Helloo-o !

Je poste plus tôt que prévu parce que je n'aurai pas du tout accès à internet demain. =)

Je vous annonce sans roulement de tambour que ça y est, j'ai fini l'écriture de cette ultime sphère. C'est un peu triste, je le suis toujours un peu quand je mets le mot fin, mais en même temps, après une telle trilogie, c'est aussi un soulagement pour mon imagination, je dois l'avouer. =) La sphère 3 compte donc 12 chapitres et un épilogue.

Un immense merci à janeandteresa, paffi, Solealuna, Sweetylove30, Karyanawel, Pasca, Jaymaddict et Totallyfan (je te réponds dès que possible!) ! =)

Mlle HuddyAddict: C'est super gentil, merci ! =D J'ai fait de mon mieux jusqu'au dernier chapitre (et l'épilogue tant qu'à faire). =) Et j'espère que les épreuves scientifiques du bac ne t'ont pas trop malmenée... Bon courage et merci encore!

Anara: Je suis désolée de la légère frayeur occasionnée par la lettre de Chris. ^^ Je suis ravie de lire que le passage de la photo t'a plu, je voulais ramener un souvenir "heureux". Et tu vas voir très vite que non, Jane n'a pas jeté les photos. :) Le "va te faire foutre" a eu l'effet escompté, je suis plutôt contente. ^^ Merci beaucoup beaucoup ! =D

Enjoy: Je suis ravie (comme à chacune de tes reviews ^^). Tout d'abord tu as aimé les lettres: bonheur! \o/ Et puis je ne pouvais décemment pas faire de Bouh une monnaie d'échange. :) Le "va te faire foutre" a eu du succès, je suis fière de ma vulgarité soudaine lol. La prochaine étape de Jane est bel et bien prévue. :) Sinon j'ai rattrapé tout mon retard sur Affaire Classée (OMG tu me fais aller sur un forum, l'exploit!) et je suis une fan inconditionnelle. Cette histoire a du génie tant sur l'enquête que le relationnel. =) Merci !

JulietS: Je suis plus que ravie de lire ton enthousiasme quant à la lettre de Chris, malheureusement, il est un peu loin pour réapparaître physiquement. :) J'aime bien tes impressions sur Lisbon dans son appartement, je voulais y faire contraster l'espèce de drame avec la joie passée. :) Oh, et merci pour ta review sur Baiser Volé, je tiens à préciser que l'alternance tu/vous est un fait exprès. J'ai demandé à l'auteur ce qu'elle voulait, et elle m'a indiqué l'alternance qu'elle souhaitait. :)


Chapitre 9 : Confessions :

Faisant tourner rapidement son fauteuil, Cho se leva d'un bond pour filer vers le bureau de Lisbon sous les regards étonnés de ses collègues.

-Il sait quelque chose qu'on ignore, en déduisit Rigsby.

-Je veux entendre ça, répliqua immédiatement VanPelt en se levant à son tour.

-On ne t'a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut ? s'exaspéra le grand brun.

-Tu n'as qu'à rester assis ici si tu n'es pas curieux.

Rigsby fit aller son regard de son bureau à la rousse qui s'enfilait dans le bureau de sa patronne puis poussa un soupir avant de se lever et de traîner les pieds pour rejoindre les autres.

-Ils lui ont collé un an de prison et quelques arrestations pour trafic de drogue pour étayer le dossier, expliquait Cho, un dossier dans les mains. Tout est faux bien sûr. Blum n'avait pas plus arrêté de travailler pour les autorités qu'il n'était passé de l'autre côté de la barrière. Il était infiltré chez les Bikers depuis des années et il a refilé beaucoup d'infos. C'est entre autre lui qui a permis d'arrêter son ancien coéquipier Ted Davis.

-Ted Davis ne l'a jamais su ? s'enquit Lisbon.

-Ça m'étonnerait, Blum n'a pas témoigné contre lui, la brigade avait encore besoin de lui pour trouver quelque chose pour inculper Collins.

Lisbon acquiesça, apparemment plongée en pleine réflexion.

-Ils t'ont dit si quelque chose d'inhabituel s'était produit dernièrement ? reprit-elle.

-Ils n'étaient pas plus près d'attraper Collins qu'avant. Ils ont demandé à Blum de s'intéresser à la fiancée de Collins, une certaine Fauve Valens. Elle est chargée du livre de compte.

