Coucou !
Voici le chapitre 10 ! J'espère qu'il vous plaira ! J'ai eu énormément de mal à l'écrire, une vraie galère lol
Musique : Marilyn Manson - User Friendly
Bonne lecture mes petits rôdeurs !
Chapitre 10 – Mémoires d'une ballerine
La nuit était tombée. Dans le ciel d'encre constellé d'étoiles, la lune, pleine et parfaite dans sa rondeur argentée, diffusait ses reflets délicats sur les murs d'Alexandria. Après avoir marché de longues heures dans la fraîcheur de ce début d'hiver apocalyptique, retrouver le lotissement sécurisé ne me réchauffa pas le moins du monde. J'étais heureuse à l'idée de revoir mes amis, certes. Mais cependant, la parenthèse de notre escapade en amoureux, se refermait. Inéluctablement. Et la réalité de notre vie au sein de cette communauté avant notre départ précipité me revint en pleine figure. En songeant à la présence d'Aiden derrière cette clôture fièrement dressée devant nous, un soupir s'échappa de mes lèvres gercées. Je n'avais aucune envie de rentrer. Ni d'affronter l'inévitable. Après cette soirée désastreuse, Daryl et moi nous étions sauvés comme des voleurs, prévenant uniquement Rick, avec pour prétexte indiscutable, la nécessité de trouver des survivants, de la nourriture ou toute autre ressource utile. Toutefois, à part avoir ramené Morgan, force était de constater que nous avions fait chou blanc. Sur tous les plans. Niveau crédibilité, nous pouvions repasser.
Pendant le trajet du retour, la version afro américaine de Gandhi nous avait brièvement raconté son parcours, s'attardant notamment sur sa rencontre spirituelle improbable avec un fromager disparu, éleveur d'une unique chèvre, décédée également. Paix à leurs âmes. Il avait quitté la Géorgie quelques semaines plus tôt pour se rendre à Washington, dans l'espoir de trouver un quelconque refuge dans la capitale. Douce utopie.
Je ne savais pas trop quoi penser de lui. Contre les rôdeurs, cet homme était un combattant hors pair. Néanmoins, lorsqu'il avait commencé à énoncer sa doctrine selon laquelle chaque vie était précieuse, l'humeur guillerette que j'avais trimballé ces derniers jours s'était quelque peu fanée pour se muer en un sentiment blasé perpétuel. Si le groupe de Joe, les gens du Terminus, le Gouverneur ou J.C avait eu une quelconque valeur avant l'apocalypse, il fallait tout de même admettre que l'épidémie leur avait fortement ramolli les neurones. En ce qui me concernait, même si je n'étais pas une grande adoratrice des mises à mort, j'avais compris au gré de mes expériences plus ou moins déplaisantes, que dans certains cas...le meurtre était nécessaire. Cela me révulsait toujours autant. Mais j'avais évolué. Je m'étais adaptée. Comme nous tous. Et sur un point, j'étais plutôt d'accord avec le boucher de Woodbury. Dans le monde tel qu'il était devenu, tuer ou être tué était une doctrine bien plus réaliste que celle de Morgan.
Daryl s'approcha du double portail, avec la crispation qui lui était propre aux abords de ces lieux dans lesquels ni lui, ni moi ne trouvions de place à proprement parler. Home sweet home, pensai-je avec un soupir désabusé. Ouais. Notre petite lune de miel improvisée était bel et bien terminée. Nostalgique de ces quelques jours passés sur la route, je jetai un œil aux alentours, scrutant le clocher vide avec un froncement de sourcils.
- Personne ne monte la garde, constatai-je à voix basse.
- Et l'portail est ouvert, ajouta l'archer.
