Hey ! Voici un chapitre plus en avance que d'habitude, tout simplement car une partie en était déjà écrite. Et encore, il devait être posté plutôt hier, mais j'ai eu une migraine épouvantable de jeudi à vendredi et je n'ai avancé dans rien.
C'est un chapitre assez calme, mais le prochain ne le sera pas du tout, alors savourez ! Bonne lecture à tous, et merci pour toutes vos reviews adorables :3 ! Je suis si contente que vous aimiez !
Ps : Green Absynthe, j'ai beaucoup pensé à toi en écrivant la première partie du chapitre et en mettant un... flashback à Asgard ! (même si c'était déjà prévu haha).
Chapitre 11 : Fantômes et conflits du passé
Freyr continuait de feuilleter l'ouvrage que Loki avait commencé et sûrement à l'origine de son cauchemar, puisqu'il traitait le cas de Thanos auquel il avait eu affaire avant d'essayer d'envahir Midgard, d'après ce que le roi d'Álfheim avait déduit. Il arrivait au passage relatant les conflits du Titan Fou avec Yggdrasil lorsque le prince contre lui remua, grondant légèrement. Le Vane écarta le livre et baissa ses yeux bleus vers le Jötunn endormi sur ses genoux, sa tête reposant sur l'accoudoir du canapé contre lequel Freyr s'appuyait également en prenant néanmoins soin de ne pas déranger Loki. Celui-ci avait les paupières plissées et crispées, ses sourcils figés en une expression d'inconfort.
Freyr détacha sa main de sa lecture comme plusieurs fois auparavant dans la nuit pour la poser contre le crâne du plus jeune magicien qui se détendit peu à peu, se réinstallant contre son mentor qui sourit avec amusement. Il avait fallu un long moment pour que les tiques nerveux et spasmes de stress du prince s'espacent afin qu'il adopte un sommeil plus calme et reposant, entretenu par la présence du Vane et de sa magie, occasionnellement, qui venait l'apaiser.
La plus vieille des deux déités n'avait aucune objection à émettre quant au fait de veiller ainsi Loki. Freyr le faisait depuis quelques heures déjà, à peine fatigué alors qu'il était au beau milieu de la nuit. Bien lointains étaient les temps où il avait pu se tenir si proche du prince et avoir le plaisir de s'occuper de lui, et la certaine tristesse mais assurance à gérer ses humeurs violentes et torturées. Et en l'occurrence, Freyr avait senti que son ancien apprenti avait besoin de repos, de réel repos, vierge de tout songe atroce, après avoir tant usé de sa magie ces derniers temps pour aider son frère.
Il passa calmement ses doigts entre les mèches sombres qui retombaient élégamment sur la nuque de Loki, se sentant toujours aussi privilégié qu'autrefois de pouvoir toucher ainsi ce prince qui doutait toujours de l'affection des autres et qui ne la permettait pas pour cette raison, se rendant insaisissable.
Cette pensée fit sourire Freyr, le ramenant à des temps perdus où il avait encore Loki à ses côtés.
– Ils sont réellement minables, n'est-ce pas ?
Freyr eut un léger sourire, équivalent au rictus moqueur de son jeune élève malicieux, tout juste sorti de l'adolescence.
– Ils le sont, jeune prince. Tu saurais bien mieux vendre tes talents que ces deux-là avec le niveau que tu as atteint. Même les nains savent reconnaître les bons magiciens vaniriens des mauvais et des escrocs – il y en a plus que tu ne le penses à Vanaheim. Enfin, je suppose que tu en apprendras plus avec Sigyn à ce propos, puisqu'elle est originaire de Nidavellir, rappela le futur roi.
Il sentit le prince asgardien appuyé contre son flanc se tendre, sans toutefois répliquer. Freyr savait que l'idée de se marier à une parfaite inconnue le révulsait et détériorait son humeur jusqu'à ce que ses yeux verts s'assombrissent pour une teinte lourde de colère. Ainsi, le Vane ne s'aventura pas plus loin et préféra le calmer par une main qui se posa sur sa nuque, ses doigts emmêlés aux mèches encre qui retombaient à ce niveau.
