Nouveau chapitre ce soir.

Remerciements à : Isatis2013 (Finch n'est pas un super héros avec des pouvoirs disons physiques mais intellectuels !) Jade181184 (Merci pour ce qui concerne la fluidité et les pensées de Harold, j'espère que tu ressentiras la même chose ici.) et paige0703 (Deux jours pour que le site me dise que tu as commenté tss ! Long mais ca devient bon ici. John est ... là !)

Merci encore à Isatis2013 pour sa correction, que ferais-je sans toi ?

Bonne lecture!


Chapitre 11 : Une nouvelle vie.

En cette journée fraîche et humide, signant le retour progressif de l'automne, Harold Finch contemplait le canal sous ses yeux, debout, les mains dans les poches. Derrière ses lunettes rondes, l'homme était plongé dans ses pensées ou plus précisément dans ses souvenirs. Aujourd'hui était le 11 septembre 2011. Il venait de passer ces huit derniers mois à poursuivre une rééducation qui s'était révélée à la fois intense, pénible et douloureuse. Mais les efforts avaient payé. S'il était sur ses deux jambes aujourd'hui, il avait bien failli abandonner à plusieurs reprises. Mais poussé par sa volonté de retrouver sa mobilité et son autonomie, puis encouragé par Maryse qui l'avait suivi de près, il y était parvenu.

Malgré les gémissements, les cris, la souffrance, les larmes, les crises terribles et épuisantes, il s'était battu. Pour son ami, pour la machine, pour son avenir. S'il y a presque un an, il avait tout perdu brutalement, il s'était reconstruit sous une autre carapace : désormais il était un homme méfiant, paranoïaque et distant. Cependant derrière ce masque, se cachait un petit cœur fragile, prêt à vaciller si un nouvel évènement dramatique se produisait. Harold portait encore le deuil de son ami sur ses épaules. Il ferma les yeux, profitant de la petite brise qui vint lui caresser le visage, le décoiffer doucement. Des images lui revinrent en mémoire : Nathan, Will, le Dr Hailey, le professeur Hans, Maryse, tous les moments de souffrance, tous les moments de faiblesses. Ses réussites, ses progrès mais aussi ses chutes, ses crises de douleurs. Sa lutte acharnée pour commander cette douleur qui le déchirait à chaque fois. Il était devenu plus pudique, refusant de retirer son haut lorsqu'il se faisait ausculter. Il détestait sa cicatrice, il la trouvait moche, horrible, affreuse et refusait que quiconque la voit. C'était son secret en dehors des personnes du centre médical.

Lorsqu'il avait reprit son poste au sein d'IFT, il avait recroisé certains de ses anciens collègues qui étaient revenus, fidèles à la société. Il avait dû se confronter à leurs questions et leur avait menti en parlant d'un accident de voiture qui avait failli lui être fatal. Il s'était retrouvé dans l'open space, dans un espace réduit et séparé des autres bureaux. Il avait recommencé ses codages mais faisait exprès de temps en temps de commettre une petite erreur parmi ses lignes de codes. Parce qu'il devait se protéger et se méfier. Personne ne devait savoir qu'il était resté avec Nathan lorsque la société était fermée. Personne ne devait savoir non plus qu'il était le grand patron d'IFT. S'il y avait un directeur à la tête, c'était seulement pour garder une hiérarchie. Le directeur ne l'avait jamais rencontré. Lorsqu'il échangeait avec lui, en tant que propriétaire, Harold masquait toujours sa vraie voix grâce à un logiciel de modulation. Ainsi personne ne soupçonnait son implication.

Il avait négocié son emploi du temps et ne travaillait qu'à temps partiel. Le reste du temps, depuis un mois, depuis sa sortie définitive de l'hôpital, il jonglait entre les numéros de la machine et ses recherches sur John Reese. Il rouvrit les yeux, observant les petites vaguelettes sur la surface de l'eau. John. Il l'avait croisé, même brièvement touché. Mais le grand homme n'avait rien dit et était parti. Il se souvenait de ce jour là. Il avait dû retourner à l'hôpital général, prétextant vouloir parler au Dr Hailey qui avait été son premier médecin. Secrètement, il voulait voir Reese, surtout comment il allait réagir. Il avait appris qu'il avait été mêlé étroitement à sa machine en lisant le rapport de la mission à Ordos en Chine. Il avait rapidement fait le lien lorsqu'il avait lu le nom du lieu, se souvenant de l'origine de l'acheteur de l'ordinateur de Casey. Les récits et le compte rendu n'avaient fait que confirmer ses pensées. Mais le dénouement de cette mission l'avait révolté. Le lieu avait été bombardé par un missile puissant, qui avait tout détruit, y compris l'ordinateur. Mais Finch avait remarqué un détail : Si Stanton, la partenaire avait été introuvable suite à tout ceci, il avait retrouvé la trace de John Reese cinq jours après. Contrairement à la CIA qui le croyait mort, lui avait gardé espoir que l'agent avait été intelligent et avait anticipé le coup bas de ses patrons.

