Et voilà un nouveau chapitre tout chaud tout beau !

J'espère que vous n'avez pas trop patienté, sinon je m'excuse profondément. Pour toutes celles qui s'étaient imaginé des trucs tordus et inimaginables avec Lauren, vous avez enfin votre réponse^^

Bonne lecture !


Chapitre 11-Révélation…Déception

POV Edward

Je suivais Lauren deux mètres derrière elle, me demandant pour quelle raison elle voulait que je la suive, dans cet endroit sombre coupé du regard des autres. Moi j'aurais préféré rester avec Bella…

Quand nous fûmes à l'opposé de l'entrée, entourés d'arbres et les mauvaises herbes nous arrivant presque aux genoux, elle s'adossa au mur en brique crade. Elle baissait la tête et n'avait prononcé mot depuis qu'elle m'avait fait signe de loin pour me faire comprendre de la suivre. J'avais remarqué qu'elle avait jeté de fréquents regards autour d'elle pour vérifier que personne ne suivait cet échange. Sûrement Jessica. Je devais admettre que récemment, Lauren paraissait comme avoir peur de Jessica. Il est vrai que Jessica se prenait un peu comme la souveraine et elle dictait ses ordres à Lauren qu'elle prenait pour un larbin. Heureusement, Jessica était occupée à « discuter » avec Mike. Pour une fois que Newton servait à quelque chose…

Mon attention retourna sur Lauren lorsque j'entendis sa respiration entrecoupée et chevrotante. Je m'approchai avec circonspection.

-Lauren ? Euh…ça va ?

Je n'obtins pas de réponse. Elle se détourna et tamponna ses yeux pendant un moment. Puis elle prit une grande inspiration avant de se retourner pour planter son regard dans le mien. Ses yeux bouffis me procuraient un petit pincement au cœur. Je ne l'avais jamais portée dans mon cœur mais j'avais tout de même du mal à la voir ainsi, désemparée. Bien sûr, ça n'avait rien de comparable à si j'avais vu Bella pleurer, mais quand même. Emmett me charriait souvent quant à mon « âme sensible ». Je ne savais quoi faire, quoi dire pour qu'elle arrête de retenir ses larmes comme elle le faisait, reniflant et clignant des yeux.

Puis elle prit soudainement la parole :

-Je suis désolée. Franchement, je ne sais pas exactement pourquoi je t'ai amené ici…Une impulsion, un besoin, je ne sais pas, je suis désolée…

Elle émit un petit rire désabusé en se passant la main sur le visage.

Mu par une intuition inconnue, je m'approchai d'elle et lui prit les poignets pour dégager son visage. Je croisai un moment son regard humide avant qu'elle ne le rabaisse et qu'une larme solitaire coule sur sa joue pâle.

Pas aussi pâle que Bella, ne pus-je m'empêcher d'ajouter en mon for intérieur.

Elle inspira bruyamment.

J'insistai.

-Lauren, qu'est-ce qui se passe au juste ?

Elle renifla bruyamment, la respiration saccadée, puis finit par parler.

-Eh bien, en ce moment, toutes les choses qui se passent dans ma vie, je ne sais pas, elles sont en train de…déborder. Je n'arrive plus à les supporter, à les contenir. Je voulais en parler à quelqu'un, mais Jessica se serait moquée, elle m'aurait rabaissée, m'aurait traitée, puis s'en foutrait, et me délaisserait, comme d'habitude. Quant à Mike, lui c'est pas la peine, il ne peut pas suivre une conversation intelligente plus de deux minutes, c'est horse de ses compétences.

Ah, elle avait au moins assez de lucidité pour l'admettre. Je lâchai ses poignets. En fait, Lauren ne faisait pas exactement partie du même genre que Jessica. Elle l'imitait, cela était certain, mais elle ne l'était pas corps et âme. Depuis que Cassie l'avait elle-même remarqué le jour de son arrivée, dans la cafétéria, je me rendais compte que Lauren avait souvent l'air…à part, déconnectée…triste. Je fis un petit geste de la tête, lui intimant de continuer.