A Asgard, une telle tenue n'aurait jamais été tolérée en raison des origines de Freyr et du titre de Loki alors que les deux hommes étaient appuyés contre le même mur, une main du dieu vane passée derrière le prince brun, autrefois sur son omoplate, mais maintenant à l'arrière de son cou pâle, de sorte que Loki puisse profiter de la proximité de son mentor. Au milieu d'un marché de Nidavellir, observant simplement les faits et gestes de chacun après avoir eux-mêmes fait le tour des commerces bien achalandés des nains, ils n'avaient pas à se soucier de cette proximité. C'était l'une des raisons pour lesquelles l'Asgardien ne voulait pas partir immédiatement.
Freyr, quant à lui, n'avait aucune raison de se presser, et cherchait simplement le moment opportun pour aborder le sujet de son couronnement prochain à Álfheim. Mais pour l'instant, il attendait que Loki se détende, lui qui était toujours nerveux ces derniers jours, en partie à cause du départ de son mentor.
Le Vane craignait aussi l'arrivée de ce moment, lui qui dissipait les fureurs les plus effrayantes du prince, lui qui l'apaisait par ses mots et par l'affection dont il avait besoin. Loki se pliait contre la douceur qu'il lui offrait et laissait ses paroles de paix couler contre ses tympans, éteindre le feu d'agressivité et de haine qui consumait ses entrailles serrées par la douleur de l'abandon qu'il reprochait à sa famille. Freyr était cet homme calme, capable de répondre aux besoins du prince par une délicatesse féline et tactile, faisant taire le frisson nerveux qui courait sur la peau du dieu du Chaos comme on arrêterait la corde vibrante d'un arc, comme on délierait simplement le serpent enroulé autour de sa proie et prêt à l'étouffer. Loki était le magma bouillonnant, sillonnant silencieusement autour de ceux qui le blessaient pour les brûler en prétendant à l'accident, et le Vane était alors cette présence reposante qui refroidissait la lave, le seul pour lequel Loki se serait adouci en promettant de ravaler sa colère mortelle.
C'était un échange, un compromis. Le mentor donnait ce qu'il souhaitait à Loki, ce qui était nécessaire afin qu'il retrouve une humeur complaisante, afin qu'il soit rassuré par cette possibilité de se blottir contre lui sans réelles intentions autre que partager sa chaleur apaisante et ressentir la fierté et l'estime que Freyr avait pour lui et ses pouvoirs. Freyr, quant à lui, avait la présence de Loki, son esprit vif avec lequel échanger, et la promesse invincible de loyauté, de sérieux et de responsabilité de la part du jeune prince qui savait que sans obéissance, sans confiance, il n'aurait plus l'enseignement du mage vanirien pour le renforcer, ni son amour pour le tranquilliser.
Car dans cette relation complexe, le mot le plus simple, l'amour, était aussi le plus compliqué à manier.
Freyr vit du coin de l'œil les paupières de Loki se fermer, le jeune dieu cherchant le calme et se détendant peu à peu.
L'Asgardien s'était trop attaché à son mentor, et ce dernier le savait. Il voyait à quel point sa dépendance était forte, et il ne pouvait ignorer les sentiments de Loki, sans pourtant y répondre, tout bonnement parce qu'il ne souhaitait pas maintenant une transformation de leur relation, alors qu'il soupçonnait Loki de se comporter aussi tactilement pour le satisfaire et sans réellement prêter attention à lui-même. Loki acceptait sans frustration la distance que mettait parfois son mentor entre eux et recevait simplement la tendresse de Freyr comme elle venait, sans en demander plus ou moins. Cela soulageait le Vane qui réalisait pleinement le pouvoir qu'il avait sur son élève : il aurait pu tout exiger du cadet d'Odin qu'il se serait exécuté sans même s'interroger sur ses propres envies, et Freyr ne voulait pas infliger une telle chose à ce prince blessé auquel il s'était tellement attaché. Parce que Loki était perdu et qu'il l'aurait suivi, pour ensuite regretter de s'être remis aux souhaits de son mentor avec tant de confiance aveugle et de désespoir de trouver un jour un allié aussi bon. Ainsi Loki retenait Freyr de son côté, alors que celui-ci tentait, tant bien que mal, de se détacher de lui à la veille de son départ pour Álfheim, conscient que Loki devrait, dans tous les cas, finir par continuer seul son chemin.
