Chapitre 11 : hide mondain.
Molière avait écrit au roi pour plaider sa cause et défendre la moralité de sa pièce en mettant bien en évidence qu'elle avait été mal comprise et que les hypocrites avaient utilisé son seul point faible pour le faire céder. Le roi ne l'autorisa toujours pas à représenter sa pièce en public, cependant, il adoucit la sentence en permettant à Molière de la lire chez les particuliers.
Molière ne fut qu'à demi-satisfait mais il n'avait pas encore pris conscience que la situation présentait des avantages certains. Il avait suffit que Tartuffe soit interdit à la représentation pour que tout le monde ait envie de connaître cette pièce qui défrayait la chronique ! Aussi, dés que l'ordonnance du roi fut connue, des dizaines d'invitations affluèrent chez Molière de la part de salons littéraires et de gens de haute noblesse. Le dramaturge se retrouva alors à l'été 1664, la coqueluche de la vie littéraire du moment. Trop sollicité pour assurer ses rôles au Palais-Royal, il les avait confiés à hide et, pendant que la troupe continuait de faire vivre le théâtre en rejouant les anciennes pièces, lui, courait les ruelles et régalait le monde de sa pièce.
Elle était très applaudie, on se la racontait et, par un effet boule de neige, tout Paris voulut bientôt avoir Molière chez soi. Cette vie mondaine l'amusait autant qu'elle l'épuisait. Il était tellement débordé qu'il n'avait pas le temps d'écrire une nouvelle pièce qu'on lui réclamait souvent pour reléguer l'échec de Tartuffe au passé. Mais le dramaturge avait du mal à accepter qu'il reste à jamais une pièce écrite.
De son côté, hide, débarrassé de La Thébaïde, se régalait à nouveau à jouer des rôles comiques. La troupe reprenait parfois dans une seule journée, plusieurs des petites pièces en un acte du début de la carrière de Molière mais, même si elle était plus « relevée », sa préférée restait Les Précieuses Ridicules. Il était passé du rôle de Jodelet à celui de Mascarille et pouvait ainsi s'amuser comme un fou avec la réjouissante scène de l'impromptu qu'il déclamait toujours sur un ton différent en rendant son personnage aussi grotesque que possible.
Les attaques contre Molière finirent par se raréfier, sans doute par lassitude et l'été et l'automne passèrent ainsi dans une relative tranquillité qui fut brisée par le plus cruel drame qui pouvait encore toucher Molière. Son fils Louis, à peine âgé de dix mois, décéda d'une fièvre au mois de Novembre. Le dramaturge, déjà surmené et un peu malade, s'effondra physiquement et moralement. Il s'enferma chez lui avec Armande et cessa totalement ses activités mondaines.
A ce moment-là, un répit dans les représentations avaient permis à hide d'aller voir Toshi à Versailles. Mais il revint immédiatement à Paris dès qu'il eut vent de la nouvelle et alla frapper à la porte de son mentor pour lui apporter son soutien.
Ce dernier le reçut, couché dans son lit. A une époque où l'on croyait qu'un choc moral suffisait à rendre malade et même à tuer, les médecins mettaient son état sur le compte de la fatigue et du chagrin. En tout cas, sa vue fit peine à hide. Pour la première fois de sa vie, le jeune homme remarqua que son mentor avait pris un coup de vieux. Il n'avait que quarante-deux ans mais ses cheveux se striaient déjà de fils blancs et son visage se creusait de rides prématurées. Armande n'était pas là, elle était allée trouver consolation chez d'autres amis.
Même le roi, par l'intermédiaire de Colbert, avait envoyé des condoléances.
hide fit ce qu'il put pour trouver des mots réconfortants mais il savait bien que rien ne pouvait être vraiment efficace face à la perte d'un fils unique.
- Je suis si fatigué..., murmura Molière. Je ne suis plus sûr de l'utilité de ma tâche, de sa valeur…Plus d'une fois, je me suis demandé s'il ne valait pas mieux tout arrêter et me retirer dans quelque domaine à la campagne où je pourrai vivre en paix le reste de ma vie. Elle me semble avoir été si longue déjà.
- Vous dites cela parce que vous êtes déprimé, répondit hide. Le théâtre est toute votre vie, je suis sûr que vous vous ennuieriez sans lui. Et si vous arrêtez, qui d'autre pourra dénoncer les vices et les défauts des hommes ? Votre œuvre est d'utilité publique.
