Salut les gens, désolée pour le retard de cette fiction. J'ai une excuse cependant, vous, vous êtes probablement pour la plupart en train de passer vos examens...Pour ma part je suis dans la vie active (HUM. Plus ou moins) et j'ai donc dû bosser...Pour la convention nommée Japan expo, sur laquelle j'ai un stand avec une bandes d'amis illustrateurs (comme moi). Si jamais vous passez dans les parages d'ailleurs, n'hésitez pas à venir au stand Manfah (hall 6, allée 1 chez les amateurs) nous vendons un magazine fait par nos soins regroupant 4 BD aux styles métissées (coincées entre les style manga/comics/Franco-belge). Bon du coup j'ai fini ma pub (et je retourne bosser pour la convention).
Je vous remercie de votre patience et j'espère que ce chapitre vous plaira (pas mal de révélations dans celui-là, mais normalement, si vous avez été attentifs et bien fait le tri dans les mensonges de Nova, vous devriez avoir déjà songé à tout ça). Merci beaucoup aussi pour vos reviews.
Sheego - Merci beaucoup pour ton compliment, j'espère que la suite de la fic te plaira d'autant plus...Et que tu n'auras pas à attendre aussi longtemps pour le chap suivant. Désolée !
Ondatra zibethicus - Ah. Désolée pour la gifle alors. Mais je suis ravie que l'interlude t'ai choqué à ce point. C'était un peu le but, j'étais assez mal assurée sur la fin, parce je savais pas si s'arrêter là était une bonne idée (mais je ne voulais pas développer plus). Et oui j'adore rendre les enfants mignons, comme ça c'est encore plus amusant de les tortu...HUM. Oui j'aime les enfants mignons. Ne dis pas à Ben que tu as pitié de lui, il serait capable de te mordre. Voilà donc le prochain chap sur lequel j'ai tant bloqué. j'espère qu'il te plaira !
Johana-sama : Pas de problème pour le temps, j'ai mis énormément de temps à écrire ce chapitre alors bon...On est quittes ! Ah-ah faut croire que j'ai foutu des gifles à tous mes lecteurs avec cet interlude. Mais oui, évoquer le problème de l'abus c'est pas pareil que le raconter. Que tu dises avoir été transportée dans l'univers de Ben me touche énormément, car après tout c'est le but de l'(écriture, non ? Transporter le lecteur ailleurs. Du coup je suis déjà aux anges avec ce début de commentaire. Cela m'arrive aussi des fois, pendant la lecture, d'espérer une tournure différente alors que je sais ce qui va arriver et je dois te dire que j'adore jouer avec ça (j'appelle ça la fatalité scénaristique et je trouve que c'est tès prenant comme sensation) Hum pour la suite de ton commentaire, excuse-moi, je ne vais pas développer, car tu abordes un sujet qui me fait mal personnellement. Mais oui, l'alcool n'excuse en rien les actes commis, même si on est sous l'influence d'une substance, on fait le choix de s'y noyer. Donc pour moi l'alcool n'aurait pas été une excuse. "Papa" est un manipulateur et n'a aucune excuse dans cette histoire, tu apprendras à le connaitre un peu plus dans les autres interludes sur Ben (mais avant il y aura quelques interludes sur Nova aussi =v). En tout cas merci de ces beaux compliments, je suis ravie que tu n'aies rien vu venir (et désolée pour le choc) J'ai fait beaucoup de recherches sur les abus pour réussir à écrire cet interlude et voir toutes ces remarques positives me fait comprendre que ce n'était pas pour rien. Alors merci. Tu as également raison de te méfier de la "Mamie" elle est loin d'être sans tâche. Concernant le papa, tu cherches dans la bonne direction, donc continue ? (Tu as relevé de bons indices, bravo !) L'insulte aussi est importante, et tu te poses la bonne question. Ne t'en fais pas pour tes fausses suppositions, regarde, des fois tu tombes juste ! Et je dois t'avouer que tes hypothèses sont toujours intéressantes (bonnes ou mauvaises) et j'adore les lire (et du coup me demander ce que ça changerait dans l'histoire si elles étaient vraies). En tout cas merci encore pour ton commentaire, j'espère que tu continueras à me suivre.
Pour me faire pardonner de la longue attente, ce chap est plus long que d'habitude. Bonne lecture.
Chapitre 9 – Supernova Shaw.
Les humains sont des êtres étranges, je le savais déjà et tu me le répétais souvent, mais je devais avouer que trouver une maison sous l'entrepôt, même toi tu ne t'y attendais pas. Dire qu'il suffit pourtant d'un bon trou où dormir, avec de l'eau pas loin et du gibier dans un bosquet voisin pour rendre un loup heureux ! Enfin, au moins, personne ne risquait de venir nous chercher là-dessous, et il y avait un jardin –un jardin sous un entrepôt, vraiment, je ne comprenais pas.
Je m'installai dans un petit coin du jardin, derrière un bon nombre de haies formant un drôle de dédale, juste à côté d'une sorte d'estrade en bois. Je pouvais me cacher là-dessous, à l'ombre et espérer que la sans-odeur nous oublie. Je les entendais babiller plus loin, essayer de regrouper ce qu'il fallait aux chatons –un panier ! Ils voulaient en faire des chats d'intérieurs ? Pourquoi pas un coussin pendant qu'ils y étaient !
« Et le chien, on en fait quoi Nova… ? Moi il me fait un peu peur, il est vraiment énorme…Les chats je les veux bien dans l'hôtel, mais ça, dedans ? Il fera peur aux futurs clients…
-Du calme Caro...Heureusement que tu as dépensé une fortune pour faire un jardin de promenade, non ? Tu as suivi mes plans, non ? Alors nous n'avons qu'à l'installer dans la cache du jardinier. Il y sera bien. Il gardera la demeure en attendant…Plus il est effrayant, mieux c'est. »
Je reniflai bruyamment et retroussai les babines, tes avertissements ne firent que me donner plus envie de lui broyer la tête. Pour qui me prenait-elle ? Un vulgaire chien de garde ? Cette sans-odeur commençait sérieusement à m'agacer, elle n'avait pas intérêt à approcher sa main de trop près, j'avais bien envie de voir si elle était une sans-goût aussi !
« Oh là là…Je le sens vraiment pas tout ça. Comment tu as fait pour trouver une bête pareille Kaen ? Il est vraiment gros…Moi à ton âge je me serai carapatée en le voyant…
-J'aime les toutous ! Il est tout doux, doux. Pis il a pas de maison et il jouait à cache-cache et…
-Kaen, cela ne me dérange pas que tu trouves des animaux de compagnie, mais s'il te plait, ne sort plus de l'entrepôt.
-Mais maman il appelaiiiit !
-Ah bon ? Je n'avais pas entendu de chien moi…
-Je me fiche qu'il aboie ou pas. Quand je te dis que tu ne sors pas, tu ne sors pas, et c'est tout Kaen. Compris ?
-Oui Maman.
-Tu peux en revanche m'accompagner faire les courses si tu veux. Ou sortir avec Caro ou Artie, mais pas tout seul. D'accord ? Tu veux faire quoi ?
-Toi, toi ! »
Je les entendis se préparer puis sortir bruyamment, et je grognais d'aise. Plus elle se tenait loin de toi, mieux ça allait. En revanche tu n'étais pas de cet avis, je te sentais stressé, inquiet de te trouver dans un endroit que tu ne connaissais pas, bizarre, à la merci de cette fille…Comme si je n'étais pas en mesure de la croquer si jamais elle tentait de te blesser ! Et surtout, tu ne savais pas quoi faire pour la pleine lune qui approchait. Cela m'ennuyait aussi, je n'étais pas aussi inconscient que tu le croyais, j'avais bien compris que nous pourrions pas aller chasser du gibier dehors avec les loups qui nous cherchaient partout. Mais je savais me tenir, si on nous nourrissait bien et…
Ah une puce !
Je grattai frénétiquement un point situé derrière mon oreille gauche –pourquoi choisissaient-elles toujours cet endroit ces bestioles ?- quand j'entendis les deux autres humains reprendre la discussion sans la sans-odeur.
« Je n'aime pas ça.
-Quoi Artie ?
-Ne fais pas comme si tu ne le voyais pas !
-Voir quoi ?
-Elle agit bizarrement ! D'abord cette sortie qui a failli la tuer, toute seule sans arme avec Kaen…Et maintenant elle abandonne la traque de l'autre salopard de violeur sans raison (Il recula dans un piaillement pitoyable quand je grognais : personne ne te traitais de la sorte sous ma garde ! ) –E…Et-et elle adopte des chiens et des chats alors qu'on est ici qu'en touristes… !
-Si ça lui fait du bien Artie, pourquoi on devrait l'arrêter ? J'ai lu un truc, sur la thérapie des animaux, apparemment c'est vraiment bien, Nova aussi l'a lue d'ailleurs, je suis certaine qu'elle peut encore te la réciter mot-pour-mot. Puis je suis pas fâchée qu'elle oublie cette idée de vengeance et qu'elle laisse faire la police. Cela évitera qu'elle meure elle aussi.
-Nova n'a jamais abandonné quoique ce soit avant ! Quand elle commence quelque chose elle le termine ! Tu le sais aussi bien que moi. Et puis sincèrement, tu trouves qu'elle va bien toi ? Elle ne sourit jamais plus qu'à ce sale gosse…Et elle me traite comme son larbin.
-Il me semble que tu aimais qu'Heather te traite comme ça…Et Peut-être qu'elle te traite comme ça parce que toi, tu la traites comme si elle allait se casser au moindre coup !
-Et ce n'est pas le cas Caro ?
-P…La suprotéger ne va faire qu'empirer les choses et tu le sais bien !
-Alors tu me demandes quoi ? De faire comme si rien ne se passait ? La laisser trainer au milieu de ces…ces bêtes sauvages ? »
J'avais comme la vague impression qu'il parlait de nous là, et l'envie me démangeait de lui montrer à quel point je pouvais me montrer sauvage. Rondouillard et gauche comme il était celui-là, la traque ne serait guère amusante, mais au moins il y aurait beaucoup de viande à disposition.
« Je peux pas faire comme toi Caro, je peux pas faire comme si tout ça n'était jamais arrivé ! Je peux pas…je peux pas supporter de la voir comme ça. Je la connais depuis plus longtemps que toi, tu ne te rends pas compte à quel point…à quel point elle a changé !
-Encore heureux qu'elle ait changé, Heather est morte, Artie !
-Je sais ça, pas besoin de me le dire !
-C'est toi qui m'a dit que tu ne voulais pas qu'on fasse comme si rien ne c'était passé ! Il faut que tu arrêtes de ne pas en parler Artie, Nova a été violée puis laissée pour morte, elle a vu Heather se vider de son sang, comment veux-tu que ça ne la change pas ? Regardes-toi, tu n'as pas assisté à tout ça et tu es…
-Je suis ?
-Pourquoi je te parle de ça ? Tu sais quoi Artie, démerdes-toi tout seul, j'ai du boulot, moi. »
Visiblement il y avait des problèmes de dominance dans cette meute, cela n'allait pas tarder à exploser. Tu commençais sérieusement à paniquer à cause de leur discussion. Cela n'annonçait rien de bon et je cherchais immédiatement une sortie de secours pour nous échapper si tu te retrouvais en danger. J'avisai aussitôt des espèces de lumières fluorescentes qui brillaient sous les sentiers de graviers, ils menaient tous vers une porte barrée, ce que vous les humains appeliez des coupe-feu ou exit. Il suffisait d'appuyer mes pattes sur le centre de la porte pour m'en aller. Cette découverte te rassura suffisamment et je sentis peu à peu ta conscience sombrer. Cela me convenait, moins de pensées humains, plus d'instinct, moins de soucis. Je fermai les yeux et m'installai sous un buisson épineux. Je devais être fatigué par la fuite et notre lutte pour le contrôle car je dormis presque tout l'après-midi. De temps en temps je percevais du mouvement. Les chatons qui miaulaient, cette Caro qui essayait de donner des instructions à des ouvriers à l'intérieur de la maison…Et le gros aussi, je l'entendis partir à toute vitesse en maugréant. Bon débarras.
