Sans doute mon premier Hurt/Comfort dans ce fandom. Un peu angsty, aussi, j'aime bien.

Bonne lecture !


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Cauchemar

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Du sang. Partout sur le pont, dans les cabines, dans les cuisines, dans la salle du restaurant… Les traces d'un assaut dont l'objectif était limpide : piller, et faire le plus de victimes possible. À terre, les cuisiniers gisent dans leur sang, de longues lames effilées encore à la main. Mais ils n'ont pas eu le temps de s'en servir.

Ils ont eu le vieux schnock aussi ; une expression de stupéfaction est restée figée sur ses traits, comme si la mort l'avait pris par surprise.

Il n'y a aucun survivant. Le Baratie n'est plus qu'une épave vouée à errer au gré des flots d'East Blue…

Sanji pousse un cri rauque et se redresse vivement sur sa couche.

Pendant un instant, seul le bruit de sa respiration haletante résonne dans la pièce. Il porte une main tremblante à son front, la fait lentement descendre de ses arcades à son menton pour essuyer la sueur qui le perle. Il est réveillé, mais… Son bras se tend nerveusement, comme indépendamment de sa volonté, et ses doigts rencontrent un poignet. Contact rassurant d'un camarade assoupi non loin de lui. Il se détend un peu.

L'instant de soulagement passé, Sanji grogne quand il s'aperçoit que c'est le poignet de Zoro qu'il serre. Il relâche aussitôt ce dernier et se retourne dans son matelas.

Zoro a très légèrement ouvert les yeux au contact moite, qu'il a ressenti comme suffisamment paniqué pour le tirer de son sommeil ; mais alors qu'il va protester, le blond a déjà libéré sa poigne. Penaud, il feint de n'avoir rien senti et demeure dans sa position, couché sur le côté et dos tourné au coq. Quelques secondes après, sa voix sourde et calme s'élève brièvement :

– On a fait un cauchemar, Prince ?

– Quoi, tu ne dors pas ?

Le ton de Sanji trahit à la fois une irritation et une certaine gêne. Le bretteur préfère éluder sa question.

– Ils vont bien.

– Pff, qu'est-ce que tu…

– Tu as peur pour eux, n'est-ce pas ? Les gars du Bar-à-riz.

– C'est Baratie, le nom…

Sanji se met en position assise, incapable de replonger dans un sommeil immédiat. Il se sent encore trop imprégné de son rêve porteur de désespoir pour le garder pour lui. L'expression glacée de Zeff ne le laissera pas tranquille, de toute façon. Il fixe le sol sans le voir et serre convulsivement ses mains, tandis que des images du massacre onirique hantent encore son esprit.

– Cette bande de blaireaux… Si jamais il leur est arrivé quoi que ce soit… Jamais je…

– On aurait accouru.

Le coq lui jette un regard interloqué. Leur caravelle vogue actuellement sur Grand Line, en direction de Little Garden selon les dires de cette femme de Baroque Works qui avait surgi de nulle part sur le Merry. Le Baratie, lui, bourlingue toujours sur East Blue… Sanji se demande si Zoro n'a à ce point aucun sens de l'orientation ni aucune notion de l'espace pour réaliser la distance qui sépare les deux vaisseaux. L'épéiste répond à sa question muette :

– Tu connais Luffy, il n'hésiterait pas une seconde à faire demi-tour si quelque chose se produisait.

Le blond ne dit rien, pensif. Oui, Luffy est sûrement le genre de capitaine assez cinglé pour faire ça, mais même lui, que pourrait-il changer si, une fois sur les lieux, son rêve était devenu réalité ? Est-ce qu'ils ne feraient pas mieux de continuer leur route sans se retourner ? Sanji réprime un frisson désagréable, s'en voulant d'avoir des réflexions si lâches. Mais il ne veut pas expérimenter le désarroi, l'impuissance, le regret d'être parti, d'avoir choisi son aventure au détriment de la protection du Baratie. En devenant pirate, il n'avait pas réalisé qu'il se tracasserait tant pour cette vieille patate flétrie et les autres coqs avec lesquels il avait si souvent été en conflit.

L'escrimeur pousse un soupir discret avant de refermer les yeux.

– S'il s'était passé quelque chose de grave, on serait forcément au courant. Nami l'aurait appris dans ses journaux… Ils vont bien, répète-t-il avec fermeté.

Doucement, la conviction dans sa voix opère. Sanji bougonne en se recouchant, dos au spadassin.

– Évidemment qu'ils vont bien !

Et Zoro sourit.