Légèrement nauséeuse, je m'approchai de l'entrée, réalisant qu'en effet, la grille était mal fermée. Merde. N'importe qui pouvait rentrer ! Qu'est-ce-qui s'était passé pendant notre absence ? Intriguée, je me tournai vers le chasseur, à la recherche d'une réponse dans ses prunelles tourmentées. Mordillant sa lèvre inférieure, il observa Morgan resté quelques mètres derrière nous, avant de reporter son attention sur moi. Inquiets, nous nous fixâmes silencieusement lorsqu'un coup de feu retentit depuis l'enceinte, nous arrachant de force à notre conciliabule silencieux.
- On y va, grogna Daryl en dégainant son arbalète.
Morgan sur les talons, nous nous engouffrâmes à l'intérieur, guidés par les éclats de voix en provenance de la demeure des Monroe. Les battements de mon cœur pulsaient dans ma poitrine, libérant un flot d'adrénaline qui se déversa violemment dans mes veines. La gorge nouée par l'appréhension, je ne pus m'empêcher de penser à ces types auxquels nous avions échappé de peu dans les bois. Se pouvaient-il qu'ils soient arrivés jusqu'ici ?! Affolée mais tentant malgré tout de garder un minimum de self control, je pressai le pas, restant aussi près que possible du spécimen masculin fort séduisant qui avançait en silence devant moi. La main crispée autour du manche de ma hachette, j'inspirai profondément, refusant de me laisser envahir par la panique. Enfin, après quelques secondes de marche dans les rues désertes, nous déboulâmes sur la propriété démesurément grande de mon ex belle-famille.
- Ça vient de derrière, murmura l'archer.
Les sens en alerte, nous fîmes le tour de la maison sans un bruit. La première chose que je vis en arrivant dans le jardin, fut Deanna, recroquevillée sur le corps sans vie de Reg. Les yeux écarquillés, je contemplai la marre de sang qui s'échappait de sa gorge tranchée tandis que la vieille Monroe, sanglotait. Aiden et Spencer aidèrent leur mère à se relever, incapables de prononcer le moindre mot face à se spectacle d'un grotesque affligeant. Mon barrage lacrymal se fissura, laissant échapper quelques larmes sur mes joues blafardes, à la vue du cadavre de cet homme qui s'était toujours montré bon, honnête et droit. Horrifiée, je déglutis difficilement pour découvrir le shérif, immobile, au milieu de nos compagnons silencieux. Jessie serrait le petit Sam dans ses bras, pendant que Maggie, Glenn et le reste de ma famille contemplaient la scène macabre, effarés.
Douché à l'hémoglobine, Rick avait le visage couvert d'hématomes et de coupures. L'index toujours fermement appuyé sur la détente de son python, il fixait d'un œil morne la dépouille de Pete. Le crâne en partie explosé, la cervelle du chirurgien avait giclé un peu partout, tapissant le sol de résidus de matière grise.
- Rick ? s'enquit Morgan.
Notre leader posa son regard sur Gandhi avant de cligner plusieurs fois des paupières, comme s'il avait vu un fantôme. Fronçant les sourcils, je me remémorai vaguement le discours du shérif le soir de son arrivée au campement d'Atlanta des siècles plus tôt. J'avais été tellement obnubilée de savoir Daryl dans la nature, que j'avais écouté son récit d'une oreille distraite, sans réellement y prêter attention. Toutefois, les quelques bribes que j'avais enregistré, mentionnaient son sauvetage par un bon samaritain après son réveil quelque peu déstabilisant à l'hôpital. Et l'apocalypse étant pleine de surprises pour le moins...surprenantes, je réalisai que l'homme en question n'était autre que Morgan.
Affalée sur le parquet du studio de danse en compagnie de Nick et Michonne, je les écoutais m'expliquer tout ce qui s'était passé en notre absence. Et force était de constater que, bien à l'abri dans notre bulle de bonheur, Daryl et moi avions loupé plus d'un épisode, notamment une baston mémorable entre le shérif et le mari de Jessie...ce qui expliquait la tronche en partie ravagée de l'ancien flic.