-Peut-être que Fauve s'est rendue compte de quelque chose ? suggéra Rigsby.

-La brigade assure que le livre ne leur est pas parvenu, répondit Cho. Blum venait tout juste de s'y mettre, la semaine dernière. Et d'après les rapports qu'ils ont de Blum, Fauve est totalement inoffensive. Elle est, je cite : « la conscience de Joshua Collins ».

-Fais quand même des recherches sur elle, ordonna Lisbon. Je veux savoir à quoi elle ressemble, d'où elle vient, et tout ce qui peut nous être utile.

-Et moi patron ? s'enquit VanPelt.

-Allez voir Keira pour lui demander de vous expliquer ce qu'elle sait sur Blum.

-Mais Jane l'a déjà fait, lui fit remarquer la rousse.

-Oui, approuva Lisbon, et c'est justement parce que Jane l'a fait que je veux que vous y alliez, pour avoir le récit complet et pas les bribes que Jane voudra bien nous lâcher.

VanPelt parut sur le point de répliquer mais un coup d'œil au regard noir de Lisbon et aux yeux réprobateurs de Rigsby la fit taire. Elle acquiesça et tourna les talons, docile. Cho lui emboîta le pas aussitôt.

-Et moi ? s'enquit Rigsby.

-Je veux voir la réaction de Davis quand nous allons lui annoncer que Blum était un infiltré. Avec un peu de chance, ça nous mènera quelque part.

-Je vous suis, lui fit savoir Rigsby en lui ouvrant la porte.

Elle le remercia d'un signe de tête et se dirigea vers la salle d'interrogatoire où Davis poireautait toujours, vite suivie par son subordonné.

L'avocat commis d'office de Davis avait essayé de le faire relâcher, mais Lisbon avait utilisé son droit de le maintenir en garde-à-vue compte tenu de l'infraction à la conditionnelle. L'homme avait donc passé sa journée dans la petite pièce à râler sous tout prétexte, irritant le policier placé devant la porte.

-Il s'est enfin endormi, vous êtes sûrs de vouloir le réveiller ? soupira le policier en voyant Lisbon et Rigsby se présenter face à lui.

-Absolument sûre, confirma Lisbon dans un sourire désolé.

-On le fera hypnotiser par Jane après, plaisanta Rigsby.

Il croisa le regard de Lisbon et se racla la gorge, soudain mal à l'aise.

-C'était pour rire, précisa-t-il.

-J'espère bien, marmotta la brunette avant d'entrer.

Ils prirent place en silence alors que Davis s'étirait sans aucune pudeur. Il leur adressa un regard mauvais aussitôt qu'ils furent assis en face de lui.

-Ça va durer encore longtemps c'te connerie ? s'indigna-t-il. J'ai raté des rendez-vous, ça arrive à tout l'monde. J'ai perdu la notion du temps.

-Mais bien sûr, se moqua ouvertement Rigsby.

-Dîtes-moi monsieur Davis, intervint Lisbon, ça a dû vous faire un drôle d'effet lorsque vous avez compris que Vincent Blum était responsable de votre séjour en prison.

Davis fronça les sourcils, oubliant soudain de jouer de sa mauvaise humeur.

-Comment ça ?

-Vincent Blum n'a jamais vraiment appartenu aux American Bikers. Il travaillait pour la brigade antigang.

-Je l'savais ! L'enfoiré ! s'écria aussitôt Davis.

Rigsby et Lisbon échangèrent un regard qui n'échappa pas à leur suspect. Aussitôt Davis se calma et se fit petit, croisant les bras et se murant dans le silence.

-J'dis plus rien sans mon avocat, marmotta-t-il finalement.

-C'est ce que vous avez de mieux à faire, répondit Lisbon en se levant.

-Vous trouverez rien pour m'lier à ce meurtre, j'suis clean.

-Et Collins s'en fiche, n'est-ce pas ? rétorqua Lisbon en ouvrant la porte.

Davis ouvrit et ferma la bouche comme un poisson hors de l'eau, ce qui fit échapper un léger rire à Rigsby.

Lisbon précéda son agent pour sortir de la pièce et se dirigea vers la cuisine du CBI pour boire un café, le dernier de sa journée. Rigsby l'accompagna avec bonne humeur, soit Davis était coupable et ils trouveraient vite quelque chose, soit il était innocent et lâcherait le nom du tueur pour sauver sa peau.

