Les amis, l'heure était grave.

En effet, mon Dieu tout puissant, a.k.a le monstre Spaghetti volant, venait me parler. Il venait de me parler au travers de mes rêves, dans lequel je l'imaginais faire une orgie avec quelques prêtres catholiques. Là, je venais de me réveiller, et, fort de son enseignement, j'appliquais sa parole : fuir.

Je me levais discrètement de ma chambre de la branche asiatique de la Congreg', pour atteindre la porte que j'ouvris. Jetant un coup d'oeil à l'extérieur, je m'assurais que personne n'était là. J'étais sur mes gardes. Ce n'était pas la première fois que je m'enfuyais pour rejoindre la citadelle.

En effet, cela faisait un mois que la Congrégation avait été attaquée, et jusqu'à ce jour, personne n'avait encore découvert que j'étais une femme. D'ailleurs, avec le temps cela avait empiré, notamment grâce à mon jeu d'acteur du tonnerre.

De fait, je fus transférée dans la branche asiatique pour des raisons médicales. En effet, les membres de la Congrégation espéraient me "guérir" de mon Asperger. C'était pas gagné, étant donné que ce n'était pas une maladie. Là-bas, on s'occupait de moi comme un enfant de deux ans. Et si d'habitude cela ne m'aurait pas gênée, là c'était archi-chiant car les médecins me disaient que je serais bien plus forte si je m'occupais de mon corps correctement.

Je marchais à pas de loup vers l'Arche. Il était tôt, et j'espérais pouvoir assommer les gardes fatigués par le manque de sommeil.

Et aussi échapper à Kiredori.

Oui, Kiredori.

Moi aussi, jamais je n'aurais cru qu'un Corbeau aurait été nommé pour me servir de nounou durant les combats. Le rôle de Kiredori était de s'occuper de moi, comme je l'avais voulu. Elle me rappellait de me nourrir, de dormir, de vivre sainement... et, point négatif, elle m'empêchait de m'entraîner toute la journée sans interruption.

...

Je n'admettrais jamais que grâce à elle j'avais fait des progrès, donc n'essayez même pas de me convaincre.

Bref.

Pendant ce mois, je pris énormément de masse, moi qui d'habitude était un squelette, je devins un gros tas de muscle selon mes standards (parce qu'il est clair que si vous me compariez à Lenalee, je ferais pas le poids. En effet, bien qu'elle soit gringalette, je l'étais bien plus qu'elle au début). Néanmoins, cette soudaine prise de masse me rendit plus "homme" aux yeux de mes camarades. Bon, j'étais passée de "squelette" à "ok c'est peut-être humain", mais pour tout le monde, j'allais continuer et devenir Schwarzeneger. Ce qui, osons l'avouer, me plaisait énormément.

(Je ne savais pas que pour une femme c'était impossible).

Je jetais un coup d'oeil à l'unique garde posté devant l'Arche, visiblement aux aguets. Ok, il s'attend à ma visite. Planquée derrière un mur, je sors délicatement mon bôkken, active le second niveau de mon Innocence puis...

« Revenez immédiatement dans votre chambre, Fangs, ou je vous garantis que vous le regretterez », souffla une voix juste à côté de mon oreille.

Je poussais un hurlement à réveiller les morts et bondit littéralement hors de ma cachette. Kiredori resta immobile, l'air sévère, pendant que je la regardais, complètement statufiée.

« Pour la dernière fois, vous ne retournerez pas au Q.G avant la fin du déménagement ! », grogna mon chien de garde.

Je fronçais les soucils et m'apprêtais à gueuler le contraire, quand le garde de tout à l'heure demanda ce qu'il se passait. Il s'approcha de nous, jusqu'à ce que, arrivé à notre niveau, je lui fauchais les jambes avec mon épée en bois.

Avant de fuir, bien entendu. Je savais pertinemment que combattre Kiredori équivalait à une défaite cuisante.

Néanmoins, à la course, personne ne me battait, niark. Je traçais ma nounou en quelques secondes et hop, j'étais dans l'Arche, direction la citadelle, les hurlements de Kiredori en fond.

Wait.

La citadelle, c'était quelle porte déjà... ?

...

Bon ben, on allait toute les faire !

OoOoO

10 heures plus tard.

Le mot épuisement...était bien trop... comment dire... ? C'était un putain d'euphémisme comparé à ce que je ressentais. En effet, la dernière porte de TOUTE l'Arche que j'ai ouverte menait à la citadelle.

