11. Infiltration chez Justin Hammer
-Tony !
Jamais le lycéen n'avait entendu son surnom être hurlé avec autant de joie, sauf lorsqu'il avait remporté un concours de construction mécanique à l'école primaire. A cette nouvelle, sa mère avait tout bonnement perdu la raison et avait hurlé dans tout le préau, ce qui lui avait valut d'être le centre de l'attention. A l'époque, cela ne l'avait pas déranger.
Mais à présent que c'était Pepper qui hurlait, et que c'était tout le lycée qui le regardait, il sentait une étrange boule naitre dans son ventre. Et puis zut, songea il, il était Anthony Stark et Iron man, il n'avait pas à rougir qu'on le regarde. A un moment, il avait même adoré cela.
La rousse se jeta à son cou et l'étreignit de toutes ses forces, ne prêtant aucune attention aux regards braqués sur elle. Le serrant encore davantage, comme désireuse de l'étrangler, elle souffla :
-Oh, je suis tellement contente de te voir ! Tu as une tête de déterré, pire que d'habitude!
-Merci.
-Je me suis fait un sang d'encre, comme dirait Rhodey. En plus de ça tu ne m'as sorti qu'un « désolé » ? J'aurai pus te tuer, même si WEPLASH l'avait déjà fait en partie. Je te déteste !
-Je sais, moi aussi je t'aime…
Il sentit son visage se mettre à le cuire lorsqu'ils se séparèrent. Désirant corriger sa phrase- que personne les écoutant ne se fassent de fausses idées-, il tenta de se rattraper :
-Non, mais je veux dire…
-Trop tard ! S'exclama une voix dans son dos, J'ai tout entendu !
Se retournant, le duo trouva Rhodey qui, un sourire amusé aux lèvres, s'approchait d'eux à grand pas. Sans masquer sa moquerie, il décréta :
-Vous êtes les pires abrutis que j'ai jamais vu !
-Euh… merci du compliment, ironisa le génie.
-Objectivement, je ne te pensais pas capable de trainer autant avec une fille…
-Rhodey, fit la lycéenne, combien de fois je vais devoir te dire que…
-Stop, j'ai ma preuve : Tony a viré au rouge armure !
Tournant la tête vers le lycéen, Pepper le trouva en effet plus rouge que d'ordinaire. Elle allait répliquer qu'il se faisait des idées lorsque le garçon la devança :
-J'ai de la fièvre, c'est juste normal.
-Comment ça tu as de la fièvre ? Et tu ne pouvais pas rester chez toi ? Non mais tu as vu dans quel état tu es ?
-Mon tuteur ne pouvait pas me garder plus longtemps, expliqua il. Il m'a déjà veillé deux jours et deux nuits, je n'allais en plus lui demander de prolonger son congés !
-Tu es complétement inconscient ?
-Le jury délibère.
Rhodey aurait aimer rire, mais son meilleur ami ne lui en laissa pas le temps. Sans attendre, il déclara :
-J'ai réussi à établir le lien entre WEPLASH et Banks. A vrai dire, j'ai presque tout résolu, sauf le souci de l'ordinateur d'Hammer.
-Comment tu comptes t'y prendre ? S'enquit la rousse.
-Pas moi Pepper : toi. Tu veux faire parti de l'Iron club ? Ta première mission commence maintenant.
-Je l'accepte. Qu'est ce que je dois faire ?
-Et bien… C'est là que tout se complique. Ne me frappe pas, s'il te plait. Il faudrait que tu attires l'attention de Justin Hammer…
-Quoi ?!
Rhodey se jeta sur la rousse dont les joues avaient virés au cramoisie. La retenant comme un dresseur retient un fauve, il l'entendit s'exclamer :
-Anthony Stark, si tu n'étais pas blessé je te frapperai !
-Merci, ta sollicitude me touche beaucoup.
-Je te déteste !