- Si j'en étais aussi sûr que toi, je n'hésiterai pas à continuer. Mais j'ai le sentiment que tout est vain. Je critique, je fais rire, j'indigne et après ? D'autres que moi l'ont fait, d'autres que moi le feront encore parce que je crois que les hommes ne changeront jamais. Et après ma mort, peut-être que personne ne se souviendra de mes pièces.
- Si vous vous taisez maintenant, c'est sûrement ce qui arrivera. Mais vous ne pouvez pas prévoir l'avenir alors ne serait-il pas mieux de parier comme ce Pascal dont j'ai entendu parler chez Monsieur Boileau ? Puisque vous ne saurez jamais ce que votre nom deviendra après votre mort, il est toujours mieux de persévérer en espérant passer à la postérité qu'en arrêtant tout maintenant.
Un faible sourire passa sur la figure de Molière :
- Je vois que tu écoutes bien nos conversations à défaut de parler beaucoup et ton esprit en a bien profité !
hide rosit légèrement :
- J'aime beaucoup ce que vous vous racontez là-bas mais j'ai trop l'impression d'être un sot pour me mêler à vos conversations. Je préfère apprendre en vous écoutant.
- Tu n'es pas sot loin de là et tu te formerais très vite en fréquentant les bons endroits. Puisque nous en sommes là, je voudrais te demander quelque chose.
- Tout ce que vous voudrez.
- J'ai beaucoup d'engagements à honorer concernant les lectures privées de Tartuffe. Je voudrais que tu te rendes à ma place dans les salons.
- Moi ? Monsieur, je ne suis jamais allé dans ces endroits et j'ai peur d'y faire des maladresses.
- Ta tâche ne sera pas si dure, tu n'auras qu'à lire la pièce- ce que tu fais très bien- et à répondre aimablement aux questions qu'on te fera. Tu n'es pas un homme des bois et je te crois capable de t'adapter facilement. Du reste, personne n'attend de toi que tu te mettes à parler comme M. Voiture !
hide n'eut pas le courage de résister. Au fond, la perspective de pénétrer dans un milieu qu'il ne connaissait que par ce qu'on lui en avait raconté, l'emplissait de curiosité. Ce fut ainsi qu'il se retrouva à participer à l'un des fameux Samedis de Mlle de Scudéry.
Cette femme, âgée de cinquante-sept ans, était alors l'une des personnalités les plus influentes de l'époque. Dans sa maison située dans le Marais, elle rassemblait tout ce que Paris pouvait compter de « beaux esprits » et de gens de lettres. C'était une précieuse, à qui Molière avouait gentiment avoir pensé en écrivant la pièce sur le sujet. hide n'était que plus impatient de juger sur pièce, ce milieu dont il avait souvent joué la caricature.
Habillé de ses plus beaux vêtements, il fut introduit dans un salon à la décoration raffinée où une douzaine de personnes étaient assises. Il y avait beaucoup de livres sur les tables et des tableaux sur les murs. Le plus proche ne lui était pas inconnu : La Carte de Tendre. Il esquissa un sourire tout en s'inclinant devant l'assistance qui s'était levée. L'éternelle vieille fille qui était la maîtresse des lieux déclara sur un ton de plaisanterie légère :
- Monsieur Matsumoto, je vous prierai d'être indulgent pour cette société qui avait peur de vous comme les brebis du loup.
- Pourquoi cela madame ?
- Votre maître nous a croquées avec tant de vérité impitoyable que je crains de lui fournir de nouvelles idées si vous n'êtes pas assez charitable pour vous dispenser de lui raconter ce que vous aurez vu aujourd'hui.
- Vous lui faites l'amitié d'accueillir chez vous une pièce injustement interdite alors vous pouvez être assurée de sa reconnaissance.
Mlle de Scudéry sourit puis demanda :
- Comment va-t-il depuis ce triste évènement ?
- Hélas, son moral est au plus bas et ce chagrin a affecté sa santé. Je tenais à soulager sa tâche pour lui permettre de se remettre au plus vite.
- Qui est son médecin ? J'en connais un excellent que je pourrais lui recommander.
- Il apprécierait sûrement cette intention madame mais il a les médecins en horreur depuis fort longtemps et il fait tout ce qu'il peut pour qu'ils l'approchent le moins possible.
- Prenez donc un siège et lisez-nous cette pièce que nous sommes si impatients d'entendre.
- Comment Madame ! Ce ne sont plus les « commodités de la conversation ? »
hide s'était permis cette petite pique, agrémentée de son plus beau sourire ! Tout le monde se mit à rire et l'une des femmes présentes répondit :
- Nous avons reconnu volontiers que notre langage exagérait un peu dans les périphrases donc nous nous sommes amendés. Vous pourrez faire part de cette victoire à monsieur Molière.
