Premier miracle : j'arrive publier en temps et en heure.

Second miracle : J'ai réussi à terminer le prochain chapitre, donc je publierai au moins la semaine prochaine.

Coup de gueule de la semaine : Est-ce que mon établissement pourrait arrêter de psychoter et de croire qu'on cherche à le détruire ? Est-ce que ça a un sens de fermer les bâtiments pendant deux jours, parce que qu'on a peur d'être "assiégés" par des militants anti-COP 21 ? Juste parce que le directeur a peur d'un tel rassemblement, parce que cela a été interdit par le gouvernement ? La parano, ça va bien deux minutes !

Éloge de la semaine : Bon sang ce que je suis heureuse de voir un Président de la République refuser de se construire un personnage froid, dur, compatissant ! François Hollande, pendant la cérémonie d'hommage de Vendredi, a été formidable, humain, touchant, profond... bref, il nous a montré qu'il n'était pas au dessus de son peuple, qu'il partageait cette peine avec tous les français. On aurait pas pu en dire autant avec les Présidents précédents.

'a y est ! j'ai terminé mon stage ! C'était pas des plus reposants, mais c'était juste... passionnant ! Pas facile, parce que le collège était un peu sous tension. Bref, c'est fini, alors on reprend les cours ! J'espère pouvoir me remettre à écrire, et publier régulièrement. Normalement, la fiction va devenir de plus en plus nerveuse, alors j'espère savoir écrire ça, moi qui ne jure que par le calme et la lenteur...

Gryf, je suis désolée, j'avais promis de te répondre par review, mais je n'ai pas vraiment eu le temps, j'ai eu une semaine chargée (on notera l'originalité de mes excuses). Je vais donc essayer de procéder de façon claire et méthodique. Tout d'abord, merci pour tes longues reviews. J'aime beaucoup les conseils qu'on me propose, j'aime bien savoir comment on voit la suite de ma fiction. Malheureusement, je suis aussi très capricieuse. Désolée, mais je ne suivrai pas ton conseil de réalisme. Non pas qu'il soit mauvais, je pense même qu'une confrontation avec Dark serait formidable, mais je ne pense pas le faire. Tu l'auras remarqué avec Voilà les rêves, j'aime que Dark soit un personnage obsédant et fantôme. Alors, même s'il reviendra, ne parie pas trop sur une véritable confrontation. Tu l'auras compris, j'ai un tempérament romantique, alors le Réalisme, ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Ensuite, bien sûr que non, les avis ne servent à rien ! Et c'est pour ça qu'ils sont formidables ! Ça satisfait l'égo, y a rien de plus jouissif lorsqu'on écrit. Qu'ils soient entièrement positifs ou critiques, ça fait du bien de les avoir. On ne peut pas avoir un avis entièrement objectif (et tes avis sont totalement subjectifs), c'est toute la beauté de l'avis. On critique avec ce qu'on aime, ce qui nous déplaît, notre humeur... Ensuite, arrête cette fixation obsessionnelle sur ton âge, j'ai l'impression que tu me rappelles tes treize ans dans chaque review. Soit fière d'avoir treize ans, profite, c'est pas éternel ! Au fait, l'image de profil, je crois que c'est un portrait d'Eluard (disons que que je sais que j'ai voulu utiliser Eluard, mais je me souviens plus si j'ai choisi son portrait ou celui d'Aragon...). Et soit gentille avec le Commandant, c'est un personnage que j'adore ! Oui, j'aime les véritables antagonistes ! Bon, pour la suite de tes reviews, ça va être plus dur de te répondre. Je pars du principe qu'on n'a pas à cacher la réalité à un enfant simplement parce qu'il est enfant. Dis-toi bien que, si tes proches t'éloignent de tout ça, ce n'est peut-être pas parce que tu es enfant, mais parce que tu n'as pas eu le temps d'emmagasiner assez d'expérience pour te défendre seule. Bon, moi je pense que, plus tôt on fait ses armes, plus tôt on peut se défendre, mais je ne suis pas ta mère, je n'en ai pas l'âge. Pour terminer, je vais avoir du mal à te répondre sur les problèmes d'homophobie que tu as rencontrés. Tu sais, j'ai une théorie un peu complexe sur la sexualité (oui, la théorie des genres est très à la mode chez les intellectuels et les artistes, même si j'exècre cette appellation purement médiatique). Disons que j'ai un peu de mal à croire qu'on puisse réellement se déclarer homosexuel, ou hétéro, ou bi. Parce que chaque amour est différent. On ne peux pas s'interdire de tomber amoureux d'une femme tout en désirant un homme. Le terme "homosexuel" signifie quoi, exactement ? Coucher avec quelqu'un de même sexe ? Aimer malgré l'étymologie qui se rapporte uniquement au sexe ? Et les relations platoniques, l'amour purement professionnel, on en fait quoi ? Et la transsexualité, on la case ou ? Bref, ça ne veut rien dire ! J'en ai marre de ces cases dans lesquelles on essaie de nous faire rentrer de force. La sexualité, c'est trop vaste, trop mystérieux pour y poser une étiquette. Donc, des théories sur la sexualité, quelle qu'elle soit, j'en ai des tas. Je te parlerais bien de ma propre expérience, mais je ne pense pas que ce soit le lieu. Si ça te dis de t'inscrire, par contre, je t'en parlerai avec plaisir par PM. Ce n'est pas un ordre, je comprendrais tout à fait que tu préfères rester anonyme. Mais bon, je n'aime pas trop exposer ma vie comme ça, mon écriture est suffisamment personnelle , pas besoin d'en rajouter. Pardon pour la longueur de ce commentaire, et pardon pour le ton moralisateur que j'emploie parfois avec toi. J'essaie juste de te mettre en garde contre ce besoin obsessionnel de rentrer dans le moule, parce que je sais bien qu'être adolescent, c'est pas facile, et qu'on est prêt à pas mal de choses pour ne pas se faire marginaliser trop. Moi, j'ai la chance d'être suffisamment marginale pour ne pas m'imposer de limites, tout en étant suffisamment responsable pour ne pas devenir un paria. Bref, je surfe entre les cases !

