Note d'auteur du 4 juillet 2012: Bonjour tout le monde ! J'ai coupé le début de ce chapitre et je suis passée directement au retour en arrière... le début me limitait sur la suite et comme en cours d'écriture j'ai changé de direction, je ne pouvais plus m'en servir. C'est ce qui me bloque depuis que jai repris cette fic et si vous voulez avoir un chapitre un jour... je n'avais pas vraiment le choix de prendre la solution de facilité.

DÉsolée pour celles qui avaient lu ce chapitre et avaient des attentes... et bonne lecture quand même !

Plusieurs heures plus tôt…

Je me laissai tomber sur le sol et portai aussitôt une main tremblante vers mon visage, passant mes doigts là où ma peau brûlait. Là où les lèvres d'Edward s'étaient posées.

Je fermai les yeux, écoutant les battements frénétiques de mon cœur.

Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer. Je ne comprenais pas ce qui avait poussé Edward à agir ainsi. Et à la vérité, je m'en fichais ! Tout ce que je voulais, c'était qu'il revienne. Qu'il revienne et qu'il m'embrasse encore… qu'il me serre dans ses bras… qu'il apaise enfin le feu qui brûlait ma poitrine depuis que je l'avais revu…

Oui mais il est parti. Il a pris la fuite… il regrette ce qui s'est passé.

Non ! Il a dit qu'il reviendrait ! Il l'a dit…

Pourquoi est-il parti alors ? Pourquoi…

Mes questionnements intérieurs furent interrompus par de lourds coups à la porte. Je me relevai d'un bond, envahie par une joie indescriptible. Edward était revenu ! Il revenait vers moi!

J'ouvris la porte en grand et reculai, surprise. J'avais l'impression que je venais de me prendre une gifle en plein visage.

La réalité venait de me rattraper en la personne de Jacob.

Ton petit ami. Celui que tu es passé à un cheveu de tromper… dois-je le préciser ?

Je sentis mon visage rougir sous la culpabilité et celui de Jake, devant moi, s'assombrit.

-Je peux entrer ou tu veux qu'on discute sur le pas de la porte ?

-Tu… tu peux entrer bien sûr, bégayai-je difficilement.

Je me poussai et il passa à côté de moi pour se rendre au salon. Je gardai mes yeux fixés sur le sol, évitant de mon mieux son regard. Je ne pouvais pas le regarder en face. Pas après ce que je venais de faire… mais surtout, pas après ce que j'avais ressenti. J'avais voulu qu'Edward m'embrasse. Et je savais que je ne l'aurais pas arrêté s'il l'avait fait. Je lui aurais donné de moi tout ce qu'il aurait voulu, sans considération pour les sentiments de Jake.

Je me haïssais pour cela.

Jacob était celui qui était toujours là pour moi, celui qui m'aimait malgré tout, celui avec qui je passerais le reste de ma vie…

Et si Edward voulait encore de toi ? Et s'il te demandait de vous remettre ensemble ? Tu le repousserais peut-être ?

Oui. Je le repousserais. Ma place était auprès de Jake. Je ne pouvais pas lui faire encore du mal. Pas après tout ce qu'il avait fait et enduré pour moi.

Je ne pouvais pas.

Je m'assis en face de Jacob, sur ce même sofa qu'Edward avait occupé quelques instants plus tôt et son odeur m'entoura soudain; agréable et délicieuse. Enivrante même. Mais je devais rester concentrer… penser à Jake, qui se tenait devant moi et non à Edward.

-Qu'est-ce qu'il y a Jacob ? Pourquoi es-tu là ? demandai-je en le regardant.

-Quoi ? Je n'ai plus le droit de venir te voir maintenant ?

Sa voix claqua sèche et froide. Je reculai, sous le choc, avant de me rappeler soudainement de mon attitude du matin : j'étais partie rejoindre Edward sur un coup de tête, laissant un Jake furieux en plan. Et je ne lui avais plus donné signe de vie ensuite…

Idiote. Idiote. Idiote.

Je me levai de ma place, un peu à contrecœur, et j'allai m'asseoir à côté de mon petit ami qui se figea, tout son corps en alerte. Je déposai ma main sur la sienne.

-Je suis heureuse que tu sois là Jake.

-Ah oui ? Alors pourquoi n'es-tu pas venu chez moi ? Je t'attends depuis ce matin… je pensais… je pensais que je comptais au moins un tant soit peu pour toi !

Il se leva de sa place pour me faire face, son visage tordu par la colère, mais surtout la tristesse. Je déglutis difficilement, les larmes aux yeux.

-Jake, tu sais à quel point tu es important pour moi…

-Alors pourquoi m'as-tu laissé mijoter toute la journée ? Pourquoi ne pas avoir cherché à me voir au moins pour me dire ce qui s'était passé avec LUI ? J'y pense sans cesse depuis ce matin… je me demande s'il t'aime encore, si tu l'as embrassé, si tu vas retourner avec lui…

Je serrai mes mains tremblantes l'une contre l'autre en secouant la tête.

-Non. Son retour ne change rien, je te l'ai dit.

J'avais essayé de mettre le plus de conviction possible dans ma voix, mais Jacob ne sembla pas me croire. Je ne pouvais pas lui reprocher: une part de moi n'y croyait pas non plus.

-Arrête de mentir, tu n'as jamais été douée pour ça ! Dis-moi la vérité ! exigea-t-il durement.

-Je ne sais pas ! explosai-je en bondissant sur mes pieds.

Puis je me rassis lentement, le regard fixé sur le plancher.

-Je ne sais pas, répétai-je dans un murmure. Tout va trop vite… je n'arrive plus à comprendre ce que je ressens… je n'arrive plus à savoir ce que je veux…

Je devais admettre la vérité : le retour d'Edward avait tout changé. Son « presque » baiser encore d'avantage. Ce matin, j'étais prête à l'oublier. J'étais prête à recommencer ma vie avec Jacob.