En fait de siège, hide dut s'asseoir sur un énorme pouf brodé et garni de rubans. Une fois installé, il commença la lecture de la pièce et se mit à faire le clown en contrefaisant sa voix pour chaque personnage et lorsqu'elle partait dans les aigues pour imiter les filles, il déclenchait une vraie vague de fous rires. Son visage aussi se mit à jouer d'expressions subtiles ou exagérées et il voyait bien que son public en redemandait.
Les femmes n'hésitaient pas à lui redemander de répéter des passages qu'elles trouvaient particulièrement amusants et les commentaires allèrent bon train au fil de la lecture. Personne ne trouva la pièce scandaleuse bien au contraire, des applaudissements terminèrent la lecture et chacun fut unanime à dire qu'il était injuste qu'elle soit interdite à la représentation :
- Pour moi, dit Mlle Scudéry, je reconnais quelques figures bien réelles dans ce portrait de Tartuffe et qui mériteraient qu'on les dévoile au grand jour ! Je vous fais mon compliment pour votre façon de lire monsieur, c'était délicieusement amusant !
hide la remercia. Il avait pensé s'en aller tout de suite après la représentation mais la maîtresse de maison le retint encore un moment parce qu'elle voulut qu'il leur raconte sa vie de comédien. Pour ces gens du monde et parfaitement chrétiens, la vie d'acteur avait quelque chose d'exotique. Le fait qu'elle sentait aussi légèrement le sulfure n'avait pas l'air de les rebuter. hide répondit à leurs questions sans se faire prier et on l'écouta avec un intérêt passionné.
A cette époque, le chocolat était une boisson à la mode, introduite en France par l'intermédiaire d'Anne d'Autriche. La reine actuelle, Marie-Thérèse d'Espagne en consommait tellement qu'elle en était souvent malade ! Seule une petite élite pouvait se procurer ce met rare et cher et hide eut la chance de s'en voir servir ce jour-là. Il considéra avec perplexité ce liquide brun à l'odeur agréable mais quand il le goûta, il retint une grimace de dégoût. C'était du cacao pur car on n'y mettait pas encore de sucre et il le trouva amer et écœurant. Mais puisqu'autour de lui, on se régalait, il se résigna à le boire en espérant ne plus avoir affaire à cette boisson par la suite.
Tout en prenant la collation, les invités discutaient à s'amusaient à échanger les derniers poèmes qui s'échangeaient dans les ruelles de Paris. hide put constater que tout était vraiment prétexte à rimer. Même la castration d'un chat d'une dame qu'il ne connaissait pas avait donné un poème !
Ils n'ont vraiment que cela à faire de leurs journées !
Un homme proposa aussi une énigme que, paraît-il, il venait tout juste de composer pendant qu'on parlait :
Mon corps est sans couleur comme celui des eaux
Et selon la rencontre, il change de figure.
Je fais plus d'un trait que toute la peinture
Et puis mieux qu'un Apelle (NDA : peintre grec connu pour le réalisme de ses peintures) animer mes tableaux.
hide doutait sérieusement que cette énigme soit improvisée. Elle devait plutôt avoir été préparée de longue date mais il avait déjà plus ou moins compris que ses gens faisaient tout ce qu'il pouvait pour avoir l'air spirituel. Tout le monde autour se mit à réfléchir et il en fit de même sans vraiment croire qu'il pouvait trouver la solution. Le dernier vers lui posait problème (il avait compris un « appel »).
Comme celui qui avait posé l'énigme répétait les vers à ceux qui ne les avaient pas retenus, les yeux de hide dérivèrent sans y penser sur l'un des nombreux miroirs qui ornaient les murs. Et la solution surgit tout d'un coup dans son esprit avec la force de l'évidence :
- C'est un miroir !!
C'était beaucoup plus simple qu'il ne l'avait cru ! Sur le coup, il n'avait pas pu s'empêcher de le dire tout haut mais il fut très gêné car il ne savait pas s'il pouvait réellement participer.
L'auteur de l'énigme ouvrit des yeux tout ronds, comme s'il ne s'attendait pas à ce que la réponse vienne de lui :
- Mais oui c'est cela !
Mlle de Scudéry se mit à rire :
- Drôle et vif d'esprit, j'ai bien fait de vous inviter monsieur ! Puisqu'il en est ainsi, vous aller participer à notre jeu du bout-rimé !
