Note de la traductrice : Bonjour, bonjour ! Et voilà un nouveau chapitre, un de ceux qui vous apprends des trucs de fou, qui vous donne envie de crier "OUI ! Tu es sur la bonne voie !", un de ceux qui redonne l'espoir, un espoir qui, comme l'indique le titre du prochain chapitre, "Brille au travers des larmes".
Une particularité dans ce chapitre, et qui va probablement en marquer plus d'un, sera le nombre de fois où l'on croise un certain mot (et croyez-moi, il me semble en avoir supprimé un ou deux), ce n'est pas du hasard évidemment, car tout ce passe près de cet élément dans ce chapitre, en tout cas si vous vous sentez de le compter pour me dire combien de fois il y est, allez-y !
Merci à tous pour vos reviews, je vais désormais pouvoir y répondre !
Comme d'habitude pour les fautes d'orthographe, et un petit merci spécial à Elizabeth Mary Holmes, qui me soutient toujours autant dans ses reviews =)
Toujours dédié à ReachingforHeaven.
Bonne lecture !
(1) signifie "à demi-voix".
(2) Je n'ai pas réussi à savoir de manière certaine qu'elle était le nom français de ce régiment (et je ne sais pas si c'est ce qu'on appelle régiment de renseignement). Mais si vous en savez plus sur le sujet, éclairez moi ! Est aussi appelé SSR.
Chapitre 11 : En toute confiance
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"En cette heure, je m'exprime en toute confiance,
Je ne pourrais pas dire ces choses à tout le monde, mais je te les dirai à toi."
– Walt Whitman
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Au bout d'un moment, je me ressaisis quand même et me relève. Chaque minutes passées de ces quelques derniers jours se répercutent jusque dans mes os, et avoir conduit longuement n'a pas amélioré la situation. Ce qu'il me faut; c'est une bonne tasse de thé bien chaud, ma réponse à tout lorsque je suis souffrant.
"- Thé ?" je demande, tout en remplissant la bouilloire, avant de la mettre en marche et de tendre le bras jusqu'au placard où se trouvent les tasses.
Sherlock se retrouve d'un seul coup juste derrière moi (quand est-ce qu'il s'est relevé ? Aussi silencieux qu'un chat sauvage). Il attrape les deux tasses pour me les donner, comme si je faisais un mètre de moins que lui, et non pas quelques malheureux centimètres. Enfoiré.
Puis je me fige, incapable de bouger ne serait-ce qu'un muscle, alors que son souffle caresse doucement ma nuque, et que je peux sentir la chaleur de son corps juste au dos du mien. M'immobiliser est tout ce que je peux faire pour ne pas me reculer et combler l'espace entre nous.
Je suis extrêmement tendu, les mains enserrées sur les rebords du comptoir, cherchant à me contrôler. La tête, pas le coeur, la tête, pas le coeur... De chaudes, et douces lèvres viennent cajoler mon oreille, et les mains de Sherlock saisissent délicatement mes bras, puis glissent vers l'intérieur jusqu'à pouvoir déployer de longs doigts sur mon torse. Je parviens finalement à faire sortir un son de ma gorge complètement sèche.
"Sh-Sherlock... qu'est-ce que..."
"- Mmmmm... John." il ronronne, de cette voix grave et veloutée, et mes orteils se replient, comme à chaque fois que je l'entends. J'en perds mon souffle et me retrouve à haleter.
"- Sherlock, je te l'ai dit, je ne suis pas prêt à –"
Les longs et fins doigts viennent s'appuyer légèrement contre mes lèvres afin de m'empêcher de parler. Cette voix magnifique, douce, murmure encore plus doucement à mon oreille.
"- Nous sommes surveillés, John." Un doux baiser est déposé juste sous mon oreille, puis il continue en un chuchotement à peine audible "... Je dois te parler de certaines choses – de mon plan – mais, je ne peux pas en parler à haute voix. Ceci n'est qu'un subterfuge."
Je ne bouge pas, cloué sur place, assimilant l'information. Le corps de Sherlock est désormais fermement pressé le long de mon dos, et sa chaleur ainsi que sa fermeté suffisent à faire taire mon cerveau. Un nouveau chuchotement me fait quelque peu revenir à moi.
"Tu es trop tendu, n'importe qui nous observant s'apercevra que quelque chose cloche. Mets-y du tien, John. Détends-toi."
