Chapitre Bonus,

Quelque part durant ces derniers mois.

Thirst

Un néon agonisait dans son champ de vision, et il savait que bientôt son tour viendrait. Les ongles déjà brisés sur le métal froid qui le retenait, il inspira difficilement, tenta en vain de se calmer. Un mouvement sur sa droite, et la vision trop connue d'une éternelle blouse blanche s'imposa à lui. Dans un flash, il vit le reflet couleur Mako sur les lunettes rondes, les fines mèches de cheveux aussi sombres que secs qui retombait sur l'épaule courbée du scientifique. Le scalpel qui terminait le bras penché sur son propre poignet. La seringue remplie aux trois quarts de l'épais liquide fluorescent, dans l'autre main. Le rictus curieux qui déformait les traits de son tortionnaire. Il serra les dents, et le sang gicla.

Ce n'était que le début, il le savait. Les coupures au scalpel n'étaient rien, à peine le tout premier barreau sur l'échelle des douleurs qui lui seraient infligées ce soir, comme le génie scientifique qui jouait avec son corps se laissait aller à l'écoute des nouvelles idées que lui soufflaient ses pulsions morbides. Oubliant toute raison logique, et toute limite humaine, l'homme découvrait son nouveau jouet. Le plus résistant de toute sa collection. Sa fierté.

Malgré lui, il grimaça de dégout au regard fiévreux qui parcourait à présent son torse, et détourna le regard vers les bocaux entassés dans un coin de la pièce.

Ses journées étaient les mêmes : rythmées par le travail d'auto-guérison de la Mako sur son organisme, et bercées d'anticipation angoissée. C'était donc en toute logique que les expériences survenaient le soir. Lorsqu'il était trop affaibli pour contrôler vraiment les créatures qui lui avaient été imputées.

Un soupir douloureux, et il se concentre à nouveau sur la lumière faiblissante au-dessus de sa tête. Un instant se passe sans qu'il ne sente un quelconque métal froid s'enfoncer dans sa chair, et il détourne le regard. Pour croiser celui, déçu et rageur du professeur. Il déglutit, et retourne à la contemplation du néant. Il guérissait à présent trop vite pour que cela amuse encore le mélange de névroses et de génie qu'était Hojo. Ses démons remuèrent en lui à la remarque. Il allait, encore une fois, passer au stade supérieur. Une nouvelle implantation. Ce fut un ordre, prononcé d'une voix sèche, qui interrompit leur agitation.

" Apportez-moi la scie. "

Quand une voix, légère et fluette, y répondit – " Oui, Professeur ! " - ils hurlèrent tous ensemble. Ils n'étaient que trois, pour l'instant. Grondant, se heurtant, déchirant de leur pensées acerbes à l'encontre du scientifique, l'espace d'inconscience dans lequel ils étaient murés, ils finirent par atteindre la limite et faire surface. Plusieurs muscles claquèrent douloureusement dans le corps de leur hôte, – leur corps, à présent – de devoir s'adapter si vite à une carrure différente. Les mains fines se tordirent, crispées, avant de finalement éclater pour laisser les longues griffes acérées se dessiner. La mâchoire craqua, et les crocs lupins finirent de pousser. Galiant Beast avait émergé. La table d'opération gronda, menaçant de céder. Les lanières de cuir qui le retenaient jusque là avaient volé en éclats durant la transformation, et les menottes qui plaquaient encore ses poignets et chevilles à la table crissaient, tremblantes. Deux finirent par s'ouvrir dans un 'clac' sonore. La créature prit une inspiration, un cri de rage se formant déjà dans sa gorge. Il hoqueta de surprise en réalisant qu'il s'étouffait, crachant du sang. Un regard après, il remarquait le corps penché sur son abdomen, risible et misérable petit humain qui jouait à dieu. Sauf que celui-ci ne jouait pas avec une loupe mais avec des seringues, scalpel et scies. En l'occurrence, la scie demandée plus tôt le traversait à présent, déchirant la peau, des côtes jusqu'au flanc opposé. Paralysé un instant par la surprise, il leva un poing lourd qui envoya l'homme voler jusqu'à l'autre bout de la pièce, mollement rattrapé par son assistante.

