Après un clin d'oeil complice à son ami détective, Josef se jeta sans attendre sur les soeurs, planta un pieu sortit de sous sa veste dans le coeur d'Elena, et donna un coup de poing à l'autre. Quand Isa se remit debout, pantelante mais crachant et feulant comme un chat sauvage, il prit un deuxième pieu, et au lieu de le lui planter lui-même, il le lança à Mick.
- Vas-y, je ne vais pas faire tout le boulot !
Mick sourit et se rua sur la blonde si vite qu'elle ne put l'éviter. Elle se débattit tant bien que mal, cependant il parvint à lui enfoncer le pieu une fois qu'elle fut au sol. Désormais complètement paralysées, elles n'étaient plus une menace pour eux... Du moins, jusqu'à ce qu'ils décident quoi en faire. Mick rejoignit Josef et lui tapota amicalement l'épaule.
- Quoi, c'est tout ? Je m'attendais à un gros câlin, pourtant ! railla le riche vampire avec un sourire malicieux. Je t'ai manqué ?
- Absolument... pas, lui répliqua le détective, l'air presque sérieux. S'il te plaît, attends juste une seconde, dit-il ensuite en se précipitant vers Jack et donc, vers Beth.
Le loup-garou avait été blessé au niveau de l'épaule mais il ne paraissait pas vraiment au bord de la mort, et ce malgré le fait que la balle fût en argent. Mick l'aida à se redresser et il aperçut avec horreur, alors que le lycan se remettait debout, que la balle avait traversé complètement. Ses yeux virèrent aussitôt sur la silhouette allongée de Beth. Il y avait du sang sur son haut clair, et toutefois aucune trace de blessure à distinguer. Il se sentit tout à coup plus soulagé. Beth gémit sur le sol, lui signalant qu'elle était toujours consciente. Il s'accroupit à ses côtés et l'aida au moins à s'asseoir, car elle était encore trop choquée pour se mettre sur ses jambes flageolantes. Il ne réussit qu'à lui demander si ça allait bien.
- Ca va, répondit-elle dans un souffle. J'ai mal au dos, mais à part ça, tout va bien.
Elle se leva avec son soutien et se mit à regarder tout autour d'elle afin de s'assurer que les méchants étaient bien hors-jeu. C'est là qu'elle remarqua l'impact, juste dans le mur derrière elle. Il s'en était fallu de peu. Puis elle s'exclama quand elle vit Josef :
- Mon Dieu ! Tu es vivant ? Enfin... Mort... Mort-vivant... balbutia-t-elle, trop surprise pour agencer correctement ses mots.
- Ah ah, oui, mort-vivant mais bien là ! On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement !
- Comment est-ce que tu as pu te remettre d'une telle chute ?
Elle s'approcha de lui et l'examina avec une curiosité évidente. Il se laissa faire, visiblement ravi de son intérêt, ce qui n'était pas le cas de Mick, bien qu'il ne dit rien.
- Très chère Beth, un vampire ne peut pas mourir en tombant d'un immeuble, ce serait stupide et horriblement déshonorant.
- Mais ton bureau était au dernier étage d'un bâtiment de plus de vingt mètres, voire plus ! Le résultat aurait été de la...
- De la bouillie, oui, précisa-t-il à sa place, amusé plus qu'autre chose. Mais n'oublions pas que le corps d'un vampire n'a plus la même fragilité que celui d'un humain. Je me suis simplement écrasé sur une voiture, ai mit un certain temps à retrouver mes esprits, puis je suis allé me changer.
Il pivota vers Mick.
- Désolé, j'ai dû t'emprunter le seul costume potable de ta garde-robe, je n'avais pas le temps de remonter dans mon appartement. Franchement, il faudrait qu'on aille faire du shopping tous les deux un de ces jours ! Tu manque cruellement de costard-cravate !
Mick roula des yeux.
- Ca suffit. Tu sais parfaitement qu'une simple chemise et un jean me conviennent. C'est plus pratique pour le boulot. Bon, on y va ?