- Ils sont passés par la fenêtre ? Comme dans les films ? Et Rick a vraiment menacé tout le monde avec son flingue ? m'écriai-je, abasourdie. Pourquoi je ne suis jamais là quand il se passe des trucs intéressants, marmonnai-je pour moi-même.
- Il avait complètement pété les plombs, soupira l'afro américaine. Si je ne l'avais pas assommé, le verdict aurait été sans appel. Deanna l'aurait mis dehors.
Perdu dans la contemplation des spots au dessus de nous, Blue soupira mollement avant de braquer ses yeux déroutants sur moi. Un sourire pensif s'étira sur ses lèvres, lorsqu'il pencha la tête sur le côté tout en me scrutant.
- Il était temps que quelqu'un fasse tomber ce trou du cul de chirurgien de son piédestal. Après ce qui s'est passé ce soir, je suis prêt à parier que la vieille Monroe va même décorer Rick pour service rendu à la communauté, déclara-t-il avec cynisme.
- Je n'arrive pas à croire que Pete ait tué Reg, murmurai-je encore sous le choc.
- C'était un accident, répliqua Michonne avec un nouveau soupir.
- Il voulait tuer Rick. En ce qui me concerne, ça n'a rien d'un accident, asséna le musicien, désabusé.
- Accident ou pas, le seul membre de la famille Monroe qui se soit toujours montré charmant avec moi, est mort.
Nick s'esclaffa tristement tout en s'allongeant sur le sol, bras croisés sur son ventre. Il s'égara un instant dans ses pensées, le regard fixé sur un point que lui seul semblait voir.
- Ouais. C'était un type bien, dit-il finalement.
- Et votre périple ? Ça a donné quoi ? demanda la samouraï pour changer de sujet.
Je m'empourprai aussitôt, culpabilisant légèrement de les avoir lâchement abandonné pour profiter de quelques jours de solitude en compagnie de l'archer.
- On a failli visiter un super parc d'attractions, gloussai-je, mais allez savoir pourquoi, le monde fascinant de Pomme Land n'emballait pas Daryl. Et...On a croisé des types bizarres dans les bois, ajoutai-je avec crispation, en repensant à l'homme à la moustache.
- Des types bizarres ? répéta-t-elle.
- Ouais, ils étaient trois dont un qui n'avait pas l'air franchement ravi d'être avec eux. Ils ont vaguement mentionné leur chef...Negan, je crois.
- Negan ? sourcilla Green en se redressant brutalement.
J'acquiesçai silencieusement, réprimant le frisson désagréable qui me parcourut l'échine à l'évocation de ce prénom. Bordel de merde. On ne savait rien de ce type, et pourtant. J'avais l'impression de me retrouver dans l'univers d'Harry Potter, terrifiée par un simple nom.
- Ils vous ont vu ? reprit mon ami dont les yeux trahissaient une inquiétude qu'il ne parvenait pas à dissimuler.
Je le dévisageai, les sourcils froncés, intriguée par son trouble avant de secouer la tête en signe de négation. A n'en pas douter, il les connaissait...et sa réaction ne m'inspirait en aucune façon la joie et l'allégresse. Michonne étouffa un bâillement puis se mit debout avec la grâce féline qui lui était propre, interrompant du même coup mon questionnement intérieur.
- Je vais aller voir où en sont Rick et Daryl avec le nouveau venu, déclara-t-elle, visiblement peu consciente des tourments de Green. On se voit plus tard Lo ?
- Je vais pas tarder à rentrer, bâillai-je. Je suis épuisée.
- C'est à se demander si vous avez dormi pendant votre escapade, me taquina-t-elle.
- On s'est surtout tapé tout le retour à pieds, grimaçai-je en étirant mes jambes endolories devant moi.
