Disclaimer: Rien ne m'appartient
Résumé: Parce qu'il faut toujours vérifier le contenu de ses placards avant de décider de cuisiner quelque chose. Mais les courses de dernière minute ne sont pas si terribles, quand on croise Hibari, n'est-ce pas ?
Grand merci à Tsu
Bonne lecture !
Pizza
Le changement de température étouffe Hayato, et il s'empresse de retirer écharpe et gants. Il n'ouvre pas son manteau. Il n'a pas l'intention de perdre des heures ici.
A la seule caisse ouverte sur deux de la supérette, un étudiant boutonneux lit un magazine en oubliant totalement de surveiller les écrans à côté de lui, qui retransmettent ce que filment les quatre -quatre ! Le propriétaire doit avoir un petit souci de paranoïa- caméras de sécurité. Hayato n'est pas pressé de le déranger, mais il aimerait sortir d'ici le plus rapidement possible.
Il esquive une vieille dame qui tire un panier à roulettes presque vide à une vitesse d'escargot, et se dirige rapidement vers le rayon des sauces et condiments. Un gamin lui marche sur les pieds en se précipitant vers sa mère, et s'arrête pour s'excuser, mais Hayato n'attend pas, et le gamin se pend à sa manche.
"Eh !"
"... Oui ?"
Ses mains le démangeaient de repousser le gamin, et continuer son chemin, mais il sait que l'enfant n'est pour rien dans son énervement, et il se force à répondre calmement. Aussi calmement qu'il peut. Pas trop agressivement.
Disons qu'à part l'air profondément ennuyé, le ton cassant, et les sourcils froncés, il a presque l'air indifférent.
"C'est pas bien d'ignorer les gens !"
"Même les sales gosses qui me piétinent ?"
La bouche du gamin forme un o parfait d'indignation. Hayato ne peut pas s'empêcher de lancer un sourire narquois. Un coup d'œil par dessus son épaule lui apprend que la mère arrive à grand pas.
Il s'en va avant d'être pris à parti et de devenir le méchant de l'histoire.
Surtout que pendant ce temps, sa sauce tomate ne s'achète pas toute seule.
Le rayon des surgelés est désert.
Le rayon des sucreries est désert.
Le rayon fruits et légumes est occupé par deux filles qui discutent à tout allure.
Personne au rayon suivant non plus.
Enfin le rayon sauce et condiments.
Deux personnes. Dont une que Hayato ne s'attendait pas du tout à trouver ici. Mais même les carnivores ont besoin de faire des courses.
Il y a une fille, tout près de Hibari, qui regarde exactement le même étalage que lui. Pendant un instant, on dirait qu'ils sont ensemble. Plus exactement, qu'ils sont venus ensemble faire des courses. Hayato ne voit pas d'autre hypothèse.
Hibari n'aime pas qu'on envahisse sa bulle, et la fille, du haut de ses douze ou treize ans, est en plein dedans. Elle est plus petite que lui d'une tête, même avec ses bottines à semelles compensées. Si elle tournait la tête rapidement, ses cheveux en queue de cheval viendrait effleurer l'épaule du préfet du collège de Namimori.
Et elle regarde le même choix de produits que lui.
Les sauces soja s'étendent sur toute la hauteur de l'étagère du rayon, et prennent pas mal de place. Hayato n'y avait jamais fait attention, avant.
Mais il n'aime pas particulièrement la sauce soja, et il n'a jamais vraiment pris le temps d'apprendre la cuisine typiquement japonaise. Après tout, il vit de plats tout cuisinés, quand il a le budget pour, et de cuisine typiquement européenne.
D'où la pizza de ce soir.
Le Gardien de la Tempête se sentait d'humeur à faire quelque chose de ses mains, mais sans sortir pour expérimenter avec ses explosifs. L'envie de cuisiner s'est faite sentir, et céder paraissait la meilleure solution. Il n'y a rien de particulier de prévu, ce soir. Et il était de bonne humeur.
Était.
Oui.
Avant de se rendre compte qu'il n'y avait plus le moindre carton de sauce de tomate dans son placard. D'où sa présence ici, quasiment à l'heure du dîner.
Mais une boule de pâte à pain lève tranquillement sous un torchon dans sa cuisine, et il a déjà le reste des ingrédients de prêts. Sauf la sauce tomate, bien sûr. Et une pizza sans sauce tomate n'étant pas une pizza, il n'y avait pas à hésiter.
La vague de froid qui a assaillit l'adolescent à la sortie de son immeuble, aurait pu le décider à renoncer, s'il avait été un peu moins borné.
Et là, il reste planté là, parce qu'après tout, la pâte a besoin d'une heure pour lever.
L'illusion de Hibari faisant ses courses avec une gamine se fissure, et disparaît totalement quand ladite fille attrape une bouteille format familial de sauce de soja, et sort du rayon en frôlant Hayato.
Hibari ne bronche pas.
Peut être que lui aussi, il a un souci d'ingrédient aux abonnés absents.
Donc. Sauce tomate. Juste en face de la sauce soja, tiens. Les lots de deux cartons de 350 grammes sont en promotions, et n'est-ce pas un signe ? Pour le porte monnaie de Hayato, c'en est un bon, en tout cas.
