Bon, comme promis, ce chapitre vient seulement une semaine après l'autre. J'espère qu'il vous plaira mais si je préviens qu'il n'est pas très joyeux, surtout la première partie.
Chapitre 10 :
Le jeune garçon ouvrit les yeux quelques secondes, juste assez pour voir la larme et le départ de Morgane mais il retomba presqu'aussitôt dans l'inconscience, le cœur ravagé de chagrin.
Feitan ne reprit véritablement ses esprits qu'une heure après, Alexis n'avait pas fait dans la dentelle quand il avait porté son coup…Quand le jeune chinois s'éveilla, les événements qui avaient précédés lui revinrent immédiatement à l'esprit. Un immense sentiment d'impuissance et de désespoir le saisit alors que l'image de Morgane passait en boucle dans sa tête. Il n'avait rien pu faire pour la sauver…absolument rien !
Ce sentiment il avait cru l'avoir laissé derrière lui…là-bas, quand il avait quitté cet endroit. Mais apparemment, il s'était trompé, en ce monde, il existait encore des gens plus forts que lui, des gens capables de le faire souffrir. Le cauchemar n'était toujours pas fini…
Ville de l'étoile filante, baraquement nord-est « Le point de non-retour », an 621
Le bébé criait à perdre haleine, mais personne ne lui prêtait attention, chacun passait à côté sans s'en préoccuper outre mesure. Peu leur importait qu'il vive ou qu'il meurt car il n'était pas leurs, il ne portait pas en lui les souffrances de leur peuples, les Kirnas. Si partout dans l'Etoile filante, on acceptait de s'occuper des choses et des êtres abandonnés, ce n'était pas le cas ici. Les habitants de cet endroit avaient souffert plus que quiconque du dictateur, ils avaient été les premiers à être parqués et en avaient gardés une haine profonde pour tous les étrangers, quelques soit leur âge.
Ainsi, la destinée du petit garçon aurait dû tragiquement prendre fin. Néanmoins, les dieux veillaient sur lui et lui donnèrent un protecteur…enfin plus exactement une protectrice. Viana était une jeune fille d'une dizaine d'années, plus maigre qu'une tige de métal et plus sale qu'un cochon qui s'était roulé dans la boue. Mais derrière cette apparence des plus repoussantes, il y avait un cœur pur et plein de bonté. Dès qu'elle entendit les cris de l'enfant, elle se précipita à sa rescousse.
Avec douceur elle le prit dans ses bras avant de l'emmener dans son cabanon. Elle déposa l'enfant dans un panier rempli de linge et d'une main experte l'emmaillota à l'intérieur. Puis, elle lui donna du lait. Enfin, le bébé cessa ses pleurs et s'endormit sous son regard attendri.
Lentement, un sourire se dessina sur son visage, la rendant belle malgré ses vêtements en haillon, et qu'elle ne mangeait pas à sa faim. Cet enfant était un trésor dont elle prendrait soin, qu'elle protégerait envers et contre tout. Elle n'avait pas réussi à sauver son petit frère, qui était mort deux semaines plus tôt alors il était de son devoir de s'occuper et de faire vivre ce petit bout.
« Feitan, murmura-t-elle doucement. Tu t'appelleras Feitan comme le prince des contes de Madame Rosa. Car je le sais, un jour, tu deviendras le plus beau des jeunes hommes et tu sauveras ceux qui te sont cher. »
Viana
Pour le jeune chinois, ce mot était plus qu'un simple prénom, le synonyme du mot bonheur.
Les larmes commencèrent de nouveau à couler sur ses joues au souvenir de sa bienfaitrice. Il gardait d'elle un souvenir lumineux et plein de douceur, certainement un peu idéalisée et pourtant tellement vraisemblable. Celle qui l'avait sauvé d'une mort certaine avait toutes les qualités des anges. Il était donc normal qu'elle soit auréolée de lumière.
Ville de l'étoile filante, an 621
Feitan avait grandit, marchait, parlait et suivait Viana partout. Mais un jour, la jeune fille le laissa sous la garde d'une vieille femme rêche et autoritaire. Le petit garçon était précoce mais également très petit, sa gardienne en usa et fit de lui un monstre de foire. Le bébé qui savait parlé
Quand Viana vint le récupérer, elle avait totalement changée. Elle était maquillée, bien habillée et terriblement séduisante. Elle prit doucement son protégé dans ses bras et lui murmura que désormais ils n'auraient plus à s'en faire, qu'elle avait trouvé un travail qui payait bien.