La samouraï s'éclipsa, me laissant seule avec Nick qui, plongé dans le mutisme, détaillait avec une passion dévorante les fils de son jean déchiré. Je m'approchai de lui en silence et posai une main sur son épaule tatouée, lui arrachant un sursaut de surprise.
- Ce type...Negan...tu le connais ? m'enquis-je à voix basse.
Il se tourna vers moi, plongeant ses étonnantes prunelles dans les miennes, le regard chargé de mélancolie. Encore un qui n'a pas besoin de parler pour s'exprimer, songeai-je, déroutée.
- Tu es sûre qu'ils ne vous ont pas vu Lanalo ?
- On a pu se cacher, répondis-je. Qu'est-ce-qu'ils t'ont fait ?
- Tu devrais y aller, éluda-t-il brusquement en se levant avant de quitter la pièce précipitamment.
La bouche entrouverte, je regardai la porte de communication qu'il venait de refermer avec incrédulité. Merde. J'hésitai une seconde à le rejoindre, m'interrogeant vaguement sur l'art et la manière de lui tirer les vers du nez lorsque Daryl arriva.
- Qu'est-ce-que tu fous ? marmonna-t-il alors que j'étais toujours affalée sur le parquet.
- Je...j'en sais rien, répliquai-je en le rejoignant. Tu as croisé Michonne ?
- Ouais, c'est elle qui m'a dit que t'étais là, grogna-t-il en m'embrassant sur le front.
Nous sortîmes du studio de danse, bras dessus dessous avant de nous enfoncer dans les rues désertes de cette nuit sanglante. Je jetai un dernier regard en arrière, l'esprit emplit d'une multitude de questions auxquelles les réponses ne se montreraient peut-être jamais. A en voir la détresse qu'avait affiché Nick, il connaissait ces hommes. Et quelque chose me signifiait qu'il les connaissait même très bien. Un soupir de frustration s'échappa de mes lèvres tandis que nous remontions l'allée principale en direction de la maison 101. Un silence assourdissant avait pris possession des lieux, un peu comme si les événements de cette soirée morbide avaient définitivement banni l'insouciance hors des murs fortifiés d'Alexandria.
- Ça s'est passé comment avec Morgan ? finis-je par demander.
L'archer mordilla un instant sa lèvre inférieure et attrapa son paquet de cigarettes dans la poche arrière de son jean.
- Rick et lui se sont connus au tout début, dit-il en inspirant une bouffée de tabac.
J'observai la fumée se dissiper en vagues nébuleuses dans le ciel d'encre, flattant silencieusement ma mémoire qui fonctionnait plutôt pas mal, compte tenu de la multitude d'informations qu'elle avait dû enregistrer depuis l'arrivée en fanfare de l'épidémie. Je devrais peut-être songer à écrire mes mémoires, pensai-je avec un froncement de sourcils, Les trépidantes aventures de Lola au pays des cadavres...ça vendait du rêve.
- Il veut l'garder enfermé quelques jours. Par sécurité.
- Pourquoi ? m'étonnai-je.
- A la prison, quand Rick, Carl et Michonne sont rev'nus avec tout l'arsenal pour faire sa fête au Gouverneur, ils sont tombés sur lui. Apparemment c'était une putain de machine à tuer.
- Gandhi ? m'exclamai-je, ahurie. Monsieur chaque vie est précieuse ?!
Il acquiesça d'un signe de tête en portant son shoot de nicotine à ses lèvres et s'immobilisa devant notre foyer. Avec un soupir, il contempla l'habitation en silence, son bras toujours passé autour de mes épaules.
- On d'vrait faire ça plus souvent.
- Quoi donc ? m'enquis-je en réprimant un bâillement.
- Tu sais...partir en vadrouille. Juste toi et moi.
