FF7 ne m'appartient pas bla bla bla, no money bla bla bla ^^
Un grand merci à vous qui passez par là et lisez et un merci tout particulier à Kageno Koibito qui me relit et m'encourage ainsi qu'à Emokami et Lunagarden pour les reviews, les encouragements tout ça ^^ cela me permet de continuer (hug) :)
J'ai remanié ce chapitre un sacré nombre de fois pour arriver à ce résultat, j'espère que cela vous plaira….j'en dis pas plus ^^
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Et place aux RAR :)
Emokami : LOL ! Heureusement tu as retenu les pommesottes pourries, c'est très salissant tu sais ^^. En effet, t'as tout compris, pour le moment Rufus parvient à « masquer » ses pensées, mais t'en fais pas, Ambre finira par savoir ce qu'il trame (et nous aussi d'ailleurs hein, c'est quand même l'idée -) )
Lunagarden : ouais, c'est tout ce que le Rat a trouvé pour se justifier ^^ (et oui, je confirme, sacrée insulte pour les Schtroumpfs !) mais t'en fais pas, Ambre va vite rebondir sur ses pieds (enfin..c'est peut-être pas la meilleure expression la concernant ^^ lol)
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Musique du moment : wicked game- version piano / disintegrating- myuu
Bonne lecture :) !
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Je m'avance sur les draps avec une grimace, m'appuyant sur le bord du lit pour me lever. Plusieurs mois sont encore passés et si maintenant je marche à peu près bien (attention, ne vous imaginez pas une démarche chaloupée et élégante, on dirait plus un cokatolis souffrant de rhumatisme mais c'est déjà un exploit en soi d'après le Docteur Polgrim et je suis bien heureuse de ne plus avoir à me faire promener partout en fauteuil, souvent je n'ai même plus besoin de béquille), les changements de positions restent toujours délicats, me donnant l'impression que mes jambes sont constellées de milliers de petites aiguilles de cactuère qui n'attendent que le moindre mouvement pour s'enfoncer plus profondément dans la chair.
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Mais comme chaque fois, je serre les dents, fixe un point au loin (en l'occurrence la carafe d'eau en plastique orange sur la table de formica où se trouvent aussi des fleurs et mes innombrables boîtes de cachets sans lesquels je ne serai qu'une loque agonisante, et encore, en étant optimiste) et mes circuits abîmés envoient tant bien que mal l'info à mes jambes qui finissent par supporter mon poids.
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C'est donc en claudiquant que je parcours le couloir, m'imprégnant encore de l'ambiance toute particulière de la clinique à ces heures où les visites ne sont (logiquement) plus admises, où nous avons déjà eu notre « délicieuse » et invariable soupe du soir et sa compote de poires mamook mais où il est encore trop tôt pour dormir. Je dors de toute façon mal, revivant sans cesse l'accident et me réveillant en sursaut, le plus souvent en sueur et hurlant de terreur face à l'inévitable collision que je vois arriver juste sous mes yeux sans pouvoir rien y faire. Si l'angle de vue change de rêve en rêve, me faisant revivre l'évènement tantôt de l'intérieur, tantôt de l'extérieur et une fois même du point de vue du chauffeur, la fin elle ne change jamais. Crissement de pneu sur le bitume humide, odeur du caoutchouc brûlé, collision. Mais peu importe, ce soir est mon dernier soir, je ne pense actuellement à rien d'autre qu'à errer une dernière fois dans ces couloirs.
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Le jour, ils ressemblent à des voies rapides et beaucoup de monde les parcourt à toute vitesse : personnel soignant surbooké par les appels incessants des patients (« toujours plus de patients et toujours moins de soignants, heureusement je crois aux miracles » comme dit Louisa avec son sourire solaire, « au moins ils ne sont pas payés à ne rien faire » comme le souligne Rufus), visiteurs aux mines déconfites et sinistres et enfin patients, comme moi, qui clopinent ici et là, en quête de renouveau, de voir un peu autre chose que quatre murs blancs décorés d'un seul tableau (moche) représentant un vague paysage qui ne fait pas voyager pour autant.
