Tout bien considéré, ce n'était pas, pour lui, la meilleure façon de se réveiller. Les produits à effet narcotique n'étaient rien de plus qu'un rappel du temps passé avec Tobias Hankel, et de la faiblesse l'ayant amenée à reprendre, de son plein gré, les mêmes drogues que celles auparavant injectées de force dans ses veines. Cette sensation qui l'emprisonnait, de lourdeur, d'être sonné, le terrifia au plus haut point alors qu'il commençait à se demander s'il avait jamais quitté la cabane d'Hankel.
- Je crois qu'il se réveille, dit une voix familière, mais non-menaçante et féminine.
Ce n'était définitivement pas la voix de Tobias, et en cet instant, ce fut suffisant pour le calmer.
Désormais rassuré, il remarqua d'autres sons dont il n'avait pas encore eu conscience. Il y avait d'autres personnes dans la pièce, certaines debout, d'autres assises sur des chaises ; et des bips, aussi. Des bips incessants, et pourtant rassurants. Il se trouvait à l'hôpital.
En comprenant cela, les souvenirs de Southside City Bank et de Miles Masterson affluèrent dans sa mémoire, comme si un barrage avait soudainement cédé. Il entendit distinctement les bips accélérer.
- Reid, fit une voix en pénétrant ses pensées embrumées. Tu es avec nous ? Allez, gamin. Réveille-toi.
Il s'agissait, sans le moindre doute, de Derek Morgan. Cela signifiait-il que le reste de l'équipe était là aussi ? Il se souvenait parfaitement du moment où on lui avait tiré dessus alors qu'ils regardaient tous, persuadés qu'il allait mourir. Mais ce n'était pas le cas, et à présent, ils devaient sûrement le savoir… ?
- Ouvre les yeux, Reid.
Cette fois, la voix de Morgan sonna un peu plus anxieuse. En tout cas, ce fut suffisant pour le motiver à au moins essayer de lui obéir. Cela s'avéra cependant difficile ; ses paupières semblaient tellement lourdes. Il commença en bougeant simplement les yeux sous ses paupières fermées, puis passa à l'étape suivante et essaya de les ouvrir, sans parvenir à un meilleur résultat que des clignements d'œil incessants.
- C'est ça mec, allez, l'encouragea à nouveau Morgan, remarquant visiblement qu'il se battait pour réussir à ouvrir les yeux.
Finalement, il parvint à les ouvrir suffisamment pour pouvoir regarder autour de lui. Il dû alors les refermer à nouveau, puis les rouvrit. Directement face à lui, comme il s'y attendait, se tenait Morgan. Derrière lui, Garcia. Et à coté, assis dans le fauteuil, leur chef, Hotch. Il n'aurait sincèrement pas pu être plus heureux de les voir. Bien sûr, voir l'équipe complète aurait été bien, mais Reid doutait que six personnes à la fois soient autorisées dans la petite chambre, alors il pouvait se contenter de n'en voir que trois.
- Et voilà ces si beaux yeux, s'exclama Garcia avec un grand sourire en s'avançant à coté de Morgan.
- Hey ho, rétorqua Morgan avant de se tourner vers elle, souriant comme un gamin. Ce n'est pas parce qu'il est dans un lit d'hôpital qu'il a droit à tous les compliments.
- La ferme, toi, contra malicieusement Garcia.
Puis, elle se retourna vers Reid, qui s'amusait de les voir ainsi plaisanter.
- Comment te sens-tu ?
Reid essaya de dire quelque chose, mais il ne parvint qu'à émettre un grognement rauque. Cela le fit tousser plusieurs fois, et il réalisa alors qu'il avait été sous respirateur. Et, à en juger par le goût présent dans sa bouche et la sécheresse de sa gorge, l'appareil n'avait pas été retiré très longtemps auparavant. Par chance, alors que son cerveau hurlait pour un peu d'eau, un verre apparut juste devant lui. Il regarda Hotch avec gratitude et le laissa l'aider à le boire. Une fois que le verre fut vide et sa gorge moins douloureuse, Reid essaya à nouveau de parler.
- V'bien, s'étrangla-t-il.
