Anciens lecteurs persévérants et nouveaux lecteurs, bonjour ! Et oui malgré les apparences je n'ai toujours pas abandonné l'écriture de cette fic ! Mais comme vous le verrez, ceci n'est toujours pas le dernier chapitre! Deux raisons à cela : j'ai un peu de mal à la finir car je doute d'écrire un jour une nouvelle fic sur ce site (sentiments, sentiments) et je n'ai pas le temps de la terminer convenablement avant encore quelques semaines alors j'ai préféré couper le chapitre ici, la suite et fin (PROMIS) arrivera avant la fin des vacances d'été ! Bonne lecture :)
Prostration et Stupéfixion
Quand je me réveillai enfin, il était déjà tard dans l'après-midi. 15h tapantes étaient passées depuis plus d'une heure déjà. Quel que soient le courage, les bonnes résolutions, l'esprit de revanche ou de vengeance qui auraient pu m'habiter à mon réveil, il était de toute façon maintenant bien trop tard pour tenter quoique ce soit. Mon (notre) heure était passée.
Sirius avait dû m'attendre dans un premier temps. Je pris plaisir pendant quelques instants à l'imaginer lorgner la porte d'entrée du pub les dix premières minutes, regarder frénétiquement sa vieille montre à gousset les dix suivantes, passer ensuite 20 minutes entières à commander et descendre plusieurs bières au beurre d'affilée, attendre enfin dix minutes supplémentaires sans plus y croire l'ombre d'une seconde, puis se lever, jeter un dernier regard empli des plus profonds regrets à la table où nous aurions dû depuis longtemps déjà être en train de discuter gaiement, pour finir par franchir la porte et replonger dans le flot coloré de la foule qui se pressait dans les rues de Pré-au-Lard.
Oui enfin ça c'était ce qu'aurait fait mon n°822 et encore, dans une version fortement idéalisée. La version de Sirius, que je ne connaissais pas et qui était apparemment tout à fait capable de me prêter les surnoms les plus horribles sans l'ombre d'un remords, n'avait peut-être même pas pris la peine de m'attendre plus d'une ou deux minutes pour préférer directement partir dans la foulée avec n'importe quelle pouffe rencontrée en chemin.
C'est à ce moment-là que je me rendis compte qu'en vouloir à Sirius pour être différent dans la vraie vie de celui que j'avais connu au travers de ses lettres relevait de la plus grande hypocrisie. Entre moi et n° 384 il y avait un gouffre à peu près aussi profond qu'entre celui qui m'appelait Bipausa et n°822. La question étant de savoir qui du personnage que nous incarnions dans la vie de tous les jours ou du personnage épistolaire connu de nous seuls était le plus proche de la réalité. Mais y avait-il vraiment une réalité ? N'étions-nous pas tout simplement un peu de chacun de ces personnages ? Restait que le « moi » ultra timide, aussi insipide soit-il, demeurait mille fois plus sympathique que ce « lui » méprisant…Aussi beau soit-il…
Le poc poc que fit le bec d'un hibou contre la fenêtre de mon dortoir me sortit de mes réflexions. Surement encore une de mes camarades de chambrée qui se faisait livrer un colis non autorisé, genre nouvelle palette de vernis à ongles, lingeries affriolantes ou Merlin sait quoi encore. J'ouvris la fenêtre pour laisser rentrer un hibou assez bien déplumé et exténué par sa course. Pourtant il ne portait qu'une toute petite lettre dont je me saisis précipitamment en voyant qu'elle portait mon prénom en guise d'en-tête. C'était sûrement Sirius !
Sauf que Sirius n'a aucune idée de qui tu es, idiote, me rappelai-je rapidement.
Toutes mes interrogations prirent fin lorsque je dépliai la missive et que l'écriture appliquée de ma sœur adorée m'apparut :
« Je sais que tu vas me frapper en apprenant ce qui vient de se passer, d'où l'intérêt de prendre sur moi et de renouer avec l'écriture. Attention t'es prête ? Trrrrrrrrrr (ça c'est un roulement de tambour mais ça rend vach'ment moins bien par écrit évidemment) : J'ai été à ton rendez-vous ma poule !...