Je levai mes prunelles pour croiser les siennes, un sourire s'étirant malgré moi sur mon visage tandis que je me serrais un peu plus contre lui. Une bulle de guimauve s'installa paisiblement, réchauffant de sa tendresse nos carcasses épuisées par cette journée pour le moins mouvementée. Pour la première fois depuis notre arrivée à Alexandria, et aussi étrange que ça pouvait l'être si l'on considérait les deux tombes qu'Abraham était en train de creuser près de l'église, je me sentais bien. A ma place. Auprès de cet homme abîmé par la vie qui s'ouvrait chaque jour un peu plus.
- Tu es sûre que ça ne te dérange pas Lola ? me demanda Glenn pour la troisième fois pendant que je glissais ma hachette dans la ceinture de mon jean.
- Mais oui ! Va t'occuper de Maggie, je te remplace, répliquai-je avec un sourire. Et puis, ça va me faire du bien de retrouver un peu d'action.
- T'es rentrée qu'hier soir, tu es sûre que tu ne veux pas en profiter pour te reposer ?
Je fixai le coréen, les sourcils relevés, amusée par sa culpabilité de me laisser prendre sa place pour l'opération ravitaillement du jour.
- En plus avec ce qui s'est passé hier, je suis sûr qu'Aiden va encore jouer au con avec toi.
- J'en ai rien à foutre d'Aiden. Ta femme est malade, il est hors de question que tu ailles crapahuter dehors alors qu'elle a besoin de toi, déclarai-je en m'éloignant.
- T'es sûre ? lança-t-il une dernière fois dans mon dos.
- Oui ! m'esclaffai-je.
Je dévalai l'artère principale d'un bon pas, la main crispée sur le manche de mon arme de prédilection, appréciant la timide luminosité de ce début de matinée. Les yeux rivés sur le ciel aux teintes froides, je détaillai les quelques nuages éparses, faiblement bousculés dans leur tranquillité par une légère brise. Depuis les événements de la veille, l'effervescence qui régnait d'ordinaire en maître au sein d'Alexandria avait cédé sa place à une ambiance lourde, proche de la paranoïa. Je m'attendais presque à découvrir les habitants retranchés dans leurs demeures, épiant d'un œil expert ce qui se passait à l'extérieur, bien a l'abri derrière leurs fenêtres calfeutrées par des rideaux ringards. Resserrant les pans de ma veste en jean, je poursuivis ma route, l'esprit pas franchement léger. Quelque chose avait changé avec les morts de Reg et Pete. L'insouciance s'était dissipée, à l'image de la fumée des cigarettes de l'archer. La réalité, écrasante dans sa noirceur, s'était imposée aux gens de cette communauté avec la violence qui lui était propre. Ils avaient enfin découvert la nature humaine. La véritable nature humaine.
Un peu plus bas dans la rue, mon regard se posa sur Rick et Daryl, en pleine discussion devant la maison dans laquelle le shérif avait enfermé Morgan. Occupé à bricoler sur sa moto, l'archer leva les yeux sur moi, avant de s'essuyer ses mains pleines de cambouis avec son chiffon rouge.
- Tu vas quelque part ? marmonna-t-il en se redressant.
- Au centre commercial avec l'équipe de ravitaillement. Eugene doit récupérer un machin pour faire je sais pas trop quoi. J'ai pas franchement écouté, pouffai-je.
- Tu as l'air en forme Lola, sourit le leader.
- Et toi ? Comment tu te sens ? m'enquis-je en désignant les nombreux pansements qu'arborait son visage.
- C'est pas grand chose. Je t'attends à l'entrée, ajouta-t-il à l'attention du chasseur.
Je le regardai s'éloigner de sa démarche à la John Wayne tandis que Daryl m'embrassait sur la tempe.
- Vous allez où Rick et toi ?
- Ils veulent enterrer ce fils de pute à l'extérieur.
- Oh, me crispai-je sensiblement.
