Auteurs : KMIG

Disclaimer : Les personnages de GW ne sont pas à moi.

Base: Gundam Wing

Genre : UA, historique

Couples : Pas encore pour le moment.

Note : Nevermore continue de m'apporter ses lumières et ses conseils pour la rédaction. Qu'elle en soit remerciée. Je précise aussi, pour parer aux critiques d'éventuels puristes, que bien que la trame soit historique, certains événements sont purement fictifs.


Les jours s'étaient passés. Monotones. Mais très fréquemment, le Général venait trouver le Résistant, le menait à travers ce passage secret qu'il avait découvert, et lui offrait un repas digne de ce nom, tout en discutant. Cela faisait maintenant près de deux mois que Trowa avait été arrêté, torturé, mais sa situation s'était grandement améliorée. Quatre le laissa tranquille. Les journées étaient ennuyeuses, mais la compagnie de Duo remettait au Français un peu de baume au cœur.

Cette nuit-là, ils ne jouaient pas aux échecs. Ils discutaient. L'allemand s'était absenté une semaine, rentrant en Allemagne, passant les fêtes avec sa famille.

« Vous êtes marié, Général ? » demanda Trowa, dont la curiosité sincère n'avait fait que croître avec le temps.

« Hum... Oui... » répondit son interlocuteur, les yeux rivés sur le jeu d'échecs dont les pions étaient parfaitement alignés.

Il y eut un léger silence, pendant lequel le Résistant observa Quatre et son apparent mutisme.

« Cela n'a pas l'air de vous combler.

- Oh... Elle est tout à fait charmante. Adorable. Gentille. Dévouée, » répondit-il avant de relever son regard clair vers le Français. « Quel dommage qu'on ne m'ait pas demandé mon avis...

- Je vois... »

Quelque part, Trowa ne pouvait s'empêcher de plaindre son geôlier. Il y a quelques semaines encore, il se serait interdit ce genre de sentiments. Mais leurs fréquentes discussions avaient changé les choses. Une fois, le Général avait même déclaré « Dire que nous aurions sans doute pu être amis... ». Trowa n'avait rien répondu ce jour-là, mais il avait fini par doucement acquiescer.

Ils vivaient une drôle d'époque. Parfois, il arrivait au Français de douter de la réalité. Et si tout cela n'était qu'un rêve ? Comment avait-on pu en arriver là ? Malheureusement, chacun de ses réveils dans sa cellule se chargeait de lui rappeler la dure réalité.

Quatre soupira et se leva pour allumer la radio. Elle crachota un petit moment et le Général dût la régler un moment avant de réussir à capter parfaitement Radio-Berlin. Trowa lui avait déjà demandé s'il croyait vraiment tout ce qu'ils disaient. Avec un vague sourire, Quatre lui avait fait remarqué que tout était question de perspective. Pourquoi Radio-Londres serait plus digne de confiance ?

Le Résistant n'avait pas cherché à argumenter longtemps. Le simple fait d'écouter la radio lui permettait au moins d'avoir un petit regard sur le monde, même s'il se doutait que tout n'était pas aussi vert que ce qui était dit.

En ce moment, les nouvelles du front concernaient surtout une bataille qui se jouait très loin à l'est, dans la ville de Stalingrad. Quatre montrait des signes de nervosité, la partie allemande étant en mauvaise difficulté. Il avait eu récemment un entretien téléphonique avec l'État-Major de Paris, et il savait que la situation était encore plus difficile que ce qu'annonçait la radio.

« Si nous ne réunissons pas, les communistes prendront le dessus... » observa-t-il.

Trowa aurait bien fait remarquer que ses espoirs étaient justement cette victoire soviétique. Mais étonnamment, une espèce de respect pour son interlocuteur le poussa à taire cela. Les soirées se passaient alors à écouter l'annonce des offensives et contre-offensives allemandes ou soviétiques. On disait que le maréchal Von Paulus allait bientôt disposer de nouvelles divisions qui pourront reprendre leur offensive, mais que ces troupes faisaient déjà un travail admirable, fixant les communistes sur cette ville, permettant de meilleures opérations plus au sud, vers les zones pétrolifères.

