Disclaimer et rating : cf. prologue

Sammy : merci pour ta review ! Pour les couples, tu verras bien, même si tu n'ignores pas où va ma préférence.

Chapitre 10

L'Hirondelle

Elizabeth vit d'un œil morne Will s'approcher du mât de misaine contre lequel elle se tenait. Ils ne s'étaient plus adressé la parole depuis que l'Aurore avait appareillé, hormis pour des détails techniques quant à la manœuvre du sloop. À présent que Norrington avait disparu dans la cabine prendre du repos, Will paraissait s'être suffisamment enhardi pour se lancer dans une conversation sérieuse.

« Elizabeth, je suis navré. Je ne comprends pas ce qui se passe depuis que nous sommes réunis, nous devrions être heureux, et pourtant…

– Je sais. Je crois que je ressens la même chose.

– Je suis désolé d'avoir paru si méfiant quant à ta conduite et ce… ce mariage. Mais cela me semble déjà si extraordinaire que nous ayons pu être fiancés. Je ne pouvais pas croire en ma chance, et de voir tout cela m'échapper… Cela n'a fait que confirmer mes craintes. »

Elizabeth se sentit désolée pour Will. Jack avait raison, c'était un gentil garçon. Toujours le même gentil garçon, après toutes ces années, mais elle devait lui poser la question.

« Dis-moi, Will, si tout ceci n'était jamais arrivé, si mon oncle n'était pas entré ainsi dans notre vie, et si nous avions pu nous marier comme prévu, quelle genre de vie mènerions-nous ? »

Will parut surpris.

« Eh bien, je ne sais pas, je serais forgeron, bien sûr. Avec mon talent et l'appui de ton père, j'aurais pu agrandir mon commerce, m'enrichir, et… t'offrir le train de vie que tu mérites.

– Je vois. Mais si ce n'était pas cela que je voulais ? Si ce n'était pas le confort en premier lieu qui m'attirait, ni être choyée comme j'en ai eu l'habitude dans mon enfance ? Tu sais que j'ai toujours rêvé d'une vie d'aventure.

– Si c'est ce que tu aurais voulu, je serais allé jusqu'à me faire pirate, tu le sais bien ! répondit Will avec enthousiasme.

– Oui, je le sais, soupira Elizabeth. Mais est-ce également la vie que tu aurais souhaitée toi-même ?

– Non, bien sûr, mais qu'importe ? »

La jeune femme se leva, prétextant avoir vu le Pearl au loin leur faire des signaux. C'était totalement faux, mais cela lui permis de s'éloigner un instant de Will pour chercher la longue vue, la laissant à ses réflexions.

C'était bien ce qu'elle craignait, la réponse aux interrogations qu'elle n'avait cessé de retourner dans sa tête depuis leur visite chez Tia Dalma. Elle avait cru qu'elle épouserait un flibustier sans peur, le jour où il s'était déclaré à elle avant de faire évader Sparrow de façon si romanesque. Il avait semblé à la hauteur de ses rêves, alors, mais ce n'était qu'une illusion.

Qu'on l'y force, et Will pouvait accomplir bien des exploits. Il était courageux, téméraire, même, mais de lui-même, il n'aspirait qu'à une vie tranquille, bourgeoise. Elizabeth serait tombée de haut si elle l'avait épousé. L'aurait-elle alors contraint à abandonner sa forge et tout ce qu'il aurait réussi à bâtir pour leur faire mener à tous deux une folle vie d'aventures en mer ?

Non, c'était grotesque. Cela ressemblait à un de leurs jeux quand ils avaient douze ans, et qu'Elizabeth leur inventait des rôles que Will n'endossait que pour lui faire plaisir. Norrington avait accusé la fillette de traiter son ami comme un domestique à l'époque, et Elizabeth s'en était défendue, mais il n'avait pas eu tort. Pire, plusieurs années après, ils en étaient presqu'au même point.

Ce qui l'amenait à penser à Norrington, ce qui la réjouissait encore moins. Lui aussi était différent de ce qu'elle avait pensé. Si Will était toujours un garçon bien sage sous ses dehors de pirate au grand cœur, James s'était révélé bien plus intéressant et distrayant une fois qu'il avait laissé tomber son masque officiel de commodore. Il lui avait proposé une vie indépendante, ou de le suivre en mer, comme elle l'entendait. Ce n'était évidemment pas une vie de pirate, mais pas non plus la vie ennuyeuse d'une épouse soumise qu'elle avait imaginé qu'elle suivrait à ses côtés. Se pouvait-il qu'elle se soit trompée sur toute la ligne ?

