Chapitre 9

C'est sur les escaliers menant aux portes de l'avion que Kurt retrouva son meilleur ami quelques minutes après le visionnage de la vidéo. Il était assis, le regard dans le vide, à essayer de calmer sa respiration. Weller eu de la peine de le voir ainsi. Il paraissait abattu, terrassé par la peur et la peine. Depuis le début de ce cauchemar le directeur adjoint donnait l'impression d'avoir pris dix ans. Le jeune papa s'assit à côté de son ami sans un mot.

-Elle est forte tu sais, commença-t-il en essayant de paraître le plus positif possible.
-Bien sûr que je le sais. Elle est bien plus forte que nous tous réuni mais franchement est-ce que tu as bien regardé cette vidéo ? Ce taré est en train de lui faire vivre un enfer et elle n'a même pas bronché. Il était littéralement en train de l'électrocuter et elle n'a même pas émit un gémissement. Sincèrement Kurt qu'est-ce qu'elle a enduré par le passé pour pouvoir être capable de résister à ça ? Demanda Reade d'une traite, submergé par l'émotion. Il n'arrivait plus à penser de manière cohérente. Il se dit que la présence de l'équipe de l'agent Novak était une bonne chose car il n'aurait jamais pu gérer cette affaire efficacement, aucun d'entre eux ne le pouvait. Ils n'étaient pas objectifs ou rationnels.
-Honnêtement des choses horribles, bien plus que l'on ne pourrait l'imaginer ou même que l'on ne le devrait d'ailleurs. Le plus important c'est qu'on la ramène à la maison. Quand ce sera fait on sera tous à ses côtés pour l'aider à surmonter cette épreuve.
-Pourquoi est-ce qu'elle ne nous en a pas parler bon sang ? On aurait pu l'aider, être là pour elle. J'aurais été là pour elle sans aucune hésitation.
-Tu la connais encore mieux que moi. Tasha n'est pas du genre à s'épancher sur ses sentiments ou son passé. Elle n'a probablement pas voulu paraître faible. En plus ce n'est pas le genre de chose que tu racontes au détour d'un interrogatoire.
-Je sais je ne parle pas de son passé mais du danger qu'elle courait. Si elle me l'avait demandé j'aurais tout fait pour assurer sa sécurité sans poser de question.
-Vraiment ?
Questionna Kurt sceptique. Il savait bien que c'était faux. Si Zapata avait demandé à être protégée ils se seraient inquiétés, Reade encore plus que les autres. Ils auraient forcément fini par chercher des réponses, avec ou sans son consentement.
-Non c'est vrai. Sincèrement je ne la blâme pas du tout c'est juste que … Enfin je sais que je ne peux pas imaginer l'enfer qu'a dû être son enfance. J'aurais juste aimé être capable de lui apporter la paix et la sécurité qu'elle n'a jamais eue pour qu'elle se sente suffisamment en confiance et qu'elle me parle. Après tout c'est ce qu'elle a réussi à faire pour moi pendant, déblatéra Reade avant de se stopper. Il se sentait tellement démuni que ça le rendait fou. Il n'avait pas menti à son ami il n'était pas en colère contre sa collègue mais contre lui-même. Tasha avait toujours été là pour lui quoi qu'il en coûte. Elle le connaissait suffisamment pour savoir quand il allait mal, quand il était heureux ou en colère et elle savait quoi faire dans tous les cas. Toutes ses choses il n'avait pas su les lui donner.
