Ils rentrèrent tard. Mais cela fit beaucoup de bien au jeune de la Vega. La compagnie de Carlos était fort agréable. Il n'était pas aussi calme qu'Andres, ni diplomate que Marcos mais il était franc et sincère, ne mâchant pas ses mots, employant parfois des mots assez grossiers qui faisaient rire le jeune californien.
Alors qu'il se dirigea vers sa chambre, Diego remarqua alors une faible lueur lumineuse qui provenait de l'ex-chambre d'Andres. Intrigué, il se décida à entrer dans la pièce qui n'avait été guère vidé depuis la mort du jeune Cortiquez.
Un homme de petite taille était assis sur le lit pleurant dans la chemise de nuit du jeune défunt.
"- Bernado ? Reconnut Diego tout en refermant derrière lui.
Le serviteur muet sursauta de frayeur.
"- Ne t'inquiète, je ne dirai rien, le rassura le jeune don, mais qu'est ce que tu fais ici ?"
Les larmes suffirent à Diego pour comprendre qu'il faisait le deuil de son ami. Parmi l'ancien trio, Andres était le plus proche de Bernado, d'ailleurs, il le comprenait mieux que le professeur Leo. Bernado l'aimait beaucoup car le jeune littéraire se faisait toujours du souçis pour lui et l'accompagnait lorsque Diego et Leo s'entraînaient entre eux.
Dorénavant, son compagnon avait laissé derrière des amis qui pleuraient sa perte. Diego se sentit honteux. Il maudissait le destin d'avoir tué Andres, mais il avait oublié que d'autres personnes comptaient pour Andres et qu'il n'était pas le seul à s'apitoyer sur la fatalité de la vie et de la mort.
Il passa un bras autour de Bernado pour le réconforter. Le muet fut surpris, il savait que le jeune don était proche d'Andres mais ne le connaissait pas vraiment et c'était bien la première fois qu'on le prenait de cette manière.
"- Ecoute moi, mon ami, pleurer ne servira à rien, déclara Diego en se souvenant des paroles de Carlos, cela ne le fera pas revenir, mais je vais te dire une chose. Andres a beau ne plus être là, toi et moi, nous sommes là. En l'amitié que nous avons pour lui, que dis-tu de le renforcer ?"
Bernado fronça les sourcils, incertain de comprendre.
"- Je te connais pas assez comme Andres, je ne t'ai jamais autant fréquenté qu'Andres, mais si tu veux, si tu as le moindre problème, si tu as besoin de te confier, tu peux venir me demander n'importe quoi. Je ne veux surtout pas laisser tomber un de ces amis."
Avril-Juin 1818
"- Hola, Diego !"
Le jeune californien cligna des yeux en voyant Carlos accouder à une des colonnes de marbres dans le couloir qui menait à la salle d'escrime.
"- Tu as enfin décidé à sortir de ta tanière ? Plaisanta son ancien rival en lui tapotant l'épaule.
- Il faut bien que j'y sorte tôt ou tard.
- Au fait, ça ne sert à rien d'aller en cours d'escrime, lui informa Carlos.
- Ah oui ? Pourquoi ?
- Le professeur Leonidas n'assure plus les cours, d'après ce qu'on dit il est occupé à gérer ses propres affaires."
Diego se figea. Il y a peine quelques heures, il venait de croiser Bernado et il ne lui avait rien dit à propos de son maître.
"- Je ne comprends pas.
- Nous, non plus, renard, lança une voix derrière eux.
Marcos les mains sur les hanches les toisait d'un air intrigué.
"- Dis donc, j'ai loupé quoi là ? Est ce que par hasard on aurait envoyé un homme sur la Lune ? Ou bien je rêve ? S'exclama Marcos en passant ses bras autour du cou des deux étudiants.
- Les amis de mes amis sont mes amis, rétorqua Carlos.
- Tu parles pour moi ? Simplement parce qu'on se connaît depuis nos 12 ans ?
- Por favor, vos histoires sont très passionnantes, mais j'aimerai savoir pourquoi le professeur Leonidas ne fait plus cours, intervint Diego impatient.
- Personne ne le sait. Mais il y a un remplaçant, dit Marcos.
- Tu parles...Un arrogant, marmonna Carlos.
Le jeune don arqua un sourcils.
"- Ce qui veut dire ?
- Le professeur Orazio ne cesse de repéter que nous sommes des bons à riens et...
- Il utilise le fouet pour soi-disant nous inculquer la discipline, poursuivit Carlos, ce qui n'est pas contre le réglement.
- Et ses cours sont-ils passionnants ? Demanda Diego un peu craintif.
- Ce sont plus des plages de punitions qu'autre chose, répondit-il, il passe la moitié de son temps à crier sur nous et à ordonner des travaux forcés pour ceux qu'il n'aime pas et devine qui est le chouchou...
- Ramon...Commença Marcos.
- ...Castillo, termina Diego, pourquoi ? Tu m'avais dit qu'il avait la réputation de courir après l'argent ? Pourquoi aurait-il mis le professeur Orazio dans sa poche ?"
Les deux étudiants écarquillèrent les yeux devant sa question.
"- Mais enfin, Diego, n'est-ce pas évident ? Fit Marcos, pour te battre ! Il a même demandé des cours particuliers.
- Il ne l'a jamais fait avec le professeur Leo, remarqua le jeune don.
- C'est vrai, mais désormais, Ramon a de bonnes raisons pour s'en prendre à toi plus qu'à moi, intervint Carlos, je suis de ton coté et plus du sien, en gros, il vient de perdre sa poule aux oeufs d'or et je pense qu'il veut une revanche à sa manière.
- Tu parles d'un ami, soupira Diego. Il venait de perdre un rival qui est devenu en quelque sorte un ami, mais un autre allait le remplacer.
Il connaissait Ramon pour avoir longtemps était le second de Carlos, bien que parfois Ramon le défiait sans que ce dernier ne soit dans les parages. S'il devait comparer entre Carlos et Ramon, il jugerait Ramon comme fourbe et manipulateur, constamment à la recherche de défi ou d'argent, alors que Carlos n'agissait que pour une bonne raison telle une preuve de supériorité ou bien un championnat. Il était clair que désormais, Carlos avait d'autres projets en tête que de se faire remarquer ou de défier n'importe qui comme il avait eu cette habitude lors de ses débuts universitaires.