Malgré tout, ce n'était pas seulement une question de juger quel homme lui offrirait la meilleure vie possible. Elle avait toujours aimé Will, et c'était encore le cas maintenant. Elle appréciait Norrington, à sa façon, mais il ne la troublait pas comme Will. Non, cela aussi, c'était faux. Elle n'avait pas voulu l'avouer, mais ses sentiments pour le commodore avaient également évolué durant ce court voyage. Elle éprouvait bien plus que du respect pour lui.

« Elizabeth, retentit la voix de Will au-dessus d'elle, tu as trouvé la longue-vue ? Cela fait cinq bonnes minutes que le Black Pearl envoie des pavillons sans que je distingue exactement de quoi il s'agit ! »

Avec un juron, elle émergea sur le pont, lunette en main, et s'aperçut que Norrington avait rejoint Will. Sans les potions de Tia, il paraissait beaucoup moins robuste mais il était définitivement hors de danger.

« Je ne comprends pas un mot de ce qu'il raconte, grogna Will après avoir collé son œil à la longue-vue. C'est bien joli de parler par code, mais si Jack ne pense pas à nous le communiquer d'abord, ça ne sert pas à grand-chose !

– Permettez », intervint Norrington en tendant la main vers la lunette que Will lui remit, dubitatif.

Elizabeth dût aider Norrington à tenir la longue-vue bien droite tandis qu'il la braquait sur le navire pirate.

« C'est bien ce que je pensais, il s'agit d'un vieux code abandonné depuis longtemps par la Navy. Gibbs devait s'en souvenir. Mr Turner, faîtes l'aperçu, s'il vous plait. Visiblement, ils ont retrouvé l'Hirondelle ! »

Il fallut un peu de temps pour que l'Aurore arrive à la hauteur du Black Pearl, et encore davantage pour distinguer l'épave échouée sur un minuscule îlot désertique, qui devait être totalement submergé à marée haute.

« Comme d'habitude, on pouvait se fier à Tia ! fit Jack avec satisfaction depuis la dunette de son navire. Les canots à la mer, qu'on puisse examiner ce petit bijou de plus près ! »

Norrington resta sur l'Aurore à les observer tandis que Will et Elizabeth allaient rejoindre l'équipage du Pearl dans leur exploration.

« Il doit craindre que les hommes de Jack ne lui fauchent son sloop encore une fois s'il ne monte pas la garde, fit Will en riant tandis qu'il ramait avec vigueur vers l'Hirondelle.

Ce n'était qu'une remarque innocente, mais elle piqua Elizabeth au vif.

« Il ne veut pas nous encombrer, voilà tout. Il ne peut pas ramer, et il ne va pas non plus barboter dans cette épave à moitié immergée avec un seul bras.

– Je ne faisais que plaisanter, s'excusa Will. Il a raison de rester en arrière. Mais ça doit être horrible pour lui, le pauvre. Il va devoir tout réapprendre, y compris à manier l'épée. Il ne peut plus te protéger, maintenant, ce serait plutôt l'inverse.

– Tu penses que je veux me marier pour être protégée ?

– Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, je…

– Quand les tourtereaux auront fini de se prendre le bec, fit la voix de Jack à quelques centimètres, peut-être pourrons-nous passer aux choses sérieuses ? »

Confus, ils s'aperçurent qu'ils avaient rejoint la barque des pirates. Pénétrer dans l'épave n'eut rien d'une partie de plaisir, mais ils finirent par se frayer un chemin, de l'eau jusqu'aux genoux, jusqu'à la cabine en ruine du capitaine.

« C'est là qu'on a le plus de chance de trouver l'Outre, affirma Jack, et je ne serais pas fâché d'en finir vite, la nuit va bientôt tomber.

– À quoi ressemble-t-elle, exactement ? Ce n'est sans doute pas la seule outre à bord de ce navire, et si l'on en croit la mythologie, ce ne serait pas très judicieux de l'ouvrir histoire de voir si elle renferme du rhum ou tous les vents de la création n'attendant qu'à se déchaîner, remarqua Will.

– Tout juste, mon garçon. Pour commencer, l'Outre est une boîte.

– Ce n'est pas une outre ? Homère parlait bien d'une outre, non ? D'où le nom.