Il avait été soulagé de retrouver sa trace. Mais ce qui avait suivit lui avait montré combien John avait été blessé de cette trahison. L'homme s'était montré violent, s'énervant sur des biens publics. Si le comportement était violent, Finch n'en était pas le moins du monde étonné. Il savait et devinait ce que John ressentait. Puis il avait observé son retour à New York, un homme ordinaire, se mêlant sans problème aux autres personnes. Puis il avait compris qu'il aimait encore Jessica, remarquant qu'il écoutait régulièrement un message en particulier sur son portable. Il l'avait piraté à distance et en avait écouté le contenu. Son cœur s'était serré face à la détresse de John. Il ne savait pas pour Jessica et c'était bien pour cette raison qu'il avait voulu le voir de ses propres yeux. Et ce jour là, le numéro de Peter Arndt lui était à nouveau parvenu. Il avait compris mais voulait tout de même le voir.

Lorsque John l'avait bousculé, perdu, les yeux dans le vague, il s'était excusé d'avoir gêné sa trajectoire. Puis doucement, il avait pivoté son fauteuil pour le regarder partir. La démarche était militaire mais légèrement flageolante. Finch avait écouté l'échange avec la collègue de Jessica et avait tout de suite remarqué le changement dans la posture de John lorsqu'il avait appris son décès. Comme si d'un coup son monde s'écroulait, l'ex agent avait subitement perdu les mots. A l'évocation de Peter, il s'était raidi et avait brièvement salué l'infirmière avant de prendre la direction de la sortie. Finch avait de nouveau consulté le contenu de son dossier posé sur ses genoux. Il n'y avait plus aucun doute là-dessus.

Je suis désolé.

Il avait prononcé ces trois petits mots, signe que son regret d'avoir exclu Jessica de sa liste n'était pas effacé. Mais il s'était fait une raison : il n'aurait pas pu la sauver puisque son numéro était sorti plusieurs fois. S'il l'avait sauvé ce fameux jour où il avait décidé de l'ignorer, elle aurait toujours été en danger avec son mari Peter et si le cas c'était reproduit, il aurait était incapable de faire quoi que ce soit puisqu'il n'avait plus d'agent pour assurer les missions à ce moment là. Il avait ensuite suivi la position de l'agent et également celle de Peter Arndt. Et comme il l'avait redouté, John avait tué Peter le soir même. Il avait tout suivi grâce aux téléphones des deux personnes. D'abord des paroles sûres, empreintes d'émotions, puis des pas lourds et une démarche précise, puis un coup, des hurlements, des chocs, des fracas, des gémissements, un cri de colère puis un coup de feu avait retenti. Un corps s'était écroulé dans un vacarme et Finch avait failli vomir à plusieurs reprises, choqué par la violence de la vengeance froide de l'agent. Il n'avait aucune image de l'intérieur de la maison mais cela lui suffisait, il en avait assez entendu. Au milieu de ce vacarme, il avait ressenti la détresse et la colère de John. John était blessé au plus profond de son être et avait extériorisé sa souffrance, en s'acharnant sur le meurtrier de la femme qu'il aimait.

Puis quelques secondes après, il avait entendu un léger râle, suivi d'une porte claquée. Alerté, il avait essayé de reprendre le contrôle d'une des caméras qui se trouvaient à l'extérieur de la grande habitation. Il avait vu Reese en sortir, boitant légèrement, une main posée sur le côté de son ventre. En zoomant, Finch avait pu remarquer qu'il avait été blessé et qu'il saignait. La chemise blanche de John était tâchée d'une rougeur qui grandissait doucement. Impuissant, il n'avait rien pu faire hormis suivre l'homme des yeux et le voir reprendre sa voiture comme si de rien n'était.