Il toussa encore un peu, mais lorsque ce fut terminé, il se sentit bien mieux.
- Mieux, je crois. Que… que s'est-il passé, exactement ?
Une question appropriée, car après le voyage en ambulance, Reid n'avait que de vagues souvenirs de lumières, de murmures, parmi d'autres choses où il ne pouvait différencier délire et réalité. Il savait qu'il avait reçu une balle dans l'épaule, mais en dehors de cela, il ne pouvait faire que des suppositions.
- Tu as été amené directement en chirurgie, où ils ont retiré la balle, et réduit la pression causée sur ton poumon par le ricochet de la balle, expliqua Hotch, allant droit au but. Le médecin a dit que tant que tu suivais la thérapie qui t'étais recommandée, tu retrouverais entièrement l'usage de ton bras.
- C'est une bonne nouvelle, sourit Reid.
Tout le monde sembla d'accord sur ce point, et tandis que le silence tombait, Reid sentait qu'il y avait d'autres choses qu'ils auraient aimé dire.
- Depuis combien de temps suis-je ici ?
- Cela fait presque une journée, maintenant, répondit Morgan.
Une journée ? Reid n'avait absolument aucun moyen de reconstituer ce dernier jour, et cela l'inquiétait.
- Et pour Masterson ? Est-ce que tout le monde va bien ?
- Ils sont tous en vie, confirma Hotch en le regardant très sérieusement. Tu as vraiment fait un travail remarquable, là-bas. J'imagine que tu sais que nous nous apprêtions à suivre le scénario de perte minimale, n'est-ce pas ?
Reid essaya tant bien que mal de simuler un haussement d'épaule par le regard. Bien qu'il soit évidemment fier de se dire qu'il avait joué un rôle, petit ou grand, dans le fait que tout le monde s'en soit sorti sain et sauf, il restait l'impression sournoise, au fond de lui, qu'il aurait pu y parvenir d'une autre manière. D'une manière qui n'aurait pas à ce point blessé son équipe.
- Miles Masterson a été soigné pour une blessure à la tête, ajouta Garcia, complétant les trous laissés par Hotch. Et, de ce que j'ai compris, il a été placé ensuite en garde à vue. Il va aller en prison, mon chéri.
Reid sourit également à cette nouvelle. Il était heureux que Masterson ait été enfermé, et non enterré. Il ne savait pas vraiment ce qui était arrivé à Miles, seulement que Jim l'avait mis hors jeu d'une manière ou d'une autre. Reid l'avait vu respirer, mais il ne s'était pas réveillé depuis, alors pour ce qu'il en savait, il aurait très bien pu finir par mourir. Apprendre que même lui était toujours vivant le faisait se sentir mieux. Tout le monde était en vie.
- Il faut qu'on prévienne les médecins que tu t'es réveillé, lui apprit Hotch en se levant, puis il se tourna pour faire face à Morgan et Garcia. On reviendra après.
- On revient vite, gamin, dit Morgan en se dirigeant vers la porte.
- On sera juste là, dehors, ajouta Garcia avec un sourire affectueux.
Reid les suivit du regard tandis qu'ils quittaient la pièce ; puis, le médecin entra. Il ne se préoccupait pas tellement de son propre état de santé, trop soulagé de voir son équipe, et d'avoir constaté qu'ils ne lui en voulaient pas. Bien sûr, ils ne connaissaient toujours pas les détails, mais cela viendrait en son temps. Pour l'instant, il voulait juste que le médecin dise ce qu'il avait à dire. D'ailleurs, celui-ci, avec son expression sérieuse et sa manière d'aller droit au but, lui rappelait beaucoup Hotch.
- Docteur Reid, commença-t-il, lisant en diagonale les tableaux de son porte-bloc. Vos fonctions vitales ont l'air plutôt bonnes désormais, et il est certain que vous vous en remettrez complètement. Vous allez certainement devoir passer pas mal de temps en rééducation pour votre épaule, et ils seront mieux placés que moi pour vous donner une estimation du temps que vous allez y passer. Dans l'ensemble, vous avez de la chance. Nous allons vous garder encore une nuit de plus pour observer l'évolution de votre poumon, et nous assurer qu'il fonctionne correctement, mais après, vous serez libre de partir.