Sur ce, bonne lecture !


Le train est arrivé à son terminus en temps et en heure, sans encombre. La vieille fourgonnette bleue les attendait pour le voyage de nuit. Par miracle, ils étaient là tous les sept.

Il sera bientôt trois heures du matin. Certains parviennent à somnoler, à l'arrière du véhicule, mais les sièges inconfortables et improvisés rendent la route difficile, surtout lorsque la fourgonnette choisit d'emprunter des chemins de terre. Le seul qui pourrait dormir, c'est Axel, parce qu'il est assis à l'avant, à côté du chauffeur. Le problème, c'est qu'il doit lui indiquer la route, car le chauffeur ne connait pas sa destination, question de sécurité. Axel est le seul à ne pas être connu des militaires et à connaître le chemin.

L'arrière de la fourgonnette est suffisamment grand et spacieux pour accueillir les six autres passagers, et deux bancs ont été installés dans la longueur, le long des flancs. Shawn tente de somnoler sur l'épaule droite de Silvia qui parvient miraculeusement à lire un George Sand emprunté à la bibliothèque pour l'occasion. Caleb, le visage enfoui dans ses bras, eux-mêmes en repos sur ses cuisses, tente de réfléchir et accessoirement de trouver le sommeil. Entre deux bâillements, Mark essaie de discuter lucidement avec Kevin qui menace de s'écrouler. Et Jude, bras et jambes croisés, regarde l'arrière de la fourgonnette, les yeux fixés sur le point le plus opposé à son partenaire. Plus que deux heures de route…

La résidence secondaire des Raimon a été offerte, il y a quelques années, à Sonny Raimon, pour sa fidélité et son efficacité au sein du gouvernement. Gouvernement qui ignorait, évidemment, que M. Raimon travaillait avec le réseau de résistance des Sept Péchés Capitaux. Depuis, il permet aux membres du réseau de s'y arrêter pour faire une halte ou pour se réunir. Loin de la ville, isolée, sans surveillance autre que celle du propriétaire, c'est le lieu parfait pour tout résistant. Sécurité, calme et confort. Quoi qu'en pensent certains gradés du réseau, les Sept Péchés Capitaux seraient beaucoup moins efficaces sans les hauts-placés qui flirtent avec le gouvernement.

Axel frappe trois coups contre la vitre qui le sépare de ses compagnons.

- On est arrivé ! déclare Mark.

La fourgonnette s'arrête brutalement. Le livre de Silvia tombe à terre, la tête de Jude cogne contre le métal, Kevin perd l'équilibre et Shawn se réveille brusquement. Les portes s'ouvrent, et les six résistants descendent en s'étirant. La fourgonnette repart.

- Y a pas de château, constate Caleb.

- Normal. On finit à pieds, le chauffeur a pas le droit de savoir où on va, explique Mark.

- Tu déconnes ? demande Kevin.

- J'aimerais bien.

- On est au milieu de nulle part, il fait nuit noire, y a pas un village aux alentours ! Tu nous donnes combien de temps avant de nous faire tuer ?

- Caleb, calme-toi, raisonne Mark. C'était ça ou rien. On y sera dans une grosse demi-heure.

