Note de l'auteur : Le chapitre 10 ! Bonne lecture ^^.
MàJ : réécrite le 29/06/19.
Aucun personnage de Labyrinthe ne m'appartient, de même que les lieux.
Chapitre 10 :
Tourments et perdition
Cette fois, Sarah se retrouvait à proximité du Marécage de l'Éternelle Infection et proche de la sortie du Labyrinthe pour se rendre à Goblinville. Comment le savait-elle ? À vrai dire, elle l'ignorait. Son instinct, peut-être... Pour l'heure, elle se demandait pourquoi aucun de ses trois meilleurs amis n'était venu la secourir.
Cette question l'occupait, car elle connaissait la réponse.
Jareth a dû leur interdire de m'aider.
Pour l'instant, Sarah frôlait un mur couvert de « mains secourables ». Bizarre, puisque là, elles ne servaient à rien. Elles lui parlaient par gestes et, en ce moment, elles ne faisaient que lui murmurer :
— Allez Sarah, montre-nous où tu veux aller !
— Ce serait bien que tu ne t'attardes pas.
Pourquoi m'exhortent-elles à cela ? La fin du chemin est pour bientôt, je n'ai pas besoin d'elles !
Au moins, les mains ne tentaient pas de l'attraper ou de lui triturer le tee-shirt... Alors que la jeune femme pensait arriver au tournant, elle se rendit compte que ce n'était qu'une illusion d'optique. Le passage se poursuivait. Le ciel au-dessus d'elle se chargeait de nuages moutonneux. Les mains secourables la taquinèrent :
— On te l'avait bien dit, Sarah !
— Mais tu ne nous écoutes pas, alors que nous sommes les mains secourables !
Leurs voix d'opéra l'agaçaient prodigieusement. Elle se retourna – bien que cela ne serve à rien –, mit les poings sur les hanches et s'écria :
— Soit ! Alors, expliquez-moi ce que je dois faire !
Un éclat de rire lui répondit. Juste devant elle, trois mains formèrent une bouche qui lui parla avec douceur :
— Suis ton instinct, Sarah. Où veux-tu aller ?
— Euh...
Elle soupira. Voilà qui ne l'aidait en rien ! Elle commença à se prendre la tête ; ses doigts se faufilèrent dans ses cheveux. Elle murmura :
— Le chemin pour arriver à Goblinville... Ce n'est pourtant pas si compliqué.
— Et tu as fait ton choix. Va pour Goblinville.
Sarah se rendit compte qu'elle s'était encore trompée. Elle avait dit Goblinville au lieu du château ! Elle aurait pu parvenir à destination plus tôt ! Avant qu'elle ne puisse taper du pied, elle sentit les mains secourables s'agripper à elle. Elle s'écria et gémit sous la brutalité de leurs gestes. Les créatures la balancèrent de haut en bas, puis la projetèrent vers le ciel !
Oh non ! Elles m'ont jetée comme si j'étais un vulgaire sac à patates !
Sarah se recroquevilla sur elle-même pendant que son corps s'élevait, s'élevait, puis tombait elle ne savait où ! Elle hurla, puis elle percuta quelque chose de solide. Elle traversa tout bonnement le toit d'une maison de gobelin. Son dos cogna la table en chêne, où il n'y avait rien dessus, heureusement.
La jeune femme resta étendue de tout son long, encore sonnée par le choc. Puis une voix criarde lui parla :
— Eh bien, quelle chute !
Mais... je connais cette voix.
Elle se redressa et se retrouva confrontée à une gobeline âgée au visage caché par un masque de sorcière. Habillée de tissus colorés – rouges, bleus et verts principalement –, elle était installée dans un fauteuil assez vieux et rembourré.
Sarah se mordit la lèvre ; non, elle ne l'avait jamais vue. Ensuite, elle considéra le toit. Un trou le déformait et la lumière du jour s'y faufilait. Elle soupira.
— Je suis désolée, je...
— Ce n'est pas grave, ma jolie. Ce sont des choses qui arrivent souvent, par ici.
Après ces mots, la créature éclata d'un rire profond, allant dans le grave. Sarah en profita pour remarquer que la pièce était ronde. Derrière elle, une cheminée poussiéreuse avalait à moitié une marmite ; les murs, d'un blanc cassé, étaient recouverts de bibelots, d'étagères et de plumes.
