- LES SURVIVANTS -
Cette histoire se base sur les sept volumes du cycle de Harry Potter écrits par la talentueuse Joanne K. Rowling et le chat du 30 juillet 2007 au cours duquel elle a révélé ce qu'elle imaginait pour ses personnages.
Relecture : Fenice, Calimera, Monsieur Alixe
Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
1er septembre — 30 juin 1998 : Harry en septième année
6 septembre 1999 : Harry devient aspirant Auror
Période couverte par le chapitre : 20 septembre au 26 octobre 1999
XI : Première enquête
La semaine suivante, les instructeurs commencèrent à montrer aux nouvelles recrues leurs techniques d'interpellation et de combat. Harry se rendit compte qu'il n'avait aucun problème à suivre. Il réalisa que les exercices spécialisés que lui avait donnés son professeur de défense contre les forces du Mal l'année précédente à Poudlard, tandis que les autres travaillaient des sorts qu'il connaissait déjà, n'avaient pas été choisis au hasard.
Pritchard était très satisfait du niveau de son aspirant. Harry apprit également les bases de l'enquête avec lesquelles il était moins à l'aise. Il eut à lire des dossiers d'affaires résolues dans le but de comprendre les cheminements et les indices qui avaient conduit les Aurors à trouver et appréhender les coupables.
Le vendredi, Pritchard lui demanda s'il avait des projets pour le week-end.
— Oui, je vais voir un match de Quidditch dimanche, indiqua Harry.
— Le match des Harpies ? s'enquit Owen Harper, dont le bureau était près du leur.
— C'est ça.
— Veinard, tu vas avoir des places gratuites maintenant ! s'écria le jeune aspirant.
— Je ne sais pas, tempéra Harry. J'en ai pour celui-là, c'est tout.
— Tu peux avoir des places ? demanda Pritchard visiblement intéressé.
— Il connaît bien une Harpie, dévoila Harper d'un ton qui ne laissait aucune ambiguïté sur le genre de relation entretenue par Harry avec la joueuse.
— Vraiment ? s'étonna Pritchard. Gwenog Jones ?
Harry le regarda, horrifié. La capitaine des Harpies avait au moins trente ans.
— Une nouvelle recrue qui n'a pas encore fait de match officiel, rectifia-t-il.
— Dis, continua Harper, on est pas mal à avoir fait partie d'une équipe, ici. Ce serait bien d'en monter une comme l'ont fait d'autres services.
— Euh, oui. Mais… on est tous les deux attrapeurs…
— Je peux être poursuiveur, répondit Harper en balayant l'objection d'un geste.
— Les matchs entre les équipes du ministère ont lieu le dimanche, signala Pritchard. Vu nos astreintes, il faudra prévoir des doublures pour tous les postes.
— Tu joues aussi ? lui demanda Harry.
— Seulement aux échecs, avoua Pritchard. Mais j'aime parier.
Le dernier dimanche de septembre, la famille Weasley et assimilés se rendit en cortège vers le stade de la lande d'Ilkley pour voir jouer l'équipe de Ginny après le déjeuner. Toute une rangée en tribune leur avait été réservée. Les autres amateurs de Quidditch dévisagèrent Harry, mais il en avait désormais l'habitude.
Harry n'avait assisté à aucun match de haut niveau depuis la Coupe du monde et il retrouva avec plaisir l'excitation procurée par ce genre de spectacle. Après avoir encouragé les Harpies à vive voix, applaudi, tremblé, acclamé et finalement sauté de joie quand l'équipe féminine eut remporté la partie, il se dit que s'il n'avait pas souhaité à ce point devenir Auror, il aurait bien aimé avoir la même opportunité que Ginny.
Quand elle vint les saluer, toute rose d'émotion et de bonheur de savoir ses camarades qualifiées pour la finale de la Coupe de la ligue, Harry dut admettre qu'elle avait vraiment trouvé sa voie.
En pénétrant dans le QG des Aurors le lundi suivant, Harry se sentit presque familier des lieux. La plupart des têtes étaient connues, même s'il ne pouvait pas à toutes leur attribuer un nom, ce qui était un peu gênant, car, bien entendu, tout le monde savait le sien.
Son instructeur décida de commencer la semaine en lui faisant étudier une série de photographies.
— Ce sont des suspects que nous n'avons pas encore pu appréhender. On les soupçonne de fricoter régulièrement avec la magie noire, mais nous n'avons jamais réussi à les confondre. Si jamais tu les croises, fais gaffe à toi. Je suppose que tu as connu pire, mais ceux-là aussi pratiquent les Impardonnables. Compris ?