-Boss j'ai le dossier de Fauve Valens, la fiancée de Collins, annonça Cho en lui tendant un dossier.

Rigsby se pencha par-dessus l'épaule de Lisbon pour voir le dossier.

-Eh ! C'est la fille aux cheveux rouges ! s'exclama-t-il aussitôt. Elle était là les deux fois.

-Trimbalée de familles d'accueil en familles d'accueil après le meurtre de ses parents, fugues, délits mineurs… énuméra Lisbon. Elle paraît aussi inoffensive que l'a dit Blum. Comment une pauvre fille des rues finit dans les bras d'un chef de gang ?

-A ce qu'on dit, Collins l'a sauvée lors d'un assaut de son gang contre un autre gang, l'informa Cho. Elle a été prise dans le feu, il l'a protégée.

-Comme ça ? s'étonna Lisbon. Il ne la connaissait même pas.

-Le coup de foudre, ça existe même chez les voyous, s'amusa Rigsby.

Lisbon lui adressa un regard blasé qui ne fit qu'élargir son sourire et elle roula des yeux sans pouvoir retenir son propre sourire.

Sourire qu'elle perdit rapidement en voyant Jane arriver, son air de rien bien en place. Rigsby sembla soudain très mal à l'aise au contraire de Cho qui ne cilla pas un instant.

-Alors, on a trouvé un meurtrier potentiel ? s'enquit le blond en se dirigeant vers son placard à thé.

Lisbon se raidit en le sentant si proche d'elle mais ne bougea pas d'un millimètre. Jane garda son air de rien solidement en place, un sourire en coin.

-Grace m'a fait un résumé des derniers évènements, expliqua-t-il en allumant sa bouilloire.

-T'en penses quoi ? s'enquit Rigsby en évitant consciencieusement de jeter un coup d'œil à sa patronne.

-Bah, c'est peut-être lui, lança Jane en haussant les épaules. Mais il n'avait aucune raison de tuer Jared Zeller, ce qui me pousse à croire qu'il y a deux meurtriers.

-Deux meurtriers avec la même arme et le même mode opératoire ? en déduisit Cho.

-Exactement, approuva Jane.

-Et à part les réponses énigmatiques, tu as des choses intéressantes à nous apprendre ? intervint Lisbon.

-Si vous accusez Collins du meurtre, sa petite amie chantera comme un rossignol pour le sortir d'embarras. Elle ferait tout et n'importe quoi pour lui.

-Un plan à la Jane donc ? déplora la brune.

-Un plan à la Jane, confirma-t-il dans un clin d'œil.

Elle détourna le regard aussitôt pour reporter son attention sur Rigsby et Cho qui l'observaient comme si elle allait exploser.

-Demain matin, à la première heure, vous me trouvez de quoi inculper Collins, ordonna-t-elle. Arrangez-vous avec la brigade antigang s'il le faut mais je le veux ici avant demain midi.

Cho et Rigsby acquiescèrent rapidement et filèrent commencer à travailler. Lisbon crispa sa main sur sa tasse alors que Jane s'appuyait contre l'évier à côté d'elle, sa propre tasse à la main.

-Je ne te ramènerai Bouh que ce soir, lança-t-il sans la regarder.

-Et pourquoi ça ?

-Parce que je l'ai laissé avec Tony et Keira. Il apprécie beaucoup Tony, il le protège de tout ce qui lui fait peur, comme s'il avait un sixième sens. C'est plutôt fascinant.

-Tu m'en diras tant, marmotta Lisbon en buvant une gorgée de café.

-Dure journée ? s'enquit-il en fixant toujours la table en face d'eux.

Elle le dévisagea, la mâchoire crispée.

-A quoi tu joues Patrick ? s'exaspéra-t-elle.

-Serais-tu sur la défensive ? s'amusa-t-il en tournant finalement la tête vers elle.

Ses yeux brillaient de malice lorsqu'ils s'ancrèrent dans les siens et elle ne put s'empêcher de laisser un soupir passer la barrière de ses lèvres scellées.

-Chris est tombé amoureux, dit-elle finalement, dans une vieille habitude de tout lui raconter.

-Ah ?

-Il m'a envoyé une lettre pour me l'annoncer, belle et drôle, c'est du Chris tout craché.

-Tu es jalouse ? s'enquit-il, soudain moins joueur.