- J'espère que tout le monde a une bonne assurance décès ! Ce serait dommage que les proches ne touchent rien !

Kevin approuve le jeune homme tandis que les autres lèvent les yeux au ciel. Jude ne dit rien, il suit Mark qui ouvre le chemin. Le chemin va être long. Les sept jeunes résistants marchent le long de la route, en silence, jusqu'à arriver à la résidence Raimon. Bien sûr le silence n'est pas total, Caleb et Kevin se permettent d'insulter originalement leur chef de file afin de faire passer le temps et de rester éveillés. Ils se lassent vite, parce que Mark ne répond pas.

Ils parviennent donc, miraculeusement, à la résidence. Le portail se dresse majestueusement devant eux, protégeant une grande cour fleurie et, plus loin, une gigantesque demeure datant du XVIIIème siècle. Pas le temps d'admirer l'architecture, un homme en smoking les attend de l'autre côté du portail. Sans un mot, il leur fait pénétrer l'enceinte de la demeure, puis il leur fait passer les portes monumentales qui gardent l'intérieur de la résidence. Nelly les y attend.

- Formidable, vous êtes à l'heure !

Nelly est une très belle rouquine aux allures de bourgeoise un peu guindée, mais de nature altruiste, généreuse, et pas vraiment du genre à se soumettre. Plutôt bien vue des politiques, elle a fait des études de sciences politiques afin de devenir le bras droit de son père, et de se hisser aux plus hautes sphères afin de tout surveiller d'en haut, de tout renverser au plus vite.

La jeune femme embrasse chacun de ses invités, elle adresse un clin à Jude qui signifie Bienvenue chez toi, et offre un long sourire à sa camarade.

- Le voyage s'est bien passé ?

- On a connu mieux.

- Quelqu'un vous a reconnu ? demande Nelly, inquiète.

- Non, rassure Mark. Mais on a été forcé de passer par la ville que les militaires ont rasée.

- Attends, je croyais que vous deviez cacher ça !

- On a essayé. Ça n'a pas fonctionné.

Mark adresse un sourire confus à Jude qui s'efforce de rester neutre, mais sans réellement y parvenir. C'est comme ça, Mark ne laisse personne indifférent, même lorsqu'on s'y force. Ça fait dire à Caleb qu'il y a bien une faille dans l'armure de Jude. Nelly reprend.

- Jude, t'as pas à t'en vouloir pour ça. Crois-moi, je suis en contact avec l'un des responsables de campagne de la 1ère division, et cette attaque aurait eu lieu, avec ou sans ta fugue. Les rebelles fleurissent de partout, les sabotages aussi, alors on demande aux militaires de frapper très fort pour faire peur à la population.

Le corps de Jude se desserre un peu. Il demeure un peu sceptique, un peu seulement. Parce que Nelly est une jeune femme franche, elle ne s'amuse pas à mentir pour ménager la susceptibilité ou les sentiments. Elle a encore beaucoup à apprendre en matière de politique.

- C'est officiel, le Gouvernement a peur, alors il attaque en masse, et de plus en plus souvent. Les massacres ne sont pas près de s'arrêter…On part demain vers neuf heures. Ça fait pas beaucoup de temps pour vous reposer, mais on doit absolument prendre la route pas trop tard. Les membres de la Gourmandise arrivent à huit heures, et les Coléreux sont déjà ici. Si vous voulez dormir un peu, le deuxième étage est libre.

Pas besoin de le dire deux fois. Les sept Orgueilleux prennent poliment congé, empruntent les escaliers et entrent dans la première chambre libre. Deux lits simples et des matelas étalés anarchiquement au sol. En toute galanterie, on propose à Silvia l'un des lits. Le second reste vide, car personne n'ose se l'attribuer. Shawn s'endort immédiatement, suivi de près par Mark. Alors que leurs deux partenaires tendent à les rejoindre, Jude est toujours dans le couloir. Caleb le regarde, décide de le rejoindre, de s'expliquer. Il chuchote, pour ne pas réveiller, ou éveiller les soupçons.

- Tu vas me faire la gueule encore longtemps ?

- Oui.

- Je te l'ai déjà dit, j'avais pas le choix !

- Une ville entière a été détruite à cause de moi, Caleb ! Trouve-moi une autre excuse que « j'avais pas le choix » !

- T'as pas entendu Nelly ? Cette ville allait être détruite de toute façon ! Dark avait d'autres motivations que de te retrouver ! T'es pas si unique que ça, Jude.

- Va te faire foutre, siffle-t-il.

