Chapitre 11

Retrouvailles

La chaleur était suffocante à l'intérieur de la serre.

Bâti en forme de disque, un chemin unique parcourait le lieu pour en atteindre le milieu. L'architecture psychédélique attirait le promeneur et le poussait inéluctablement en son cœur.

Ainsi la serre construite, les visiteurs se trouvaient entourés par la flore.

A travers la coupole de verre, le temps orageux semblait peser à l'intérieur même de l'endroit. Dans un duel de teintes mornes, les nuages bataillaient entre eux, s'enchevêtrant les uns sur les autres.

L'averse était imminente…

Jack avait retiré sa veste et jeté négligemment sur son épaule. Sa désinvolture paraissait naturelle mais tout était prémédité par calculs savamment opérés.

Peu soucieux des roses anglaises ou des orchidées chinoises, le pirate écoutait néanmoins les explications d'Elizabeth. Celle-ci, troublée par son compagnon, s'abîmait dans un flot de paroles.

Lorsque la jeune fille osait un regard vers Nicolas Hamilton, elle le surprenait à la contempler étrangement.

- Celles-ci ont été ramenées du Caire. Voyez comme le bleu rappelle le lapis-lazuli et les… Pardonnez moi, cela doit vous importer peu… S'interrompit-elle le rouge aux joues.

Elle se serait volontiers giflée face à sa réaction infantile !

Ses pensées sans cesse ramenées vers leurs anciens ébats lui faisaient perdre tous ses moyens.

- Il n'en est rien, croyez-moi. Répondit Jack en parfait gentilhomme.

A l'inverse de la jeune fille, il se serait plutôt couronné de lauriers. Le pirate s'autolouait de rester si maître de lui en ces circonstances. S'il était tendu, c'était à un tout autre niveau...

Voilà bien la seule chose qu'il ne pouvait contrôler : son désir pour Miss Swann ne s'était aucunement tari si ce n'était l'inverse.

Alors qu'ils atteignaient le centre, une puissante odeur de vanille vint supplanter celle des autres fleurs. En effet, une dizaine de poteaux piqués à même la terre étaient totalement recouverts de vanilliers. Les lianes odorantes tapissaient entièrement les piliers pour former une sorte d'autel végétal. Entre chaque pic était symétriquement disposée une torche, brûlant d'un feu intense.

Au milieu de cette étrange foyer, là en était toute l'incongruité, était installé un grand matelas de soie orange à même le sol.

Le capitaine écarquilla les yeux de surprise, partagé entre l'étonnement et la béatitude.

C'était comme si un de ses vœux venait d'être exaucé.

- Le cadeau d'un Émir Persan à mon père. Déclara timidement la jeune fille en présentant le gigantesque cousin. Il est empli de plumes de paons et de perroquets, sa souplesse en est incomparable.

A côté de ce lit couleur safran, une petite table couverte d'un plateau attendait les invités.

Une théière en argent accompagnée de petits verres multicolores reposaient tranquillement sur la table.

- Voulez-vous une tasse de thé, Lord Hamilton ? Il s'agit d'un mélange de menthe et de jasmin…

Tentant de poser sa voix, Elizabeth convia Jack à s'asseoir.

- Asseyez-vous donc ma chère, nous verrons cela après. Racontez moi plutôt cet accent oriental en votre demeure ?

D'un geste maladroit, elle s'assit près de Jack et défroissa quelques plis imaginaires sur sa robe.

- Il en est du domaine de l'anecdote en réalité. Il y a quelque année, mon père a rendu service à un puissant Émir en l'aidant à acquérir plusieurs propriétés. Pour l'en remercier, il fut accueilli en son palais au royaume de Perse et fut l'objet de diverses attentions : pur sang, tapisseries, poteries, soieries… et y compris, ce matelas.

- C'est assez étonnant… Déclara jack en prenant plus ses aises.

Discrètement, il avait déboutonné le col de sa chemise laissant visible une partie de son torse.

- J'ai pu lire que la détente est très importante dans les pays d'Orient. C'est un moment privilégié que même le plus humble des hommes doit respecter. Ce cadeau, quoi que très original pour nous est une preuve de grande révérence.

Concentrée sur ses paroles, Elizabeth tentait de garder le contrôle de ses sens... malgré son regard qui fuyait vers le cou du pirate.

- Certes… Répondit le pirate amusé.

D'après lui, il s'agissait plus d'ironie que de révérence. Cet Émir devait penser que ça inspirerait peut-être ce vieil introverti de Gouverneur.

En tout cas, il était temps pour Jack de renverser la situation.

Quelque seconde étaient passées dans un curieux silence. Elizabeth qui avait pris cette absence de réaction pour de l'ennui tenta d'animer l'atmosphère.

-Du thé ? Demanda-t-elle à nouveau, rougissante et presque honteuse.

S'approchant de Lizzie, le pirate saisit brusquement la jeune fille par la taille.

- Je préférerais autre chose. Susurra-t-il contre son oreille.

-Oh Lord Ham… Nicolas !

Alors qu'il glissait ses lèvres jusqu'aux siennes, il l'allongea sur le lit de soie.

Des frissons parcoururent l'échine de la jeune fille qui se laissa complètement envahir par la passion.

Tout en l'embrassant, Jack releva le bas de sa robe et entreprit de défaire ses pantalons de dentelles.

Se détachant de sa bouche, il recula et s'agenouilla entre ses jambes.

- J'ai tellement pensé à vous… Déclara-t-il en retirant prestement ses dessous délicats.

A présent, la jeune fille s'alanguissait, cuisses nues et écartées sous le regard lubrique du pirate.