-Pendant l'affaire Jones ? Interrogea Weller même s'il connaissait déjà la réponse à sa question. Son ami le regarda surprit. Quand il vit le regard de son collègue, l'afro-américain comprit qu'il connaissait la plupart de l'histoire.
-Comment est-ce que tu sais ça ?
-Je ne suis pas stupide j'ai bien vu qu'il se passait quelque chose. Je n'ai eu qu'à mettre tous les indices à leurs places et j'ai compris. Enfin je ne connais pas tous les détails de l'affaire et je ne veux pas les connaitre mais j'ai compris le plus gros dès le moment où tu as commencé à devenir agressif sur le terrain et avec l'équipe, surtout Tasha.
-Pourquoi tu n'as rien dit ?
L'interrogea le directeur adjoint intrigué.
-Si tu avais voulu que j'intervienne tu m'en aurais parlé. En plus je savais qu'elle était la personne qu'il te fallait. Tant que vous gériez je n'avais aucune raison de m'imposer. Si je suis intervenu quand elle est venue me parler de la drogue c'est parce qu'elle semblait vraiment inquiète et que je me suis dit que si elle estimait que tu avais besoin de plus d'aide qu'elle ne pouvait t'en apporter c'est que c'était le cas.
-C'est vrai que sans elle je ne m'en serais pas sorti. Je comprends mieux comment elle a trouvé la bonne manière de réagir aussi facilement. Elle a beau me connaitre sur le bout des doigts il n'y a que quelqu'un qui connaissait cette situation qui aurait su comment réagir.
-Oui enfin je pense que c'était un ensemble. Vous vous connaissez par cœur et ça a joué. Sincèrement votre connexion est flippante, Même Jane et moi nous ne sommes pas comme ça.
-C'est vrai enfin ce que je ne saisis pas c'est pourquoi elle ne m'en a pas parlé à ce moment-là,
continua le policier en ne relevant pas l'allusion de son collègue.
-A mon avis Tasha ne t'a pas confié son passé parce qu'elle ne connaissait que trop bien l'horreur de la situation. Elle savait quoi faire et elle savait également que se confier lui ferait du mal sans t'aider toi. Même si tu es le plus à même d'imaginer ce qu'elle a enduré je ne pense pas que tu puisses comprendre. Personne ne le peut.
-Je ne sais pas si on te l'a déjà dit mais c'est super énervant quand tu as toujours réponses à tout. Enfin merci c'est tout à fait ce que dont j'avais besoin,
sourit faiblement Edgar.
-Alors oui Jane me le répète environ deux fois par jour enfin de rien c'est à ça que servent les amis.