-Je…je sais que tu n'es pas forcément la personne désignée d'office, pour mon déballage, mais je me disais que toi au moins, tu n'irais pas raconter ma vie à tout le lycée, croyant détenir le ragot du siècle. Contrairement à Jess, qui n'hésiterait sûrement pas…En fait, elle m'étouffe. Je me laisse entraîner par elle et elle me traite comme son larbin. Je me dis que c'est bien de l'avoir comme amie, mais en réalité, elle ne me considère pas come une amie, plutôt comme…une supportrice. Depuis longtemps, je reste avec elle pour espérer oublier mes problèmes grâce à la popularité. Je sors de plus en plus souvent de chez moi pour les éviter, mais ils augmentent de plus en plus, et je ne sais plus quoi faire !

Sa vois prenaient des accents hystériques, et les larmes coulaient à présent librement sur ses joues rougies. Elle serrait fermement ses bras autour d'elle comme pour se protéger.

-J'ai peur dès que je rentre chez moi, je m'isole dans ma chambre mais je les entends encore, encore, encore ! Et tout ça c'est à cause de mes parents ! Je les hais ! Je les hais ! Si ce salopard n'avait pas quitté ma mère alors qu'elle était enceinte, préférant la douce compagnie de ses drogues chéries à celle d'une famille, je n'en serais peut-être pas là ! Bien sûr, ma mère ne pouvait pas survivre sans personne avec un bébé à s'occuper alors qu'elle n'avait pas de travail fixe ! C'EST à CAUSE DU SALOPARD ! Il est parti avec son fric et l'a laissée sans argent, il ne penser qu'à sa prochaine dose ! Alors ma mère ne s'est pas faite priée, elle a pris le premier qui voulait bien d'elle. Mais elle a encore choisi le mauvais, et ce con, en plus d'être fauché, il nous a quittés deux ans plus tard. J'AVAIS QUE TROIS ANS, BORDEL, TROIS ANS ! Et ça l'a même pas attendri ! Heureusement, maintenant il doit être en train de moisir dans des marécages après un coma éthylique, il ne mérite que ça !

Après seulement un an, ma pauvre mère s'est retrouvée totalement amoureuse d'un « mec adorable », comme elle disait, l'idiote. Adorable mon cul, ouai ! Oh, au début, ils menaient la vie de jeune couple modèle, j'allais à l'école primaire tranquillement, même si on habitait un appartement moisi de merde, et ils roucoulaient bien gentiment ! Mais ce gars était pas stable, et il a finit par perdre tout, cet enculé ! Son job, son argent, son appart, sa gentillesse, sa dignité, son respect, et son amour envers ma mère ! Il avait le même défaut et ma mère est tombée dans le panneau ! La drogue, la drogue, ils aiment que ça les hommes ou quoi ?! Ah non, désolée, ils adorent aussi le sexe ! Ils l'adorent follement, même, ça doit être pour ça que cet enculé se paye une pute au moins deux fois par semaine ! J'suis presque sûre qu'il a même une chambre attitrée ! Et le pire, le pire, c'est que ma mère a pas supporté, et elle s'est laissée entraînée, l'idiote, dans la drogue ! MAIS C'EST PAS CA QUI VA L'AIDER, BORDEL !!! Elle est la moitié du temps shootée, au point de ne pas se souvenir de mon prénom !!! Mais bordel je suis sa fille, merde !!! Ça fait mal, elle le sait, ça ??! NON !!! Maintenant, tout ce qui l'importe c'est que la cave soit toujours remplie des alcools les plus forts pour faire passer la douleur quand cet enculé la tabasse, qu'elle puisse boire à volonté, qu'elle ne soit jamais en manque de cette pourriture qu'elle adore à sniffer ou ses chères seringues, et de toujours trouver du gibier ! Parce que oui, elle ADORE ramener des hommes, trois par semaine, tous différents ! Et sous le nez de cet enculé !!! Et lui tout ce qu'il à faire, c'est de retourner un petit coup voir ses salopes préférées, pour se soulager ! Il a des besoins mon cul !!! J'EN AI MARRE, J'EN AI MARRE, J'EN AI MARRE DE SOUFFRIR AUTANT, CA FAIT MAL, TOUJOURS, ET CA S'ARRETE PAS !!! CA TRANSPERCE LA POITRINE MAIS ILS S'EN FOUTENT ! ILS PENSENT QU'A LEUR PETIT BONHEUR, TOUS ! J'en ai marre, j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal…