C'est ce que se contentait d'indiquer la radio habituellement. Mais ce soir-là, on sentait que c'était des mauvaises nouvelles qui allaient être indiquées. La voix grave du speaker fit tomber des mots lourds de sens :

« Nous venons d'apprendre la trahison du maréchal.... »

S'ensuivit ensuite l'annonce de la capitulation allemande dans une Stalingrad en ruine, 100 000 soldats étant capturés, sans parler des centaines de milliers de morts.

Trowa avait mis un peu de temps à réagir, le temps qu'il comprenne parfaitement ce qui était dit. Il avait beau parler allemand, il n'était pas d'un parfait bilinguisme. Mais quand il comprit, il soupira discrètement de soulagement en baissant la tête. Au moment où il releva le regard, il se rendit compte que les yeux bleus de Quatre le fixaient intensément. Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il lisait dans ce regard. Probablement n'y avait-il rien à y lire.

L'allemand baissa la tête. Il croisa ses doigts et contempla ses mains.

« Das Krieg ist verloren...* » fit-il d'une voix atone, avant de lancer un sourire mi-triste, mi-ironique vers son interlocuteur. « Ce n'est plus qu'une question de temps... »


Ils avaient eu du mal à se reformer. L'arrestation de Trowa, leader naturel, leur avait porté un coup, sans compter les morts qu'ils avaient encaissés. Mais ils avaient fini par y arriver. Contacter d'autres groupes, trouver des armes. Ils n'avaient pas repris le maquis. Mieux valait sans doute se faire oublier quelques temps. Ils se contentaient de mener des actions d'espionnage. Se promener près de la Kommandantur, observer les allers et venues des soldats allemands et tenter d'en compter le nombre, pour transmettre ces informations aux autres réseaux et en Angleterre.

Mais ce n'était pour le moment pas très utile.

Ce jour marquerait enfin le retour des sabotages. Tout faire pour rendre la vie des Boches impossible. Ce général avait trop longtemps pavoisé, à tenir des réceptions pour recevoir ces traîtres à la Patrie qui accouraient auprès de lui dans l'espoir d'obtenir quelques passes-droits.

Cependant, ils avaient appris que Trowa était toujours vivant, et toujours retenu à la Kommandantur. L'espoir d'une libération les prit. Et c'est ainsi que la planification d'une attaque du QG allemand commença...


La défaite sur le front de l'est eut des conséquences énormes. Quatre était rappelé en Allemagne, où devait se tenir une réunion au Berghof, la résidence d'Hitler. Peu avant de partir, c'est quasiment quotidiennement qu'il passait du temps avec le Français. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il appréciait énormément sa compagnie. Ils avaient fini par éviter de parler de la guerre, et peut-être est-ce ce dont les deux hommes avaient le plus besoin. Faire « comme si », la nuit. « Comme si » ils n'avaient pas passer la journée dans une cellule humide et froide, « comme si » ils n'avaient pas veillé à une application stricte des lois imposées par le vainqueur nazi.

Cela leur faisait du bien. À tous les deux.

Trowa put observer le départ de Quatre à travers le soupirail de sa cellule. Il vit le général embarquer dans sa Mercedes sombre, alors qu'un autre officier l'accompagnait. Il se laissa retomber ensuite à même le sol, dos contre le mur froid. Duo lui lança un regard curieux :

« On dirait que tu deviens triste. Tu vas dire m.. Tu vas me dire qu'il... te manquera ? » remarqua-t-il. Son accent était toujours présent, mais moins prononcé. Et ses erreurs moins fréquentes.

« Ne dis pas de bêtise. Ce sont les plats qu'il m'offrait qui vont me manquer... »

Le résistant n'en dit cependant pas plus. Était-il sincère avec l'Américain ? Était-il sincère avec lui-même aussi ?