Ils devinrent silencieux, ne sachant pas quoi ajouter. Sans qu'aucun des deux hommes de ne s'y attendent Rich arriva et s'assit à côté d'eux. Il était tout aussi calme. Ce qui pour lui n'était pas une chose normale.
-Quoi pas un sarcasme ? Tu n'as pas une remarque totalement déplacée pour essayer d'alléger l'atmosphère ? Tu n'as rien en stock là ? Interrogea Kurt surprit.
-Non là c'est franchement au-dessus de mes compétences, surtout après avoir regardé un truc pareil, répondit l'informaticien l'air aussi choqué que ses amis.
-Tu m'étonnes ... Par hasard l'un de vous ne serait pas au courant de ce qu'elle a pu confier aux filles parce qu'elles ont définitivement l'air de savoir plus de choses que nous ? Les interrogea leur supérieur tristement. Même si Zapata avait toujours été proche de ses collègues féminines par le passé c'est à lui qu'elle venait se confier quand elle allait mal. Rich et Weller échangèrent un regard entendu en profitant du fait que leur ami avait la tête dans les mains. Ils connaissaient tous les deux la raison du mal être de la jolie brune, enfin au moins en partie, mais il était hors de question d'en parler, pas tant qu'ils n'avaient pas retrouver la jeune femme saine et sauve.
-Vu le nombre de fois que je les ai surprises en train de se cacher pour discuter au labo je sais qu'il y a bien quelque chose mais quoi honnêtement je n'en ai aucune idée. Après ça n'avait pas l'air important, juste des trucs de filles je suppose.
-Tu n'as pas à te sentir coupable de ne rien avoir remarquer. Effectivement d'après ce que nous ont dit Jane et Patterson, Tasha avait beaucoup de chose en tête bien avant la libération de son père mais …
-Mais rien du tout. J'aurais dû être davantage présent pour elle. J'aurais dû tout faire pour me faire pardonner lorsque l'équipe a été reformé. Je me suis comporté comme un con quand elle est partie pour la CIA et elle m'en a à peine tenu rigueur.
-
Ça en revanche c'est vrai, affirma Weller. Il était prêt à tout aider son ami mais certainement pas à mentir. Ils avaient tous plus ou moins eu du mal à accepter la décision de Zapata de changer d'agence mais ce n'était pas une raison pour couper tout contact pendant un an.
-Le pire c'est qu'elle a été adorable avec moi lorsque je lui ai parlé de Megan, que je lui ai montré la bague mais aussi quand je lui ai demandé d'être mon témoin.
-C'est bien là le fond du problème,
chuchota Rich, pour lui-même, de manière sarcastique.
-Rich ! Gronda Kurt comprenant l'allusion. Il était d'accord avec le consultant mais ce n'était vraiment pas le moment d'en parler.
-Quoi ? Interrogea le directeur adjoint intrigué.
-Rien enfin je sais que je ne connais pas beaucoup Zapata mais je me disais que peut-être elle ne t'avait pas parlé de ses problèmes parce qu'elle avait vu que tu étais heureux et qu'elle ne voulait pas gâcher ça, se rattrapa l'informaticien de justesse.
-Faire passer le bonheur des autres avant le sien. Ça c'est la Tash' que je connais et que j'aime, déclara naturellement Edgar souriant sans se rendre compte de la portée de ses paroles. Ses deux interlocuteurs se regardèrent tristement. Ils savaient que leurs amis étaient faits l'un pour l'autre. Seulement ils avaient beaucoup de chemin à parcourir avant de vraiment pouvoir être ensemble si tenté qu'ils arrivent à ramener leur collègue en vie. Chose qui risquait d'être extrêmement compliqué même s'ils étaient terrifiés de l'admettre.
-Elle est toujours la même personne qu'hier soir ou même que la semaine dernière. Toutes les épreuves qu'elle a vécues ont fait d'elle la femme que l'on aime aujourd'hui.
-Je sais. C'est juste tellement énorme et j'ai tellement peur qu'on ne puisse pas la retrouver à temps. Je n'ose même pas imaginer les horreurs qu'elle est en train de subir.
-Hey comme l'a dit Weller elle et forte ok. Je pensais ce que j'ai dit lorsque Hirst t'a menacé en se prenant à Tasha. Elle n'est pas du genre à se laisser neutraliser sans se battre d'accord.

-Non mais depuis quand est-ce qu'il est aussi sensé ? Demanda Reade à son ami. Weller haussa les épaules en riant doucement. Ils étaient tous terrifié et à bout de nerf mais c'était bon de sentir que quoi qu'il arrive ils seraient toujours là les uns pour les autres. Les trois hommes restèrent un moment assis en silence. Ils se repassaient mentalement la vidéo de leur amie, cherchant le moindre indice dans sa gestuelle ou son discours.
-J'ai trouvé, entendirent-ils soudain. Le cri venait de l'intérieure de l'avion. Ils se regardèrent tous les trois surpris puis ils se retournèrent lorsque quelqu'un arriva. Jane passa sa tête à l'extérieure et leur dit les yeux pleins d'espoirs.
-Le message qu'elle nous a laissé ce n'était pas des adieux. Elle n'a pas abandonné et elle a bien fait parce qu'avec Patterson on a une piste.

Ils se regardèrent tous en souriant puis se levèrent précipitamment. Ils savaient que rien n'était joué mais pour la première fois depuis le début de la journée ils se sentaient plus léger. Ils avaient retrouvé de l'espoir, l'espoir de ramener Tasha à la maison, d'avoir une nouvelle chance de faire les choses biens et bon sang ça faisait du bien.