-Je sais. D'ailleurs je comprends que tu ne veuilles pas nous aider… C'était trop demandé, je suis désolé. Mais je voulais tellement arrêter WEPLASH que j'ai dus imaginer des choses un peu loufoques. Ça doit être la fièvre…
Un sourire illumina les lèvres de Rhodey dés qu'il vit les yeux de son ami. Ils étaient teintés d'une légère déception que la fièvre rendait davantage voyante. Il savait toujours y faire, pour persuader les gens. Il avait dut hériter ce talent de son père.
Pepper finit par pousser un long soupir :
-Bon, ne fais pas cette tête là… Je vous aiderai.
-Tu es sure ?
-Oui.
-Par ce que si tu ne veux pas, il n'y a pas de souc…
-Ne me fais pas regretter ce que j'ai dis. Explique moi plutôt ce que je dois faire…
La journée s'écoula dans une monotonie comparable à celle que devait ressentir Fury devant un jour férié. Pepper la passa à répéter son rôle, - qu'elle jouait à présent à merveille-, et à préparer son texte comme une comédienne de théâtre. Finalement, lorsque le cours de mathématiques se termina, le trio quitta le lycée, n'ayant aucun doute quant au fait de croiser Hammer.
Tony le connaissait trop pour cela. Comme prévu, ils trouvèrent le jeune homme adossé à sa limousine, discutant avec Max et quelques autres lycéens tout aussi débiles et riches. Prenant une grande inspiration, la rousse lança au génie un regard où se croisait haine et fureur avant de partir vers le groupe.
Rhodey fut surprit de la facilité avec laquelle elle bouscula Max, et celle avec laquelle elle se jeta au cou d'Hammer pour apposer un baiser sur sa joue. Pour peu, il aurait crut qu'elle était sincère. Se tournant vers son ami, il demanda :
-Qu'est ce que tu crois qu'elle lui raconte ?
-Je ne sais pas. J'aimerai.
-Moi aussi. JARVIS ne peut pas l'espionner ?
-Je ne veux pas qu'il le fasse.
-Pourquoi ? Tu es jaloux ?
-Non, j'ai confiance en Pepper.
-Menteur.
Il n'avait pas tout à fait tord. Tentant d'ignorer sa remarque, le génie se concentra sur la première chose qui lui passa par la tête- l'armure- et se demanda si il volerait ce soir. Peut être n'était-ce pas recommandé avec des blessures comme les siennes, mais survoler New York lui manquait.
Pendant ce temps, Pepper se tenait face à Justin Hammer, oubliant ses deux acolytes. Le jeune homme, portant un costume italien de grand prix, sembla surprit de la voir :
-Pepper ?
-Bonjour Justin. Je suis contente de te voir !
-Moi aussi ! Mais je... Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes me dire bonjour.
-Si il n'y a que ça, je peux m'en aller !
-Non ! S'exclama il saisissant sa main, surtout pas. Reste.
Un sourire étira les lèvres de la jeune fille. Tout se déroulait comme elle l'avait prévu. Rejetant ses cheveux en arrière, elle murmura :
-Bon, c'est cool alors. Dis, je me demandais : ça te dirait qu'on aille se promener un peu tout les deux ? Histoire de discuter un peu, de tout et de rien…
-Avec plaisir, fit le garçon avec un sourire.
Lui tendant le bras, il l'invita à le saisir. Amusée, Pepper accepta et ils s'en furent dans les rues de New York, laissant Tony serrer les poings. Rhodey, un sourire aux lèvres, demanda :
-Tu es sure que tu ne vas pas laisser JARVIS les espionner ?
-Ne me tente pas…
Rhodey ne crut pas qu'il tiendrait, mais il tint bon. Lorsque, enfilant l'armure avec des grimaces, Pepper les appela, de longues heures étaient passées. Le soleil était déjà couché au dehors.
Résonnant dans l'Atelier avec la légèreté de la voix d'un ange, la rousse s'exclama :
-Vous ne devinerez jamais ce qu'on a fait !
