Voilà le onzième chapitre qui arrive assez rapidement, l'autre étant assez court. J'avais déjà écrit la moitié donc ça aide un peu, j'espère qu'il vous plaira :)
Je fais pas de racontage de vie ces temps-ci même si y'a pas mal de trucs assez mémorables qui se passent, j'ai la flemme lol x), ce sera pour le prochain chapitre lo!
Bonne lecture!
Les jours suivant, Harry passa le plus clair de son temps à se remémorer la scène du "presque baiser" qu'il avait vécu avec Rogue. Il se demandait si la potion qu'il avait réalisée était réellement à l'origine du fait que son professeur avait vraiment failli l'embrasser. Bien sûr, leur distance avait été infime, mais il aurait put le repousser et lui hurler dessus, chose qu'il aurait trouvé normale. L'état de transe dans lequel il avait été lui avait fait perdre presque tout contrôle et il se demandait en rougissant si Rogue avait pu voir en lui les pensées peu catholiques qui lui étaient passé par la tête. Mais ce qui restait sa plus grande question était pourquoi Rogue ne l'avait pas repoussé violemment comme il aurait dû le faire ? Était-il attiré par lui, ne serait-ce qu'un tout petit peu ? Harry se demandait ce qu'il se serait passé s'il n'avait finalement pas relâché Rogue. De plus, il se demandait si cette phrase qu'il lui avait dite "j'étais sûr que vous aviez des capacités cachées" n'était pas à double sens... qui sait ?
Les jours passant, Harry se sentait un peu plus confiant. Il se remettait tout juste de la révélation qu'il avait eue sur sa sexualité, d'ailleurs, il se dit que si les Dursley ne serait-ce que soupçonnaient qu'il était attiré par les hommes, il serait déjà six pieds sous terre. Il avait été attiré par des filles, plusieurs fois même, mais jamais cela n'en était venu à ce point, jamais cela n'avait abouti à une telle obsession. Il n'avait jamais tremblé en présence de quelqu'un, il ne s'était non plus jamais senti aussi mal à l'aise ou dans la crainte de perdre une personne à ce point. Rogue n'était pas comme les autres, il le savait depuis que ses yeux s'étaient posés sur lui, mais il n'aurait jamais pensé à ce point et dans ce sens.
Ce qui l'inquiétait un peu, c'était que les Gryffondors tout comme les Serpentards semblaient se douter que quelque chose avait changé. Harry avait protégé Rogue contre des insultes minables, il ne répondait plus de manière provocante lorsque Rogue lui faisait un reproche, de plus, il leur paraissait étrange qu'il enlève toujours sa cravate avant d'entrer en cours de Potions. D'ailleurs, Harry commençait à sérieusement s'inquiéter du fait qu'il avait plusieurs fois surprit Drago Malefoy le regarder fixement d'un air menaçant et très inquiétant durant les repas ainsi que les cours de Potions qu'ils avaient en commun. Le blond semblait se douter que quelque chose ne tournait pas rond et semblait décidé à savoir ce que trafiquaient son parrain et son pire ennemi. Il avait déjà remarqué qu'ils étaient souvent l'un avec l'autre en cinquième année, lorsque Harry prenait des cours de Legilimancie et d'Occlumancie, mais jamais avant il n'avait vu une "trêve des hostilités" entre lui et Rogue. Plus les jours passaient, plus Harry sentait que Drago devenait dangereux. Il s'était rendu compte que le Serpentard commençait à fourrer son nez dans des choses qui ne le regardaient pas quand il avait remarqué qu'à chaque fois qu'ils se croisaient, Drago ne lui sautait plus à la gorge mais l'ignorait ou lui lançait un regard lourd en menaces qui semblait lui dire "je sais ce que tu es en train de faire", ce qui, étrangement, lui paraissait beaucoup plus effrayant.