D'un peu plus près, le visage de Hibari est figé. Vraiment figé. Et pâle. De près, ça se voit. Un rapide coup d'œil à son torse indique que si, il respire bien. Il n'est pas vraiment totalement statufié. Quelqu'un d'autre pourrait être qualifié de perdu dans ses pensées, mais ça ne ressemble pas au Gardien des Nuages d'être dans la lune. Pas au point de ne pas voir Hayato approcher.
L'idée que quelqu'un d'autre pourrait entrer dans le rayon, et surprendre le plus vieux comme ça, met Hayato mal à l'aise. L'image brève de Hibari et de la fille, juste à côté de lui, s'est gravée dans sa tête.
Depuis combien de temps est-il là, immobile, inconscient de ce qui l'entoure ?
C'est une question angoissante, et les réponses possibles sont encore pires.
Hayato est tenté de claquer des doigts juste devant les yeux bleus qui fixent les bouteilles de sauce soja. Ou d'appuyer son index sur le bras protégé par une veste noire, devant lui.
Hum.
C'est étrange.
Hibari n'a pas de manteau sur lui. Alors que la température extérieure flirte avec les négatifs.
Quoique.
Hayato a toujours su qu'Hibari était fou.
"Carnivore ?"
Les yeux bleus clignent, et les cils noirs caressent la peau blême. D'après le dictionnaire mental sur le comportement des carnivores, d'après Hayato Gokudera, c'est un bon signe -en plus d'être totalement adorable. Le manque de réaction totale augure rarement quoi que ce soit de bien, et c'est perturbant de voir Hibari ignorer totalement le monde autour de lui. Hayato aimerait savoir ce qui se passe derrière le voile métallique des yeux bleus.
Hayato cale un peu mieux les deux cartons de tomate au creux de son bras. Il refait le tour de ses placards dans sa tête, histoire d'être sûr de n'avoir besoin de rien d'autre, tant qu'il est là. Il vérifie machinalement que personne ne vient dans leur direction, et que le caissier là bas est toujours penché sur son magazine. Puis il reporte son regard sur Hibari, et tressaille. Son instinct lui dit de faire un pas en arrière, mais Hayato n'écoute pas.
Les yeux bleus inquisiteurs qui le dévisagent sont trop intenses, et Hayato refuse de céder, et détourner les yeux. De s'en aller. De faire comme si c'était une erreur de sa part, d'interpeller Hibari. Ce n'est pas une erreur, et il peut se comporter de manière civilisé avec le Gardien des Nuages en dehors de l'appartement. Tout à fait. Hayato n'est pas mal à l'aise. Et l'attitude pseudo hostile de Hibari ne lui fait pas peur. S'il n'est pas content, il est tout à fait capable de sortir ses tonfas tout seul. Pas de tonfa veut dire 'vas-y, parle'. D'ailleurs, c'est exactement ce que Hayato va faire. Ne pas se laisser décourager par un regard, si insoutenable soit il, et prouver qu'il est civilisé en parlant le premier.
"Qu'est ce que tu es venu chercher ?"
Haussement d'épaules.
"Ce soir, c'est pizza maison. Ça t'intéresse ?"
... Non, il n'est pas en train d'inviter Hibari à dîner chez lui. Pas du tout. Mais il veut bien une réponse rapide, avant d'avoir le temps de se sentir embarrassé. Et s'il rougit, c'est parce qu'il n'a pas ouvert son manteau, et que le magasin est surchauffé.
Des papillons s'envolent dans son estomac, quand l'autre Gardien hoche la tête sans le quitter des yeux. Brusquement, Hayato est vraiment, vraiment heureux d'avoir eu cette envie de cuisiner. Et d'avoir manqué de sauce tomate. Son visage se détend, et un sourire en coin lumineux fait son apparition.
"Allons-y, alors."
Et c'est d'un pas léger bien loin des enjambées pressées et nerveuses qui l'ont emmené ici, que Hayato se dirige vers la seule caisse ouverte.
Sa bonne humeur parvient même à lui éviter de s'énerver contre le caissier, qui prend tout son temps pour discuter avec la gamine qui n'a rien pris d'autre que la bouteille de sauce soja, format familial. Hayato répond même au bonsoir reluctant du caissier avec un sourire, quand c'est enfin son tour.
Dans la rue, il fredonne un air connu sans s'en rendre compte, et les coins de ses lèvres ne peuvent pas s'empêcher de pointer vers le haut, rien qu'un peu. Il fait froid, et ça sent la neige, mais il ne fait pas assez froid pour qu'il neige. Hayato enfile ses gants, et remet son écharpe. Avant de prendre le chemin de l'appartement, il jette un coup d'œil à Hibari.
Non, aucun manteau n'est apparu magiquement sur ses épaules. Contrairement aux tonfas, les manteaux ne surgissent pas de nulle part, même quand on est un carnivore. Il en avait un, l'autre jour, dans la forêt. Là, il n'a que la veste noire de son uniforme.
Hayato ne pose pas de questions, même s'il est persuadé que Hibari doit avoir froid. Il connaît déjà la réponse qu'il va avoir dans le meilleur des cas -haussement d"épaules- et ne veut pas prendre le risque que Hibari se désiste pour la soirée. Au passage, si on lui avait dit qu'il serait ravi à l'idée de dîner avec Hibari il y a encore quelques semaines, il aurait probablement insulté son interlocuteur.