En sachant que je les ait toutes faites, c'était abusé.

D'ailleurs elle était juste en face de la porte menant à la branche asiatique. Enfin je crois.

Une fois dans l'antre du Q.G, loin de la salle de l'Arche, dans un endroit inconnu et mystérieux, je me mis à chercher... wait, pourquoi j'étais venue déjà ?

... ah non ne me dites pas que j'étais venue ici pour rien.

Ah moins que... raaaaaaaaaaah, réfléchis, réfléchis !

« Gré... Grégoire ? Mais qu'est-ce que vous faites dans la salle d'entrainement ? », fit une voix à ma gauche.

C'était un mec aux cheveux blancs, en train de faire des pompes, qui me posa la question.

Je clignais des yeux trois fois. Et j'eus envie de faire une blague à Allen.

« Euh... bonjour ? Comment connaissez-vous mon nom ? »

Mon interlocuteur resta silencieux un long moment, avant d'ouvrir la bouche : mais trop tard, je venais de me rappeller pourquoi je voulais absolument rejoindre la citadelle.

« EURÊKA ! C'est à cause de l'abruti-dont-j'ai-oublié-le-nom ! », beuglais-je.

Oui parce que je me souviens encore de certains exorcistes. Notamment d'Allen. Surtout d'Allen en fait. Et de Cloud. Mais sinon le reste...

Pourquoi ces deux-là en particulier ?

Parce qu'en fait, déjà, avec mon ami aux cheveux blancs, j'ai été clouée au lit après l'attaque du niveau 4 pendant plusieurs semaines. Et que je devais utiliser mille stratagèmes pour que les infirmières ne voient pas mon haut. Même si fatalement, cela arriva.

...

Mais au lieu de me faire la moindre remarque, l'infirmière en chef m'avait diagnostiqué une certaine maladie provoquant un développement anormal des seins.

...

Dans mon ancienne vie, j'aurais été vexée.

Mais en fait, la raison pour laquelle j'avais eu droit à ce traitement tenait en deux points : primo, au naturel, j'étais une planche à pain. Fière de l'être, certes, mais une planche à pain.

Secondo, j'étais, à l'époque, un squelette. Nan mais vraiment. J'vous dit pas de la merde, c'est genre, la vérité. Ma malnutrition, plus le fait d'être ectomorphe (vous savez, c'est ceux qui mangent beaucoup sans prendre un gramme...) avait eu pour effet me transformer en une chose dangereusement maigre... et mes seins n'avaient pas été épargnés.

Et c'est d'ailleurs pour cela que les infirmières me firent cinquante mille perfusions de glucose et autres produits nutritif. J'avais des carences en à peu près tout, et le fait que je sois vivante semblait à la fois impressionner et à la fois rendre furax mon docteur.

Mais bref.

Pour en revenir à ce que je disais, ma vie en temps que patiente fut... ennuyeuse. Toutefois, le fait d'être à côté d'Allen - Tap ayant, fort heureusement, récupéré bien plus vite que nous - me permit de découvrir un peu plus de sa personnalité. Bon, je ne dis pas qu'on est devenu du jour au lendemain super-potes. Haha, nope. Il s'agit d'Allen.

Néanmoins, il tua habilement mon ennui et nous tissâmes une amitié certaine, malgré l'épisode de la bibliothèque.

Quant à Cloud... aaaaaah. Elle aussi était là.

MALHEUREUSEMENT.

Oui. Cette femme était un démon. Elle irait bien avec Cross d'ailleurs.

Comment ? Pourquoi ?

ELLE ME FAISAIT RÉVISER DES PROBLÈMES DE MARHÉRATIQUE !

...

Attendez, ça s'écrit comme ça ?

...

Bref. Je galérais toujours autant. Sur les autres matières, j'étais une catastrophe. Pire que moi cela n'existait pas. Bouhouhou.

Seul point positif : Allen m'apparaissait comme une libération. S'il n'était pas si jeune, je serais tombée amoureuse de lui.

Wait. J'avais quel âge déjà ?

...

Bon, qu'importe. Pour moi, Allen = friendzone.

D'ailleurs il me regardait d'un air bizarre. Avant de soupirer.

« Qu'est-ce que vous avez fait encore ?

- Je veux lancer un défi à Kanda. Je veux le battre sur son propre terrain ! »

Mon interlocuteur me regarda d'un air blasé. Cela ne semblait même pas l'étonner.