Durant les mois suivants, il avait assisté à la descente aux enfers de l'ancien agent. Il avait sombré dans l'alcool et vivait dans la rue, revêtu de larges vêtements, la barbe négligée, les cheveux sales et non maitrisés. Pour survivre, John en était réduit à voler pour obtenir ne serait ce qu'une portion pour manger. Et pour boire. Mais à aucun moment John n'avait touché à la drogue alors que ses colocataires SDF avaient plongé. Harold avait remarqué qu'une femme âgée, blonde, essayait de prendre soin de lui. L'informaticien avait à la fois sous les yeux les ravages d'un amour arraché trop tôt et d'une trahison. Il avait continué à le suivre de loin. Et il avait fini par comprendre que l'ex-militaire comptait mettre fin à sa piètre vie. Il avait réagit, se disant qu'il était plus que temps d'agir. Il avait donc surveillé Reese lorsqu'il avait prit le métro. Puis la bagarre qui avait suivie, il y avait assisté et avait été satisfait de voir que malgré les effets de l'alcool, il avait gardé des reflexes non négligeables de ses combats. John avait neutralisé le petit groupe en quelques coups. Et comme pour toute bagarre se déroulant dans un lieu public, John avait été arrêté et emmené au commissariat. A ce moment là, il avait envoyé ses agents de sécurité et son avocat pour récupérer l'homme avant qu'il ne finisse en prison à cause de ses empreintes. Et si John résistait et ne le croyait pas, il aurait un moyen de le convaincre. Son cœur lui criait qu'il devait le garder auprès de lui. Il ne savait pas pourquoi mais il sentait que John Reese était fiable et qu'il pouvait lui faire confiance. Bien sûr, il ne se permettrait pas de le montrer dans un premier temps, afin de ne pas lui faciliter la tâche. Il n'oubliait pas que l'homme était récemment dans la CIA et qu'il avait des capacités hors norme, capable de mener des recherches pour obtenir des informations sensibles sur quelqu'un. Pour cela, il s'était donc assuré que son identité actuelle et celle de Mr Wren ne révéleraient pas de secrets sensibles. Il avait gommé toute trace de celles qu'il trouvait révélatrices et avait mené une dernière vérification : il était une personne ordinaire, comme tout le monde.

Il gigota sur place, un peu nerveux et soulageant sa jambe de son poids quelques instants. S'il était aujourd'hui limité, il avait encore plus d'un tour de main dans son chapeau. Il ne pouvait pas faire de filature, ni poursuivre quelqu'un mais il pouvait guider une autre personne à sa place et faire des recherches sur tous les numéros. Des numéros, il en avait eu 274 en 8 mois. Sur les 274, 209 étaient morts dans diverses circonstances : vengeance, drogue, pris entre deux feux, accidents de circulation…47 avaient terminé en prison, 13 avaient été sauvés de justesse et 5 avaient mystérieusement disparu du jour au lendemain. Il n'avait sauvé que treize personnes. Comparé aux pertes, ce chiffre était insignifiant à ses yeux. Comment les avait-il sauvés ? En appelant les secours ou la police via des appels anonymes. Tous ceux qui étaient morts étaient affichés sur plusieurs tableaux, avec la longue liste des neuf chiffres au milieu. Chacun des numéros était lié à une photo ou à des articles de presse avec des fils rouge. Chaque jour lorsqu'il passait devant ces tableaux, il ne pouvait s'empêcher de penser à la même chose : Que serait sa vie s'il n'avait pas eu l'opportunité de créer la machine ? Mais il était trop tard pour faire marche arrière.

Il entendit une voiture s'arrêter et il expira longuement. Il allait le voir pour la première fois. Le choix du lieu n'était pas anodin. Il savait que John Reese avait décidé d'en finir en se jetant de ce pont. Il ne l'avait que trop bien observé et avait volontairement choisi cet endroit pour marquer le coup. Une portière s'ouvrit puis des pas hésitants se firent entendre. Il pivota sur lui-même, voyant le grand John Reese se rapprocher de lui. Affublé d'un large manteau gris, d'un gilet bleu, d'une écharpe qui s'effritait, d'un vieux pantalon de toile gris, de chaussures militaires montantes, il lui semblait si loin du vrai John qu'il avait vu la première fois face à Casey. Il y avait un monde qui séparait ces deux instants.

-Je vous dois de l'argent ? John prit les pans de son manteau et les secoua doucement. Parce que je suis un peu à sec en ce moment. Fit-il, ironiquement.

-Vous ne me devez rien Mr Reese.

