Voici un nouveau chapitre de cette fic où il y a du rapprochement dans l'air, les amis !

Ayant eu une semaine de vacances, j'ai quelques chapitres d'avance traduits ! La suite devrait arriver bientôt ! )

.


CHAPITRE 11 :


.

.

POV Adelina :

.

.

« Adelina, viens, on bouge ! », me héla Roe par-dessus son épaule.

J'acquiesçai et passai ma trousse de secours en bandoulière. Ensemble, nous quittâmes l'hôpital de campagne, prenant la direction du point de rassemblement de la Easy Compagnie. Doc Roe rejoignit le deuxième peloton alors qu'apercevant le lieutenant Welsh, je me dirigeai vers lui. Ses yeux s'élargirent d'étonnement lorsqu'il me vit et un large sourire se dessina sur son visage.

« Eh bien, ne serait-ce pas là notre petite infirmière de la Easy compagnie ? », lança-t-il alors que je m'approchais.

Je souris.

« Ca se pourrait bien, Harry. », plaisantai-je en l'étreignant.

Sa main disparut sous sa veste. Il en ressortit un pistolet.

« Dick veut que vous portiez ceci sur vous. Juste au cas où, vous savez. », dit Harry en me tendant l'arme.

Je frissonnai légèrement quand mes doigts se refermèrent sur le métal froid. Je l'accrochai à la ceinture de mon pantalon, réprimant mon envie de le balancer par terre.

« Merci, Harry. »

Il hocha la tête et cria quelques ordres à ces hommes. Je les détaillai, blêmissant légèrement en songeant qu'ils retourneraient très bientôt au combat. Au cours de cette dernière semaine, ils avaient eu leur part de combat, n'en voyant jamais la fin. J'espérai de tout cœur qu'ils seraient tous assez forts pour affronter les prochaines confrontations. J'entendis une voix appelant mon prénom, couvrant le vacarme ambiant.

« Adelina ? »

C'était le lieutenant Winters. Je me tournai vers sa voix et bondis dans sa direction.

« Bonjour, Dick. », lançai-je.

Ma voix trahissait mon épuisement et je regrettai aussitôt de ne pouvoir le cacher. Une lueur d'inquiétude s'alluma dans ses yeux mais il laissa ses reproches de côtés. Je lui en fus reconnaissante.

« Bonjour, Adelina, », me salua-t-il son tour, avant de revenir immédiatement aux faits.

« Nous partons bientôt. Harry sera à l'avant avec le premier peloton. Buck le suivra avec le deuxième et je fermerai la marche avec le troisième. Je vous veux à l'arrière avec moi. Si nous sommes attaqués, ce sera très probablement sur l'avant. »

J'hochai la tête sérieusement.

« Très bien. »

« Harry vous a donné le pistolet ? »

« Oui ! Par l'enfer, Dick ! Vous ne devez pas vous inquiéter autant pour moi ! »

Winters rougit et baissa les yeux. Nos rapports étaient en train de devenir un peu plus compliqués que je ne l'aurais voulu.

« Je suis désolée, Dick. Je n'aurais pas dû… Je sais je n'ai pas à m'excuser pour çà, mais la fatigue me fait dire n'importe quoi… »

Il étreignit doucement ma main.

« Ce n'est rien. Je comprends. »

Ses yeux bleus glaciaux semblèrent me transpercer et je sentis des larmes rouler sur mes joues. Avant que j'aie esquissé un geste, Dick les essuya du bout des pouces. Je ris doucement et mon regard glissa dans le sien.

« Adelina, tout va bien ? »

Le besoin d'être honnête et de tout lui avouer me tarauda et je me dandinai d'une jambe sur l'autre.

« Je ne sais pas, Dick. »

Il hocha la tête et sa main quitta mon visage.

« C'est dur. Vous faîtes tout ce que vous pouvez. »

Je reniflai soudainement et enfouis mon visage dans mes mains. Me reprenant rapidement, je levai les yeux vers Dick. Il semblait confus.