— Compris ! Vigilance constante !
Pritchard garda le silence quelques instants. Il finit par demander :
— Tu as bien connu Maugrey ?
— Non, admit Harry. Mais il m'a protégé entre le moment où j'ai eu quinze ans et sa disparition.
— Et tu sais… ce qui lui est arrivé ?
Ce fut au tour de Harry de marquer une pause. À l'expression émue de son partenaire, il décida que celui-ci avait droit d'être mis au courant :
— Juste avant mes dix-sept ans, il a fallu me faire changer d'endroit. Ceux qui me protégeaient ont imaginé de faire prendre du Polynectar avec un de mes cheveux à six autres personnes pour que si Voldemort nous surprenait, il ne sache pas lequel de nous poursuivre. Ce n'est pas moi qui ai eu cette idée, se défendit Harry.
— Ce n'était pas bête, commenta Pritchard.
— C'était risqué pour ceux qui se déguisaient, rétorqua Harry.
— Pas davantage que pour toi, remarqua son instructeur.
Harry laissa tomber et continua son récit.
— Voldemort était au courant. Il nous attendait. Il a vu sept Harry Potter et a pensé que Maugrey protégeait le bon, car c'était le meilleur. Il l'a abattu d'un sortilège de la Mort.
Après réflexion, Pritchard estima :
— Je pense qu'il a préféré finir comme ça que pris en traître une nuit par une bande d'encagoulés. Au moins ça a servi à quelque chose.
Harry hocha la tête pour marquer son accord.
— Et c'est toi qui as récupéré son œil ? s'enquit Pritchard.
Harry indiqua que oui, tout en se demandant comment cela se faisait que tout le monde soit au courant de sa présence au ministère de la Magie ce jour-là. Ombrage avait-elle ordonné aux Aurors d'enquêter sur cette disparition ?
— Je l'ai enterré dans une forêt pour que personne ne puisse l'utiliser, précisa Harry.
Son partenaire ne dit rien, mais son demi-sourire exprimait son approbation.
Harry reporta son attention sur les photos qu'il devait mémoriser et fut frappé d'une idée subite :
— Pourquoi ne met-on pas de Tabou sur les Impardonnables ? Cela permettrait de repérer ceux qui les lancent, non ?
— À ton avis, pourquoi on ne le fait pas ? lui répondit Pritchard du tac au tac.
Harry lui lança un regard agacé. Il savait que la démarche était pédagogique, mais il préférait qu'on lui donne directement la réponse. Parce que tant qu'à chercher tout seul, il n'avait pas besoin de se ridiculiser en avouant son ignorance.
— Chais pas, répliqua-t-il de mauvaise grâce.
— À quoi sert le Tabou ? relança patiemment son instructeur.
— À trouver les gens qui prononcent un mot déterminé.
— Oui. Mais il ne fait pas la différence entre une formule lancée et un mot utilisé dans une conversation. Donc on aurait régulièrement de fausses alertes.
— On parle souvent des Impardonnables ?
— On doit pas mal en parler en ce moment. Les gens se racontent leurs souvenirs de guerre. Je ne me vois pas débarquer dans toutes les réunions de famille !
Harry réfléchit à l'argument.
— Mais on parle d'Imperium, de Doloris et de sortilège de la Mort. Pas d'Impero, d'Endoloris ou d'Avada kedavra.
— Tu viens de le faire.
— Évidemment, puisque c'est notre sujet !
— Et quand tonton Archibald racontera comment il a échappé à un Rafleur qui criait Impero, devine qui va arriver ventre à terre ? Sans compter tous ceux qui font semblant d'utiliser cette formule dans leurs jeux érotiques.
— Pardon ?
— Oui, faut sortir, mon gars. Cela arrive juste après les menottes magiques dans le classement des fantasmes en tous genres.
Harry ouvrit des yeux ronds. Ce n'était pas dans le livre de Ron, ça !
— Et puis il n'y a pas que ça, ajouta Pritchard coupant court aux images qu'il avait fait naître dans l'imagination de Harry. Le Tabou, ça permet seulement de localiser. Si la cible a utilisé des sortilèges de protection, on ne voit rien.
— Ah si, s'écria Harry. Nos défenses sont tombées quand j'ai dit le mot « Voldemort » !
— Tu t'es fait repérer grâce au Tabou ? releva Pritchard.
— Oui. Les Rafleurs nous sont tombés dessus, alors qu'ils n'auraient pas dû nous voir.
— Et tu as pu leur échapper ? demanda son instructeur.