Lorsqu'il l'appela par cet alias, il vit l'homme s'arrêter, le dévisageant, à la fois perplexe et méfiant.

-C'est le nom que vous préférez n'est ce pas ? Je sais que vous en avez plusieurs. N'ayez crainte. Je ne dirais rien à personne.

-Vous ne savez rien sur moi. Rétorqua John, sur la défensive.

Finch attendait justement cette remarque. Il avait affuté son discours depuis si longtemps, qu'il était prêt à parler et à convaincre l'autre homme.

-Je sais absolument tout sur vous Mr Reese. Je sais ce que vous faisiez pour le gouvernement. Je sais que vous avez eu des doutes concernant ce travail. Je sais que le gouvernement vous croit mort, comme tout le monde.

John secoua la tête, s'avançant vers lui, une pointe de colère se dégageant de lui. Harold sentit qu'il avait le sentiment d'être en danger. Il représentait une menace aux yeux de Reese et il stoppa d'un geste de la main les deux agents de sécurité qui étaient prêts à intervenir. Cela déconcerta quelques secondes John, qui se retourna pour observer les deux autres hommes qui s'étaient figés suite à l'ordre invisible de leur patron.

-Je sais que vous vous noyez dans l'alcool depuis des mois. John le dévisagea de nouveau, intrigué. Il reprit sa contemplation du canal, un peu troublé par la proximité soudaine. Je sais que vous cherchez une façon plus efficace de mourir. John inspira, soudainement dérangé. Vous voyez, le savoir n'est pas un problème. Faire quelque chose de ce savoir… C'est ici que vous intervenez. Assura-t-il, plongeant cette fois ses yeux dans ceux de l'agent, pour la toute première fois. Un silence se fit, chacun s'observant. John était distant, sur ses gardes, tandis que lui voyait toute la souffrance derrière les yeux bleus du grand homme.

-Vous pouvez m'appeler Mr Finch.

Puis ne pouvant plus soutenir cet échange de regard, il observa à nouveau l'horizon devant lui. Il pesa ses mots mais finit par les prononcer.

-Nous pouvons nous aider mutuellement. Il ne vous faut ni psychiatre, ni groupe de soutien, ni cachets.

John était amusé par cette situation. Harold devinait qu'il se jouait de lui pour le mettre mal à l'aise.

-Qu'est ce qu'il me faut ? Demanda-t-il alors.

-Il vous faut un but. Nouveaux regards croisés. Plus précisément, un travail.

Reese réfléchissait silencieusement. Finch savait qu'il se demandait s'il devait le croire. Décidant qu'il était temps de lui présenter son futur boulot, il lui demanda de le suivre dans la berline. Ils traversèrent la ville dans le silence le plus complet et ils arrivèrent sur une grande place très fréquentée, bondée de monde aux heures de pointe.

-Huit millions de gens. Reprit-il, sortant du véhicule, suivi d'un John à l'affût. Savez-vous ce qu'ils ont en commun ? Aucun d'entre eux ne peut prédire ce qu'il va lui arriver. A New-York, une personne meurt assassinée toutes les dix huit heures. A la fin de la journée, une de ces personnes sera morte.

-Il arrive des malheurs aux gens tous les jours. On n'y peut rien. Dit John.

-Et si on y pouvait quelque chose ? Questionna Harold, espérant titiller l'intérêt de John. Pas ce qui arrive de façon improvisée. John gardait ses yeux sur lui et il continua, sachant qu'il était en train de l'écouter plus attentivement. Mais tant de crimes sont planifiés des jours, des semaines à l'avance. Et si vous pouviez les empêcher ? Courte pause. J'ai une liste. Admit-il. Une liste de gens sur le point d'être mêlés à des tragédies. Meurtres, enlèvements. Ces gens sur ma liste ignorent qu'il va se passer quelque chose.

John en apparence, ne laissait rien transparaître de ses pensées. Mais Harold n'était pas dupe. Il savait qu'il l'analysait comme il l'avait souvent fait. L'homme était entraîné depuis des années, capable de détecter des mensonges, capable de démêler le faux du vrai. Il ne s'arrêta pas et continua son récit.

