Chapitre 10 - Révélations
PDV Heiwana, 2 septembre 1995
Le lendemain matin, je suis réveillée dès six heures. Moi qui habituellement reste sous les couvertures autant que possible. Mais aujourd'hui c'est notre premier jour de cours et je suis excitée comme une puce. Ça et le fait que je vais retrouver les excellentes viennoiseries de Poudlard pour le petit déjeuner. Je veux dire, qui n'aime pas leurs muffins à la myrtille ? Si moelleux et tellement parfumés. Rah, j'en ai l'eau à la bouche rien que d'y penser. Je me douche en toute vitesse, et je cours jusqu'à la Grande Salle. Tant pis si je ressemble plus à Weasmoche qu'à une dame, je veux mes gâteaux.
Je suis peut-être un peu trop matinale, vu que nous ne sommes qu'une vingtaine dans la Grande Salle. Je sors mon livre de sortilèges et je le feuillette tout en déjeunant. J'ai trouvé un nouveau maléfice, permettant de faire pousser tous types de poils de dix centimètres en quelques secondes. D'ici quelques jours un yéti rouquin va se promener dans Poudlard.
Alors que je suis absorbée par mon bouquin, les élèves commencent à affluer dans la Grande Salle. Je n'ai pas vu le temps passer. Mon groupe d' « amis » me rejoint et nous entamons une conversation banale jusqu'à ce que le Professeur Rogue ne vienne nous distribuer nos emplois du temps. Je jette un coup d'œil au mien et aujourd'hui c'est Histoire de la magie, double cours de potions, divination et encore un double cours de défense contre les forces du Mal. Bon, je vais pouvoir faire une sieste jusqu'à dix heures. Et une sieste de digestion après mon dîner. Parfait.
Je me rends à mon premier cours de la matinée main dans la main avec Drago. Histoire de montrer que notre faux-couple a survécu à l'été. À peine entrée dans la salle de classe, j'ai les paupières qui se font lourdes. L'atmosphère même de de la pièce donne envie de piquer un roupillon. Hermione est la seule personne capable de résister à Binns. J'essaie de suivre tant bien que mal. Le cours porte sur la troisième guerre des géants, un sujet complètement inintéressant. Pour passer le temps je dessine deux géants se tapant dessus à coups de troncs d'arbres. Ce qui a le don d'amuser ma voisine, à savoir Tracey Davis. Je lui laisse le dessin et nous nous dirigeons vers les cachots pour le cours de potions. J'adore ce cours. D'une part parce que Rogue est vraiment odieux avec les autres élèves, d'autre part parce que j'adore confectionner des potions. Certes, je ne suis pas la plus douée, mais je trouve ça amusant.
La porte de la salle de classe a à peine le temps de se refermer que le professeur nous ordonne de nous taire. Il entame alors un discours pour nous prévenir que seuls les meilleurs seront autorisés à aller dans son cours l'année prochaine, nous traitant au passage de crétin congénital. Insulte qui convient parfaitement à l'autre abruti de Weasley. Je ne peux m'empêcher de sourire à cette pensée.
Rogue nous annonce que nous allons préparer aujourd'hui un philtre de Paix, destiné à calmer l'anxiété et à apaiser l'agitation. Une potion vraiment délicate, si nous avons la main trop lourde dans le dosage, la personne qui boirait la potion pourrait tomber dans un coma irréversible. Intéressant. Je note scrupuleusement les ingrédients et la recette. Elle a l'air sacrément compliqué. Je m'applique, mon air concentré se voit à mon froncement de sourcil. Dix minutes avant la fin du cours, une légère brume argentée se dégage de mon chaudron, signe que ma potion est en bonne voie pour être réussite. Ce qui est loin d'être le cas de Potter, d'un coup de baguette Rogue fait en sorte que sa potion se volatilise. Ce qui lui vaut aussi une mauvaise note. La fin du cours arrivant, je mets un échantillon de ma potion dans une fiole que je laisse au professeur, puis je note le devoir pour jeudi prochain : trente centimètres de parchemin sur les propriétés de la pierre de lune et son utilisation dans les potions magiques. Ça promets de longues heures de recherche à a bibliothèque ça.