— J'ai réussi à m'enfuir plus tard grâce à l'aide d'un elfe de maison, résuma Harry qui ne voulait pas se lancer dans ce long récit. Enfin, bref, cela abat les protections.
— Non, ce n'était pas le Tabou, mais le maléfice qui y était associé. Et celui-là, c'était de la magie noire, alors pas question de continuer à l'utiliser. Si on récapitule, on serait surtout appelés pour des formules prononcées sans volonté de nuire. Les mages noirs n'oublieront sûrement pas de lancer un sort de Protection de manière préventive et de se donner ainsi le temps de transplaner avant que nous puissions les atteindre.
Harry médita ces paroles et ses pensées prirent un nouveau cours.
— Mais finalement, qu'est-ce qui différencie un sort de magie blanche d'un sort de magie noire ? demanda-t-il.
— On ne vous apprend pas ça à l'école ? s'étonna Pritchard.
— Non, on nous enseigne les sorts qu'on a le droit d'utiliser pour se défendre et on nous parle vaguement des autres en précisant qu'on ne doit pas s'en servir.
— C'est l'intention qui porte le sort qui fait la différence, lui révéla son instructeur. Il y a des sortilèges qui sont par nature noirs, comme les Impardonnables : vouloir tuer, torturer et contraindre ne peut être toléré. Ce serait pratique d'arrêter un criminel d'un simple Imperium. Mais risquer de briser sa volonté et le mettre complètement à notre merci n'est pas moral. Alors on mouille un peu sa robe et on tente de l'immobiliser, sans toucher à son esprit.
— Mais si on le met sous Imperium pour l'empêcher de faire du mal aux autres ? argumenta Harry.
— Il y a souvent une autre façon de faire. Un sort plus bénin, moins dangereux. Sans doute que des cas particuliers mériteraient les grands moyens. Mais on ne conçoit pas les règles pour les exceptions. Si c'était le cas, tu passerais ton temps à te demander si tu rentres ou non dans le cas de l'exception et à déterminer si la règle s'applique. Ou bien tu établirais que tout est une exception et tu n'aurais plus de limites. C'est pour ça que c'est le ministère qui tranche pour toi et qui décide quels sont les sorts acceptables. T'arranger pour que les sorts dits blancs ne fassent pas de mal aux autres est déjà assez compliqué. Dans un sens, on t'a donné la bonne définition à l'école. Les sorts noirs sont les sorts interdits.
— Mais si le ministère autorise les sorts noirs en les déclarant blancs, tout d'un coup ? s'inquiéta Harry.
— La dernière fois que c'est arrivé, tu as su quoi faire, non ?
Que les autres imaginent qu'il avait risqué sa vie et appelé à la rébellion pour défendre la morale et la justice rendait toujours Harry mal à l'aise. De son point de vue, il avait juste cherché à vaincre l'assassin de ses parents et il ne s'était retrouvé fer-de-lance d'une révolte que par la décision de ses alliés.
— Mais on pourrait dire que se rebeller contre le ministère n'est pas moral, opposa Harry se faisant l'avocat du diable.
— Je n'ai jamais dit que faire des choix était facile, rétorqua son mentor. Mais ne t'en fais pas, jusqu'à maintenant tu ne t'es pas trop planté.
En pensant à tous ceux qu'il avait laissés sur le bord du chemin, Harry n'en était pas aussi certain. Mais il revint à la discussion initiale :
— Et pourquoi le sortilège qui abat les protections est noir ? demanda-t-il.
— Parce qu'il est excessivement puissant et que le sujet a peu de chance de s'en sortir. Si tu as survécu à ta capture, c'est que tes barrières étaient sacrément bonnes.
Harry soupira et se concentra à nouveau sur ses portraits.
Les Harpies de Holyhead finirent la Coupe de la ligue à la seconde place. Malgré leur défaite en finale, tout le clan Weasley s'accorda à dire que c'était un beau match et qu'ils avaient eu de la chance d'avoir pu y assister. Molly étonna sa famille par ses connaissances techniques en Quidditch. Elle honnit l'arbitre qui n'avait pas vu une faute pourtant flagrante du club de Flaquemare et avait ainsi désavantagé les perdantes « qui avaient joué bien mieux ».
— Qu'est-ce que ce sera quand Ginny jouera vraiment avec son équipe ! souffla Ron à l'oreille de Harry. Les arbitres auront intérêt à garder leurs arrières en cas de défaite des Harpies.
— À mon avis, les batteurs qui la viseront risqueront bien plus ! répondit Harry.
— Finalement, je me demande s'il est prudent de laisser Ginny jouer, conclut Ron.