Maintenant que j'avais de nouveau senti ses bras autour de moi, maintenant que j'étais passée à un cheveu de goûter ses lèvres, je brûlais d'un désir impossible à ignorer.

Je le voulais, lui.

Oui, c'était ce que mon cœur voulait. Ce que mon corps réclamait. Ce que mon âme suppliait.

Mais ma raison, elle, me disait que je devais être sage et rester avec Jake. Que lui ne me ferait jamais de mal, qu'avec lui je serais heureuse, que lui ne me quitterait jamais parce qu'il m'aimait vraiment.

Je désirais Edward, je désirais tout d'Edward… mais je ne pourrais plus me regarder en face si je succombais à cette envie. Je ne pourrais me pardonner de faire autant de mal à Jacob… et je le perdrais. Je perdrais Jake définitivement et ça, ça m'était insupportable.

Je l'aimais. Il était la personne la plus importante dans ma vie, celle qui me connaissait le mieux. Je ne pouvais pas le perdre.

-J'ai besoin de temps Jake, dis-je finalement.

Il se tenait toujours devant moi, immobile, semblant vidé de toute énergie.

-Juste quelques jours… pour faire la paix avec mon passé et ensuite, je serai tout à toi. Je te le promets.

Il poussa un soupir, passant une main lasse dans son visage. Je me mordis la lèvre jusqu'au sang, tentant peut-être de me punir pour être une aussi horrible personne, pour le faire autant souffrir.

-Ce que tu veux, c'est quelques jours pour voir s'il veut de toi, c'est ça ? Et moi, le pauvre idiot, je dois attendre au cas où tu te retrouverais le bec à l'eau ? Je serais encore le deuxième choix, la roue de secours…

Il recula lentement vers la porte, son visage fermé dans une expression que je détestais. Comme s'il m'était soudain devenu inconnu.

-Tu es injuste, protestai-je faiblement, trop blessée par ses propos pour me défendre correctement. Tu sais que je ne suis pas comme ça ! Tu sais que…

-Ce que je sais, c'est que je t'ai donné une dernière chance comme tu me l'avais demandé et tu l'as gâché. Tu l'as gâché !

Il se détourna de moi et se précipita sur la porte qu'il ouvrit à la volée, comme Edward un peu plus tôt, ne prenant même pas le temps de la refermer. Je me précipitai à sa suite.

-JAKE ! ATTENDS !

Je sortis sous la pluie cherchant à le rattraper, mais déjà, j'entendis le bruit de sa moto qui démarrait au quart de tour. Je le regardai s'éloigner en pleurant. Je l'avais perdu lui aussi. Il avait fini par me quitter à son tour alors que je croyais que cela n'était pas possible. Que je croyais qu'il serait toujours là, comme il me l'avait promis.

Edward… pourquoi, mais pourquoi es-tu revenu ?

Trois heures plus tard…

On ne me disait rien ! Rien du tout ! Pourquoi est-ce que personne ne me tenait au courant ? Pourquoi m'avait-on soudainement sortie de chez moi pour m'amener au poste de police où on me gardait prisonnière depuis ?

Je savais qu'il se passait quelque chose… je savais que cela avait un lien avec les Volturi… mais j'ignorais ce que c'était.

L'agent Peter m'avait assuré que tout allait bien, que ce n'était qu'une mesure de précaution, mais j'avais de la difficulté à y croire.

Je ne pouvais m'empêcher de repenser à cette horrible journée, celle de la mort d'Esmé. Les mêmes émotions se bousculaient en moi que ce jour-là, lorsqu'Edward avait débarqué comme une furie dans la maison de mon père pour m'amener à l'abri…

Le scénario allait-il se répéter ? Quelqu'un allait-il encore mourir par ma faute ? Qui serait-ce cette fois : mon père ? Jake ? Edward ?

Je me penchai sur mon siège, mettant ma tête entre mes jambes pour faire disparaître mon envie de vomir.

Non. Ce ne pouvait pas se répéter. Pas encore. Je ne pouvais pas les perdre… je ne pouvais pas LE perdre. J'avais trop besoin de lui, besoin de savoir qu'il vivait sa vie quelque part, même si c'était loin de moi.

À ce moment, la porte du poste s'ouvrit, me faisant sursauter.

-Vous n'allez quand même pas m'obligé à rester ici ? gronda mon père, son visage rouge de colère. Je suis chef de police, je peux vous aider !

-J'exécute les ordres monsieur, tout simplement ! répondit l'agent qui l'avait amené.

Je me levai lentement et me dirigeai d'un pas tremblant vers mon père qui protestait toujours et je le fis taire en le serrant dans mes bras.

-Papa ! Tu vas bien !

Il me serra contre lui en retour.

-C'est moi qui devrais te dire ça ! Tu vas bien ?

-Oui… je ne sais même pas pourquoi je suis ici !

Je reculai d'un pas pour pouvoir examiner son visage. De toute évidence, lui savait quelque chose parce qu'il semblait se sentir coupable…

-Papa !

-Je ne sais rien Bella. On m'a ordonné de faire venir mes hommes pour te protéger, mais on refuse de me dire quoi que ce soit et même, de me laisser participer ! Comme si j'étais un vieil incompétent !

Il avait évité mon regard pendant toute ma tirade et je soufflai d'agacement. Mon père n'était pas plus doué que moi pour mentir. Mais que me cachait-il ?

Et soudain, je compris : Edward.

Il essayait de me cacher la présence d'Edward à Forks, ignorant que Jake m'avait déjà tout révélé. Je sentis la colère qui m'avait envahi lorsque j'avais appris ses cachotteries, lorsque j'avais su qu'il m'avait dissimulé la lettre écrite de la main d'Edward pendant toutes ces années, revenir avec encore plus de force.