« C'est dur ? Franchement, Dick, vous devriez essayer une autre rengaine. »

« Pardon ? »

« Vous dites çà à tout le monde. »

Dick grimaça puis haussa les épaules. Un coup d'œil derrière lui m'indiqua que les hommes nous jetaient à présent des regards curieux. Je les désignai discrètement du menton et Dick suivit mon regard.

« Nous devrions probablement y aller », murmurai-je. Dick acquiesça et fit signe à Harry Welsh.

« En avant, premier peloton ! », hurla Welsh.

La Easy Compagnie se mit aussitôt en route. A nouveau, j'espérai que nous traverserions la campagne sans incidents. Mais la plupart de mes prières n'étaient pas entendues.

.

.

.

.

Le bruit des tirs résonnait à mes oreilles, lançant de longs frissons le long de ma colonne vertébrale. Devant nous, je pouvais entendre Harry Welsh nous hurler quelque chose. Je me tournai vers Dick qui montra les haies un peu plus loin. J'acquiesçai et observai les hommes se précipiter pour localiser la position des allemands.

Mon cœur tambourinait à mes tempes, et l'adrénaline courrait dans mes veines. J'étais prête à aller me mettre à l'abri lorsque j'entendis un cri de douleur derrière moi. Je me retournai et observai les alentours. Le choix ne s'imposa même pas à mon esprit. Je fis immédiatement demi-tour et entendis les hommes crier mon nom. Les balles sifflèrent près de ma tête et échouèrent tout près de mes pieds. Je me laissai glisser sur la terre mouillée et saisis sa main. Sa peau était glaciale, mais j'étais déterminée à ne pas le laisser seul. Son visage se tourna vers moi.

« Je vais te sortir de là, ne t'inquiète pas ! »

D'une force insoupçonnée, je soulevai son bras et le passai par-dessus mon épaule avant de courir vers les haies. Les autres types me regardaient fixement. Je l'installai de sorte qu'il puisse s'appuyer contre le mur derrière lui. Je l'observai de plus près et trouvai rapidement la source de sa douleur. Le sang avait imbibé son uniforme. J'haletai légèrement comme la taille de la tâche de sang augmentait à vue d'œil. Par-dessus les tirs assourdissants des mitrailleuses, je pouvais entendre ses cris perçants de douleur. Je fouillai ma trousse de secours à la recherche d'une dose de morphine que je plantai dans son épaule. Son corps se détendit et son expression changea. Je m'autorisai un petit sourire de satisfaction avant de reporter mon attention sur son bras. Je tirai sur sa manche, priant pour qu'il ne soit pas trop tard. Je déchirai son uniforme. C'était plus moche que ce que j'avais imaginé. La balle avait probablement traversé l'artère. Même avec le garrot, il perdait son sang beaucoup trop rapidement.

« Putain de merde ! » marmonnai-je.

Ne sachant pas quoi faire, je commençai par essuyer le sang sur son bras, tachant mon uniforme sans m'en soucier. Je versai un sachet de sulfa sur la plaie et confectionnai un bandage. Je le serrai aussi fort que possible et me penchai vers mon patient. Les yeux clos, sa respiration était peu profonde, mais il respirait. Je vérifiai son pouls. Sa fréquence cardiaque était régulière, c'était bon signe.

Je m'adossai au mur derrière nous. Nous étions tout deux en vie. Que demander de plus ?

.

.

.

.

Le soleil plongeait doucement à l'horizon lorsque les tirs d'artillerie se calmèrent. Tous les types s'appuyèrent contre le mur derrière les haies.

« Je vous félicite, messieurs ! », hurla George Luz dans une imitation parfaite du Général Taylor.

Je ris avec le reste des hommes qui m'entouraient. J'attendis que quelqu'un dise quelque chose mais personne ne le fit. La plupart des regards convergeaient dans ma direction. J'essayai de les ignorer. En vain.