Les Harpies eurent une semaine de relâche que Ginny passa Square Grimmaurd. Les premiers jours, Harry et elle se montrèrent peu sociables avec Ron, tout à leurs retrouvailles. Quand Harry s'arrachait à sa présence pour aller travailler, elle se reposait ou rendait visite à ses amis. Quelques jours après son retour, elle demanda si elle pouvait inviter ses parents à dîner pour le lendemain.
— Tu n'as pas besoin de me demander la permission, lui répondit Harry.
— C'est chez toi, ici, lui rappela Ginny.
— Invite qui tu veux, accepta Harry tout en se demandant ce qu'il lui fallait faire pour qu'elle considère cette maison comme son foyer.
— C'est vrai, remarqua Ron. On n'a jamais pensé à les inviter. Ce serait marrant d'inverser les rôles !
— Surtout avec Kreattur dans le rôle de maman à la cuisine, souligna Ginny avec réalisme.
— Je serais curieux de voir ce que tu sais préparer, la taquina Ron.
— J'ai bien le temps d'apprendre, rétorqua sa sœur. Au moins je suis sûre que, si on me demande en mariage, ce ne sera pas pour que je tienne une maison.
Harry n'intervint pas dans cet échange. Malgré la tendresse sans conteste qu'elle lui prodiguait, il en arrivait à douter que le mariage entre un jour dans les projets de Ginny.
La soirée avec les parents Weasley se révéla instructive. Harry réalisa qu'il ne parlait pas tellement avec eux le dimanche midi, car il était difficile de soutenir une conversation sérieuse avec un enfant en bas âge qui réclamait l'attention et une dizaine d'adultes. Dans la cuisine du Square Grimmaurd, Molly put évoquer ses dernières occupations sans être interrompue à tout moment.
Son activité d'aide aux sorciers qui revenaient après avoir dû fuir à la campagne ou à l'étranger se terminait. Contrairement à la Première Guerre qui avait annihilé des familles entières, l'action du ministère, des Rafleurs et la bataille de Poudlard avaient fait nombre de veufs et de veuves.
Ceux-ci, qui assuraient seuls la subsistance de leurs enfants, ne pouvaient prendre soin d'eux durant la journée. Le ministère avait donc lancé l'idée d'organiser des gardes d'enfants et même des classes d'école primaire pour ceux en âge d'apprendre à lire et compter, s'inspirant des Moldus. Molly se chargeait de recenser les besoins et de proposer des solutions d'urgence dans les cas difficiles.
— Et les orphelins ? demanda Harry.
— Toutes les familles sorcières étant plus ou moins apparentées, nous avons trouvé un foyer à chacun d'entre eux, le rassura Mr Weasley.
Harry se souvint que, sans la prophétie, il aurait sans doute pu rester dans le monde magique. Enfin, Dumbledore avait fait ce qu'il avait cru le mieux pour lui !
— Et qui vont être les professeurs de la nouvelle école ? demanda Ginny.
— On dit les « instituteurs », la reprit sa mère. C'est Mrs Brocklehurst, elle-même institutrice chez les Moldus, qui se charge de nous trouver des candidats. Elle a eu l'excellente idée de débaucher des Moldus déjà formés. Ils nous serviront d'exemple et d'instructeurs.
— Mais pourquoi tu ne t'es pas proposée ? demanda Ron. Tu nous as fait l'école, à nous.
— Ce n'est pas pareil. Ils seront au moins une dizaine par classe.
— D'autre part, compléta Mr Weasley, Mr Brocklehurst nous a affirmé que les enfants issus de Moldus sont bien meilleurs que les sorciers de souche en orthographe et en mathématiques quand ils arrivent à Poudlard. Ils ont aussi une plus grande culture générale. C'est pour cela que nous allons nous inspirer des programmes moldus pour notre nouvelle école primaire.
— On va vraiment faire venir des Moldus dans le monde sorcier ? insista Ron, incrédule.
— Nous les choisirons parmi ceux qui connaissent déjà notre existence, le rassura Mr Weasley.
— Mais… C'est juste une question de niveau ? demanda Harry sentant que quelque chose lui échappait.
Mr Weasley sourit, comprenant ce que voulait dire Harry.
— L'abrogation de la loi du Secret n'est pas à l'ordre du jour. Mais, dans tous les pays européens, la place que les Moldus nous laissent se réduit. Leur population croît régulièrement et la nôtre aussi. Kingsley m'a demandé d'étudier la situation et il est évident que si les choses continuent ainsi, il va falloir vivre de plus en plus étroitement avec les non-sorciers. Pour cette raison, nous devons mieux les connaître et apprendre à cohabiter de façon à ce qu'ils ne se doutent de rien. Plus nos éducations se ressembleront, plus ce sera facile.