Il force le passage en bousculant de l'épaule son partenaire et réquisitionne le matelas le plus isolé, celui calé dans un coin de la chambre. C'est officiel, Jude n'a pas changé depuis leur enfance. Il a toujours ce même caractère borné, autoritaire et égoïste. Caleb soupire et lève les yeux au ciel. Quel gosse, vraiment ! Au moins, ça a le mérite d'être rassurant, parce que Caleb sait bien que ça ne va pas durer. C'est probablement pour ça que Mark ne parait pas inquiet, il a vite compris que Jude était toujours Jude. Finalement, Mark n'a pas passé toute son adolescence à être le meilleur ami de Jude pour rien…

Voir son ami se coucher, en lui adressant un regard aussi noir que ses yeux flamboyants le lui permettent fait prendre conscience à Caleb de l'état de fatigue de son corps. En prenant bien garde à respecter l'intimité de Jude, il prend possession d'un matelas. Sa tête ne prend même pas la peine de toucher l'oreiller improvisé qu'il s'endort.


- Réveille-le !

- Pourquoi moi ?

- Parce qu'il gueulera moins si c'est toi qui le réveilles.

Jude soupire, mais s'exécute. Il s'agenouille près du matelas et pose une main sur l'épaule de son ami, puis il secoue légèrement son corps, afin de le tirer de ses songes. Après quelques secondes de brume, Caleb ouvre les yeux. Il voit Jude se relever et reprendre sa place aux côtés de Bryce. La nuit a été courte, et Caleb se force à accélérer son réveil, parce qu'il sent que sinon, il va avoir un problème avec la jeune propriétaire…

La marque de l'oreiller encore imprimée sur la joue, les yeux rougis par le trop peu de sommeil, les vêtements froissés, Caleb s'extrait des draps, titubant légèrement. Lentement, les souvenirs de la veille viennent assaillir l'esprit du jeune homme. Il plante alors ses yeux embrumés dans ceux de Jude. Ses yeux brûlants se détournent un peu, et Caleb croit apercevoir la naissance d'un sourire contre ses lèvres. Un sourire mélancolique…

- Nelly gueule pas mal en bas. Y a dix minutes qu'on aurait dû partir, explique Bryce.

- Seulement dix minutes ? sourit Caleb.

- C'est ça, rigole ! Elle m'épuise la cheftaine ! Heureusement qu'elle est jolie, sinon je l'aurais déjà tuée !

Le jeune homme rassemble ses affaires rapidement, sans relever les propos à la limite du sexisme, et suit ses amis dans le hall d'entrée. Il est accueilli par une réplique cinglante de Nelly. Pas encore assez réveillé pour lui offrir une réplique saillante, il se contente de présenter ses excuses. Nelly ne prend pas la peine de répondre, elle ouvre les portes de la résidence. Quatre voitures avec chauffeurs, tous accrédités par le réseau, les attendent au dehors. Couleur sombres, verres teintés, plaques reconnaissables comme appartenant au gouvernement. Matériel adéquat pour passer inaperçu, mais pas trop non plus. Il n'y a que vingt minutes de transport, mais les faire à pied et en plein jour serait trop dangereux. Nelly, grâce à une liste manuscrite, indique à chaque membre du réseau la voiture qui l'accompagnera à destination. Mark a dû l'aider à constituer la liste, parce que Caleb se retrouve séparé de Jude. Le jeune homme aux cheveux châtains se retrouve en compagnie de Silvia, Nelly et Bryce. Alors, pour prouver son mécontentement à Mark, Caleb refuse de lui adresser la parole pendant tout le trajet.

Ils parviennent à une villa à l'abandon et isolée. C'est là que se déroulera la réunion. Tout le monde descend de voiture, et Mark décide de jouer les guides touristiques.

- La villa a été réquisitionnée par le gouvernement y a plus de dix ans. Elle appartenait à un ministre de l'ancien régime. Il avait une tonne d'amis, alors il a fait construire une vingtaine de chambres sur le terrain mais en dehors de la villa, un peu comme des dépendances. Les chambres sont pas grandes, mais ça nous permet d'héberger tout le monde. Personne ne nous dérangera ici, c'est M. Raimon qui a racheté le terrain pour le réaménager, y a cinq ans. Tant que les travaux sont pas finis, on est tranquilles.

Caleb soupire, imité par Nelly. A chaque réunion, Mark sort le même discours, mot pour mot. A raison de quatre réunions par an, ça commence à compter. Malgré cela, personne n'intervient, et le jeune homme termine son histoire avec son plus beau sourire. Un jour, se dit Caleb, ça pourrait être bien de le prévenir de la redondance de ses propos. Mark propose une visite guidée du site, mais Nelly l'interrompt immédiatement. Ils n'ont pas le temps, la réunion commence bientôt. Elle fait signe de la suivre, tout le monde s'exécute. Mark traîne légèrement. Lorsque Caleb parvient à sa hauteur, Mark le retient par le bras. Le jeune homme le regarde du fond de ses yeux orageux, il l'interroge sans parler. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Si tu veux, je peux m'arranger pour que Jude et toi soyez séparés pour la nuit.