Sarah descendit de la table, prit une chaise pour s'installer en face de la diseuse de bonne aventure qui lui susurra alors, d'une voix chevrotante :
— Donne-moi ta main, et je te montrerai qui tu es.
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Les deux mains en dessous de son menton, Hoogle écoutait attentivement tous ces faits abracadabrants. Jamais il n'aurait cru que les légendes des gobelins étaient vraies ! Ambrosius, Didimus et Ludo étaient tout aussi bouche bée. Dans la boule de cristal, l'histoire recommençait...
Ils avaient activé par trois fois son mécanisme pour être sûrs de ne pas rêver. Mais non, l'hologramme – pouvait-on appeler cela ainsi, ici ? – de Jareth se répétait :
— Le Labyrinthe est une très ancienne architecture édifiée par la magie des fées. Ces créatures possédaient beaucoup plus de pouvoirs que jadis. Cela dura jusqu'au moment où les humains apparurent. Quant aux gobelins, ils étaient proches des nains, des kobolds et des farfadets. Tous les petits peuples souterrains que la lumière du jour incommodait.
— Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, s'avança à dire Didimus.
Hoogle lui fit signe de se taire. Jareth laissa place au Labyrinthe, puis au château en construction. Sa voix, en arrière-fond, poursuivit :
— Comment des gobelins à l'apparence humaine ont-ils pu naître, de même que des fées à taille humaine ? Eh bien, parce que les humains tenaient leurs caractéristiques des deux peuples. Alors lesdits peuples ont évolué naturellement vers une telle tendance, pour se rapprocher des humains. Ainsi, ces derniers sont capables de les voir sans problème, pour peu qu'ils y croient... Les fées, cependant, ont commis une erreur monumentale : celle de chercher à détruire le Labyrinthe, pour que les hommes n'y aient plus accès et qu'elles puissent vivre égoïstement. Elles ont été punies pour un pareil crime.
— Voilà pourquoi elles n'exaucent plus les souhaits, murmura Hoogle.
— Aujourd'hui, elles restent cantonnées dans le Labyrinthe, où elles n'ont d'autre choix que de se faire pourchasser par les gobelins qui ont fini par les haïr. Quant aux fées à taille humaine, pour les deux sexes, elles disparurent complètement. Par contre, elles donnèrent à tous les peuples souterrains la faculté de supporter la lumière du jour. Il s'agissait des seules à être sensées, peut-être grâce à leur part humaine. Goblinville naquit. Les relations avec les humains et les gobelins se délitèrent à cause des hommes et de leur perte de croyance en la magie.
— Ludo pas aimer Goblinville.
— Pourquoi y a-t-il une hiérarchisation entre gobelins, et pourquoi ceux à l'apparence humaine sont-ils les plus évolués ? Questions insolubles, sauf par le fait que ce sont eux les premiers qui ont eu des liens avec les humains. Voilà, vous savez l'essentiel. Quant à mon histoire...
Les quatre compères la connaissaient déjà, mais ils peinaient à s'y résoudre.
— Je suis devenu le Roi des gobelins de par mon apparence, mais aussi parce que le Labyrinthe des fées m'a choisi. Je suis le pont entre les humains et tous les peuples qui vivaient autrefois sous terre. Les fées ne peuvent me causer aucun mal et sont également sous mes ordres. Je suis un puissant sorcier. Je peux être généreux comme cruel et, jusqu'à présent, j'avais un cœur glacé.
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— Euh..., balbutia Sarah.
— Allons, il n'y en a pas pour longtemps. Tu m'as l'air angoissée, jolie Sarah, veux-tu savoir l'heure ? Regarde cette petite pendule, il est neuf heures.
La jeune femme s'exécuta. Effectivement, la gobeline n'avait pas tort.
Déjà ! Oh, je suis à Goblinville, pas loin du château...
Elle se mordit la lèvre inférieure. Enfin, elle murmura :
— Très bien...
Elle tendit la main vers la diseuse de bonne aventure, qui la lui saisit avec douceur mais fermeté. Cette vieille gobeline qui persistait à se cacher possédait une poigne insoupçonnée, tout de même ! Sarah frémit. Les doigts enrubannés de tissus commencèrent à caresser sa paume, vers les lignes de vie. Son visage masqué se pencha vers elles. Un frisson parcourut la jeune femme de la tête aux pieds. Une chaleur envahit son corps, et elle n'en comprenait pas la raison !