Oh non, qu'est-ce que Marguerite avait encore été traficoter derrière mon dos. Elle n'avait quand même pas osé essayer de remettre le couvert avec mon Sirius ?
...Je lui ai tout expliqué et il arrive en courant à ton dortoir. C'est pourquoi fallait que je te prévienne de toute urgence, faut absolument que tu te fasses une beauté ! J'ai apporté tout ce qu'il faut dans ta chambre tout à l'heure et je suis sûre que tu te débrouilleras très bien toute seule. Allez courage, je te fais deux gros smack bruyant sur les deux joues (pour ça aussi les lettres c'est pas top).
PS1 : Fais ce que tu veux mais ne confonds pas blush et ombre à paupière!
PS2 : Evite aussi les couleurs pastelles si possible.
PS3 : Lâche tes cheveux : J'insiiiiiiiiiiiiiste !
PS4 : Mais si bien sûr que t'es très belle !
« Il arrive en courant à ton dortoir… » Chaque fois que mes yeux effleuraient ce passage, mes intestins se tordaient douloureusement au fond de mon ventre. Mouais pas très glamour tout ça. Généralement on dit plutôt des choses du style : « et une envolée de papillons sauvages vint me chatouiller délicieusement la poitrine ». Mais non, là je vous jure que la sensation qui s'emparait de moi n'avait rien à voir avec de tendres et délicats coléoptères. Mon organisme était en proie à de gigantesques bouffées de stress qui me prenaient au ventre et m'empêchaient de bouger voire même de respirer.
Tout ce qu'il me restait était ma si brillante capacité à intellectualiser tout ce qui était en train de m'arriver. « Il arrive en courant ». Ça voulait dire dans combien de temps ça au juste ? Tout dépendait :
a) du temps qu'il avait fallu à Marguerite pour tout expliquer à Sirius (tout quoi d'ailleurs ? Tout tout tout ou juste tout, genre en gros ?)
b) du temps qu'elle avait passé à écrire sa lettre (vu les conseils cosmétiques, elle avait quand même dû y réfléchir un bon moment)
c) du temps que ce vieil hibou rachitique avait mis pour arriver à destination (aie aie aie)
d) des prouesses de Sirius en matière d'athlétisme (ce qui, vu son torse bien dessiné et ses cuisses…hum ….)
Enfin bref, tout ceci était en somme fort inquiétant car vu l'heure déjà bien avancée, cela signifiait que Sirius pouvait s'amener dans mon dortoir d'une minute à l'autre.
Il fallait donc que j'agisse. Rapidement, très rapidement ! Mon cerveau s'emballait, chauffait, tournait à 10000 à l'heure : Il fallait que je me coiffe, que je mette un gant de toilette humide sur mes yeux bouffis, que je m'épile les sourcils, que je me brosse les dents, que j'essaye de déterminer ce que Marguerite entendait par blush, que je me mette du fond de teint, que je me fasse les yeux et les lèvres, que je me trouve une tenue décente et pas pastelle bien entendu…A moins que ce ne soit mon ombre à paupière qui ne doive pas être pastelle…Et donc mon blush ne doit pas l'être non plus ? Ou je ne dois pas mettre de blush du tout ? Mais putain c'est quoi ce foutu blush à la fin? Et pourquoi diable est-ce que j'irais le confondre avec une ombre à paupière?
Devant l'ampleur de la liste des choses qu'il me restait à accomplir avant l'arrivée de Sirius, mon corps eut la réaction la plus appropriée et la plus judicieuse qu'il soit : il se figea. Il se figea complètement. J'étais paralysée, bloquée, prostrée, pétrifiée, stupéfixée… J'avais même l'impression que mon cœur et mes poumons avaient stoppé net toutes activités. Seuls mes yeux continuaient à s'agiter frénétiquement en tous sens, au fur et à mesure que mon cerveau cogitait et que mon stress augmentait. Je n'avais de cesse de penser à de nouvelles choses à faire pour me rendre présentable : mettre des bijoux, me mettre du vernis à ongles…Mais tout ceci ne servait absolument à rien, à moins bien sûr que mes yeux ne deviennent subitement capables de me coiffer et de se mettre eux-mêmes de l'ombre à paupières (ou du blush je n'y comprenais plus rien maintenant), le reste de mon petit corps s'avérant quant à lui tout à fait hors service.