Se détendre. Bien.
Je laisse ma tête se poser contre son épaule, la tournant vers lui, comme si je mordillais son cou et son oreille.
"- Sherlock..." je murmure d'un ton assez mordant à son oreille "... tu ne penses pas que c'est le type d'informations qu'il aurait mieux valu que je sache... oh, je ne sais pas... quelques heures plus tôt ? Ça ne t'a pas traversé l'esprit de me le dire lorsque nous étions dans la voiture, ensemble, durant cinq heures, ou alors pendant que nous étions toujours dans le Dartmoor ?"
"- Je ne l'ai su que quelques secondes avant que Mme Hudson ne monte." me chuchote Sherlock en retour, ses sourcils froncés formant une ligne au-dessus de son nez. "Et à ce moment-là, d'autres choses occupaient mon esprit, comme un plumeau, une table, et un sol étonnamment dur."
Il marque un point.
"- La surveillance." je demande à voix basse. "C'est Mycroft ? Je pensais que tu avais désactivé son équipement."
Sherlock souffle, irrité.
"- Mycroft est celui qui m'a signalé l'existence de cet équipement étranger. Sa tendance à jouer le grand frère protecteur a finalement servi à quelque chose. Il m'a téléphoné lorsque j'attendais que tu termines d'expliquer la situation à Mme Hudson. Apparemment, nos murs ont bien plus qu'une paire d'yeux et d'oreilles."
Quoi ? Je me recule un peu, tentant de croiser son regard. Son regard, transperçant comme un laser, rencontre le mien pendant un moment, et il hoche discrètement la tête en confirmation – puis il se penche en avant afin de s'emparer de mes lèvres.
Oh, mon, Dieu.
Ces lèvres chaudes, et douces, celles que j'ai si fortement et si longtemps désirées, glissent délicatement contre les miennes, je me retourne complètement vers lui et nous nous retrouvons dans les bras l'un de l'autre et nous sommes…
… sous surveillance.
Sherlock sent mon changement de posture et celui de ma respiration, alors que je reviens sur terre en un sursaut, me souvenant de ce petit détail incommodant, et il brise le baiser, me rapprochant comme si il embrassait mon oreille.
"Mycroft a envoyé une voiture qui nous récupérera dans une heure." La vibration de sa voix contre mon oreille me donne la chair de poule tout le long des bras. "Mme Hudson vient également. Nous irons et passerons la nuit en lieu sûr, et nous pourrons élaborer notre plan dans un environnement très sécurisé."
"- Comment sait-il que nous sommes sous surveillance ?" je marmonne à son oreille, prétendant y frotter mon nez. Ce n'est pas totalement pour de faux – je peux sentir cette odeur indescriptible, acidulée qui est juste tellement Sherlock, et il semble que je ne puisse pas résister à la tentation de la respirer profondément, d'enivrer mes sens du parfum de l'homme que j'aime.
"- Apparemment, l'appartement est sous surveillance constante depuis des mois, John." me souffle-t-il en réponse, tout en embrassant mon menton. "Moriarty nous observait, et nous pensons que les dispositifs de surveillance sont désormais contrôlés par Moran."
"- Mor- ?" je recule ma tête, déconcerté. Sherlock se penche précipitamment, saisit mon visage entre ses mains, et m'embrasse férocement, me faisant taire. Je me sens profondément confus, perdu entre la conversation à basse voix et les baisers, je lutte pour me détacher de Sherlock. Il me colle de nouveau contre lui, et me chuchote sèchement à l'oreille.
"- Ne sois pas stupide. Parle à voix basse, ils nous observent et nous écoutent en ce moment même !"
Affligé, je réalise que j'aurais pu tout faire tomber à l'eau.
"- Pardon." je marmonne dans les bouclettes de Sherlock.
"- Fais juste plus attention." il murmure, tout en resserrant ses bras autour de moi, sa manière silencieuse de s'excuser de la rudesse dont il a fait preuve. "Je peux t'en dire un peu plus avant que nous nous en allions, mais nous avons besoin d'un endroit un tout petit peu plus sûr." Ses lèvres posées contre ma nuque me rendent fou.
"- Où ?"
Sherlock me fait face, un large sourire factice aux lèvres.
"- J'ai bien cru que tu ne me le demanderais jamais." s'exclame-t-il bruyamment, tandis qu'il prend ma main, m'entraînant vers la chambre.