Je croisai mes bras sur ma poitrine et le fusillai du regard.

-Je sais papa. Je sais tout.

Mon père m'évalua un instant, puis il poussa un soupir dépité.

-Comment as-tu su ?

-Tu sous-estimes Jake : il est plus honnête que toi ! Non seulement il m'a donné la lettre, celle que tu aurais dû me donner il y a cinq ans, mais en plus il est venu me voir ce matin pour me dire qu'Edward était de retour à Forks.

La moustache de Charlie frémit.

-Il n'aurait pas dû, marmonna-t-il.

-Il a eu raison ! explosai-je en levant les bras dans les airs. Tu n'as pas à décider pour moi ce que je dois…

La porte du commissariat s'ouvrit de nouveau et cette fois, ce fut Jake qui entra. Je laissai mon père en plan pour me précipiter vers mon ami. Je me jetai à son cou et le serrai contre moi, presque compulsivement.

-Jake !

J'enfouis mon nez dans son cou, souriant de sentir ses bras s'enrouler autour de ma taille. Tout n'était peut-être pas perdu entre nous finalement.

-Qu'est-ce qui se passe Bell's ? me demanda-t-il à l'oreille. Est-ce qu'on t'a fait du mal ?

-Non. On m'a juste sorti de chez moi à toute vitesse… sans que je ne sache vraiment pourquoi. Ils refusent de me dire quoi que ce soit !

Je sentis les bras de Jacob relâcher leur étreinte et je me serrai d'avantage contre lui, refusant de le lâcher.

-Bella… j'aimerais aller parler à l'un de ses charmants agents si tu veux bien…

-Tu me diras tout après ? demandai-je avec espoir.

Il attrapa mes mains et me repoussa doucement loin de lui. Sa mâchoire était contractée et ses yeux me semblaient ternes et vides.

-On verra, dit-il simplement avant de s'éloigner.

Je le regardai s'approcher de l'agent Peter et l'intercepter avec l'assurance qui était la sienne. Je m'approchai de quelques pas pour entendre ce qu'il disait. Jake était énervé, mais Peter semblait prendre le tout avec amusement.

À mon avis, il n'apprendrait rien de lui.

Il n'y avait qu'une personne qui nous dirait la vérité… et cette personne était absente pour le moment. Pourquoi Edward n'était-il pas là ? Il aurait dû se trouver ici, non ? C'était lui qui était chargé de ma protection ! Il aurait dû être auprès de moi, là ou je pourrais l'avoir sous les yeux et être certaine qu'il allait bien…

La sonnerie d'un téléphone interrompit la conversation que j'écoutais avec un certain manque de subtilité et Peter répondit.

-Qu'est-ce qu'il y a Miller ? demanda-t-il simplement et il me sembla que mon cœur reprenait enfin un rythme normal.

Miller. C'était le nouveau nom d'Edward. Il était en vie. Il allait assez bien pour téléphoner.

-Oui. Ils sont ici. Ils vont bien tous les trois même s'ils sont plutôt frustrés d'être retenu contre leur gré. Nos hommes sont partis au domicile de la Volturi. Je t'en dirai plus lorsque j'en saurai plus.

Il écouta encore un peu, puis il raccrocha et ramena son attention sur Jacob.

-Écoutez, dit-il d'un ton apaisant. Ce n'est que temporaire. Vous pourrez partir dans quelques heures tout au plus. Ça ne sert à rien d'en faire tout un drame.

-Je suis assez grand pour me défendre seul. Je n'ai pas besoin de vous pour me protéger ! protesta Jacob, entêté. Peu importe la raison pour laquelle je suis ici… je veux retourner chez moi. Maintenant !

-Jake non ! m'écriai-je, horrifiée.

Il me lança un regard brûlant de fureur, mais ne prit même pas la peine de me répondre.

-Vous ne pouvez pas partir. Désolé, dit Peter, semblant réellement l'être.

-Je vais appeler mon avocat et on verra bien ce qu'il dira, grogna Jake entre ses dents avant de se diriger vers le fond du poste.

Il franchit la porte qui menait à la salle d'interrogatoire et referma violemment derrière lui. Je plaçai une main devant ma bouche, ne comprenant plus rien. Pourquoi Jacob voulait-il partir à tout prix ? Le FBI ne voulait que nous protéger ! Même si j'ignorais la raison pour laquelle ils nous gardaient ici, je savais qu'Edward ne pouvait agir que dans notre intérêt…

Connaissant Jake, il ne devait pas prendre au sérieux la menace mystérieux, mais bien réelle qui planait au-dessus de nos têtes. Mais je ne le laisserais pas faire une bêtise, je ne prendrais pas le risque qu'il lui arrive quelque chose. Je ne pourrais pas continuer à vivre si encore une personne que j'aimais mourrait par ma faute. Je me jetterais à ses pieds s'il le fallait, mais je ne le laisserais pas partir. Peu importe ce que son avocat lui dirait.

Une main douce se posa alors sur mon bras.

-Ne t'inquiète pas pour lui : le FBI n'a pas l'habitude de prendre peur devant les gars un peu plus musclés qu'eux ! Ils ne le laisseront pas partir !

-C'est toujours deux poids, deux mesures avec toi, hein papa ? Toi, tu veux partir, tu veux aider… mais Jake doit rester ici bien sagement ! Tu fais la même chose avec moi ! Tu essaies de gérer ma vie, de prendre les décisions à ma place…

-Tu es ma fille, m'interrompit-il avec émotion.

Mais cette fois, je n'avais pas l'intention de me laisser attendrir. Sentant le regard de l'agent Peter sur nous, je fis signe à mon père de me suivre et je me dirigeai vers son bureau qui n'était en fait qu'une partie de la pièce séparée du reste par un paravent d'un vert malade. Je l'y attendis de pieds fermes.