- Merci, répondit Reid en essayant de trouver une meilleure position.
- C'est normal. Maintenant, en ce qui concerne les visites, tant que cela vous convient, toute votre équipe peut venir vous voir. Jusqu'ici ils se sont relayés, et j'imagine que ce sera plus simple pour vous d'avoir la possibilité de leur parler à tous en même temps. Cela n'est pas vraiment autorisé par le protocole, mais je peux faire une exception ou deux.
Reid ne répondit pas aussitôt, tandis qu'il s'efforçait d'enregistrer tout ce que le médecin venait de lui dire. Il ne s'attendait pas à ce que tant de personnes soient autorisées à rester dans la chambre, et, pour cela, il était reconnaissant envers cet homme.
- Oui, ce sera génial, confirma-t-il finalement. Merci.
Le médecin acquiesça :
- Mais pas pour longtemps, vous avez toujours besoin de repos.
Il quitta alors la chambre, et Reid s'efforça de se mettre dans une position plus confortable avant que quelqu'un d'autre n'entre.
Il ne fallut que quelques minutes avant que la chambre soit à nouveau pleine. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant toutes ces personnes auxquelles il tenait tant entrer et trouver leur place dans la chambre. Il avait tellement eu envie de tous les revoir, et enfin, c'était possible.
- Qu'a dit le docteur ? demanda Rossi après qu'ils l'aient tous silencieusement salués.
- Je vais pouvoir partir demain.
A nouveau, Reid eut un sourire. Aussi grand son amour pour l'Etat du Soleil soit-il, il lui tardait tout de même de rentrer chez lui, à Quantico.
- Génial, s'exclama Morgan, cela laisse une chance au reste d'entre nous d'aller à Disney World.
Les autres rirent à cette déclaration, y compris Reid, amusé par l'image mentale du groupe de profileurs dans les tasses tournantes.
- Comment te sens-tu, Spence ? demanda JJ en venant se mettre juste à coté de son lit.
Reid se souvint soudain du trajet en ambulance, de tout le réconfort qu'elle lui avait apporté. Il lui en fut infiniment reconnaissant.
- Hum, plutôt bien, en fait.
Ce n'était pas vraiment un mensonge. Il était plutôt sûr que cela lui faisait en effet énormément de bien de les voir tous. Et bien que sa poitrine reste douloureuse, et son corps engourdi, plein de courbatures, il parvenait néanmoins très bien à passer outre pour le moment.
Il entendit de nombreux murmures de soulagement. Malgré cela, Reid sentait qu'ils auraient aimé savoir ce qui s'était passé dans la banque. Il ne leur en voulait pas et, en fait, cela ne le dérangeait pas de leur en parler.
- J'imagine que vous êtes tous curieux de savoir ce qui s'est passé, hein ?
Ils se regardèrent les uns les autres, visiblement pris au dépourvu. Il était cependant évident qu'ils voulaient savoir, alors pourquoi pas maintenant, pendant qu'ils étaient tous réunis ?
- Oui, céda la première Emily. On aimerait bien, si ça ne te dérange pas d'en parler.
Reid acquiesça afin de leur faire comprendre que non, cela ne l'ennuyait pas du tout, et il commença à expliquer :
- Je savais que quoi qu'il arrive, il finirait par vouloir tuer quelqu'un pour accélérer un peu les choses, alors je lui en ai parlé dès le début et l'ait convaincu de seulement vous faire croire qu'il y avait un mort.
- Et ce mort, c'était toi, compléta JJ.
- Oui, cela prouvait que j'étais prêt à respecter ma part du contrat.
- Et quel était ce contrat, exactement ? demanda Rossi, car il se posait la question depuis que Masterson lui avait renvoyé leur accord à la figure.
- Je l'aidais à s'en sortir tant qu'il ne faisait de mal à personne.
Reid se sentit soudain embarrassé, bien qu'il ne sache même pas vraiment pourquoi.
- C'était une décision très courageuse, déclara Emily.
Il sentit brusquement son visage le brûler.
- Vous auriez tous fait la même chose, contra-t-il.
- Alors, tu l'as persuadé de te tirer dessus et de te faire passer pour mort ? questionna Hotch.