Un sourire joua sur les lèvres de Jack alors que son « désir » prenait de plus en plus d'ampleur.

Cette vision était digne de son plus grand fantasme. La féminité d'Elizabeth s'offrait à lui dans tout son érotisme.

A peine l'eut-il effleurée qu'elle gémit, s'arquant sous la délicieuse sensation.

-Patience ma belle…j'arrive…

Penchant son visage, il entreprit d'honorer la jeune femme d'une manière qui lui était propre.

Sursautant sous l'étrange contact de sa fine moustache, elle cambra son bas ventre pour mieux s'abandonner. Lui, se délectait de la sentir comme au soir du bal, offerte et soumise.

Hum…oui….hum...

Son souffle répercutait aux oreilles du Capitaine telle une invitation.

Lorsqu'il se redressa, il perçut une plainte de regret dans les exclamations d'Elizabeth.

Dégrafant son corsage, il libéra sa poitrine de son emprise de tissu.

-Chère Elizabeth… murmura-t-il, la proie à mille délicieux tourments.

Ainsi à moitié dénudée, ses jupons sur la taille et son buste dévoilée, elle apparaissait comme dans son rêve.

Ses seins, menus, pointaient fièrement dans la chaleur tropicale procurant à Jack une autre violente pique de désir.

Aspirant les petite pointes dressées, le pirate entreprit en même de temps de déboutonner son pantalon.

Le Capitaine ne pouvait plus attendre, il la voulait aujourd'hui…et maintenant !

D'une manière conquérante, il fit sienne la jeune fille. Leurs deux râles se confondirent alors pour venir exploser dans la moiteur de la serre.

Jack s'était vaillamment mis à l'ouvrage, allant et venant, les mains accrochées à ses cuisses. Ses hanches venaient battre contre son bassin en une folle cadence pour mieux s'ancrer en elle.

Le couple sentait rapidement la jouissance monter, venir affluer dans leurs veines.

La jeune fille dont les gémissements prenaient de l'ampleur s'agrippait à la soie du matelas. Se froissant sous ses doigts, il devenait l'objet du crime passionné des amants.

Le pirate se sentait victorieux et appréciait ce sentiment né de ces ébats. Il avait pour l'heure triomphé de sa chimère !

Ce constat alluma un feux redoutable en son corps. Remontant ses mains sur sa taille, il redressa Elizabeth qui se retrouva assise sur ses genoux.

La nouvelle position leurs provoqua un spasme de jouissance que Jack s'évertua à prolonger. Accélérant ses va et vient, il bascula sa tête en arrière et laissa cette vague de volupté submerger ses sens.

Dans un émerveillement totale, Elizabeth jouit en enfouissant son visage dans le cou du Capitaine et lui en s'épanchant dans son corps.

Leurs exclamations se perdirent alors dans le grondement du tonnerre et les premières gouttes qui versaient du ciel tourmenté.

Perclus de contentement, ils s'immobilisèrent ainsi en laissant la terre se remettre à tourner.

O°O°O

La pluie étonnamment glacée tombait vigoureusement au sommet de la falaise. Le vent qui l'accompagnait portait cette odeur de tempête, de colère océane crainte par les hommes.

La couleur des flots aux pieds des rocs s'était parée de la même nuance que les nuages endeuillés.

Les vagues venaient violemment s'échouer contre la pierre, éclatant sous le regard de la jeune femme perchée sur sa cime.

Elle avait retiré son chapeau qui battait vivement contre sa cuisse. Ses doigts serraient si fort le délicat tissu qu'il en était à présent irrécupérable outre l'averse.

La jupe de sa robe pourpre ondulait tel le drapeau de Port Royal battant au loin.

Le froid semblait pénétrer sa peau et atteindre ses os. Trempée et soumise à l'air déchaîné, elle ne se souciait pourtant pas de se mettre à l'abri.

La Marquise fixait presque sans ciller le gouffre abyssal qui s'offrait à sa vue.

Cette fois, nul éclat vert ne venait troubler son esprit et son horizon.

Quelque chose avait changé depuis hier soir, s'était sournoisement opéré...

Elle avait eu beau tenter de le repousser, de l'effacer sans y parvenir mais…

Au final…

Avait-elle réellement essayé ?

- Depuis combien de temps… Déclara celle aux yeux égarés par delà les abîmes poussiéreuses.

Cette phrase, sans doute inachevée, s'était élevée par delà la plainte des Caraïbes.

Pas plus fort qu'un murmure, sa question avait malgré cela était entendu.

Les bras croisés, la créature à l'épiderme rouge pencha quelque peu son visage.

Ses habits noir accessoirisés de sa cape ébène rehaussaient la couleur écarlate de sa carnation. Son bouton de col luisait mystérieusement tout comme son regard insondable.

Obscurément peut-être, la pluie ne paraissait pas atteindre le démon. Elle semblait mourir avant d'avoir touché son corps pour ne laisser qu'une imperceptible vapeur…comme s'il irradiait.

- Depuis toujours. Répondit Roan Ru sans cesser de fixer le profil de la Marquise.

Comme sa voix ressemblait à la sienne...

Sans se retourner, celle-ci laissa jouer une drôle d'expression sur ses traits.

- Pourquoi maintenant ? Demanda-t-elle en s'approchant un peu plus du bord.

- Il est l'heure chère Marquise, voilà tout.

Une curieuse impression s'installa au creux de son cœur à l'entente de ces paroles.

Oui, il était l'heure pensa-t-elle, faisant enfin face au Renard Rouge.

O°O°O