Lauren répétait cette horrible litanie, les mots se perdant dans ses sanglots, ponctués de cris déchirants. Je ne savais pas quoi faire, elle la première chose qui me vint naturellement à l'esprit fut de me rapprocher et de frictionner ses bras, d'abord timidement puis plus fortement avant de voir que mes efforts étaient vains. Alors je l'amenai dans mes bras, où ses cris furent un peu étouffés contre mon torse. Je paniquais, comment il fallait l'arrêter ?

Petit à petit, ses sanglots se tarirent et son dos cessa de se tressauter au rythme de sa respiration hachée.

-Lauren ?demandai-je doucement. Ça va mieux ?

Aucune réponse, je sentis seulement ses poings serrer encore plus fort mon t-shirt. Le bus devait être arrivé, à présent. On devait se demander où nous étions passés. J'espérai secrètement que personne ne nous avait vus partir derrière le bâtiment. Des rumeurs naîtraient sûrement. Je n'osais penser à ce que Bella penserait…

Je me trouvai momentanément pitoyable. J'avais une fille en pleurs et l'âme en peine dans mes bras, et je pensais à une autre fille. Ce n'est tellement pas ainsi que Carlisle m'avait élevé, aussi garce qu'ait pu paraître la fille auparavant, il m'aurait dit de la consoler au maximum.

Lauren bougea enfin entre mes bras. Son visage se leva lentement vers le mien, les yeux larmoyants où je pouvais déceler une intense détresse. Sa vie ne lui laissait aucun répit et elle se sentait sûrement perdue.

Alors que je me sentais désemparé devant les sentiments qui transparaissaient dans ses prunelles, Lauren avançait petit à petit son visage et je fus surpris lorsque je sentis soudainement ses lèvres sur le miennes.

Je fis un blocage durant quelques instants.

Euh…

Elle se mit à bouger ses lèvres sur les miennes et ce mouvement me réveilla mieux qu'une décharge électrique. Je n'osai pas bouger tout de suite, prenant en compte son état actuel. Mais mon esprit ne put s'empêcher de comparer ce semblant de baiser avec celui de Bella. Car même si c'était dans le cadre d'un jeu, j'avais gardé en souvenir la sensation douce et tendre de ses lèvres roses, la chaleur de sa bouche, ses cheveux soyeux sous ma main…Et cela n'était certainement pas Lauren. En rien.

Doucement mais fermement, je tentai de repousser Lauren. Je posai mes mains sur ses épaules et poussai, mais elle était plutôt tenace. Elle s'accrochait à mon t-shirt comme une noyée à sa bouée. Au contraire, elle se colla encore plus à mon corps, pressant sa poitrine et son bassin contre moi. Cette fois, je me dérobai et la tint loin de moi. Son expression stupéfaite se transforma vite en une grimace déçue et de nouveaux sanglots s'échappèrent de sa bouche en même temps qu'une nouvelle larme coulait sur sa joue rougie.

-Lauren…Lauren, non, s'il te plaît…Non, ne pleure pas…Rhaa !

Je me pris la tête dans les mains.

Mais quel idiot je faisais !

Mais en même temps, je n'allais quand même pas l'embrasser, quoi !

Sauf que maintenant elle était repartie pour un tour. Je soupirai et, à défaut de savoir comment bien consoler une fille dans ces situations, j'enlevai ma veste et la posai sur ses épaules. Elle ouvrit les yeux, surprise, puis resserra ma veste autour de son corps agité de légers tremblements et parcouru de frissons à cause de la brise qui se levait.