Il me rejoignit d'un pas traînant, redoutant visiblement notre confrontation. Tant mieux. Il était temps qu'il assume ce qu'il avait fait.

Je ne dis pas un mot, mais me contentai d'attendre, le fixant avec mes yeux les plus furieux. Il flancha le premier.

-Bella, soupira-t-il. Je n'ai jamais voulu que ton bonheur. Il t'a détruite…

-Tu ne crois pas que cette lettre aurait pu m'aider ? Tu ne crois pas que j'aurais plus facilement passé par-dessus tout ça si j'avais au moins eu une lettre d'adieu ? Ça ne t'ait jamais passé par l'esprit que j'aurais aimé savoir qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il avait dit, qu'il ne me croyait pas responsable de la mort de sa mère ? Tu ne crois pas que cela m'aurait enlevé un poids que tu ne peux même pas imaginer de sur mes épaules ?

Charlie ouvrit la bouche pour répliquer, puis il la referma avant de l'ouvrir de nouveau. Mais il garda le silence.

-Alors ? insistai-je.

-Je n'ai jamais vu les choses comme ça. Pour moi, tu n'as rien à voir dans la mort de sa mère et… je voulais seulement te protéger ! Tu ne t'es pas vu Bella, moi si : après son départ, tu étais une loque ! Ça a pris des mois avant que tu ne retrouves visage humai ! Je ne veux plus jamais te voir dans cet état… plus jamais !

Je sentis dans ses paroles, dans sa voix, toute l'inquiétude qu'il avait ressenti cette année-là, tout l'amour qu'il avait pour moi aussi et ma colère retomba. Un peu.

-Et c'est pour ça que tu as décidé de ne pas me dire qu'Edward était revenu ? Tu as cru que je n'étais assez grande pour prendre mes décisions seules ? Pas assez forte pour le revoir ?

Ça, c'était vrai. Mais mon père n'avait pas à le savoir.

-J'essayais de faire ce qui était le mieux pour toi…

-Mais tu m'as menti papa !

-Je t'ai caché la vérité, mais…

-Oh ! Ne joue pas avec les mots, tu veux ? Je…

Je fus interrompu par un raclement de gorge et Charlie et moi nous tournâmes d'un même mouvement vers l'intrus.

Un intrus magnifique aux yeux insondables.

Je fis un sourire tremblant à Edward, soulagée qu'il soit enfin près de moi. Le poids qui pesait sur ma poitrine disparut et je pus respirer plus librement.

Je ne réalisai qu'alors ce que sa courte absence m'avait coûté. Nous n'avions été séparés que quelques heures et pourtant, j'avais cette impression de rentrer enfin chez moi.

Comment arriverais-je à supporter la séparation définitive qui arriverait trop rapidement à mon goût ? Je préférais ne pas y penser. Pas tout de suite.

Je gardais mes yeux fixés sur lui, comme toujours, n'arrivant pas à détacher mon regard de son visage si exceptionnel. Il discutait avec Charlie, ses yeux dérivant parfois vers moi, mais il les ramenait aussitôt sur mon père, comme s'il craignait de me regarder en face.

Puis il se tourna enfin vers moi et je pus plonger de tout mon saoul dans ses yeux.

-Est-ce à cause de… ceux qui ont tué ta mère ? demanda Charlie et il me sembla que sa voix venait d'une autre planète.

Une planète loin, très loin d'Edward et de moi.

-Oui. Je suis désolé, dit-il, seulement pour moi.

Il semblait si torturé que je ne pus m'empêcher de m'avancer vers lui pour essayer de le consoler. Je ne supportais pas de le voir malheureux. Surtout pas à cause de moi. Et puis, j'avais une folle envie de le toucher aussi. De sentir la douceur de sa peau sous mes doigts…

-Ce n'est pas ta faute Edward. Ça ne l'a jamais été.

Il fallait qu'il le comprenne. Il fallait qu'il arrête de se culpabiliser pour tout. Je voulais lui apporter le soulagement qu'il m'avait lui-même offert quelques heures plus tôt.

Trop rapidement, il se sépara de moi et j'eus envie de le retenir, de me jeter dans ses bras et me serrer contre son corps. Je voulais qu'il me touche à nouveau comme il l'avait fait un peu plus tôt. Je savais que cela n'arriverait plus, mais je ne pouvais m'empêcher d'espérer.

Je voulais le sentir contre moi une dernière fois, juste une dernière fois, tentai-je de me convaincre.

Je ne l'écoutai qu'à moitié expliquer à mon père ce qui se passait et les mesures qu'il devait prendre pour nous protéger. Cela ne me semblait plus important de comprendre maintenant. Je ne voulais que profiter de ces instants près de lui, autant que je le pouvais…

Je me sentais comme une junkie en manque. J'étais en manque d'Edward. J'avais fait une cure, j'étais arrivée à m'en passer pendant des années… mais maintenant qu'on m'avait remis ma drogue sous le nez, je n'arrivais plus à résister.

Je voulais retomber. Tomber pour lui.

-Et Jacob Black ? Où est-il ? demanda soudain Edward.

Jacob ne fait plus partie de l'équation. Je peux retourner avec toi maintenant, me souffla la voix mesquine de ce qui n'était sûrement pas ma conscience et les larmes envahirent mes yeux.

Je me détestais pour penser cela. Je me détestais pour ce que je faisais subir à Jake. Mon Jake. Je détournai la tête, la gorge nouée par la culpabilité.

J'aimais Jake. Je l'aimais depuis toujours je crois… mais jamais je ne pourrai l'aimer comme j'aimais Edward. Et il avait décidé que cela ne lui suffisait plus.

Il avait raison : il méritait mieux que ça. Mieux que moi. Mieux que la moitié d'un cœur brisé.