Le repos ne fut pas des plus bénéfiques, le lien de meute nous tiraillait, nous appelait. L'appel résonnait dans nos oreilles et nous demandait de les rejoindre. Je mourrai d'envie d'obéir, d'aller chasser avec eux, comme avant. Mais tu étais là aussi, dans mon rêve, et je savais que si je les écoutais je devrais t'abandonner, et ce n'était pas possible. Tu avais besoin de moi pour te protéger. Si je ne le faisais pas, après tout, personne ne viendrait à ton secours. Tu le savais, et tu n'aurais pas la force de supporter tout cela une nouvelle fois. Tu n'étais même pas sûr de pouvoir supporter ça, avec moi. Alors je resterai. Je ne les écouterai pas Ben, ne t'inquiètes pas, je suis là, et je reste avec toi. Jusqu'à la fin. Peu importe celle que tu choisis. Être un monstre t'apporteras au moins ça : tu ne seras plus jamais seul, je te le promets. Cette fois, il était hors de question que je te trahisse pour eux.
Le retour de la sans-odeur mit fin à nos rêves tourmentés de chasses passées et oubliées. Bien caché sous mon buisson et bien décidé à y rester pour l'épier et la dévorer…Bon puisque tu insistais, j'allais peut-être juste lui faire peur, très peur plutôt que la manger, histoire de lui apprendre à ne plus gâcher nos vies. Inconsciente de ma menace, elle s'avança au milieu du jardin et envoya :
« Je suis rentrée. J'en ai profité pour acheter de la nourriture pour animaux et ce qui nous manquait pour la soirée. Dans le livre ils disent que si on arrive à les faire manger des croquettes humidifiées on a beaucoup plus de chance de sauver les chatons. Oh, et j'ai croisé la garagiste aussi sur le chemin, aussi, mais elle a fait beaucoup d'efforts pour ne pas me parler alors je l'ai ignorée aussi. »
Elle n'attendit pas de réaction particulière, ayant lancé ça en entrant, et vu la largeur de l'entrepôt, je doutais que qui que ce soit ait pu l'entendre, à part nous. Elle devait s'en douter, car elle haussa des épaules en regardant son fils.
« Oh. Bon d'accord. Où êtes-vous Shaw ? »
Le grognement m'échappa. Venait-elle de prononcer ton nom d'humain ? Immédiatement je bondis sur nos pattes, prêts à faire ce que nous savions faire de mieux : fuir. La sans-odeur jeta un regard alentour sur le jardin, sans ses expressions il m'était impossible de lire ses émotions et cela exacerbait d'autant plus ton malaise.
« Je sais que vous m'entendez Ben. Je n'héberge pas tant de loup-garous que ça, sortez maintenant. »
Elle savait. Elle savait pour moi. Elle savait pour toi. Elle savait pour nous !
Je peux la dévorer maintenant ?
« Il est là maman. »
Kaen se tenait derrière nous. Je l'avais vu la seconde d'avant dans les jambes de sa mère et sans un bruit, sans m'alerter, il avait réussi à me dénicher, à me trouver, à me prendre par surprise. Il aurait pu nous tuer, réalisai-je. A peine cette pensée te parvint-elle que je me retrouvai face à deux personnes me barrant la route. Nova avait rejoint son fils et me dévisageait.
Non, elle te dévisageait.
Mais je ne la laisserai pas t'approcher. Ne t'en fais pas Ben. J'étais plus fort qu'elle, plus gros, plus rapide, quelque soit la magie qu'elle osait utiliser contre nous ! Qu'elle essaye seulement !
Pourtant à ma grande surprise elle n'esquissa pas la moindre attaque, pas même eut-elle un mouvement menaçant, elle se contenta simplement de se pencher vers son fils, de lui frotter la tête et de lui sourire tendrement :
« Kaen, tu peux aller apporter les livres et dire qu'on est rentré à Caro ?
-Et toutou ?
-Je m'occupe de lui. Va jouer avec les minous, sois un ange. »
Elle le détacha, je remarquai pour la première fois la laisse qu'elle avait accrochée à la ceinture du garçon. Voulait-elle m'enfiler un collier et me faire jouer les toutous de salon ? Ah, pour qui elle se prenait ? Croyait-elle sincèrement que j'allais me laisser faire ? Le petit détala bien vite –trop vite- mais j'essayai de rester focaliser sur l'ennemi. La sans-odeur. Puisque je ne pouvais pas la suivre avec mon nez, j'allais devoir le faire à la façon humaine –avec les yeux, quelle déchéance !
Je vis à retardement son simple mouvement de poignet, et je claquais des dents un poil trop tard pour l'avertir de ne pas me toucher. Ses doigts se posèrent sur mon museau, et celui-ci me picota, comme si du vent et de la rouille venait de s'engouffrer dans mes narines. Je secouai la tête et éternuai pour chasser cette désagréable impression d'avoir été souillé par quelque chose d'invisible. J'avais vu son pouce effleurer ma truffe, ses ongles crisser sur mon pelage et pourtant, je n'avais rien senti. Pas de présence, pas de chaleur, pas de consistance. Cette Faë était dangereuse. Dangereuse d'une façon que je ne reconnaissais pas et dont j'ignorais comment te protéger.
C'en était trop, les attaques avaient assez duré ! Tant pis pour tes ordres, de toute façon je détestais qu'on m'en donne. Tant pis pour le contrôle et le danger. J'allais l'égorger ! Là maintenant ! Et nos ennuis seraient finis. Comme j'aurais dû le faire depuis bien longtemps !
Je bondis, tout de crocs et de griffes, et ton hurlement se fit l'écho de mes battements de cœurs. Regarde donc dans quel état elle te met ! T'envoyai-je en fermant ma gueule sur la chaire tendre de son cou.
Et mes mâchoires claquèrent l'une contre l'autre sans que le moindre goût de sang n'emplisse ma gorge. J'atterris sans ma proie au sol.
« Ce n'est pas bien de mordre la main qui vous nourris vous savez ? » Retentit la voix de Nova dans mon dos.
Je me retournai précipitamment, mais elle n'avait pas bougé d'un pouce, comme si je lui étais tout simplement passé au travers, comme si je ne représentai aucune menace. Quelle sale petite orgueilleuse ! Celle-ci me regarda comme on observe un jeune loup impudent avec une condescendance nappée d'indifférence.
« Je ne vais pas vous faire de mal, Ben Shaw. »
Nouvelle réplique. Mais si elle mentait, elle mentait, elle t'en avait déjà fait ! Elle allait recommencer ! La sans-odeur se releva à nouveau et me toisa de tout son long, d'un regard digne d'un alpha. Je ne pus m'empêcher de baisser les yeux et m'en voulus aussitôt. Ce n'était pas elle mon Alpha ! Je choisissais mon Alpha et j'avais choisi Adam ! Personne d'autre que lui ne me donnerait d'ordres ! Plus jamais !
Mon grognement ne lui fit ni chaud ni froid.
« Croyez-vous sincèrement que je vous aurais accueilli ici si je vous voulais le moindre mal ? Réfléchissez enfin. Vous croyez que je suis stupide au point de ne pas reconnaitre un Loup-garou quand j'en vois un ? Vous croyez sincèrement que je vous laisserai vous approcher de mon fils, de mes amis si jamais je désirai vous attaquer ? Vous croyez que je suis naïve au point de croire que vous hésiterez une seconde à les égorger ? »
Elle était stupide : elle était naïve, après tout n'était-elle pas venue chez nous, pour te menacer d'un flingue, pour te tuer, sous mes yeux ? Sous nos yeux ? Dans notre meute ? Ne la crois pas ! Pourquoi tu n'écoutais pas mes avertissements ? Pourquoi t'intéressais-tu à ce qu'elle disait alors que nous aurions dû ne songer qu'à une chose, comment nous enfuir, passer la frontière et disparaitre ? J'observai le regard de cette Faë ; cette chose, tandis que tu reprenais peu à peu le contrôle, que tu me repoussais dans les tréfonds de notre âme. Pourquoi t'infligeais-tu ça Ben ? Elle allait te faire du mal comme toutes les autres !
La Faë sembla percevoir le changement, car elle hocha du chef, mais ne commit plus l'erreur de nous toucher sans notre permission. Il s'écoula quelques secondes de silence total, grave, avant qu'elle hoche simplement du chef.
« Bien. Je voulais mettre les choses au clair entre nous. Puisque vous êtes sous mon toit. Je ne vous dénoncerai pas. Je ne vous poserai pas de questions. »
Pourquoi faisait-elle ça ? Ma gueule n'arrivait pas à articuler cette phrase, former les mots qui te brûlaient les lèvres.
« Vous voyez le pavillon de jardin là-bas ? »
Elle pointa du doigt une large scène dont les barrières ouvragées de bois se transformaient en colonne géométriques et soutenaient un toit en tuile à la manière des vieilles illustrations humaines dans les livres.
« Il est surélevé par rapport au sol, il y a une chambre en dessous, pour le jardinier. Enfin celui qu'on n'a pas encore. Vous pourrez l'utiliser si jamais vous avez besoin de vous transformer. »
Je lui jetai un regard oblique et méfiant. Elle haussa des épaules.
« Je me suis renseignée auprès de la meute de Londres, sur vous et vos habitudes de Garou. Je sais que vous ne pouvez pas rester longtemps sous cette forme sans risquer de devenir fou et tuer tout le monde. »
Son visage changea du tout au tout et pour la première fois je sentis une odeur de colère et de sang, tandis qu'elle prononça froidement :
« Je vous préviens. Si je perds un seul autre être cher à cause de vous à nouveau, vous verrez de quoi est capable le monstre que vous avez créé. »
Ces mots résonnèrent dangereusement en toi, réveillant de vieilles blessures, jamais vraiment cicatrisées. Je grognais aussitôt pour te rappeler qu'il était encore temps : qu'en me laissant le contrôle et je pouvais encore…Mais tu refusas cette solution.
Pourquoi faisait-elle ça ? Est-ce que ça l'amusait de nous voir souffrir ? De me voir échouer à te protéger ? Etait-ce déjà pour ça qu'elle nous avait tirés des eaux ? Pour prolonger ton agonie ? Ta culpabilité ? Ce n'était pas juste. Ce n'était pas juste. C'était mon rôle à moi de te sauver Ben, pas le sien…
J'avais déjà fait de toi un monstre, éloigné de ceux que tu aimais, ne pouvait-elle pas me laisser te sauver ? C'était tout ce que je pouvais faire pour toi, te protéger. Sans cela, qu'étais-je pour toi, sinon le poids qui t'entrainait vers l'abyme du fleuve ?
« Novaaa ! »
Le timbre strident de cette Caro nous interrompit, et Nova leva la tête en direction du bruit, de nouveau impassible. D'un geste assuré elle se releva, s'épousseta, et me pointa du doigt le refuge qu'elle nous proposait.
Tu t'y ruas sans me demander mon avis. Derrière le treillis recouvert de lierres, tu te tapis dans la terre, tout près de l'entrée dont elle avait parlé et épias la jeune femme. La méfiance que je sentais palpiter en toi ne me rassura qu'à peine.
« Ah te voilà ! Tu étais passée où enfin ? Quand j'ai vu Kaen rentrer sans toi j'ai eu la peur de ma vie ! »
La jeune indienne, la main sur le cœur, essoufflée comme après avoir couru un marathon, mis en avant le gosse comme s'il s'agissait d'une preuve essentielle lors d'un procès.
« Tu sais, généralement, c'est plus l'enfant qui se perd que la maman.
-Je sais bien, mais je me suis inquiétée !
-Où est Artie ?
-Nova, ne change pas de suj…
-Que veux-tu que je te réponde d'autres ? Tu t'es inquiétée, désolée, mais il ne m'est rien arrivée de grave alors pourquoi épiloguer et s'inquiéter pour quelque chose qui aurait pût se produire mais n'est pas arrivé ? Seul ce qui est arrivé compte, et parfois ce qui peut arriver mais ne s'est pas encore produit. Alors où est Artie ? D'habitude c'est lui qui accourt dès que je fais un pas de traviole, comme si j'allais me casser en milles morceaux au moindre coup de vent. »
Caro afficha une mine abasourdie un moment, puis sans crier de gare elle explosa de rire. Nova ne bougea pas d'un pouce face à son hilarité, mais Kaen, lui, tira sur la jupe de la jeune femme avec un air étonné.