« Il est derrière moi, c'est ça ?

- Pas du tout. »

Je soupirais... avant de me rapprocher d'Allen... qui du coup recula... et BAM ! Je lui fis un câlin.

« Mec, tu m'as tellement manqué. J't'aime trop. »

On dirait une phrase sortie d'un roman homosexuel à l'eau de rose.

...

Je crois que c'est pour cela qu'Allen essaya de me dégager le plus rapidement possible. Quant il y parvint malheureusement, tout le monde nous regardait avec des yeux médusés. Oui parce que nous n'étions pas seuls dans la salle de... de quoi déjà ?

Je ne pu m'empêcher de donner un bisou sur la joue d'Allen, ce qui eut pour effet qu'il activa son Innocence et me dégagea avec.

Je lui fis un grands sourire pendant que la foule éclatait de rire.

Je prédis que dans quelques heures, les commérages iront de bon train. Genre, dans un titre de journal, cela donnerait ceci : "Allen et Grégoire, histoire tragique de deux amoureux.".

Bah quoi ? Les rumeurs et journaux disaient rarement la vérité !

Je m'eclipsais en envoyant de gros bisous à mon ami sous la foule morte de rire et je sortis de la salle. Ok, direction ma chambre !

D'ailleurs en passant je vis Lenalee, qui ne me reconnu pas.

A moins que ce ne soit Komui.

« Eh ! Euh... T'es partant pour un combat d'entrainement ? »

Le type ou la meuf aux cheveux longs observa mon bôkken pendant que je reluquais sa propre lame, louchant légèrement sur ses fesses, aussi. Bordel, cette personne était dans mes goûts !

« Je n'ai pas le temps pour ces conneries », déclara le mec que je défiais.

Perso, je l'écoutais à peine, je bavais littéralement sur son fondement. C'était d'ailleurs perturbant, mais je le reconnu grâce à ça. Et j'eus envie de me frapper pour ne pas avoir observé plus longuement son postérieur quand j'en avais eu l'occasion : bordel, je l'avais pourtant vu nu, pourquoi je ne le remarquais que MAINTENANT ?!

Bref. Kanda se contenta donc de m'ignorer et moi j'évitais une correction de sa part.

Oui parce qu'en fait mon but depuis un mois était le suivant : le battre, niark niark !

Un peu déçue, j'eu cependant tôt fait d'enfouir mon sentiment, car je devais réfléchir à un plan pour que, lorsque Kiredori m'attraperait, elle ne me casserait pas en deux. Et aussi pour que l'autre abruti me combatte.

Par la suite, je croisais Chaôji. Et nous discutâmes, en personnes civilisées. Ce mec parla avec enthousiasme du déménagement. Ah mais c'est pour cela que Kanda m'avait ignorée, il devait aider !

... enfin, je crois.

Laisse tomber la réflexion, Amélia.

Je finis par rejoindre ma chambre, les pieds en feu. J'avais trop courru bordel de merde ! M'en voulez pas !

Une fois dans mon lit, je sombrais rapidement dans le sommeil... et rêvait que Cross me violait. Brr. Mon pire cauchemar.

Dans un même temps, je vis une petite fille. Un fantôme, sur lequel l'Ordre avait fait des expériences, qui me fit boire une potion signé Komui. Étrange.

Bon, comme vous vous en doutez, je repris les droits sur mon corps quelques jours plus tard. Premièrement, quand je fus consciente, mon premier réflexe, avant d'ouvrir les yeux, fut de me rappeller ce qui s'était passé. Trou noir. En plus, je n'étais pas allongée comme j'aurais pu le supposer, mais debout. Y'avait aussi le fait que mes pieds ne touchaient pas terre.

Mais qu'est-ce que c'est que cette merde encore ?

Oui, j'étais perdue, du coup j'ouvris les yeux, découvrant avec stupeur que j'étais à présent dans la cafétéria. En face de moi, des exo... des exa... bref les mecs et meufs qui combattent avec une Innocence, réunis au grand complet - je crois, pour une étrange raison, je ne voyais pas très bien -, et en position d'attaque contre une chose derrière mon humble personne. Sans doute le malotru qui me soulevait par les aisselles.