Harry avait apprit par Dumbledore que Drago lui avait avoué qu'il était devenu Mangemort l'année passée. Il n'avait encore eu aucune mission particulière, mais était un espion pour Voldemort, il devait lui rapporter ce qu'il se passait dans le château dès qu'il le pouvait et surtout comment la force de Harry évoluait, il semblait craindre que celle-ci grandisse plus vite que la sienne et ne finisse par la surpasser. Le Seigneur des Ténèbres étant encore bien faible, il ne faisait que très peu parler de lui mais envoyait déjà beaucoup de ses hommes sévir dans l'ombre en attendant le retour de sa force intégrale. Dumbledore avait confié à Harry qu'il ignorait la réelle raison pour laquelle Drago lui avait avoué une telle chose, peut-être que celui-ci avait décidé de ne pas suivre les traces de son père ou qu'il avait peur de quelque chose. Personne ne connaissait réellement Drago, ce qui le rendait d'autant plus inquiétant ces derniers temps. Harry s'inquiéta de savoir si cette sale fouine décolorée et gélifiée avait osé faire part à Voldemort du "rapprochement" soudain entre lui et Rogue. Mais en contrepartie, Drago aurait été bien cruel de le faire, car Rogue était son parrain et l'une des seules personnes qui se souciait un tant soit peu de lui.
Ce qui calma rapidement les rumeurs qui courraient sur le fait que Harry et Rogue se rapprochaient l'un de l'autre était le fait que le professeur de Potions soit toujours aussi sévère, si ce n'est encore plus, avec le Gryffondor. Même si Harry ne répondait plus à ses remarques, celles-ci gardaient leur méchanceté gratuite habituelle, de plus, Rogue continuait inlassablement de retirer des dizaines de points par cours avec l'aide de ses victimes favorites dont Harry faisait partie. Tous abandonnèrent l'idée que Rogue et lui se rapprochaient à cette constatation, se disant que Harry avait finalement dû se résigner à la fermer. Oui, tous... sauf Drago.
Harry eut la "très vague impression" que Drago le menaçait ouvertement de mort lorsque pendant les cours de Potions, il commença à retrouver près de son chaudron de la Ciguë et de l'Aconit, une plante magique pouvant tuer si on la touche à main nues. À chaque fois qu'il se retournait pour voir Drago, il remarquait que celui-ci l'observait d'un regard noir, confirmant que ces cadeaux empoisonnés, c'était le cas de le dire, venaient de lui, le mettant en garde de ne pas essayer de mettre la vie de son parrain en danger sous peine de le regretter amèrement. Néanmoins, Harry avait constaté avec une pointe de soulagement que Drago ne le pistait pas ou du moins, pas pour le moment.
Un jour, Harry surprit Drago en train de parler à Rogue, il était sûrement venu lui parler de ce qu'il avait remarqué. Depuis cette discussion, les menaces contre le Gryffondor avaient cessé et Drago semblait le laisser tranquille, bien que semblant rester sur ses gardes et fixant toujours Harry d'un air étrange de temps en temps. Il ignorait ce que Rogue avait bien pu lui dire, mais tant que cela tenait le blond éloigné de lui et tranquille, il s'en réjouissait.
Il s'était passé environ deux semaines depuis que Harry avait démontré ses capacités à Rogue. Serpentards et Gryffondors étaient en cours de Potions, chacun s'affairant à faire une Potion de Ratatinage. Leur professeur était à son bureau en train de corriger des copies. Harry s'inquiétait, cela faisait déjà trois jours que Rogue palissait de plus en plus, il semblait distrait et plus faible qu'auparavant. Néanmoins, beaucoup d'élèves tombaient malade ces temps-ci. Depuis les premiers Perces Neiges, la température variait en yo-yo assez éprouvant, passant de cinq à vingt degrés d'un jour à l'autre, du jamais vu. Harry, qui n'arrivait décidément pas à se concentrer sur sa potion observait d'un air soucieux son professeur. Il vit celui-ci se passer la main sur le visage, il semblait tenter de se ressaisir. Rogue se leva silencieusement de sa chaise, s'appuyant contre son bureau et une seconde plus tard, il s'effondra brutalement.
- Professeur !