— Mais, on ne va pas transformer Poudlard en école moldue ! s'exclama Ginny d'une voix horrifiée.
— Bien sûr que non, affirma sa mère.
— Nous avons bien l'intention de rester sorciers, ajouta Arthur. Il ne pourrait en être autrement. Mais nous pouvons en apprendre davantage sur eux, acquérir leurs produits, nous habiller comme eux. Et pourquoi se rendre à Pré-au-Lard pour acheter des carottes, alors que nos voisins moldus peuvent nous en vendre ?
— Mais que vont devenir les magasins sorciers si tout le monde se fournit chez les Moldus ? demanda Ron avec inquiétude.
— Nous avons eu des pénuries de matières premières après l'Année des Ténèbres, lui apprit son père. Kingsley a dû faire appel au Premier ministre moldu pour trouver des objets en rupture de stock et de la nourriture. Nous leur passons encore régulièrement des commandes. Que les sorciers aillent s'approvisionner dans leurs boutiques simplifiera le travail du ministère. Il nous restera à développer tout ce qui est spécifiquement sorcier. Ton magasin n'a rien à craindre, Ron. Rien ne pourra jamais égaler les Sorciers Facétieux.
Il laissa les trois jeunes digérer ces nouvelles idées.
— Les Oubliators vont avoir du travail, finit par dire lentement Harry.
— Le service des Détournements de l'artisanat moldu aussi, admit Arthur. Mais nous n'avons pas tellement le choix. Nous serons un jour obligés de vivre parmi les Moldus. Il vaut mieux nous y préparer que le subir sans l'avoir anticipé.
Ces explications troublèrent beaucoup les jeunes gens. Assister à l'évolution de son mode de vie, même quand on en connaît les défauts et les limites, est toujours effrayant. Harry ne savait pas s'il avait vraiment envie de voir se mêler les deux communautés. Passer du côté sorcier avait été à la fois une révélation et une rupture pour lui. Cependant, quand Ron et Ginny exprimèrent leur malaise à l'idée de fréquenter régulièrement le monde moldu, ce fut lui qui fit valoir :
— Ce n'est pas comme si le monde moldu vous était complètement étranger. Ron, tu vas souvent chez les Granger, non ?
— Mais je les connais ! s'exclama Ron. Et ils sont au courant pour nous, je peux faire allusion à la magie.
— Être obligés de faire comme eux pour ne pas nous faire remarquer…, laissa échapper Ginny d'un ton hésitant.
Harry jugea que si ses amis, malgré la passion de leur père pour les Moldus et les origines d'Hermione, avaient autant de réticence pour ce qui n'était pas sorcier, la tâche ne serait pas facile pour le ministère.
Le jeudi, Harry indiqua à Ginny :
— Demain, ma promotion se réunit au pub après le boulot. Tu viens nous rejoindre ?
— Non, j'aime mieux pas, refusa-t-elle.
— Mais pourquoi ? Ils sont sympas et puis tu connais bien Vicky et Eleanor.
— Je serais la seule à ne pas être Auror.
— Ce n'est pas grave, lui assura-t-il. On peut amener ses petits copains, si on veut.
— C'est justement ça qui me gêne. Je n'ai pas envie d'aller là-bas parce que je suis ta petite amie.
— Des fois, j'ai l'impression que tu as honte de moi ! grogna Harry.
— Harry, je t'aime, mais j'ai besoin d'exister en dehors de toi !
— En dehors de moi ? répéta Harry.
Ginny soupira et précisa :
— Si on me voit avec toi, on va imaginer que je suis une intrigante qui s'est arrangée pour se glisser dans le lit du Survivant parce que c'est le copain de son frère.
— Tu exagères ! s'exclama Harry sincèrement choqué.
— Tu es jeune, riche, puissant et célèbre. Moi je ne suis rien. Je refuse de passer pour une arriviste qui a réussi en épousant le grand héros. Je ne veux pas qu'un jour nos enfants aient honte de moi !
— Honte de toi ? reprit Harry ahuri. Mais enfin, les Weasley sont une famille honorable !
— Honorable, mais pauvre, Harry. Tu ne l'avais pas remarqué ?
Harry laissa passer un moment pour assimiler ces nouvelles idées puis analysa lentement :
— Ginny, tu ne pourras jamais être l'équivalent du Survivant aux yeux des gens.