Donc, plutôt que de s'aventurer en terrain dangereux, Hayato essaie de souvenir d'où il a mis les couvertures du canapé, depuis le passage de Bianci. Il peut voir son - ami ? camarade ? carnivore préféré ?- frissonner, et recroqueviller ses mains le plus possible dans ses manches. Manier des tonfas en métal par cette température relève du défi. Il ne se rappelle pas, de si Hibari avait les mains gercées, l'année dernière à la même époque.
Le trajet n'est pas long, heureusement, parce que Hayato sait qu'il aurait fini par faire quelque chose de stupide. Il sent Hibari frissonner juste à côté de lui, sans se rappeler de quand ils ont commencé à marcher assez près l'un de l'autre pour que leurs épaules se frôlent. Il a envie de passer un bras autour des épaules du plus vieux. Ce qui est une idée stupide. Il pourrait lui passer sa veste, mais là, ce serait son tour de terminer en glaçon. Conclusion, Hayato a forcé l'allure discrètement, jusqu'à presque courir dans les rues encombrées du début de soirée. Des nuages de vapeurs se forment à chaque expiration, et ça lui donne envie de fumer. Mais ses doigts déjà glacés refusent fermement l'idée. Ils râlent déjà à l'idée de devoir attraper les clés pour ouvrir l'appartement. Pourtant, Hayato a des gants, cette année.
- Parce qu'il y a eu l'autre hiver, là-bas, et il a fait tellement froid, cette hiver là, et il soufflait sur ses mains, et ça n'aidait pas du tout, et il avait l'impression qu'il n'aurait plus jamais chaud de sa vie, même quand il mettait ses mains si près du feu d'un marchant de marron, qu'il récoltait des brûlures -
La loge du concierge est allumée, mais monsieur Tanaka n'est pas en vue. Hayato ne s'y arrête pas, et grimpe les escaliers deux marches par deux marches, en continuant de surveiller son invité surprise du coin de l'œil. Mais Hibari suit, même s'il ne saute pas de marche. Ils évitent tous les deux de laisser traîner leurs mains sur la barre métallique qui sert de guide.
- Parce que tout le monde maudit le métal, l'hiver, quand on y laisse la peau des doigts, et que ça laisse la chair à vif, que ça saigne à peine à cause du froid, et que ça ne guérit pas avant le printemps. Et il y avait ces sales types, qui avaient des endroits où rentrer, eux, ces sales types dans les rues, qui vous attrapaient, et qui s'amusaient à vous faire embrasser des rambardes métalliques, ou des lampadaires, ou n'importe quoi, et ça vous arrachait la peau des lèvres, il fallait courir vite, et ne pas se faire remarquer, parce que sinon -
La clé glisse dans la serrure, et tourne sans problème. La porte s'ouvre, et une bouffée d'air tiède saute aux visages des deux adolescents. Ce n'est pas vraiment de l'air chaud, le chauffage n'est jamais monté au maximum dans le petit appartement, mais c'est toujours mieux que dehors. Beaucoup mieux.
Dans l'entrée, Hayato se débarrasse de ses gants, son écharpe, puis son manteau, en faisant passer d'une main à l'autre pour ne pas le lâcher le sac plastique qui contient le précieux ingrédient manquant de son dîner. Il abandonne ses chaussures en même temps, et va droit à la petite partie cuisine de la pièce principale. La pâte à pain est toujours sous son torchon, mais elle a gonflé, depuis son départ. A vue de nez, largement assez.
Hayato vérifie sur son portable, soupire.
Presque une heure de perdue, pour deux bocaux de sauce tomate, dont l'un qu'il ne va même pas utiliser ce soir.
Mais c'était une promotion, et le budget d'Hayato aime les promotions.
Et puis, une heure de perdue, mais un carnivore de ramené à la maison, c'est plutôt pas mal. Pas mal du tout. Même si ledit carnivore tremble de froid juste derrière le bar, en épiant chacun de ses mouvements.
"Il faut que je m'occupe de la pizza, mais si tu veux te faire du thé, je t'en prie. La bouilloire est à côté de l'évier."
Hayato dégage rapidement le plan de travail situé sur les placards à côté du réfrigérateur, et la pâte est étalée en un tournemain. Fine au centre, épaisse sur les bords. Il vérifie que le four est bien en train de chauffer, avant de déplacer la pâte sur une plaque de cuisson. Verser le fameux coulis de tomate puis ajouter la garniture n'est qu'une formalité avant d'enfourner.
Quand il a fini, un mug fumant est apparu sur le comptoir près du four, poussé par une main familière.
Hibari ne tremble plus, c'est bien; sa propre tasse est déjà demi vide, sans doute que ça a aidé. Il n'a pas retiré sa veste pour autant, et Hayato ne lui en tient pas rigueur. L'appartement pourrait vraiment être mieux chauffé.
"Tu as de la tomate sur le visage, herbivore."
"Et plein les doigts. Carton de merde."
Le Gardien des Nuages ne dit rien, et reprend une gorgée de thé. Hayato est prêt à parier qu'il sourit derrière sa tasse. Et s'il avait dix ans de moins, c'est sur lui qu'Hayato s'essuierait les doigts. La tomate rendrait bien sur la chemise blanche, non ?
Rien que pour la tête que ferait Hibari, ça en vaut presque la peine.
A la place, il se sert de son reflet à la fenêtre pour essuyer du bout des doigts la tâche rouge sur sa joue. Entre les pans de la veste ouverte du plus vieux, le tissu blanc de la chemise le nargue. Hayato a très envie d'avoir cinq ans et demi, là. Alors il rince ses mains, après avoir attendu que l'eau passe au tiède, mais sans trop attendre, pour éviter de céder à la tentation. C'est échec critique.