Paniqué, Harry bondit littéralement de sa chaise pour aller voir ce qu'il se passait, remarquant au passage que Drago avait eu exactement le même réflexe. Oubliant momentanément qui ils étaient l'un pour l'autre, les deux élèves arrivèrent au niveau de Rogue, voyant avec effroi qu'il semblait agoniser, il ne paraissait plus pouvoir respirer, cet état dura quelques secondes après quoi il ferma les yeux, ne bougeant plus, il s'était évanoui. Les deux jeunes hommes s'étaient agenouillés en même temps pour prendre conscience de l'état de leur professeur. Alors que Harry approchait sa main pour tenter d'aider Rogue, il sentit Drago empoigner sa chemise à deux poings, lui adressant un regard colérique lourd de menaces.
- Pose tes sales pattes sur mon parrain Potter et je te jure que c'est la dernière chose que tu feras !
- Va te faire voir Malefoy ! J'essaye d'aider, pas de le tuer !
- Toi ? Non mais laisse-moi rire !
-Arrêtez ! Vous n'allez quand même pas vous battre !
Les deux garçons enragés l'un après l'autre tournèrent la tête vers la source du bruit : c'était Hermione, elle semblait effrayée et perdue mais avait réussi à se ressaisir, pas comme les autres élèves, toujours en état de choc.
- Harry, viens avec moi, il faut aller chercher Pomfresh immédiatement !
Drago lâcha Harry, avec qui il échangea un regard meurtrier avant que ce dernier n'écoute Hermione et se mette à la suivre en courant vers l'infirmerie. Pomfresh fit évacuer la salle de cours en même temps qu'elle fit transporter Rogue à l'infirmerie. Drago et Harry eurent l'interdiction d'entrer tant qu'on ne leur en avait pas donné l'autorisation. Les deux ennemis se retrouvant devant la salle de soins, ils se sautèrent à la gorge pour la première fois depuis longtemps. Drago avait attrapé Harry par le manteau avant de commencer à proférer des menaces.
- Je te jure que si je te vois roder autour de mon parrain et qu'il lui arrive malheur encore comme ça vient de se passer, tu retrouveras des Veuves Noires dans ton lit Potter !
- Non mais t'es bouché ?! Je t'ai dit que j'en avais rien à foutre de ton "parrain" ! Tu deviens complètement parano !
- Je deviens parano ? Depuis que tu traînes dans ses parages, il est tombé deux fois évanoui ! Ensuite Dumby nous sort que ses jours sont comptés, je suis sensé en déduire quoi ?!
- Tu vas quand même pas me coller son état de santé sur le dos ?! Je...
- Vous deux ça suffit !
Pomfresh était apparue de derrière la porte de l'infirmerie, elle semblait furieuse.
- Il y a des gens malades ici, ils ont tous besoin de repos ! Veuillez retourner dans vos salles communes respectives ou j'appelle le directeur !
Les deux ennemis se séparèrent sous les yeux de l'infirmière, qui vérifia bien qu'ils partent tous les deux dans le sens opposé. Harry partit s'isoler dans son dortoir, il n'avait aucune envie de parler ou de descendre. Il était furieux contre Drago qui lançaient de fausses accusations sur lui, mais en même temps, s'il savait... Harry s'inquiétait de plus en plus, c'était la deuxième fois que Rogue perdait connaissance sous ses yeux. Il avait peur pour son professeur, celui qu'il aimait. Il devenait fou à ne pas savoir ce qu'il se passait dans l'infirmerie. Il avait envie d'aller voir Rogue, de voir qu'il se sentait mieux mais il ne savait rien de son état actuel. Harry ne sortit du dortoir qu'à l'heure du dîner, là, il constata encore une fois avec inquiétude que Rogue n'était pas là, il devait toujours être à l'infirmerie. Il avait les nerfs à fleur de peau, il ne supportait vraiment pas de ne pas savoir ce qu'il se passait. Après avoir à peine touché son assiette, il retourna dans son dortoir pour sortir sa cape d'invisibilité et la Carte du Maraudeur. Harry ouvrit la carte, l'enclenchant d'un coup de baguette magique et de la formule convenue. Il déplia nerveusement le papier à la recherche de l'infirmerie. Lorsqu'il trouva la marque de celle-ci, il vit que Rogue était encore dans le dressing room transformé en chambre. Il vit aussi que Drago était allé lui rendre visite, il s'en était douté, c'était pour cela qu'il avait prit la carte. S'il était parti pour l'infirmerie sans savoir qui pouvait être avec Rogue, il aurait eu l'air idiot en tombant nez à nez avec son ennemi.