« Pourquoi tu rigoles ?
-C'est rien Kaen-chéri, c'est juste que ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu ta maman faire preuve d'autant de…De…
-De quoi ?
-De manque de savoir vivre ! Oh mon dieu, tu t'es écoutée ? Dire qu'Artie croit que tu as trop changé, s'il avait entendu ça, il aurait tout de suite dû revenir sur ses mots ! Ah-ah !
-Très drôle, vraiment. Je meurs de rire là. »Marmonna Nova.
Si seulement c'était vrai.
« Et donc, Artie ?
-Tu ne lâches pas l'affaire non plus. Je ne sais pas où il est. Il m'a énervée tout à l'heure. Je veux dire, plus que d'habitude. Les mecs m'énervent en général, mais là, vraiment…
-Caro…J'ai compris l'idée.
-Ouais, bah il est parti tout à l'heure pour faire je sais pas quoi, pendant que je faisais tout le boulot. Il va revenir. Les mecs ça revient quand ça a faim. »
Il y eut un silence, puis la dénommée Caro cessa brutalement de rire, changeant d'humeur comme de chemise, aussi vite que l'éclair, comme pour compenser le manque d'expressivité de son amie. Elle avait déjà un débit et une voix exaspérante ce qui rendait le tout très peu supportables pour mes pauvres oreilles.
« Quoi ? Tu as peur ? Tu as un mauvais pressentiment ? Une…Enfin…
-Non. Plus depuis l'accident, du moins quand ça le concerne. Juste je n'aime pas l'idée de le savoir tout seul dehors. Mais je te l'ai dit, ça ne sert à rien de se soucier de ce qui n'est pas arrivé.
-Oui mais ce qui pourrait arriver et est encore incertain… Peut-être que tu pourrais l'en empêcher.
-Si je savais contrôler ça, si j'en étais capable Caro, tu crois sincèrement que j'en serai là ?
-Tu pourrais apprendre…
-J'essaye. »
Je ne comprenais rien à leur charabia, mais cette conversation venait de jeter un froid entre les deux filles, je croyais que tout venait de se finir quand la jeune indienne claqua brusquement dans ses mains :
« Bon, parlons de choses plus réjouissantes ! Après tout tu as raison. Rien n'est fait. Je me suis occupée des chatons, ils vont avoir un joli coin à eux.
-Ils vont faire un tabac durant la fête d'inauguration de l'hôtel.
-Ah-ah et comme d'habitude je suis certaine que tu vas avoir raison. Mais continue, j'adore quand tu me dis que j'ai des idées géniales et que mes projets cartonnent !
-Si tu ne fais pas de bêtises, il n'y a aucune raison que ça rate Caro, tu n'as pas besoin de mes prédictions pour le savoir.
-Oui mais j'aime les compliments.
-Si tu veux alors, tes idées sont bonnes, tu vas tout exploser pour peu que tu te serves de ta tête. Ton père sera fier de toi. Je continue le cirage de pompe ?
-Nan, c'est bon, j'ai mon compte, je ne vais plus passer les portes. En plus je commence à me demander si tu ne te fous pas de ma gueule là.
-Moi ? Jamais.
-Mouais… »
Kaen devait en avoir marre des conversations d'humain –autant que moi- car il s'exclama brutalement :
« Maman… ! Je peux jouer ?
-Bien sûr Kaen, mais ne sors pas. »
Le petit garçon s'en alla en courant, et dès qu'il fut éloigné, Caro sourit diaboliquement, le genre de sourire que lançait Mercy quand elle avait une idée dans la tête. Une mauvaise idée.
« Bon, et vu que le petit est parti, on va pouvoir avoir une vraie conversation de filles !
-Je ne veux pas rencontrer de garçon Caro. »
La surprise de la jeune indienne ne dura guère longtemps, vite substituée par l'odeur typique de l'exaspération.
« Tu sais que tu es vraiment agaçante ? On ne peut jamais te faire de surprise ! Et si, tu vas voir ce garçon. Je l'ai rencontré, il est charmant, et tu sais pourtant à quel point je déteste les mecs. Il est temps que tu sortes ! Que tu rencontres des gens. Que tu oublies tout ça et…
-Je ne veux pas oublier Caro. Je déteste oublier, je n'avais jamais rien oublié avant, je ne veux pas que ça continue, j'en ai assez d'oublier ! Elle ne mérite pas que je l'oublie ! »
La dénommée Caro se mordit la lèvre, déstabilisée. Comme il était étrange d'entendre une voix aux accents si troublé, empli d'une telle émotion, alors que l'expression de la sans-odeur demeurait aussi impassible que la glace.
« Je sais. Je sais. Excuse-moi ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce que je veux dire c'est que…Tu ne peux pas rester là-dessus toute ta vie. Je te jure que c'est un type bien, Nova. Je l'ai rencontrée sur le chantier et…
-Menteuse.
-Quoi ?
-Tu ne l'as pas rencontré sur le chantier, je connais tous les noms des ouvriers qui travaillent ici, il n'y en a pas un seul qui a mon âge et surtout…Ils parlent tous espagnol et pas moi. Alors sauf si tu veux que nous ne parlions pas de la soi...
-Tu es agaçante quand tu fais ça, tu sais ? En plus je suis certaine que si je te laissais un dictionnaire d'espagnol ce soir, demain tu te débrouillerais assez pour avoir une discussion avec n'importe quel espagnol.
-Tu me surestimes. Et Tu ne me mentirais pas sans raison…Alors je suppose que ce rendez-vous n'a rien d'un « hasard » ou d'une « pulsion » et que tu le prévois depuis un moment. Combien de temps ? Un mois ? Deux semaines ?
-Ok. Depuis huit jours. Et c'est mon cousin. D'où mon assurance, il est vraiment gentil et…
-Ma réponse sera toujours non, je ne sorti…
-Nova ! »
Silence. L'indienne envoya un regard digne d'un chaton, d'un chien battu, celui que Jesse affichait quand elle savait qu'elle allait morfler et essayait d'amoindrir les dégâts. Elle savait que nous les loups nous protégions les plus faibles de la meute et les petits. Nova y resta totalement insensible, pour peu ce qu'en trahissait son expression. Pourtant quand elle ouvrit la bouche, ce fut une voix penaude qui franchit ses lèvres. Le contraste m'hérissa le poil tant il m'apparut si peu naturel.
« Ne me force pas Caro. S'il te plait. Je ne veux pas. Tu sais que je suis nulle avec les gens. Je ne sais pas leur parler, je les mets mal à l'aise, je les…terrifie au pire, les impressionne au mieux. Et je me mets à dire des bêtises, à mentir ou à faire…Je ne sais pas. Je n'y arrive pas avec les gens IRL. J'ai besoin de mon écran…D'avoir le temps de réfléchir à ma réponse…
-Mets-toi en mode enquêtrice, tu y arrives bien quand tu enquêtes…
-Parce que je mens ! Être…honnête c'est trop dur, je n'arrive pas à trouver le bon équilibre. Quand j'essaye on me dit que je suis trop franche et…Et puis que veux-tu que je fasse ? Un rendez-vous ? Dehors ? Toute seule ?
-Non, non j'ai tout arrangé ici, vous serez dans le jardin, en tête à tête. A l'abri, pas de mauvaise surprise.
-Et pour faire quoi ? Le regarder manger ? Et quand il me demandera « pourquoi tu ne manges pas ? » je lui répondrai quoi ?
-Nova…
-Et même après Caro ! On va faire quoi après le diner ? Je vais l'emmener jouer à un jeu vidéo ? Lui montrer mon ordinateur, mes mangas…Mon fils ? Coucou salut, j'ai un enfant, toujours partant pour sortir ?…Et d'ailleurs j'en fais quoi de Kaen pendant ce temps, je lui donne un somnifère ?
-Bien sûr que non, je m'en occuperai, j'ai tout ce qu'il faut, des chatons, un jeu de mémory, son lait…Et Tu n'es pas obligée d'être sérieuse avec lui !
-Alors ce sera juste un coup d'un soir ? Vraiment ? Et quand il commencera à me déshabiller et que je vais disparaitre dans ses bras, réapparaitre paniquée, qu'il me passera au travers, on lu… »
Oh ? C'était donc la panique qui la faisait disparaitre ? Un semblant de contentement me traversa : à défaut de l'avoir blessée, je lui avais fait assez peur pour qu'elle enclenche son système de protection ! Je n'aurais jamais deviné seul. Caro, elle, semblait savoir, car elle continua, d'un ton encore plus suppliant :
« Tu ne peux pas rester dans cet état ! Tu…Ecoutes…Nova ma chérie…Je sais que c'est dur. Je sais que…que rien ne sera plus jamais comme avant. Mais tu ne peux pas rester bloquée comme ça. Toi, tu as encore la vie devant toi ! Il faudra bien te mettre à avancer un jour !
-Alors c'est ça ? Tu as trouvé un rencard…pour que je n'aille pas courir la campagne à la recherche du tueur d'Heather ?
-Non. Je t'ai trouvé un rencard parce que je t'aime et que ça me fait mal de te voir coincée dans le passé. Je veux que tu aies un avenir. Et je veux que ce soit avec quelqu'un qui ne te fera jamais de mal. »
Tu essayais de nouveau de démêler ce que tu savais, ce qui te revenait, dans ce méli-mélo d'informations. Et encore ce nom, cette Heather. Il résonnait en toi comme un gong sans que tu ne parviennes à le faire taire ou même à dénicher l'origine. Au final, je n'entendis même pas le fin mot de l'histoire, trop occupé à juguler ta panique. Elles étaient parties depuis longtemps quand je repris le contrôle, et je me retrouvais de nouveau seul, en tête à tête avec toi. Sauf que notre refuge prenait des allures de nid de vipères.
J'avais douté de l'innocence de Ben.
Prise entre les différentes preuves et évènements, devant son absence et les accusations, j'avais douté de l'innocence de Ben.
Bien sûr, tout ça, c'était des excuses, honteuses, même. J'avais douté de lui, et c'était tout ce qu'il y avait à dire. Lui, la nuit de mon viol, n'avait pas failli, il m'avait défendue face à Adam, contre son propre Alpha, et moi je me retrouvais incapable de lui rendre la pareille contre un inconnu. Un gosse, un humain en colère. Cette constatation me minait plus que je ne l'osais l'avouer. Ben n'avait pas besoin qu'on l'abandonne à nouveau, surtout pas qu'une femme, que moi, je l'abandonne de la sorte.
Ben coupable ?
Je doutais encore une fois.
Pourtant je n'arrivais pas à refouler cette idée. Et je lui en voulais, comme je lui en voulais ! J'étais furieuse contre lui. Pour avoir peut-être fait une chose pareille, pour avoir laissé des preuves de sa culpabilité quelque part, pas avoir été assez malin pour ne jamais être inquiété. J'étais furieuse contre Tony qui m'apportait ces dites preuves alors que je savais qu'il n'était qu'un messager factuel. J'étais furieuse contre cet Artie, pour exister, pour oser me mettre face à ce que mon ami avait potentiellement causé. J'étais furieuse contre Nova qui était venue et bouleversait la paix avec ses vérités que je ne voulais pas entendre. Et surtout, surtout, j'étais furieuse contre moi. Furieuse de ressentir tout ça, de blâmer des faits, des preuves manquantes, des innocents et des messagers. Furieuse de penser que je préférais le savoir coupable –mais jamais puni, plutôt qu'innocent à ce stade. Furieuse de prendre la défense de Ben malgré les preuves, mais furieuse de toujours refuser ce que je voyais, ce qu'il m'avait avoué. J'étais prête à le défendre corps et âmes s'il était innocent, ne le savait-il pas ? Ne le comprenait-il pas ? Alors pourquoi mentir ?