C'est ce qui l'inquiétait.
Plus le temps passait, et plus Freyr sentait que son départ serait la fin de tout équilibre qui avait pu régner au sein de la famille royale. Il n'aurait plus aucune prise sur Loki, en plus de le laisser dans une solitude certaine, pour finalement piétiner les nerfs et émotions du prince lorsqu'il mettrait en action son plan sur Álfheim en éliminant les guerriers asgardiens qui occupaient le royaume.
Mais entre Loki et tout un peuple, Freyr n'avait pas le droit de choisir librement, et ce même s'il sentait qu'il allait créer le fléau d'Asgard et des neuf Royaumes, un monstre inconscient alimenté par les trahisons présumées et l'indifférence de sa famille.
Freyr serra la mâchoire, fébrile. Un jour, il aurait à arrêter ce prince noir et amer.
Il saisit plus fermement les mèches sombres du dieu de la Malice, et celui-ci leva son regard émeraude vers lui, inquisiteur.
– Loki, murmura-t-il calmement, tu sais que les relations entre Álfheim et Asgard n'étant pas des meilleures, après mon couronnement demain, nos chemins risquent de ne plus se croiser avant longtemps.
L'expression de Loki resta égale à elle-même, légèrement figée.
– Mais avant tout, j'ai un présent pour toi, dit-il en tendant sa main à plat, une lueur vive d'un bleu pâle éclatant sur sa paume ouverte, se consumant finalement en un ouvrage lourd dont la poignée qui permettait de soulever la massive couverture de bois animal était constituée de végétaux s'enroulant entre eux solidement. Dès lors, Loki n'eut nul doute de la provenance du livre d'après la lueur qui tinta curieusement dans ses yeux émeraude.
C'était l'un des rares livres alfiques de magie qu'il consulterait.
– Les alfes lumineux ont des capacités d'enchantements par la gravure des matériaux, en particulier des métaux, qui sont exceptionnelles, exposa le Vane. Aucun autre peuple ne possède tant d'adresse dans le domaine. Leurs armures sont ornées de dessins et de symboles auxquels la magie est insufflée, et ce livre que je t'offre te permettra également de prendre connaissance de ces savoirs bien gardés chez les alfes.
– Et tu les confies à moi, un Asgardien, et qui plus est, un prince asgardien ? S'amusa le brun. Ne suis-je pas, pour les alfes que tu gouverneras, un envahisseur, un ennemi ? Ne les offenses-tu pas avec le cadeau de leurs secrets ?
Freyr sourit et s'humecta les lèvres, légèrement pensif.
– Et toi, Loki ? N'utiliseras-tu pas cette magie et ces savoirs avec fierté ? Ne seras-tu pas, aux yeux des alfes, le seul Asgardien à défier tout idéal guerrier des dieux Ases ? Ou deviendras-tu, peut-être, le mage avide n'ayant aucun scrupule à utiliser leur propre magie contre eux, à divulguer leur secrets, à chuchoter au creux des remparts asgardiens tes plans de conquêtes alfiques ? Seras-tu ce traître, Loki, ou le magicien qui se veut sage auquel j'ai confié tant de connaissances ?
Sur ces paroles, il déposa ses lèvres contre le front pâle du dieu du Chaos.
– C'est à toi que je le confie, et je te demande uniquement d'en faire un bon usage.
Loki bougea une nouvelle fois et entrouvrit ses paupières, incapable de comprendre ce qui l'entourait d'après la courte pause qu'il marqua. Le Vane sur lequel il était à moitié allongé eut une expression amusée avant de se pencher sur lui.
– Jeune prince, salua-t-il.