Une gerbe d'eau traverse la cuisine, et vient se perdre sur une certaine veste noir.
Hayato ne se trompait pas.
Le regard confus d'Hibari en vaut la peine.
"Non, mais tu comprends, tu es toujours trempé quand tu débarques, sauf aujourd'hui. Donc, il fallait faire quelque chose."
Peut être qu'il n'y a pas de quoi s'étonner quand un carton de sauce tomate éventré prend son envol dans la petite cuisine, et finit sa course contre l'épaule du Gardien de la Tempête.
"Je n'étais pas trempé, quand tu as bu, l'autre soir."
Hayato prend la voix la plus innocente de son répertoire. Celle qu'il utilise d'ordinaire pour convaincre Tsuna.
"Vraiment ? Je ne m'en rappelle pas bien. Tu es sûr ?" dit il en arrosant son propos d'une nouvelle giclée d'eau tiède vers son carnivore préféré.
"Et il ne pleuvait même pas, l'autre semaine." répond Hibari en attrapant le paquet de farine qui traîne encore, après avoir servi dans l'étalage de la pâte à pizza.
Hayato le voit venir.
Hayato le voit très bien venir, et il n'a que de l'eau à jeter, pour se défendre. C'est totalement injuste de rajouter de la farine. Totalement, totalement injuste. Mais les principes herbivoriens n'ont jamais été le point fort d'Hibari. Surtout pas la pitié. Un nuage de farine envahit la cuisine. Au même moment, une nouvelle gerbe d'eau, plutôt impressionnante, fait la même chose. Hayato a eu le temps de retenir l'eau dans le creux de ses mains, et tout est trempé, les meubles éclaboussés, le carrelage recouvert d'un mélange farine tomate eau, et Hibari dégouline.
Les deux adolescents se regardent en silence. Le plus jeune essaie de garder l'air sérieux.
"A court de munitions ?"
Haussement d'épaules, bien sûr.
Et un sourire.
Si le sourire allait avec chaque manque de réponse, Hayato ne s'énerverait plus jamais à cause de ça.
"La trêve ?"
"Tu abandonnes, herbivore ?"
"Ça dépend. La pizza, cuite ou brûlée ?"
"... La trêve."
C'est ce qu'Hayato pensait.
"Un coup de main pour nettoyer ça, avant que ça sèche et ça devienne l'enfer ?"
Et quelques minutes plus tard, ils sont tout les deux à quatre pattes par terre, un seau d'eau chaude savonneuse entre eux deux, éponge et brosse à l'appui. Le mélange tomate-farine-eau ne se mesure certes pas au chewing-gum, mais il reste coriace. Collant, visqueux, sans consistance. Les joints gris du carrelage ne seront plus jamais les mêmes. Hayato espère qu'il aura plus de chance avec ses cheveux.
Il ramène une serviette au carnivore dans sa cuisine, avant de s'enfermer dans la salle de bains.
Un peu plus tard, ils mangent par terre, face à la télé. Hayato n'avait pas envie de manger dans le canapé, et s'asseoir au bar sous-entend se tordre le cou pour pouvoir regarder l'écran de télévision. Vu la superbe série policière bidon qu'il a trouvé, ça aurait été dommage.
"Mangeable, même pour un carnivore ?"
"Correct, même pour un carnivore."
"Content de l'apprendre. Des projets, pour la fin de semaine ?"
"Quelques abrutis à rappeler à l'ordre, essayer d'empêcher Tsunayoshi et son groupe - dont tu fais partie, de troubler la paix, ou de détruire l'école, ou de se perdre sur un terrain militaire, voire même les accompagner faire une balade pour être sûr que vous vous conduisez de façon à faire honneur à Namimori."
"La routine."
Hibari ne répond pas à ça, il se contente de sourire. Il finit sa part de pizza d'une bouchée, et se penche en arrière, en s'appuyant sur ses mains. Son visage est totalement dégagé pour une fois. Quand il a repoussé ses cheveux hors de ses yeux, l'eau les a maintenu lissés en arrière et autour de son visage.
"Je crois qu'il n'y a rien de prévu pour le week-end prochain. Je me méfierais de demain soir, si j'étais toi. Reborn avait l'air particulièrement content, en évoquant demain soir."
Pendant un moment, il n'y a que les exclamations des personnages à l'écran qui brisent le silence. Juste le temps que quelques voitures passent dans la rue, et que Hayato finisse à son tour de manger -grignoter.
"Je passerai peut-être ici, en fin de semaine."
La voix est soigneusement indifférente.
Hayato saisit la nuance au vol, parce que l'autre n'a jamais une voix vraiment indifférente, pas si on écoute attentivement. Parfois c'est agressif, parfois c'est amusé, parfois c'est juste méfiant et fatigué. Mais Hibari ne fait pas dans l'indifférence. Il est comme tout le monde. Il fait semblant.
"Quand tu veux. Tu es le bienvenu ici."
Hayato n'essaie même plus de paraître indifférent.
L'appartement n'a jamais été aussi vivant que depuis les visites de Hibari.
Avant, l'endroit était juste froid, et vide. Et insécurisant, malgré les quatre verrous, et la serrure de la chambre. Mais Hayato a toujours eu beaucoup de mal à se sentir à en sécurité.