Si vous vous promenez le jour, vous avez donc toutes les chances de vous faire bousculer (et dans nos états cela peut être aussi dramatique que de se prendre un camion un jour de pluie sur une chaussée glissante, et je sais de quoi je parle), de vous attirer quelques regards gênés ou de vous prendre une bonne remontrance pour traîner dans les couloirs aux heures de pointe.
Oui, je vous assure, on parle d' « heures de pointe », comme sur la route, il y a des vrais épisodes de trafic, de bouchons sauf qu'au lieu du bruit des moteurs et des klaxons, vous avez le bruit mat des affreuses sandales en plastiques (qu'on appelle « clogs », Louisa m'a dit, et le nom est à la hauteur de la laideur du truc, croyez-moi), le couinement des roulettes de lit sur le lino astiqué, les gémissements de certains malades et les représailles, criées de voix autoritaires comme si on s'adressait à des enfants particulièrement turbulents, de certains soignants.
Voilà pour le jour.
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Le soir en revanche c'est tout autre chose. Déjà les tubes de néons sont éteints, ce qui nous épargne cette lueur sinistre qui teinte tout de gris, au lieu de ça, seules des petites veilleuses toutes les deux portes sont allumées, baignant le couloir désert d'une chaleureuse lumière orangée.
Il flotte souvent encore l'odeur de notre insipide soupe du soir (qui à défaut d'avoir du goût inonde tout l'étage de son délicat fumet de compost) mêlée à l'odeur des désinfectants, potions, éthers et autres.
Cette odeur n'est pas particulièrement agréable, on ne la mettrait pas en flacon pour la vendre à des prix exorbitants dans les vitrines éclairées de spots des boutiques de luxe du secteur 2, Minerva non, mais elle a un côté rassurant. Parce que chaque soir c'est la même et quand, comme nous ici, on n'a plus vraiment de foyer, cette odeur est ce qui s'en rapproche le plus.
Tous ceux qui ont déjà été amenés à être longtemps loin de chez eux me comprendront.
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Je longe donc le couloir, veillant à ne pas glisser sur le lino. Je veux bien assumer ma démarche de cokatolis mais je ne tiens pas à me retrouver vautrée au sol à me faire sermonner par une soignante de mauvaise humeur de devoir bosser le soir et de se casser le dos à me récupérer. Non merci.
Et là encore, je sais de quoi je parle.
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-alors, t'en tires une tronche la gamine, t'as vu un Joker ou quoi ? demande Guevan de sa voix bourrue en abattant ses cartes avec un sourire en guise d'accueil.
Je franchis la porte de notre salle commune et me laisse tomber avec une petite grimace sur la dernière chaise de libre.
-une partie ?
Guevan me tend des cartes que je repousse d'une main.
-Si je joue tu vas perdre Guev' et tu l'as mauvaise quand tu perds…
Je réponds avec un sourire.
-remets-le à sa place Ambre, il n'arrête pas de me battre ! intervient Edanaelle de sa voix fluette
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Je ne vais que très rarement à la salle commune, cet ersatz de salon pour malades équipé de fauteuils délavés et tachés, de tables et d'une télé que personne ne regarde sauf les soirs de matchs où Midgar joue et un ou deux habitués de courses de chocobo. Cette salle me déprime bien trop et de toute façon quand Rufus part le soir il me reste juste assez de forces pour avaler mon souper et m'endormir (ou du moins tenter). La rééducation c'est crevant au possible, ne pensez surtout pas que ce soit une partie de plaisir. Quand on sort du coma, on estime avoir la chance de vivre, quand on débute la rééduc', on reconsidère la chose et on se demande si c'est vraiment une chance. La douleur et la colère atteignent parfois un niveau que l'on n'aurait jamais cru possible d'exister et de nombreuses fois j'ai regretté de m'en être tirée. Plus maintenant, heureusement.
Enfin, la plupart du temps.
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-cache ta joie ! t'irais à l'abattoir que tu sourirais pas moins, me lance Guevan en remportant la mise avec un grognement satisfait
L'abattoir, c'est pas faux.