A ce moment-là, hide eut envie de fuir :
- Madame, permettez-moi de vous écouter sans participer. Je n'ai jamais composé le moindre vers et je me rendrais vraiment trop ridicule.
Heureusement pour lui qu'elle n'insista pas et hide se retrouva à devoir écouter chacun des invités improviser un poème sur des rimes données par avance. Vu la difficulté de l'exercice, il fallait vraiment beaucoup d'ingéniosité pour y parvenir en peu de temps. Mais au bout d'une heure, hide commença à s'ennuyer fermement. On lui demandait de juger des poèmes qu'il ne comprenait qu'à moitié à cause de leurs tournures alambiquées. Pour lui, ces gens vivaient dans un monde à part avec leur propre langage. De moins en moins à l'aise, il faisait des réponses de normand en essayant de cacher le fait que cette poésie était trop complexe pour lui parce que le français n'était pas sa langue maternelle. Il ne s'était jamais senti aussi stupide et avait de plus en plus envie de partir. Et c'était sans compter cet affreux chocolat qu'il se forçait à terminer !
Enfin, certains invités commencèrent à donner des signes de départ. Il sauta sur l'occasion pour annoncer aussi le sien en prétextant une répétition au Palais-Royal. On le remercia aimablement sans qu'il puisse deviner l'impression réelle qu'il avait faite.
Il soupira de soulagement lorsqu'il quitta ce salon surchargé pour se retrouver dehors. Si les autres rendez-vous devaient ressembler à celui-ci, Molière lui avait mis sur les épaules une vraie corvée !
Son répit ne fut pas long puisqu'il dut se rendre dès le lendemain soir dans un autre salon tenu par la plus célèbre courtisane de son temps : Ninon de Lenclos.
Elle avait à l'époque cinquante-sept ans et un impressionnant tableau de chasse en matière d'amants. C'était aussi une amie de Molière.
Elle était encore belle malgré son âge et l'on disait que sa vie amoureuse, quoique plus discrète, était toujours aussi remplie. Les parents lui envoyaient même leurs fils pour qu'elle les « initie » ! Mais bien plus qu'une courtisane, c'était une femme d'une extrême intelligence et d'une grande culture, la reine de Paris.
Chez elle, l'ambiance était plus simple et plus bon enfant que chez Mlle de Scudéry. Il y avait plus de monde que toutes classes sociales. Ce fut elle qui vint vers hide et le présenta à tous les invités.
Le jeune homme ne le savait pas mais il venait de mettre les pieds dans le milieu libertin, encore très discret à l'époque. Tous les gens présent étaient athées ou sérieusement sceptiques vis-à-vis du dogme religieux imposé. Il y avait des protestants, des philosophes, des scientifiques, tout un microcosme de libres-penseurs qui élaboraient déjà quelques idées qui allaient fleurir plus tard au siècle des Lumières. Évidemment, l'Église et le roi les surveillaient du coin de l'œil.
La pièce de Molière avait là un public gagné d'avance et qui ne risquait pas de l'accuser d'impiété. Il aurait même pu aller beaucoup loin s'il l'avait voulu.
Il fut accueilli avec beaucoup d'amitié et moins de condescendance curieuse que chez les précieuses. Ninon de Lenclos le fit asseoir à côté d'elle et lui demanda des nouvelles de Molière, du théâtre et des prochaines pièces en préparation. Sachant qu'elle aimait les jeunes hommes, hide eut un peu peur qu'elle essaie de le séduire. Si cela avait dans sa nature, il aurait peut-être cédé car elle ne faisait vraiment pas son âge et la séduction se dégageait de son corps et de sa voix comme un parfum. Est-ce qu'elle pousserait la tolérance jusqu'à accepter la fréquentation d'un homosexuel ? Il ne le saurait sans doute jamais.
Les conversations portaient sur des sujets bien différents. Pas de vers ni de dissertations sur l'amour mais on parlait de politique, de religion, de mathématiques et même d'étoiles et de planètes. hide, très intéressé par ces sujets nouveaux, se mit à poser des questions, trop curieux cette fois pour se laisser retenir par le fait qu'il n'y connaissait rien. Et on lui parla de choses stupéfiantes. Que les étoiles étaient d'autres mondes, aussi solides et vivants que pouvait l'être la Terre, qu'il y avait peut-être d'autres créatures ailleurs et que l'univers n'avait pas de fin. Il en avait le tournis mais certaines histoires lui faisait l'effet de contes tellement elles lui parurent invraisemblables. Si la Terre tournait sur elle-même, pourquoi on ne le sentait pas ? Et s'il y avait vraiment d'autres humains ailleurs…Alors tout ce que la religion racontait était à remettre en question. Ce fut cette pensée qu'il lui fit prendre conscience qu'il se trouvait parmi des gens aux idées périlleuses et qu'ils ne devaient sûrement pas raconter tout cela dans n'importe quel endroit.