Hibari se réveille toujours au moindre de bruit, et il a toujours ses tonfas à portée de main.
- Et se réveiller au moindre bruit aurait été tellement bien, tellement voulu en être capable, mais impossible, quand il dort il dort, même dehors, et il n'entend pas ce qui arrive -
Un poids froid et mouillé se pose doucement sur son ventre.
"... Confortable ?"
"Très."
"Tes cheveux sont mouillés."
"Je sais."
Si en plus ça l'amuse.
Hayato soupire, mais ne réplique rien. Il se demande quand une couverture a apparu sur les jambes de Hibari. Et depuis quand son estomac est un oreiller pour carnivore. Sa nuque lui fait mal, appuyée contre le bord du canapé. Il devrait sans doute s'allonger complètement, ou se relever, ce qui ferait glisser la tête de Hibari sur ses cuisses. Hayato ne bouge pas, et ignore les élancements dans sa nuque.
L'épisode de peu importe quelle série qui passe, se termine.
Il évite de baisser les yeux. Ça n'empêche pas ses joues de chauffer.
Il ne sait pas avec certitude si Hibari le regarde, ou s'il regarde le plafond. Il ne sait pas ce qu'il préférerait, entre les deux.
Le bout de ses doigts effleurent la veste noire, et elle est humide aussi. Il essaie toujours de ne pas croiser le regard de l'autre, et ne regarde pas son visage. Juste le reste. Les bras le long du corps, les mains posées sur la moquette, à plat, tranquillement, et les jambes étendues. Le pantalon noir est froissé, mais ne colle pas à la peau, il a du sécher.
Hibari frissonne.
"Pourquoi est ce que tu n'as pas ton manteau ?"
La tête sur le ventre du Gardien de la Tempête s'incline, la joue vient se coller au tissu noir de son sweat.
Cette fois-ci, les yeux bleus doivent forcément fixer son visage.
"Pas le temps."
"Quelle était l'urgence ? Choper la crève ?"
Hibari attrape les doigts baladeurs qui jouent machinalement avec le rebord de sa veste.
"Non. Et je ne suis pas celui qui a toujours les mains glacées."
"C'est pour ça que je mets des gants, moi."
Hibari laisse échapper un demi rire, et son souffle chaud parvient à traverser le tissu, et effleurer la peau d'Hayato en dessous.
"Pas quand tu fumes."
Le plus jeune hausse les épaules. Pas évident de tenir une cigarette et de l'allumer avec des gants, même avec des gants fins comme ceux qu'il porte. Et les gants rendent les doigts glissants, or fumer à Namimori High requiert d'être sur la défensive, dans la mesure où un membre du comité de discipline en aurait vent. Hibari supporte très bien la fumée de cigarette ici, et il lui est même arrivé d'en partager une avec Hayato, deux ou trois fois tout au plus, mais pour autant, c'est un non absolu à l'école.
Hayato a envie de fumer, maintenant.
C'est malin.
Mais se lever, aller jusqu'au comptoir, attraper paquet de clopes, briquet, puis revenir s'asseoir requiert beaucoup trop d'efforts. Et il faudrait chasser Hibari de sa place actuelle, alors que ses cheveux ne sont plus aussi froids et mouillés sur le haut d'Hayato, contre son ventre, qu'au début. Et ...
Sa main est toujours prisonnière de celles d'Hibari. Il sent les anneaux sur ses doigts être effleurés, et tournés. Peut être que c'est à cause d'eux, que ses mains sont toujours froides.
Hayato cède, et regarde directement Hibari dans les yeux.
Il ne sait pas à quoi il s'attendait, ou à quoi d'autre que ce qu'il trouve, en fait.
Il est surpris par l'expression calme et presque souriante qu'il trouve. Le visage détendu, qu'il ne peut pas voir en entier, puisqu'une partie est pressée contre lui.
Les yeux bleus ne se détournent pas, intenses. Envoûtants. Perturbants.
Hayato rougit sans le vouloir. Il est à deux doigts de repousser violemment la tête de Hibari et d'aller se chercher une cigarette et un peu de normalité, quand les yeux bleus clignent, et que les lèvres de Hibari s'étirent un peu plus.
Il est vraiment beau.
Hayato ouvre la bouche pour parler, et dire quelque chose, n'importe quoi de cinglant qui fasse arrêter les yeux bleus, le sourire, les doigts qui tracent des lignes invisibles dans la paume de sa main, et la couleur tomate très mûre qui envahit ses joues.
Hibari tourne la tête de l'autre côté, vers la télévision.
Hayato lève les yeux, pour regarder lui aussi le petit écran.
Un nouvel épisode d'une série policière a commencé.
Il envisage de laisser échapper le commentaire acide qui lui brûle la langue, mais ne le fait pas. Il rougit, et alors ? C'est de la faute de Hibari. Il est perturbant.
Hayato jette un coup d'œil au visage de l'autre Gardien.
Les yeux bleus fixent innocemment la télévision.
Avec sa main libre, Hayato attrape la commande, monte le son, et essaie de s'intéresser à ce qui se passe à l'écran, et de ne pas penser à son ventre qui sert d'oreiller à Hibari, ou à sa main, qui n'a toujours pas été abandonnée.
Le rouge sur ses joues persiste encore un long moment.
Il a totalement oublié sa nuque douloureuse.
ooooo
Il est tard.
Il y a cours demain.
La nuque d'Hayato menace à coups de courbatures pendant plusieurs jours, s'il insiste et persiste à ne pas bouger.