Il eut un grand silence, pendant lequel je ne me sentis pas bien. Mais genre, vraiment pas bien. Je me sentis soudainement nauséreuse, faible, et les points noirs habituellement causés par mon hypotension recouvrirent presque tout mon oeil droit. Mon oeil gauche s'en tirait à peine avec son flanc droit couverts de tâches, et il fallu que je me relie à mon sens du toucher pour découvrir ce qui n'allait pas.

Mon corps était douloureux. Atrocement douloureux. Comme si on l'avait entaillé de toute part. Je sentais même mon précieux liquide couler au travers de mes plaies. J'en étais recouverte. Mais qu'est-ce que... que s'était-il passé... ?

« ÇA FAIT MAL, BORDEL ! » me plaignis-je, bien que j'eus l'impression sur le coup que ma mâchoire allait exploser.

L'étreinte se ressera. Il eut de nouveau un silence.

« Tu es redevenu toi-même ? » grogna une voix au-dessus de moi.

Pour toute réponse, je vomis sur le sol. Je ne me sentais pas bien... à l'aide... j'avais mal à la tête... au secours...

Les bras me lâchèrent brusquement, et je tombais comme une masse sur mon propre vomi, dont je sentais qu'une nouvelle salve arriverait bientôt. Mon corps irradiait de souffrance à cause de la chûte. Je n'osais même plus parler, cela m'avait fait trop mal. Je ne voyais plus rien. Complètement aveugle, je fermais les yeux et attendit que cela passe.

Néanmoins, on se précipita sur moi et je dû lutter pour rester éveillée. Il ne fallait pas qu'on me déshabille... néanmoins, au bout de quelques minutes de lutte acharnée, la voix de l'infirmière en chef me souffla dans l'oreille :

« Amélia... laissez-vous faire... »

Pour toute réponse, je tournais de l'oeil.

OoOoO

Nouveau Q.G de la Congrégation de l'Ombre.

Luberier me regardait avec un dégoût non-dissimulé, pendant que je bouffais son délicieux fraisier. A ses côtés, Kiredori et un autre type me fusillaient du regard.

« Quel appétit. Pour quelqu'un qui vient à peine de se remettre de deux mois de soins intensif », fit l'Inspecteur Général avec un sourire faux.

Quand j'eus fini la dernière part du gâteau, je posais, la bouche pleine, une question. Ce qui eût pour effet de casser tout le sérieux de ma phrase. En effet, je postillonais beaucoup trop :

« Depuis quand le savez-vous... ? Que je suis Amélia, je veux dire. »

Luberier, qui évitait de regarder la table sur laquelle je mangeais, allongée sur un lit d'hôpital, me répondit avec cynisme.

« Depuis le début, voyons. »

Ah, ben merde alors.

« Et qu'est-ce qui vous a empêché de me balancer ? J'imagine que tout le monde n'est pas au courant. »

Oui parce que bon c'est assez clair.

Il eut un moment de silence, pendant lequel l'Inspecteur Général me regarda droit dans les yeux, d'un air si sérieux que je failli avoir un rire nerveux, malvenu dans ces conditions. J'en profitais pour avaler mon gâteau.

« Vous êtes une héroine, Amélia. Vos actions passées ont de nombreuses fois sauvés la vie des exorcistes et des traqueurs... sans compter les cuisantes défaites que avez infligées aux Noés. »

Il fit une pause, pendant que je me crispais. De mauvais souvenirs me remontaient en tête, et je ne parvenais que très difficilement à les refouler. Ces souvenirs, ces souvenirs affreux qui en étaient la cause... ma morale, plus forte que tout... ma morale tuée, exterminée par les Noés. Cette famille de timbrés... je les haïssais...

Je fermais les yeux et portais la main à mon front.

Calme-toi, calme-toi, calme-toi... tout va bien se passer... oublie, comme d'habitude... non, je ne dois pas oublier... sinon, je resterais éternellement faible...

« Vous êtes un symbole pour la Congrégation. Tout le monde apprécie Amélia. Nos troupes sont convaincues que vous avez un plan. Néanmoins, vous êtes une épave, l'ombre de ce que vous avez été, et quelque chose qui ne réponds pas à leurs attentes. »

J'écoutais à peine mon interlocuteur. Malgré mes yeux de nouveau ouverts, j'étais plongée dans mes souvenirs, dans ma haine de la famille du Comte. Et dans mon propre combat intérieur, je me disais...

Je ne dois pas perdre. Perdre signifie mourir.