La créature se redressa, la main serrée contre son ventre ouvert, réalisant avec horreur qu'il pouvait voir ses propres entrailles. Il gronda, et sa main libre brassa l'air, cherchant en vain à trouver sur le chariot voisin de quoi le sauver. Puis il se sentit s'immobiliser, petit à petit. Il eut le temps de tourner la tête vers son bras engourdi où trônait encore une seringue vide. La sensation remonta jusqu'à sa nuque, et il se trouva incapable d'envoyer son bras droit rencontrer le sourire mauvais de l'homme en blouse.

Lorsque l'hôte se réveilla, un flot de sang séchant à sa tempe colorait sa vision d'une teinte macabre, et il était passé au troisième niveau dans la douleur. Refermant les yeux avant qu'Hojo ne le sache éveillé, il prit en silence conscience des sensations que son cerveau à peine éveillé lui hurlait. Sa jambe gauche le lançait. Pour l'autre, la douleur engourdie qu'il sentait lui indiqua que son tibia avait été scié et le mollet dépecé, et qu'on avait placé sur la table un récipient contenant de la Mako, dans lequel baignait ses muscles à vif, de la cheville jusqu'au genou. Il remarqua ensuite à quel point il avait du mal à respirer. Et il savait, pour avoir déjà connu cette sensation, qu'on lui avait ouvert le ventre. Ou peut-être était-ce les mains s'y perdant, triturant un organe et repoussant d'autres, qui lui faisait penser ça. Il vit l'épisode qu'il avait raté en se plongeant dans l'esprit de sa première implantation, tout en remarquant, chose nouvelle, les lourdes veines et cicatrices, et la teinte sombre qui décoraient à présent son bras gauche. Celui-ci remuait nerveusement, de lui-même, cherchant visiblement à se libérer de la poigne fine mais ferme de l'assistante du professeur, qui le plaquait contre la table. Il voulut plier son pouce, sans y parvenir.

Une seconde, et un hurlement s'étrangla dans sa gorge comme le scalpel vint choquer contre ses vertèbres, déclenchant une onde de réaction électrique dans tout son système nerveux. Son corps s'arqua sur la table d'opération, et il se mordit la langue de surprise. Ses yeux exorbités rencontrèrent ceux, impassibles, de Lucrétia. On en était donc déjà à cinq sur dix...

Repoussant sans la moindre difficulté la jeune femme, il porta la main à sa gorge, s'efforçant de tousser pour recracher l'amas de sang qui bloquait sa respiration. Et eut le temps de sentir ses cordes vocales s'agiter à l'air libre, sous ses doigts, avant que sa propre main ne l'étrangle.

Il hurla, longuement, silencieusement, avant de pouvoir se redresser avec la force du désespoir sur son séant. Incapable de respirer correctement, les mains agitées de tremblements nerveux, il lui fallut un long moment pour remarquer que les rares néons en état de marche du laboratoire avaient grillé, et que l'endroit était plongé de le noir total, à peine éclairé par l'éclat de la lune, au dehors. Il lui fallut plus de temps encore pour comprendre pourquoi et comment Hojo et Lucrétia avaient subitement disparu. Pour se rappeler quand il s'était libéré. Ou pourquoi il se trouvait dans un lit, dont les draps en lambeaux étaient encore chaud et moites de sa terreur nocturne. Haletant, des larmes naissantes lui brûlant les yeux, il se plia en deux, sa main droite sur son ventre, étouffant une blessure imaginaire, sa main gauche encore crispée sur sa gorge endolorie. Un murmure d'horreur franchit ses lèvres sèches, s'écorchant dans sa gorge nouée. Se relâchant, il agrippa nerveusement un pan du drap, noyant son visage dans les plis à peine rafraichis du tissu.

Dans son esprit, ses démons frémissaient encore, soulagés que leur hôte se soit enfin réveillé, incapables de s'habituer aux souvenirs revenant chaque nuits, malgré les années. Chaos étouffa un soupir douloureux. Il fallait à chaque fois de longues minutes à Vincent pour se remettre complètement de ses cauchemars.