-Toc toc toc
Un blanc. Un gigantesque blanc éclata comme une bulle dans mon cerveau. Mes yeux s'arrêtèrent de bouger et je restai là, figée devant la porte sans même pouvoir réfléchir à la vitesse à laquelle les secondes s'enchaînaient.
10 secondes, 200, 1000, voire peut-être même une infinité de secondes étaient en train de s'écouler et moi je restais là, incapable de bouger, incapable de penser. Je n'entendais rien, je ne voyais rien, je n'intégrais rien.
Puis soudain, la réalité des choses me fut renvoyée en pleine figure avec une violence qui contrastait remarquablement avec la blancheur cotonneuse de l'instant précédent : Sirius était devant ma porte et j'étais toujours telle qu'il m'avait vue ce matin. J'étais toujours celle qu'il avait appelée Bipausa. Pire, j'étais une version enlaidie de Bipausa. J'avais dormi et pleuré, ce qui voulait dire que j'avais au mieux les cheveux emmêlés et les yeux bouffis , au pire les yeux bouffi s et rougis.
Je voulus me retourner vers mon miroir pour que ce denier m'éclaire davantage sur mon aspect extérieur mais je ne parvins toujours pas à faire le moindre mouvement. L'idée du corps chaud de Sirius juste derrière ma porte, l'idée que le Sirius que j'aimais, le n°822, cherchait réellement à me voir, à me voir moi, qu'il suffisait que j'arrive à tendre le bras jusqu'à la poignée… Mais le voir dans cet état, c'était impossible, j'allais tout gâcher.
Néanmoins, c'était maintenant ou jamais : soit je prenais le risque que Sirius me voit moche et que mes attraits de Bipausa le fassent fuir à jamais, soit je continuais à rester prostrée comme une gourde devant la porte et j'attendais qu'il se décide à s'en aller, peut-être à jamais également.
Relativiser. Violette, il te faut relativiser. Il te faut penser à des trucs genre beauté intérieure, sublimation par l'esprit et toutes ces conneries. En plus, marguerite serait contente, au moins tes cheveux sont lâchés !
Je finis enfin par percevoir le ridicule affligeant de mon comportement. Mais enfin, c'était quoi d'abord toutes ces niaiseries sur comment m'apprêter et me rendre présentable ? Ce n'était pas parce que marguerite me disait de me faire belle que je devais l'écouter sans broncher et m'exécuter!
Si Sirius était réellement amoureux de moi, il devait aussi l'être de Bipausa parce que, ombre à paupière pastelle ou non, Bipausa c'était moi. Et il y avait de toute façon de fortes chances pour que je doive davantage ce surnom à mon attitude renfermée qu' à mon visage peu apprêté. De plus, je ne tenais guère à être obligée de mettre chaque matin mon réveil aux aurores pour me maquiller et me coiffer ,pendant que Sirius dormirait comme un bienheureux, pour aller ensuite discrètement me recoucher afin que ce dernier me trouve belle à son réveil. Je valais mieux que ça quand même ! L'évocation de ces nuits fictives passées avec Sirius me fit piquer un fard monumental mais je tins bon et ne cédai pas à la panique.
Il ne fallait pas que j'oublie aussi que nous nous étions déjà vus seuls et que de toute évidence ça s'était fort bien passé. Cela aurait d'ailleurs dû pleinement me mettre en confiance et m'ôté toute panique, mais le plan de Marguerite avait été si ingénieux que j'avais toujours eu réellement l'impression que cette personne qui avait embrassé Sirius n'était pas moi. Toute cette soirée ne me revenait d'ailleurs que par bribes floues, comme un rêve à demi estompé.
Mais surtout, j'oubliais dans ma fougue juvénile que Sirius s'était conduit comme un enfoiré et que le sujet de mes préoccupations aurait plutôt dû être : est-ce que je compte lui pardonner après qu'il m'ait servi ses plus plates excuses ou est-ce que je le renvoie à grands coups de pieds au cul à son dortoir pour le faire mariner un peu ?