Harry attendit patiemment, Ron et les autres étaient entrés dans le dortoir pour pouvoir dormir, mais lui n'avait pas l'intention de le faire. Il garda sa lumière allumée, ce ne fut qu'au bout d'environ deux heures que Drago partit pour les cachots. Dès qu'il vit que le blond était dans son dortoir et n'en bougeait plus, Harry prit sa cape et s'éclipsa de la pièce après avoir annulé le sort sur sa carte sans la regarder une dernière fois. Il traversa la salle commune des Gryffondor pour en sortir, après quoi il se cacha sous sa cape en avançant le plus silencieusement et le plus calmement possible. Il sentait son cœur s'accélérer au fur et à mesure qu'il se rapprochait de l'infirmerie. Avant d'entrer dans celle-ci, il prit une grande inspiration, tentant de se calmer un minimum avant d'aller voir Rogue.
Le jeune homme entra dans l'infirmerie qui était vide cette nuit, les élèves malades avaient visiblement été guéris. Il avança lentement vers la pièce où se trouvait Rogue, il ne voulait pas se faire entendre, il savait que Pomfresh avait une ouïe incroyable et que s'il se faisait attraper, il ne pourrait pas revenir avant le lendemain après les cours et jamais il n'aurait la patience d'attendre jusque là. Alors qu'il était juste à côté de la porte, il entendit des voix. Harry reconnu la voix de son professeur de Potions mais aussi celle de Dumbledore. Frustré et passablement énervé, il se dit qu'il aurait dû jeter un dernier coup d'œil sur la carte avant de la refermer. Il attendit patiemment, écoutant au passage ce qui se disait à l'intérieur de la chambre.
- Severus...
- Encore une fois, je n'ai pas besoin de vous pour me materner, je me sens parfaitement bien maintenant donc veuillez avoir l'obligeance de me laisser tranquille et de partir.
- Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi têtu que toi.
- Combien de fois vais-je encore devoir entendre cette phrase ridicule ?
- Autant de fois que j'aurais l'occasion de te le dire, car c'est vrai. Ton état se dégrade Severus, tu ne peux plus le cacher.
- Laissez-moi.
- Non Severus, pas cette fois. Il faut que tu arrêtes ce que tu es en train de te faire, le nier ne fait qu'empirer les choses. Je ne te l'ai pas dit, mais il y a plusieurs semaines, Harry est venu me voir, furieux. À ma demande, il a rapporté ce que tu lui avais dit et sincèrement j'ai été stupéfait ! Je n'aurais jamais imaginé que tu en viennes à mentir. Que tu ne dises rien, cela est dans ta nature, mais que tu mentes... Severus, pourquoi ?
Harry sentit son cœur rater un battement. Non, ce n'était pas possible, Rogue n'avait pas cette maladie dont Dumbledore avait parlé, non... cela ne se pouvait pas, Dumbledore savait sûrement qu'il était derrière la porte et il tentait de lui faire peur, c'était ça, c'était sûrement ça...
- Pourquoi ? Vous osez me demander pourquoi ? Étiez-vous là pour voir les yeux de tous ces élèves, me regarder avec dans le regard cette... pitié. Cette pitié qui me répugne, elle n'est que pure hypocrisie ! Tous me détestent depuis le premier jour et les voilà qui me regardaient avec... pitié. Je ne veux pas de ce genre de regard sur moi, je suis un Être fort, je n'ai pas besoin de ces bassesses et de ces pseudo compatissances ! J'ai fais mon choix, vous n'aviez pas le droit de m'enlever cela ! Jamais, au grand jamais je n'ai pu diriger ma vie comme je l'entendais ! Mais bon sang, par Merlin ! Laissez-moi mourir comme je le désire !