— Je sais. Mais si je m'impose comme Harpie de Holyhead avant d'être la petite copine de Harry Potter, ce sera déjà un début de légitimité.
— Et si ça n'arrive jamais, tu me laisseras tomber ?
Ginny se donna le temps de réfléchir avant de répondre. Harry la regarda, se préparant au pire. Il comprenait mieux pourquoi cette reconnaissance sociale avait une telle importance à ses yeux. Et si elle ne parvient jamais à se sentir digne de moi, songea-t-il avec détresse, va-t-elle me quitter ? Ron avait mis des années à trouver sa place aux côtés de l'encombrant personnage qu'on appelait le Survivant. Harry se demanda si un jour lui-même arriverait à prendre ses distances avec lui.
— Donne-moi trois ans, dit finalement Ginny. Trois ans pour faire mes preuves. Si je ne réussis pas, eh bien… au moins, j'aurai essayé.
— Trois ans, assimila Harry.
— À partir du moment où je suis rentrée chez les Harpies, précisa-t-elle. Depuis le jour où tu m'as encouragée à aller aux Trois Balais pour signer mon contrat.
Ses épaules s'affaissèrent soudain, comme si elle craignait de s'être chargée d'un trop lourd fardeau.
— Je suis désolée, Harry, avec une fille brillante comme Hermione ou plus riche, tu n'aurais pas tous ces ennuis. Je sais que c'est orgueilleux de ma part d'espérer ne partir de rien et être considérée comme ton égale !
— Moi, je te considère comme mon égale, lui assura Harry, qui à tout prendre préférait la Ginny arrogante à celle pétrie de doutes qu'il découvrait ce jour-là. Et je te fais confiance. Tu arriveras à faire comprendre aux autres ce que je vois en toi.
Harry, bouleversé, décida de faire faux bond à ses collègues le lendemain. Mais Ginny insista pour qu'il y aille quand même :
— Toi aussi tu as ta vie à construire.
Harry admit qu'il tenait effectivement beaucoup à ces réunions joyeuses et amicales. Il y tissait des liens de complicité professionnelle avec ses pairs, ce qui lui permettait d'effacer cette image du héros qui lui collait à la peau.
— Alors, vas-y, l'encouragea-t-elle. Je pense que je vais aller dîner chez mes parents.
Ginny finit par repartir pour Holyhead. Les semaines qui suivirent furent difficiles, non seulement moralement, mais aussi physiquement pour Harry. Il dut désormais assurer les mêmes permanences que les autres Aurors, ce qui signifiait des nuits et des dimanches passés au ministère. Il apprit à enchaîner les journées et à décaler ses heures de sommeil. Il s'efforçait d'être chez lui les jours où Ginny rentrait en échangeant ses jours de garde avec des camarades de bonne volonté. À ces occasions, il travailla avec d'autres partenaires. Il constata que ceux-ci étaient souvent très réservés en sa compagnie, comme s'ils ne savaient comment s'y prendre avec lui. Cela lui faisait apprécier à sa juste valeur la bonhomie familière de Pritchard.
Fin octobre, il fut confronté à son premier cadavre dans le cadre professionnel. Faucett arriva avec un ordre de mission :
— Pritchard et Potter, un médicomage nous signale une mort subite. À vous de jouer.
— On y va en Magicobus, décida Pritchard après avoir déchiffré l'adresse.
Ils sortirent par l'issue donnant sur la rue moldue et appelèrent le véhicule.
— Au fait, qu'est devenu Stan Rocade ? interrogea Harry.
— Azkaban, répondit laconiquement son instructeur.
— Il était réellement Mangemort ? s'enquit Harry.
Il s'était toujours demandé si le receveur n'était pas sous Imperium, le jour où il l'avait désarmé dans les airs.
— Aucune idée, admit Pritchard. Quand on l'a arrêté la première fois, il a nié, mais ils le font tous. Tu verras, d'ici deux ou trois mois, tu ne croiras même plus ta propre mère. (Il grimaça.) Désolé, mon gars. C'est une expression.
— C'est bon, fit Harry.
— Quoi qu'il en soit, Rocade est parti avec les copains de Tu-Sais-Qui quand ils ont pris Azkaban.
— Avait-il le choix ?
— Certains sont plus doués que d'autres pour trouver des solutions. On a eu des droits communs qui leur ont faussé compagnie. Quand on les croisait, on les laissait dans la nature, mais on leur demandait de nous servir d'indics s'ils avaient des infos sur les Mangemorts. La plupart se sont montrés réglo. On en a retrouvé d'autres chez les Rafleurs et d'autres à Poudlard comme Rocade. Pour lui, ça n'a pas fait un pli. On a eu assez de témoins pour établir qu'il n'était pas là que pour la figuration.