- Pourquoi tu me dis ça ?

- Ben, Jude est plutôt en colère contre toi. Je me dis que c'est peut-être mieux de pas vous laisser ensemble…

- Et tu proposes quoi ? Tu viens dormir avec moi, et on laisse Jude et Axel ? T'as drôlement confiance en ton mec, toi…

- Très drôle. Bon, tu veux que j'essaie ou pas ?

- Bien sûr que non.

- Comme tu veux. Mais tu te rends bien compte que dans l'état actuel des choses, il ne se passera rien entre vous. Alors, à quoi ça t'avance de l'avoir pour toi toute la nuit ?

Ce n'est pas une vraie question, Mark tourne les talons sans attendre la réponse. Et soudain, Caleb se pose plusieurs questions. Il a un doute sur les ordres qu'il a reçus. Et si…

- Mark, pourquoi j'ai reçu l'ordre de ne rien dire à Jude ?

- Ça me parait évident. On a eu peur qu'il retourne auprès de Dark pour jouer les justiciers. Pour quelle autre raison ?

- J'en sais rien… Mark, rassure-moi, quand tu m'as demandé de suivre les ordres des chefs, tu as fait ça pour le bien de Jude ?

- Caleb, je ne comprends rien de ce que tu me racontes.

- Je vais être plus clair. Je pense qu'il est possible que tu m'aies donné cet ordre afin de briser toute la confiance que Jude plaçait en moi. Tu savais bien qu'on ne pourrait pas cacher la destruction de la ville à Jude. Si ça n'avait pas été dans le train, il l'aurait appris dans les journaux, à la radio, par d'autres résistants… Jude allait bien finir par apprendre que je lui avais caché ce drame. Après ça, il ne pouvait que me détester. Parce que toi et moi savons bien que Jude a besoin de se sentir en confiance. Résultat, Jude refuse de me parler, et j'ai le choix entre passer les trois prochaines nuits avec un ami qui me hait, ou changer de chambre. Dans tous les cas, tu obtiens ce que tu veux. Aucun rapprochement possible, respect total du dixième Commandement. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

- Tu as une imagination débordante, Caleb, répond lentement Mark. Mais arrête la paranoïa. Si on commence à se méfier les uns des autres, on va droit dans le mur. Je vais aller proposer à Jude de changer de chambre, et je respecterai sa décision.

- Tu sais, je n'arrive pas à me débarrasser de l'idée que, malgré toute l'affection que tu portes à Jude, tu lui en veux pour ce qu'il y a eu entre lui et Axel. Je veux simplement m'assurer que tu ne cherches pas à lui faire payer cette histoire.

- C'était il y a longtemps, on était encore des enfants. Peu importe les sentiments que j'avais déjà pour Axel à l'époque, c'est du passé. Je crois que tu me connais mal, Caleb. Très mal.

Mark repart, il tente de rattraper le groupe qui les devance. Caleb traîne encore un peu. Il a du mal à se dire que son ami cherche réellement à briser sa relation avec Jude. Mark est avant tout quelqu'un de bien, un type qu'on se plait à appeler « ami ». Pourtant, c'est difficile d'effacer cette idée, celle qui chuchote à Caleb que oui, Mark tente d'affaiblir leur relation. Sûrement pas par vengeance vis-à-vis de leurs dix-huit ans. Alors pourquoi ? D'où lui vient cette obsession pour leur rapprochement inespéré ? Caleb inspire profondément. Il réfléchira à ça plus tard.

Le temps qu'il les rattrape, le groupe est arrivé à la villa. Les membres des différents réseaux se mélangent lentement. Jude est encadré par Mark et Bryce qui semblent désignés pour lui permettre de se présenter à plusieurs personnes. Les retrouvailles faussement enjouées, c'est pas vraiment le truc de Caleb. Il reste seul, dans son coin, jusqu'à ce que Claude se décide à lui tenir compagnie, puisque celle de Bryce n'est plus disponible.

- Il s'est passé quoi avec Jude ?

- Ça se voit tant que ça, qu'il y a eu un problème ?

- Oh oui ! Mark est venu lui proposer de changer de chambre.

- Et il a accepté ?

- Non. Même lorsque Mark a insisté. Et il a aussi insisté pour que Bryce lui tienne la main toute la journée. Je me suis dit que vous vous étiez engueulés.