« Vous avez quelque chose à dire…Alors crachez le morceau ou arrêtez de me regarder comme çà ! », dis-je calmement. J'étais trop fatiguée pour prendre des gants.

« Très bien, alors à quoi diable pensais-tu ? Tu aurais pu te faire tuer ! », gronda Guarnere.

« J'ai sauvé la vie de cet homme. Et je pense que j'ai fait du bon boulot ! »

« Nous n'avons pas dit le contraire. Mais as-tu pensé à la réaction des chefs quand ils vont entendre parler de çà ? »

J'entendis quelques types gémir à ces paroles.

« Et Speirs ? Qu'en pensera-t-il ? »

Mon cœur bondit dans ma poitrine et je me forçai à rire.

« J'imagine qu'il s'en foutrait royalement. Ce n'est pas comme s'il s'intéressait à moi ! »

Je me mordis la lèvre. J'aurais tout donné pour que ces mots soient faux.

« Ne nous fais pas rire, Adelina ! Il te dévore du regard ! »

« Je ne suis pas sûre de vouloir continuer sur ce sujet, Frank. »

« Il te regarde comme … »

Skip Muck grimaça, essayant de trouver les bons mots.

« Comme je regarderai une bouteille de la cuvée 69 ! » s'exclama Lewis Nixon en s'affalant derrière la haie à nos côté. Il se traîna jusqu'à moi et m'ébouriffa les cheveux.

« Je vois…Je suis supposée me sentir flattée ? », rigolai-je, incapable de masquer l'excitation qui m'envahissait en songeant que je pouvais intéresser Speirs.

« Comment ça va les gars? », lança Nix à la cantonade.

Nous lui répondîmes que tout allait bien. Puis ses yeux se posèrent sur le soldat endormi près de moi.

« Que diable lui est-il arrivé ? »

Tous se tendirent et je compris qu'aucun d'eux ne souhaitait avoir à donner des explications à ce sujet.

« Nix, j'ai entendu dire que vous étiez allé à Yale ? », fis-je innocemment, en jetant un coup d'œil significatif sur le bandage enroulant le bras du blessé. Nix fit une drôle de tête tandis que les autres éclataient tous de rire.

« C'est çà, marrez-vous les gars ! », fit-il en tapant mon bras, espiègle. « J'espérais que vous pourriez me servir une bonne histoire mais je constate que vous n'êtes absolument pas marrants ! »

Il sauta sur ses jambes et se releva.

« On se voit plus tard, les mecs ! »

« Oui, monsieur » répondîmes-nous.

Je saisis ma trousse médicale et me rapprochai des gars. L'homme le plus près de moi était Skip Muck. Il me sourit et je posai ma tête sur son épaule.

« Tu veux que je me fasse tuer, Adelina ? »

Je levai les yeux au ciel.

« Ferme-la, Muck, et laisse-moi dormir. »

Il acquiesça.

« Bien, Madame. »

Je baillai et je me calai plus confortablement contre lui. Je gémis quand je sentis quelqu'un frapper mon épaule et se laisser tomber à mes côtés à peine une seconde plus tard.

« Hé les gars, apparemment, nous allons rester ici un moment. Le lieutenant Winters veut nous faire crever ici, ou quoi ? »

Il partit sans un mot de plus et je gémis à nouveau.

« Foutu Yankee… », râlai-je en espérant que personne ne m'ait entendu.

« Adelina, avec qui dois-tu rester ? » me demanda Muck en se levant.

J'haussai les épaules.

« J'en sais rien, Skip. Je veux juste me trouver un trou et mourir. »

Skip ricana à mes paroles et passa un bras par-dessus mon épaule.

« Viens donc avec Don et moi ! »

Nous longeâmes la haie jusqu'à l'endroit où Malarkey commençait à creuser un trou de tirailleur. A trois, il serait creusé en un rien de temps. Aussi, quand les deux hommes commencèrent à protester, je soupirai.

« Pourquoi pas ? » m'exclamai-je, les mains sur les hanches.