-Il passe quelques coups de fils depuis la salle d'interrogatoire. Mais je ne sais pas si… s'il voudra venir avec moi maintenant.

C'était faux : je savais qu'il ne voudrait pas venir avec moi. À cause de mes sentiments pour Edward. J'aurais pu essayer de le convaincre. J'étais persuadée que j'y serais arrivé… mais c'était prendre le risque de le faire souffrir encore plus.

Qu'arriverait-il s'il me regardait en face et qu'il me demandait si je l'aimais plus qu'Edward ? Je savais que je n'arriverais pas à lui mentir. Et s'il exigeait de savoir s'il s'était passé quelque chose avec Edward ? Pourrais-je lui cacher nos baisers ? Pourrais-je lui dissimuler que je me serais donnée à Edward s'il avait voulu de moi ?

Non. Bien sûr que non… parce que Jake avait toujours lu en moi. Et apprendre cela le détruirait. Nous détruirait.

Et si je ne pouvais plus avoir son amour, je voulais au moins garder son amitié. Je ne pouvais pas le laisser sortir de ma vie : il comptait trop pour moi.

-Est-ce que c'est à cause de… de ce qui s'est passé ? demanda Edward en jetant un regard discret vers Charlie.

-Oui. Plus ou moins.

C'était à cause de ce que j'avais ressenti lorsque ça c'était passé.

-Je suis désolé, lâcha alors Edward et j'eus l'impression que mon cœur manquait un battement.

Désolé. Il était désolé. Il regrettait ce qui s'était passé alors que, même si moi aussi j'avais des bonnes raisons de le faire, c'était le plus beau moment que j'avais vécu depuis longtemps.

Pourquoi avait-il fait cela si c'était pour s'excuser par la suite ? Réalisait-il qu'il n'avait pas chamboulé que mes sentiments, mais aussi toute ma vie ?

Je demandai à Charlie de nous laisser, fulminant et me tournai vers Edward dès qu'il eut disparu.

-Tu es désolé ? Tu es DÉSOLÉ ? criai-je sans me soucier que d'autres personnes puissent m'entendre. C'est tout ce que tu trouves à me dire ? Que tu regrettes ce qui s'est passé ? Que tu ne voulais pas m'embrasser ?

-Oui, dit-il comme si cela allait de soi, évitant mon regard.

J'avais envie de pleurer, de crier et de prendre la fuite en même temps. Même si dès son départ précipité je m'étais doutée qu'Edward regrettait notre rapprochement, l'entendre dire de sa bouche faisait horriblement plus mal.

Je sentis des larmes de rage et de désespoir couler sur mon visage et je m'avançai vers lui, brisant la distance de sécurité qu'il maintenait entre nous pour planter un doigt furieux au milieu de sa poitrine.

-Alors pourquoi l'as-tu fait ? Et pourquoi es-tu revenu si ce n'est pour me torturer ? Je commençais enfin à accepter ton départ ! Je venais juste de réaliser que je pouvais passer à autre chose sans t'oublier, j'avais enfin envie de vivre ma vie… et tu es revenu pour tout gâcher! Tu as tout gâché Edward !

Ma voix se brisa et je serrai les lèvres pour retenir un sanglot.

-Ce n'est pas ce que je voulais, dit Edward sans me regarder.

Encore une fois, il ne s'expliquait pas. Il me laissait tenter de deviner ses sentiments… mais j'en avais assez. Je ne voulais plus jouer à ce jeu. Je voulais savoir… je voulais comprendre pourquoi il avait agi ainsi avec moi, pourquoi il avait joué avec mon amour pour lui.

-Alors que veux-tu Edward ? Que veux-tu ?demandai-je, à bout de patience.

Il releva enfin la tête et je pus voir dans son regard tous ses regrets.

-Je suis venu ici en espérant que ça m'aiderait à… avancer. Que je pourrais ensuite vivre sans penser à toi à chaque instant. Je croyais que je serais capable d'être heureux de nouveau si je te revoyais juste une dernière fois.

Je fronçai les sourcils, essayant de comprendre le sens de ses paroles. Penser à moi à chaque instant ? Non, il ne pouvait avoir dit cela.

C'était moi qui pensais à lui à chaque seconde qui passait, moi qui ne pouvait l'oublier…

-Tu dis que tu commençais enfin à accepter mon départ : ce n'est pas mon cas. Après cinq ans, je suis encore aussi pitoyable que la journée où j'ai quitté Forks… je n'arrive pas à t'oublier. Je ne le voulais même pas : je m'accrochais à mes souvenirs de toutes mes forces.

Je secouai la tête, repoussant l'espoir qui flambait dans ma poitrine.

Non. C'était impossible. Impossible qu'il m'aime toujours…

-Je ne… je ne comprends pas. Tu m'as dit… tu m'as demandé de partir ! m'écriai-je, troublée. Tu as dit que c'était fini ! Puis tu es parti et je n'avais aucun moyen de te retrouver alors que toi… tu aurais pu revenir me chercher à n'importe quel moment !

Cette fois, ce fut Edward qui s'approcha de moi. Mon cœur s'accéléra lorsqu'il prit ma main dans la sienne pour la déposer sur sa poitrine, là où je pouvais sentir son propre cœur battre à un rythme aussi effréné que le mien.

Était-ce ma présence qui lui faisait cet effet ?

-Tout ce que j'ai dit ce soir-là… je n'en pensais rien. Pas un seul mot; je te l'ai dit. Je ne voulais pas que tu me quittes, mais à ce moment-là, je ne supportais plus de te voir parce que ça me ramenait à ma propre culpabilité… et ça faisait trop mal. Beaucoup trop mal.

Il déposa son front contre le mien en fermant les yeux et j'en profitai pour observer son visage autant que je le pouvais.