"- Quoi –?" je me stoppe net sur le pas de la porte, confus.
"- Tu as raison – ça fait bien trop longtemps." dit-il, en me poussant vers le lit impeccablement fait.
"- Sherlock, je ne suis vraiment pas prêt à..." je m'arrête peu à peu, lorsque je croise son regard, ce regard d'argent vif qui me dit ferme-la et joue le jeu, nom d'un chien. Je soupire et le laisse m'installer sur le bord du lit.
Ça ne m'aura certainement pas pris trop de temps avant de me retrouver de nouveau à laisser mon dégénéré de petit-ami me faire faire ce qu'il veut.
Sherlock s'agenouille afin de m'ôter mes chaussures et chaussettes, puis il remonte pour s'attaquer aux boutons de ma chemise avant de me la retirer. Il s'appuie sur ses talons, déboutonne les deux seuls boutons subsistant encore sur son horrible et épaisse chemise (il faut vraiment qu'on lui en achète une nouvelle), puis la retire, avant de faire subir le même sort à son t-shirt.
Je tressaillis face à la proéminence de ses côtes, mais me retrouve grisé par cette étendue de peau nue se trouvant près de moi, je me recule sur le lit et m'appuie sur mes coudes tandis qu'il se redresse, se débarrasse de ses énormes chaussures de randonnée, et enlève son jean. Il s'assied à côté de moi, se penchant afin de retirer ses chaussettes en laine, puis se dirige vers ma ceinture.
"- Sherlock, vraiment –"
Ma plainte est interrompue par une poussée ferme contre mon épaule droite, ce qui me fait retomber sur le matelas. Sherlock me prive de mon pantalon avec rapidité, puis me relève un peu pour que je puisse le rejoindre sous la couverture, seulement vêtus de nos caleçons. Il tire la couverture, nous recouvre entièrement, et je comprends alors ce qu'il a en tête.
C'est presque certain qu'il n'y a aucune surveillance là, sous la couette. Tant que nous chuchoterons à voix assez basse, nous ne pourrons être entendus, et vu que nous ne pouvons être observés par des caméras cachées, ils ne parviendront pas à lire sur nos lèvres non plus.
Ou du moins, je présume que c'est ce à quoi il pense, enfin jusqu'à ce qu'il grimpe pour s'allonger sur moi, pressant sa poitrine contre la mienne. Sentir nos peaux l'une contre l'autre est presque impossible à supporter.
"Sherlock !" je siffle, paniqué.
C'est tellement bon – je serais incapable d'appliquer la règle "la tête, et non le cœur" que je me suis imposé si il continue comme ça. Il se penche et se met à me murmurer.
"- Relax, John." souffle-t-il. "Les cameras apprendront à Moran qu'il ne gagnera rien à nous espionner. Pas lorsque nous semblons être en pleine relation sexuelle. Il n'a pas de tendances voyeuristes."
"- Mais merde, qui est Moran ?"
"- Moran est notre dernière cible."
Sherlock s'élève un peu sur ses genoux, chevauchant mes hanches, et commence à balancer son bassin d'avant en arrière. Vu de l'extérieur, ça doit paraître extrêmement convaincant.
Le problème est que, pour mon corps, c'est également très convaincant. La stimulation produite par l'aine de Sherlock, recouverte de soie, se frottant en rythme contre la mienne est sur le point de me donner de sérieuses difficultés, et ce très rapidement. Je l'attrape par les hanches, et le repousse, tentant de mettre un peu d'espace entre nous. Sherlock poursuit simplement ses mouvements tout en se penchant de nouveau vers mon oreille.
"Toutes les autres personnes reliées au réseau de Moriarty ont été neutralisées." murmure-t-il.
Bordel, ça c'est sexy.
Je sais que je devrais être horrifié. "Neutralisées" est sans aucun doute un synonyme pour "tuées" ou encore "emprisonnées par un grand frère machiavélique et ce pour une durée indéterminée ". Pourtant, imaginer Sherlock traquant des barons du crimes comme si ils étaient des chiens enragés affecte directement ma libido.
J'en suis absolument certain, le danger m'excite.
"- J'ai préparé un piège." continue Sherlock, sotto voce(1). "Tout ce qu'il nous faut c'est sortir d'ici un moment, pour que je puisse tout organiser. Puis nos filets se refermeront sur Moran. Mais j'ai besoin de ton aide pour cela, John."