- C'est plus compliqué que ça. Je t'expliquerai pendant la réunion.

Le jeune homme approuve. Ça tombe bien, la réunion matinale commence. Au fond, Caleb se fiche bien de ce qu'il peut arriver lors de cette réunion, il sait bien que ça n'avance jamais personne. Toute la matinée, on répertorie les noms des nouvelles recrues, les décès, les promotions. Ensuite, on discute des réclamations, des missions achevées ou non. L'après-midi, c'est un peu plus drôle, parce qu'on discute des échecs de missions et des budgets à mobiliser pour les nouvelles. Et là, ça tourne à l'engueulade. Comme Mark ne semble pas vouloir lâcher Jude, Caleb passe la journée avec Claude. Ils discutent toute la matinée, s'engueulent toute l'après-midi à propos des missions… Bref, rien de neuf.

Le jour finit par accepter de décliner, donc de clore la réunion. Claude salut Caleb en lui souhaitant « bonne chance », et tous les Orgueilleux se rassemblent autour de Nelly qui distribue les clefs des dépendances.

- Tiens Caleb, toi et Jude prenez la dépendance rouge.

Le jeune homme accepte les clefs qu'on lui donne, celles ornées d'un ruban rouge. Chaque dépendance à sa propre couleur, c'est plus facile, et plus personnel que des numéros. Il regarde Jude, comme pour vérifier que Mark n'a pas réussi à le faire changer d'avis. Non, il est bien là, à attendre le mouvement du départ de son partenaire. Caleb croise aussi le regard froid et dur d'Axel, mais refuse d'y prêter attention. Les réprimandes, ça commence à bien faire !

Dans le silence le plus religieux que le leur permette les ordres de la jeune héritière Raimon, Caleb et Jude se dirigent vers ce qui, il y a encore deux jours, ressemblait à un refuge. Leur dépendance est à dix minutes. Lorsqu'ils y parviennent, toutes les clefs ont été attribuées, et Caleb remarque que Mark et Axel n'ont pas hérité de la dépendance située à côté de la-leur, même s'ils restent presque voisins.

Le toit est rouge, évidemment, les briques aussi. A bien y regarder, la couleur est violente, vivante, sombre, avec cet éclat fascinant… cet éclat qu'ont les yeux de Jude… Le jeune homme introduit la clef dans la serrure et la fait tourner, afin qu'elle ouvre la porte, un peu rouillée. Les deux garçons pénètrent à l'intérieur. Tandis que l'un tente d'ouvrir les volets, l'autre tâtonne pour trouver l'interrupteur de la lumière. Lorsque le jour déclinant pénètre, Jude observe les lieux. C'est petit, toujours dans les mêmes tons de couleur que l'extérieur. Un coin cuisine, une table deux places, deux chaises, deux portes. Il ouvre la première et constate qu'il s'agit de la salle d'eau. La seconde porte est la chambre, constituée d'une commode et de deux grands lits simples, chacun le long d'un mur.

- Y a un côté que tu préfères ?

Jude se retourne violemment pour faire face à son partenaire. Caleb le regarde et lève un sourcil.

- Pour la chambre, Jude. Tu préfères le lit de droite ou de gauche ?

Le jeune homme demeure interdit quelques secondes avant de se reprendre. Il hausse les épaules. Il est dix-huit heures, le soleil a officiellement pris congé. Avec l'impression de devoir observer un moment de silence lors d'une cérémonie officielle, Caleb défait ses affaires, décide d'occuper le second tiroir de la commode, puis commence à défaire le lit de gauche pour mettre les draps. A moins de trois mètres, Jude joue les reflets maussades. Ça va être drôle de tenir comme ça jusqu'à l'heure de se coucher ! De toute façon, il est hors de question de laisser à Jude le privilège de mener la danse. Caleb aussi a son mot à dire. Il s'assied sur son lit en attendant que Jude termine d'installer ses affaires. Il le voit ralentir ses gestes, espérant sans doute le départ du jeune homme. Mais non, Caleb ne le laissera pas se dérober. Même en ralentissant à l'extrême, Jude finit par ne plus avoir de plis à lisser sur ses draps. Il se tourne, et la lumière de l'ampoule murale provoque un reflet dans ses lunettes.

- Y a peu de chances qu'un militaire te reconnaisse ici. Je pense que tu peux retirer les lunettes de soleil, ça t'évitera de te cogner aux meubles…

Il ne dit rien, ne retire pas ses lunettes.

- Tu vas me faire la gueule encore combien de temps ? Je t'ai dit que j'étais désolé, mais que…

- Oui, que tu avais des ordres, je sais !