Aussi, lorsqu'il remarqua que son hôte ne se calmait toujours pas, et que la pression qu'il exerçait sur sa propre gorge franchissait lentement la limite du supportable, il gronda doucement, monopolisant son attention pour le faire revenir à lui.

Secoué tant par ses souvenirs que par ses démons tentant de le réveiller complètement, Vincent se redressa imperceptiblement, et, par-dessus la bordure de bois de son lit, observa de longues minutes le chemin de lumière qui se dessinait dans la pièce. Il était incapable de se calmer, et à chaque flash du cauchemar lui revenant en mémoire, il sentait ses démons tressaillir et son coeur se figer dans un battement raté, ses propres jambes se replier davantage contre son torse. Il resta un long moment les yeux dans le vide, à s'efforcer de respirer calmement, et comprit soudainement d'où venait cette douleur pourtant familière dans sa gorge. Cette envie qui lui piquait la langue, venait racler contre son palais. Son regard se précipita vers l'éclat de la lune, au-dehors. Il avait soif. A la remarque, il sentit le vampire hausser un sourcil intéressé, restant silencieux, attendant avec curiosité de voir ce qui allait se passer.

Sans quitter le mur en face de lui des yeux, de crainte que le scientifique ne s'y matérialise s'il regardait ailleurs, il se redressa, relâchant finalement son cou, et recula dans son lit, jusqu'à être assez proche du bord pour pouvoir se relever. Ce n'est que lorsqu'il atteint le lit de Cid, glissant à genoux sur le sol, les bras sur le matelas et les doigts crispés sur le drap offert, qu'il détourna le regard du mur. Il scruta la pièce à la recherche d'un quelconque moyen de contenir le vampire. Il était trop fatigué, trop perturbé dans l'immédiat pour s'opposer à ses propres démons s'ils décidaient d'aller chasser. Le cauchemar restait trop vif pour le laisser se concentrer sur la réalité. Et la soif l'étranglait, grinçant dans sa gorge, nouant ses entrailles. Sa bouche était sèche, et il ne pouvait s'empêcher de reporter inconsciemment sa main à son cou.

C'est pourquoi il ne réalisa pas que ses démons étaient préoccupés par tout sauf le sang, et que le vampire se contentait d'assister, une fois de plus et encore incrédule, à ce que pouvait être un cauchemar de son hôte. Il n'entendit par non plus Hellmasker le comparer à un animal apeuré. Ni Chaos se moquer de le voir si troublé juste parce qu'il avait soif ; d'une soif oh combien humaine...

Lui ne voyait que le fait qu'il lui manquait quelque chose. Et rien pour le calmer. Sa panique actuelle n'aidant en rien, il s'attardait sur chaque détails de l'endroit. Il était dans une pièce à peine décoré par quelques meubles, ses affaires et celles de son coéquipier, et leurs lits respectifs. Etouffant une quinte de toux, il retourna son attention à Cid, non sans s'assurer auparavant que le souvenir irréel de l'homme en blouse qu'il voyait adossé à l'unique fenêtre de la pièce restait immobile, et releva précipitamment sa main valide, agrippant le tissu épais du haut que portait l'homme. Il appela silencieusement son nom, sans réaliser que le pilote s'était déjà réveillé, et, la main sur son épaule, tentait de capter son attention.

" Vincent, tu m'entends ? "

Par-dessus le poignet de l'homme, auquel il s'était à présent inconsciemment raccroché de sa main mutilée, il regardait la pièce endormie que seule la voix de Cid venait déranger, son regard passant du fantôme d'Hojo à celui de Lucrétia, luttant pour revenir à la réalité. La jeune femme prenait des notes sans lui accorder un regard autre que scientifique. Hojo quant à lui, le dévorait du regard, frissonnant d'impatience à l'idée d'expérimenter davantage, triturant une seringue dans sa poche. Puis, se redressant d'un coup d'épaule contre la vitre, il s'avança.

Sursautant violemment, Vincent recula jusqu'à cogner la table de nuit, resserrant sa prise sur le bras de Cid. Dans sa main droite, le tissu menaçait de se déchirer. Et avant que le scientifique ne puisse s'accroupir à côté de lui, le pilote, l'attrapant sous le coude, l'avait hissé sur le lit. Ses pupilles dilatées par la panique n'enregistrèrent pas le changement de vue, et il resta immobile, les yeux écarquillés, murmurant des 'non' silencieux, frissonnant d'horreur.