Bien qu'il se rendit compte que je n'allais pas bien, Luberier continua :

« Vous êtiez extrêmement puissante. En temps normal, vous auriez dû tuer Sheryl. Néanmoins, vous êtes malade... »

J'inspirais à fond, coupant le supérieur de Komui :

« En gros, vous ne voulez pas saper le moral des troupes en leur disant ce que je suis devenue. C'est vrai. Je suis malade. Je ne vais pas bien. Complètement. Mais il y a une chose que vous devez savoir. »

Je défiais du regard tout ce beau monde. Je commençais alors à parler. Calmement, puis, de plus en plus fort.

« J'ai peut-être l'air faible, je ne suis peut-être pas bien dans ma peau car névrosée. Mais je vous prirais de ne pas me sous-estimer. Je les tuerais. Je les tuerais, vous m'entendez ? »

Luberier m'adressa un regard dédaigneux.

« Vous n'êtes même pas capable de battre Kiredori en combat singulier. Il serait temps de joindre les actes à la parole, vous ne croyez pas ? »

Je failli bondir de mon lit pour l'étriper, néanmoins, mon chien de garde n'eut besoin que d'un seul regard pour me faire comprendre que je serais au tapis avant. L'Inspecteur Général, de plus en plus condescendant, continua sans l'ombre d'un scrupule :

« De plus, lors de l'attaque des zombies, vous avez été la première a être contaminée. Certes, vous avez combattu les autres exorcistes et leur teniez tête quand ils ont voulu vous administrer l'antidote, ce qui explique votre soudain réveil en plein milieu de la cafétéria et le fait que vous avez eu besoin de tant de soin, mais si vous deviez réitérer cet exploit sans l'aide d'une potion de la scientifique, y arriverez-vous ? »

Je restais silencieuse, rouge de honte.

Il avait raison. J'étais devenue faible...

« Non.

- ... ce sera tout. »

Et il parti avec les deux autres.

Je restais un instant droite comme piquet, avant de m'allonger sur mon lit. Là, j'essayais de me souvenir. Pourquoi je détestais les Noés, d'où je venais, qui j'étais... je repassais les raisons comme un film dans ma tête. Les émotions me submergèrent, et j'essayais tant bien que mal de ne pas les refouler. Et là, dans toute mon impuissance, je me mis à pleurer. Je ne fus pas discrète, mais personne ne vint me voir pour se plaindre du bruit.

Je pleurais des heures durant, pourtant, et, comble de l'ironie, je ne savais même pas pourquoi je sanglotais.

Néanmoins, à la fin de mes pleurs, je m'en tirais avec un espoir. Un espoir brûlant au fin fond de moi.

J'étais devenue faible. C'était un fait immuable. Néanmoins, je pouvais le changer. Je pouvais le faire, si j'essayais, si j'insistais.

J'étais autrefois forte. Je pouvais le redevenir.

Et j'allais le faire.

Les jours suivants, je fus extrêmement renfermée, n'échangeant qu'avec Kiredori quelques mots de temps à autres. Cloud était là elle aussi, mais la plupart du temps, j'étais tellement concentrée sur nos exercices que je lui parlais rarement. Elle prit plutôt bien ce changement. Je devins une asociale toujours plongée dans des bouquins ou alors en salle d'entrainement. Mon objectif était clair, net, précis : être la plus forte.

Néanmoins, il apparu bien vite qu'il allait me falloir des mois avant de réatteindre mon niveau d'antan. Il fallait que je chouchoute mon corps, ce que je n'avais jamais fait jusqu'à présent. Il devait se remettre de toute la maltraitance et des maladies que je lui avais infligé.

Fort heureusement, toutes les missions avaient été stoppées : le déménagement n'était pas terminé. En effet, apparemment, les maréchaux se seraient lâchés sur l'ancienne citadelle, et l'auraient totalement détruite. C'était l'une des raisons pour lesquelles on me soignait ici. Il avait fallu des mois pour récupérer les documents importants. On arrivait au bout, dans quelques jours à peine, Allen devait venir et faire un truc en rapport avec l'Arche et Cross.

Je croisais d'ailleurs le bonhomme la vieille du départ de mon ami, mais il ne me reconnu pas. J'étais alors en pleine salle d'entrainement, en train de me faire défoncée par Kiredori, quand il arriva. Au début, je l'ignorais : de toute la Congrégation, je pensais qu'il serait le seul à m'ignorer. Je crois. Mais après, je n'étais pas sûre.