-Laisse moi deviner, fit Rhodey se laissant aller contre le dossier de sa chaise, vous êtes aller chez Starbuck ou à l'immeuble Hammer…
-Les deux ! Il est sympa en fait. Imbécile, mais sympa. Il a vraiment l'air de se donner du mal pour qu'on l'aime…
-Oui, et bien je te conseil de ne pas trop l'aimer, maugréa le génie.
-Tu es jaloux ? S'enquit Pepper.
-Moi ? Pour qui tu prends ?
-Bref, je suis invitée Vendredi soir à la fête. Sauf qu'il m'a demandé d'être sa cavalière, et j'ai crus comprendre qu'il adorait les filles sur hauts talons.
-Et alors ? S'enquit Rhodey.
-Et alors je ne sais ni danser, ni marcher en talon !
Tony, bien que grimaçant dans l'armure qui exerçait une pression glaciale sur ses blessures, ne put s'empêcher d'imaginer la lycéenne dans une robe de soirée bleue comme ses yeux. Peut être aurait elle un dos nu, peut être un léger décolleté qui laisserait voir sa peau d'albâtre et sa poitrine. Elle serait magnifique, dansant sur des talons hauts. Cela vaudrait le détour.
A cette idée, il sentit le réacteur vibrer dans sa poitrine. Poussant un long soupir, il décréta, ordonnant mentalement- et à regret- à son esprit d'oublier Pepper dans sa robe de soirée :
-JARVIS arrête, tu vas me faire mal. Ça ne sert à rien, Iron man est hors service pour l'instant…
-Je vous avais prévenu monsieur.
-Je sais, je sais, je sais.
-Et moi aussi, souligna son meilleur ami.
-Bon, vous n'êtes pas ma mère, si ?
-Vous allez arrêter de vous disputer ? S'enquit Pepper, Je vous ferai dire que j'ai une semaine pour apprendre à marcher sur des talons aiguilles et à danser !
-Ce n'est pas un souci pour la danse, je t'apprendrai, murmura Tony alors que les bras métalliques de JARVIS lui enlevaient l'armure sans douceur.
-Tu sais danser ?
-Ça t'étonne ?
-Oui… Non… Je ne sais pas. Bref, Rhodey tu m'apprendras à marcher en talons ?
-Euh… mauvaise idée.
Le blessé eut envie d'éclater de rire, mais il se retint. Imaginer Rhodey sur des talons avait beau être spectaculairement hilarant, il ne voulait pas mettre Pepper mal à l'aise. Se raclant la gorge, il déclara :
-Bon, après la danse, on aura les talons hauts, ce n'est pas la mort !
-Ah oui ? S'enquit Rhodey.
-Eh ! J'ai eu le droit à un discoure où il était question de potin, de grand-mères et de listes de course, alors tu n'es pas le plus à plaindre ! Tu dois revoir Hammer quand ?
-Mercredi, avoua elle.
-Bon, alors demain on essayera de te faire marcher sur des talons, histoire que Rhodey rie un peu…
-Ey !
-Oh, ça va ! Bon à demain Pepper.
-A demain les garçons, ne vous entretuez pas !
-Ne t'en fais pas, même si je le défiait en duel, ce ne serait pas équitable, grogna Rhodey.
Jetant un regard à l'armure que JARVIS rangeait, le génie demanda :
-Tu es sure ?
Ils entendirent Pepper pouffer de rire. Elle poussa un soupir qu'ils savaient amuser, puis conclut :
-A demain !
A peine eut elle raccroché que Rhodey sauta à bas de sa chaise. Ses yeux brillaient. Désignant son meilleur ami du doigt comme un prêtre montrerait un hérétique, il s'exclama :
-Je l'ai vu !
-Quoi ?
-La lueur dans ton regard quand elle a parlé de talons aiguilles : tu fantasmais !
-Moi ? Pour qui tu me prends ?
-Pour Anthony Stark ! Allez, avoue ! Pour te connaître par cœur, je suis certain que tu l'imaginais dans une robe de la couleur de ses yeux avec un décolleté et des talons !
-Quoi ? Que… non, murmura il sentant le rouge lui monter aux joues.