Etouffant un juron destiné à la situation pourrie mais habituelle, puis grondant ouvertement des insultes à l'attention de ce fils de pute d'Hojo, Cid attira son coéquipier à lui, guidant sa tête jusqu'à son épaule. Et comme celui-ci ne cessait de trembler, il replia son bras autour de lui, serrant son épaule dans sa main pour le rappeler à la réalité. Il déglutit, ravalant ses insultes et sa rage, et passa sa main libre dans ses cheveux courts, par réflexe. Lorsqu'il rouvrit les yeux après un bref soupir, Vincent n'avait pas bougé, les yeux grands ouverts sur le vide, murmurant des supplications silencieuses, son poing serré sur son T-shirt. Son bras libre était replié entre ses propres côtes et le torse de l'homme, et ses jambes, qu'il ne commandait pas, restaient oubliées sur le matelas, l'une repliée sur la sienne. Il resserra un instant sa prise sur son épaule, l'attirant à lui jusqu'à sentir les doigts libres de Vincent trembler contre lui.

" Il n'est pas là. Il ne t'a rien fait. "

Il le sentit tressaillir, et inspirer lentement. Au moins, il l'entendait. Ce qui signifiait qu'il était encore perdu entre ses souvenirs et la réalité, et qu'il ne le remarquerait probablement pas avant une dizaine de minutes. Mais il l'entendait. Il détourna le regard, rassuré. C'était une chose qu'il avait apprise au fil des cauchemars : il entendait ce qu'il disait, et parfois, il arrivait ainsi à le faire émerger plus tôt. Ne restait plus qu'à espérer que ça fonctionnerait aussi bien en l'occurrence.

" Tu as rêvé. Juste rêvé. Maintenant, faut te réveiller. Tu m'entends ? "

Un soupir, et le concerné s'immobilise, cesse de trembler. Le pilote sait que c'est un départ, mais que Vincent était encore focalisé sur ses fantômes. Il ignora l'invitation de son paquet de cigarettes laissé sur la table, ainsi que celles des jurons à prononcer que lui proposait son esprit contrarié – et particulièrement inventif à l'encontre d'Hojo. Un nouveau frisson traversa l'homme, et il oublia aussitôt ses propres fabulations. La mort du scientifique était encore trop récente pour que Vincent puisse en tenir compte lorsqu'il sombrait dans le sommeil, et ouvrait la porte à ses propres démons. Et il ne parlait pas de ceux qu'il hébergeait, mais de ses souvenirs, son passé. Même si dans le fond, c'était loin d'être différent. Jetant un coup d'oeil au somnambule qui se raccrochait à lui, il jura mentalement, de dépit. Et reprit calmement ses tentatives de le réveiller.

Finalement, après plusieurs minutes à l'appeler, lui dire que l'autre taré ne serait plus jamais là, maintenant qu'il l'avait liquidé en beauté, qu'il n'avait rien à craindre ; il obtint finalement de Vincent qu'il le regarde. Croisant son regard, il esquissa un sourire, soulagé par la lueur de reconnaissance qui traversa un instant les prunelles angoissées. Tournant à peine la tête, l'homme scruta la pièce du coin de l'oeil, s'assurant malgré lui qu'on ne lui mentait pas. Lorsqu'il revint au pilote, celui-ci lui sourit franchement, et la vision familière finit de le rassurer.

" Tu vois ? Que moi. Tout va bien. "

Lentement, sans cesser de soutenir son regard, il prit conscience de la réalité. Après vérification, il n'était pas blessé, et ses organes ne se répandaient pas sur le lit. Et il était loin d'être dans le laboratoire miteux de Nibelheim. Il soupira imperceptiblement, et sentit sa gorge le brûler. Il grimaça, et remonta sa main libre jusqu'à son visage, tenant son cou endolori comme pour calmer la sensation étrange qui le lançait. Cid lui lança un regard étonné, avant de comprendre ce que, dans sa panique, lui n'avait pas réalisé. Avec un sourire amusé, le pilote se redressa sur un coude. Et fut immédiatement retenu dans son élan pour se relever, par le poing serré sur son débardeur, que Vincent tenait fermement. Il sourit légèrement en réponse au regard inquiet qu'il lui envoya, et posa sa main sur son poing.