Il vit distinctement se dessiner sur les lèvres espiègles un rictus empli de moquerie.
– Vieux roi, répondit-il, et Freyr fronça le nez à cette appellation en une expression vexée, ne faisant qu'accroître le sourire de son ancien apprenti qui lui donna alors une légère tape du bout des doigts sur le genou, sans changer de position, celle-ci lui paraissant confortable. Quelle heure est-il ?
– Je ne sais pas. Le jour va bientôt se lever, probablement.
Les yeux de Loki s'agrandirent de surprise.
– Ai-je dormi autant de temps ? Murmura-t-il. J'en suis navré.
– Ne le sois pas. Si tu m'avais dérangé, je t'aurais juste jeté par terre, fredonna le Vane. Quoi qu'il en soit, nous devrions nous lever, termina-t-il avec une expression presque paresseuse, loin de s'accorder à ses paroles.
– Comme il vous plaira, vieux-
Loki se sentit presque brûlé par le regard courroucé de son mentor et leva les yeux au ciel quand il corrigea :
– Vaillant, admiré, juste, prestigieux grand roi…
~oOOoooOOo~
Ce matin-là, le roi des alfes et les deux princes s'assirent à la même table, le Vane en face des Asgardiens, tous les trois plus ou moins perdus dans leurs réflexions. Freyr semblait d'ailleurs tellement concentré que les deux frères ne prirent pas le risque de le déranger et se contentèrent de parler à voix basse de tout et de rien.
Et pourtant il fallut que, malgré leurs efforts, le messager et serviteur personnel du Vane entre et s'adresse au sorcier pensif.
– Mon roi, commença-t-il, incertain. Rinhrus est ici.
Freyr avait le regard fixé sur la table, ses doigts entrelacés devant lui, ses traits froids lorsqu'il remua à peine les lèvres en un tic agacé signifiant qu'il s'agissait d'un imprévu. Loki braqua des pupilles attentives sur son mentor et fronça les sourcils, préoccupé par ce qui allait suivre.
L'alfe venu l'informer se reprit, toujours déstabilisé mais habitué à l'humeur massacrante de Freyr lorsqu'il s'agissait de Rinhrus.
– Il est entré dans le palais sans que nous n'ayons même le temps de-
– Cher demi-frère ! Fit écho une voix dans le couloir qui menait à la salle dans laquelle les trois hommes mangeaient. Tu me vois désolé de cette arrivée quelque peu précipitée, mais je me doutais que tu dormais toujours si peu !
– Oh, venir tôt pour donner l'illusion qu'on est un homme fort occupé dans la journée, siffla Freyr entre ses dents.
Loki glissa son regard vers celui glacial de son mentor et serra la mâchoire.
Il n'avait probablement jamais lu autant de fureur dans les yeux turquoises du roi, pas même lors des disputes pourtant légendaires entre Freyr et Odin, véritables Némésis, qui avaient fait trembler les remparts d'Asgard.
Note : Le livre qu'offre Freyr à Loki dans le flashback sur l'enchantement des métaux via la gravure est une référence à l'armure de Loki qui est à partir d'Avengers la seule à être gravée. Odin et Thor n'ont à aucun moment de tels dessins. Dans cette interprétation, Loki aurait donc toujours eu avant de tomber du Bifröst des armures "officielles" vierges de toute magie considérée comme indigne d'un guerrier, puis après être tombé dans l'abysse aurait confectionné sa propre armure avec ce qu'il aurait appris grâce à Freyr, afin de se rendre plus puissant et de se détacher d'autant plus d'Asgard. Également, se parer avec une armure enchantée encourage largement l'estime des alfes pour lui, surtout qu'il est Asgardien et prince, osant malgré cela privilégier les arts alfiques plutôt qu'asgardiens. C'est une véritable prise de parti.
Merci à vous en tout cas pour avoir lu, on se retrouve pour le prochain chapitre où vous allez découvrir Rinhrus (OC très secondaire, il n'est pas dans la mythologie, même si je lui donne une place dans la famille compliquée de Freyr)...
...et ça va chier !