Nous contournâmes une nouvelle le bâtiment en silence. En arrivant, nous vîmes que presque tout le groupe avait embarqué. Nous nous plaçâmes à la fin de la file. Je tentai d'apercevoir ma sœur et mes amis, mais je ne trouvai aucun d'eux. Ils devaient sûrement être déjà installés. Je laissai Lauren monter devant moi. Elle regarda vaguement Jessica qui riait comme une cruche, assise à côté de Mike qui arborait son éternel air idiot et son sourire arrogant.

-Tiens, Lauren !remarqua Jessica d'une voix nasillarde. Il y a une place, juste derrière nous !

En effet, il y avait une place de libre…à côté de Maggie Sanders, une petite grosse à lunettes, très timide et pas très gâtée par la nature, que Jessica et son groupe de pimbêches s'amusaient à martyriser. Je suivis Lauren du regard tristement, me remémorant ce qu'elle venait de me dire à propos de sa situation vis-à-vis de cette pseudo-amie.

Je soupirai puis montai à mon tour dans le car. Je balayai les rangées et trouvai mes mais tout au fond du bus. A la dernière rangée, Bella était assise à côté de ma sœur, tête appuyée contre la vitre. Elle m'aperçut et me regarda un instant sans expression, puis reporta son attention sur un point vague dans le paysage gris et morne de la ville. Alice babillait sans s'en rendre compte en tournant les pages d'un magazine.

Devant elles, Josh discutait vivement avec Cassie qui répondait aussi gaiment, si bien qu'ils ne me virent pas arriver. Les places autour d'eux étant totalement occupées, je me rendis à deux places libres de quatre rangées devant. Tout seul.

Je soupirai.

*

POV Bella

Je me garai dans un vrombissement phénoménal, comme d'habitude. Mon vieux camion crapota un peu avant de s'arrêter complètement. Il serait peut-être temps de le faire réparer, ce tacot. Bof, je n'aurai qu'à demander à Jacob, ce mec réparerait n'importe quoi. Il était le fils du meilleur ami de mon père mais je ne l'avais plus vu depuis…trois ans ? D'ailleurs, je m'étais étonnée de ne pas l'avoir rencontré la fois où nous étions allés à la plage de La Push, c'est pourtant là qu'il habitait. Enfin, toujours est-il que mon père l'a tarit d'éloges sur son don en matière d'automobile.

Je sortis dans la fraîcheur matinale et balayait le parking du regard pour repérer les Cullen. Mon regard se figea une fois de plus sur une personne en plein milieu. Depuis quelques jours, je nourrissais soigneusement une haine dévastatrice et surtout aveugle à cette chère Lauren.

Elle portait encore, encore la veste d'Edward. Quelqu'un pourrait m'expliquer une bonne fois pour toutes comment la veste d'Edward se retrouvait sur ses épaules à elle ? Il lui avait sûrement donnée le jour où ils étaient partis derrière la piscine.

D'ailleurs, on ne savait toujours rien à ce propos, mystérieusement.

Edward n'en avait pipai mot et bizarrement, personne n'osait lui poser de questions. Je le surprenais quelque fois à regarder Lauren avec un drôle d'air. Mais il n'en parlait pas.

Evidemment, plusieurs rumeurs s'étaient créées, mais, comme toutes les rumeurs de lycées, elles avaient fini par s'éteindre au profit d'un nouveau ragot plus croustillant.

Mais dans ma tête, cet épisode n'était pas un simple ragot éphémère. Les pires possibilités obscurcissaient mon esprit en permanence, bien que j'essayasse parfois de me rassurer, en vain. Et de voir tous les jours Lauren arborait cette veste n'arrangeait royalement rien. Cela faisait trois jours que je n'avais échangé avec Edward guère plus de « bonjour, salut, au revoir. » Un froid s'était installé tacitement, un vide se creusait petit à petit, et aucun de nous deux ne faisait d'efforts pour le combler. Et je pense que c'est l'absence de réaction du côté d'Edward qui me blessait le plus. Mais je ne voulais pas l'avouer et alors je me renfermais encore plus. Avec Alice j'agissais presque naturellement, mais dès que son frère ouvrait la bouche, je me taisais.