-Non, bien sûr que non, sourit-elle doucement. Chris est mon ami, je l'aime infiniment, mais plus comme un amant. Et puis ça serait stupide de ma part maintenant qu'il a trouvé quelqu'un de bien.

-Tu es quelqu'un de bien, lui fit-il remarquer dans un sourire doux.

-Je voulais dire quelqu'un de bien mieux que moi, rectifia-t-elle, désabusée. Quelqu'un qui mérite la bague qu'il lui offrira bientôt, quelqu'un qui dira oui et qui restera.

-Ce n'est pas parce que tu es partie que tu n'es pas quelqu'un de bien.

Elle plongea dans son regard un moment, surprise par ces mots si différents du discours qu'il tenait encore le matin-même. Où était passé sa fragilité ? Sa peur ? Sa tristesse ?

-Tu es partie par amour Teresa, murmura-t-il. Tu es partie par amour pour tes frères, mais ça ne veut pas dire que tu n'aimais pas Chris. Ça ne veut pas dire que tu ne méritais pas la vie qu'il voulait t'offrir.

-Et qu'est-ce que ça veut dire selon le grand Patrick Jane ?

-Que tu as eu assez de courage pour faire un choix difficile. Tu as pensé à un moment de ta vie que ta place était ailleurs, alors tu es partie. Tu as suivi ton instinct, tu as choisi un amour différent, un peu moins effrayant sans doute, ça ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais pour autant.

-Est-ce que tu essayes de me dire quelque chose ?

Il rit légèrement et termina sa tasse de thé pour la déposer dans l'évier. Puis, il se planta devant elle, un peu trop proche sans doute.

-Tu es quelqu'un de bien, dit-il à mi-voix, et tu mérites de trouver la personne qui te fera une nouvelle demande, n'en doute jamais.

-Cette personne ne pourra pas être toi, murmura-t-elle en levant une main vers son cou pour en faire sortir la chaîne qui y trônait.

Au bout pendait l'alliance de Jane, tournoyante.

-Un jour, tu m'as dit que tu t'étais habituée à elle, qu'elle faisait partie de moi, expliqua-t-il. Tu avais raison, cette alliance me rappelle certes les deux vies que j'ai perdues, mais ce sont aussi deux vies que j'ai aimées, immensément. Sans elles, je perds l'équilibre dont j'ai besoin… Mais tu n'es pas moins essentielle à ce même équilibre.

Elle ouvrit la bouche pour protester mais il l'interrompit d'un doigt sur ses lèvres.

-Je ne peux pas te jurer que je ne le tuerai pas, je ne peux pas te promettre d'être le meilleur, je ne peux pas t'assurer d'être toujours joyeux, et je n'arriverai sans doute jamais à te demander de m'épouser, mais je peux essayer Teresa. Ce n'est pas parce que j'ai un passé lourd à porter que je ne peux pas t'aimer pour qui tu es, ce n'est pas parce que je veux venger ma femme et ma fille que je suis incapable de construire quelque chose avec toi.

Elle détourna le regard pour ne pas flancher sous ses yeux bleus, aussi tentants que ses mots. Mais elle sentait malgré elle son cœur accélérer. Elle aurait dû se blinder.

-Il y a encore six mois, je ne pensais pas aimer un jour une autre femme, je ne pensais pas être capable d'être heureux à nouveau, mais c'était il y a six mois. Qui me dit que dans six autres mois je n'aurais pas encore changé d'avis sur qui je suis ?

-Et qui me dit que dans six mois tu n'auras pas tué un homme ?

-Il a massacré ma famille, souffla-t-il douloureusement. Ne comprends-tu pas ? Il les a exécutées froidement, il m'a arraché les deux seuls êtres qui constituaient ma vie. Angela et Charlotte Ann m'ont donné l'impression d'être entier pour la première fois de ma vie, elles m'ont rendu plus heureux que n'importe quel homme, elles m'ont offert une famille, la mienne. Et en quelques heures, tout a basculé parce qu'un psychopathe m'a pris pour cible. Il a tué ma chair et mon sang, toute ma vie… Ne me trouves-tu pas terriblement humain de vouloir faire disparaitre ce monstre ?