« Tu es épuisée. Tu n'a pas besoin de nous aider. »

« Je suis sûre que je ne suis pas aussi fatiguée que vous. Laissez-moi faire. »

« Non, Adelina. On s'en occupe. »

Je leur souris un instant et baissai les bras.

« Très bien, j'abandonne. Je vais trouver le capitaine Nixon et le lieutenant Winters. »

Je m'éloignai et trouvai rapidement Nix et Dick assis dans un trou déjà creusé.

« Foudre ! »

« Tonnerre ! » dis-je aussitôt en me glissant dans le trou, près de Nixon.

« Sympathique endroit, n'est-ce pas ? »

Je grimaçai et m'installai plus confortablement. Dick acquiesça.

« Oui, alors, vous restez ici ce soir ? »

Je crus voir quelque chose dans ses yeux que je ne pus vraiment identifier. Je n'étais pas sure de le vouloir, d'ailleurs. Je décidai de ne pas m'y attarder. Mes yeux devaient me jouer des tours.

« Eh bien, j'allais m'installer, avec Malarkey et Muck, mais ils ont refusé que je les aide, et je les ai donc abandonné à leur sort pour venir vous retrouver ! »

Nix fit mine de papillonner des yeux.

« Oh, Dick, elle tient vraiment à nous ! »

Je lui donnai une tape sur le bras, lui arrachant un grognement.

« Pourquoi me frappez-vous toujours ainsi ? »

« Parce que vous le cherchez », rétorquai-je avec un sourire suffisant.

J'appuyai ma tête contre le mur de terre du trou et ne tardai pas à fermer les paupières. Je me rendis vaguement compte que Nixon et Winters partaient avant de m'endormir profondément.

Quand je me réveillai, j'étais encore seule. Je me sentais beaucoup mieux. Toujours fatiguée, mais je n'avais pas eu assez de sommeil pour récupérer pleinement. Je me redressai, m'étirai et m'extirpai du trou. Je cherchai Winters ou Nixon du regard pour les prévenir que j'étais réveillée. J'aperçus bientôt Dick et Harry, marchant ensemble. Ils me virent et je pus voir qu'ils souriaient tout les deux.

« Oh, eh bien, voilà que notre Prima Donna est réveillée. »

« Prima Donna ? Vous venez vraiment de m'appeler comme çà, Harry ? »

« Ouais. C'est votre punition pour avoir dormi aussi longtemps. »

Je souris et vis qu'il avait le même air épuisé que moi quelques heures auparavant.

« Pourquoi ne prenez-vous pas une heure de repos, Harry. Je peux vous laisser la place. »

« Vraiment ? »

Ses yeux s'allumèrent, et il jeta un coup d'œil vers Dick, qui affichait un sourire affecté. Je lui lançai un sourire charmeur qui le fit rougir.

« C'est d'accord, Dick, n'est-ce pas ? »

« Bien sûr. Allez-vous reposer, Harry. »

Welsh m'attira à lui et m'embrassa sur la joue.

« Merci, Adelina. Vraiment, vous n'imaginez pas combien j'en ai besoin ! »

Je le poussai vers le trou.

« C'est le moins que je puisse faire. Faîtes de beaux rêves, Harry. »

Il disparut dans l'obscurité. Je me retournai et vis que Dick me regardai fixement.

« Vous êtes sure que çà ira ? »

J'acquiesçai avec assurance.

« Absolument. Je veux dire, aussi bien que possible »

Dick renifla.

« Bien, je vous voie tout à l'heure. »

Il s'éloigna rapidement et je pris la direction opposée.

Je l'observai s'éloigner, me sentant apaisée. Qui aurait pensé que me faire tabasser par les allemands serait une telle chance ? Si on me l'avait dit quelques semaines auparavant, je ne l'aurais certainement pas cru. A présent, je savais que ma guérison avait lentement commencé.