Pour une fois qu'Alice ne remarquait rien.

Enfin, je pense qu'elle ne remarquait rien, en tout cas elle ne m'en avait pas parlé, et, connaissant Alice, au moindre doute elle tirerait la sirène d'alarme. Et elle m'engueulerait, par la même occasion.

Mais la situation avait un caractère…étrange. Car entre Edward et moi il y avait toujours de drôles de regards, en coin ou lourds de sens, et souvent les deux en même temps.

Vraiment, troublée était bien faible pour décrire l'état dans lequel je me trouvais.

Je me rendis compte que je regardais vaguement dans le vide depuis un moment alors que la sonnerie retentissait dans le lycée. Je me dirigeai, déboussolée, vers ma salle de classe. Je tentai difficilement de me remémorer quel cours j'avais à cet instant.

Oh.

Merde.

Biologie…

Evidemment, j'ai toujours été malchanceuse !

Je pris rageusement mes bouquins dans mon casier et me dirigeai avec appréhension vers ma salle.

Mais bordel j'avais pas à stresser comme ça !

Mais bon, avec aucun soutien moral, j'avais bien le droit de déprimer un peu, non ?

En effet, avec Alice qui roucoulait avec Jasper et qui (contre toute attente) ne remarquait rien de mon état et Josh qui faisait les yeux doux à Cassie…

Car oui, entre temps, alors que je vivais un cauchemar personnel, Josh et Cassie se rapprochait considérablement, elle pouffant et souriant dès qu'il entrait dans son champ de vision, et lui, jouant son beau gosse dès qu'elle lui apparaissait et incapable de retenir son sourire idiot en sa présence.

Mon dieu…J'ai vraiment une vie de merde et des amis pourris, non ?

Allez, avouez, vous êtes d'accord…

Je soupirai un grand coup et entrai dans la salle de cours. J'expirai tout l'air contenu dans mes poumons quand je vis que notre paillasse était encore inoccupée. Au moins je n'aurai pas à décider si je voulais clairement affirmer mon indifférence feinte ou si je voulais jouer la carte du « je me rapproche quand même ».

Stupide et pathétique débat intérieur, je sais.

Mais bon, je suis une fille et toute fille a ces périodes…bizarres.

Je m'assis lourdement sur ma chaise, contre la fenêtre, penaude. Je sortis machinalement mon bloc-notes et traçai des courbes sans raison ni suite logique. Je laissai mon regard dériver vers les terrains d'herbe du lycée encore trempés de la dernière averse. Le ciel, étrangement, semblait accepter la présence du soleil aujourd'hui. Si je n'étais pas aussi déprimée, j'aurai dansé la danse de la joie.

Ma main dérivait lentement sur ma feuille quand une main étrangère l'empoigna doucement et la releva. Mes doigts bougèrent dans le vide quelques secondes avant que je tourne la tête subitement, la surprise imprégnant mon regard. Edward me regardait avec amusement, narquois. Je libérai ma main vivement, presque avec force. Il haussa un sourcil. En réponse, je le fixai dans les yeux avant de me détournai et de retourner à mon examen approfondi des lignes blanches soigneusement tracées sur les brins d'herbe.

Il avait un regard trop profond et si beau…

Soumise…hu-hum !

Je l'entendis soupirer lourdement puis il m'enserra le poignet, cette fois, et me força à le regarder en face.

-Ecoute Bella, je sais pas trop ce qui se passe depuis quelques jours, mais en tout cas une chose est sûre, tu m'évites. Tu pourrais m'expliquer ?

-Je ne t'évite pas, répondis-je simplement.

-Bon, d'accord, tu ne m'évites pas, tu fais simplement comme si je n'existais pas ! Ce point éclairci, tu m'expliques ?!

-Eviter et Ignorer, c'est différent.

-Bella, grogna-t-il.