-La plupart d'entre eux sont des gens ordinaires. Comme elle. Désigna-t-il. John suivi son geste et tomba sur la femme aux cheveux châtains et blonds qui prenait sa commande de café au petit stand du coin de la rue. Elle s'appelle Diane Hansen. Elle est en tête de la liste cette semaine. Je ne sais pas ce qui va se passer, ni quel rôle elle jouera. Sera-t-elle victime ou auteur ? Je sais seulement qu'elle est impliquée. Suivez là, découvrez ce qui va se passer. Et empêchez-le. Qu'en pensez-vous ?

John observa Diane s'éloigner puis prit la parole, un brin agacé.

-Vous êtes riche et vous vous ennuyez. C'est votre ex-femme ou quelqu'un avec qui vous avez pris l'ascenseur. Dans tous les cas, je m'en vais. Claqua-t-il, un sourire dissimulé par sa barbe. Il se retrouva face à un des agents de sécurité. Celui-ci eut le malheur de poser une main sur sa poitrine pour l'empêcher de partir et John, brusquement, prit sa tête dans une main, la claquant contre celle de l'autre agent qui s'apprêter à l'aider. Finch écarquilla les yeux, la bouche ouverte devant l'efficacité de l'ancien militaire et l'incompétence de ses deux employés, qui pourtant étaient les meilleurs agents de la société à qui il payait leurs services. John s'éloignait de lui et il eut le sentiment d'un échec. Mais il n'allait pas se laisser faire. Il le voulait, coûte que coûte. Il demanda à ses employés, sur un ton froid, de le ramener au cabinet d'assurances. Une fois parvenu à son bureau, dans cette grande pièce composée de grandes vitrines, il s'assura que personne ne rentrerait et pirata les caméras pour retracer le chemin de l'agent après qu'il ait disparu de sa vue tout à l'heure. John avait acheté des rasoirs, de la mousse, une bouteille de Whisky et avait loué une chambre pour une nuit dans un hôtel délabré.

Fort de ces informations, il avait convoqué ses deux agents et leur avait donné une mission puis une adresse. Une fois sur place, il installa son matériel dans la chambre et le journal qu'il avait soigneusement conservé. Il entendit de l'agitation et passa dans l'autre chambre par la porte communicante. Les deux gaillards venaient d'installer Reese sur le grand lit. Il les remercia et leur donna congé. Seul dans la chambre, il contemplait à nouveau John. Cette fois-ci il était rasé, ce qui le rendait moins bourru. Il s'était également coupé les cheveux du mieux qu'il avait pu. Il revoyait presque l'homme qu'il avait vu la première fois, en photo. En plein sommeil, John n'était pas détendu. Ses lèvres crispées, ses sourcils froncés étaient des indicateurs pour Harold. Il soupira et prit les deux colliers de serrage en plastique. Il se rapprocha de l'homme endormi et passa d'abord un premier collier sur le support du lit et le clipsa dans le boitier. Puis il prit le bras de l'agent et le souleva, serrant le poignet et l'immobilisant, faisant de lui un prisonnier.

Il recula et le regarda une nouvelle fois dormir. Il n'avait pas le choix, il devait forcer le destin. John n'avait pas confiance en lui et il allait ruser au petit matin pour lui faire comprendre que son offre était du sérieux et une opportunité pour un homme comme lui. Il retourna s'installer dans l'autre chambre pour s'y reposer. Vers 6h30, il décida qu'il était temps de passer à l'action et prit son téléphone portable, appelant le numéro de la chambre dans laquelle Reese se trouvait. Il reconnu la sonnerie et John gigota, grommelant. Il décrocha le téléphone et Finch se lança.

-Sachez Mr Reese, que l'information dont je dispose est incomplète. Mais elle n'est jamais fausse. Il faut que vous sachiez ce que c'est d'être forcé d'entendre quelqu'un se faire tuer sans pouvoir intervenir.

Finch coupa la communication, la gorge serrée. Il allait faire subir à John ce qu'il subissait depuis ces derniers lança le magnéto dont la bande diffusa des hurlements qui avaient été enregistré lors d'un meurtre et patienta, attentif. John s'agitait nerveusement et un bris de glace lui parvint jusqu'aux oreilles. Puis des pas et un essoufflement. Une porte et un corps qui s'écroule sur le tapis. John entra dans la chambre, réveillé comme jamais. Harold se retourna puis prit la parole :

-Trop tard. Il se leva. Cet enregistrement à trois ans. Une femme a été assassinée dans cette pièce par son mari. Il montra la couverture du journal qu'il avait en main. Pour l'assurance. Expliqua-t-il. Vous êtes arrivé trop tard pour la sauver. Comme vous êtes arrivé trop tard pour votre ami Jessica. Finch avait bien conscience qu'il jouait avec le feu en lui parlant de Jessica. Vous étiez à l'autre bout du monde quand elle a été tuée.