Je n'ai pas le temps de maudire Rogue, le flot des élèves m'entraîne un peu contre mon gré vers la Grande Salle. Je m'assois à ma table, dégageant brutalement un première année qui a la place que je désire, celle qui me permet d'observer discrètement Granger. Cette dernière semble se disputer avec le Rouquin et Potter. Le Balafré quitte d'ailleurs soudainement la Salle du Repas. Je hausse les épaules et me sert une nouvelle portion de pommes de terre. Tandis qu'Hermione et Face-de-Trolls continuent de se disputer. Bon, une Miss-Je-Sais-Tout énervée va se réfugier à la bibliothèque dès la fin des cours, ce qui me permettra de passer du temps avec elle. Finalement, j'attendrai encore un peu avant de jeter un maléfice au grand crétin. Parce que c'est un peu grâce à lui que je retrouverai ma Gryffondor.
Et pourquoi je l'appelle comme ça moi ? Elle n'est pas à moi, loin de là. Et après deux mois sans se voir, il va falloir que je me bouge. Mais je ne peux pas aller vers elle et l'embrasser. Déjà que notre relation n'est qu'une fragile amitié. Je ne veux pas gâcher ce que l'on a, même si c'est peu. Bon sang, pourquoi je réagis comme ça ? Parce que depuis ces quelques mois à se fréquenter je l'apprécie vraiment. J'ai appris à la comprendre. Je sais que derrière ses airs de première de la classe elle se donne beaucoup de mal pour tout apprendre, qu'elle a peur. Peur que son statut de Sang-de-Bourbe ne l'exclue de Poudlard a un moment donné parce qu'elle serait moins bonne que les sorciers de pur sang. Alors que même Goyle sait qu'Hermione est sans doute une des sorcières les plus douées de notre génération. Mais quand des idiots comme Malefoy ou...moi..lui rappellent à longueur de journée son statut il est normal qu'elle doute.
En parlant de Blondie, je ne le vois pas au repas. Étrange, il ne rate aucune occasion de s'afficher. Je décide de m'esquiver afin de lui mettre la main dessus. C'est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin vu la superficie du Château et après avoir passé en revue notre salle commune, une partie du parc et la salle des potions, je manque d'être en retard pour le cours de Divination. Où Drago est présent, c'était bien la peine que je le cherche. Un beau ramassis de conneries ce cours. Mais au moins la prof est trop occupée à prédire la mort de Potter ou à se faire cirer les pompes par Patil et Brown et je peux somnoler tranquillement. De plus c'est le seul cours que j'ai en commun avec les Gryffondor où Hermione n'est pas présente. Dormir est donc la seule chose intéressante à faire.
Aujourd'hui nous commençons à étudier l'interprétation des rêves. Par équipe de deux nous devons essayer de découvrir le sens caché de nos rêves. Pas bien dur quand je sais que je rêve de mains baladeuses, d'une masse de cheveux touffus et d'un sourire à couper le souffle. Heureusement que je me débrouille en mensonge. Je me retrouve avec Parkinson. Génial. Mais bon, je lui propose de commencer et je l'écoute me déballer son rêve bien nul. Un ange blond qui la sauve du ciel tandis qu'un dragon aux yeux bleus essaye de la dévorer. Pas besoin d'être à Serdaigle pour comprendre qu'elle me cherche. Et après un énième détail où elle m'explique à quel point le dragon était repoussant, puant et effrayant, je m'emporte et me retiens de justesse de lui envoyer ma main dans la tronche. À la place je sors de la classe non sans lui envoyer un regard noir et je me réfugie à la bibliothèque. Personne ne viendra m'emmerder ici.
- Tu n'es pas censée être en cours ?
Personne sauf elle. Pour une fois que j'ai envie d'être seule.
- T'es pas censée lire un bouquin et la fermer ?
Je regrette aussitôt mes paroles, elle n'est pas responsable de ma mauvaise humeur. Enfin si un peu. Si elle n'avait pas abandonnée la divination j'aurais été en binôme avec elle et je ne serais pas en colère. Donc c'est entièrement de sa faute et de celle de cette gourde de Parkinson. Voilà. Maintenant je veux un muffin, mon lit et des heures de sommeil.
- Tu veux en parler ?
- Tu veux m'aider à jeter Parkinson dans le lac après l'avoir ligotée et bâillonnée ?
- Je suis préfète je te rappelle.
- Oh, tu vas me mettre en retenue pour préméditation d'homicide volontaire ?
- Non, je te rappellerai juste qu'il n'y a jamais personne aux toilettes de Mimi Geignarde si tu cherches un endroit pour la séquestrer.
- Si tu savais comme je t'...apprécie dans ce genre de moments Granger. Tu es un génie !