Harry sentit son cœur se briser. Il n'entendit rien de ce qui suivit. Il avait mal, atrocement mal. Alors c'était bien vrai ce qu'avait dit Dumbledore. Rogue lui avait menti et il avait tout avalé. Il ne pouvait pas le croire, il ne pouvait pas croire que c'était réel. Il était si choqué, il avait si mal, ses yeux n'arrivaient même pas à pleurer. Il sentait juste une atroce douleur au niveau de son estomac et de son cœur. Voldemort aurait pu surgir de nulle part pour le tuer, il n'aurait même pas réagi, il était totalement perdu, hors de la réalité. Ce qui le réveilla de sa transe fut la porte qui s'ouvrit, il entendit Dumbledore lui souffler une phrase par pensée.
- Je t'avais dit que je n'étais pas un menteur.
Au passage, le vieux mage attrapa la cape d'invisibilité pour découvrir Harry en lui adressant la parole d'une voix forte, vraisemblablement pour que Rogue puisse aussi l'entendre lui aussi.
- Bonsoir Harry.
Dumbledore lâcha la cape qui resta dans les mains du jeune homme. La porte de la chambre de Rogue était encore ouverte et il pouvait voir son professeur allongé sur le lit, fixant le plafond. Harry avala difficilement sa salive, son cœur lui faisait toujours horriblement mal. Il entra néanmoins dans la pièce, fermant la porte derrière lui. Il y régnait un silence de mort. Au bout de plusieurs minutes, le plus jeune prit la parole.
- Alors... Dumbledore disait la vérité... vous m'avez menti... et j'y ai cru...
Harry fixait Rogue qui tourna la tête vers lui, voyant la mine totalement décomposée que son élève avait, il semblait s'être détruit de l'intérieur en quelques secondes.
- C'est Dumbledore qui vous a dit de le suivre ?
Le plus jeune secoua la tête en reprenant la parole d'une voix faible et brisée.
- Non. Je voulais juste vous rendre visite, j'ignorais qu'il serait là...
- Vous voyez que je vais bien, vous pouvez retourner vous coucher à présent.
Harry ne put s'empêcher de laisser échapper un rire aussi nerveux que douloureux, il sentait une boule se former dans sa gorge.
- Vous allez bien ? Permettez-moi d'en douter après ce que je viens d'entendre.
- Pensez ce que vous voulez.
- S'il vous plaît arrêtez... arrêtez de me repousser... je sais tout maintenant, arrêtez de nier parce que ce n'est pas uniquement à vous que vous faites du mal mais à moi aussi... pourquoi vous m'avez menti ?
- Je ne voulais pas que vous sachiez.
- Mais pourquoi ? J'avais le droit de savoir, même si c'était par accident ! Est-ce que vous vous rendez compte à quel point c'est douloureux pour moi de me rendre compte que j'ai espéré pour rien que vous étiez en bonne santé ? Ce que je vous ai dit, quand je vous ai dit que je vous appréciais, c'était vrai, je ne mentais pas ! Je vous apprécie vraiment ! Mais pourquoi, pourquoi vous vous entêtez à vous isoler alors qu'au contraire j'essaye de devenir votre ami ? Pourquoi m'avez menti sur votre maladie ?
- J'ai fait mon choix.
- Vous avez fait votre choix ? Vous avez fait le choix de mourir seul ? Haï, méprisé par tous ? Rester dans les mémoires comme un traître, un fugitif ? Comment peut-on faire le choix de mourir seul et de salir volontairement son nom et sa mémoire ainsi ?
Rogue ne répondit rien, il se contenta de regarder Harry dans les yeux. Le plus jeune commençait à avoir les yeux brillant même s'il essayait d'être fort et de ne pas craquer.
- Vous dites avoir choisi de mourir ainsi, que vous n'avez jamais pu choisir comment vivre... moi je pense que ce n'est pas un choix que vous faites, mais juste que vous baissez les bras, que vous vous résignez... le Severus Rogue que je connais serait debout en train de chercher un traitement pour sa maladie, il le ferait jusqu'à la dernière minute... mais vous vous condamnez vous-même... vous vous condamnez à mourir seul, haï de tous... qu'y a-t-il de plus atroce comme mort ? C'est une mort digne d'un monstre... peut-être vous considérez-vous en tant que tel à cause de l'opinion des autres... mais à mes yeux, vous êtes le plus merveilleux des humains...