- Alors quoi ? Ok, t'as raison, j'ai mal agi, mais t'aurais fait quoi à ma place ? C'était peut-être égoïste de rien te dire, mais je pouvais pas te laisser te morfondre à la caserne comme si c'était toi qui avais tué ces gens ! On est en pleine guerre, y a forcément des morts, Jude, et pas que des bourreaux.

- Tu tenais vraiment à ce qu'on soit ici tous les deux, pas vrai ?

- Ben oui ! Ça fait des semaines qu'on cherche un peu de…

Jude n'attend pas la fin d'explication de son camarade. Brusquement, il retire ses lunettes et les lance un peu hasard dans la pièce, offrant ses orbes grenat et furieux à son ami. Son corps se tend subitement, et Caleb craint la suite. Avec violence, Jude passe une main dans ses cheveux et arrache l'élastique qui les maintenait. Puis, en conservant toujours cette colère gestuelle, il agrippe son pull un peu grand pour l'envoyer au sol. Il reproduit exactement le même mouvement avec son T-shirt rouge délavé. Caleb est tellement perturbé par ces élans de violence qu'il ne prend pas le temps de s'arrêter sur le corps de son partenaire qui s'offre à ses yeux. Jude arrache la ceinture de son jean et entreprend de descendre la fermeture éclair de celui-ci. Caleb ne peut détacher ses yeux des mains du jeune homme.

- … d'intimité ? complète Jude. C'est ça le mot que tu cherches ?

- Qu'est-ce que tu fous, Jude ? demande-t-il en relevant ses yeux bleus.

- A toi de me le dire. J'te suce d'abord ou on passe tout de suite aux choses sérieuses ? Tu nous as amenés ici pour ça, pour qu'on baise, alors je m'en voudrais de piétiner tous les efforts que tu as faits.

- T'es vraiment trop con. Tu fais quoi là ? Tu me testes ? Cette mission, c'est toi qui me l'a demandée, Jude, c'est toi qui voulais passer ton temps à autre chose que des calculs ! Et maintenant, tu m'accuses de profiter de la situation ? Ben tu sais quoi, tu peux aller te faire foutre !

Il se retourne brutalement. Non, il n'a pas envie d'avoir cette conversation. Si son ami tient particulièrement à se persuader que Caleb profite de la situation, très bien ! qu'il le fasse. Maintenant, ça commence à bien faire.

- Tu crois pas que j'ai le droit d'être en colère ?

- Si, tu as le droit. Et tu as le droit de m'en vouloir d'avoir suivi les ordres, pour une fois. Mais je t'interdis de croire que je te manipule.

Il adresse un regard froid à Jude, comme pour le persuader de ses propos. Le jeune homme ne porte plus ses lunettes, Caleb remarque donc facilement l'incertitude qui murit dans les yeux grenat, les regrets aussi. Bien sûr, la colère ne disparait pas, pas si vite. Mais elle se calme, se tempère. Alors, Caleb réchauffe aussi son regard. Il s'approche lentement du jeune homme et pose une main hésitante contre son visage. Puis, toujours aussi incertain, il approche ses lèvres de Jude, les dépose contre sa bouche et la retire presque immédiatement. Il sent contre sa peau le souffle du jeune homme, ses yeux qui se ferment avec violence, une larme qui déborde. Caleb prend le jeune dans ses bras, comme il le ferait avec un ami, pas avec un amant.

- Je pensais qu'en quittant la caserne, explique Jude, j'allais fuir tout ça. Les massacres, les meurtres de civils… Je crois qu'Axel m'a fait de la publicité mensongère en me vantant les mérites du réseau. Je fais quoi maintenant que je sais que ça ne s'arrête jamais ?

- Rappelle-toi pourquoi tu es venu ici, Jude. Tu ne peux pas sauver tout le monde, alors réfléchis à ce qui est le plus important à tes yeux. Protégeons ceux qui nous sont chers, revendiquons notre liberté. On demandera pardon pour nos actes plus tard…

Jude s'écarte de son ami, un sourire distrait et mal dessiné sur les lèvres. Sa main gauche vient frotter ses yeux, ses lèvres aussi.

- Maintenant que t'es calmé, reprend Caleb, tu vas peut-être pouvoir te rhabiller…

Le sourire du jeune homme se fait plus franc. Bientôt, il recouvre sa poitrine dévêtue de son pull gris. Il vient rejoindre Caleb qui ouvre grand placards et réfrigérateur, à la recherche de l'élaboration d'un dîner pas trop compliqué. Jude est plus expérimenté que lui, parce que la cuisine a fait partie de son entraînement militaire, celui que Caleb a abandonné il y a deux ans. Alors qu'il tente de rétablir les bases de l'enseignement culinaire de son partenaire, Jude raconte comment s'est passée cette découverte du sommet. Caleb sourit en pensant au lendemain. Ça va leur faire un choc, à Axel et Mark, de se rendre compte que oui, leur amitié est plus forte qu'une simple dispute. Quoi que…

- Jude, je pense qu'on devrait continuer à faire semblant.