Parce qu'il était bien coupable, non ?
Pourtant je le connaissais, je savais, je voulais croire qu'il en était incapable. Et je refusais d'admettre que je pouvais me tromper. Cela me donnait la nausée et envie de vomir, me comprimait le cœur dans un étau.
Ben n'était pas coupable. Il ne devait pas l'être. Sinon, cela signifiait que je défendais un criminel ? Un homme, comme celui qui m'avait violée, moi ?
Le visage de Tim se superposant à celui de mon ami acheva de me rendre malade.
Et s'il était coupable ? Pensais-je une seconde. S'il avait véritablement commis des actes aussi atroces ?
Mon être entier s'insurgea à cette idée.
Je l'aurais vu ! Je l'aurais senti s'il avait ça en lui ! Je l'avais côtoyé pendant des mois, dîné avec lui, blagué devant des films nuls les vendredi soirs avec Warren, Kyle et Stefan. Il n'aurait pas pu me le cacher indéfiniment ! On ne peut pas camoufler de tels évènements !
Oui mais si il y était parvenu tout de même ?
Après tout je n'avais rien vu venir avec Tim avant qu'il ne soit trop tard.
Un froid glacial m'envahit.
Et s'il était coupable, qu'est-ce que j'allais faire ?
Le confronter ? Le laisser assumer seul son châtiment ? Supporter de le voir se faire tuer par Bran pour éviter une guerre entre humains et Faë ?
Une part de moi hurlait « Et bien, il l'a cherché, non ? On récolte ce que l'on sème, c'est de sa responsabilité ! » mais une autre, celle qui appréciait l'anglais révolté, ne supportait pas l'idée de le laisser souffrir.
Parque que même s'il était coupable, il restait l'homme avec qui j'avais rigolé devant des films débiles, l'homme qui avait pris une balle à la place de mon mari, qui m'avait protégée et rassurée après mon viol. Un homme que j'avais appris à apprécier, à croire, à considérer comme un ami.
Et je m'en voulais d'autant plus de ressentir ça.
C'était de ma faute, après tout. Si vraiment, Ben était coupable, et bien tant pis. Ma faute, j'avais appris à l'apprécier malgré ça, et j'étais devenue son amie. J'étais devenue amie avec un violeur. Je n'avais pas su l'arrêter, ni le percer à jour et maintenant il fallait assumer moi aussi. Cela marchait dans les deux sens.
Si Ben avait commis les viols, moi j'étais devenue son amie malgré tout. Je n'allais pas l'excuser, mais je n'allais pas l'abandonner. Il méritait mieux que ça. Il méritait un châtiment et moi aussi.
Et puis, secouais-je la tête, essayant de rassembler toute la mauvaise foi qui me restait : peut-être n'était-il pas coupable ?
Je savais au fond de moi que cet infime espoir ne disparaitrait pas avant qu'il ne m'annonce lui-même, de vive voix « Mercy j'ai violé ces filles et assassiné l'une d'entre elle. » Sans détour, sans artifice. Il m'avait dit être coupable. Oui. Mais il n'avait pas précisé de quoi. Je voulais croire que la fin de la phrase, le silence, le non-dit en cachait autant que tout le reste de cette affaire. Mais peut-être me faisais-je trop d'illusions…
J'essayais de me convaincre qu'il ne s'agissait là que d'un moment de faiblesse passager, d'une perte de moral, ou même simplement, la confusion. Je me répétai que quand le moment viendrait d'être fidèle à mon ami, alors je prendrais la bonne décision, mais je n'étais plus aussi sûre de moi qu'avant.
Je faisais de mon mieux pour repousser les questions dans un coin sombre de mon crâne –après tout, je ne saurais la vérité sur mon comportement que le moment venu. Mais elle m'obsédait régulièrement dès que je me posais. Aussi, je n'accueillis pas le week-end comme une bénédiction. Outre les finances de mon garage qui aurait bien apprécié que je travaille plus, l'idée d'être coincée dans la maison à ne rien faire à part penser et voir les problèmes que je causais ne me réjouissait guère. C'était bien la première fois depuis notre mariage que j'entretenais de telle pensée et cela n'avait rien de très encourageant pour l'avenir, je le craignais.
Jesse se trouvait déjà à la maison à travailler sur la table basse du salon, là où on pouvait la voir, conformément aux instructions de son père. Depuis la frayeur de la semaine dernière, un loup –généralement Darryl ou Warren- la déposait chaque matin à l'école, passait sa journée devant le bâtiment à surveiller le territoire et la ramenait à la maison aussitôt la dernière sonnerie. Cela la rendait tantôt furieuse, tantôt toute triste, car elle restait une enfant intelligente malgré sa bêtise et savait ce que signifiait de telles mesures : de gros ennuis pour son père. Sa nouvelle couleur de cheveux résumait plutôt bien son nouvel état d'esprit et communiquait sa colère en silence : rouge avec des mèches violacées.
Ce soir-là, c'était Warren qui lui tenait lieu de garde-du-corps, lui-même accompagné de Kyle. Partagé entre les ordres de son Alpha et son inquiétude pour son compagnon, le second lieutenant ne quittait plus des yeux ni l'un ni l'autre, comme s'il craignait –à raison après tout ces types étaient déjà entrés chez nous- qu'on les lui vole sous son nez. Kyle prenait mieux les choses, ou plutôt, il en rigolait. Chacun ses petites manies pour gérer le stress, moi je cuisine, et Kyle utilise le sarcasme et des t-shirts marrants. Celui du jour déclarait de front « La tapette tape fort », ce qui allait parfaitement avec l'ecchymose encore violacée de sa pommette. Mais tout le génie résidait dans le dos du vêtement, où la phrase s'achevait sur : « Et son copain encore plus ». Avec Warren à regarder et grogner tous ceux qui s'approchaient de trop près de son compagnon, rien ne pouvait être plus vrai. Au moins, personne ne pourrait dire ne pas avoir été prévenu.
Généralement, être surveillée par Warren plaisait bien plus à Jesse et elle se montrait juste avide de nouvelles de Ben. Mais bizarrement, ce soir, elle grognait face à une feuille pleine de rature. Je ne devais pas être la seule à passer une mauvaise journée.
« Qu'est-ce qui se passe avec Jesse ? » Demandai-je à Kyle, celui qui paraissait le moins à cran et donc le moins dangereux –bien que l'avocat, avec sa ceinture noire de karaté, était potentiellement bien plus létal que l'adolescente.
« Apparemment un des professeurs a compris qu'elle avait séché et a donné un devoir supplémentaire à toute la classe.
-Je peux comprendre qu'il me punisse ! Vociféra Jesse en raturant sa feuille de nouveau. –Mais là il vient de me mettre toute la classe à dos ! »
En effet, pour moi ce genre de comportement relevait de la torture psychologique, il n'existait sûrement pas meilleur moyen de retourner une bande de gosses contre un autre. Et la situation pouvait rapidement dégénérer. Surtout quand la victime se révélait un tant soit peu différente des autres, et pouvait-on faire plus différent qu'être élevé par un père loup-garou ?
« C'est lequel ? Lui demandais-je, cherchant mentalement la liste des enseignants de Jesse. –Celui à la coupe d'Einstein ? Tentai-je en me souvenant de ce que ma belle-fille m'avait dit sur celui-là, à savoir qu'il adorait manipuler son petit groupe d'élèves comme s'il était le dieu du lycée.
-Ouais, c'est lui, mais il ressemble plus vraiment à Einstein, au début de la semaine il s'est rasé le crâne. » Maugréa l'adolescente en sortant du blanc de sa trousse.
Je me souvenais de lui, Adam était allé le voir pour la réunion parent-prof qui avait lieu chaque année et lui non plus ne l'aimait pas. Prof d'histoire, pourtant, il avait séduit l'école en mettant en avant un programme d'études sur l'histoire des fae. Chaque mois Jesse avait donc un devoir sur les mythes surnaturels, sous prétexte d'aider la paix entre les peuples. Un prétexte, car le plus souvent les recherches mettaient plus en avant la dangerosité des créatures que leurs bons côtés –mais, après tout, mieux valait prévenir les adolescentes que les vampires ne brillaient pas et ne se nourrissait pas de sang de vaches. Personnellement, je n'avais rien contre ce type, ces cours restaient complets et assez précis. Mais peut-être pouvais-je l'aider pour cette punition, après tout, cela me changerait les idées. Adam ne nous en voudrait pas pour ça, le connaissant, il aurait lui-même donné un coup de main s'il avait été là, tout en gardant son air « tu l'as bien mérité ».
« Qu'est-ce que tu dois faire ?
-Des recherches sur le mythe de la Mort. Tu sais les trucs genre la grande faucheuse, les moires tout ça… »
J'arquai un sourcil, surprise par le sujet. Encore un truc tordu. Je me tournai vers Warren et Kyle, mais ils semblaient ne pas vouloir bouger tant qu'Adam ne serait pas là pour veiller lui-même sur sa propre fille. Je m'installai donc à côté de l'adolescente pour voir où elle se trouvait dans ses recherches. Et je constatai une nouvelle fois, avec tendresse, à quel point Jesse tenait de son père.
Des fiches, elle faisait des fiches et des listes, en bon petit soldat organisé. Vu l'état de sa chambre, personne n'aurait pu croire qu'elle puisse être ordonnée à ce point, mais après tout, avec un père Loup-garou et ex-militaire, comment y couper ? Moi-même, en me mariant avec lui, j'avais dû apprendre à faire quelques concessions sur le rangement. J'avais à présent un tiroir rien qu'à moi pour y foutre mon bordel et le cacher aux yeux de mon bien-aimé psychorigide de mari.
« Pourquoi as-tu mis les Valkyries dans cette liste ? Lui demandais-je soudainement, étonnée par son choix en survolant son travail.
-Bah, elles viennent sur les champs de bataille pour prendre les âmes des guerriers morts et valeureux…Et elle les emmène au valhamachin. Cela en fait bien une sorte de faucheuse nan ?
-C'est moi qui lui ai conseillé de regarder les mythes de la mort dans toutes les cultures, précisa Kyle. Puisqu'elle est responsable de la punition, elle doit rendre un devoir irréprochable. Et la mort est présente dans toutes les cultures. »
C'était en effet une bonne initiative, et je reconnus l'écriture de Warren sur une des fiches, apparemment, je n'étais pas la seule à prendre l'adolescente en pitié pour l'aider. Je pointai du doigt une colonne :
« Je te propose d'axer ton devoir là-dessus alors, avec les Morts incarnées par une seule entité, et les Morts incarnées par plusieurs individus, et ensuite dans la troisième partie, tu mettras en relief les points communs entre tous les mythes, ça te va ? »
L'adolescente sortit une nouvelle feuille et mis en place deux colonnes, pour débuter un nouveau tableau. Méthodiquement, et de façon surprenante, elle écrivit une suite de nom dans les différentes catégories et inscrivit en différentes couleurs les détails concernant leurs légendes de façon à ce que les points communs soient évidents au premier coup d'oeil. Je comprenais mieux comment elle parvenait à garder de si bonnes notes malgré notre vie tumultueuse et ses enlèvements successifs. Il faut dire qu'elle devait avoir l'habitude à force –pour la vie, pour les enlèvements, j'espérais quand même que non.
Entre les moires, les walkyries, les shinigamis, la faucheuse, Yama et Kali…Jesse arriva rapidement devant un problème : dans les religions polythéistes il existait de nombres représentations de la mort. Durant l'antiquité Hadès se partageait le rôle avec Thanatos, les moires et encore bien d'autres qui représentaient chacun une façon de mourir. Après un long moment de brainstorming, nous en vinrent à la conclusion qu'il valait mieux changer nos prévisions et distinguer les « passeurs » ou « psychopompes » et les dieux « gardiens de l'autre monde » voire « maîtres du temps et de la destinée ». Cela se révélait être un sac de nœuds bien plus complexe que prévu et les fiches nous sauvèrent de la pendaison par nœud coulant.