Il semblait sincère. Et la souffrance que je voyais sur ces traits… cette souffrance était la mienne. Il souffrait toujours autant de notre rupture, tout comme moi, parce qu'il m'aimait encore.

Edward m'aimait encore.

-Lorsque je suis revenu et que j'ai trouvé ton alliance…

Ses traits se tordirent, sa voix se cassa en se rappelant cette soirée-là. Cette soirée où notre vie s'était brisée pour la deuxième fois en quelques jours. Cette soirée où j'avais cru l'avoir perdu.

Je passai ma main dans ses cheveux en soufflant son nom, puis je descendis jusqu'à sa nuque. N'y tenant plus, je fis un pas de plus pour me retrouver dans ses bras. Son corps se moula parfaitement au mien alors que je m'accrochais à lui de toutes mes forces, me collant outrageusement contre son torse.

Edward me serrait frénétiquement par la taille et sans que je sache pourquoi, cette étreinte me laissait un goût d'adieu.

Mais ce n'était pas le cas… ce ne pouvait être le cas…

Je l'aimais. Il m'aimait. Nous avions déjà perdu tant d'années ! Tant d'années à croire que l'autre nous avait oubliés… comment avait-il pu penser que je pouvais vivre sans lui ? Croyait-il donc si peu en mon amour pour lui, alors que je lui en avais prouvé la force à bien des occasions ?

Toutes ces années pendant lesquelles j'aurais pu vivre heureuse auprès de lui…

-Pourquoi n'es-tu jamais revenu ?demandai-je dans un sanglot. Pourquoi ne t'es-tu pas battu pour moi comme je l'aurais fait pour toi si j'avais pu ? Tout aurait été si différent !

-Je n'en avais pas la force, me répondit-il en secouant la tête. Je me sentais… vide. Si vide sans toi. Et je croyais que tu ne voulais plus de moi; que les paroles que j'avais dites t'avait fait réaliser quel genre d'homme je suis…

Je relevai la tête pour lui faire un sourire, triste. C'était donc vrai : il ne croyait pas en mon amour pour lui. Il pensait réellement qu'un jour, je pourrais cesser de l'aimer.

-Tu n'as jamais compris à quel point je t'aime, non ?

Il ne l'avait jamais compris. Sinon il aurait su… Sinon il serait revenu…

-Que je sais ce que tu es… tout ce que tu es… et que je ne t'aime que plus pour cela ?

-Et toi, tu n'as jamais compris que rien ne comptait autant que toi dans ma vie ? Que je ne pouvais plus vivre sans toi ?

Non. Je ne l'avais pas compris, je ne l'avais jamais cru lorsqu'il me le disait. Son amour pour moi était si… incompréhensible. Tout le temps que j'avais passé avec lui, toutes ces journées parfaites et merveilleuses, une partie de moi guettait le moment où il en aurait assez et où il me demanderait de partir. J'étais persuadée que cela arriverait un jour ou l'autre…

Tant de douleur, nos deux vies brisées parce que nous n'avions pas pu avoir confiance. Confiance en l'autre, confiance en notre couple, confiance en nous-mêmes.

Nous nous fixâmes un long moment dans les yeux, sans dire un mot. Et je lus dans son regard ce que j'avais senti un peu plus tôt : c'était un adieu, pas un commencement.

Edward me disait adieu. Il me quittait encore.

Pourquoi ? Pourquoi le faisait-il alors qu'il m'aimait ? Alors que nous pouvions être ensemble maintenant ?

J'eus l'impression de recevoir un coup à l'estomac lorsque je compris. Il avait quelqu'un d'autre dans sa vie. Je n'étais plus la seule qui comptait à présent…

Nous avions compris trop tard.

Beaucoup trop tard.

Une heure plus tard…

Je jetai mes vêtements dans ma valise, pêle-mêle, ne regardant même pas ce que je prenais, ma vision était brouillée par mes larmes.

Je devais quitter Forks. Au moins pour quelques temps.

Jane Volturi avait disparu et tant que nous ignorerions où elle se trouvait, il valait mieux pour moi que je disparaisse.

Seule.

Ni Jacob, ni mon père ne m'accompagneraient.

Charlie avait réussi à convaincre le FBI qu'il pouvait les aider à éliminer la menace. Jake était…il était…

Mes sanglots redoublèrent en pensant à mon petit ami. La journée même où j'acceptais enfin de l'envisager comme tel, de m'engager enfin avec lui, tout s'écroulait. Il ne devenait plus que mon ex petit ami.

Après ma conversation avec Edward, Jake et moi avions discuté de nouveau. Ou plutôt, j'avais parlé, lui m'avait écouté tout en semblant ne pas entendre un mot de ce que je lui disais.

Si je ne pouvais être avec Edward, alors je ne voulais personne d'autre que Jacob. C'était incroyablement égoïste, mais je voulais reprendre notre histoire comme si rien ne s'était passé, comme si tout était comme avant…

Mais Jake ne le pouvait pas. Malgré mes efforts, il avait refusé de m'accompagner. Je lui avais dit que je ne pourrais pas être heureuse sans lui... lui m'avait répondu qu'il ne pourrait être heureux avec moi.

-Je ne veux plus être le deuxième choix, avait-il lâché d'une voix brisée.

Et je n'avais même pas pu le contredire. Alors je l'avais laissé derrière moi.

Et je me retrouvais seule, encore une fois.

-Ça va Bella ? me demanda la douce voix d'Edward.

-Je… j'arrive, balbutiai-je maladroitement. J'ai presque terminé.

-D'accord.

Puis il sortit de ma chambre et je m'essuyai le visage. Je devais me reprendre. Il ne me restait que quelques heures à passer avec lui. Quelques heures avant que je ne parte pour Paris et que lui ne retourne chez lui… avec une autre.