Désormais, la jeune fille passait la journée avec lui, puis, la nuit, elle le confiait à la vieille femme et partait travailler, persuadée de laisser « son enfant » entre de bonnes mains. Après toute la vieille était sa grande tante qui l'avait prise en charge à la mort de ses parents !
Feitan ne put retenir un frisson au souvenir des exhibitions. Tous ses gens qui le regardaient avec défiance et amusement, qui ne voyait en lui qu'un amusement et non un être humain. Sous leur regard, il était réduit à l'état d'objet. Dans cette ville, où même les êtres humains étaient des déchets, il n'en avait même pas le statut. Il était devenu un moins que rien…
Ville de l'étoile filante, an 624
Cette situation avait duré trois ans sans réellement évolué, si ce n'est que leur richesse augmentait peu à peu, que Viana semblait de plus en plus fatiguée et que Feitan, désormais âgé de cinq ans avait appris l'art du vol. Il restait encore plus petit que la normale mais possédait une grande agilité et une grande intelligence. Il avait même appris à lire !
Mais, Viana finit par tomber malade. Dans ce monde, où les médicaments n'existaient pas, où l'eau courante était un rêve, où l'hygiène était absente, c'était pratiquement dire qu'elle était morte. Jour après jour, elle perdait ses forces, toussait, crachait du sang. Rapidement, elle ne put plus bouger et le jeune chinois se mit à bosser comme un forcené pour qu'ils puissent se nourrir. Ils dilapidèrent les fragiles économies qu'ils avaient eus tant de mal à amasser, vendirent toutes les tenues de la jeune fille mais cela ne fut pas suffisant et Viana mourut.
Le chagrin submergea finalement le jeune garçon alors que les images de l'agonie de Viana lui revenaient à l'esprit. A l'époque, il n'avait pas compris comment et par quel injustice, elle était tombée malade. Ce n'est que quelques années plus tard, que suite à la lecture il comprit à la fois quel était le métier de sa protectrice et comment elle avait attrapé sa maladie. Il en conçut une haine profonde pour les gens de la mafia et ceux du dehors. C'était par leur faute qu'elle s'était souillée, par leur faute qu'elle en était morte!
Quand Feitan se souvenait des matins où elle revenait avec un air perdu, épuisée et sans plus aucune étincelle de vie, il sentait monter en lui la plus terrible des colères. Ils n'auraient jamais dû avoir le droit de se servir d'elle comme un objet même si cela lui permettait ensuite de vivre!
Ville de l'étoile filante, an 626
Les deux années qui suivirent la mort de Viana furent les pires de sa vie, la grande tante de sa décédée protectrice l'avait vendue à une arène. Chaque matin, il s'entrainait, musclant son corps imparfait. L'après-midi, il se battait à mort contre les autres gladiateurs. Il ne dû sa survie qu'à l'homme qui finançait ces combats et qui comprit rapidement tous le gain que pouvait lui faire gagner l'enfant s'il parvenait à devenir plus fort. Il empêcha à chaque fois que Feitan ne soit tué…ce qui n'empêchait pas le jeune garçon de ressortir de ces combats plus mort que vivant, les côtes cassés, le sang qui coulait à flot de ses plaies et le visage couvert de coups. Il avait deux jours pour se remettre et repartir se battre.
En outre, il était le souffre-douleur des autres qui ne supportaient pas qu'un non-Kirnas ait droit à plus de reconnaissance qu'eux. Il n'était qu'un bâtard, un enfant poubelle, que personne n'aimait, il ne méritait même pas de vivre. Alors, ils lui piquaient sa nourriture, l'empêchait de dormir, et tentait de le tuer dès qu'on ne faisait pas attention à eux.
Puis, finalement, il devint plus fort et un jour, il remporta tous ses combats, tuant ses adversaires sans aucune pitié sous le regard stupéfait des spectateurs. Le lendemain, ses geôliers furent retrouvés morts, leur corps ne ressemblant plus à rien…le gamin, avant de s'enfuir, s'était vengé.
A ce dernier souvenir, Feitan sourit. A partir de ce jour-là, il avait quitté le camp des vaincus pour celui des vainqueurs, persuadé de ne plus jamais connaître la défaite ni la souffrance. Et si, souffrance il y avait, il la rendait au centuple à son adversaire. Alors, si un jour, il croisait à nouveau Alexis, il lui ferait payer ce qui lui avait infligé et les larmes de Morgane. Cette idée lui procura un plaisir immense tandis qu'il imaginait l'impitoyable assassin à sa merci.