Après une bonne heure à l'aider à faire un plan pour sa dissertation, et surtout, à classer les mythes par thématiques, Jesse commença enfin à rédiger son devoir. Me laissant du temps pour moi. Je fus d'abord tenté de discuter avec Kyle mais celui-ci aidait Jesse à trouver de belles tournures de phrases.
Puis, une idée me vint. Si après tout, faire des fiches nous avait permis de faire un tri entre Temps et Mort, alors que les deux thèmes semblaient si indubitablement liés, alors peut-être que la technique d'Adam me permettrait d'y voir plu clair dans cette affaire sur Ben ? Au point où j'en étais, toute piste se révélait bonne à prendre. Je réquisitionnai crayon et feuille à ma belle-fille adorée, et Warren pour m'aider. Souvent, parler du sujet permettait d'y voir plus clair, j'avais souvent usé de cette astuce durant mes études avec ma colocataire. Prise d'une bouffée de nostalgie et me sentant l'âme d'une étudiante, je me lançai immédiatement dans la rédaction de ma fiche « Problème Nova ». Plus tard ; me promis-je, j'entamerai celle intitulée « Problème Ben ». Je procrastinai une bonne dizaine de minutes sous prétexte de trouver un titre accrocheur, un jeu de mot avec leurs noms, pour mes fiches, avant que ma conscience ne me file un coup de pied au cul.
Ma motivation dura en tout et pour tout, cinq bonnes minutes, avant de me rappeler qu'être étudiante ne m'avait guère plu.
Je jetai un coup d'œil à mes gribouillis, reflets parfaits de ce que je comprenais dans cette fanfiction de seconde zone :
« Nova n'a pas d'odeur. Nova ne mange pas. Nova disparait et réapparait = téléportation comme stéfan ? Comme un fantôme ? Nova peut mentir. Nova maman de Kaen ? Nova = Heather = morte il y a un mois suite aux viols ? Nova dit avoir famille. Nova dort bizarrement = comme un vampire ? Supporte le jour / Comme le Blakcwood ? »
Je m'arrêtai suite à cette dernière réflexion balancée à la va-vite. James Blackwood avait été un vampire difficile à vaincre. Durant des années il s'était nourri du sang de Fae et s'était approprié certains de leurs pouvoirs par ce biais, ce qui lui permettait de sortir durant la journée ainsi que de manipuler les fantômes. Je n'avais pas envisagé cette possibilité encore, mais il s'agissait de l'hypothèse la plus tangible jusqu'à maintenant. Même si comment expliquer la famille dans ce cas ? Une couverture ? Qu'elle aurait abandonné suite aux viols pour se consacrer toute à sa vengeance ? Est-il seulement possible de violer un individu aussi puissant sans avoir à le « re-tuer » ? - car après tout, un vampire est déjà mort. Et Kaen dans tout ça ?
Un doute m'assaillit : est-ce que les vampires peuvent se reproduire ?
Il fallait vraiment que j'aille voir Stefan pour lui parler de Nova. Et Ariana. Finalement, j'avais du monde à rencontrer ce week-end. Voyant que je n'avancerai à rien dans ce domaine seule, je laissai ce récapitulatif de côté et me lançai dans celle sur le principal concerné : Ben.
« Ben a une sœur. Ben est fan de Batman et Robin, aout 1989 a l'album 'Deuil dans la famille' pour son anniversaire. Viol il y a trois ans. Loup Alpha de Ben pas assez fort, Ben jeune recrue, envoyé à Bran. Bran pense que Ben compliqué par rapport à son loup. Ben ne savait pas que loups = meurent par noyade. »
J'étais en train de consciencieusement vider la mine de mon critérium quand un déclic se produisit et je regardai à nouveau mes notes.
« Warren, les dessins sur la couverture de l'album batman…Tu dirais que les enfants qui ont dessiné on quel âge ?
-Environ 10 ans pour le plus doué, et 5-6 pour le moins ? Quelque chose comme ça. Ou alors un adolescent très très nul.
-Personnellement je suis nul en dessin mais même moi je peux faire mieux que ça ! Se permit Kyle. »
C'était bien ce que je pensais. Mentalement, je dis le calcul. Disons que Ben est bien le dessinateur de l'album, cela signifiait qu'il avait au maximum 10 ans en 1989. Cela datait de 25 ans. Ors Ben avait l'apparence d'un jeune de 25 ans. Au maximum. A supposé qu'il ait bien été changé à cet âge là, précisément, cela signifiait que 9 à 10 années se volatilisaient. Ou alors, tout simplement, que Ben était un Loup garou depuis 9 à 10 ans. Mais les viols de Londres avaient débutés il y avait 3 ans seulement et le premier Alpha de Ben l'avait pris sous son aile un peu avant cette période, avant de l'envoyer à Bran.
Qu'avait fait Ben pendan ans, tout seul, en tant que Loup-garou ?
« Warren, quand tu étais un loup solitaire…Comment faisais-tu pour te cacher des autres ? Demandai-je, inquiète.
-Je ne me cachais pas, je prévenais l'alpha que j'étais présent, je m'installais à la limite de son territoire et je me tenais à carreau. Cela ne sert à rien, il y a toujours un loup pour nous dénicher et à l'odeur, il sait immédiatement ce que je suis. »
Un frisson me remonta l'échine. Et si Ben avait effectivement été livré à lui-même pendant si longtemps, comment diable avait-il pu échapper aux autres meutes de Londres ? Je savais que l'Angleterre, à cette époque, était très mal régentée, mais pas à ce point tout de même.
Il se produisait exactement la même chose aujourd'hui : comment pouvait-il échapper à notre surveillance depuis une semaine, alors qu'il se trouvait sur notre territoire, dans notre meute, et qu'Adam faisait de sa recherche sa priorité ? Si je voyais juste…Si ce n'était pas la première fois qu'il se cachait de ses semblables et y était parvenu pendant presque 7 ans…Alors nous ne le retrouverons pas, réalisai-je avec effroi. De toute évidence, il devait connaitre les angles morts d'une meute lambda.
Je devais en parler à Adam. Immédiatement. Cette découverte me semblait capitale, bien que je n'en voyais pas encore bien les tenants et les aboutissants. Mais cela expliquait tellement de choses : la raison pour laquelle Ben maitrisait son loup si bien pour son âge, forcément, il le côtoyait depuis bien plus longtemps qu'on ne le pensait ! Comment cette info avait-elle pu ne pas nous parvenir ?
Je connaissais la réponse : les créatures immortelles donnent rarement de vraies dates de naissances et souvent, nous passons outre ces informations tant elles ont l'habitude d'être fausses, comme je l'avais fait pour celle de Nova. Cela ne m'empêchait pas d'être furieuse et sans personne à pointer du doigt.
« Mercy ça va ? »
La voix d'Adam manqua de m'arracher un sursaut : j'avais dû le contacter à travers notre lien, cette absence d'intimité et ce manque de contrôle ne me plaisait pas autrefois. Aujourd'hui j'y trouvais une certaine forme de réconfort. La certitude qu'il pouvait m'entendre et être auprès de moi d'une simple pensée me faisait éprouver un inhabituel sentiment de sécurité. Je n'eus pas besoin de mots pour lui expliquer ce que je pensais et après un moment de silence je sentis sa tristesse comme si elle était mienne. Peut-être fut-ce pour cette raison que je sus immédiatement qu'elle ne venait pas seule.
« Tu as trouvé quelque chose toi aussi ?
-Je suis devant la maison, je te montre ça ce soir. Mais oui. »
Adam m'attendait dans le hall d'entrée, les sourcils froncés. Décidément, la journée se finissait en beauté. Warren s'approcha de son alpha pour le saluer et celui-ci lui envoya un simple signe de tête en guise de salut, avant de serrer la main de Kyle. Il commenta son t-shirt, et la plaie sur sa pommette, avant de prendre des nouvelles de Jesse. Comme si de rien n'était.
Adam ne cachait jamais rien à sa meute. Mon mari pouvait avoir des défauts, il était un homme franc et attendait la même attitude de ses proches. Peut-être était-ce pour ça que l'affaire le touchait à un autre niveau : il avait permis à Ben de garder ses secrets, de s'entourer de silences et de non-dits sous pour lui permettre de surmonter son passé. Aujourd'hui nous en payions les conséquences et il culpabilisait. Je le connaissais assez pour savoir ça. Pour qu'il agisse de la sorte, ce qu'il avait découvert devait avoir des conséquences dramatiques.
Finalement Adam se tourna vers moi et me lança un sourire :
« Tu n'as pas l'air en forme. »
-Pas une très bonne soirée. J'ai dépanné quelqu'un mais je n'ai pas été payée, j'ai suivi des fausses pistes et un type m'a clairement fait comprendre qu'il ne m'aimait pas du tout. » Je tentais de jouer le jeu, de ne pas déballer ce que je savais devant les autres pour en parler en privé avec lui, mais le cœur n'y était pas.
Maintenant qu'il abordait le sujet, je réalisais d'autant plus que j'avais eu une véritable journée de merde. Jesse gloussa dans mon dos et me lança :
« Si tu veux on postera toutes les deux une VDM ce soir.
-Il me semble que tu es privée d'internet jeune fille…A part…
-Pour le boulot oui je sais.»
Elle retourna à son devoir dans un grognement très…loup. Sûrement une conséquence de son entourage.
Adam eu la décence de ne pas sourire à l'écoute de ma journée, mais je sentis son contentement. La jalousie chez les garous, tout un drame !
Avec un soupir un peu trop fatigué Adam me prit dans ses bras, et je sus immédiatement que sa journée pouvait rivaliser – voire même supplanter la mienne. Pour qu'il agisse de la sorte devant Warren et Kyle, sa lassitude devait atteindre un niveau inédit. Mon cœur se serra et à nouveau un semblant de colère m'envahit à l'encontre de Ben : sa trahison rendait Adam malheureux et en danger.
« C'est un idiot.
- Ben ? Oui, mais on le savait depuis longtemps.
-Non. Le type, celui qui a dit qu'il ne t'aimait pas.
-Ah oui ? Si tous les gens qui ne m'aiment pas sont des idiots, j'ai bien peur que nous en ayons beaucoup dans notre entourage. Enfin, et toi, tu n'as pas été suivi par ton amant sexagénaire ?
-Je commençais à croire que tu avais oublié cette anecdote. J'aurais du me douter que tu finirais bien par l'utiliser.
-Je t'aurais déçu si je ne l'avais pas fait. »
Il se pencha vers moi pour m'embrasser et ce baiser suffit à améliorer ma journée. Tout ne disparaissait pas pour autant, je n'avais encore rien arrangé, mais au moins, je savais qu'Adam ne m'en voulait pas pour tout ce qui arrivait. Le fait qu'il s'en veuille lui, en revanche, saupoudra mon soulagement d'amertume.
« Nous allons y aller, lança Kyle dans notre dos.
-Warren, j'ai besoin que tu gardes Jesse ce soir. »
Cette dernière sursauta brusquement et dévisagea son père avec un air abasourdi.
« Quoi mais pourquoi ? »
Et comme c'était une fille intelligente et qu'elle comprit que la réponse ne viendrait pas, elle changea de tactique :
« J'ai du boulot !
-Tu peux le faire chez eux aussi bien qu'ici. »
Warren n'avait pas à discuter, c'était un ordre, et Jesse non plus. Tout le monde le savait. Kyle se contenta de pousser un soupir et de maugréer un « Vous savez, ma maison ce n'est pas une auberge espagnole ! » mais il avait déjà accepté le marché. Contrairement à Jesse qui rangea ses affaires avec une fureur non-dissimulée. L'odeur de sa colère et surtout, son chagrin me fit mal au cœur, et quand elle passa près de son père pour rejoindre Warren et Kyle, elle lança à Adam un regard que je ne lui avais jamais vu auparavant. Un regard que je me souvenais avoir lancé à Bran un bon nombre de fois, quand il me décevait. Je ne savais pas qu'une expression pareille pouvait faire aussi mal, il m'avait toujours semblé qu'elle n'avait aucune conséquence sur l'attitude du Marrock quand je la lui envoyais.