Je devrais être heureuse de rentrer et pourtant j'ai le cœur lourd et empreint d'une certaine forme de nostalgie ce qui ne m'empêche pas de répondre du tac au tac
-est-ce que je te demande la couleur des culottes de ta mère ?
-elle en portait pas !
Et il m'adresse un clin d'œil qui fait pétiller son visage vieilli et buriné. Je crois qu'il était marin, pêcheur, un truc dans ce genre à la retraite, avant de s'être fait faucher une fois par un jeune sans permis qui roulait ivre et à pleins pots dans Kalm. Son état a été jugé suffisamment critique pour qu'il se fasse héliporter en urgence à la capitale et dans ses bons jours il exhibe fièrement les bandages qui sillonnent son large abdomen en expliquant comment il s'est fait transpercer par la canne à pêche qu'il transportait alors. Du pur Guevan.
C'est ainsi, on a tous nos petits soucis ici.
Edanaelle redistribue les cartes et soudain se tourne tout sourire vers moi, son fin visage de poupée de porcelaine radieux malgré sa pâleur maladive.
-La semaine prochaine il y a le tournoi des cartes, si on joue toutes les deux, on a toutes les chances de gagner t'en dis quoi ?
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Oh Minerva, ce que j'en dis ? Beaucoup de choses mais sûrement pas la réponse qu'elle attend. Je fais un simple non de la tête.
-je rentre demain Eda…
-tu rentres où ?
La simplicité de sa question me prend aux tripes. Ici c'est tellement chez nous que quand on évoque le fait de rentrer, on se demande « où ». Par la Déesse, pas « quand », mais « où », vous saisissez la nuance ?
-chez moi, enfin chez nous
-ouais, d'ici fin de la semaine tu te rappelleras plus de nous et tu nous prendras de haut, on sait comment ça va, surtout vu avec qui tu vas, réplique Guevan
Je lui fais un doigt d'honneur et celui-ci me sourit.
-ben quoi, dis que j'ai tort ?
-j'aurais du mal à t'oublier, tu es le seul que je connaisse qui joue aussi mal aux cartes et qui est aussi mauvais perdant.
Guevan me fixe un instant comme s'il allait se lever et se fâcher mais il part finalement de son gros rire tonitruant et contagieux et nous finissons tous par rire, même si le mien sonne faux.
-tu as de la chance d'aller vivre avec Rufus Shinra, il a l'air gentil, dit Edanaelle avec un doux sourire rêveur
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Gentil ?
Rufus gentil ?
Ce n'est pas tout à fait le terme que j'emploierai pour le désigner.
Rufus peut être attentionné, oui. Dans une certaine mesure du moins.
Dans la mesure où cela peut faire avancer les choses dans le sens qui l'arrange par exemple.
Il est toujours bien mis, soignant chaque petit détail, agréable la plupart du temps mais aussi hautain et distant, toujours dans le contrôle, de quoi je l'ignore et ce n'est pas faute d'avoir essayé de le décrypter, notamment depuis ses menaces la première fois que j'avais tenté de lire en lui, mais gentil ?
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Je le revois encore poser mon plateau repas sur la table en formica de la chambre avec son sourire en coin. Il m'avait alors demandé si j'avais faim et je lui avais répondu que je mourrais littéralement de faim étant donné l'intensité de la séance de rééducation qu'on venait de passer (enfin, que JE venais de passer, lui suivait mes progrès depuis un fauteuil, bien à l'aise, jugeant d'un œil critique et ne se gênant pas pour commenter, ce qui sur le coup m'avait terriblement tentée de lui balancer mes béquilles à la figure).
Si mes souvenirs sont bons (ce que je ne peux garantir vu l'état de ma cervelle) on en était au tout début de la rééduc', à ce stade particulier où elles m'épuisaient au point que je regrette de m'être réveillée un jour, en voulant à la planète entière d'être vivante dans cet état.
Je me souviendrais toujours de la façon dont les commissures de ses lèvres se sont encore un peu relevées et la froideur singulière et acérée de son regard quand il m'avait répliqué d'un ton désinvolte « et bien si tu as faim, lève-toi et marche, comme on dit ». J'avais d'abord rigolé (d'un rire jaune et très nerveux) mais il était on ne peut plus sérieux et n'a pas bougé d'un centimètre malgré mes supplications, pire, il a encore retiré le bipper de ma portée afin que je n'appelle personne.