- Faire semblant ?

- Pour Mark et Axel. Je crois que c'est mieux qu'ils ne sachent pas qu'on s'est réconciliés. Passe les deux jours qu'il reste avec Bryce.

- De quoi t'as peur ?

- De rien, c'est que je me demande si Mark… Bref, c'est pas important. Évitons d'attirer les soupçons de Mark, ça le rassurera.

- Comme tu veux.

Ils dînent, et Jude est assez admiratif de la capacité qu'à eu son camarade à complètement oublier les bases culinaires de son éducation militaire. C'est décidé, Caleb ne s'approchera pas de la gazinière pour préparer le petit déjeuner, il n'aura même plus le droit de toucher au lait !

Jude se couche vers vingt-deux heures, alors que Caleb se concentre pour arriver à bout de Mme Bovary. Lorsque la jeune Emma accepte d'abandonner ses rêves littéraires et destructeurs, le jeune homme ferme le livre et prend place sous les couvertures. Le souffle lent de Jude lui parvient, et il se rend soudain compte qu'il n'arrive pas à dormir. Les deux journées qui viennent de s'écouler défilent dans sa tête, trente-six images par seconde. Les images lui donnent la migraine. Il résiste à l'envie de se lever.

Après une heure et demie à se retourner dans son lit, Caleb entend qu'à côté, Jude non plus ne trouve pas le sommeil. Même en lui tournant le dos, il entend bien le jeune homme quitter son lit, se rapprocher. Caleb, les yeux fermés, sent la couverture s'écarter de lui, et un corps se glisser aux côtés du sien pour se serrer à lui, l'enlacer. Le jeune homme ne dit rien, il se contente de s'écarter un peu pour laisser plus de place au visiteur. Avec ces bras autour de lui, ce corps étroitement lié au sien, ce souffle régulier frémissant dans son cou, pas sûr que le sommeil vienne plus facilement…

Pas sûr non plus d'avoir envie de se réveiller d'une telle nuit…


George Sand : Bon, c'est pas ultra utile pour la fiction, mais il s'agit d'une écrivain du XIXème, amante de Musset. Aujourd'hui encore, on la considère comme étant une grande écrivain, mais on retient surtout d'elle sa modernité, son féminisme. Elle s'habillait comme un homme, était révolutionnaire, portait un pseudonyme masculin...

Mme Bovary : Probablement le livre le plus célèbre de Flaubert, l'un des écrits majeurs du XIXème (et c'est quelqu'un qui déteste et Flaubert, et Mme Bovary, et le Réalisme qui le dit), paru en 1856, traduit en justice pour "atteintes aux bonnes mœurs", mais qui ne sera pas censuré, contrairement aux Fleurs du mal de Baudelaire qui se verra censuré de six poèmes la même année. Donc, sans entrer dans les détails, Emma Bovary est une jeune femme qui lit beaucoup, surtout des "romans à l'eau de rose", qui s'égare dans ses lectures, et qui, en retombant sur terre, sera tout à fait déçue par la vie réelle. Bref, on estime qu'Emma peut être le symbole d'une part des lecteurs, ceux qui se perdent complètement dans l'univers littéraire.

Dusky red : Moi qui suis limite anglophobe, j'ai été happée par ce terme que je trouve sublime, et que j'ai rencontré dans une nouvelle policière étudiée en cours d'anglais. On nous a donc expliqué que ce terme (qui était employé dans la nouvelle pour caractériser les cheveux d'une femme) signifiait "rouge sombre", "grenat', "profond". Vous voyez pourquoi j'ai adoré le terme ?

La Couleur rouge : Je n'ai pas du tout choisi cette couleur par hasard, et ça va même au-delà du parallèle avec les yeux de Jude. Le rouge, aujourd'hui, est la couleur du sang, de la violence, du communisme aussi, mais également de la révolution. J'ai découvert, entre autre, que la couleur rouge avait longtemps été bannie de la dictature de Birmanie, parce qu'il s'agissait de la couleur officielle du parti d'Aung Sang Suu Kyi, donc de l'opposition non violente. Par ailleurs, le rouge, dans la Bible, est également la couleur de la vie. Enfin, en hébreux, le mot "rouge" se prononce de la même façon que le mot "Adam". Oui, j'ai fait une mini thèse sur la couleur rouge, ceci n'est pas une plaisanterie.