— Vous avez interrogé les gens sur place ? releva Harry.
— Bien sûr ! Comment aurait-on pu les juger sans avancer la moindre preuve ?
— C'est que… on ne m'a rien demandé à moi. Et à mes amis non plus.
— On t'a foutu la paix. Ordre du ministre.
Harry n'eut pas à répondre, car le Magicobus arriva et toute conversation devint impossible entre le bruit et les cahots.
La maison devant laquelle ils furent déposés ressemblait à un petit manoir moldu : pierre de taille, style Tudor. Ils frappèrent et un homme d'une soixantaine d'années, au visage défait, leur ouvrit.
— Division des Aurors, se présenta Pritchard. Nous venons pour le décès de Mrs Eleanor Rigby.
— Je suis son mari, répondit l'homme d'une voix brisée.
— Toutes mes condoléances, Monsieur. Pouvons-nous la voir ?
Ils furent menés jusqu'à la chambre où une femme sans vie, vêtue d'une chemise de nuit, était étendue, livide, dans un grand lit. Un sorcier à la robe verte inspectait le corps, en faisant des passes avec sa baguette. L'époux éploré les laissa, en s'excusant de ne pouvoir supporter de rester. Les deux Aurors attendirent patiemment que l'homme de l'art ait fini.
— Asphodèle, déclara-t-il laconiquement. Pas énormément, mais suffisant si on a le cœur fragile.
— Examens complémentaires ? s'enquit Pritchard.
— Seulement si vous le demandez.
— On verra. Jetez un sort de Conservation et suspendez le permis d'inhumer jusqu'à nouvel ordre.
— Ça marche ! s'écria le guérisseur. Enfin, façon de parler.
Harry suivit son partenaire parti à la recherche de Mr Rigby. Celui-ci était dans la cuisine, fixant sans la voir une tasse de thé froid. Pritchard s'assit en face de lui.
— Mrs Rigby est décédée d'une surdose d'Asphodèle. En prenait-elle habituellement ?
— Oui, elle souffrait de troubles nerveux. Mais c'est notre médicomage habituel, qui la lui a prescrite.
— Comment s'appelle-t-il ?
Après avoir noté son nom, Pritchard continua à questionner l'homme sur le traitement de son épouse, avant de déclarer :
— Nous devons contrôler les potions que vous avez ici. C'est la procédure.
L'homme hocha machinalement la tête, puis leva les yeux vers eux. Pour la première fois, il sembla les voir pour de bon. Son expression changea quand il reconnut Harry :
— Mais… Je ne sais pas ce qui s'est passé, pourquoi…
— Je vous en prie, Monsieur, l'interrompit Pritchard. C'est une simple procédure, rien de plus. L'aspirant Potter a rejoint le corps des Aurors il y a quelques mois, n'y voyez aucune suspicion particulière.
Mr Rigby regarda Harry qui sourit nerveusement.
— Désolé de vous rencontrer dans ces circonstances, Mr Rigby.
— Ma femme vous admirait beaucoup, murmura l'homme, accroissant la gêne du jeune Auror.
— Excusez-nous, mais nous devons faire notre travail, reprit Pritchard.
Il retourna vers la chambre et dit à Harry :
— Tu fais la salle de bains.
Harry savait ce qu'on attendait de lui. Les semaines précédentes, lui et les autres aspirants avaient appris les sorts de recherche professionnels. Il avait d'ailleurs pensé que cela lui aurait été bien utile dans sa quête des Horcruxes. Il pouvait maintenant désactiver les sorts de dissimulation et sonder magiquement les murs. La pièce qu'on lui avait attribuée ne cachait rien. Les flacons de potions diverses étaient soit posés sur le rebord de la baignoire, soit dans l'armoire de toilette. Il marqua soigneusement avec sa baguette les pièces qu'il rassembla.
Pritchard s'était chargé de la chambre. Ils continuèrent ensuite leurs recherches au salon et à la cuisine. Harry se sentit gêné de travailler ainsi sous le regard du mari, visiblement dépassé par la situation. Ils étaient en train de finir quand une femme d'une trentaine d'années arriva. Harry se fit tout petit pendant que le père et la fille s'étreignaient en pleurant. Quand l'arrivante fut un peu remise, elle s'inquiéta de ce que faisaient cet inconnu et Harry Potter chez ses parents. Une fois de plus, Pritchard donna ses lénifiantes explications. Harry réalisa qu'il était très difficile de travailler sous les regards blessés de deux personnes en deuil.