Je songeai un instant à l'après-guerre. Je savais déjà que je me débarrasserai de cette maison, si pleine de souvenirs horribles. Mes parents m'avaient tout laissé. Cela, ajouté à tout les salaires que j'avais déjà mis de côté, et l'argent que j'obtiendrai de la vente de la maison, j'avais de quoi démarrer une nouvelle vie. Mais où ?

« Médecin ! »

Le cri s'éleva soudain dans l'air froid de la nuit, et je frissonnai. Sans réfléchir, je me précipitai. Je courrai rapidement.

J'arrivai sur les lieux pour voir Liebgott se pencher sur le sergent Talbert.

« Doc ! Oh Floyd, c'est Adelina ! »

Liebgott essayait de calmer son ami. Je m'agenouillai et évaluai les dommages. Cela ressemblait à…

« Tu t'es blessé avec ta baïonnette ? », lâchai-je, incrédule, en commençant à le déshabiller.

« Non, c'est Smith ! », murmura Liebgott.

« Hé, vous faîtes mon boulot ! »

Je reconnus la voix douce de Doc Roe comme il me poussait sur le côté.

« Oh, pas de problème, Doc, je te laisse jouer les héros… » murmurai-je dans un souffle.

Malheureusement, il m'entendit et me sourit malicieusement. Il savait très bien que je plaisantais.

« Eh bien, d'après ce que j'ai entendu, tu es déjà dans cette catégorie. Laisse donc les autres tenter leur coup ! », dit Liebgott, en haussant les sourcils. Je mis mes mains sur mes hanches.

« C'est pas drôle, Joe. »

Liebgott me sourit. Pendant que Doc Roe se concentrait sur Floyd, je levai les mains en signe de défaite.

« Bien, je ferais mieux d'aller me trouver d'autres ennuis ! »

Même Talbert sourit à ces mots. Je me redressai et sortis du trou. J'heurtai violemment quelque chose, et je perdis l'équilibre. L'homme devant moi n'était autre que le lieutenant Speirs. Heureusement, il enroula un bras autour de ma taille et me tira à lui, m'empêchant de tomber.

« Vous allez bien. Et je vous ai enfin trouvé. »

Sa voix était une caresse étouffante contre mon oreille. Elle envoyait des frissons de plaisir dans mon corps et je rougis comme une complète idiote. Puis, rapidement, il me lâcha et s'éloigna. Stupéfaite, je le fixai bêtement.

« Adelina, cours lui après ! » murmura un des hommes derrière moi.

Je ris nerveusement avant de m'élancer vers les bois. Je le rattrapai quelques minutes plus tard. Il se pencha en passant sous un arbre et me jeta un regard suffisant.

« Dites-moi, Miss Jones. Je vous rends nerveuse? », demanda-t-il.

C'était une question toute simple, alors pourquoi me troubla-t-elle autant ? Peut-être était-ce ce sourire affecté ? J'avais l'impression qu'il essayait de me soutirer quelque chose, sans vraiment savoir de quoi il s'agissait.

« Je suppose, oui. », avouai-je avec circonspection.

« C'est la raison pour laquelle vous vous êtes évanouie sur moi, hier ? »

Je me figeai, pétrifiée de surprise. Il croyait que je m'étais évanouie à cause de lui ? Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. Quand je parvins à maîtriser mes rires, son regard froid était toujours fixé sur moi, ne révélant rien de ses pensées. Je ne pus m'empêcher de me moquer de lui.

« Laissez-moi éclaircir tout çà, lieutenant. Vous croyez que je me suis évanouie parce que vous me faîtes de l'effet ? »

Une nouvelle crise de rire s'empara de moi. Je l'entendis rire doucement, et je fus fière d'avoir pu percer sa carapace inébranlable, ne serait-ce qu'un instant.

« Donc, ce n'est pas mon charme qui a provoqué cet évanouissement ? »

Je secouai la tête, un sourire platonique au visage. J'avais mal aux joues à force de rire.

« Non, même si je dois avouer que vous êtes très agréable à regarder. »

Ses yeux s'obscurcirent et le mur se dressa à nouveau entre nous. Mon cœur s'emballa lorsque je sentis ses doigts effleurer mon menton, me forçant à relever la tête.