Le départ du général plongea les deux prisonniers dans un ennui encore plus profond. Au moins les visites régulières de l'Allemand leur donnaient des sujets de conversation. On s'occupait toujours d'eux, enfin... si leur apporter de la nourriture infâme et un sceau d'eau fraiche par jour pouvait être considéré comme « s'occuper d'eux ». Un autre avantage qui s'envolait : Quatre permettait à Trowa de prendre des douches.

Trowa, d'un naturel calme, avait fini par s'adapter à la situation, au contraire d'un Duo qui avait de plus en plus de mal à tenir en place. Il faisait fréquemment les cent pas dans sa cellule. Dans ses moments d'agacement, il finissait par parler directement en anglais, avec un mélange de mots locaux et de jurons tels que le Français n'arrivait plus à le comprendre. Cela dit, il en saisissait largement le sens.

« Bouger comme tu le fais ne sert à rien. Ce n'est pas en claquant des doigts que les murs vont tomber...

- Et pourquoi pas ? » répondit Duo avec un air de défi tout en joignant le geste à la parole.

Il y eut un bruit assourdissant et tout le bâtiment trembla. Trowa fut propulsé vers les barreaux de sa cellule tandis que Duo eut tout juste le temps de se mettre en boule. Des coups de mitraillettes se firent entendre presque immédiatement. Les lieux furent envahis par la poussière et les deux prisonniers toussèrent. Ils aperçurent cependant la pleine et entière lumière du soleil qui entraient par le haut du mur qui s'était écroulé. Le pilote regarda sa main, un peu surpris, puis se reprit immédiatement.

À l'extérieur, l'opération planifiée par les résistants avait commencé. Une grenade avait été lancée contre la façade de la Kommandantur, et d'un camion, cinq hommes tiraient sur le moindre soldat qui montrait le bout de son nez.

« This is our lucky day, come ! »

Duo avait déjà commencé à escalader les éboulis pour sortir, sortant la tête. Les coups de feu continuèrent. Il aperçu un soldat allemand qui l'avait vu et qui était en train de se tourner vers lui, arme en main. Son cœur manqua un battement. Il n'entendit pas le coup de feu salvateur mais vit simplement la grimace de douleur apparaître sur le visage de cet homme qu'il ne connaissait pas, le sang jaillir, et le corps finalement tomber.

Il se retourna pour tendre la main à Trowa, mais le vit toujours dans le fond de la cellule, regardant l'air hagard cette ouverture vers la liberté.

« Trowa, come on !! » cria-t-il. Le résistant lui lança un regard toujours aussi perdu. C'est le bruit de soldats allemands qui arrivèrent qui finirent par le tirer de cette sorte de rêverie. Plus loin dans le couloir, ils le menaçaient déjà de leurs armes tandis que Duo restait pour le moment hors d'atteinte.

« Va-t-en ! » finit par crier le Français alors qu'il levait les mains en l'air pour montrer aux soldats qu'il n'avait pas l'attention de fuir. Duo sembla hésiter une fraction de seconde, pour finalement disparaître par l'ouverture. Dehors, le résistant perçu encore quelques coups de feu mais entendit aussi un véhicule qui s'éloignait à toute vitesse.

Les soldats gueulèrent sur lui, mais Trowa restait sans vraiment réagir ni écouter ce qui se disait autour de lui


On l'avait remis dans sa cellule d'isolement. Pas spécialement de raison, si ce n'est que les autres cellules avaient été détruites. Il retrouvait une solitude qu'il appréciait.

Il lui arrivait parfois de se gifler mentalement. Pourquoi avait-il été si long à réagir ? Il avait eu une occasion en or, et il se doutait bien qui devait être le responsable, ou plutôt les responsables de cette attaque : ses amis résistants. Ils avaient pris d'énormes risques, à n'en pas douter. Et lui ? Qu'avait-il fait ? Rien ! Si ce n'est de regarder cela comme un ahuri. Il tâchait d'y penser souvent, mais la réponse qui lui venait parfois l'inquiétait.