– Homère n'a raconté qu'une version de la légende, tu penses bien que ce n'est pas l'exacte vérité ! Une boite de cette taille environ – Jack en mima les dimensions avec les mains – en bois d'olivier, avec de jolis motifs. »

Ils examinèrent soigneusement la grande cabine, jusqu'à ce que Will, qui venait de forcer la serrure d'une malle, en retire un objet correspondant à la description de Jack avec un cri de triomphe.

« Ça ne peut être que ça ! dit-il avec satisfaction. Tu n'as plus qu'à la ramener à ce capitaine Teague, Jack ! Si Ebenezer Swann découvre jamais cette épave, il sera de toute façon arrivé trop tard ! »

Des hurlements aigus déchirèrent la nuit qui était tombée entretemps et les membres de l'expédition, alarmés, se pressèrent sur le pont. Un essaim de volatiles se détachait dans le clair de lune et fondait sur les trois navires au-dessous d'eux avec des cris perçants.

Elizabeth pensa tout d'abord qu'il s'agissait encore de sirènes avant de réaliser que les hommes autour d'elle n'étaient absolument pas sous leur charme, mais tout aussi effrayés qu'elle. Ce qui constituait un progrès, mais n'était pas suffisamment rassurant.

« Des harpies ! souffla Jack. La partie était trop facile sans quelques monstres pour mettre du piment, comme d'habitude. »

Pui,s se reprenant, il lança des ordres à ses hommes, qui se regroupèrent autour de Will et de la boite, leurs pistolets pointés vers les créatures.

« C'est l'Outre qu'elles veulent ! les prévint Jack, ne la perds pas, Will ! »

Sous un déluge de coups de feu, les harpies se précipitèrent vers eux. Le gros du vol était concentré sur l'Hirondelle, mais Elizabeth en vit se diriger vers le Black Pearl et non sans inquiétude, vers l'Aurore.

Plusieurs monstres, abattus en plein vol, se fracassèrent sur le pont mais le pirate à la gauche d'Elizabeth fut soulevé et emporté par une harpie, ses hurlements de terreur s'effaçant dans la nuit.

La jeune femme ne sut combien de temps le combat dura, mais elle eut l'impression de passer la nuit à repousser les harpies, aux pistolets d'abord, au sabre ensuite, récoltant de profondes griffures sur les avant-bras là où une créature avait refermé ses serres avant que Jack ne parvienne à la repousser.

Enfin, ils en vinrent à bout, et épuisés, contemplèrent le carnage.

« Regagnons nos navires, lâcha Jack, essoufflé. Will, passe-moi la boîte. Le Black Pearl est mieux armé en cas d'attaque. »

Non sans un regard méfiant, Will se plia à sa requête et remit l'Outre au pirate. Elizabeth, de son côté, n'accordait que peu d'importance à l'artefact mythologique. Les yeux braqués sur l'Aurore, elle essayait en vain de distinguer si Norrington était toujours à son bord, sain et sauf. Elle avait l'impression que Will ne ramerait jamais assez vite pour l'y ramener, et elle n'attendit pas de pouvoir grimper à l'échelle de coupée pour appeler son mari à pleine voix.

« Elizabeth ! Dieu merci, vous n'avez rien ! »

La tête échevelée de Norrington apparut par-dessus le bastingage.

« J'ai crains le pire, il y avait tellement de ces maudits oiseaux sur l'Hirondelle ! » lança-t-il en tendant la main vers Elizabeth pour l'aider à monter.

Déséquilibré par l'absence de son autre bras pour faire balancier, il manqua de s'écrouler sur le pont, où deux cadavres de harpies reposaient déjà.

« Vous les avez vaincues tout seul ? fit Elizabeth avec admiration.

– Il n'y avait que celles-là, les autres ont dû comprendre qu'il n'y avait pas grand-chose d'intéressant à bord. Mais vous êtes blessée.

– Ce n'est rien, je peux m'en occuper. J'ai été tellement inquiète de vous savoir ici sans renforts avec ces horreurs qui attaquaient. »

Malgré l'air modeste qu'il avait pris quand Elizabeth avait vu ses victimes sur le pont, Norrington ne pouvait dissimuler qu'il était très flatté de l'intérêt qu'elle lui portait. Will les rappela à la réalité bien vite :

« Si vous pouviez m'aider à passer ces choses à la baille quand vous aurez un peu de temps libre… » remarqua-t-il avec mauvaise humeur.

Continuant d'échanger des sourires, Elizabeth et Norrington s'empressèrent de le rejoindre.

À suivre.