Ce n'est quand même pas parce qu'elle me touche la main !
Les joues rouges de confusion, elle attendit que la sensation se calme. La voix de fausset de la gobeline se fit rauque :
— Je vois... une jeune femme, bloquée à un carrefour de son existence. Elle ne sait pas comment se sortir de là. Son entourage ne lui laisse pas le choix, et... Oh, la ligne de vie se divise en trois ici, hum... curieux...
Chaque mot avait l'effet d'un coup de poignard dans le cœur de Sarah.
Trois ? Oh, mais tout est par trois... Déjà tout à l'heure, je me suis retrouvée confrontée à trois portes. Et puis... dans ma vie, aurais-je trois voies possibles à suivre ?
Elle pensa à son cursus actuel. Oui, ses parents et ses amis lui mettaient la pression pour qu'elle devienne l'adulte qu'ils souhaitaient ; oui, elle avait privilégié le chemin de l'enseignement, parce qu'elle était persuadée de ne pas pouvoir faire du théâtre sa véritable passion, surtout après avoir été rejetée lors d'une audition qu'elle avait passée.
— Oui... cela s'explique. Quelque chose a bouleversé ton destin et, maintenant, tu as trois choix devant toi.
Ah, j'avais raison ! J'ai trois choix ! Un tel nombre n'est pas anodin !
— Lequel préféreras-tu ? Ah... d'après ta ligne de vie, c'est ton cœur qui finira par trancher, sinon tu courras vers une mort certaine. Ah...
Quoi ? Non, là elle va trop loin !
— Eh ! s'exclama Sarah. Ça suffit, vous m'embrouillez l'esprit !
Elle chercha à dégager sa main et y parvint sans peine. La gobeline resta stoïque comme si tout était normal.
La jeune femme sentit la tête lui tourner. Que lui arrivait-il ? Une douleur naquit dans sa poitrine. La diseuse de bonne aventure se pencha en avant et murmura :
— Tu ne sembles pas te porter bien, ma jolie. Et si tu laissais ce qui te ronge sortir ?
Sarah ferma les yeux. La nausée lui remuait l'estomac. Elle balbutia :
— Je... je n'ai rien, c'est juste que je...
— Tu ne sais plus où tu en es. Quelque chose te tracasse.
Sarah songea tout de suite à son cousin et à tout ce qu'il avait pu dire pour la blesser. Elle chuchota :
— Je crois que finalement, je vais droit dans le mur. Je n'ai jamais été normale. Je ne suis rien...
Elle serra les poings.
— Oui, voilà. J'ai souvent sacrifié mes intérêts pour les autres.
— Comme pour ton frère ou toute ta famille, n'est-ce pas ?
Sarah acquiesça et pensa encore une fois à Dave, en formulant ces mots :
— Je sens que je ne suis pas faite pour être heureuse. Je m'y suis résolue il y a longtemps.
La gobeline l'interrompit et s'adressa à elle d'une voix changée :
— Sarah, n'en as-tu pas assez de dire des bêtises ?
Elle leva la tête. Elle recula violemment sous la surprise. La gobeline s'était redressée et venait de mettre à terre toutes ses fanfreluches ; plus de masque non plus. Juste Jareth et son regard vairon, brillant de colère. Cette fois, c'en fut trop. Les joues empourprées, Sarah se releva et s'écria :
— Encore un de tes sales tours ! Ah, j'aurais dû m'en douter ! N'en as-tu pas assez de te moquer de moi ? Hein ?
Elle commença à frapper la poitrine du Roi, à peine recouverte par une chemise en flanelle. Il la laissa faire un moment, puis lui saisit les poignets pour les retourner derrière son dos. Sarah hurla de peine et de rage :
— Je te hais, Jareth !
Le Roi des gobelins se contenta de la serrer dans ses bras et d'enfouir son visage dans la masse soyeuse de ses cheveux. Il lui chuchota tendrement à l'oreille :
— Il est onze heures. Écoute ton cœur.
Enfin, il disparut dans un nuage de poussière sous les yeux encore éberlués de Sarah. Ses lèvres la démangeaient et son corps n'était plus qu'un brasier ambulant. Comment cela pouvait-il être possible ? Comment...