Bien malgré elle, elle acquiesça, douloureusement, mais avec tout son cœur. Depuis qu'elle avait commencé à l'aimer, elle avait imaginé ce que ça ferait si John LeRouge le lui arrachait. A chaque heure, chaque jour, elle avait songé à cette douleur indicible qu'elle ressentirait. Et elle savait dans le fond, comme elle avait su le jour où Bosco avait perdu la vie, qu'elle était plus proche de Jane qu'elle n'osait se l'avouer. Elle savait que si le tueur gagnait, elle serait motivée par cette même soif de vengeance.

-Je ne peux pas te laisser gâcher ta vie, parvint-elle à articuler en relevant les yeux vers lui.

-Teresa, soupira-t-il, croyant déjà qu'elle campait sur ses positions.

-Ecoute-moi pour une fois, ordonna-t-elle toujours à voix basse. Je ne veux pas te voir en prison, je ne veux pas que ta vie soit anéantie complètement par ce fou, je ne veux pas avoir à t'arrêter.

Il fit mine de vouloir dire quelque chose mais son regard déterminé le força au silence.

-Je crois en la Justice, j'y crois sincèrement, mais je sais aussi que bien malgré moi, je crois en toi, et je te comprends, je sais que ça te fait vivre, que tu en as besoin, et que tu veux protéger le monde entier autant que venger ta famille ou ton ego. Je sais que le jour où tu seras face à lui, ce ne sera pas toi qui aura à faire un choix, mais moi. Je vais devoir choisir entre toi et la Justice, tout comme j'ai choisi ce que je pensais être bien quand j'ai quitté Chris il y a des années. Je ne voulais pas de tout ça, mais je suis impliquée, quoi que tu dises.

Il hocha la tête lentement, un peu remué par les pensées soudainement libérées de la jeune femme. Puis, mû par un élan d'affection envers cette Lisbon retrouvée, il enlaça sa taille.

-Suis-je Chris, ou ce que tu penses être bien ? souffla-t-il à son oreille.

-Je ne veux pas te voir en prison, répondit-elle si bas qu'il crut avoir rêvé.

Elle s'écarta de lui aussitôt, mais ne put s'empêcher d'ajouter avec un sourire un peu mélancolique :

-Ne gâche pas cette confession, d'accord ?

Il dessina une croix sur son cœur, de nouveau le Patrick Jane enfantin au sourire doux, puis scella le pacte de quelques mots prometteurs, gonflés par l'espoir et l'affection immense qu'il lui portait.

Lisbon était partie ce matin, elle l'avait abandonné, alors pourquoi se sentait-il plus fort qu'il ne l'avait été ces derniers mois ? D'où lui venait cette sensation que tout pouvait s'arranger ?

Assurément, le mystère Lisbon n'était pas encore résolu, songea-t-il en rejoignant son divan. Mais ça ne lui déplaisait pas dans le fond, elle le maintenait alerte, lui rappelait où était l'équilibre entre raison et folie. Et elle rendait sa vie tellement plus lumineuse.


La maison lui semblait terriblement vide, elle n'était rentrée que depuis une heure, mais déjà l'absence de Bouh lui pesait, et, si elle était honnête avec elle-même, celle de Jane n'était pas en reste. Elle avait malgré elle jeté quelques coups d'œil au mur blanc que Jane s'était amusé à remplir tous les soirs depuis des mois, et ne pas le voir ce soir encore s'en occuper, c'était un sentiment douloureux.

Mais elle saurait vivre avec, puisqu'il le fallait.

Lisbon soupira et déposa son verre de vin sur le bar, l'y abandonnant pour partir à la recherche de ses dossiers. Jane lui avait fait perdre cette habitude d'emporter le travail chez elle et d'y passer ses soirées. A chaque fois qu'il l'avait vue un dossier à la main, il s'était arrangé pour trouver quelque chose de mieux à faire. Nombre de chamailleries avaient explosé à cause de dossiers, mais la plupart du temps, ils avaient su faire en sorte que le mot de la fin soit joyeux.

Elle ouvrit l'un des dossiers sur le bar, il s'avéra être celui de Joshua Collins. Elle haussa les épaules et le parcourut, elle n'avait rien de mieux à faire.

Elle fut interrompue quelques minutes plus tard par des coups à la porte d'entrée. Elle fronça les sourcils et vérifia l'heure, puis, retrouvant une bien vieille habitude, elle attrapa son arme et la chargea avant de se diriger vers la porte. Elle ouvrit précautionneusement pour voir Rigsby lui adresser un air navré.