" Je peux pas te chercher de l'eau si tu me retiens, tu sais... "

Vincent comprit finalement, et ses doigts relâchèrent d'eux-même la pression sur le tissu. Il resta immobile, incrédule et rassuré à la fois pendant que le pilote se relevait, attrapait le verre sur la table de nuit et se rendait dans la salle adjacente. Lorsqu'il revint, laissant la lumière de la salle de bain allumée, Vincent était assis sur le lit, une jambe repliée contre son torse, un bras l'entourant. Le pilote lui tendit le verre à présent plein, avant de s'asseoir sur le bord du lit, face à lui.

" Bois, ça ira mieux. "

Vincent obéit presque aussitôt, et se surpris à vider le contenu du verre d'une traite. Une sensation de picotement s'était immédiatement imposée à sa langue, le faisant froncer les sourcils. Mais la fraîcheur de l'eau apaisa sa douleur aussi violemment qu'elle était venue, et il savoura avec un soulagement intense la douceur du liquide qui envahissait son palais, calmant sa gorge encore douloureuse d'avoir été trop longtemps sèche.

Il entendit Chaos partager un rire silencieux avec le vampire.

" Pas facile de redevenir humain, Valentine ? "

En réponse, le déclic familier de briquet du pilote se fit entendre, et le calma retomba instantanément entre les démons. Vincent releva un regard fatigué vers l'homme, puis laissa ses mains reposer sur le matelas, encadrant sa jambe repliée. Il regarda un long moment durant le pilote fumer. Le geste habitué, presque machinale qu'il avait de porter le tube de tabac à ses lèvres, la façon dont il expirait lentement la fumée blanche. L'expression calme qu'il avait, tout en étant pris dans ses pensées. Tout lui était tellement familier.

Remarquant son étude, le pilote haussa un sourcil interrogateur, l'observant en retour. Et soupira soudainement un juron. Reprenant sa cigarette en main, il leva l'autre sans un mot, et l'instant d'après, Vincent soutenait son regard en silence, le laissant passer ses doigts contre son cou, frôler sa peau encore rouge d'avoir été malmenée. Il nota pour lui-même le contraste entre la peau constamment tiède du pilote et la sienne, qui restait quoi qu'il fasse à plusieurs degrés en-dessous de la moyenne humaine. Il l'entendit soupirer légèrement, et baissa les yeux vers le gobelet vide qu'il avait laissé retomber sur le lit sans s'en rendre compte. Il releva le bras et alla attraper le poignet du pilote, repoussant sa main. Quelques secondes passèrent avant qu'il n'esquisse un quelconque autre mouvement, et d'autres encore avant qu'il ne le relâche.

" Valentine s'assure qu'il est vrai, tu crois ? "

" Mais non, Hell'. Il termine encore de se réveiller. Tu sais que c'est pas facile. "

Un grondement sourd, et Galiant Beast leur intime de ne pas lui rappeler la mauvaise nuit qu'ils venaient de passer. Ces souvenirs-là étaient lui un peu trop personnels. Et les oublier était de loin ce qu'il préférait. Chaos approuva silencieusement.

Vincent détourna le regard, et se laissa aller contre le rebord du lit, sachant qu'il n'y avait plus de raison d'être sur la défensive, rassuré malgré lui de savoir le pilote juste à portée de main. Au cas où. Il relâcha finalement son poignet, et croisa les bras sur son ventre, le verre oublié roulant sur les draps jusqu'à cogner sa cuisse. A côté de lui, Cid se détendit imperceptiblement, replia une jambe sur le matelas pour plus de confort, tirant une nouvelle bouffée de sa cigarette déjà à moitié consumée.