A cet instant, Reese redressa la tête, dévoilant un regard très froid et toute la colère, la haine remonta. Il s'en prit à lui, passant un bras sous son menton et le plaquant contre le mur derrière. Finch commença à paniquer mais essaya de ne pas laisser la peur l'envahir, même si le bras de Reese appuyait sur son cou, lui réduisant son souffle.

-Qu'est ce que vous en savez ? Avait martelé John pendant qu'il le repoussait.

-C'est la vérité. Le gouvernement vous a menti. Je ne le ferais jamais. Il essayait de repousser le bras de John qui l'étranglait mais il était bien trop entraîné pour se laisser faire. Tout ce que vous vouliez, c'est protéger les gens.

John le relâcha soudainement, semblant prendre conscience qu'il lui faisait du mal sans aucune raison. Harold le vit s'éloigner et prendre place sur un des fauteuils de la pièce. Finch reprit ses esprits et passa une main sur son cou pour desserrer légèrement la cravate, cherchant à reprendre son souffle.

-C'est un enregistrement sur écoute. La NSA ou le FISA. Le gouvernement. John souffla et releva la tête. Vous n'êtes pas du gouvernement.

-Non.

Il se décolla du mur, penchant légèrement la tête. Dans l'action il s'était raidi lorsque Reese l'avait touché et sa nuque n'avait guère apprécié.

-Vous pouvez me considérer comme un tiers occupé. Reprit-il, en s'installant dans le fauteuil face à John. Vous ne pouviez pas sauver cette femme. Ni votre amie. Mais vous auriez pu si vous l'aviez su à temps. C'est aussi ce que je vous offre : la possibilité d'arriver à temps. Fit-il durement, voyant que Reese avait besoin d'être bousculé. Il sortit la photo de Diane de sa poche et la tendit. John la prit. Ce n'est pas trop tard pour elle. Aidez-moi à arrêter ce qui va se passer. Mais le ferez-vous ? Cette fois-ci, John prêtait attention à cette femme. Puis lentement, il accrocha le regard d'Harold et acquiesça.

Une nouvelle vie commença alors pour John Reese et Harold Finch. Leur relation fut cordiale dans les premières semaines, chacun apprenant à connaître l'autre et à tester les limites. Finch le repoussait chaque fois que John cherchait à en savoir plus sur lui : son passé, son boitement quotidien. John essayait d'intéresser son patron, le pousser à la curiosité car contrairement à ce qu'il avait dit, l'agent était persuadé que le milliardaire ne pouvait pas tout savoir sur lui. John avait changé en l'espace de quelques mois : d'un homme blessé, brisé, détruit, il était redevenu un homme chaleureux, charmant et plein de vie, n'hésitant pas à taquiner n'importe qui, en particulier Harold qui en faisait les frais.

Les deux hommes de l'ombre avaient noué une relation amicale et avaient des atouts précieux grâce à l'inspecteur Fusco et au détective Carter. Ces agents de police leur étaient précieux et ils les aidaient beaucoup dans leurs missions. En échange, Finch rendait service en recherchant des informations sensibles pour leur donner un coup de pouce dans leurs enquêtes. John se rendait sur le terrain lorsque Carter ou Fusco avaient besoin de renforts pour assurer la sécurité ou arrêter un meurtrier.

Petit à petit, Harold avait apprit à apprécier John. Il était satisfait de lui avoir redonné le goût de la vie. Son sourire chaque matin, sa bonne humeur et le fait qu'il ramène le petit déjeuner : son thé vert sencha pour lui, le café pour John, puis quelques biscuits ou viennoiseries, avaient conforté l'informaticien dans son choix. Il avait fait le bon choix et n'en doutait plus à présent. Lorsque John avait été retrouvé par ses collègues de la CIA, en particulier Mark Snow et qu'il avait été blessé, Harold n'avait pas hésité à lui venir en aide, se précipitant sur les lieux et allant à sa rescousse. Le premier gros contact s'était fait à ce moment. Leurs corps avaient été tellement proches que Finch avait pu sentir l'eau de toilette, le gel, les muscles de l'agent. Mais aussi son cœur battre. Dans l'élan, Carter avait brisé cet instant en pointant une arme sur eux. Mais John n'avait pas réagit car il avait su qu'elle aurait été incapable de tirer sur eux. Et c'est ce qui s'était produit. Elle avait rangé son arme et l'avait aidé à s'installer dans la voiture. Puis Harold avait accéléré pour l'emmener vers l'hôpital le plus proche.