-Je sais qu'il est tard, mais Jane m'a chargé de vous ramener Bouh, s'excusa son agent en désignant le chien qui explorait le jardin, cabriolant joyeusement comme s'il était parti depuis une éternité.

-Il ne pouvait pas le faire lui-même ? s'exaspéra Lisbon.

-Il a tenu à rester avec Keira, il a dit qu'elle avait besoin de lui.

Lisbon soupira mais mit son agacement de côté. Du coin de l'œil, elle vit Bouh faire des allers-retours comme un fou dans son jardin, ventre à terre.

-Je crois que Bouh a besoin de faire un tour, observa Rigsby.

-Je vais le sortir dans la rue, se résigna la brune en fermant la porte derrière elle.

-Vous voulez que je vous tienne compagnie ? suggéra son collègue avec l'air d'être un peu effrayé par sa propre question.

Elle le dévisagea un moment, surprise, puis acquiesça et lui fit signe vers le trottoir. Rigsby la suivit, légèrement blême, sûrement d'appréhension.

-Alors, hum, vous allez bien ? s'enquit Rigsby en regardant ses pieds.

Lisbon ne put s'empêcher de rire légèrement.

-Je ne vais pas te manger Rigsby, aucun de nous n'est en service, tu ne risques rien.

-C'est plutôt inhabituel, répondit-il en haussant les épaules, cherchant à paraître plus décontracté.

-Puisque le sujet a l'air de tous vous passionner au bureau : oui, j'ai mis fin à ma relation avec Jane, et en effet, ce n'est pas la décision la plus facile que j'aie eu à prendre. Quant à savoir si je vais bien, étant donné que tout ça ne date que de ce matin et que ledit Jane m'a fait une déclaration enflammée entre temps : non, ça ne va pas. Et toi, tu as passé une bonne journée ?

Rigsby se figea sur place, la dévisageant avec des yeux horrifiés. Lisbon ne put que rire un peu plus et s'arrêta pour attendre qu'il reprenne ses esprits. Bon d'accord, elle n'était pas du genre à partager sa vie privée avec ses subalternes, mais elle l'avait vraiment fait avec humour, ça ne pouvait pas être si choquant que ça, si ? Après tout, aussi étrange que ça paraisse à tous, elle avait une vie, et de l'humour. Et même si tout n'allait pas bien, si cette journée était interminable et plutôt triste, elle en avait marre d'être entravée par les apparences et ce que les autres attendaient d'elle. Elle avait un soudain besoin de changement, elle avait besoin de vivre, et pour la première fois de sa vie, elle s'en sentait capable. L'idée la rendait plus légère, plus libre.

Elle secoua la tête en voyant Rigsby toujours immobile, puis, encore rieuse, elle rappela Bouh à l'ordre avant qu'il ne s'éloigne trop. Le chien revint vers elle lui faire fête un moment avant de repartir trottiner devant eux. Rigsby sortit de sa léthargie et sembla se souvenir qu'il était capable de marcher.

-Boss, j'ai droit à une question ? s'enquit-il finalement alors qu'ils reprenaient leur ballade improvisée.

-Demande toujours.

-Si ça vous rend triste d'avoir laissé Jane, pourquoi vous l'avez fait ?

Elle savait pourquoi elle l'avait fait, mais elle n'avait aucune envie de partager ce genre de choses avec Rigsby, aussi gentil et respectable soit-il. Elle l'avait fait pour que Jane comprenne qu'elle avait besoin de plus, qu'elle ne se contenterait pas du temporaire et de la torture psychologique toute sa vie. Elle voulait être heureuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pas seulement quelques heures au milieu d'un océan de lamentations et de désespoirs inutiles. Elle voulait vivre avec lui, vivre, plutôt que survivre.

-Tu sais ce qu'on dit, les femmes ne savent pas ce qu'elles veulent, sourit-elle finalement.

-Dit comme ça… en convint son collègue, un léger sourire aux lèvres. C'était ma seule question, je vous jure que nous n'aborderons plus jamais ce genre de sujets personnels, promit-il alors.

-Tu m'en vois ravie.

Ils échangèrent un regard amusé, puis Rigsby lui demanda si elle avait vu le match de basket de la semaine précédente, aussitôt enflammée, la jeune femme renchérit avec humour, et plus aucun terrain glissant ne fut approché durant le reste de leur ballade.

Dans le fond, Rigsby avait bien plus de tact qu'il ne le laissait croire.