Complètement perdue, elle se recroquevilla par terre. Son esprit têtu commençait à comprendre.
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Sarah ne retrouvait pas le chemin pour aller jusqu'au château. Pourtant, là, aucun gobelin ne se risquait à lui barrer la route ! Parfois, elle en croisait, à moins que ce ne soient des nains, des lutins, ou d'autres créatures. Il y avait même eu un gnome tenu en laisse par un farfadet assez jeune. Il l'avait saluée amicalement, puis était rentré dans l'une des maisons de la rue où la jeune femme se trouvait.
Je tourne en rond. Et j'ai si mal au cœur...
Pour un peu, elle aurait presque envie de pleurer et de tout laisser tomber. Après tout, elle n'était pas venue au Labyrinthe de son plein gré ! Du moins, c'était ce qu'elle pensait...
Elle s'assit par terre, le dos appuyé contre une fontaine. Curieusement, la sculpture qui crachait de l'eau claire incarnait une fée et non un gobelin. Sarah avait pu s'apercevoir que souvent, les peuples souterrains étaient représentés sous toutes les formes possibles et inimaginables.
Ce n'est pas comme cela que je retrouverai mon chemin...
Soit elle restait ici et attendait que les treize heures se soient écoulées, en ne sachant pas ce qu'il adviendrait. Soit elle retournait en arrière pour rentrer chez elle. Ou bien, elle allait trouver Jareth pour régler ses comptes. Sauf qu'elle en éprouvait de moins en moins envie...
Cette ultime constatation lui fit l'effet d'une gifle. Brutalement, Sarah se releva et manqua d'effrayer deux nains qui passaient dans les environs. Elle força sur son regard, mais dès une certaine distance, elle commençait à voir flou...
Il va vraiment falloir que je mette des lunettes.
Ses prunelles s'accrochèrent alors à un détail saugrenu. Là, devant elle, un petit sentier se découvrait. Il n'était pas bordé par des maisons, mais par...
Des pêchers !
Ahurie, Sarah considéra les fruits, dont le parfum s'envolait jusqu'à ses narines. Bizarrement, elle n'avait pas faim, et ce n'était pas à cause de sa dernière mésaventure à leur sujet. Quelque chose émergea de ses souvenirs. Un savoir important.
Les fruits des fées peuvent vous dégoûter de la nourriture humaine, et vous emporter au-delà des frontières...
Sarah se rappela qu'à son retour du Labyrinthe, elle s'était trouvée indisposée durant quelques jours, incapable d'avaler quoi que ce soit.
Ces fruits ne sont pas l'œuvre de Jareth, mais celle des fées...
Sarah se prit la tête entre les mains.
Quelle action a eu la pêche que j'ai goûtée ?
Elle commença à marcher jusqu'au ruban sinueux et aux gravillons clairs.
Je croyais qu'elle était empoisonnée et que Jareth me l'avait offerte pour m'embrouiller ! Et si cela avait eu l'effet inverse ? Comme dans les légendes ? Les fruits enchantés ont le don de révéler la vérité !
Sarah eut un signe de dénégation.
Cela n'a pas de sens... Pourquoi m'aurait-elle fait oublier tous mes souvenirs, alors ? Pourquoi n'étais-je obnubilée que par un rêve de gamine et par Jareth ? Pourquoi ?
La jeune femme ne se rendait pas compte que le sentier débouchait vers l'une des entrées principales du château, gardée par des gargouilles.
À moins que... à moins que cette pêche ne m'ait montré que la vérité. Que l'urgence n'était pas en Toby, parce que... parce que comme je l'ai constaté tout à l'heure, ce n'était pas logique qu'il l'enlève ! Il ne s'agissait que d'un prétexte pour me rencontrer ! Mais pourquoi ? Mystère. Il n'était pas encore amoureux, si on peut appeler cela de l'amour !
Sarah releva le menton, déterminée.
Je dois voir Jareth ! Pour lui poser cette question !
Lorsqu'elle se concentra à nouveau sur son environnement, elle se trouvait devant une porte, majestueuse et recouverte de sculptures de fées. Seulement, à sa plus grande surprise, elle se séparait en trois battants clos.
Et c'est reparti pour un tour...