Je vous fais confiance Harold.

John avait prononcé ces mots alors qu'il était souffrant. Nerveux, Finch avait parcouru le trajet en un temps record. Puis il avait changé quelques détails de son apparence, prenant un sac dans son coffre et avait été cherché un brancard à l'intérieur. Il avait aidé John à s'installer dessus et l'avait recouvert d'un drap. John n'était pas censé être vivant et lui non plus. Alors il avait rusé et avait demandé à un chirurgien réputé dans son pays d'origine mais non reconnu à New York, de faire le nécessaire, en lui donnant une somme d'argent conséquente.

A partir de là, tout avait évolué. John était plus proche de Harold, tout comme l'inverse. Chacun s'inquiétait pour l'autre. Ensemble, ils formaient un duo de choc, sauvant miraculeusement chacun des numéros les uns après les autres. S'ils avaient du passer par le numéro d'un bébé dénommé Leïla, à une usurpatrice d'identité qui avait drogué Finch, à une jeune femme menacé par son mari, ce qui avait ravivé de mauvais souvenirs chez John, ils étaient restés soudés. Puis Harold s'était fait kidnapper par cette femme. John avait paniqué et s'était mit à sa recherche, se lançant corps et âme dans la poursuite. Il avait demandé de l'aide à Carter car il avait confiance en elle.

A Fusco, il avait confié la garde d'un malinois qu'il avait arraché des mains d'un homme douteux. En quelques jours, il l'avait retrouvé après avoir longuement voyagé. Il avait accouru à la gare que Finch lui avait secrètement indiquée à travers un code secret, laissé en évidence sur son lieu de détention. Son cœur avait bondi lorsqu'il l'avait entrevu puis quand Root avait dégainé l'arme pour tenter de tuer un des agents de la gare. Finch avait bondi de son fauteuil et l'avait repoussé. Si John avait été surpris de l'initiative de son patron, il s'était aussitôt précipité sur lui en le voyant tomber lourdement au sol, Root prenant la fuite. En quelques pas, il avait été à ses côtés, vérifiant l'absence de blessures. Puis ils avaient quitté les lieux pour revenir à New York.

John avait du être patient suite à cet enlèvement qui avait traumatisé Finch. Il lui avait laissé Bear, ce chien qu'il avait l'intention d'offrir à son patron. Finch avait eu des moments de panique mais avait finit par accepter de prendre un verre avec lui.

Cela doit vraiment être de la bière ?

Harold avait vu le sourire de John à cet instant. Malgré sa peur, ses craintes, son traumatisme, il se sentait en sécurité avec l'agent. Ils avaient passé une bonne partie de la soirée à siroter quelques verres de bon Whisky. John avait essayé de faire parler Harold mais il avait eu du mal. Finch restait fermé et n'avait répondu que brièvement à la plupart de ses questions.

Mais personne n'avait pu prédire ce qui allait arriver. John s'était retrouvé à nouveau traqué, piégé par son ancienne équipière de la CIA. Il avait failli perdre la vie avec cette bombe posée sur lui, mais Finch, tel un ange, s'était précipité à sa rescousse pour le sauver de quelques secondes. Sameen Shaw avait intégré l'équipe et Root, cette folle femme qui avait enlevé Finch avait également trouvé sa place avec eux. Carter était morte dans les bras de Reese, ce qui l'avait réduit de nouveau à néant. Finch avait assisté, impuissant à la détresse de son partenaire. John avait prit la fuite pour tenter d'atténuer sa douleur et prenant un vol en direction de l'Italie. Le destin en avait décidé autrement. La machine avait fait appel à l'agent pour lui confier une mission. John dans un premier temps avait cru que son patron était mêlé à cette histoire mais il avait rapidement réalisé que non.