Keira posa sa bouteille de bière sur le muret du jardin de Kati Zeller avant de s'asseoir à côté. Jane l'imita, la bouteille en moins. Il attendit que Keira parle, comme il l'avait fait depuis le début de la soirée. Il la laissait vider son sac, pleurer ou rire quand elle en avait besoin, il savait que seule sa présence était véritablement requise. Sa conversation était accessoire et pas toujours utile. Keira Zeller faisait le deuil de l'homme qu'elle avait aimé, qu'elle aimait, et qu'elle aimerait sûrement toujours un peu, au fond. Elle commençait seulement à envisager ce que sa vie d'après serait, sans Jared, sans père pour l'enfant qui grandissait en elle, leur enfant. A chaque fois qu'elle essayait de trouver la solution miracle, ses yeux s'embuaient, ses lèvres tremblaient, et ses mains s'emmêlaient. Jane savait ce qu'elle ressentait, il connaissait par cœur la haine qui s'insinuait lentement en elle, remplaçant amèrement l'amour. Il reconnaissait les étapes, et Keira en était tout juste à celle du ressentiment. Elle en voulait à Jared de l'avoir abandonnée, elle se sentait seule, et elle avait l'impression de le haïr tant elle souffrait.

Avec le temps, l'amour reprendrait le dessus, les larmes avec, et alors elle serait prête à faire face à la douloureuse vérité que si Jared avait eu le choix, il serait resté.

-Je me lamente depuis trois heures et vous n'avez même pas soupiré, dit-elle finalement. Vous avez une armure en acier.

-Je ne connais que trop bien ce que vous vivez.

-Et vous êtes patient, ajouta-t-elle.

-Et je suis patient, confirma-t-il dans un sourire.

-L'agent Lisbon ne va pas vous attendre ?

Jane crispa sa mâchoire, le regard soudain impénétrable.

-Non, elle ne m'attendra plus, répondit-il finalement.

-Oh… Je suis désolée, marmotta Keira. Vous avez une idée pour la ramener à la raison ?

Jane ne put s'empêcher de rire légèrement et se tourna à nouveau vers son interlocutrice.

-C'est parce qu'elle pense retrouver sa raison qu'elle m'a repoussé, expliqua-t-il finalement.

-Elle a peur ?

-Vous vous êtes renseignée sur moi, vous savez ce qui attend ceux qui partagent ma vie.

-Vous parlez de votre prétendue malédiction ou de votre irrépressible et stupide soif de vengeance ?

-Je suppose qu'il y a des deux, répondit-il, amusé.

-Vous ne me paraissez pas être quelqu'un de difficile à aimer, je ne vois pas pourquoi vous empêchez les gens de le faire comme il faut. Vous êtes brillant, et vous avez tout pour être heureux, vous n'avez pas l'impression de laisser passer une chance ?

Jane haussa les épaules sans répondre, se contentant de fixer le gazon sous ses pieds.

-Je viens de perdre mon meilleur ami, le père de mon enfant, et mon mari, et Dieu sait à quel point j'en veux au monde entier… Et pourtant, je ne ressens aucun besoin de tuer celui ou celle qui lui a fait du mal. J'aime Jared, mais tuer son meurtrier ne changera rien à la situation, ça ne le ramènera pas, et ça ne réparera rien. Ça ne fera que m'apporter plus de malheur que je n'en ai déjà. Je veux que vous arrêtiez celui qui a fait ça, je le souhaite du plus profond de mon être, un homme capable d'une telle cruauté ne doit pas rester dehors, libre de recommencer. Mais au fond, qu'est-ce que ça change ? Rien. Arrêter ou tuer le responsable, ça ne sauve aucune âme.

-Vous avez quelqu'un pour qui vivre, souffla Jane en désignant son ventre légèrement arrondi. Vous avez Kati et Tony, ils vous aiment et vous soutiendront.

-Et vous, vous n'avez rien peut-être ? rétorqua Keira. Il y a quelque part à Sacramento une femme qui vous aime, qui s'est sacrifiée pour que vous le compreniez, et vous avez votre équipe du CBI. Cet agent Rigsby n'a pas l'air de vous détester, loin de là. Vous étiez seul lorsque vous avez pris la décision de vous venger, vous étiez seul, perdu, et dévasté par la perte. Mais aujourd'hui vous ne l'êtes plus, vous avez des gens à qui vous raccrocher, une vie qui s'offre à vous. Ce qui vous a si longtemps fait vivre ne sert plus à rien monsieur Jane, vous avez d'autres raisons de vivre, bien plus belles, ne les gâchez pas.

