, tant et si bien qu'il trébucha à plusieurs reprises sur de hautes racines dans la faible lumière du soleil couchant qui parvenait à grand-peine à filtrer entre les branches. Il courut ainsi pendant un moment qui lui parut une éternité, et quand il se décida enfin à s'arrêter et à se retourner, il ne voyait plus l'orée de la forêt. C'était déjà ça, mais ce n'était pas parfait.

Il avisa un vieux pin aux branches tordues, aux épines encore abondantes. Habilement, il bondit, s'agrippa à la branche la plus basse et se hissa dessus. Il stabilisa davantage son sac sur ses épaules pour ne pas être gêné et entreprit de monter sur la deuxième branche. Si peu de temps après la pleine lune, ses muscles encore endoloris se mirent à protester.

Le vieux pin était bien solide, mais son écorce rugueuse, ses petites branches cassées et ses irrégularités eurent tôt fait d'écorcher les mains et le souffle du jeune garçon. Au cours de cette longue escalade, la fureur qu'il avait ressenti s'estompait au fur et à mesure qu'il s'épuisait.

Lorsqu'il parvint au niveau supérieur de l'arbre, là où les branches, plus touffues, l'empêchaient de monter plus haut, il lui suffit de prendre une grande inspiration pour ne plus ressentir la moindre colère.

Il ne ressentait plus la moindre colère, mais il était misérable et désolé. En premier lieu vis-à-vis de ses amis. Il avait été totalement odieux, et pour aucune raison vraiment valable.

Il avait… purement paniqué, perdu tout contrôle et avait agi par instinct, tout ce dont il avait en sainte horreur.

Mais il avait des circonstances atténuantes, des tas ! Même si ça n'excusait en rien son attitude. Enfin… ce n'était pas tous les jours qu'on faisait la plus grosse bêtise de sa vie… Tomber amoureux, vraiment !

Cette simple réflexion ramena automatiquement le visage de Kyana dans ses pensées, et il ferma les yeux, s'adossant au tronc avec un gémissement désespéré.

Il se rendait bien compte, maintenant, en revoyant en pensée les traits délicats du visage de Kyana, qu'il ne s'agissait pas d'un coup de foudre. Ou, si coup de foudre il y avait eu, il ne datait pas de cette soirée.

Depuis quand s'était-il autant attaché à la Serdaigle ? Il avait la curieuse impression que cela faisait des années et à peine une seconde tout à la fois. Quoiqu'il en soit, c'était une sensation puissante et enivrante… Il sursauta, se reprenant à rêver encore une fois de son visage, de ces cheveux, de…

La situation était tout simplement effroyable. Il n'osait même pas imaginer ce qui allait découler de cette catastrophe. Sans compter que Kyana allait être horrifiée, si elle apprenait jamais… si elle comprenait… ce qu'il ressentait pour elle. Jamais elle n'avait donné le moindre indice de vouloir flirter, et pire, elle avait mentionné à plusieurs reprises un garçon pour qui elle avait des sentiments.

Il allait mourir. C'était aussi simple que cela. Il ferait peut-être aussi bien de se laisser mourir de faim en haut de cet arbre. D'ailleurs, il n'avait pas vraiment envie de revenir affronter ses amis. La culpabilité et la honte l'étouffait. Ce n'était pas une option de se remettre à les éviter. Il n'y arriverait jamais.

Devait-il faire comme si de rien n'était ? Et avec Kyana ? Impossible !

La branche qui étalait ses aiguilles devant lui était une grande tentation pour se taper la tête dessus. Pourquoi… pourquoi avait-il du la regarder dans les yeux ? Il se complaisait tellement dans l'ignorance, avant…

Il y était ! C'était ça ! Cette fille était une sorcière et l'avait ensorcelé avec ses yeux ! Il l'avait toujours su !

« Et toi, ne serais-tu pas un sorcier, par hasard ? » grommela une petite voix cynique dans sa tête.

- Est-ce que je t'ai sonné, toi ?