S'il n'avait jusqu'à ce moment été confronté qu'à des numéros non pertinents, celui-ci s'était avéré pertinent. Avec l'aide de Finch, il était parvenu à sauver cet homme mais pas seulement. Finch avait sauvé l'avion lui-même, en prenant le contrôle de l'appareil et en réussissant un atterrissage brutal sur une des nombreuses pistes de l'aéroport de Rome. Suite à cela, il avait retrouvé son patron à la terrasse d'un café. Il n'avait pas été étonné de le voir là. Harold s'était ouvert et lui avait parlé de son amour pour cette ville. Mais quand John lui avait annoncé son retour, l'informaticien n'avait pas pu s'empêcher de sourire, ravi. Ils avaient passé leur journée dans la ville, allant voir Gianni pour le nouveau costume que John souhaitait. Puis ils avaient visité quelques expositions. Harold avait expliqué à son agent certains détails des œuvres d'arts. Ils avaient dormi à l'hôtel, dans la même chambre mais pas dans le même lit.

Ensuite ils avaient reprit leur routine : les missions. C'est à ce moment que tout s'était gâté. L'arrivée d'une nouvelle intelligence artificielle avait mit toute l'équipe en danger. Finch avait du faire face au créateur de l'autre entité : Greer. Leurs échanges avaient été plus que froids, non cordiaux. Si Greer voulait partager, Finch refusait de dire quoi que ce soit, se barricadant, se protégeant lui-même et ses agents. Devant les non-réponses de l'informaticien, Greer avait ordonné son exécution. Il s'était prit une balle dans l'épaule au moment où un autre coup de feu avait retenti, touchant le coude de l'homme qui avait tiré sur lui. John avait fait son apparition et l'avait sorti de là.

En trois ans, ce fut la première fois qu'il ouvrait sa chemise pour laisser son agent observer sa plaie à l'épaule. John était délicat et prenait garde à ne pas le brusquer. Il avait retiré la balle qui s'était logée dans l'épaule et avait nettoyé la plaie en surface. Alors que Finch remettait sa cravate et que John lui glissait sa veste sur son dos, le téléphone avait retenti. Ils apprirent la mauvaise nouvelle, concernant leurs identités et leur opération secrète. Ils avaient du quitter les lieux précipitamment. Finch avait effacé son système, John avait récupéré ses armes puis ils s'étaient séparés, chacun prenant sa voie, chacun se dirigeant vers une autre fausse vie …

Trois ans après le début de leur partenariat, Harold n'aurait pas cru un seul instant que sa vie aurait été de nouveau en danger. Il avait veillé à faire attention dans ses identités mais il avait conscience qu'il ne pouvait pas rivaliser contre une autre intelligence artificielle beaucoup plus évoluée que sa machine. Il devait encore se cacher et cette fois-ci, loin de John. Loin de cet homme qui le faisait se sentir bien. Loin de son sourire, loin de ses taquineries. Il était dévasté. Il devait prendre de nouvelles habitudes, faire attention à certains détails, ne pas mener de recherches sur un réseau qu'il n'aurait pas confectionné, ne pas appeler ses anciens coéquipiers par leurs noms. Il avait leurs numéros et pouvait les contacter. Mais une relation entre un professeur, un agent de police et une vendeuse de produits cosmétiques aurait de quoi attirer l'attention de Samaritain.

A nouveau seul, il était figé devant la fenêtre de son petit appartement de fonction. Il vivait dans un trois pièces et ne pouvait plus piocher dans ses comptes de milliardaire. Il était réduit et n'avait pas beaucoup de ressources. Levant les yeux vers la pleine lune dégagée, il ne put empêcher une larme de couler. Une fois de plus, il était solitaire. John lui avait redonné la sociabilité qui lui manquait. Mais maintenant qu'il ne pouvait plus l'approcher tranquillement, tout était différent. Comme s'il n'était qu'un oiseau avec une seule aile. John l'avait aidé sans le savoir. Fermant les yeux, il laissa sa peine s'exprimer et s'assit sur le bord de son lit. Bear, qui avait sentit la tristesse de son maître, s'était approché de lui et avait posé sa petite tête sur sa cuisse, gémissant.

-Toi aussi il te manque ? Murmura-t-il.

Bear donna un petit coup de tête, comme pour approuver. Finch soupira puis ouvrit le tiroir de sa table de chevet, attrapa un morceau de tissu. Il le fit glisser entre ses doigts et sa gorge se serra. Ce tissu, le nœud papillon que Reese avait mit à cette soirée. Qu'il avait eu du mal à nouer, agacé. Chaque fois que l'informaticien se sentait loin de lui, il prenait le tissu, le touchait, le contemplait longuement, comme s'il espérait revoir John un jour. Son téléphone, posé sur la table de nuit, s'alluma. Harold tourna la tête pour lire le nom de l'appelant : John.

A suivre...