He ho cerveau ! Je peux savoir quelle connerie tu as failli faire là ? Parce que premièrement, je ne suis pas amoureuse de Granger, je veux juste l'embrasser à en perdre haleine. Et deuxièmement, elle n'a pas à savoir que je l'apprécie ! Bon sang ! Je m'efforce de rester aussi normale que possible avec elle, enfin sauf si on compte les nombreux moments d'égarement quand elle me sourit ou que son parfum emplit mes narines ou qu'elle est trop proche ou que je la regarde manger, discuter ou étudier ou ben..comme en ce moment même..mais enfin, arrête ça !
- Je sais.
- Non je suis sérieuse. Ne crois pas ce que Dray ou les autres ou moi t'avons dit. Tu es l'élève la plus brillante de cette école. Et l'unique raison pour laquelle on est si détestables c'est parce qu'on est jaloux. Tu es une Sang-de-... enfin une Née-Moldue et tu nous surpasses alors que nous baignons dans la magie depuis notre conception. Tu n'imagines pas à quel point c'est frustrant. En première année tu maîtrisais le sortilège de lévitation à la fin du premier cours alors que tu n'avais jamais touché une baguette magique un mois avant. Et nous, on était incapables de t'égaler. Alors que bordel, nos parents nous répétaient encore et encore que nous étions des Sang-Pur, de vrais sorciers, de puissants mages. Que nous allions régner sur cette école parce que nous étions les meilleurs, que notre sang, nous rendait meilleur. Et toi tu arrives, tout t'émerveilles parce que tu découvres ce monde et en quelques semaines tu nous ridiculises, tu ridiculises tout ce que nous avions appris toutes ces années. Et tu avais ce petit air suffisant. Comme pour nous rappeler notre échec. Et maintenant je me rends compte d'à quel point on a été stupides. Tu as travaillé autant que nous sinon plus. Tu as lu tellement de bouquins que je suis sûre que tu as battu un record ou un truc comme ça. Tu es arrivée dans un univers totalement inconnu et tu te l'es approprié, et pour être honnête je t'admire pour ça. Parce que si c'était moi qui me retrouvais chez les moldus, il me faudrait pas une semaine pour abandonner.
Elle me regarde bouche bée. D'une part parce que c'est la première fois que je parle autant devant elle, et d'autre part parce que je dois être la première Serpentard à lui faire un compliment.
- Heu, merci. Enfin je veux dire c'est gentil et j'avais jamais vu les choses sous cet angle. J'avais pas conscience que vous puissiez ressentir ça. Enfin pas au début du moins. Et quand vous avez commencé à m'insulter, c'est devenu une sorte de défi personnel que de vous surpasser. Une façon de me prouver que le sang ne voulait rien dire tant qu'on se donnait les moyens de réussir.
- Hermione. Le sang ne veut rien dire.
Je prends une grande inspiration.
- Dans ma famille, on prône l'importance du sang. Depuis que je suis gamine on me répète que je suis une Selwyn, que mon nom est très important et respectable. Que les gens comme toi nous volent nos pouvoirs. Et au début j'étais d'accord avec toutes ces conneries. Puis, j'ai grandi et j'ai un peu ouvert les yeux. Je me suis rendue compte de qui étaient vraiment les personnes à respecter. Et si tu voles la magie des Sang-Pur et bien tant mieux, ça les empêchera de s'en servir à mauvais escient.
Alors que j'allais continuer ma tirade, la cloche sonne, annonçant la fin des cours. Nos regards se croisent et nous nous dirigeons en courant vers le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Nous arrivons les premières et d'un commun accord nous décidons de nous ignorer. Une dizaine de minutes plus tard les autres élèves nous rejoignent. Et à ce moment là, je me dis que Drago est vraiment un type formidable. Il vient m'embrasser tendrement, m'adresse un clin d'œil et me prend par la main. Tout ça devant Parkinson dont le visage vire au rouge tomate, dans une parfaite imitation du Weasmoche courroucé. Il s'assoit même à côté de moi. D'un côté c'est dommage, j'aurais bien fait équipe avec Tronche-de-Bouledogue pour ce cours, histoire de pouvoir lui jeter des sorts en toute légalité.