Bien sûr j'étais bien trop amoureuse pour lui en vouloir très longtemps mais si je n'exigeais pas de lui au minimum des excuses et des justifications en bonne et due forme alors je me serais définitivement et irrévocablement assise sur le peu d'estime de moi qu'il me restait. Au fur et à mesure que je me rendais compte que c'était à Sirius de s'angoisser sur la réaction que j'aurais face à son comportement odieux et non à moi de m'angoisser sur sa réaction face à mon aspect physique, je sentais n°384 s'infiltrer dans mes veines pour y remplacer le lait qui y coulait habituellement.
De toute façon, Sirius savait maintenant à quoi je ressemblais et qui j'étais, et s'il était revenu c'était que ça ne lui posait pas de problème. Il était même revenu en courant. Et ce n'était certainement pas pour venir se moquer de moi plus ouvertement, il fallait que je m'ôte cette idée ridicule de la tête. Sirius venait pour s'excuser et essayer de rattraper ses erreurs et moi je devais juste me tenir digne devant lui et le faire se sentir coupable.
Mais pour ça, il aurait fallu que je parvienne à ouvrir la porte ou, de façon moins ambitieuse, que je produise n'importe quelle onomatopée ou borborygme pour signaler ma présence en ces murs avant qu'il ne s'en aille, pensant le dortoir vide.
Soudain, mon bras s'éleva vers l'avant, presque de lui-même comme celui d'un revenant . Je parvins à faire un pas, et puis deux. Le troisième fut presque naturel et me mena à deux centimètres de la poignée. J'allais allonger ma main pour m'en saisir et ainsi franchir le dernier obstacle entre n°384 et n°822 quand soudain :
-Violette ?
Mon prénom. Mon prénom dans la bouche de Sirius. Ma main stoppa net dans son mouvement et retomba mollement le long de ma cuisse. Argh…Pourquoi mon corps se mettait-il à nouveau contre moi si près du but ? Cette fichue timidité carrément inhibitrice commençait à vach'ment me peser.
-Violette ? répéta-t-il.
Mon prénom ne m'avait jamais semblé si mélodieux.
A défaut de pouvoir lui ouvrir ou lui parler, je me laissai glisser le long de la porte pour m'y retrouver adossée.
De là où j'étais, je pouvais entendre sa respiration. Rapide. Peut-être à cause de sa course effrénée de Pré-au-Lard à ici. J'attendais qu'il parle à nouveau. J'aurais voulu qu'il s'adosse comme moi de l'autre côté de la porte et qu'il se mette à se répandre en excuses et qu'ils m'avouent des choses qu'ils ne m'avouaient que dans ces lettres. A ce moment-là, j'aurais sûrement trouvé le courage d'ouvrir la porte. Et, si ses excuses m'avaient convaincue, j'aurais laissé ses deux bras rassurants m'enlacer. Mon nez serait venu effleurer la peau chaude et délicate de son cou et si je m'en étais sentie le courage, j'y aurais déposé un léger baiser . Je me souvins que la seule et unique fois que je l'avais vu seul à seule il portait un pull en laine noire. A cet instant, je priais pour qu'il porte le même et que sa douceur et sa chaleur m'enveloppent à nouveau.
Mais au lieu de ça, nous restâmes plongés dans un silence épais que je n'arrivais pas à percer. Foutue timidité de mes deux. Finalement, je ne perçu plus le son de sa respiration et des bruits de pas sourds me confirmèrent que Sirius s'était résigné.
Je restai plusieurs minutes sans bouger, la tête envahie à nouveau par une vague de blanc, puis je me mis à pleurer. Longtemps. Silencieusement. Quelles étaient mes chances de sortir un jour avec un homme auquel je n'arrivais même pas à adresser la parole…
Quand enfin je voulus me relever en m'aidant de mes mains, la droite ne rencontra pas la froideur du carrelage à laquelle je m'attendais. Interloquée, je jetai un coup d'œil sur le sol et y découvrit une lettre. Une lettre que Sirius avait dû glisser à l'instant sous ma porte.