Le besoin de nicotine est insidieux, et une petite voix répète obstinément 'clope' d'un ton boudeur. Elle n'apprécie pas qu'on l'ignore.
Mais Hibari est parti.
En laissant l'air froid prendre la place de sa tête, et de ses mains.
Hayato a froid, et il refuse de tendre un bras, et d'attraper une des couvertures qui traînent sur le canapé, derrière lui.
Il a dit qu'il devait juste aller vérifier quelque chose.
Il n'a pas dit qu'il revenait. Il n'a pas dit qu'il ne revenait pas non plus.
Hayato n'a pas posé de question. Les yeux bleus étaient de nouveau métalliques, et durs.
Et froids.
Hayato a froid. Mais il n'attrape pas de couverture, parce qu'il est borné comme ça.
A la télévision, il y a eu des faux meurtres, avec des faux coupables, et des faux policiers. Et après, il y a eu des vrais. Les infos du soir, les dernières de la nuit avant le lendemain. Sauf sur les chaînes d'information 24/24, mais Hayato ne regarde jamais ces chaînes là.
Il se lève, et son dos craque. Sa nuque aussi, quand il la tourne. Et les élancements ne s'estompent pas vraiment.
Sur le bar qui sert de table, le paquet en carton plastifié blanc noir et rouge l'appelle.
Pourtant, c'était une bonne soirée.
La sensation de manque est logée quelque part sous ses côtes, entre les poumons et la gorge. C'est la voix de la nicotine, parce qu'Hayato refuse que ce soit celle de la solitude, pas si tôt après avoir passé une soirée entière accompagné. Même si Hibari ne parle pas beaucoup, il a une présence qu'on ne peut pas ignorer.
Il ne se demande qu'à moitié ce qui à pousser le Gardien du Nuage à partir. Il faudrait déjà savoir ce qu'il faisait dans la supérette, il y a plusieurs heures.
Il ne se demande qu'à moitié, parce que c'est plus facile de ne pas avoir de réponse quand on ne se demande qu'à moitié les choses.
Cigarette en main, il va droit à la grande fenêtre de la pièce, et regarde de l'autre côté. L'éclairage faible de l'applique près de la cuisine suffit à noyer l'extérieur dans une mer d'obscurité. Malgré la télévision allumée, tout est tellement calme.
Hayato ouvre la fenêtre qui coulisse en grinçant. Il y a un minuscule balcon, où deux personnes auraient des difficultés à ne pas se marcher dessus. C'est parfait, Hayato est seul. Il s'avance dans le froid, tend la main au dessus du demi mur de protection. Quelque chose de froid et léger vient se perdre au creux de sa paume.
Il neige.
Le grésillement de la cigarette quand il l'allume est bienvenu dans l'épais silence qui accompagne les flocons. La neige parait toujours avaler les bruits. Il s'entend à peine respirer. Inspirer, faire rougeoyer le bout de la cigarette, l'éloigner de sa bouche, souffler un nuage gris. Le froid s'insinue sous la peau de ses doigts, dans la chair, et dans les os, et il fume, aussi tranquillement que s'il faisait beau et chaud, et qu'aucun frisson ne courait le long de son dos.
Le sweat est suffisant pour l'appartement sous chauffé, pas pour le balcon où il neige.
Mais le froid et les frissons réconfortent l'adolescent, et l'aide à ne pas penser.
La neige trempe ses chaussettes, et insensibilise ses pieds. Le balcon étroit est bien protégé par le demi mur qui l'entoure et le balcon du dessus, mais les flocons ont trouvés moyen de se déposer sur le ciment, et forment une couche peu épaisse, mais trop présente. Il doit neiger depuis un moment. Peut être même depuis avant que le carnivore ne parte. Peut être que c'est pour ça, qu'il est parti, parce qu'il neigeait.
Peut être qu'il s'inquiète pour Hibird.
Le froid tue les petits oiseaux, leurs nids ne sont jamais suffisants.
Hayato s'assoit dans la neige, et la tête en arrière, regarde le coin de ciel visible de son balcon, entre les immeubles et les autres balcons. Le ciel est noir. Il ne devrait pas faire ça, mais il n'y a personne pour le voir et lui dire de ne pas le faire. Il suffit juste de ne pas rester assez longtemps pour attraper la crève, et ça ne changera rien. C'est juste le plaisir de faire quelque chose qui ne se fait pas, comme se doucher tout habillé, ou dormir sur son canapé plutôt que dans son lit. Il y a bien longtemps qu'Hayato n'a plus dormi dans son canapé, plusieurs mois. Plus depuis que sa demie sœur a sonné, au cœur de la nuit, avec un Gardien du Nuage inconscient sur les bras. Il pourrait faire ça, tout à l'heure, quand sa cigarette se sera totalement consumée, et qu'il en aura assez d'être assis dans la neige. Il n'y a que quelques pas à faire, fermer la fenêtre derrière lui, se laisser tomber sur les coussins usés, et déployer la couverture déjà présente.
Il neige, et Hayato déprime parce que Hibari a décidé que finalement, il n'a pas envie de passer la nuit ici.
Il devrait se reprendre.
