Chapitre 10

PDV Quil

Voilà. Claire s'était envolée pour Portland quelques semaines plus tôt.

Bien.

Nessie resterait ici jusqu'à ce que le danger Vampirique soit passé, décision familial. Jacob était heureux dans son malheur : il n'avait pas à se séparer d'elle.

Seth avait enfin décidé d'avouer à Jenna sa réalité lupine. Toute la meute rôdait dans les alentours, pour surveiller la scène. Il ne fallait pas que Jenna, sous le coup de la panique, aille prévenir toute la populace ou que Seth s'emporte en voyant sa moitié avoir peur de lui.

Mais Jenna prit l'affaire très philosophiquement. Quand Seth eut fini de lui conter son histoire et qu'il se fut métamorphosé, elle alla marcher seule sur la grève, failli vomir, puis revint vers Seth, lui dit qu'elle avait toujours senti chez lui quelque chose de différent, et annonça qu'elle avait faim, et qu'elle avait envie d'un gâteau au chocolat.

Jenna était excentrique, mais digne d'amitié, et toute la meute l'aimait bien. Elle rendait Seth heureux, encore plus que d'habitude, et cela, Leah, Keelan, Sue et du coup Charlie, Bella et tous les Cullen le savaient, et le lui faisaient comprendre.

J'appelais Claire plusieurs fois par jour, mais je finis par m'obliger à réduire le rythme le jour où je l'entendis décrocher et dire d'une traite : « Oui je vais bien, non, je ne me suis pas faite renversée par une voiture, oui je pense à toi. Je t'aime. Bye. ». Et elle avait raccroché.

Mais je sentais que j'allais de moins en moins bien. J'essayais de toute force de m'impliquer dans la vie communautaire, de faire plus de ronde, plus de garde, plus d'entrainement pour tenter de ne pas penser à elle.

Vint le jour où le clan Vampire vu par Alice arriva à Forks. A Portland, Claire faisait sa rentrée.

Je m'efforçai de me concentrer sur la troupe vampirique.

C'était le plus grand clan qu'il m'avait été donné de voir, à part celui des Volturi.

Le clan d'Olympic, c'est-à-dire les Cullen, était déjà rendu à 9 membres en incluant Nessie. S'y rajoutait leurs cousins Denali, ce qui faisait 14 en comptant Garrett, le compagnon de Kate.

Mais le clan de Vampire qui s'étalait devant moi regroupait 26 membres avec un seul nouveau-né. Même si nous combinions les vampires d'Olympic avec les Loups Quileutes, nous étions en sous nombre. Cette masse vampirique hostile expliquait sans doute le nombre de mutations qui avaient eu lieu dans nos rangs.

La Meute était cachée dans les fourrés, attendant de voir comment évoluerait la situation, et comptant profiter de l'effet de surprise sur les Vampires ennemis s'il s'agissait d'attaquer.

Mais le clan étranger ne semblait pas presser de mener le combat.

Les deux clans vampires se trouvaient dans une grande clairière, le même qui celle de la bataille contre les Volturis.

A la surprise générale, ce furent Stephan et Vladimir qui sortirent des rangs pour se poster au milieu des belligérants.

-Bonjour! s'exclama gaiement Vladimir. Cela fait bien longtemps, n'est-ce-pas ? Je suis ravi de vous revoir tous. Renesmée, tu as tellement grandi ! Et dire que c'est à cause de toi qu'une bataille historique a failli être livrée !

Il soupira. Je vis les Cullen se figer. Les Loups grognèrent en silence.

-Malheureusement, nous n'avons pas eu la chance de finir le travail. Depuis la dernière guerre, qui s'est passée ici même ! je cherche à travers tout le globe, des vampires qui, comme moi, souhaitent se débarrasser définitivement de l'autorité des Volturi, qu'ils se sont arrogés en despotes.

Il présenta en un large geste l'assemblée qui le précédait.

-Et les voici. Nous sommes venus aujourd'hui pour vous demander si vous serez des nôtres. Vous, et les Loups qui sont cachés, tout autour de nous.