Pete n'avait eu que ce qu'il méritait. C'était une évidence. Toutefois, établir sa sépulture hors des murs d'Alexandria me nouait désagréablement les entrailles. Dans mon esprit dérangé, je visualisais déjà une fosse commune, dans laquelle s'entasseraient les corps sans vie du Gouverneur, du chirurgien...de J.C. Je ne pus m'empêcher d'avoir une pensée pour Sam et Ron. Malgré ses accès de violence, cet homme restait leur père. Souffraient-ils de sa perte ? Je songeai un instant à mon propre paternel, l'imaginant rejoindre mes tortionnaires. Non. Personne ne pouvait souffrir de la mort d'un type pareil.
- T'as bien dormi ? s'inquiéta-t-il.
- Toujours, quand vous êtes dans les parages Monsieur Dixon, murmurai-je en passant mes bras autour de son cou.
Il mordilla nerveusement sa lèvre inférieure, me dévisageant en silence tandis que Tara passait devant nous en compagnie de Bob.
- On t'attend au van Lola ! lança-t-elle joyeusement.
- Pourquoi tu vas avec eux ? grogna-t-il.
- Maggie est malade, j'ai proposé à Glenn de le remplacer pour qu'il puisse veiller sur elle.
- J'préfèrerais que tu restes ici, marmonna-t-il avec une nervosité non dissimulée. J'suis pas rassuré de t'savoir dehors avec cet enculé d'Aiden.
- Bob et Tara seront là, souris-je, je ne risque pas grand chose. Et puis, c'est pas toi qui insinuait y a deux jours que je devenais badass ?
- Tu d'vrais au moins prendre un glock.
- Je suis pas à l'aise avec les armes à feu, me crispai-je tandis qu'il m'entraînait de force vers l'armurerie.
L'archer passa devant Olivia sans un regard, me tirant derrière lui comme une gamine de cinq ans qui venait de faire une connerie.
- Vous prenez quoi ? s'enquit la jeune femme en nous emboîtant le pas. Il faut que je le reporte pour que l'inventaire soit à jour !
Daryl l'ignora royalement, attachant déjà un holster autour de ma taille dans lequel il glissa le semi automatique sans me laisser le temps de répliquer.
- Un glock 19, chuchotai-je à l'attention de la compagne de Barry.
Celle-ci s'éloigna en secouant la tête, visiblement agacée du peu de considération dont avait fait preuve le chasseur à son égard. Je me pinçai les lèvres pour ne pas éclater de rire lorsqu'il me fourra deux boîtes de munition dans les mains.
- La nemesis des boîtes de conserve va renaître de ses cendres, remarquai-je.
- Si ça tourne mal, tu t'barres. J'déconne pas Lola.
- Je serai prudente, tentai-je de le rassurer...sans grand succès.
Peu convaincu par mon optimisme débordant, il me dévisagea, tout en rongeant l'ongle de son pouce avant de ressortir de l'armurerie sans un mot. Je m'élançai à sa suite, remontant le holster qui glissait sur mes hanches pour le retrouver à l'extérieur, une cigarette se consumant lentement entre ses doigts.
- J't'accompagne au portail, grommela-t-il.
A l'arrière du van conduit par Nicholas, la musique techno d'Aiden hurlait, me vrillant les tympans de manière fort désagréable. Blasée, je m'acharnai sur les fils de mon jean depuis de longues minutes, lorsqu'enfin, le véhicule s'arrêta, interrompant du même coup mon calvaire musical.
- Hallelujah, souffla Tara en levant les yeux au ciel.
- Ce type a toujours eu des goûts de chiotte, marmonnai-je tandis que Bob ouvrait la porte arrière.
- Les goûts musicaux ne sont qu'une histoire de perspective plus ou moins objective qui dépend d'une combinaison de facteurs de l'ordre de l'affectif. Cependant, j'admets volontiers que son style musical laisse à désirer, moi non plus je ne suis pas un adepte de la musique électronique. J'ai une préférence pour les sons des années 80. Eux, ils savaient y faire, déclara Eugene d'un ton monocorde.