Le coude appuyé sur son genou et la mâchoire calée dans le creux de sa main, Cid observait le mur en face de lui en silence, indécis. Une partie de lui voulait dire à l'angoissé de service qui lui servait d'ami qu'il était au courant. L'autre hurlait que c'était du suicide. Et que de toute façon, c'était tout sauf le bon moment pour en parler. Et puis au final, à quoi ça le mènerait, sachant que Vincent irait se planquer sous sa cape et ne lui adresserait plus la parole.

Cid esquissa malgré lui un sourire amusé à la remarque. Comme si ça ressemblait à Vincent. Non, une réaction probable de Vincent aurait été de se confondre en silence, mortifié. Ou bien de le descendre avant qu'il ne puisse avertir les autres. Le sourire à ses lèvres disparu à la remarque. Il se demanda si son coéquipier le ferait vraiment. Il se redressa, se tourna légèrement vers le concerné.

" Hey, Vinc- "

Coupé dans son élan, il observa la main pâle de son coéquipier s'approcher de son visage, saisir doucement la cigarette laissée entre ses lèvres, et l'emporter comme il ouvrait la bouche de surprise. Incrédule, il regarda l'homme porter la cigarette à ses lèvres, le regard perdu sur le mur qui lui faisait face. Ses théories oubliées, il se dit que c'était une vision étrange, mais qu'après tout, pourquoi pas. Et retint un sourire amusé comme l'homme se mettait à tousser silencieusement.

Avec un soupir désabusé, Vincent rendit sa cigarette à Cid, et s'adossa contre le rebord du lit, les bras croisés sur son ventre.

" Qui a dit que de fumer calmait les nerfs... "

Cette fois-ci incapable de contenir un éclat de rire, le pilote prit une bouffée sur la dite cigarette, avant de répondre.

" Ca marche. Quand on a l'habitude de fumer. Et que la nicotine a un effet. Vu que vous êtes plusieurs dans un même corps, j'imagine qu'un paquet entier suffirait pas à te calmer... "

Vincent lui jeta un coup d'oeil, prenant en compte la théorie émise. Et plus les secondes passaient, plus l'idée lui semblait probable. Il baissa le regard vers le blouson délaissé sur une chaise, puis revint à Cid.

" ...C'est vrai, l'odeur est plus efficace. "

Pris par surprise, le pilote ne sut que répondre. Il observa le vide un instant, et après quelques instants, alla tendre la cigarette à son coéquipier, la plaçant en face de lui de manière à ce qu'il ait juste à ouvrir la bouche pour la prendre. Levant la main par réflexe, Vincent accepta l'offre, attrapa la cigarette offerte, et une fois le filtre à ses lèvres, prit une bouffée, inspirant cette fois-ci plus lentement.

Le pilote s'étira, calmant les nerfs et muscles fatigués qui le rappelaient à l'ordre. Il sortit une nouvelle cigarette de son paquet, l'alluma, et jeta un nouveau coup d'oeil à Vincent. Bah. Il finirait bien par devoir lui parler, de toute façon, alors aujourd'hui ou dans trois semaines...Et, dans le fond, tant mieux : Il ne voyait pas trop comment lui dire "au fait, je sais qu'une nouvelle saloperie de démon s'est réveillé dans ta tête et qu'il bouffe des gens quand l'envie le prend", sans que ça passe mal.

Vincent se tourna vers lui, inhalant une dernière bouffée sur la cigarette bientôt morte. Cid se passa automatiquement la main dans les cheveux, s'arrêtant à la base de sa nuque. Il le regarda faire, interrogateur. Après un instant, décidé à laisser tomber pour ce soir, Cid hocha simplement la tête en réponse à la question silencieuse de l'homme. Il écrasa sa cigarette puis alla éteindre la lumière de la salle de bain. Enfin, il reprit place sur le matelas. Vincent se redressa alors, prenant appui sur ses mains pour sortir du lit. Mais à peine s'était-il redressé que le pilote avait passé son bras autour de sa taille, le retenant près de lui.

" Reste là. "

Cid releva la main jusqu'à son épaule, et l'attira à lui, le faisant basculer sur le matelas. Vincent se laissa entrainer, et à l'air surpris qu'il aborda, le pilote esquissa un sourire amusé.

" J'ai pas envie de me relever pour te filer ma veste. Alors reste là."