J'avais hésité à laissé tomber tant j'étais crevée, me disant que je mangerais plus tard, quand il serait parti et que je pourrais appeler Louisa à le rescousse mais ce sourire…Rien que pour ça, je devais me lever, lui faire ravaler son sourire et j'avais fini par le faire.
Souffrant à en crever, une sueur poisseuse dégoulinant de mon front dans mes yeux, mes jambes n'étant plus que douleur, tout le dos me tirant de violentes lancées, mais je l'avais fait. Les larmes roulaient sur mes joues sans que je puisse lutter contre et lui affichait toujours cet air supérieur, hautain et arrogant à souhait qui me donnait envie de le baffer.
Quand enfin j'avais fini par atteindre la table, me laissant tomber sur la chaise en soufflant comme un béhémot, n'ayant même plus d'appétit, il m'avait alors simplement dit « tu vois, ce n'était pas si compliqué ». Rien d'autre, si ce n'est toujours ce sourire. J'avais alors saisi la première chose à portée de main (la carafe en plastique orange ou peut-être le vase, je ne sais plus) et la lui avait balancée avec hargne, juste pour ne plus voir sa mine victorieuse mais dans un petit coin de ma tête (sûrement le même où se cache le mot-magique-oublié) je garde encore son expression, ses yeux moqueurs et ce sourire altier, la mine du type qui peut tenir le monde entier dans sa main et écraser son poing dessus quand bon lui semble et qui en est parfaitement conscient.
Bien sûr, on peut interpréter ce qui s'est passé de plusieurs façons, il a cru en moi et a voulu me pousser à me surpasser etc… mais ce sourire ne trompait personne, moi la première. Pas plus que ces menaces qu'il m'avait faites un soir l'air de rien.
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Alors Rufus gentil, non. Non, non et non.
Il a d'autres qualités certes, et heureusement, sinon je finirai par me demander pourquoi nous nous sommes fiancés mais pas la gentillesse.
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Je sens le regard de Guevan qui me scrute avec attention, comme s'il comprenait ce que mon silence voulait dire et aujourd'hui encore je crois qu'il avait compris, au moins en partie.
Tandis que l'infirmière de garde nous chasse de la salle commune, au nom pompeux de lieu de vie, il m'attrape par le bras, laissant filer Edanaelle afin d'être seuls.
-comment tu te sens la môme ?
Je soupire, que répondre ? je ne le sais pas moi-même. Je le vois me fixer, son front barré de profondes rides encore accentuées par l'air grave qu'il arbore alors et les larmes me viennent aux yeux.
Mes parents sont morts il y a longtemps dans un accident (quelle ironie, pas vrai ?) et l'attitude de Guevan me donne cette impression réconfortante de chaleur paternelle malgré son côté bourru et un très bref instant j'ai juste envie de me jeter à son cou comme une petite fille, de poser ma tête contre son torse volumineux et le sentir m'entourer de ses imposants biceps recouverts de tatouages délavés.
-hey tu vas pas chialer non ? me taquine-t'il en donnant un petit coup de poing dans mon bras
-je chialerais peut-être demain à la Casa Shinra ouais !
-ça y a des chances oh ouais !
Nous rigolons tous les deux et il tend les bras, me donnant cette accolade que j'attendais et que je n'oublierais jamais.
-tu sais dans quoi tu mets les pieds pas vrai ? finit-il par murmurer
D'un coup toute trace de sourire s'est échappée de son visage, il est à nouveau soucieux, sa grosse main posée sur mon épaule.
-j'veux dire, les Turks, la Shinra tout ça…tu sais dans quel merdier tu vas fourrer ton joli nez ?
Je hoche la tête pour acquiescer.
-Je crois oui
-tu sais que ces types ont le sang de pas mal de personnes sur les mains ? t'en es bien consciente ?
Je me pince les lèvres en réfléchissant à la réponse la mieux appropriée.