Ben voilà… ses voix se rebellaient. Comme Kyana… Il fit rapidement taire la petite voix attendrie et s'étala de tout son long sur la branche, les bras et les jambes pendant dans le vide. Le sol paraissait loin, trente mètres plus bas. Il aurait bien aimé avoir le vertige. Au moins, ça l'aurait distrait de toutes ces interrogations !

Il entendit soudain des voix et des bruits de pas qui s'approchaient distinctement. Il resta pétrifié, allongé sur sa branche, de peur qu'il ne fasse remarquer sa présence s'il faisait le moindre bruit.

- Remus !

- Arrête de crier comme un putois, Sirius, c'est pas Remus que tu vas attirer, mais une de ces grosses araignées, ou pire…

- De toute façon, s'il ne veut pas qu'on le trouve, on ne le trouvera pas…

De son perchoir, Lupin s'assura qu'effectivement il était invisible. Il aurait fallu que James et Sirius se placent juste en dessous de la branche et regardent droit vers lui. Les nombreuses aiguilles lui bloquaient même la vue.

- J'en ai marre de parcourir cette forêt, grommela Sirius, qui semblait s'être arrêté au milieu du chemin juste un peu après le pin. Ca fait au moins trois heures. Et peut-être qu'il est rentré au dortoir entre-temps, et qu'il est bien tranquillement au chaud avec les autres… et puis d'abord, pourquoi est-ce qu'il réagit comme ça ?

- Mais tu n'as rien vu, ou quoi ?

- Ben… il s'est rendu compte qu'il était amoureux de Kyana… ça ne m'explique pas pourquoi…

Remus ferma les yeux. Est-ce que ça avait été aussi évident ? Est-ce que toute l'école était déjà au courant ? Il n'oserait plus jamais parler à Kyana !

- Sirius… si tu te rendais compte que tu étais amoureux de Cathy, comment réagirais-tu ?

Il y eut un silence pendant lequel Remus bénit son ami James, imaginant à la perfection le regard ahuri que Sirius pouvait avoir à ce moment.

- Arrête de dire des bêtises, James… et arrête de parler par charades !

Le jeune Potter soupira avec force.

- Notre ami Lupin, vois-tu, a un raisonnement un peu particulier…

- J'avais remarqu

- Et il pense qu'il n'a pas le droit d'être amoureux.

- A cause de… ?

- Exactement.

- Oh. Mais il y a cinq ans, il était persuadé qu'il n'avait pas le droit d'avoir des amis.

- Et on l'a persuadé du contraire.

Remus retirait tout ce qu'il avait pensé à propos de bénir James. Ce Capitaine-là était un démon incarné… et il le connaissait trop bien. Il pouvait presque voir, le visage collé sur sa branche, les sourires complices qu'ils devaient se lancer, ces deux idiots qui pensaient pouvoir se mêler de la vie amoureuse des autres, eux qui ne savaient rien de la leur…

- Alors, on rentre ? Il commence à faire froid !

Lupin dut attendre bien sagement que les deux amis repartent, tout en ruminant ce qu'ils avaient dit. Ils avaient peut-être tapé juste sur la raison de son comportement, mais ils ne comprenaient pas réellement en quoi il pouvait être dangereux pour Kyana… Alors il allait devoir s'éloigner d'elle. Et cette décision était irrévocable, quoi qu'ils feraient pour l'en dissuader.

Au moins une demi-heure après que James et Sirius furent partis, Remus, grelottant, se mit à descendre du grand pin, non sans cesser de ressasser tous ses récents problèmes. Et par-dessus tout ça, il y avait l'image de Kyana, qui lui souriait, qui était si belle, si douce.

Distrait, il se prit le pied assez stupidement sur une irrégularité de la dernière branche et chuta de manière assez peu gracieuse, tête la première, sur le sol. C'était une chance que le sol était couvert d'aiguilles de pin qui amortirent le choc.

Il revenait sur ses précédentes réflexions. Tomber amoureux était encore plus douloureux que de tomber tête la première.