-John LeRouge doit mourir, répondit simplement Jane.

-Qui vous dit qu'il ne mourra pas le jour où vous l'arrêterez ? Il peut tenter de s'enfuir, ou de riposter, et ça peut tourner mal, vous ne savez pas dans quelles circonstances vous le rencontrerez, nous ne savons jamais ce que l'avenir nous réserve.

-On ne vous a pas dit que j'étais medium ?

Keira soupira en souriant.

-Vous avez réponse à tout, n'est-ce pas ?

-Toujours, lui confia-t-il avec malice.

-J'ai l'impression de parler à Tony, déplora-t-elle. On peut lui dire ce qu'on veut, ça ne le touche pas, il n'écoute même pas.

-D'après ce que je sais, le problème des autistes ce n'est pas qu'ils sont insensibles, lui fit remarquer Jane.

-Oui je sais, ils sont hypersensibles à tout, c'est ce qui rend le monde si effrayant pour eux. Jared m'a fait le cours le jour où j'ai rencontré Tony. Toujours est-il que si vous continuez à camper sur vos positions, vous allez tout perdre monsieur Jane. Et s'il y a quelques années vous n'aviez rien à perdre, je crois qu'aujourd'hui, ça n'est plus le cas.

-Vous avez décidé de me faire changer d'avis, hein ? s'amusa-t-il en observant le ciel étoilé au-dessus de leurs têtes.

-Si vous étiez moitié moins sympathique, je n'aurais pas prononcé une seule de mes tirades, plaisanta-t-elle en retour. Vous ne pouvez pas m'en vouloir de tenter de sauver ceux qui peuvent encore l'être.

Il perdit son sourire et tourna son regard vers elle. Ses yeux s'étaient embués de nouveau, elle faisait tourner son alliance autour de son doigt, et il y vit un geste familier, un geste qui l'avait hanté telle une manie. Il arrêta sa main agitée de la sienne avec douceur puis se leva du muret pour l'entraîner avec lui vers la maison de Kati. Ils entrèrent silencieusement pour ne réveiller personne, puis se glissèrent vers la cage d'escaliers.

-Bonne nuit Keira, chuchota Jane en la poussant doucement vers les premières marches.

Elle se tourna et se mit sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue.

-Prenez soin de votre vie, monsieur Jane.

Il acquiesça en lui offrant un dernier sourire, puis, assuré qu'elle était arrivée à l'étage, il se dirigea vers la sortie. Il laissa un mot à Kati pour la prévenir qu'il lui empruntait le double des clefs pour pouvoir fermer, il ramènerait le double dans la journée du lendemain.

Enfin, vers une heure du matin, il rejoignit le CBI et monta au grenier. Il ignora son lit de fortune et se dirigea vers la vieille armoire dont il avait la clef. Il en sortit un carton de photos pêle-mêle et passa sa nuit à les passer en revue, comme si l'une d'entre elles allaient lui souffler la réponse dont il avait besoin.

Il y a toujours un avant dans ce genre d'histoire, un avant heureux qu'on ne réalisait pas mais qu'on comprend lorsqu'il devient souvenir. Un avant tellement plus heureux que cet après qui fait peur, un avant qu'on aimerait retrouver parce qu'on se jure que cette fois on ne gâchera pas. Et puis on avance malgré tout, mais on avance à reculons, pour regarder toujours avant et jamais après.

Et on oublie de vivre.


Alors alors ? Avis ? Enfin, pour les survivants, s'il y en a ? =D

[Le dernier paragraphe est issu de l'histoire de Keira que j'ai écrite il y a environ trois ans, allez savoir pourquoi j'ai senti le besoin de l'insérer ici. ^^']

Le prochain chapitre devrait arriver vendredi soir, d'ici là, voici un extrait:

"-Joyeux comme Jane est aujourd'hui, je vais forcément perdre le pari, sourit Rigsby.

-Je me méfie de Lisbon, elle avait l'ait bizarre, répondit Cho.

-Ne parle pas de malheur, marmotta son coéquipier. Si je gagne le pari, ça va finir en troisième guerre mondiale entre ces deux-là.

-On n'a plus qu'à s'arranger pour que tu perdes alors."