-je sais, mais je crois aussi que Rufus ne me fera pas de mal, pas après tout ça, il…il veille sur moi après tout, dis-je en accentuant le « ça » d'un geste de la main même si l'image de son sourire le soir du plateau me revient en mémoire.
Mais le visage de Guevan reste hermétique.
-te fie pas aux apparences. Tant que t'iras dans son sens, tout devrait bien aller mais ce genre de types, si tu te les mets à dos….
Il ne finit pas sa phrase mais son geste de la main mimant un couteau sur la jugulaire est sans équivoque.
Je secoue la tête, peut-être autant pour me convaincre que pour le convaincre lui.
-il n'y aucune raison que je me le mette à dos…
C'est ce que je pensais alors, je le pensais vraiment et Minerva sait combien la suite des évènements allait me donner tort.
-fais gaffe à toi, j'sais pas trop pourquoi mais j'suis pas tranquille…p'têt' juste parce que c'est un Shinra…ou p'têt' autre chose mais fais gaffe
Je n'ai pas le temps de répondre que l'infirmière vient nous foutre dehors sans autre forme de procès.
Par la Déesse, ne vous avais-je pas dit qu'on nous traite comme des gamins turbulents ?
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Et voilà, ce jour tant redouté est là…
Je fixe ma fenêtre d'un œil morne, la ville s'agite et se réveille, les tours s'illuminent peu à peu, les couloirs s'animent et l'odeur du café vient me chatouiller les narines, la journée commence.
J'ai peu dormi, rêvant sans cesse d'un camion Shinra déboulant à toute vitesse sur ma droite, je sens encore mon pied tenter en vain de freiner tandis que je détaille du regard chaque éraflure sur la carrosserie, chaque moustique écrasé…Je pille d'un coup sec sur le frein avant de m'y reprendre à plusieurs fois frénétiquement ! Minerva stop ! Stop, stop, STOP !
La vitre du côté passager se retrouve propulsée hors de son contour puis pulvérisée en millions d'éclats brillants dans l'habitacle malgré le verre sécurisé et à ce moment ce n'est plus le klaxon assourdissant du camion que j'entends mais un son grave et sourd, mon propre cœur qui bat à tout rompre, pompant comme il peut en voyant la fin arriver.
Il est trop tard
Cette fois tout est fini
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Rien que d'y penser, j'en ai encore le souffle coupé mais déjà Louisa arrive avec le plateau du petit déjeuner.
-Bonjour Ambre, prête pour le grand jour ?
Je la fixe sans répondre quelques secondes puis son sourire lumineux m'irradie à mon tour et je m'efforce de grimacer un sourire.
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Le grand jour. Aujourd'hui je rentre à la maison.
Chez nous.
J'avale le petit déjeuner à la hâte, me posant des questions débiles pour évacuer le stress : « est-ce que nous avons de la gelée de pommesotte à la maison ? » « est-ce que Rufus aime aussi les œufs de chocobo au plat ? » « est-ce que ses Turks lui font ses tartines afin que Monsieur ne se salisse pas ? » et autres considérations existentielles.
« qui te dit qu'il mange habillé ? il mange peut-être tout nu dans son lit, enfin, le vôtre plus exactement » me souffle ma petite voix débile.
Eh bien, s'il mange tout nu il a intérêt à ne pas renverser son café. J'essaie d'imaginer la tête qu'il ferait dans ce cas et je dois pincer fort les lèvres pour ne pas me mettre à rire devant Louisa.
Mais la vision de Rufus, bondissant du lit et sautillant tout autour tout nu après s'être ébouillanté au café est bien trop amusante pour que je parvienne à tenir sans rire et je finis par rigoler ouvertement, mes joues comme chauffées à blanc.
Louisa lève un sourcil interrogateur, toujours souriante.
-rien, je me demandais juste si Rufus boit beaucoup de café…
Je précise pour me justifier. Au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, trouver des excuses plausibles n'est pas mon fort.