« Alors qu'est-ce que c'était ? », demanda-t-il doucement.

Je déglutis péniblement, ma gorge se serrant douloureusement. Je pris conscience, en plongeant dans ses prunelles noires, que je n'avais jamais autant désiré révéler la vérité à quelqu'un. J'avais à peine conscience que je serrais douloureusement son bras. Il se saisit de mes doigts et les entrelaça aux siens. Son pouce dessina des cercles sur le dos de ma main, m'apaisant aussitôt. Je soupirai, sachant que c'était le moment ou jamais.

« Je n'ai jamais raconté çà à personne, pardonnez-moi si je suis un peu trop sensible. »

Il ne dit rien, se contentant de me sonder de ses yeux durs.

« Avant de m'engager dans l'armée, je vivais avec mes parents et ma jeune sœur, Sarah. Mon père était un ivrogne. Il faisait la tournée des bars tout les soirs en rentrant de son travail. Il était ivre lorsqu'il arrivait à la maison. Il perdait tout contrôle sur lui-même et nous hurlait dessus pour de simples broutilles.

Un soir, je lui ai tenu tête. Il m'a giflé. Je me suis presque évanouie mais j'ai réussi à me traîner au rez-de-chaussée pour le voir partir avec ma mère et ma sœur. Il ne m'a pas dit où il les emmenait, et je n'ai même pas essayé de… »

Mes yeux se remplirent de larmes malgré moi. Je me mordis la lèvre, me forçant à les ravaler. Je respirai profondément, et continuai. Je devais finir.

« Il est parti et je me suis évanouie. Je me suis réveillé à l'hôpital, secouée, et un ami de la famille est venu m'annoncer que ma famille était morte dans un accident de voiture. J'ai toujours culpabilisé de ne pas avoir pu sauver ma sœur. Elle méritait mieux et si je m'étais battue pour elle, j'aurais pu lui offrir une vie meilleure. »

Ma voix se brisa et les larmes dévalèrent mon visage. Speirs enroula ses bras autour de moi et je me laissai aller dans cette étreinte. Les sensations qui courraient dans mes veines prenaient peu à peu le pas sur la douleur que j'éprouvais. Mon cerveau s'embrumait.

Et puis je sentis son souffle glisser sur la peau de mon cou. Je frissonnai, ne sachant pas comment réagir. Un instant, il semblait ne pas se soucier de moi le moins du monde, et maintenant, il…

Ses lèvres douces et souples rencontrèrent ma peau nue et l'effleurèrent, glissant de la base de mon cou à ma mâchoire. Chaque baiser dissipait la brume et me ramenait au présent. Mes mains glissèrent dans ses cheveux et je tentai désespérément de rapprocher encore nos corps. Ses lèvres se firent plus entreprenantes comme elles s'approchaient de mon oreille. Je soupirai de contentement et le regrettai aussitôt. Dans un grognement profond, il se détacha de moi. Même dans l'obscurité, je pus voir le désir qui obscurcissait ses yeux. Mais quelque chose remua dans ces prunelles sombres. Avant que je puisse l'identifier, il se détourna de moi, sa main couvrant son visage empreint d'une honte évidente.

« Je suis désolé, je n'aurais pas dû abuser de vous. Vous étiez vulnérable, et je m'excuse d'avoir été aussi lâche, Miss Jones. »

Sur ces mots, il disparut dans la forêt sans se retourner. J'hésitai entre courir derrière lui et me jeter à son cou ou le gifler pour être aussi indécis. Mais je savais qu'il était tout aussi troublé que moi par ce qui venait de se passer. Aussi difficile que ce fut pour moi, je décidai que lui laisser du temps était sans doute la meilleure chose à faire. Je me résignai donc et attendis un peu que tout le monde soit endormi avant de retourner me glisser dans le trou de souris de Nixon et Dick.

.

.

Speirs & Adelina ou le Chat & la Souris ! xD

Review, review !