Il pourrait commencer par abandonner son balcon aux flocons, et aller travailler sur quelque chose. En cherchant bien, il doit bien y avoir un programme qui traîne, sur son portable, un programme à finir d'écrire. Ou un livre à lire quelque part sur l'étagère, entre la porte de sa chambre et celle de la salle de bains. Comme ça, il n'aura même pas besoin d'admettre qu'il apprécie beaucoup trop la présence de Hibari. Et qu'il lui manque. Déjà.
Son cerveau à moitié congelé arrive tout de même à lui rappeler que si c'était si stupide de penser comme ça, Hibari ne reviendrait pas aussi souvent, et ne confondrait pas son ventre avec un oreiller.
La cigarette finit sa transformation en mégot, et la déception le mordille de l'intérieur. Il espérait presque que le carnivore ferait son retour, pendant qu'il fumait.
Peut être même qu'il espérait une remarque bien sentie sur la bêtise des herbivores qui jouent dans la neige. Et il aurait souri. Parce que oui, Hayato est un rien masochiste, parfois. Soyons clairs, juste au cas où tout l'épisode 'fumons assis sur le balcon pendant qu'il neige, avec juste un sweat sur le dos' n'ait pas vendu la mèche.
Il faut être précis.
Hibari est peut être allé chez Dino.
Non, ce n'est que la jalousie qui parle, pas le bon sens.
Parce que le bon sens dit 'Il est rentré chez lui dormir au chaud. Ce que tu devrais faire avant de finir en glaçon géant.'
Hayato n'a jamais été très bon pour obéir à son bon sens. Hayato n'a jamais été très bon en obéissance tout court. Donc il sort une autre cigarette du paquet, l'allume, et fume. C'est la dernière, promis juré.
Comme les derniers verres de Bianci.
C'est le dernier Hayato, promis, après je te laisse tranquille, rabat joie.
Le dernier avant le prochain, bien sûr.
Humph.
Le souvenir de la soirée avec Bianci se rappelle un peu trop vivement pour que l'adolescent soit tenté d'aller attraper une bouteille d'alcool. Quoique, la dernière fois, ça s'est terminé avec Hibari dans son lit. Plutôt pas mal du tout, comme conclusion.
Mais il y a cours, demain.
Et ça coûte cher, l'alcool. Pas si cher, quand on prend n'importe quoi, mais cher quand même, quand on a le budget d'Hayato.
Après la deuxième et dernière cigarette, il y en a une troisième -une nouvelle dernière ! -. La main libre d'Hayato enfouit les deux premiers mégots sous la fine couche de neige. Les nerfs dans ses doigts n'envoient plus rien, le froid les a paralysés. Il faut qu'il rentre. Avant de claquer des dents.
Il abandonne la troisième cigarette -jamais deux sans trois, et il l'a allumé rien qu'en pensant à l'adage, bien sûr- sur la neige, après une dernière inspiration. Se lever est plus difficile que prévu, parce qu'il est resté un rien trop longtemps, et qu'il a du mal à sentir ses jambes. Il rentre, se tourne, crache une dernière bouffée de fumée, fait coulisser la vitre.
La fatigue l'a rattrapé, et il reste là, hésitant.
Il n'a pas vraiment envie de dormir dans sa chambre, mais dans le canapé, avec les couvertures de Hibari, dans le canapé non plus. Et il faut qu'il aille fermer les verrous sur la porte, ceux qui ne peuvent être mis en place que de l'intérieur. De préférence, avant les aiguilles de chaleur n'attaquent ses jambes et ses mains. Le chauffage de l'appartement ne tient pas ses promesses, mais pas au point de retarder les aiguilles qui vont lui transpercer les mains et les pieds d'ici quelques minutes, quand le sang recirculera correctement dans ses membres.
Il ne peut pas s'empêcher de penser que Hibari va revenir, peut être. Donc il ne peut pas fermer les autres verrous. Donc il ne peut pas dormir.
Il ne reste plus qu'à mettre en route la machine à café. Ce ne serait pas la première fois qu'il ferait nuit blanche. Juste la première fois à cause de cet abruti de Hibari -non, ce n'est pas vraiment un mensonge, c'est bien la première fois qu'il attendra de voir si Hibari va venir ou pas. Il aurait bien besoin de ses mains toujours chaudes, maintenant. Il n'arrive pas à arrêter de frissonner, mais c'est normal.
Il est toujours planté là, incapable de décider d'aller dormir ou de continuer d'attendre, quand le cliquetis de la serrure principale se fait entendre.
Hibari est de retour.
Il porte un manteau, maintenant, fermé jusqu'au menton.
"Hey. Carnivore." croasse Hayato. Il se demande si c'est le froid, qui rend sa voix comme ça, ou la surprise. Il n'y croyait plus, pour être honnête.
Hibari ne répond rien. Il entre, fait demi tour pour fermer la porte et les quatre verrous. Auparavant caché dans la pénombre du couloir, il tient un sac, style sac de sport, bleu sombre avec une fermeture éclair dorée.
Il s'avance, fronce les sourcils, l'air presque soucieux.
"Tu as l'air frigorifié, herbivore."
Ce n'est pas qu'un air.
Hayato hausse les épaules.
"Où est ce que je peux poser ça ?"
"Où tu veux."
Hibari sourit, tout en provocation, et ses yeux scintillent. Il va droit à la chambre d'Hayato, s'arrête juste avant d'entrer, et regarde le propriétaire des lieux de par dessus son épaule. Avec ce type d'expression narquoise qui sait qu'il repousse les limites, mais qu'il ne compte pas s'arrêter.
Hayato hausse de nouveau les épaules.