Il prit automatiquement la main de Beth, cependant celle-ci l'arrêta avant qu'il ne franchisse le seuil de la porte à la suite de Jack qui s'appuyait sur Josef.
- Qu'est-ce qu'on fait d'elles ?
- On appelle les nettoyeuses ! lança Josef à l'autre bout du couloir sombre.
- Les nettoyeuses, évidemment...
- D'ailleurs, continua le riche vampire, c'est ce que je suis en train de faire, pendant que vous roucoulez et que je dois me trimballer Monsieur Poilu !
Un grognement s'éleva dans l'ombre. Mick et Beth se sourirent, et, enfin, ils quittèrent l'endroit.
Ils se retrouvèrent tous chez Mick. Un agréable feu brûlait désormais dans la cheminée et Beth savourait un café bien chaud, assise sur le canapé. Jack était dans un fauteuil tout près d'elle et se faisait examiner la plaie par Mick qui avait sorti une trousse de soins d'urgence. Il constata que la blessure commençait déjà à se refermer, il n'avait donc plus qu'à nettoyer et à recoudre pour accélérer le processus de régénération. Une fois que cela fut fait, il rejoignit Josef dans la cuisine (dont les vampires n'avaient absolument pas besoin, mais qui était utile quand un invité humain débarquait, sans oublier les poches de sang conservées dans le frigo). Ce dernier lui proposa un verre de sang (d'ailleurs), bien qu'il aurait préféré boire à même la veine de quelqu'un. Mais il n'était pas question de demander cette petite faveur à Mick, surtout si ça concernait Beth. Alors il s'abstint de jouer à l'enfant gâté, pour une fois, et but entièrement son verre sans grimacer. Ils discutèrent un instant des nettoyeuses, puis vinrent s'asseoir autour de la table basse. Il fallait trouver une solution au cas de Jack. Il était certainement le seul lycan sur Terre, mais comme ils n'étaient sûrs de rien, Jack leur annonça qu'il comptait mener sa petite enquête sur ce point.
- Alors, ça veut dire que vous ne verrez plus votre famille, si j'ai bien compris ? dit Mick après avoir saisi le sens de cette annonce.
- J'aimerai beaucoup, répondit doucement Jack, sa tasse de café dans les mains et penché en avant, mais ce n'est pas à moi de prendre une décision les concernant. Je pourrais les mettre en danger si je venais à les revoir, c'est un fait qui m'effraie vraiment, donc je préfère les laisser tranquilles.
Il eut un rire amer.
- De toute façon, elles doivent croire que je suis probablement mort, après tout ce temps. Mieux vaut qu'elles gardent l'image de moi humain que de voir la bête qui est dorénavant en moi. Je dois apprendre à cohabiter avec elle.
- Seul ? C'est très courageux de votre part, intervint Beth.
- Je n'ai pas vraiment le choix. Mais j'espère de tout coeur pouvoir en trouver d'autres comme moi.
Elle hocha la tête et le silence revint un moment. Ce fut Josef qui finit par le rompre.
- Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai une réunion dans deux heures ! déclara-t-il en regardant sa montre. Mes actionnaires n'attendront pas, je le crains. Je vais donc vous laisser.
Il se leva et, à la surprise générale, se tourna vers Jack.
- Venez donc vous installer chez moi en attendant de trouver un indice concret qui vous conduira sur une piste. Vous avez l'air si perdu que ça me fait un peu de la peine, étrangement !
- C'est étrange, en effet, ironisa Mick.
- Mais c'est très aimable à vous, poursuivit Jack en se levant à son tour. Je vous remercie. Il est vrai que je n'ai nul endroit où aller...
- Alors c'est décidé ! s'exclama Josef en lui tapotant le dos. Chers amis, je vous dis à plus tard.
Il lança un dernier clin d'oeil équivoque à Mick et tous deux se glissèrent derrière la large porte d'entrée. Le détective et la journaliste se regardèrent. Il ne restait plus qu'eux.