« Ben est aussi mon ami tu sais ? » Se contenta de murmurer Jesse, avant de partir en claquant la porte.
Adam attendit d'entendre le bruit de la voiture qui démarrait dans l'allée avant de se tourner vers moi. Toute fausseté disparue. Etait-ce à cause du lien de couple, ou simplement parce que je le comprenais, mais je fus persuadé que c'était principalement parce que Jesse aimait bien Ben qu'il l'avait éloignée d'ici.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
-J'ai reçu un appel d'Interpole aujourd'hui. »
Un jour j'aimerais recevoir un appel d'un démarcheur en produits ménagers, ça me changerait. Le visage grave d'Adam confirma mon mauvais pressentiment.
« Ben va être rapatrié à Londres pour passer un test ADN. Par rapport à l'enquête.
-Mais pourquoi maintenant ?
-¨Parce que la fille qu'il a violé est morte pendant son coma, le temps de faire la paperasse et de demander l'expatriation…
-Tu leur as dit qu'il n'était plus là ? Tu… »
Je me tus, déduisant seule la suite. Bien sûr qu'Adam avait dû dire que Ben avait disparu. Et cela retombait sur les Loups-garous. Les anti-faë devaient accuser les garou de cacher l'un des leurs alors qu'il était accusé de meurtre. Etant donné la situation actuelle des Faë en Politique, cette histoire risquait de dégénérer en guerre ouverte si on ne leur livrait pas rapidement Ben. Mais il existait une alternative pire encore que celle-ci et vu l'expression d'Adam et son air fermé, déçu, je compris que c'était celle-là vers laquelle nous nous profilions.
« Bran va envoyer Charles. » Murmurai-je, le cœur serré par ma propre déduction.
Charles jouait le rôle d'exécuteur du Marrock, chef suprême des Loups. Il se chargeait des éléments instables, ou dangereux pour la cause. Il s'agissait d'une condamnation à mort.
Adam n'eut pas besoin de répondre. Il savait que je savais. Mais il savait aussi que je n'accepterai pas cette sanction si facilement, pas sans me battre. Ce ne serait pas la première fois que je défiais les ordres de Bran. Mais je crois qu'il espérait juste que ce ne soit pas la dernière. Je n'avais aucun doute que Bran ne me causerait jamais le moindre mal, mais je n'avais pas cette assurance en ce qui concernait Charles.
« Mercy…Promets-moi de ne pas...
-Quoi ? Ne pas essayer de sauver Ben ?
-De ne pas te faire tuer en essayant. Je veux vraiment essayer de vous protéger tous les deux. Mercy. Vraiment. Mais si Ben est coupable…
-Il ne l'est pas !
-Alors c'est toi que je protègerai Mercy. Si j'ai un choix à faire, c'est toi, et ce sera toujours toi que je choisirai de protéger. »
Cette déclaration me fit un mal de chien. Adam ne mentait pas, il était capable de mourir pour moi, et cette possibilité m'était tout aussi insoutenable que l'inverse pour lui. Je lui caressai la joue, communiquant à travers notre lien ce que je ne parvenais pas à formuler et il ferma les yeux pour s'abandonner à ce sentiment. Mais je lui intimai également qu'il n'avait pas épousé une femme faible, qu'il m'aimait pour ce que j'étais, et ce que j'étais, c'était une battante.
« Je peux me protéger seule. Je veux que tu sauves Ben. Pas moi.
-Je sais. C'est pour ça que je te le demande Mercy. Ne te fais pas tuer. »
L'amour que je lisais dans ses yeux, la résignation et surtout, la connaissance profonde qu'il avait de moi me fit oublier tout le reste et je passais mes bras autour de son cou pour l'embrasser. Cela ne résoudrait pas nos problèmes comme un baiser d'amour véritable dans les contes de fées, mais au moins, ça nous en donnait l'illusion l'espace d'une étreinte. Nous faisait croire que nous étions invincibles.
Le dénommé Artie revint plus tard ; Il devait y avoir une autre entrée que celle par laquelle j'étais arrivé car je ne l'avais pas vu passer. En revanche j'entendis distinctement le début d'une dispute. Apparemment cela concernait le fait d'espionner les gens avec leurs portables et de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Tu essayas bien de m'expliquer comment on pouvait pister quelqu'un avec une boite noire plutôt qu'avec l'odorat, mais j'y croyais avec scepticisme. D'autant plus si cela permettait à des types pareils, si inaptes à la survie, à chasser.
« Tu n'as pas à espionner mes faits et gestes Artie, je sais me débrouiller seule.
-Ah oui, ça c'est sûr, tu as bien prouvé à tout le monde à quel point te laisser seule était une bonne idée ! Tu es allée faire QUOI au juste dans cette librairie à l'autre bout de la ville si ce n'est pas pour voir cette Mercy ?! Il y en avait des dizaines plus proches, mais forcément tu as choisi celle-là, et tu veux me fais croire à une coïncidence ? Excuse-moi de trouver ça un peu gros, mais venant de toi, je ne crois pas au hasard.
-Je m'occupe de mes affaires et elles ne te concernent pas. Je suis allée là où j'en avais envie et c'est tout. Et tu vas arrêter ça immédiatement Artie, je ne veux pas que tu te fasses tuer parce que monsieur a besoin de me prouver qu'il peut me protéger d'un danger contre lequel il ne peut rien !
-Justement non : ce que j'essaye de te faire comprendre Nova, c'est que je peux t'aider ! Si seulement tu voulais bien me parler de tout ça au lieu de m'exclure, si tu voulais bien m'inté…
-Et risquer de te voir mourir par ma faute ? Hors de question !
-Alors ne t'aventures pas dans quelque chose de mortel ! Tu ne crois pas que ça suffit, une fois ? Tu as pensé à nous ? Tu as pensé à ce que l'on pourrait ressentir si jamais tu venais à mourir toi aussi ?
-Ah oui Artie ? Parce que je suis pratiquement sûre de t'avoir entendu dire que la planète se porterait mieux si tous les gens comme moi venaient à disparaître.»
La dispute dû s'achever après ça car bientôt le silence revint dans l'entrepôt. Comme des gamins, je les entendis partir chacun dans leurs coins. Cette sans-odeur était une mauvaise Alpha. Elle essayait de protéger sa meute et les plus faibles, mais était incapable de les comprendre. Adam gouvernait mieux, il protégeait mais il faisait confiance à ses loups pour assurer ses arrières. Nous étions là pour le protéger en retour, donnant-donnant, pour le remercier de la cohésion et du foyer qu'il nous offrait. Elle, elle maternait ses subordonnés, alors qu'ils ne demandaient qu'à l'aider. Je ne donnais pas longtemps à sa meute avant qu'elle n'explose d'elle-même. Stupide femelle, elle allait détruire toute seule ce qu'elle essayait de protéger. Ravi de cet état de fait, je me réinstallais pour dormir. J'étais meilleur qu'elle, moi je savais te protéger Ben.
Ce ne fut qu'au milieu de la nuit que je perçus de nouveau du mouvement. Dans l'obscurité, je vis Nova sortir sur la pointe des pieds, avec un sac sous le bras et l'engin dont se servent les humains pour se parler à distance, à la ceinture. Il grésillait continuellement, mais en dessous des interférences, je pus distinguer le bruit régulier d'une respiration, celle typique des dormeurs. Celle de Kaen. Et peut-être aussi le ronronnement contentés de chatons.
En tout cas elle se dirigea vers moi sans faillir –comment faisait-elle pour me trouver systématiquement ? Cela m'effrayait depuis un petit moment et m'avait empêché de te voler le contrôle pour m'enfuir je-ne-sais-où tout à l'heure. J'avais trop peur qu'elle nous poursuive à nouveau, et nous retrouve en même temps que les autres.
Elle me montra une clef dans le creux de sa main et s'approcha de la porte dissimulée sous la terrasse de bois. Je ne voulais pas y rentrer le premier et m'y retrouver piégé. Elle dût le comprendre car elle fit un pas à l'intérieur et m'attendit. Tu ne lui faisais pas confiance non plus, mais tu ne pensais pas qu'elle allait nous tuer –comme si elle le pouvait !- aussi, nous la suivîmes avec réticences.
A l'intérieur, elle y avait installé une grosse dinde à même le sol, offerte, prête à être dévorée. Et j'avais trop faim pour faire la fine bouche. Je me jetais dessus pour la déchiqueter. Nova me regarda manger pendant un moment, puis se dirigea vers la porte, je grognais quand elle fit mine de vouloir la fermer et cela suffit à la dissuader. Je voulais garder ma porte de sortie. Cela ne sembla pas la déranger outre-mesure car la sans-odeur haussa simplement des épaules avant de s'asseoir sur le béton, dos contre le mur.
Comme elle ne chercha pas à entamer la conversation ou même à donner des ordres –qu'elle essaye donc !- je continuai mon repas. Elle, sortit un PC de son sac, plaça des écouteurs sur ses oreilles et se mit à pianoter. Ce ne fut qu'une fois le dernier os rongé jusqu'à la moelle que tu te manifestas pour la première fois.
« On change. »
Tu n'avais pas l'habitude d'être si catégorique et je sentis ton envie de parler à cette femme. Cela m'hérissa le poil, pourquoi elle ? Elle ne méritait pas que tu lui portes la moindre attention : c'était une mauvaise Alpha, une mauvaise Maman, une mauvaise Personne ! Je refusais de te laisser seul avec elle, alors qu'elle risquait de te blesser ! Sous cette forme je pouvais mieux te protéger.
« Laisse-moi changer maintenant ! »
La colère qui irradia de toi me prit au dépourvu : jamais te ne te mettais en colère contre moi. Je jetais un regard vers la Faë, essayant de faire dévier ta fureur vers elle, mais ce fut un échec. Tout ça à cause d'elle ! Elle mettait tout sans dessus-dessous, notre vie à Londres, notre vie chez Adam, même dans sa propre meute elle semait la zizanie !
Il était hors de question que tu me portes rancune pour cette femelle. Je n'obéis pas à ton ordre, je te laissais changer, parce que je le voulais bien, et si jamais elle tentait quoique ce soit, je reprendrais le contrôle, sous forme Humaine ou Louve, je pouvais te sauver, même à ton insu ! Je protégeais les plus faibles de la meute et ce qui comptait pour moi de ce qui les menaçait.
Nova eut un mouvement de recul quand le changement commença. Au moins, la sans-odeur eut le mérite de ne pas nous toucher – c'était affreusement douloureux quand on faisait ça- peut-être avait-elle trop peur. Elle attendit patiemment la fin du supplice, silencieuse, à tel point que j'en vins presque à oublier sa présence. Avait-elle pris la fuite ? La douleur m'empêcha d'épier davantage ses réactions. Nous étions restés sous cette forme trop longtemps et retrouver des mains à la place de pattes me parut totalement incongru. La mâchoire faite pour parler plutôt que mordre, l'absence de flair, comment pouvais-tu supporter de vivre sous une forme aussi peu apte à la survie ? Comment pouvais-je te défendre avec si peu de moyens ?
Tu repris peu à peu ta place en me refoulant dans un coin de ton crâne et au fond de ton cœur. Testant les articulations rouillées une à une, tu relevas les yeux, seulement pour te retrouver nez à nez avec la sans-odeur.
Elle n'était pas partie.
D'un geste elle te tendit une couverture.
« Vous pourrez vous couvrir avec ça. »
La chaleur des muscles se frottant les uns contre les autres, la souffrance, irradiante, des os s'emboîtant les uns dans les autres, tout cela te faisait encore trembler. L'idée même de porter autre chose que mon pelage te donnait la nausée.
« Je n'en ai pas besoin. » Maugréas-tu, la voix chevrotante, tes cordes vocales encore mal formées.
Tu vis passer une expression sur sa frimousse dévorée par les tâches de rousseurs : c'était assez rare pour le remarquer. Elle semblait embarrassée, effrayée. Détournant les yeux elle acquiesça, sans oser soutenir ton regard. Pourquoi ce revirement d'attitude.
« E…Est-ce que vous pourriez au moins vous habiller ? » Finit-elle tout de même pas demander.