Mais d'ici là, c'était avec lui que j'allais passer les prochaines heures. Edward m'accompagnait dans un hôtel de Seattle où nous attendrions bien sagement que mon avion décolle, demain en fin d'avant-midi. Là, ce serait deux autres agents que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam qui prendraient la relève.

Alors profite à fond du temps qu'il te reste avec lui… tu as gagné un petit sursis.

J'en avais bien l'intention, oui. Mais d'abord, je devais cesser de pleurer. J'aurais tout le temps de m'épancher sur le tour dramatique qu'avait pris ma vie lorsque je serais à Paris. J'aurais tout le loisir de me laisser aller à ma douleur… plus tard.

Je pris une grande inspiration, puis refermai ma valise, résolue.

J'étais prête.

Je sortais de la chambre lorsque quelque chose attira mon attention. Un bout de papier blanc sur ma table de nuit. Je m'approchai, intriguée, et mon cœur rata un battement lorsque je reconnus l'écriture.

Bella.

C'était tout ce qui était écrit sur l'enveloppe, de la main si reconnaissable d'Edward. C'était la lettre qu'il m'avait écrit cinq ans plus tôt et que Jake m'avait donné. Celle que je n'avais pas encore lue et que je croyais avoir perdu.

Et tout ce temps elle était là, sous mon nez.

Je ne pus résister à la tentation : je me penchai vivement, comme si je brisais un interdit, et je l'attrapai pour la cacher sous ma veste.

J'allais la lire… plus tard. Pour l'instant, Edward m'attendait. J'allai le rejoindre au salon et il se leva dès qu'il me vit. Il m'examina, visiblement soucieux. Je rougis, troublée par l'intensité de son regard.

-Je pourrais le tuer pour te faire souffrir ainsi, dit-il d'une voix noire.

Je reniflai.

-J'ai connu pire.

Son visage prit un air torturé et je me mordis la lèvre, réalisant mon erreur.

-Alors il aurait dû me tuer pour t'avoir fait autant de mal, murmura-t-il en fermant les yeux.

-Ne dis pas ça ! m'écriai-je avec force. Ne dis plus jamais ça ! Tu crois que ta mort m'aurait aidé ? C'est le contraire ! Tout le contraire…

Et j'étais repartie pour une autre crise de larmes. Je me détournai d'Edward, cachant mon visage avec mes mains. J'étais ridicule et j'en étais consciente, mais je me sentais comme une bombe sur le point d'exploser.

Et lui, était le déclencheur.

-Je suis désolé Bella, répéta Edward dans un souffle.

Je ne voulais pas de ses excuses. Je voulais qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me serre contre lui en caressant mes cheveux, me murmurant que tout allait bien à l'oreille. Plus que tout, je voulais qu'il m'embrasse, je voulais qu'il me fasse l'amour, qu'il me dise qu'il m'aimait, que tout n'était pas perdu pour nous…

Mais je savais qu'il ne le ferait pas. Il avait toujours été le plus raisonnable.

-Bella…

-Arrête ! Ne dis plus que tu es désolé ! le coupai-je plus brusquement que je ne le voulais.

Je pris une grande inspiration pour reprendre encore une fois le contrôle, puis sans un regard pour lui, je me dirigeai vers la porte, ma valise à la main.

Alors que je franchissais l'entrée de ma maison, je sentis une main se poser sur la mienne avec douceur. Des centaines de papillons prirent leur envol dans mon estomac et j'en voulus à mon corps de réagir aussi fortement à son toucher.

-Laisse, je vais le faire.

-J'en suis capable, grognai-je, agacée.

-Je sais bien.

Il me fit son sourire en coin et je me détournai vivement pour ne pas craquer, lui laissant mes bagages. S'il tenait à jouer les gentlemans, je n'allais pas l'en empêcher.

Fidèle à lui-même, il vint m'ouvrir la portière de sa voiture, puis la referma derrière moi. Je me mordis la lèvre avec acharnement, ne pouvant m'empêcher de me rappeler toutes les autres occasions où il avait fait ce geste avant…

Edward prit place derrière le volant et je sentis son regard se poser sur moi. Je tentai de mon mieux de l'ignorer. Il ouvrit la bouche, puis la referma. Il soupira et démarra la voiture.

Pendant un long moment, aucun mot ne fut prononcé. Je regardais le paysage défiler au-dehors, mon cœur se débattant dans ma poitrine. Sa seule présence près de moi déclenchait cet effet. Et son odeur qui flottait dans l'habitacle me rendait folle.

J'étais consciente de gâcher mes derniers instants avec lui, mais je ne pouvais faire autrement. Sa simple présence m'intoxiquait et seule avec lui, je savais que je n'arriverais pas à contenir mes sentiments pour lui.

Je gardai donc le silence, perdue dans mes pensées, jouant avec les pièces de monnaie qui traînaient dans mes poches lorsque je sentis l'enveloppe sous ma main. Mes doigts se serrèrent dessus et je jetai un coup d'œil en coin à Edward.

Coup d'œil qu'il me rendit aussitôt, comme s'il avait guetté le moment où je le regarderais enfin. Je me détournai de lui en rougissant, puis attendit quelques secondes, le temps qu'il reporte son attention sur la route.

Je sortis alors l'enveloppe de ma poche, en retenant mon souffle. Mon cœur battait à tout rompre et mes mains tremblaient d'anticipation alors que je l'ouvrais maladroitement.

J'ouvris le papier à lettre soigneusement plié et mes yeux furent tout de suite attirée par les deux premiers mots.

Ma Bella

C'est ainsi qu'il avait commencé.

Ma Bella.

C'était toujours comme cela qu'il m'appelait dans les moments plus difficiles, lorsqu'il était triste ou que moi je pleurais.

Je lus la lettre jusqu'au bout, des larmes brouillant ma vue. C'était les mots les plus beaux, les plus doux que je n'avais jamais lu. Je repris ma lecture, une fois, deux fois, trois fois.