Quand ils repartirent avec un sac rempli de pièces confisquées, Pritchard demanda :
— Ça va ?
— Oui, c'est juste… On a vraiment besoin de faire tout ça ? C'est sûrement une erreur de médication.
— Je sais qu'au début ce n'est pas facile à gérer, mais tu t'endurciras, toi aussi. La plupart du temps, ce sont des morts naturelles ou accidentelles, donc il faut savoir parler aux familles et faire notre boulot sans les heurter plus que nécessaire. Par exemple, ne prononce jamais les mots cadavre ou corps. Pour eux, c'est encore une épouse et une mère.
— D'accord, dit Harry en se demandant comment il avait réussi à traverser autant de deuils sans parvenir à réagir correctement à ceux des autres.
— Cependant, il arrive qu'on tombe sur un os en grattant un peu et ces os-là, il ne faut pas qu'ils nous échappent. Tu sais ce qu'on va faire, maintenant ?
— On rentre au bureau et on fait un examen rapide des pièces de l'enquête, récita Harry. On note celles qui sont les plus suspectes, pour qu'elles soient analysées en priorité par le labo de Ste-Mangouste. On va aussi voir le médicomage prescripteur et éventuellement l'apothicaire qui a fourni le médicament en cause.
— Très bien, mon gars. Tu n'as plus qu'à appeler le Magicobus.
Ils rentrèrent au QG et firent un examen superficiel des fioles. Harry reçut un cours avancé de potion. Les Aurors devaient reconnaître toutes les potions usuelles et détecter rapidement si la composition en avait été altérée. Pour cet examen sommaire, ils vérifiaient la couleur, l'odeur et la densité du produit. Pritchard démoralisa un peu Harry en lui expliquant qu'il lui faudrait sans doute deux à trois ans pour être capable de mener à bien cette opération sans aide. Le jeune Auror sentit l'ombre du professeur Rogue ricaner doucement derrière lui.
En l'espèce, rien n'était suspect et ils ne demandèrent d'analyse prioritaire que sur le médicament en cause. Ils passèrent déposer leur paquet à Ste-Mangouste en cheminée, puis ils cherchèrent à joindre le médicomage. Ce ne fut pas une mince affaire, car celui-ci visitait ses malades à domicile.
Ils laissèrent à sa secrétaire un message urgent. Ensuite, ils se rendirent chez l'apothicaire de Pré-au-Lard pour se faire confirmer la composition du remède.
Harry eut la bonne surprise de tomber sur Neville. Ce n'était pas lui qui avait préparé le dernier flacon vendu à Mrs Rigby, mais son collègue leur en fournit la liste complète des ingrédients et attesta qu'elle était une cliente habituelle. Harry et Neville se quittèrent, non sans s'être promis de se revoir un jour pour déjeuner.
Quand ils mirent enfin la main sur le médicomage, ils n'apprirent rien de plus. La version donnée par tous les autres fut confirmée.
— Alors maintenant ? demanda Pritchard.
— À première vue, elle a sans doute pris deux fois son médicament. Il faut cependant faire une enquête de proximité pour déterminer si on ne l'y a pas aidée.
— C'est ça. D'autres éléments ?
Harry secoua négativement la tête.
— Si, le reprit son instructeur. Le préparateur nous a indiqué que ce médicament a un goût prononcé et très particulier. Ça veut dire qu'on n'a pas pu le lui administrer en douce en le mélangeant à autre chose. Il aurait fallu l'obliger à le boire.
— De force ?
— S'il y avait des traces de violence sur le corps, le médico-légiste nous l'aurait dit. Donc sous la menace ou par Imperium. Un petit sort d'Amnésie n'est pas à écarter non plus. Il faut que tu saches que, même si on nous raconte que Monsieur et Madame ne s'entendaient pas ou que Monsieur va devenir très riche par héritage, on a peu de chance de pouvoir le prouver.
— Alors, on ne fait pas d'enquête ?
— Si, on ne sait jamais. Et puis s'ils semblent être un couple uni et qu'il est trois fois plus riche qu'elle, on aura à peu près la certitude qu'on n'a pas d'assassin dans la nature !
Trois jours plus tard, ils bouclaient l'enquête. Couple sans histoire, pas de grosse fortune et les potions analysées ne révélèrent rien de particulier. Harry rédigea le procès-verbal sous la houlette de son instructeur et conclut de sa plus belle écriture : Mort accidentelle par empoisonnement.
J'espère que cela vous a plu.
On se retrouve samedi prochain, le 26 janvier. D'ici là, portez-vous bien !