"Si tu y tiens."
Mais il sourit lui aussi, en partant s'enfermer dans la salle bains pour se laver les dents.
Quand il ressort, Hibari est assis sur le canapé, dans un pyjama noir vaguement familier. Il regarde vers la vitre noire, et ses genoux sont remontés sous son menton.
Hayato soupire, hésite à le rejoindre. Ses mains brûlent de millions de petites aiguilles, et il en a marre. Un pas en avant, deux pas en arrière, le carnivore est un animal sauvage non apprivoisé. Il ne se rappelle pas exactement avoir accepté de jouer l'apprivoiseur, au passage. Il n'est pas non plus celui qui a joué la carte de l'arrogance jusqu'à présent.
Frustré par le comportement de Hibari, il lève les yeux aux ciels, fait un pas vers le canapé, avant de se raviser, et d'aller se coucher dans sa chambre. En laissant la porte ouverte.
Hayato est en train de s'endormir, quand les couvertures se soulèvent, et qu'un corps tiède se rapproche du sien. Il ne dit rien, mais passe un bras au dessus du torse de Hibari, et attend. Rien ne se passe. Il attend encore, et encore, jusqu'au moment où le sommeil l'emporte. A côté de lui, une paire d'yeux bleus l'observent en silence. Ils clignent plusieurs fois, et finissent par ne plus se rouvrir, au bout d'un moment. Mais pas avant qu'une main vienne se poser sur le poignet d'Hayato, possessive.
Une main s'extraie de la couette, et attrape le téléphone quelques secondes avant qu'il ne commence à vibrer puis à sonner. A l'aveuglette, les doigts ouvrent le clapet, et appuient sur les touches, jusqu'à ce que le silence revienne.
Quelque chose secoue l'épaule d'Hayato, sans brutalité. Dans la pénombre, deux yeux bleus le fixent, interrogateurs.
"Sono le ... Nh. Il est six heures. On a cours. Besoin-café-maintenant."
Un lourd soupir suivit cette déclaration. Un moment plus tard, alors qu'il donne l'impression de s'être presque rendormi, Hayato s'agenouille lentement, en faisant le dos rond comme un chat. La main de Hibari tombe mollement de son épaule. Sans allumer la lumière, il sort du lit, va jusqu'au placard grand ouvert, et y pioche un immense pull qu'il enfile par dessus son haut à manches longues. Ça ne fait pas encore une minute qu'il est levé, et il a déjà froid. Une petite voix lui souffle que c'est normal, parce qu'il a neigé. Il sort de la pièce sans trébucher sur quoi que ce soit, ce qui vu le bazar accumulé sur la moquette grise de la chambre, relève de l'exploit, ou d'une habitude de longue date.
Quelques minutes plus tard, l'odeur du café se faufile jusqu'à l'intérieur de la chambre.
Les yeux bleus cillent.
Quand Hibari arrive dans la pièce principale de l'appartement, il est accueilli par le sifflement de la bouilloire. Sur le bar, il y a une tasse, avec le fil et l'étiquette d'un sachet de thé qui pendent contre le bord de la céramique. Debout de l'autre côté du meuble, côté cuisine, Hayato a une tasse de café fumante à la main, et il consulte quelque chose sur un ordinateur portable posé sur le bar.
Il n'y a rien à voir à la fenêtre, il fait encore noir, même si quelques lampadaires se devinent. La cafetière, avec sa carafe presque pleine, a embué plus de la moitié de la vitre. Le mécanisme du grille pains se détend avec un sursaut métallique, et Hayato empile distraitement les tranches de pain sur une assiette, du bout des doigts, sans vraiment quitter des yeux son écran.
L'ordinateur vient de là-bas.
Hayato l'a emprunté à quelqu'un qui n'avait pas été très sympathique.
Que ce soit pour le G-script, ses programmes, ou simplement pour se tenir au courant de l'actualité, de ce qui passe là bas ici, il est assez content de son emprunt. Il n'aime pas écouter les informations si tôt le matin. Il n'aime pas écouter grand chose, tôt le matin.
Hibari passe derrière lui pour prendre la bouilloire, et verser l'eau dans la tasse préparée à cet effet.
Un peu moins d'une heure plus tard, la porte claque, et Hayato reste seul dans l'appartement, à finir de se préparer avant d'aller chercher Tsuna devant chez lui. Il est en avance. Hibari s'est occupé de la vaisselle du petit déjeuner pendant qu'il s'habillait dans la salle de bains. Tout s'est passé tellement simplement, tellement facilement, qu'il a du mal à le réaliser. Alors que ce n'est pas la première fois qu'ils prennent le petit déjeuner ensemble. Juste la première fois qu'ils prennent le petit déjeuner ensemble après que Hibari ait dormi avec lui, sans que Hayato ait une excuse comme l'alcool. Mais il réalise très bien quelque chose. Il n'est absolument pas contre l'idée d'autres matins comme ça. Surtout si la journée commence par se réveiller dans le même lit que le carnivore.
Ah, Hayato de bonne humeur, c'est merveilleux, n'est-ce pas ?
Mieux vaut en profiter.
Le prochain chapitre, on fait quelque chose de fun. On va chez Hibari, pour changer.
Et il ne pleut pas. Il neige.
Merci pour chacune des reviews, parce que je ne m'attendais pas à ce que Déluge plaise autant, et qu'elles sont toutes merveilleuses. Merci !