-Vous aurez tout le temps pour vous retrouver maintenant, me répond-elle
Nous retrouver, et nous retrouver avec des Turks aussi oui…
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Aussitôt l'image de Rufus sautillant tout nu, couvert de café me revient, sauf que cette fois, comble de l'absurde Tseng accourt pour souffler sur ses petites brûlures et je laisse échapper mon éclat de rire.
Ne vous avais-je pas dit à quel point ma cervelle souffre encore des conséquences de ce que le Docteur Polgrim nomme pompeusement « traumatisme crânio-cérébral par contre-coup » (en gros ma petite tête a été secouée dans tous les sens comme un shaker) ?
Je m'essuie les yeux, les abdos et les joues encore crispés, Minerva ça fait du bien de rire ainsi, je ne sais pas si dans quelques heures je rigolerais autant. Probablement pas…
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Le grand jour était arrivé, Ambre rentrait à la maison. Rufus esquissa un sourire, les pièces du puzzle se mettaient petit à petit en place. Encore un peu de patience, la mettre en confiance et le tour serait joué.
Il repensa aux paroles de Tseng, il y a des mois de cela.
-Il s'est arrangé pour qu'elle seule puisse utiliser cette matéria, vous ne pourrez rien en faire vous-même j'en ai peur…
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Il se rappela comment une fureur sourde s'était insinuée en lui, bouillonnant dans ses veines, tout ça pour rien, si elle ne survivait pas, alors tout serait fini.
Puis il avait réfléchi de longues heures en la veillant, enchaînant café sur café, se refusant de laisser tomber…non il lui restait une chance, si elle se réveillait tout était encore possible.
Il y avait alors mis toute son énergie, remué ciel et terre, mis en œuvre tous les moyens à sa disposition pour sauver ce qui pouvait encore l'être, défiant la nature, lui faisant injecter de la Mako, observant avec angoisse le moindre signe de rétablissement.
Rufus Shinra avait toujours su ce qu'il voulait et il ne lâchait jamais l'affaire.
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Et maintenant elle était de retour.
Par chance il connaissait suffisamment ses cordes sensibles pour savoir jouer avec tel un virtuose et prochainement, il accèderait enfin au rêve de toute sa vie, détrôner le Vieux, le vaincre sur son propre terrain et cette fois rien ni personne ne viendrait se mettre en travers de son chemin, ou de sa propre route si l'on peut dire.
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Mon envie de rire m'est passée, surtout maintenant que Louisa s'est mise à préparer mes affaires pour le « grand départ ».
Je me contente de me tenir les bras croisés, à la fixer emballer des potions pour mon retour.
Je sais bien que je devrais sauter de joie, enfin, sauter peut-être pas si je ne veux pas directement bousiller à nouveau les baguettes de verre que sont devenues mes jambes, mais je devrais être heureuse. Au lieu de ça je suis….comment définir ça…
(inquiète)
(blasée)
tendue, oh oui, tendue comme un arc.
Comme un condamné qui sait que c'est son dernier jour…
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Je m'étais habituée à ma petite chambre stérile, à sa vue sur une partie du grouillant microcosme de la ville qui s'agite à presque toute heure, aux allers et venues des infirmières, aux visites du Docteur Polgrim et même aux regards curieux du Rat de Labo derrière ses verres crasseux. Je m'étais faite à ces petites choses qui ont rythmé mon quotidien comme les gros éclats de rire tonitruants de Guevan résonnant dans le couloir le soir ou ses jurons tous plus colorés les uns que les autres, les bips des différents appareils de mesure, les soupes de légumes tantal sans goût, les paroles encourageantes de Louisa et mêmes les injections…
Ici, je me sens en sécurité et je quitte ce petit nid pour un univers inconnu qui me semble hostile.
« fais gaffe à toi, j'sais pas trop pourquoi mais j'suis pas tranquille ».
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-allons, tout va bien se passer, me rassure Louisa
Je sais qu'elle le pense, je peux toujours lire en elle, ressentir ce qu'elle a sur le coeur si je me concentre. Je peux aussi me concentrer suffisamment fort pour être quelques secondes à sa place dans sa tête, comme pendant les soins où je m'assure qu'elle ne serre pas trop fort mes bandages.