Rhodey éclata de rire, ce qui ne rassura pas le génie. Mais comment avait il put deviner ? Avait il fabriqué un appareil pour lire dans les pensées ? Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il était le seul capable de fabriquer ce genre de chose.
Poussant un soupir, il demanda :
-Comment t'as deviné ?
-Je te connais, qu'est ce que tu crois ?
-Et tu me connais au point de savoir comment j'imagine les filles ?
-Pas toutes. Mais Pepper, oui.
-Rhodey, arrête de croire que je suis amoureux d'elle !
-Je ne le crois plus, j'en suis sure.
Tony hésita entre rire, devenir rouge comme l'armure ou bien se jeter sur son meilleur ami pour l'étrangler. Il convint de venir s'asseoir près de lui et de planter son regard dans le sien. Il savait avoir hérité d'une paire d'yeux extrêmement expressive, ce qui lui permettait d'impressionner autant que de charmer.
En l'occurrence, ses iris s'étaient durcies jusqu'à prendre la même froideur que la glace. Il ne semblait pas disposer à rire, pourtant c'est avec un sourire qu'il demanda :
-Comment ça s'est fini avec Anna ?
-De quoi tu parles ?
Rhodey mit quelques instants à comprendre où son ami voulait en venir. Il devait faire référence au baiser qu'il avait échangé avec la blonde avant son enlèvement. A cette idée, une panique sans nom le saisis. Pour que le génie se souvienne d'un détail aussi insignifiant qu'un baiser, c'est que quelque chose ne tournait pas rond.
Se penchant vers lui, Rhodey demanda :
-Tu veux parler d'après ton « accident » ?
-Oui.
-Tu m'expliques pourquoi tu te souviens qu'on s'est embrassé et pas de la date de ton anniversaire ?
-Par ce que…
Une partie de son cerveau lui hurla de ne pas en parler. De ne pas rechuter dans ce chaos déchirant, froid et sans nom d'où il revenait seulement. Il devait oublier tout cela, pour se concentrer sur l'avenir. « Il faut que tu ailles au lycée, avait dit le docteur Hubble, et vive une vie normale, sans plus y penser ».
Il réalisa à quel point ce conseil était imbécile. Oublier ? Oublier quoi ? Que ses parents étaient morts ? Qu'il avait vu leurs squelettes carbonisés à la morgue ? Qu'il avait été enlevé et blessé ? Il voulait faire sortir son passé de sa tête, pour le jeter dans une boite et ne plus jamais l'en sortir. Il ne désirait plus que « aller au lycée et vivre une vie normale, sans plus y penser ». Mais c'était impossible…
Alors que lentement, une spirale infernale où hurlaient des morts apparaissait dans son esprit, le générateur lui envoya une petite décharge. Sans qu'il puisse l'expliquer, il la trouva sécurisante. Le réacteur ARK était rassurant. C'était impossible, improbable, inimaginable. Cet engin de malheur n'était fait que pour le torturer et lui rappeler son ancienne vie perdue.
Il eu à nouveau un sentiment de déjà vu. Qui avait pus mettre dans la même phrase les mots « générateur » et « rassurant » ? La réponse s'imposa à lui comme une évidence il s'agissait de Pepper. Elle l'avait taquiné sur le fait qu'il devait aimer les cerises confites. A cette idée, un sourire se dessina sur ses lèvres, et il pensa à elle. A son sourire, à ses cheveux, à son rire, et à son histoire.
Se remémorant sa sœur qu'elle avait trouvée morte, baignant dans son sang, il se demanda comment elle faisait pour paraître si heureuse. Quel était son secret ? Avait elle une potion miracle ? Si oui, elle ne pouvait être qu'à base de cerise confite. Maudite fièvre, songea il, il voyait des cerises confites partout, dansant dans leur robe écarlate de sucre.