Ce n'était pas une lettre d'adieu. Loin de là. La preuve en était là, écrite de la main d'Edward. Il me demandait de le rejoindre.

Moi, je n'en avais jamais rien su. J'étais restée plusieurs jours dans un état presque comateux… et pendant ce temps, il m'attendait.

Edward m'attendait, croyant que Charlie m'avait donné cette lettre, croyant que je choisissais de rester à Forks plutôt que d'aller le rejoindre.

Je posai la lettre contre mon cœur en sanglotant.

-Bella ! Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que c'est ?

Je me tournai vers Edward, bouleversée. Je déposai ma main sur la sienne qui serrait le volant avec force.

-Tu sais que je n'ai jamais lu cette lettre, n'est-ce pas ? Tu sais que je ne serais jamais restée à Forks en sachant que tu m'attendais là-bas ? J'aurais tout laissé tomber pour toi, pour aller te rejoindre. Même des années après ton départ.

-Même Jacob Black ? me demanda-t-il entre ses dents.

Je reculai, sous le choc et il soupira, dégageant sa main de sous la mienne pour la passer dans ses cheveux.

-Désolé. Ne réponds pas à cette question de jalousie mal placée. C'était très indélicat de ma part.

Je m'enroulai dans mes bras, tentant de retenir ma peine à l'intérieur de moi. Comment osait-il? Comment osait-il me parler de Jake alors que nous venions de rompre ? Comment pouvait-il me demander si je l'aurais choisi lui, plutôt que Jacob ? Alors que lui-même était sur le point de retourner auprès d'une autre ?

-Très indélicat oui, répliquai-je d'un ton froid.

Edward soupira de nouveau, m'observant de biais.

-Pardonne-moi. Je ne contrôle pas toujours mes paroles… ni mes gestes lorsque tu es prêt de moi.

Son regard me fixa un instant, faisant flancher toute trace de volonté.

-D'accord, murmurai-je presque contre moi. On oublie.

Il me fit un sourire qui me coupa le souffle, puis retrouva son air grave.

-Et pour la lettre… j'ai compris que tu ne l'avais jamais lu lorsque nous avons discuté tout à l'heure. J'imagine que Charlie ne te l'a pas donné ?

Je secouai la tête.

-Il voulait me protéger, dis-je, acide.

-Je ne peux pas le blâmer.

Je fronçai les sourcils, furieuse.

-Moi si ! S'il me l'avait donné, tout serait différent aujourd'hui ! Il n'avait pas à décider de ce qui était le mieux pour moi !

-Je ne suis clairement pas celui qui est le mieux pour toi.

-Co… comment peux-tu dire ça ? soufflai-je difficilement.

Je me collai contre la portière, voulant m'éloigner le plus possible de lui.

-Comment peux-tu croire ça alors que je suis toujours aussi amoureuse de toi cinq ans après notre rupture ? Alors que je suis là, tentant d'être furieuse contre toi pour cesser au moins un petit instant d'avoir envie que tu me touches, que tu m'embrasses ? Alors qu'il n'y a que toi qui occupes mon esprit, même aujourd'hui, le jour où Jake a rompu avec moi ?

Edward se rangea soudain sur le côté de la route et coupa le contact. Je me tus, surprise et l'observai serrer le volant avec rage, puis y laisser tomber sa tête.

-Est-ce que c'est pour ça que tu la choisis, elle ? demandai-je en fermant les yeux sous la douleur. Parce que tu crois que c'est mieux ainsi ? Que c'est mieux pour moi ?

Edward tira violemment sur ses cheveux en poussant une plainte rauque, puis il se redressa avec l'air de porter le poids du monde sur ses épaules. Moi je restai silencieuse, attendant anxieusement sa réponse.

-Je ne suis pas aussi altruiste que tu semble le croire, chuchota-t-il en vrillant son regard au mien. Même si je sais que je ne suis pas bon pour toi, je te choisirais Bella si je le pouvais… si j'en avais le droit, je resterais ici, avec toi. Rien ne pourrait me rendre aussi heureux que d'être à nouveau auprès de toi.

-Alors pourquoi ne le fais-tu pas ? Pourquoi partir, m'abandonner derrière toi encore ?

-Je ne suis plus seul Bella… il y a quelqu'un dans ma vie qui compte plus que tout le reste.

Je suffoquai à cet aveu, prise de nausée. Il l'aimait plus que moi. Elle était là, la vérité : qui que soit cette femme, il l'aimait plus que moi.

C'était moi le second choix maintenant et je comprenais parfaitement ce que Jake ressentait depuis toutes ces années. C'était si douloureux de savoir qu'une autre avait pris ma place dans son cœur, comme si ma poitrine s'ouvrait soudain en deux, ne laissant plus que le vide.

J'avais de plus en plus de mal à respirer et je me repliai sur moi-même, tentant de retrouver mes esprits.

Je sentis alors deux mains fortes et douces empoigner mon visage pour m'obliger à le regarder en face. Edward me fixait, ses yeux brûlant d'intensité.

-Ce n'est pas ce que tu crois, Bella. Personne ne pourra jamais te remplacer. Je t'aime et je t'aimerai toujours.

La douleur s'apaisa un peu sous ces mots que j'espérais entendre… ces mots qui avaient toujours été les plus doux à mon oreille…

Je perdis alors toute retenue, poussée par le feu qui s'était embrasée dans ma poitrine : je passai mes bras autour du cou d'Edward et je déposai brutalement mes lèvres contre les siennes.

Peu m'importait ses raisons, ses réserves, ses hésitations. Je venais de décider ici et maintenant que je n'en avais que faire.

Je l'aimais. Il m'aimait. Et j'étais prête à faire tout ce qui était en mon pouvoir pour que nous puissions être de nouveau ensemble…

Comme cela devait être.