Je peux même la convaincre dans une certaine mesure. J'ai testé, je peux lui faire croire que j'ai déjà eu mon calmant le soir en bidouillant un peu dans sa tête mais j'ai vite cessé.
Le prix est trop cher payé, ces petites expériences me laissent en état de conscience accrue de tout ce qui m'environne pendant des heures interminables. Chaque bruit, chaque frottement infime contre ma peau, tout agresse mes sens à vif et bien souvent j'ai tout bonnement l'impression que ma cervelle surexploitée va finir par me sortir de la tête à la façon d'un soda à la pommesotte que l'on aurait trop secoué, vous voyez le truc ?
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J'ai testé mon truc sur le Docteur Polgrim aussi et pour une raison qui m'échappe il pense très souvent à une petite fille qui a une indigestion d'avoir mangé trop de glace et cela me fait penser que mon « truc » n'est pas infaillible. « Y a bug dans le système parfois » comme dirait Guevan.
Quant à Hojo, les rares fois où j'y parviens, ce ne sont que des séries de formules, des rapports d'expériences en cours et je n'y comprends pas grand-chose, peut-être parce que cela ne m'intéresse pas le moins du monde.
Reste Rufus, prince de glace inatteignable. J'ai beau tout essayer, je ne parviens pas à briser sa carapace et à connaître le fond de sa pensée.
La seule fois où j'ai réussi, j'ai entrevu des dossiers, quelque chose comme ça. Tu parles d'un truc intéressant, probablement juste du boulot.
Mais son attitude générale parle pour lui. Il est ambitieux et sûr de lui, trop parfois, il ne tolère pas l'à peu près ni la moindre erreur.
«lève-toi et marche, comme on dit »
Je me lèverai, et je marcherai, je courrai même s'il le faut par la Déesse mais en attendant je dois vivre avec lui…
Ai-je le choix ?
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Non, évidemment, sans quoi je pense que je n'hésiterai pas et prendrai mes jambes à mon cou, enfin façon de parler, vous vous doutez que ce n'est pas trop possible en vrai.
Non, je dois me faire à l'idée de cohabiter avec sa Majesté Shinra.
Ma seule famille « proche » est une grand-tante à moitié sénile qui ne se rappelle souvent plus qui elle est ni où elle se trouve, reconnaissez que cela ne me sera pas d'une grande aide.
Rufus constitue donc mon seul point d'attache dans le monde extérieur même si pour l'heure je ne me vois pas vivre aux côtés d'un type aussi étrange.
Vous arriveriez à vous imaginer son quotidien vous ? Personnellement j'ai du mal malgré les innombrables photos qu'il m'a amené et pourtant, à la maison, je le verrais dans sa bulle privée, je partagerais ses repas, ses moments de détente…toutes ces choses intimes que j'ai encore du mal à concevoir.
Et le souvenir de son sourire hautain tandis que je rampe presque en pleurant pour rejoindre la table en formica me revient… Ohh Minerva, puisses-tu me protéger…
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Louisa me tend quelques affaires, son sourire radieux toujours plaqué au visage.
Tout va bien se passer…j'aimerais en être aussi sûre. Dehors ce n'est que l'incertitude, le doute. Non, vraiment je n'arrive pas à me réjouir.
« Tout va bien se passer… »
Je tente d'imprimer cette phrase dans un coin de ma cervelle mais une autre résonne aussitôt d'un écho lointain.
« fais gaffe, j'sais pas trop pourquoi, j'suis pas tranquille »
Moi non plus Guev', moi non plus. On sauve les apparences comme on peut, comme en exhibant un sourire un peu trop éclatant lors de dîners d'affaires par exemple (Rufus serait fier de moi sur ce coup-là) mais dans le fond je n'en mène pas large.
Qu'est-ce qui m'attend maintenant ? Quelle est la suite ?
La Déesse seule le sait…
Voilà, ce chapitre nous a fait voir un peu plus ce qu'Ambre pense et faire connaissance avec sa façon de fonctionner ^^
Comme toujours j'espère que cela vous aura plu :)
Le prochain ne saurait tarder !
A bientôt et belle journée !