-Lâche-moi, tu me fais mal.

Je parlais lentement, distinctement et calmement. Je voyais au fond de ses prunelles émeraude que cela l'énervait au plus au point. Il souffla et me lâcha enfin. Je me massai légèrement le poignet avant de mettre mes mains sous la table et de regarder presque attentivement le prof de bio arriver en retard, débordé, s'excuser et s'installer gauchement. Il nous annonça qu'il allait nous faire visionner un documentaire sur les cellules. Il commença à commenter la vidéo après avoir plongé la salle dans l'obscurité en même temps que le narrateur à la voix monocorde et je tentai de rester à son écoute mais je sentais pesamment le regard perçant d'Edward sur moi. Je vous jure qu'il n'existe pas pire moyen de déconcentration. Nerveuse, je me mis à tripoter le bas de mon t-shirt. Trois, peut-être quatre minutes s'écoulèrent dans un silence religieux. Toute la classe semblait faussement absorbée par la division des cellules.

Woa, des trucs transparents en train de se séparer mornement, c'est vachement intéressant !

Je soupirai imperceptiblement mais un évènement me bloqua net la respiration.

Edward s'était subrepticement approché sans que je m'en rende compte et avait agrippé mes mains qui cessèrent instantanément de maltraiter mon pauvre et vieux bout de tissu. Je ne tournai pas la tête. Je restai obstinément les yeux postés sur la vidéo. Mais je ne comprenais même pas ce que je voyais. Je faisais comme si de rien n'était. A ceci près que je ne respirais plus. Nature humaine oblige, je finis par reprendre bruyamment mon souffle, mais heureusement, personne ne le remarqua ou alors ils n'en firent rien. Puis Edward me glissa un mot dans la main et me la serra pour m'empêcher de le jeter.

C'est bon, je ne suis pas non plus stupide et écervelée à ce point-là, merci !

Euh…T'es sûre ?

Bon, ça va !

Il reprit sa main et je jetai un coup d'œil dans sa direction.

Calme, impassible, n'importe qui aurait vu la scène ne remarquerait rien, à part une fille qui regarde idiotement un garçon.

Je dépliai silencieusement le bout de papier entre mes doigts et lut le mot d'Edward.

Bella,

Franchement, je ne comprends pas ton comportement.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Tu es bizarre depuis quelques temps. Je dirais même…Depuis le retour de la piscine.

Si jamais tu t'imagines qu'il s'est passé quelque chose avec Lauren, tu te trompes grossièrement, désolé de te l'annoncer.

Tu n'as pas à te faire de fausses idées.

Edward xo

Il avait signé avec des bisous. Qu'est-ce que je devais penser ? Bof, cela devait juste par politesse, une simple signature habituelle. Et bien sûr que je m'imaginais des choses, même si j'essayais de m'en empêcher.

Je tournai le papier et répondis au message.

Edward,

Qu'aurais-tu voulu que je fasse ?

Evidemment, je m'imagine des choses !

Tu n'as rien dit, sorti aucune parole, ça porte à confusion et ça laisse l'imagination libre !

Je ne porte pas foi aux rumeurs idiotes, mais dans ce cas raconte au moins de quoi il retourne !

Parce qu'avec Lauren qui trimballe ta veste partout, n'importe qui pourrait s'imaginer ce que vous avez fait…

Et désolée de te l'annoncer, mais si tu trouves que je suis bizarre, tu ne fais pas beaucoup d'efforts non plus !

Bella

Je ne pris même pas la peine de signer « xo »

Je lui fourrai rageusement son papier dans la main et fixant droit devant moi.

Comment osait-il me reprocher mon attitude ?

Je lui jetai un coup d'œil en biais, dévorée par la curiosité de voir sa réaction à la lecture de ma réponse.

Ses sourcils se froncèrent (adorablement, je dois l'avouer, malgré la situation) et les muscles de sa mâchoire se durcirent. Il s'empressa de prendre un stylo en main et de griffonner sur le papier de son écriture néanmoins délicate.