La dame en rose apparaît alors et dans un toussotement étrange nous demande de ranger nos baguettes. Hm, étrange pour un cours où on doit apprendre à se servir de nos baguettes pour lutter contre les méchants. Elle nous annonce alors que nous allons revoir les principes de base de sa matière. On est en cinquième année, on a les BUSES à la fin de l'année et cette incompétente veut que nous nous amusions à jeter des Experlliarmus au lieu d'apprendre des choses utiles ? He ho, y'a un peu un mage noir en liberté là dehors. Et à mon avis Potter, Crétin Intersidéral et Granger vont vouloir se battre avec lui. Et il est hors de question que je laisser Hermione allait risquer sa vie sans qu'un professeur lui ai appris à poutrer du Mangemort ! Mon avis ne compte pas ? Très bien.
Mais quand même. Elle continue son petit discours, et quoi ?! On ne va pas faire de magie, juste voir la théorie. Je lui lance un regard mauvais, mais elle n'est pas impressionnée. Elle nous demande d'ouvrir nos manuels, nous faisant une petite leçon de politesse au passage. Je m'exécute et bon sang ce bouquin est d'un chiant. Sérieusement. Même écouter Weasley parlait de sa vie minable et sans intérêt me rendrait plus jouasse que ce livre. Je ferai même semblant de l'écouter si ça pouvait faire en sorte que ma lecture s'arrête.
Je décide de prendre une pause, et de chercher ma distraction préférée des yeux. Elle ne lit pas le bouquin. J'imagine qu'elle l'a déjà avalé. Par contre, elle lève la main. Elle n'aurait pas compris quelque chose ? Pas elle. Pourtant Ombrage l'ignore. Cependant, au fur et à mesure de nombreux élèves arrêtent leur lecture pour fixer Hermione. Notre professeur lui demande donc ce qu'elle veut. Et là, elle lui demande carrément quels sont ses objectifs d'apprentissage. Mais c'est qu'elle se rebelle ! Ça lui donne un air sauvage et sexy et..qu'est-ce que je dis moi ? Je secoue la tête. Il faut vraiment que je fasse quelque chose. Granger n'est pas sexy, juste très désirable. Enfin, mignonne. Enfin non, c'est physique, les phéromones tout ça. Voilà.
Enfin pour l'instant, je ferais mieux d'écouter leur échange. Parce que ça devient intéressant. Ombrage confirme que nous n'utiliserons pas la magie dans son cours. Et Potter se réveille enfin. Il annonce en plein milieu du cours que le Lord Noir est de retour. Je ne peux m'empêcher de frémir quand il utilise son nom. Toute la classe se fige. Je me tourne vers Drago. Il sait que je sais. Que le Lord est vraiment de retour, que nous sommes dans une mélasse pas possible. Là, tout de suite Potter nous offre une porte de sortie. Soit en tant qu'enfants de mangemorts nous confirmons ses dires, nous faisons preuve de courage et nous trahissons nos familles, soit nous faisons ce que nous savons faire de mieux : fuir.
Nous ne sommes pas à Serpentard pour rien.
- Arrête de mentir Potter ! C'est bon tu as assez eu l'attention sur toi !
- Ce type est un dément, faudrait l'enfermer.
Potter tremble de rage. Désolée mon gars, on ne peut pas prendre de risques. Il éclate en pleine classe, nous demandant si la mort de Diggory est aussi un mensonge. Il hurle que Voldemort l'a tué. Et moi, je ne vois qu'Hermione qui me fixe durement. Avec dégoût. Tu t'attendais à quoi hein, à ce que je renie tout d'un coup ? Je tiens à la vie moi.
Ombrage vire Potter de sa salle de classe et le cours reprends. Nous lisons notre livre en silence. Lorsque la sonnerie retentit, je reste avec Drago, nous allons nous promener au parc. Aucun de nous deux ne parle. Puis soudain, il se tourne vers moi :
- Elle ne te déteste pas je pense.
- De quoi tu parles ?
- Granger.
- Pardon ? En quoi l'avis de la Sang-de-Bourbe m'intéresse.
- Je ne suis pas idiot Selwyn. Tu la veux comme je veux Potter. Je ne dirai rien si tu gardes mon secret.
- Entendu. Mais juste pour te prévenir. Si ça s'ébruite, le Seigneur des Ténèbres sera un chaton comparé à moi.
- C'est noté.
Nous marchons encore un peu, profitant du calme ambiant avant de rejoindre nos dortoirs, sans manger. Aucun de nous deux n'a faim. Nous avons fait le choix évident, et pourtant, nous avons honte. Peut-être qu'au final, nous avons trahi les mauvaises personnes.