La Meute se hérissa de se savoir démasquée.

-Soyez des nôtres. Combattons pour la liberté !

Les Loups feulèrent de mécontentement. Je vis Carlisle s'avancer à son tour, saluer la foule, et entamer d'une voix calme :

-Bonjour à vous, qui avez fait un long voyage. La dernière fois que nous nous tenions ici, ma famille et moi étions menacés de disparition, et je remercie ceux qui autrefois ont répondu à notre appel.

Il éclaircit sa voix et poursuivit :

-Mais aujourd'hui, rien ne nous contraint à mener cette guerre ! Nous ne sommes pas menacés, vous ne l'êtes pas non plus ! Le jour où les Volturi vous feront injures, ce jour-là, nous serons à vos côtés. Mais le clan d'Olympic ne sera pas des vôtre s'il s'agit d'une guerre née de votre propre volonté ! Nous sommes pour la paix, et ce en tout temps.

-Je vois.

Vladimir fit mine de réfléchir puis arbora une expression sombre, teinté de regret.

-Malheureusement, nous ne pouvons nous permettre de laisser de possibles adversaires en liberté. Comprenez-nous ! Soit vous êtes avec nous, soit contre nous. Choisissez.

Il y eut des vagues de protestation dans le clan d'Olympic, et les Loups grognèrent leur assentiment au refus général.

-Dans ce cas, conclut Vladimir avec une fausse mélancolie, il nous faudra vous éliminer.

Son geste d'attaque fut invisible, mais Edward nous prévint immédiatement :

-MAINTENANT !

La troupe de Vladimir était remarquablement entrainée. Loin des techniques lourdes et peu inventives des nouveau-nés, ils développaient des stratégies fines pour mieux leur permettre de nous écraser.

Les Loups se jetèrent à leur tour dans la mêlée mais Vladimir et Stephan avaient dû les prévenir et leur apprendre à nous contrer, parce que l'effet de surprise fut nul. La bataille se poursuivit longtemps, j'entendis au sein du fracas Emmett hurler de douleur, je vis une tête barbu et pourtant bizarrement séduisante voler dans les airs.

Une fois, je vis Nessie aux prises avec deux soldats vampiriques. Elle avait la main appuyée contre la tempe de l'un qui avait les yeux tordus dans une expression de souffrance innommable tandis qu'elle déchirait les membres de l'autre les uns après les autres. Elle ne semblait pas être troublée plus que ça par l'idée de donner la mort, ce ne fut que lorsque je tournais sur moi-même pour éviter une attaque que je remarquai les larmes qui tombaient de son visage, comme autant de gouttes un soir d'orage.

Alors, instinctivement, mes pensées dérivèrent vers Claire, se mirent à tourbillonner. Mon manque d'elle, terriblement puissant, était une blessure qui ne se refermait pas. J'avais besoin d'elle à mes côtés. Maintenant.

Une douleur physique m'assaillit alors, et je hurlai de douleur, à la fois dans ma tête et à haute voix.

Un vampire, sans doute le nouveau-né de la bande, m'avait agrippé par derrière et serré de toutes ses forces, comme avec Jacob, des années auparavant.

Je hurlai, tandis que mon bourreau ne semblait pas déterminé à me lâcher. Soudain, Embry sauta par-dessus un vampire qui tentait de retrouver son bras (sans doute Emmett) et déchira d'un coup de mâchoire la tête du nouveau-né. Je retombai lourdement à terre, la vision floue, les os en feu, et la tête qui criait « Claire ! Claire ! »

« Courage, mon frère ! La bataille est en train de tourner court ! C'est bientôt fini… »

Le reste de la phrase ne me parvint pas, je tombai dans le noir total.

oOo

Lorsque je me réveillai, Jacob était assis à coté de moi, ses yeux vigilants posés sur mon corps.

-Vieux ? Tu es réveillé ?

Je grommelai, faute de pouvoir faire mieux.

-Moù…'est… Clai' ? demandai-je.