Oh. C'était donc ça qui la dérangeait. Une brusque envie de la titiller s'empara de moi. Enfin, enfin nous avions quelque chose contre elle, une position de force ! Il était temps de l'exploiter.
« Donne-moi ta couverture. »
Ta réaction me laissa pantois. Non ! Nous le tenions, pourquoi montrais-tu de la compassion pour notre proie enfin ? Tu ignoras ma question pour t'enrouler dans le tissu. C'était une matière douce, semblable à ce qu'utilisais ta mère pour Suzie, du pilou peut-être ? En tout cas, tu y trouvas un certain réconfort.
« Merci beaucoup, murmura simplement Nova en retour à ton acte stupide.
-Pourquoi tu te comportes comme ça hein ? Pourquoi tu m'héberges ? Et c'était quoi cette lettre ? Comment tu fais tout ça ? Pourquoi tu fais ça, pourquoi maintenant après tout ce temps ? T'as un rapport avec eux ? Et qui es-tu bon sang ? »
Je sentais sortir toutes les questions qui t'avaient obsédé ces derniers jours, brûlantes et acides dans notre gosier. Nova ne bougea pas d'un pouce sous l'avalanche de questions, et attendit patiemment que tu finisses tes phrases, ponctuées de quelques grognements –derniers relent de notre lien. Quand enfin, le silence revint, elle hocha gravement du chef.
« Quand j'étais petite…Mon grand-père me disait souvent : ''Garde toujours tes amis à l'œil, et tes ennemis encore plus. '' En vérité l'adage français dit plutôt « Garde toujours tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près. » Mais c'est un détail. La vérité, c'est que je ne sais pas. Je suppose que c'est aussi pour vous garder à l'œil…Mais…Je crois que c'est aussi…Pour m'excuser en un sens. J'ai fait quelque chose d'égoïste, et j'ai peut-être détruit votre vie, alors que toutes les preuves de votre culpabilité n'étaient pas faites. Ce n'était pas mon intention. Mais ce n'est pas mon intention non plus de vous pardonner. Si jamais en vous côtoyant j'acquiers la preuve qui me manque pour vous envoyer en prison…Je n'hésiterai pas une seconde. Mais si j'ai tort ? Et si c'est à cause de moi que vous avez tenté de vous suicider dans le fleuve ? Je ne veux pas détruire votre vie, Ben, je veux la vérité. Je veux savoir ce qui s'est passé ce soir là. Je ne veux faire de tort à personne d'autre que le responsable des viols. »
Elle finit par secouer la tête négativement, comme si ce qu'elle venait de dire n'avait pas de sens, même pour elle. Je la dévisageais avec tes yeux. Trois expressions, je ne lui en avais reconnu que trois jusqu'à maintenant. La colère, vers toi, vers nous…L'embarras, encore vers nous, vers elle aussi….Et enfin, le sourire. Mais seul Kaen avait eu droit à son sourire jusqu'à maintenant. Tout le reste du monde ne pouvait qu'admirer son air blasé, indéchiffrable, non-naturel. Et quelque part, cette expression t'intriguait. Pourquoi ? Quelle raison derrière cette inexpressivité alors que sa voix suintait de tant d'émotions ?
Je secouais la tête pour chasser cette pensée de ta tête. Elle ne t'intrigue pas, elle t'inquiète, rien d'autre, tu ne l'épies pas par curiosité mais par méfiance. Tu es ici de force, tu ne lui dois rien Ben ! Qu'elle dise ce qu'elle veut, elle ment. Elle a détruit notre foyer chez Adam et maintenant il est trop tard pour réparer quoique ce soit. Si elle croyait que j'allais lui pardonner, la plaindre…Elle se trompait.
« Tu sais que je pourrais te tuer ? Te violer ? Si je suis vraiment le monstre que tu décris…Je pourrais te faire tout ça. A quoi ça t'avance de me provoquer ? »
Tu ne pouvais pas faire tout ça. Tu le savais comme moi. Tu ne pouvais même pas lui faire ravaler ses dents sans lui passer au travers comme cette après-midi, notre seule solution restait la fuite.
« Quand j'étais petite, mon père m'a dit « Ne te lance jamais dans quelque chose si tu n'es pas prête à en accepter toutes les conséquences, bonnes comme mauvaises. »…Tues-moi si tu veux. Cela ne me fais pas peur, j'ai accepté cette possibilité.
-Je pourrais égorger les autres. La fille, là, qui n'aime pas les hommes, ou le gros. Il a beaucoup de viandes. Je suis ici, après tout, tu m'as fait entrer ici. Je pourrais tuer le peti… »
« Je vous tuerai avant même que vous les approchiez.
-Pas si je te tue avant.
-Vous voulez courir le risque ? Vous avez déjà échoué une fois, qui vous dit que je ne vais pas revenir à nouveau d'entre les morts ?
-Tu es prête à miser leurs vies sur cette hypothèse ?
-Ce n'est pas une hypothèse, c'est une certitude. Il n'existe aucun avenir où vous les assassinez sans que je ne vous empêche. »
Il y avait une certitude inébranlable dans sa voix. Même ainsi, sous notre emprise, plaquée au sol elle était persuadée de pouvoir nous empêcher de faire du mal à sa meute. Le même genre de ton que prennent les fanatiques d'humains qui croient en un stupide dieu et sont prêt à se faire exploser en son honneur. On ne pouvait pas raisonner un être vivant ayant si foi en ces absurdités.
« Et alors quoi, je suis là, pour tes excuses, si jamais je ne suis pas coupable, et pour être épié jusqu'à ce que tu trouves une preuve contre moi, si jamais je suis coupable ? c'est ça ?
-En quelque sorte
- Qu'est-ce que j'en ai à faire de tes excuses ! Si tu ne voulais pas ça, fallait y penser avant ! Fallait mieux préparer ton foutu plan ! Venir chez moi, chez nous et me menacer d'un flingue ? Puis ensuite m'accueillir chez toi ? T'es vraiment conne ou quoi ? C'est genre le pire plan ever ! »
Nova ne bougea pas d'un pouce, et je ne pus contenir notre grognement supérieur : qui ne dit mot consent, disent les humains. Je n'aimais pas beaucoup leurs adages, mais celui-là contenait une part de vérité. En ne se défendant pas elle admettait ce que nous disions.
« Je n'avais pas le temps pour un plan plus poussé. » Finit-elle par avouer. « Sinon j'aurais laissé Kaen en Angleterre. A l'abri. J'aurais vérifié mon arme aussi. Mais oui, ce plan, c'était un grand n'importe quoi. J'ai agis sur une impulsion, il a fallu improviser et tout a dérapé. Que voulez-vous que je vous dise ? Je ne suis pas l'héroïne d'un bouquin, mes plans ne vont pas fonctionner à tous les coups, je commets des erreurs, c'est plus complexe que ça. Je suis humaine, je ne ni parfaite ni infaillible. »
Ah ça, c'était le moins qu'on puisse dire, mais qu'on ne me fasse pas croire à une impulsion alors que les autres loups s'étaient pointés. C'était un peu trop gros comme mensonge et avec ou sans notre odorat nous le savions.
« Humaine ? Ah, c'est la plus grosse blague du siècle ! » Sifflas-tu avec antipathie.
Elle ne réagit pas, puis, après un silence saturé par ta colère, elle hocha enfin du chef :
« C'est vrai. Mais quelque soit ce que je suis devenue, cela ne change pas ce fait là. Les monstres aussi commettent des erreurs. »
Ben était trop furieux pour s'arrêter sur cette piètre excuse, et moi aussi. Et puis quoi ce qu'elle était devenue ? Qu'elle n'essaye pas d'attirer notre sympathie en nous faisant croire qu'elle était comme nous ! Nous n'avions pas choisi d'être des garous, on t'avait forcé, une fois de plus, une fois de trop. Et tu n'allais plus jamais laisser cela se produire.
« Menteuse !
-Je ne mens que quand c'est important. Et vous alors ? Tu peux me traiter de menteuse autant que tu le veux, c'est vrai, j'en suis une. Mais vous aussi Ben. »
Elle se redressa, et pendant un instant, elle nous dévisagea, de son regard inexpressif et pourtant tellement oppressant. Nous savions de quel mensonge elle parlait, et la culpabilité étreignit ton cœur, alors que les mots de la lettre qu'elle t'avait laissé meurtrissait ton esprit plus qu'aucune blessure de chaire n'aurait pu le faire.
« Ce que dit ta lettre…Ma sœur…Elle…
-Oui. Elle vous croit coupable et essaye de vous couvrir du mieux qu'elle peut.»
Je sentis ton cœur se serrer. Mais c'était un mensonge, un nouveau ! Réfléchis enfin, pourquoi ta sœur agirait de la sorte après ce que nous lui avions fait ?! Elle ne nous connaissait même pas ! Elle se rappelait à peine de nous, elle nous a traités de monstre ! Et pourquoi donc t'attaches-tu à elle d'abord. Elle a trahi la meute. Pire elle t'a trahi toi ! Elle a eu tout ce à quoi tu n'avais pas le droit, tout simplement parce qu'elle était une fille. Le monde entier a tout fait pour la protéger en t'oubliant derrière, je ne la protègerai pas. Elle ne le méritait pas !
Mais tu ne prononças plus un mot et je sentais bien que les siens avaient plus d'impact que tout ce que j'essayais de te transmettre. Elle te faisait du mal. Elles te causaient du mal. Toutes.
« Mais je me demande…A-t-elle raison ? » Lança soudainement Nova en avançant vers toi.
D'un pas dansant, elle te tourna autour en te dévisageant, comme une enfant s'amuse devant une curiosité.
« Vous m'avez mentie quand je vous ai demandé si vous êtiez coupable des viols. En un sens, vous n'alliez jamais me dire « oui » alors que je vous menaçais d'un flingue –même cassé. Mais si vous aviez dit la vérité, je l'aurais su immédiatement et tout ce serait arrêté là. Mais vous avez dit non. Et vous avez menti. »
Elle tourna sur elle-même et m'offrit la vision de son dos, nous quittant des yeux. J'aurais pu lui sauter dessus et lui briser la nuque si j'avais été sous ma forme normale. Mais toi, tu te contentas de la regarder avec rancœur : pourquoi nous parlait-elle d'évidences que nous savions déjà ? Si elle voulait nous torturer, nous blesser plus encore, elle s'y prenait mal. La sans-odeur leva le doigt, à la manière de ces horribles professeurs de tes souvenirs et déclara sur un ton monocorde :
« Mais cela ne colle pas. Si jamais vous étiez responsable, Sue, Heather et moi serions soient mortes, soient devenus des loups-garous. Hors, de toute évidence, je ne souffre pas de ce petit inconvénient. »
Tu arquas un sourcil.
« Toi ? »
Elle fit volte-face et t'observa un moment.
« Vous pourriez être poli quand même et te rappeler de toutes celles que vous avez agressées. Et sincèrement, vous pensiez que Kaen venait d'où ? Quelle Adn détient la police contre vous ? »
Tu t'empourpras brutalement. Kaen ? Lui, l'adn qui te mettait en cause ? Je m'arrêtais un instant. A nous. Notre petit. J'avais manqué de dévorer notre petit, notre louveteau ? Comment avais-je pu songer à une telle abomination : je me devais de protéger les plus faibles de la meute, protéger la nouvelle génération ! Je me devais de te sauver toi, et lui. Il était à nous, il était de nous. Nous ne pouvions plus lui faire de mal, je devais le protéger au même titre que toi, en tant que plus faible de la meute, nous devions le maintenir en vie. Mais les deux autres, oh les deux autres je n'en avais rien à faire. Et ELLE. Cette sans-odeur…Encore moins.
« Tu ne réfléchis pas beaucoup, non ? Enfin. Ne vous sentez pas coupable cependant, je ne me souviens de presque rien de cette soirée moi non plus. Traumatisme à ce qui parait. Ma mémoire me fait défaut depuis cet accident en tout cas. Donc je ne me souviens pas de vous non plus. Ce qui est intéressant, c'est que vous, vous ne vous rappelez pas de moi. »
Elle croisa des bras.