Il me lança un regard noir quand il lâcha le mot sur ma cuisse. Il fixait toujours obstinément l'écran où une voix monocorde à souhait continuait de narrer son script.

Je dépliai fermement le mot et le lit en ayant pris soin de vérifier que le prof ne se doutait de rien.

Tu te mets à réagir comme Jessica et ses clones !

Et j'ai mes raisons de ne pas parler de ce qu'il s'est passé avec Lauren l'autre jour !

Tu ne peux pas savoir ce qu'il s'est passé, alors il est préférable que tu ne dises rien.

Même pas d'en-tête ni de signature.

Non mais je rêve ou il m'a bien comparée avec Jessica et ses pouffs ?

Il est ignoble…

Je fulminais.

Avant que je ne puisse répondre, la secrétaire, madame Cope, passa timidement la tête par la porte de la salle après avoir toqué. Dans ses lunettes se reflétaient la luminosité de l'écran dans l'obscurité de la pièce.

-Je suis désolée de vous déranger, monsieur, mais j'ai un message de la part des professeurs de sports pour les jeunes.

-Allez-y, madame, ils vous écoutent, répondit notre prof de biologie alors qu'il appuyait sur « pause. »

Elle s'approcha du tableau de façon à se mettre face à nous.

-Lors de votre prochain cours, commença-t-elle de sa voix un peu chevrotante, vous sortirez vingt minutes plus tôt que l'heure habituelle…

Des exclamations positives ponctuèrent sa déclaration. Elle continua :

-…et vous vous rendrez devant l'entrée pour prendre le bus et là, vos professeurs respectifs vous informeront du programme. Voilà. Je vous laisse continuer votre cours, monsieur.

Lorsqu'elle sortit, tout le monde discutait à propos de cette nouvelle information. Pourquoi on devait sortir plus tôt pour prendre le bus, pourquoi la piscine était annulée, alors qu'on devait faire notre troisième séance du cycle ?

Le professeur de bio ramena difficilement le calme et nous continuâmes à visionner la vidéo. Je n'échangeai plus de mot avec Edward. Je m'étais rendu compte que j'avais inconsciemment écrasé le papier dans mon poing lorsque je l'avais lu.

*

Je marchais en direction de mon cours de maths, furibonde. L'attitude et les paroles (écrites, dans ce cas-là) d'Edward me mettait dans une colère et un état d'esprit que je ne saurais pas vraiment décrire. Je pense que j'étais surtout en colère contre moi-même, mais comme toute personne, il était difficile d'assumer sa colère contre soi, et donc je la reversais sur Edward, qui était fautif au même titre que moi.

Lorsque je m'assis à ma place habituelle, une pile de bouquins et de cahiers s'abattit lourdement juste à côté de ma tête, que j'avais posée sur mes bras croisés sur la table. Je sursautai et levai craintivement le regard pour voir l'auteur de cet accès de brutalité.

-Alice ?couinai-je.

Je portai immédiatement la main devant ma bouche, surprise d'avoir émis un son pareil.

-Swan, répondit-elle simplement.

Elle s'assit sur sa chaise, ouvrit son bloc-notes et regarda devant elle, en attente. Elle serrait les dents et je voyais qu'elle boudait en essayant de se retenir de me dire quelque chose.

-Alice ?tentai-je. Je sais qu'il y a un truc qui te chiffonne…

Pas de réponse.

Aucun mouvement.

Pas même un cillement de sourcils.

Je ne savais pas qu'Alice était capable de rester ainsi immobile plus de trois secondes et demie.

A vrai dire, c'était assez impressionnant.

Quelle volonté.

Mais ça ne me disait toujours pas ce que voulait Alice. Parce qu'elle voulait quelque chose de ma part, c'était obligé.

-Alice, soupirai-je, allez, qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que j'ai encore fait ? Pourquoi tu bou…

Alors elle explosa si vivement que je me tassai sur ma chaise.