Il acquiesça à nouveau :
- Je lui ai dit que ce qui importait, c'était que vous pensiez que j'étais mort. Mais qu'au cas où il se ferait tout de même prendre, le fait que je sois toujours en vie rendrait sa condamnation moins lourde.
- Bien vu, gamin, fit Morgan, bien que Reid puisse voir qu'il n'aimait toujours pas à cent pourcents cette idée. Mais la prochaine fois, essaye d'éviter de simuler ta propre mort.
Reid ne put que sourire, s'étant attendu à un commentaire de ce genre, et il haussa son épaule valide.
- Ce n'était qu'un pieux mensonge, Morgan, fit-il avec une moue moqueuse.
Après un petit moment de réflexion, le reste de l'équipe compris la plaisanterie et ils se mirent à rire.
- Ah oui ? releva Garcia avec un sourire. Alors je demande que l'agent spécial superviseur Spencer Reid ait dès à présent interdiction de faire des pieux mensonges.
Reid, tout comme les autres, rit à nouveau à cette déclaration, profitant intensément de l'instant présent. Il savait désormais qu'ils ne désapprouvaient pas sa décision, et également que, s'ils plaisantaient sur le fait qu'il lui soit interdit d'agir à nouveau de la sorte, c'est qu'en cet instant, ils en avaient besoin. Sans compter qu'il n'avait pas l'intention de se remettre dans une telle situation.
- Je pense que nous sommes tous d'accord avec cette proposition, ajouta Hotch en faisant durer la plaisanterie, à la grande surprise des autres. Maintenant, je pense qu'il est temps que tu te reposes un peu, afin que le vol de retour, demain, ne te sois pas trop insupportable.
Reid ne pouvait qu'être d'accord avec ceci, étant une fois de plus submergé par la fatigue.
- Repose-toi bien, Spence, lui dit JJ avant de partir.
- Ouais, je prendrais de tes nouvelles, ajouta Morgan.
- A plus tard…
- Guéris vite…
Reid hocha la tête en souriant à chaque vœux de rétablissement et chaque salutation, et regarda les membres de l'équipe sortir, jusqu'à ce que Hotch soit le seul dans la chambre. Reid le suivit du regard tandis qu'il s'approchait du lit et posait ses yeux sur lui.
- Je suis réellement très fier de toi, lui dit Hotch, prenant Reid complètement au dépourvu. Tu es parvenu à réaliser l'impossible en étant totalement seul, et rien que cela, c'est particulièrement honorable.
- Je vous remercie, souffla-t-il, sous le choc de recevoir de tels compliments, qu'il savait sincères.
Ce n'était pas tant qu'Hotch soit incapable d'en faire, mais il exprimait rarement des sentiments de ce genre à haute voix.
Le chef d'équipe hocha la tête et se dirigea vers la porte. Toutefois, avant d'y arriver, il s'arrêta :
- Néanmoins, je pourrais faire sans tes pieux mensonges, si tu penses que c'est possible.
Reid vit alors le début d'un des remarquablement rares sourires de Hotch, et il se sentit mieux qu'il ne l'avait été depuis longtemps.
Il se sentait enfin en paix avec lui-même concernant les choix faits dans la banque.
- Plus de pieux mensonge, promit Reid avec un sourire.
Hotch acquiesça, et sortit de la chambre pour rejoindre le reste de l'équipe. Reid s'enfonça alors davantage dans les oreillers, et, juste avant que le sommeil n'ait raison de lui, il prit conscience que tout allait très bien.
Et voilà la fin de cette histoire. J'espère qu'elle vous a plu, et toujours un grand, grand merci à tous ceux qui mettent l'histoire ou mon profil en favori ou en suivi, et/ou qui prennent le temps de mettre des reviews. C'est extrêmement encourageant.
En ce qui concerne les publications suivantes, je commencerai lundi à publier une traduction de 5 chapitres, History.
Merci d'avoir lu jusqu'ici, et à très bientôt !
Miss Homme Enceinte 2, Guest, TheLandOfRisingSun, merci beaucoup pour vos reviews et vos encouragements, c'est vraiment très motivant ! A très vite j'espère ^^