La respiration de Sherlock se fait plus laborieuse, plus irrégulière. Étant donné qu'il frotte ses hanches contre moi, je suis plus que conscient du fait que c'est la preuve de son excitation que je sens contre la mienne. Je l'agrippe par les hanches, inverse nos positions, et le plaque contre le matelas, mes mains enserrant ses poignets de chaque côté de sa tête. Ses yeux, déjà dilatés sous la faible lumière régnant sous la couverture, s'assombrissent à en devenir presque totalement noirs. Il respire difficilement et en désordre. Me répétant intérieurement mon mantra "la tête, et non le cœur" de manière obstinée, je chuchote sèchement à son oreille.
"- Arrête d'essayer de me séduire et réponds à ma question, bordel. J'ai dit, qui est Moran ?"
Sherlock cligne rapidement des yeux, puis soupire, répondant à voix basse :
"- Le Colonel Sebastian Moran, sniper en free-lance, faisant anciennement partie du Special Reconnaissance Regiment (2)."
Nom de Dieu.
Sebastian Moran.
Brusquement, je peux sentir l'air chaud, et sec, voir le soleil éclatant, et sentir le parfum sucré des coquelicots, transporté par le vent. Je suis adossé contre le pieu porteur de ma tente, profitant d'un petit temps de pause au calme, lorsque le klaxon résonne, signalant l'arrivée de blessés. Je me précipite au quartier chirurgie, commence à enfiler ma blouse puis entre au bloc après m'être préparé.
"- Fillette de six ans, blessures par balle à l'abdomen supérieur, fréquence cardiaque à 150, pression sanguine 80/50, difficultés à respirer, fréquence respiratoire 24, saturation en oxygène 95%, état afébrile, la peau froide et moite, montre des signes de choc hypovolémique." annonce le médecin, quand ma patiente, sur son lit, arrive en chirurgie.
Seigneur. Elle est si petite.
Alors que l'anesthésiste s'apprête à lui poser le masque, la petite balbutie, pleurant "Ummi ! Ummi ! Baba !". Je serre les dents en entendant cette voix pitoyable réclamant ses parents.
La partie la plus dure, dans ce travail à l'hôpital, a été le grand nombre d'enfants Afghans que j'ai dû opérer en raison de blessures par balles, brûlures, ou pour d'horribles et inimaginables blessures et traumatismes. Les soldats connaissent le risque, et ont accepté le fait qu'ils risquent leurs vies. Ces civils, d'innocents enfants, n'ont pas choisi ce qui leur arrive.
Ce n'est pas le moment pour ça. Je me ressaisis et mets, du moins pour l'instant, mon effroi de côté, comme je le fais d'habitude.
Tandis que nous oeuvrons désespérément sur la petite, en tentant de sauver un lobe de son foie, le médecin qui l'a amenée ici reviens pour voir comment ça se passe pour sa patiente. L'infirmière en chef, Sadie, le questionne sur les circonstances de la fusillade.
"- Je n'ai jamais rien vu de pareil. C'était une vraie maison de riche, vous voyez ? Une énorme propriété, je suppose. Ils avaient leurs propres terrains et tout. Toute la famille s'est faite tirer dessus; le père, la mère, et les quatre enfants. C'est la plus âgée, et la seule survivante."
"- Putain, je hais les AK-47." crache Sadie, amèrement. "Ces bâtards trouve juste ça trop facile de tirer sur tout ce qui bouge."
Je fronce les sourcils, accordant un regard rapide à l'abdomen de ma patiente. "Cette blessure n'a pas été causée par un AK-47. C'est bien trop gros."
"- Ouais, c'étaient les tirs d'un sniper."
"- Un sniper ?" s'exclame Sadie, abasourdie. "Mais vous venez de dire que toute la famille a été tuée !"
"- C'est ce que j'ai dit." soupire le médecin. "Quiconque lui a tiré dessus, a tué toute sa famille, aussi froidement que vous l'imaginez. La personne était à l'extérieur, sans couverture, et les a juste abattus, un par un."
L'estomac retourné, je repose mon attention sur ma patiente, en essayant de ne pas laisser monter ces horribles images mentales d'une joyeuse famille savourant le soleil, avant d'être méthodiquement descendue de sang-froid. Ce n'est vraiment pas le moment pour ça. Je dois me concentrer sur l'opération.