« Je m'attendais à une réaction de votre part en me voyant, même infime, mais vous n'avez pas réagi. Comme si vraiment, vous me rencontriez pour la première fois. Soit vous êtes un excellent acteur…Ça, plus le fait que je me sois renseignée. J'aurais déjà dû me transformer en garou, depuis un moment, au moins à la pleine lune. Je disparais, mais je ne me transforme pas. Ce n'est pas normal. Donc ce n'est pas un loup-garou le responsable. Mais un loup-garou était bien sur les lieux du crime. Sue est formelle, elle a vu un loup. Moi-même par flash, j'en revois un. »
Nova s'arrêta, et pointa trois doigts vers nous :
« Il n'y a donc que quatre hypothèses qui me semblent viables à ce stade. Vous êtes coupables dans chacune d'elle, après tout, n'avez-vous pas menti en proclamant votre innocence ? Cela ne fait aucun doute là-dessus, mais l'ennui, c'est que ce mot est très subjectif. On peut être non-coupable mais responsable, et l'inverse également. »
Je détestais la direction que prenait cette discussion, pourquoi la laissas-tu faire ? Pourquoi la laisses-tu mettre des mots que même toi tu refusais de prononcer ?
« La première version : vous êtes coupable, bon acteur mais coupable. Tout est ce qui semble être. La seconde, vous êtes coupable, encore et toujours, mais vous avez un complice, qui vous accompagnait, choisissait les filles et vous ne faisiez que monter la garde, vous n'avez jamais vu les filles en question juste protégé celui qui les violait en toute connaissance de cause. La troisième, est à peu près la même que la dernière sauf que vous agissiez sous la contrainte, manipulé ou menacé par votre complice. Vous n'avez rien dit, par peur, ou par amour pour lui, pour le protéger lui ou elle. »
Il n'était pas trop tard pour la faire taire. Je pouvais encore prendre le contrôle Ben, te mettre à l'abri, aller chercher le louveteau qu'elle nous avait volé et partir tellement loin que personne ne nous retrouverait. Je n'avais besoin que d'un mot de ta part.
« La quatrième hypothèse…J'ai discuté avec la meute de Londres et ils m'ont dit que les jeunes loups avaient souvent une sorte de black-out quand ils étaient choqués. Vous avez eu ça, je vous ai permis de retrouver votre mère, et la rencontre s'est mal passée. Et à ce moment là, vous ne savez même pas la vérité vous-même, c'est par lâcheté que vous n'osez pas vous rendre à la police pour avoir le fin mot de l'histoire et vous retardez donc l'enquête. »
Tais-toi, tais-toi. Tais-toi.
« Mais après tout qui d'autre que vous aurait put commettre ce crime ? Tout est lié à votre parcours, la police est persuadé que vous avez alors tué votre mère. Bien entendu, vu que nous n'avons toujours pas de corps, il est fort probable que vous l'ayez même mangé. Sue est arrivée au mauvais moment, et vous l'avez attaquée elle aussi par réflexe. Plus tard vous avez réalisé ça et vous vous êtes attaqué à ce que vous jugiez responsables. »
Qu'elle se taise !
« Mais quand il a fallu vous en prendre à moi…Vous ne saviez pas que j'avais une sœur, et vous vous en êtes pris à elle à ma place, pour ensuite comprendre votre erreur et la forcer à m'appeler pour que je vienne droit dans votre piège. Et une fois que j'ai été là-bas…
-CE N'EST PAS CE QUI S'EST PASSE ! »
Elle ne devait pas s'attendre à ce que lui l'empoignes si violemment et que tu la plaques au sol. Cette fois tes poings réussirent là où mes crocs et mes griffes avaient échoués. La montre qui pendait à son cou, en argent massif, nous brûla les doigts. Mais qu'importe, tu resserras ta prise.
« Alors que s'est-il passé Ben ? Racontez-moi. Je suis toute ouïe. Défendez-vous.
-Je… »
Si au début une expression de peur innommable avait déchiré ses traits, elle disparut en une seconde, tandis que l'argent de la montre à gousset nous meurtrissait les phalanges dans un tic tac insupportable. Elle n'avait pas l'air du tout effrayée, toujours ce même air vague, borné, alors que nous la tenions à notre merci, que nous pouvions lui arracher la gorge.
Lui faire exactement ce dont elle osait nous accuser.
Tu aurais pu, tu aurais dû ! Les femelles ça ne comprenait que ça, il fallait bien les mâter pour qu'elles apprennent où étaient leur place : en dessous de nous. Mais quand ma suggestion te parvint, que tu l'envisageas véritablement…Elle s'évapora au moment même où tu posas les yeux sur la sans-odeur. Où tu vis cette mine impassible. Cette mine résignée.
Bon dieu, était-ce la même expression que tu avais chaque soir quand ton père venait se glisser dans ton lit ? A cette simple pensée ta force t'abandonnais et ma volonté faiblissait, ma colère changeait de cible. Tu la tenais peut-être plaquée à terre, tu la dominais peut-être comme ça, mais elle nous tenait à sa merci avec seulement des mots et un regard. Quel genre de magie était-ce donc que cela ?
D'un geste assuré, elle repoussa ta main de son col et se redressa, assise, toujours sous notre emprise, mais plus vraiment soumise, alors qu'elle continuait fermement :
« Parce que la police croit que vous avez fait ça. Que vous nous avez violées toutes les trois et laissées pour mortes dans cette ruelle…Et que quelques jours plus tard quand mon patron James, a voulu vous a soupçonné et voulu vous dénoncer, vous l'avez poussé dans la Tamise avant d'aller vous réfugier dans la meute de Londres en espérant y être à l'abri. Vous avez laissé votre père et ses contacts vous protéger le temps de vous extrader, c'est amusant comme ses relations ont pu vous être utiles cette fois alors que plus jeune vous vous en plaigniez à James.
-NE MÊLE PAS PAPA A CA ! »
Le coup partit tout seul, j'avais vu une ouverture dans ton esprit et m'y étais faufilé à toute vitesse pour le lui asséner. Mais il ne se passa rien, comme ce matin je lui passais au travers tandis qu'elle poursuivait inlassablement :
« Oh, vraiment, vous le protégez maintenant ? Vous vous faites le protecteur de sa vertu ? Parce que j'ai fais mes recherches sur vous et lui. Je sais ce qu'il vous faisait et je sais que personne n'est jamais intervenu. Que les agents des services sociaux sont toujours repartis avec un beau versement sur leur compte en banque pour faire taire leur conscience. »
Tu tentais une nouvelle fois de la frapper pour la faire cesser de dévoiler tous tes démons intérieurs, tous nos secrets…Adam lui avait compris ça, il avait compris que nous ne voulions pas en parler.
Il avait compris que ça faisait mal d'en parler. Presque aussi mal que d'y penser. Presque aussi mal que le vivre. C'était une douleur qui ne faiblissait jamais, qui ne perdait jamais de son intensité, de sa honte.
Nova te lança alors un regard. Un regard empli de pitié. Comment osait-elle nous regarder de la sorte ? Nous juger ? Elle ne mettait que des mots derrière ta vie, elle n'avait absolument aucune idée de ce qu'ils signifiaient, de la détresse que je sentais encore suinter de tous ses souvenirs ! Elle ne connaissait même pas la douleur qu'imposait le silence…
« Quoi de plus normal après tout que vous soyez devenu ce que vous êtes. Un vrai cas d'école votre profil, le coupable parfait. Un enfant abandonné par sa mère, abusé par son père ayant fait des allers-retours au commissariat toute son adolescence…C'est vous aussi qui avez déclenché l'incendie qui a fait perdre ses jambes à James, non ? Vous avez fait une école d'informatique, où tout le monde vous décrivait comme socialement inapte, renfermé…Dépendant de son père et de sa famille jusqu'à ses 25 ans, incapable de garder un travail, d'avoir son propre appartement…Dépendant financièrement de lui et pourtant gagnant de l'argent au noir. Comment ? De la prostitution ? De la drogue ? Ce serait le parcours habituel, ça collerait encore plus avec le profil. Oh, et les jeux vidéos de guerre aussi, la police adore accuser les jeux vidéos de guerre quand un joueur est coupable d'un crime… Puis de toute façon, le crime ne profite qu'à vous, après tout, après les crimes vous avez été expatrié loin de votre père, loin de son influence, ce n'était pas ce que vous réclamiez depuis le début ?...Mais la vie c'est plus compliqué que ça, n'est-ce pas, Ben ? »
Son ton avait changé, et je saisis pour la première fois autre chose, dans le fond de ses prunelles, ce que j'avais pris pour de la pitié n'en avait plus le moindre aspect, de nouveau, je n'y trouvais plus que le masque d'indifférence qu'elle portait continuellement.
« Qu'est-ce que tu cherches au juste, en me disant tout ça ? » Balbutias-tu finalement.
Nova resta un moment là, à me regarder. Moi. Pas Ben, moi, comme pour me jauger du regard, puis elle tendit la main et la passa dans nos cheveux, comme on caresse un animal blessé. Ce contact m'arracha un frisson et je me jetai en arrière d'un bond, pour me coller au mur. Loin d'elle. Loin de ce qu'elle pouvait nous faire. Loin de sa magie épouvantable. Une fois que nous fûmes hors de sa portée, elle soupira un bon coup et se recroquevilla légèrement, les mains rivées sur la montre qui nous avait brûlé les mains.
Et le silence perdura. Je crois, qu'au fond, elle-même ignorait la réponse à cette question. Peut-être, avait-elle juste besoin de le dire. Parce que tu le savais, Ben, tu l'avais vécu toi aussi…Tant qu'on ne le disait pas à haute voix, on pouvait encore se convaincre que tout cela n'était qu'un mauvais rêve.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Adam tenait un des flyers bal néo-victorien. Moi, toujours dans le lit, je n'avais pas eu le courage de ranger mes vêtements éparpillés la veille. Mais lui, si. Maniaque du rangement. Sûrement venait-il de trouver le papier dans la poche de mon jeans. Comme je n'avais pas encore eu le temps d'en parler aux autres, et principalement à Adam, j'eus le droit à plusieurs expressions incrédules.
« Un bal, ce genre de chose existe encore ? »
Adam était vieux, mais pas à ce point, il n'avait jamais connu ce genre d'évènement. Contrairement peut-être à Warren, mais lui, même de son temps, ne devait pas vraiment s'y rendre. Pas vraiment le meilleur endroit pour un cow-boy gay.
Mon mari se contenta de m'observer comme si je venais de me transformer en une fée de disney, celle qui vole en laissant une trainée de paillettes dans son sillage. Sûrement essayait-il de m'imaginer dans une tenue appropriée pour une soirée et je devais avouer que même moi, je peinais à le faire. Il finit par s'asseoir sur le lit à côté de moi pour me lancer :
« Cela aurait plu à Jesse, ce genre de soirée. »
Je sentais le regret dans sa voix, il s'en voulait de la punir, mais il resterait inébranlable sur ce point.
« En revanche, à toi…M'as-tu caché autre chose avant de signer le contrat de mariage ?
-Oh plein, mais tu vas devoir les découvrir par toi-même, tu comprends, si tu les avais su avant, jamais tu n'aurais signé.
-Te voir avec une belle robe…Je crois que je m'en remettrai. »
La blague eut le mérite de le faire sourire et je l'enlaçais avec amour…Histoire de profiter du fait qu'il baisse sa garde pour lui reprendre le papier compromettant. Il me laissa faire et se contenta de demander :
«Pourquoi veux-tu aller à une fête pareille ? »
La question importante, fondamentale de tout ça. Je n'avais rien caché à Adam et lui avait même envoyé un sms pour le prévenir de mes plans, aussi, ne risquais-je pas d'être réprimandé pour avoir fait ma « mercy », mais j'hésitais tout de même avant de déclarer :
« Je crois que Nova sera là-bas. »
Et la réponse ne tarda pas, Adam arqua un sourcil avec une expression incrédule que je lui voyais rarement, et il déclara avec aplomb :
« Qui ? »