- Ouais...enfin, encore faut-il oublier les coupes de cheveux, les fringues fluos et le pire de tout...les épaulettes, sourcillai-je, déclenchant l'hilarité de Tara et Bob.
- Les années 80 ont marqué un tournant dans beaucoup de domaines. Y compris l'industrie vidéoludique. Le vintage a peut-être été dépassé au début des années 2000 du fait de son visuel somme toute assez basique. Ceci ne dit-on pas que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs soupes ?
Ahurie par cette expression pour le moins...vintage, je le regardai en clignant des yeux, ne comprenant pas franchement où il voulait en venir. A en juger par son air hagard, lui-même ne le savait pas. Bon. Si lui aussi se perdait dans les monologues, je considérais comme peine perdue l'idée de tenter de le comprendre un jour.
Mes amis devant moi, je sautai du fourgon avant d'étirer mes bras au dessus de ma tête, accueillant avec un plaisir non dissimulé les rayons du soleil de cette fin de matinée hivernale. Fusil d'assaut sur l'épaule, son éternel sourire supérieur collé aux lèvres, le fils Monroe approcha en compagnie de son acolyte à bouclettes. Le visage encore tuméfié par sa récente altercation avec Daryl, le pseudo instructeur de l'armée nous détailla avec dédain, visiblement ravi de nous avoir infligé sa stupide musique. A croire que la mort de son père n'avait entaché en rien sa connerie naturelle.
- On y va, ordonna-t-il.
- On devrait peut-être faire le tour du bâtiment avant, constata Bob, peu enclin à suivre ses ordres.
- Pourquoi on ferait ça ? répliqua Nicholas.
- Il faut assurer nos arrières au cas où les choses tournent mal à l'intérieur. Un plan B, ça te dit quelque chose Einstein ? cinglai-je avec mauvaise humeur face à tant d'amateurisme.
- Pas besoin de plan B, éluda Aiden avec un sourire moqueur. On rentre, votre pote prend ce qu'il faut et on se barre. Vous vous en sentez capables ou c'est trop compliqué pour vous ?
Immobiles, Tara, Bob et moi restâmes un instant en retrait pendant que le fils Monroe, Bouclettes et Eugene se mettaient en route.
- Dites-moi que je rêve, soupira la jeune femme brune en secouant la tête.
- On n'a pas toute la journée, alors, bougez-vous ! lança mon ex par dessus son épaule. Oh, et Lola, essaie de ne pas faire de vagues cette fois.
- Tu devrais peut-être songer à apprendre à nager si t'as peur de te noyer, rétorquai-je avec arrogance.
Ignorant ma remarque à mi chemin entre le foutage de gueule et l'irrespect, mon ex explosa la serrure d'une porte métallique à coups de pieds...sans succès. Il répéta l'opération à plusieurs reprises, bientôt imité par Nicholas. Question discrétion, ils pouvaient repasser.
- Ils vont rameuter tous les rôdeurs du coin avec le bordel qu'ils sont en train de faire, soupirai-je.
- On devrait peut-être aller leur filer un coup de main, suggéra Bob.
- Pourquoi faire ? répliquai-je, les mains posées sur les hanches.
- J'avoue que c'est assez amusant de les voir frapper cette pauvre porte, ajouta Tara.
Après quelques minutes supplémentaires d'acharnement un poil bruyant, le vacarme cessa. Avec un sourire empreint d'une fierté tout à fait assumée, Aiden se tourna vers nous, nous indiquant de les suivre.
- Et faites-vous discrets, ordonna-t-il, je ne tiens pas à ce que les cadavres nous repèrent.
Eberluée par sa connerie monumentale, je me tournai vers mes amis avant de me laisser gagner par une hilarité mêlée d'exaspération. A n'en pas douter, cette expédition promettait de mettre nos nerfs à rude épreuve.
A suivre...
A bientôt pour la suite !