A nouveau le générateur lui envoya une décharge presque douce. Il semblait vouloir lui remonter le moral, ce qui le fit réfléchir plus profondément. Au fond, le générateur lui avait sauvé la vie. Sans lui, il n'aurait pas tenu une semaine. Ensuite, sans lui il n'aurait pas pus trouver de source d'alimentation pour l'armure, donc Iron man n'existerait pas. Enfin, si il aimait les cerises confites –comme Pepper le disait-, il ne pouvait pas être si méchant que cela.
Il oublia un instant la rancœur qu'il avait contre son invention, et posa par reflexe sa main dessus. Il le sentit palpiter sous ses doigts, ce qui l'amusa un peu. Il pouvait sentir son cœur battre à travers le métal. Rhodey, voyant son geste, décréta :
-Si tu ne veux pas en parler…
-Non, ça va. Toi et Anna qui vous embrassez, ça a été un jeu pour moi pendant les mois où vous vous êtes dragué. Ensuite, dans la grotte, je me remémorais souvent ce moment, pour ne pas perdre connaissance quand… Laisse, c'est une technique que le docteur Yinsen m'a donnée…
-Qui ça ?
-Celui qui m'a sauvé la vie.
-Elle consiste en quoi cette technique ? Ça pourrait me servir, un de ces jours, qui sait ?
-Le but est de ne pas perdre connaissance. Souvent, il était emmené dans la chambre du chef du groupe pour parler. Pendant ces moments là, je devais ne pas m'endormir, ni tomber dans les pommes. Il voulait être là quand je dormais, pour s'assurer que je n'arrêtais pas de respirer. Je devais me repasser en boucle dans la tête tout ce qui me tenait à cœur et que je retrouverai une fois sorti d'ici… Toi et Anna étiez dans la liste.
Rhodey ne trouva rien à répondre. Il ne pouvait imaginer ce que son meilleur ami avait enduré, et ne le voulait pas le faire. Il se doutait toute fois que la liste ne devait pas être longue, et qu'Obadiah Stane y figurait.
A cette pensée, quelque chose se serra dans sa gorge. Il finit par murmurer :
-On est resté ensemble deux semaines, puis elle m'a plaqué pour Max.
-Je suis désolé.
-Il ne faut pas : on était pas fait pour s'entendre. Bon allez, il est tard, ton tuteur va se faire du souci.
-Je n'ai pas très envie de rentrer. J'aimerai aller quelque part…
Il y avait quelque chose de tremblant dans sa voix. Sans savoir pourquoi, Rhodey comprit que Tony avait quelque chose de pénible dans la tête :
-Si tu étais dans un meilleur état, j'aurai accepté d'aller faire un tour en boite, mais pas maintenant. Et puis, ma mère va me tuer si je ne rentre pas…
-Je ne veux pas aller danser avec des gens dont je ne connais pas le nom. Tu es sure de ne pas pouvoir venir avec moi ? Je ne suis encore jamais aller les voir…
A ces mots, Rhodey se demanda si son meilleur ami délirait à cause de la fièvre, ou si il comptait réellement aller voir quelqu'un à vingt et une heure trente, en pleine semaine. Avant, ils avaient l'étrange habitude d'aller voir les pingouins au zoo le plus proche, même si ni l'un ni l'autre n'aimait cela. Regarder ces oiseaux nager dans l'eau glacée avait quelque chose de reposant, qu'ils ne trouvaient que là. La première question qui vint à l'esprit de Rhodey fut « Qui est-ce ? », mais il se tut, sentant que le génie n'avait pas terminé sa phrase.
Tony conclut :
-J'étais là bas quand… Bref, et j'étais trop malade en rentrant pour penser à sortir de chez moi. Mais maintenant je me sens mieux et… ils me manquent.
-Tony, rassure moi, tu parles bien des pingouins du zoo là?
-J'aimerai, murmura il avec un sourire, Non Rhodey : je parle de mes parents.
-Tu veux… aller au cimetière à une heure pareille ? Mais tu es complétement dingue !
-Tu as surement raison… Ce n'est pas une bonne idée. J'irai seul, ajouta il se levant.
-Certainement pas ! S'exclama le garçon se levant d'un bond, Il est hors de question que je te laisse !