-NON MAIS TU ES CRUCHE DE NAISSANCE OU TU LE FAIS EXPRES ? VOUS ETES TOUS LES DEUX DE GROS IDIOTS, MA PAROLE !!! VOUS NE VOUS PARLEZ PLUS ET VOUS FAITES COMME SI VOUS N'EXISTIEZ PLUS ! CERTES ON NE SAIT PAS CE QU'IL FAISAIT AVEC LAUREN, MAIS TON ATTITUDE N'AIDE CERTAINEMENT PAS, PAUVRE IGNORANTE ! TU L'ENCOURAGES A S'ELOIGNER DE TOI ET APRES TU OSES TE PLAINDRE EN SILENCE ?!! ON FAIT TOUS DES EFFORTS POUR VOUS SUPPORTER MAIS LA CA EN DEVIENT INTENABLE ! ON NE PEUT JAMAIS PARLER EN MEME TEMPS AUX DEUX, DES QUE L'UN S'APPROCHE L'AUTRE DEGAGE ! MAIS MEME DES RATS SERAIENT PLUS CIVILISES ET MOINS BUTES !!!

Elle inspira un grand coup et me foudroya du regard.

Moi…je n'en menais pas large. Je m'accrochais désespérément aux bords de ma chaise, j'avais relevé mes genoux contre ma poitrine en guise de protection, mes yeux étaient grands ouverts et mon visage devait ressembler à celui d'une folle.

-Merci pour la discrétion, réussis-je à souffler tout de même.

Toute la classe nous regardait, surprise, sans exception. Encore heureux que le prof ne soit pas encore arrivé.

Alice leva son doigt en me pointant, menaçante.

-Ecoute-moi bien, Bella. Tu as intérêt à améliorer la situation le plus vite possible, ou je ne répondrai plus de rien.

J'acquiesçai lentement de la tête comme un robot, me demandant si ce qu'il venait de se passer était vraiment arrivé.

Le prof entra à ce moment-là et alors qu'il faisait l'appel, Alice mima avec ses lèvres un dernier « je t'aurais prévenue » avant de se plonger dans le cours.

Quant à moi, j'avais beaucoup de mal à me concentrer et durant tout le cours, je tentai d'ordonner mes idées.

En vain.

Comme prévu, nous sortîmes du cours de maths vingt minutes à l'avance. Alice continuait dans son mutisme renfrognait, ponctué de petits grognement et regards noirs à la Alice.

Nous débouchâmes avec la foule d'élèves sur l'entrée du lycée et nous grossîmes l'attroupement déjà important qui s'était formé devant les six bus qui devaient nous amener…on ne sait où. Apparemment, il n'y avait pas seulement les premières de présents, il se trouvait que les secondes et les terminales se joignaient à nous pour cette sortie mystérieuse. Alice se revigora quelque peu lorsqu'elle aperçut Jasper de loin, mais ils ne pouvaient pas se rejoindre à cause de la masse d'élèves entre eux, alors elle se contenta de lui faire signe.

Les profs arrivèrent et se frayèrent un chemin dans la foule compact pour se poster à côté des cars. Notre professeur de sport nous appela, tout sourire. Sa voix portait bien jusqu'au bout de la foule.

-Les jeunes, approchez-vous ! Aujourd'hui le lycée de Forks a une chance incroyable ! Port Angeles a proposé de mettre à notre disposition du bon matériel, du matériel un peu spécial, dans le cadre de vous essayer à ne nouveaux sports, de nouvelles aptitudes cachées et de nouvelles sensations ! C'est pour cela que nous allons rouler une petite heure pour trouver un grand terrain dégagé assez important, mais cela en vaudrait la peine, car vous allez vous essayer…attention…au QUAD !!!

Pardon ??!

Vous imaginez Bella faire du quad ? On l'a vue en moto, il n'y a plus qu'à imaginer...

La situation entre Bella et Edward se dégrade encore un petit peu et ça ne compte pas s'arranger, malheureusement, désolée^^

J'attends avec impatience vos reviews

Biz

Némo xoxo

P.S: Aurais-je oublié de préciser que les profs exigeront de se mettre par deux pour le quad ?