À la fin de sa phrase, Harry vit quelque chose dans le regard de Rogue s'assombrir. Il savait que la nature maudite de son professeur l'avait fait atrocement souffrir pendant toute sa vie et qu'elle lui donnait une atroce image de lui-même. Rogue dévia son regard de celui de son élève, ses iris bougeaient, semblaient regarder le sol, cherchant un point imaginaire de gauche à droite durant quelques secondes. L'homme eut un très faible sourire, il poussa un bref soupir, se rallongeant sur le dos. Il fixa le plafond quelques secondes avant de dire un mot, un seul, dans une voix qui semblait emplie de tristesse, de désespoir.
- Humain...
Harry vit les yeux de son professeur se fermer... puis quelque chose briller au coin de son œil. Une larme. Une seule et unique larme, qui coula sur la tempe de Rogue avant de se perdre dans ses cheveux aussi noirs que les ténèbres dans lesquelles il avait toujours vécu. Harry sentit son cœur se serrer encore plus, il savait qu'il était temps de partir, son professeur allait sûrement lui ordonner de le faire d'ailleurs. Mais lorsque sa main fut sur la poignée de la porte, des mots lui revinrent en tête.
Sois à mes côtés quand ma lumière vacille
Que le sang glisse, que les nerfs piquent
Et fourmillent ; que j'ai le cœur malade,
Et que tous les ravages de l'Être ralentissent.
Le début du poème que Rogue avait écrit en face de son portrait souriant... Soudain, ces mots prirent tout leur sens : Rogue ne voulait pas mourir seul, il voulait qu'il soit près de lui. Il se résignait à mourir seul mais ne le voulait pas réellement. En ces lignes il avait formulé un souhait silencieux qu'il avait voulu garder pour lui. Il préférait se faire souffrir lui-même que d'entraîner quelqu'un avec lui, surtout pas quelqu'un à qui il s'était attaché. Pour Harry ce ne pouvait être que cela et même s'il y avait une autre interprétation, il s'en fichait. Il tourna les talons et s'avança vers son professeur qui avait toujours les yeux clos. Sans hésiter, il posa sa tête contre le torse de Rogue qui ne le repoussa pas. Il serra ses bras autour de lui, cette sensation de bien être qu'il avait lorsqu'il touchait son professeur lui revint. Harry écouta les battements du cœur de l'homme qu'il aimait, il ne lui semblait pas avoir déjà entendu une aussi douce musique, une musique merveilleuse qui prouvait qu'il était bien vivant.
Harry sentit son cœur s'accélérer. Il porta sa main droite à son visage pour retirer ses lunettes : il voulait regarder Rogue dans les yeux sans cette barrière, il voulait que Rogue lise en lui et voit ses yeux elle. Étant myope, Harry voyait très flou, mais il s'en fichait, il garda malgré tout ses yeux ouverts normalement et leva son visage à la hauteur de celui de l'homme plus âgé. Il vit que Rogue avait à présent les yeux ouverts et avait déjà plongé son regard dans le sien. Leurs visages étaient au même niveau, si proches l'un de l'autre... Harry passa sa main dans les cheveux courts et doux de Rogue, qui, encore une fois, le laissa faire sans opposer aucune résistance. Harry pencha doucement son visage sur celui de l'homme, supprimant la distance qu'il y avait entre eux. Il sentit que son cœur était au bord de l'explosion lorsqu'il scella leurs lèvres en un baiser tendre, chaste, qui lui semblait si doux... il n'avait pas l'impression de toucher le paradis, mais tout simplement d'y être entré. Harry brisa le baiser après ces quelques secondes de bonheur dans la douleur replantant ses yeux verts dans ceux de jais de Rogue, lui murmurant quelques paroles, qui semblaient si banales, mais qui, pour eux, étaient lourdes de sens.
- Vous n'êtes plus seul...
Voilà, j'avoue que c'est un moment dans l'histoire que j'avais prévu depuis le début, ça fait bizarre de finalement l'écrire... Encore merci pour votre lecture et vos avis, ils me touchent toujours vraiment beaucoup, à bientôt pour un nouveau chapitre :) !