On l'invita à lire la pièce, ce qu'il fit avec le même succès que la veille mais le meilleur de la soirée était à venir.
L'un des scientifiques avait apporté un étrange objet, une « lunette astronomique »et l'avait placée près de la fenêtre, levée vers le ciel. hide s'approcha et lui demanda à quoi cela servait :
- A observer le ciel mieux que vous ne pourrez jamais le faire avec vos deux yeux, répondit l'homme avec enthousiasme.
L'œil droit collé contre une espèce de petit tube, il actionnait une manette située sur le côté d'un long tube métallique et il poursuivit :
- La lune est pleine ce soir, on va avoir une vue magnifique ! Laissez-moi régler les derniers détails et vous ne regretterez pas d'être venu !
Les invités se rassemblèrent autour de l'objet. Honneur aux dames, ce fut elles qui regardèrent d'abord et les cris de ravissement qu'elles poussèrent accrurent singulièrement la curiosité de hide. Elles avaient déjà vu la lune tout de même alors que pouvait-il bien y avoir de si étonnant ?
Enfin, ce fut son tour de regarder et il comprit pourquoi tout le monde avait été si émerveillé. Avait-il bien regardé la lune auparavant ? Il avait devant lui une boule blanche si éclatante de lumière qu'il en fut d'abord ébloui. Et puis il se rendit compte qu'elle n'était pas complètement blanche. Il distinguait des taches grises sur sa surface, des reliefs…Elle si grosse et semblait tellement près qu'il avait envie de tendre la main pour la toucher. D'un seul coup, il entrevit un monde immense de connaissances et de vérités merveilleuses qu'il n'aurait jamais pu soupçonner. Libre des œillères que lui aurait donnée une croyance religieuse, il avait l'esprit suffisamment ouvert pour percevoir tout cela et en être absolument bouleversé. Il devait se souvenir toute sa vie de l'extraordinaire émotion qu'il avait alors ressentie tandis qu'il contemplait le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu.
Il resta tellement longtemps à regarder la lune que des rires amusés se faisaient entendre dans l'assistance. L'astronome lui mit la main sur l'épaule :
- Hé mon ami, seriez-vous devenu une statue ?
hide, un peu confus, se releva :
- Excusez-moi…c'est merveilleux.
L'homme eut un sourire indulgent devant sa mine chamboulée.
- Vous croyez qu'il y a des gens là-haut ? demanda hide. Des villes, des hommes, des animaux ?
- On n'en sait encore rien. Nous pensons que cette lunette est encore trop peu puissante pour nous permettre d'y voir suffisamment.
- Et pourquoi est-elle si blanche ? Est-ce qu'elle est couverte de neige ?
L'astronome se mit à rire :
- Je vous raconterai tout si vous y tenez.
- Oh oui, je veux tout savoir !
Ninon de Lenclos apparut alors et s'écria gaiement :
- Alors vous avez vos entrées ici aussi longtemps qu'il vous plaira ! Les scientifiques de cet endroit raffolent des esprits curieux prêts à les écouter, cela les change tellement des condamnations !
hide accepta avec enthousiasme.
Cinq minutes après, alors qu'il parlait avec l'astronome autour d'un verre de vin, la porte s'ouvrit sur une arrivée tardive. Par réflexe, hide tourna la tête pour regarder le nouveau venu. Ce dernier passa tout près de lui et, se faisant, lui lança un long regard vert sous une frange de cheveux blonds : un éclair qui s'imprima dans l'esprit de hide. Il ne bougea plus de sa place de toute la soirée mais les paroles de l'astronome lui parvinrent pourtant de plus loin. Jusqu'à ce qu'il se décide à quitter les lieux, les yeux verts se tournèrent souvent vers lui, le rendant sourd et aveugle à tout autre chose.
Pour le salon précieux, je suis sûre de ce que je raconte car c'est un cours sur la poésie précieuse qui m'a donné l'idée de faire ça. Par contre, pour la soirée de Ninon de Lenclos, j'ai beaucoup extrapolé et je me suis fait plaisir en baladant hide dans toutes sortes de milieux de l'époque ! ^^
