« Ralf Portshore, 16 ans, District Onze »

Je bande une dernière fois ma main avant d'arriver au Capitole. Nous serons bientôt en gare, et que les Citoyens me voient blessés n'est pas forcément une bonne idée. Même si ce geste me condamne, je ne regrette rien. J'étais tellement en colère, que Marge peut s'estimer heureuse que j'ai frappé la boule plutôt qu'elle. Alors que j'attends, le dos appuyé contre une fenêtre, je nous vois passer un tunnel dans celle d'en face, avant de déboucher dans l'immense gare du Capitole, étonnamment lumineuse. Je vois des têtes qui dépassent nous chercher dans tous les wagons, espérant nous apercevoir. Eunia me rejoint, regarde par la fenêtre et lève les yeux au ciel. Elle respire un grand coup, puis me dit :

- Marge m'a dit qu'on allait nous camoufler le visage jusqu'à la voiture. On ne doit pas être vus dans le Capitole avant la Parade.

Avant que je puisse lui répondre, le train s'arrête, et deux Pacificateurs rentrent dans le train. L'un des deux s'approche vers moi, et, quand il me voit reculer d'un pas, il me dit simplement :

- Je vais juste t'escorter à la voiture.

Il me met un sac noir sur la tête, puis me guide hors du train. Quand je descends, je sens l'air frais me caresser le visage. Même avec le sac j'arrive à respirer correctement. On nous fait marcher quelques mètres, et même si je ne vois rien, j'entends la foule applaudir de tous les côtés, se bousculer, et reculer sous les ordres des Pacificateurs. Quand on arrive à la voiture, l'homme ouvre la portière et me baisse violemment la tête pour me faire rentrer. Une fois assis, il me retire le masque et je remarque qu'Eunia est rentrée en même temps que moi. Les portières se referment et la voiture démarre. Elle fait ancienne, les sièges sont en cuir, et le chauffeur à d'élégants gants blancs aux mains. Les vitres sont teintées, mais nous apercevons des tas de gens nous applaudir à la vue de la voiture. Je me tourne vers Eunia. Elle a le regard fixe. Elle me ressemble un peu quand on y pense : Mêmes cheveux châtains. Même yeux marrons. Même peau métisse. De parfaits tributs du Onze. Elle se tourne, et, même si je détourne mon regard, je sais qu'elle m'a vu l'observer.

- J'ai pas peur de toi, tu sais.

Je ne la regarde pas. Je me contente de dire :

- Et tu fais bien.

C'est vrai. Je reconnais que je peux en impressionner certains, je suis plus grand que tout le monde, et plus musclé que la plupart des gens du Onze. Mais je n'ai au aucun cas l'intention de lui faire du mal. Ceux qui viennent du même district ne se tuent pas entre eux, en règle générale. Avec vingt-deux autres concurrents, je doute avoir besoin de le faire. Puis elle à l'air de savoir se débrouiller dans une arène. On pourrais même être alliés. Mais je suis trop fier pour que l'idée vienne de moi. Peut-être que j'accepterais, si elle me le propose.