-Je croyais que ta mère allait te tuer…
-Si c'est pour t'emmener voir la tienne qui est morte, elle ne m'en voudra même pas.
-Après je ne te force à rien…
-Ce que tu peux être bête de temps à autre. Génie, mon œil ! Allez viens, le dernier bus est dans cinq minutes. Tu rentreras à pied.
Un sourire luisant de désespoir s'inscrivit sur les lèvres du génie. Ils quittèrent l'Atelier en ordonnant à JARVIS de le verrouiller derrière eux. Courant à perdre haleine, ils montèrent à bord d'un bus argenté qui luisait à la douce lueur des lampadaires. Ils étaient les seuls passager, à par un jeune couple qui s'embrassait avec passion.
Ils allèrent s'asseoir dans le fond du bus qui s'ébranla comme un pachyderme métallique. L'un à côté de l'autre, se cognant lorsque le bus tournait, ils furent bientôt au cimetière de Green Wood. Lorsqu'ils descendirent sur le trottoir, la nuit les enroba comme un grand châle. Partout où se posaient leurs yeux, c'était pour être happé par ce néant ténébreux où paissaient les étoiles, semblables à d'énormes créatures herbivores qui grignoteraient la pénombre.
Sans prêter davantage intérêt au ciel, le duo se tourna vers le bâtiment qu'ils trouvèrent horriblement glauque. Deux pans de béton qui devaient avoir cent ans gardaient un guichet où un gardien- certainement aussi âgé que les murs- ronflait. La casquette bleu marine qu'il portait sur son crâne dégarni était ornée des mots « keeper places ». La maigre lueur d'un néon clignotant éclairait le filet de bave qui s'écoulait de ses lèvres :
-Je crois qu'il ne verra aucun inconvénient à ce qu'on ne le réveille pas.
-Mais je ne sais pas où sont leurs tombes…
-Et bien si tu jouais les kamikazes en Afghanistan au moment de leur enterrement, ce n'est pas le cas de tout le monde. Allez, suis moi.
Hésitant, le génie regarda son meilleur ami s'enfoncer dans la nuit glacée. Il trouva étrange que ce soit lui qui l'emmène. Les places auraient dus être inversée, songea-t-il. Il suivit toute fois Rhodey qui s'enfonça dans les allées tapissées de graviers qui serpentaient entre les pierres tombales. Certaines étaient de marbre, d'autre de fer, ou de pierre mangée par la mousse et le temps.
Soudain, ils s'immobilisèrent devant deux stèles parfaitement semblables, que la lumière blafarde d'un lampadaire éclairait. Avec un sourire, Tony put voir qu'elles étaient en verre. Côte à côte, leurs formes presque pyramidales scrutant la voûte étoilée, il se fit la réflexion que rien n'aurait mieux correspondue à ses parents que cela. Il retrouvait dans ce verre la douceur et la clairvoyance de sa mère, ainsi que la grandeur de son père et cette capacité qu'il avait toujours eu de voir « plus loin ».
Jamais il n'avait eu de très bon rapport avec son père, sauf lorsqu'ils travaillaient ensemble sur un projet. Il se rendit compte qu'il aurait aimer lui poser des questions : Que faisait Stark Industrie exactement ? A par commercialiser leurs inventions ? Est-ce qu'il avait des ennemis ? Est-ce qu'il avait des doutes par rapport à la production d'armement ?
Ses idées s'envolèrent vite pour ne plus penser qu'à sa mère. Il revoyait ses cheveux bruns, ses yeux pétillants d'intelligence, et entendait encore sa voix pester lorsque son mari racontait une sornette ou embrassait une danseuse durant ses apparitions publiques. A cette pensée, un sourire orna ses lèvres, et le générateur lui envoya une décharge un peu douloureuse. Oui, songea il, ça faisait mal de penser à eux, mais il ne devait pas les oublier. Pas eux…
-Tony, l'appela son meilleur ami, tu ne vas pas te mettre à pleurer tout de même ?
-Moi ? Non. En revanche, je vais essayer quelque chose.