Mais, cet instant fut rapidement par l'arrivée de Kuroro et de Pakunoda :
« Où est Morgane ? s'enquit son meilleur ami. Je croyais t'avoir dit de ne pas la quitter d'une semelle.
-…, répondit le jeune chinois dont la bonne humeur fut immédiatement balayée au souvenir de ce qui c'était passé quelques heures plus tôt.
- Où est-elle ? répéta doucement Pakunoda qui présentait le pire. Et pourquoi as-tu pleuré ?
- Elle…, commença le jeune garçon avant que sa voix ne se brise. Elle…, je n'ai rien pu faire, il était trop fort. Pardon. Pardon.
- Feitan ! Dis-nous ce qui s'est passé !
- Son père est venu la chercher, je me suis battu pour la protéger mais il était trop fort, bien trop fort et il finit par l'emmener avec lui en disant que nous ne la reverrions jamais.
- Non …, murmura Kuroro en secouant la tête de droite à gauche. Non ce n'est pas vrai. »
Sa voix se brisa doucement et sous le regard horrifié de ses deux amis, il se mit à hurler, perdant toute contrôle de lui-même. Il ne pouvait supporter de plus la revoir, d'avoir perdu pour toujours celle qu'il considérait comme la femme de sa vie surtout quand il savait qu'elle n'avait jamais voulu partir.
La veille, pour fêter ses douze ans, Kuroro lui avait offert de somptueux cadeaux et lui avait avoué ses véritables sentiments. Morgane avait répondu par l'affirmative et sous le regard bienveillant de la lune, ils s'étaient promis d'être toujours là pour l'autre. Loin d'un rêve d'enfant, c'était un désir concret et dont ils savaient qu'il ne pourrait s'éteindre. S'ils s'étaient croisés, ce n'était pas un hasard. Bien que l'un comme l'autre réfute l'idée d'âme-sœur, ils ne pouvaient s'empêcher de croire qu'une institution supérieure leur avait permis d'être réuni. Kuroro pensait même que c'était l'âme de sa mère, préoccupée par son bonheur qui avait favorisé leur rencontre.
De plus, leur amour n'avait rien à avoir avec le coup de foudre, il était le prolongement de leur amitié fusionnelle, le point de chute de leurs rêves communs, le fruit de leur connaissance mutuelle. Ils savaient l'un comme l'autre que celui qu'ils aimaient n'était pas parfait, qu'il avait autant si ce n'est plus de défaut que de qualités. Pourtant, ils savaient qu'ils pouvaient se faire confiance et que l'autre serait toujours là et pour ces enfants abandonnés, c'était la plus belle des preuves d'amour.
Néanmoins, il finit par se reprendre, car malgré toute la douleur et la détresse qu'il ressentait, il n'était pas homme à se laisser maîtriser par ses sentiments. La mort de Neris lui avait appris qu'ils étaient nécessaires et qu'il fallait les accepter mais le jeune garçon savait aussi à quel point ils pouvaient être destructeur et il ne pouvait pas se laisser détruire. Il avait des rêves à construire en hommage à une jolie rousse au caractère bien trempé et au sourire dévastateur qui avait réussi à conquérir son cœur.
Doucement, il se tourna vers ses compagnons et, faisant abstraction de la boule qui lui déchirait le ventre, murmura d'une voix calme :
« Un jour, nous la reverrons, je le sais. Mais en attendant, nous avons d'autres choses à réaliser, et j'espère que je peux compter sur vous.
- Bien sûr ! » acquiescèrent Pakunoda et Feitan d'une même voix.
La douleur et le chagrin sont une chose, l'espoir en est une autre mais il est idiot de songer qu'ils sont toujours opposés. C'était parce qu'il aimait Morgane, que Kuroro continuerait à se battre, parce qu'il savait qu'elle croyait en lui et qu'elle ne méritait pas qu'il s'apitoie sur son sort. Et puis, après tout, leur amour était mille fois plus fort que la séparation : ce n'était pas parce qu'ils n'étaient plus ensembles qu'ils cesseraient de s'aimer.
A suivre
Les prochains chapitre se passeront dans la famille Nao donc nous ne reverrons pas Kuroro, Pakunoda et Feitan avant un certain bout de temps. J'essaierais d'introduire le maximum de perso original (d'ailleurs si vous avez des envies particulières d'apparition de perso? Or Gon, Léorio et Kurapika par contre) mais il y aura quand même pas mal d'OC.
A plus
Et merci au guest pour sa review =)