-Clai' ? Ah Claire ? Elle est à Portland, Quil, tu le sais bien.

Je fermai les yeux, ma souffrance revenant par vagues successives. Jake me vit fermer les yeux, me concentrer pour repousser la souffrance. Il se méprit sur l'origine de ma douleur et annonça :

-Tu as eu de la chance, Quil. Tu as été beaucoup moins atteint que je ne l'ai été. Carlisle a agit plus tôt avec toi, et avec moins de doute. Dans quelques heures, tu seras de nouveau sur pied.

-L'…Bataill' ?

-La bataille ? Stephan et Vladimir ont rappelé leurs molosses quand ils ont vu qu'on décimait une bonne partie de leur future troupe. Ils reviendront, plus nombreux, plus forts, mais pour le moment, nous sommes saufs.

-Blessés ?

Je commençai à pouvoir de nouveau articuler.

-Emmett a eu le bras arraché mais au moment où l'on parle, il doit déjà être en train de faire un bras de fer avec Bella. Leah a eu la patte brisée, mais sa main va déjà mieux. Tu as été le plus sérieusement touché. Dis-moi, Quil : à quoi tu pensais pour te laisser avoir aussi facilement par ce nouveau-né ?

Je détournai le regard, le vague à l'âme, le manque de nouveau ravivé en moi.

-Claire…

-C'est à cause de Claire ? Tu pensais à elle ? Putain, Quil, tu nous as mis en danger avec tes conneries ! Tu as failli te faire tuer !

Je restai silencieux.

Je savais qu'il avait raison. Et je ne pouvais strictement rien y faire. Tout simplement parce que l'absence de Claire me tuait elle-aussi à petit feu.

- Ramenez-la-moi…

Jake me regarda sans broncher, puis sortit brusquement, irradiant la colère et la peine de me voir dans un tel état.

Je réussis à faire quelques pas trois heures plus tard, et à la quatrième, j'étais totalement remis. Sam vint me voir et m'informa qu'un Conseil aurait lieu le soir même. Ses yeux étaient pleins de sévérité, et pourtant même sa réprobation d'Alpha ne me touchait pas.

Toute la meute avait été réunie pour le Conseil, ainsi que les Anciens. Lorsque j'arrivai, j'eus l'impression de faire mon entrer dans un tribunal militaire. Ce qui, en quelques sortes, était le cas.

-Quil, commença Billy. Le Conseil a été convoqué ce soir pour parler de tes actes à la bataille d'aujourd'hui. Il a été dit que tu n'y étais pas vraiment, que ta concentration n'était pas optimale, qu'enfin, tu as failli te faire tuer, et entrainer la perte de la Meute en devenant le maillon faible qui la pénaliserait durant la bataille. Qu'as-tu à en dire ?

-Je suis d'accord avec les faits, dis-je simplement.

-Il pensait à Claire, ajouta Jacob.

-C'est vrai, Quil ? dit l'Ancien avec sévérité.

-Oui.

Le silence s'installa autour du feu. Tous ceux qui s'étaient imprégné connaissaient la difficulté de s'éloigner de l'être aimé. Et Claire était partie depuis maintenant un mois. Que je ressembla à une loque ne leur parut soudain plus vraiment étrange.

-Bien. Le Conseil va trancher.

La Meute s'éloigna, les laissant discuter. J'errai pendant ce temps-là sur les dunes de sables froids. Pensant à elle, comme toujours.

-Quil ! Viens ici.

Je me rendis près des Anciens. Attendis ma sanction, qui ne vint pas.

-Nous comprenons, Quil. Ta douleur, ton manque, nous comprenons, avoua Sue avec douceur. Pour autant, un comportement comme le tien ne doit plus jamais se représenter. Trop de vie dépendent de la tienne, Quil, et de celles du reste de la Meute. Alors, nous t'autorisons à aller chercher Claire. Qu'elle revienne ici, que tu sois en paix, que tu aides la Meute à gagner la guerre qui se profile à l'horizon.

Mon étonnement fut sans borne. Ma joie plus grande encore.

J'allais revoir Claire !