Après une heure et quarante-cinq minutes tendues, plusieurs transfusions, et après avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir, j'annonce :
"- Heure du décès, 17h21."
Je me libère de mes gants, de ma blouse également, et sors dans la salle de stérilisation, épuisé, furieux, à bout. En me récurant les mains, je m'appuie contre l'évier, fixant l'eau qui s'écoule.
Je ne peux plus continuer. J'ai besoin de travailler en première ligne, au moment même où tout se passe. Je ne peux plus supporter d'attendre à l'hôpital, que les patients arrivent. Je veux pouvoir immédiatement changer les choses.
Le lendemain matin, je demande à ma supérieure de m'éclairer sur la procédure de transfert afin de devenir médecin sur le front. Elle tente de me dissuader, mais je suis déterminé. La mort dans l'âme, elle accepte de m'épauler dans ma demande de transfert.
À peu près un mois plus tard, juste avant que je ne rejoigne le Cinquième Régiment des Fusillés du Northumberland en tant que médecin militaire, une nouvelle éclate à propos d'un officier du SSR(2), le Colonel Sebastian Moran, qui a été déchargé de ses fonctions dans le déshonneur pour avoir assassiné une famille de civils. Sniper, il avait été envoyé pour exécuter une cible militaire. Mais malgré avoir clairement obtenu la mort de sa cible, il avait délibérément massacré sa famille entière – sa femme et ses quatre enfants, dont la plus âgée des quatre n'avait survécu que quelques heures avant de décéder dans un hôpital militaire Britannique.
Je me souviens de cette petite voix criant "Ummi ! Baba !" et je sais désormais qui a tué ma patiente, qui m'a poussé à me faire transférer en première ligne.
Sebastian Moran.
"John !" Sherlock est en train de se tortiller en-dessous de moi, essayant de briser l'emprise brutale et serrée que j'ai sur ses poignets. Mon souffle se coupe alors que je retourne à la réalité, et je le relâche. Je me laisse tomber sur mon oreiller, me sentant emprisonné sous cette couette. Je rejette les couvertures, cherchant de l'air frais. "John, que se passe-t-il ?"
Il tend les mains afin de tourner ma tête vers lui. Je plonge dans ses magnifiques yeux argentés, emplis d'inquiétude et d'amour, et quelque chose change, tout se met en place.
Peut-être que j'ai tout pris dans le mauvais sens. "La tête, non le cœur" est la manière dont Moran semble aborder les choses. Il est le genre de soldat qui considère qu'être impitoyable et calculateur est être au sommet. Je suis un différent type de soldat. Le type de soldat qui choisit un poste plus dangereux dans le but de faire la différence, celui qui se bat pour protéger ce qui compte.
Sherlock m'a toujours dit qu'il admirait mon cœur. Il est peut-être temps que j'écoute mes sentiments.
Dans ce cas, très bien. C'est parti. Showtime.
Je m'approche et lui souffle :
"- Dans combien de temps la voiture de Mycroft sera là ?"
"- Probablement quinze minutes… je ne plaisante pas, John – que se passe-t-il ?" il me siffle en retour.
"- Je te le dirais lorsque nous serons en lieu sûr." je chuchote. Puis beaucoup plus fort, je dis "Viens, on sort. Invitons aussi Mme Hudson. En signe de paix."
Je me relève en sautant, revêts mon jean et ma chemise, et me rassieds pour mettre mes chaussettes et mes bottes. J'avance d'un bon pas vers l'armoire et l'ouvre en grand, survolant les vêtements de Sherlock, toujours aussi bien rangés. J'en sors ma chemise aubergine préférée ainsi qu'une paire de jeans noir, et les lui jette.
"Enfile ça. Les fringues que tu portais dans le Dartmoor vont à la poubelle, tu avais l'air absolument ridicule dedans." Je peux discerner une teinte d'autorité dans ma voix, mais je m'en fiche. Si c'est contre Moran que l'on se bat, c'est la guerre. "Dépêche-toi Sherlock, on doit y aller." Je marche jusqu'à lui, m'empare de son menton d'une main, et l'embrasse fortement. Puis je me recule. "On se revoit en bas. Il faut que j'aille prévenir Mme Hudson."
Un sourire éclatant se dessine sur le visage de Sherlock, tandis qu'il resserre ses vêtements contre sa poitrine. Il m'observe comme si j'étais une scène de crime, et ça c'est absolument fantastique.
À suivre…