Sans attendre, il se faufila entre les deux tombes et s'allongea à même le sol. Une fois qu'il eu posé ses mains sur son ventre, il ferma les yeux et laissa le silence le bercer. Une brise glacée le traversa de pare en pare, une forte odeur de mousse et de pot d'échappement emplit ses sinus, mais il n'y prêta pas attention. Il attendait.
Quoi exactement ? Il ne savait pas, mais il était persuadé que quelque chose allait arriver. Il ne pouvait pas être aussi proche de ses parents- à peine quelques mètres-, pour qu'il ne se passe rien. Pour que cette nuit ne soit qu'un moment commun, ordinaire, où les horloges continueraient leur incessant mouvement de balancier, où les cœurs battraient à l'unisson et où la vie coulerait tel un long fleuve. Quelque chose allait arriver. Quelque chose devait arriver.
-Qu'est ce que tu ressens ? Demanda Rhodey.
-Rien, réalisa –t-il à regret, Absolument rien !
-Tu crois que c'est normal, quand on va voir ses parents au cimetière ?
-Je ne sais pas. Mais je suis persuadé que quelque chose va se passer.
-A moins qu'ils sortent de leur tombe, tu sais, il ne se passera rien. Tu serais heureux si ils le faisaient ?
-Laisse moi réfléchir, reprit le génie ouvrant les yeux, Il n'y a dans ces boites que des squelettes et des vers… Alors non.
-Tu es un sacré phénomène… Qu'est ce que Fury dirait si il te voyait coucher à même le sol, dans un cimetière ?
-Bof… Je suis certain qu'il ne serait pas étonné. De toute manière, c'est ici que je devrais être alors…
-Oh non, tu ne vas pas te la jouer héros solitaire, si ?
-C'est bon, je me tais. Dis donc Rhodey, qu'est ce qu'on est sensé mettre sur les tombes déjà?
-Tu veux dire… un truc comme des fleurs ?
-Des fleurs ! Jura le lycéen se redressant, Je savais que ça avait un lien avec la nature- sans que ce soit des cerises confites…
-Mais qu'est ce que tu as avec les cerises confites ?
-Rien. Bon, je n'ai pas de fleur, problème résolu.
-Il y a une personne vivante qui aimerait bien que tu lui offres des fleurs, murmura le garçon songeur.
-Si tu me ressors Pepper je…
-Je n'y avais même pas penser, à vrai dire, mais si tu en parles… Non, je pensais à Rowena et Allison.
-Qui ça ?
A voir l'air dépité qu'avait pris son meilleur ami, Rhodey ne put résister à l'envie d'éclater de rire, n'en déplaise aux défunts. Se levant, Tony posa sur lui un regard où brillait étonnement et perplexité.
-Rowena Cups, tu sais qui c'est ?
-Oui, merci.
-Bon… Comment s'appel sa fille ?
Le génie haussa les épaules, affligé par cette question comme par un fardeau divin. Rejoignant son meilleur ami qui partait vers l'entrée, il poussa un soupir puis murmura, incrédule :
-Mais comment veux tu que je le sache ?
-Fais un effort !
-J'en sais rien... Beth ? Jane ? Hafida ? Maria ? Princesse ?
-Allison, Tony. Elle s'appel Allison.
-C'est ce que je disais !
-Bon, il commence à être tard. Rentrons.
-Pourquoi tu veux que j'offre des fleurs à Allison et Rowena ?
-Par ce que ça se fait, quand quelqu'un est à l'hôpital, de lui envoyer des fleurs. Tu ne le savais pas ?
-Personne ne m'en a envoyé.
-Tu ne m'avais même pas dis que tu n'étais pas mort.
-Même sur ma tombe, il n'y en a pas.
-Par ce que tu n'as pas de tombe, imbécile !
-Même pas de cerise confite…
-Rassure moi, c'est la fièvre ?
-Surement… En tout cas c'est plutôt marrant si c'est ça. J'ai l'impression de rentrer de soirée…
-Dans ce cas je vais peut être te raccompagner.