J'allais quand même à sa rencontre, et quand il me vit, il prit un air si sérieux que je cru avoir en face de moi une autre personne. Bon, n'exagérons pas, il perdit cet air deux secondes après pour une autre, plus énervée.

« Amélia. »

Je lui fis un grand sourire :

« C'est Grégoire. »

Le maréchal amorça un mouvement pour me frapper, mais il se ravisa. Les maréchaux étaient les seuls exorcistes au courant de mon véritable genre.

Je lui fis un grand sourire, avant que mes lèvres s'écrasèrent contre les siennes et, d'une main de maître, je pénétrais son espace bucal. Ce baiser ne dura pas longtemps cependant, avant que Cross ne me poussa violemment, sorti son arme, me visa, et tira.

Je ricanais pendant que Kiredori s'interposa entre lui et moi avec ses talents de Corbeau. Et mon sourire se fâna quand je vis l'enflure la draguer. Du moins jusqu'à ce qu'elle lui foute une claque. Cross reparti au bout d'un moment, et je ne su jamais vraiment ce qui l'avait poussé à venir.

« On retourne à l'entrainement ? »

Le jour suivant, Allen arrivait par l'Arche. Sauf qu'en fait je m'étais trompée, il avait déjà voyagé jusqu'au nouveau Q.G quelques jours avant moi afin de mettre en place des portes pour qu'on puisse me soigner et transporter les membres de la citadelle. Si sa venue était importante, c'était parce que Kiredori allait devoir me laisser pour une nuit : en effet, mon ami et le divin des crevards allaient avoir une conversation de la plus haute importance. Après, je n'étais pas trop dans leurs histoires...

Mais bref. Le truc, c'est que j'angoissais : si Kiredori n'était pas là, j'étais perdue.

C'est donc avec joie que je me laissais embarquée par les larbins de Cross, qui m'enfermèrent dans une bibliothèque, avec Lenalee et Johnny. Malheureusement, ils décidèrent de ne pas dormir jusqu'à ce qu'Allen revienne.

Je n'y comprenais rien, mais je m'en fichais. Néanmoins, les deux autres parvinrent à me stresser à cause de leur inquiétude. Je sentais mon ami en danger. Je décidais donc, une fois qu'Allen serait revenu, d'aller voir le maréchal.

OoOoO

« Tu as perdu patience à force d'attendre mon crétin de disciple, et tu as assommé les gardes afin de nous rejoindre », récapitula Cross avec consternation.

J'opinais de la tête. Nous étions dans la chambre personnelle du maréchal, qui m'avait accueillit avec Jugement. Je ne sais pas ce qu'il croyait, mais je m'en fichais. Je venais d'assommer les gardes. Et d'ouvrir la porte à la volée, qui avait percuté de plein fouet le doux visage de l'enflure.

Il avait pas apprécié, et me l'avait fait comprendre.

« Bon, maintenant que tu es satisfaite, rentre, clochard.

- Non.

- ... non ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Vous êtes en danger. Vous n'auriez pas été devant la chambre, votre arme la main sinon. »

Cross me regarda, surprit. Je venais de dire quelque chose d'intélligent. Pourtant c'était bien l'une des seules choses pour laquelle j'étais douée : observer. Je ne parlais pas d'observer à la Sherlock Holmes, non. Là j'étais plutôt nulle. Il fallait que cela touche le combat pour que j'observe en profondeur mon adversaire. L'analyser, le comprendre, suivre ou contrer son rythme pour le battre. Là j'étais bonne.

Et même si le maréchal le cachait très bien, je voyais ses efforts pour essayer de me faire sortir avant que le danger ne vienne et nous tue tous les deux. Je ne serais qu'un poids, pour lui, pensait-il.

Le maréchal réfléchissait, et n'essayait même pas de le cacher, me pensant sans doute trop bête pour que je remarque quoique ce soit. Quant à moi, la vieille Amélia fit surface, et c'est à ce moment-là que l'une de mes rares, très rares idées de génie fleurit dans mon cerveau. En langage normal, cela veut dire une idée désastreuse et complètement suicidaire.

...

Comment ça j'ai toujours ce genre d'idée ?

Bref. Mon plan machiavélique consiste en la chose suivante : je vais tenter de coucher avec Cross.

...

...

(Vous êtes sensés me soutenir, hein. Pas me dire que mon plan a l'air tellement foireux que rien, même pas le Seigneur, pourrait m'aider dans la lourde tâche de faire croire à Cross que je suis un canon.)