Quatre avait été averti aussi rapidement qu'il fut possible et le général revint plus tôt que prévu à Limoges. C'est néanmoins une semaine plus tard qu'il reparut, pour constater les dégâts sur l'hôtel particulier qui abritait la Kommandantur. Et dire que tout allait bien ! Que la région paraissait enfin sous contrôle.

Il avait eu des nouvelles très désagréables de Paris. Des remontrances. Et bien sûr l'ordre de reprendre au plus vite la situation en main. Ce n'est pas au moment de la défaite sur le front soviétique que l'occupant pouvait se permettre une faille en France.

Alors le général se remit au travail. Les patrouilles furent augmentées. La collaboration de la gendarmerie française fut requise. On s'assurait que le couvre-feu était respecté et la moindre personne trouvée à traîner dans les rues pouvait passer un très mauvais moment.

Mais l'allemand était revenu changé de son passage en Allemagne. Il parlait moins avec ses officiers, traînait une mine plus souvent soucieuse. D'une manière générale, il lui arrivait de s'enfermer dans son bureau durant de longues heures. Pivotant sur son siège et s'allumant une cigarette, il levait alors le regard sur le portrait d'Hitler et le contemplait avec un regard... indéfinissable.

Il se passa une autre semaine au moins avant que le gradé ne se rende à la cellule de Trowa. C'était le jour, et il était encadré de deux soldats qui veillaient visiblement à ce que le résistant ne tente aucune sortie. Assis au fond de sa cellule, le Français détailla la scène : le général, portant toujours son uniforme coincé et avec son air neutre et presque froid, et deux soldats menaçants. Cela lui tira un sourire. Si seulement ces deux-là savaient que leur général lui rendait auparavant de fréquentes visites ! Mais il n'en voulut pas à Quatre de venir avec un tel déploiement de force. Il était sans doute prisonnier des apparences.

Le général fit quelques pas dans la cellule, gardant son regard bleu sur la silhouette vaguement recroquevillée du résistant. Il tira de sa poche un étui à cigarettes mais il ne quittait pas des yeux Trowa, comme s'il était surpris de le voir.

« C'est donc vrai... Vous n'étiez pas parti... »

Le blond avait eu du mal à croire que son frère ennemi n'ait pas profité d'une telle occasion.

« Pourquoi ? » demanda-t-il.

Trowa garda le silence. D'habitude, il aurait sans doute pu répondre assez rapidement, mais le général le questionnait sur un point qu'il ne comprenait pas lui-même.

C'est finalement après un certain temps qu'il répondit :

« La nourriture est bonne ici... »

Cela tira un vague sourire à l'Allemand, mais même le résistant pouvait noter par ce sourire le changement qui avait pris Quatre. Un sourire triste.

Il secoua brièvement la tête avant de se rapprocher de la porte et de déjà repartir. Se tournant une dernière fois vers Trowa, il dit simplement :

« Vous auriez vraiment dû en profiter... »

Peut-être était-ce le ton, peut-être était-ce le regard. Quoiqu'il en fut, le prisonnier fut particulièrement « touché » par les mots du général. Quelque chose n'allait pas et il le sentait. Était-ce uniquement en raison de l'attaque de la Kommandantur ? Le résistant en doutait. Évidemment, il n'avait connu qu'un Quatre triomphant, qui avait réussi à le capturer et qui dominait la région qui lui avait été confiée. Mais il doutait néanmoins que Quatre puisse avoir ce genre d'attitude abattue quand quelque chose n'allait pas. Il l'imaginait d'un tempérament beaucoup plus combatif.

Et pourquoi n'était-il pas venu lui rendre visite plus tôt ? Non, bien sûr que non, ses visites ne lui avaient pas manqué. Mais il était plus ou moins « convenu » qu'ils devaient se voir pratiquement chaque nuit, non ? Et pourtant, il dut attendre encore trois autres jours avant d'entendre, alors qu'il avait commencé à somnoler, le bruit discret d'une clef dans la serrure...

(*La guerre est perdue)