(D'ailleurs cela me fait penser que mes cicatrices, infligés par mes compagnons, devaient être dégueulasse à regarder.)

Ahem.

Mon long passé en temps que prostituée allait m'aider. Je pourrais faire un truc dont je rêve depuis ma rencontre avec l'enflure !

...

Je vous interdit de penser que je suis amoureuse de lui. Je veux me venger de l'épisode du bateau, c'est tout. Je ne compte pas me pavaner pour prouver ma féminité.

Bhéhéhéhéhé... à nous deux, l'enflure ! Une fois que je t'aurais fait l'amour, je te trancherais en deux !

Oui parce qu'à la base, celui qui m'inquiète c'est Allen. Que Cross aille mourir. Il avait refusé de me dire ce qu'il avait dit à Allen, en plus, ce qui devait être la seule raison pour laquelle j'étais restée, contrairement à ce que je lui avais dit.

Mes pensées perverses refirent surface. Du moins jusqu'à ce que l'enflure se lèva d'un coup, ce qui me fit bondir en arrière.

Il eut un silence.

« Tu restes ? » déclara le maréchal d'un air mystérieux.

Wait. What ? OUI, JE LE SAVAIS, PERSONNE NE RÉSISTE À MON CHARME !

Seulement si vous couchez avec moi, voyons ! pensais-je en bavant.

Cross me regarda bizaremment. Ah, aurais-je pensé à voix haute ?

« Tu rêves.

- Bon ben alors je pars ! » chantonnais-je.

L'enflure m'attrapa la manche avant que je ne m'en aille. Le silence était de nouveau palpable.

Je n'étais pas une experte hein. Mais je croyais que Cross magouillait quelque chose. Peut-être qu'en fait, le cardinal était venu pour le buter et qu'il ne voulait pas se faire voir par ma personne, du coup j'étais en train de sauver la vie de l'enflure !

Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, quand même pas ! J'ai une de ces imaginations, franchement...

Je jettais un coup d'oeil aux alentours, au cas où.

« Je peux m'asseoir à côté de vous ? », demandais-je, l'air d'un prédateur.

... c'est peut-être un peu trop, non ?

Le maréchal ne répondit pas.

...

NON MON PLAN NE TOMBERA PAS À L'EAU ! JE REFUSE QUE LES LECTEURS QUI S'Y ATTENDAIENT VU MON PARCOURS AIENT RAISONS !

Mon futur plan cul se contenta d'un sourire énigmatique qui me fait craindre pour mon c... pour ma fierté.

En toute réponse, je lui fais un sourire provocateur. La bataille avait commencé, MWAHAHAHAHAHAHA !

... ou alors je m'imaginais des trucs. Il s'avèra que j'eu raison : quand je m'approchais de lui, le maréchal m'envoya valser sur la porte. J'attéris cependant sur mes pieds, parce que je m'y attendais. En mode violent.

En temps que prostituée, j'étais habituée aux arcanes de la séduction, bien que je ne les utilisais que rarement. Je pouvais pas me tromper. J'étais devenue une professionnelle dans l'art de métamorphoser un monstre en une beauté. L'un de mes rares, très rares savoir faire avec le combat by the way.

Du coup, je savais repérer quand on me voulait ou pas.

« Désolé, un réflexe... »

Je soupirais. Et au final, j'abandonnais et le quittais. Sauf que ma théorie comme quoi le cardinal viendrait le tuer était en train de se confirmer de tous les côtés.

PARCE QU'IL ME SUIVIT.

Mais pourquoi, POURQUOI ? C'ÉTAIT QUOI TON PROBLÈME AVEC LE FAIT QUE TU ALLAIS BIENTÔT MOURIR ?

Je n'avais jamais autant eu un pot de colle depuis... rah !

Et au final, je dû attendre et prendre ma libi... mon mal en patience. Au bout de quelques heures cependant, je n'en pu plus.

Pitié, dites-moi que son assassin va bientôt venir, sinon je l'étrangle.

C'était de nouveau le même problème que sur le bateau : monsieur voulait toute mon attention, donc il me parlait et je ne répondais pas. Franchement Cross, je ne savais pas c'était quoi ton plan mais... oh... oh !

Je m'arrêtais net. Avant de tendre les bras devant moi, et les ramener vers moi en croix.

Oui, comme la macarena. J'étais en train de danser la macarena.