POV BELLA

Nous étions dans la voiture d'Edward. Il prit la sortie sud pour sortir de la ville. Je n'avais absolument aucune idée de là où il m'emmenait et après tout, ça n'était pas si important que ça, au vu du reste de la journée. Il ne pouvait rien m'arriver de pire que mon face à face avec Jacob et sa famille. Je n'arrivais pas à oublier le tableau parfait qu'il formait avec Leah, rayonnante, et leur petit garçon.

Edward ne disait rien mais de temps en temps, je sentais le poids de son regard sur moi. Savoir qu'il savait était assez mortifiant. Ce n'était pas tellement le fait de les avoir vu qui m'avait rendue triste mais plutôt d'avoir vu ce que j'aurais dû avoir et que je n'ai jamais eu. Qu'est-ce qui avait fait que Jacob avait choisi Leah pour fonder une famille ? Pourquoi avec elle et pas avec moi ? Pourquoi cette conne avait gagné le gros lot et que moi, je me retrouvais sur la touche ? Au train où allaient les choses, mes chances de rencontrer quelqu'un et d'avoir des enfants n'étaient pas bien hautes. Je devrais me contenter de voir Alice et Rosalie en avoir et d'être la gentille tatie Bella.

Je lâchai un gros soupir en appuyant ma tête contre le siège de la voiture.

« Tu veux en parler ? » demanda doucement Edward.

Surprise, je rouvris immédiatement les yeux et le regardai sans rien dire.

« Quoi ? » fit-il sur la défensive.

« Rien. C'est juste que c'est la première fois que tu te soucies de moi. Je me demande ce que ça cache et si ça va se retourner contre moi. »

« Tu me crois assez cruel pour me servir de ça contre toi ? » demanda-t-il.

« J'en connais qui le feraient sans hésiter. » dis-je tristement.

Il me lança un rapide regard en coin, tout en surveillant la route.

« Pas moi. Tu veux en parler ? » répéta-t-il.

« Là maintenant ? Non pas vraiment. »

« Comme tu veux. »

Edward arrêta la voiture sur un grand parking en dehors de la ville. Il sortit le premier et vint m'ouvrir la porte. Je levai les yeux au ciel.

« Edward, je suis capable de sortir d'une voiture toute seule. »

« Je me rappelle d'une fois où j'ai dû te porter ! » répliqua-t-il, moqueur.

« Hey ! J'étais fatiguée. » protestai-je lamentablement, me souvenant de la cuite monstrueuse que j'avais pris ce soir-là.

« Fatiguée, hein ? Moi j'aurais dit ivre morte, mais soit, tu étais fatiguée. »

Je le fusillai du regard.

« Bella, c'est ce qu'on appelle de la galanterie. » m'expliqua-t-il comme si j'étais une demeurée.

« Toi, tu me fais un exposé sur la galanterie ? Parce que changer plus souvent de fille que de sous-vêtements, c'est galant ? »

« Je leur tiens la porte de mon appartement avant et après. » répondit-il avec un sourire sardonique.

Je me mis à pouffer. C'était irrépressible. Edward me faisait rire alors que j'aurais du m'offusquer de son comportement avec les filles mais son sens de la répartie et son air angélique quand il balançait des inepties pareilles me faisaient rire.

« C'est ce que tu dis à ta mère quand tu lui parles de tes copines ? » continuai-je en mimant des guillemets au mot 'copines'.

Edward eut l'air gêné.

« Comme si j'allais parler de ça avec ma mère ! Si je le faisais, il me faudrait au moins 10 ans de psychothérapie pour dépasser ça. » marmonna-t-il d'une voix dégoûtée.

J'éclatai de rire. Edward avait réussi à me remonter un peu le moral. Alice et Rosalie devaient ruser à chaque fois, en m'attirant avec un bac de glace ou une bouteille de tequila. Lui, juste en me parlant et en faisant un peu l'idiot, il y arrivait.

« Alors, où m'as-tu emmenée ? »

« Retourne-toi, tu verras. » dit-il en souriant.

« Une fête foraine ! » m'exclamai-je.

« Rien de tel pour se défouler ! » dit-il joyeusement en me prenant la main et en se mettant à marcher.

Des odeurs de barbe à papa, de crêpes, de hot dog et de sucre flottaient dans l'air. Ravie, je fermai les yeux. Les gens riaient, criaient. Les musiques des manèges et les voix des forains me parvenaient de tous côtés. Edward continua à nous faire avancer encore quelques minutes avant de s'arrêter à un stand.

« Voilà exactement ce qu'il te fallait. » annonça-t-il.

Je fronçai les sourcils en comprenant de quoi il s'agissait.

Edward avait choisi le marteau avec lequel on doit frapper le plus fort possible avec sur un palet en fer pour faire monter la jauge. Le marteau était gigantesque en comparaison de la taille de mes bras.

Edward donna un billet de 5 dollars à la personne qui tenait le stand. Il me désigna ensuite le marteau.

« Tape de toutes tes forces. »

A deux mains, je pris le marteau qui pesait une tonne et donnait un coup sur le palet. La jauge ne grimpa que de quelques centimètres.

Edward claqua la langue.

« Tu n'y mets pas assez de conviction, Bella. »

Je me retournai vers lui.

« Figure-toi que je ne suis pas la fille cachée de Hulk non plus ! » fulminai-je, vexée.

Il ressortit un billet de 5 dollars.

Ma deuxième tentative ne fut pas meilleure. Je me préparai à encaisser une remarque sarcastique de la part d'Edward quand je le sentis derrière moi.

« Tu t'y prends mal, Bella. » dit-il contre mon oreille.

Il enroula ses mains autour des miennes, stabilisa mes pieds avec les siens. Son souffle faisait bouger mes cheveux dans mon cou. Mal à l'aise, je déglutis difficilement.

« Ah…ah bon ? »

« Tu dois assouplir tes jambes et resserrer tes poignets. Comme ça. » murmura-t-il. « Ensuite… »

« Ensuite quoi ? » demandai-je d'une voix enrouée.

« Ensuite, tu imagines la tête de ton ex à la place du palet. A trois. Un, deux, trois ! »

Edward nous fit lever les bras très vite et le marteau frappa le palet tellement fort que la jauge atteignit presque le sommet. Je sentis le choc se répercuter le long de mes bras. Edward me lâcha et recula précipitamment.

Je me retournai vers lui avec un sourire ravi.

« C'était marrant ! » m'exclamai-je.

Il se contenta de hocher la tête et de sourire.

Je devais reconnaître que sa méthode était assez efficace. Je rêvais de frapper Jacob pour tout le mal qu'il m'avait fait. Je n'avais jamais pu lui dire en face tout ce que je pensais de lui et me défouler comme ça m'avait fait du bien.

Nous avions continué à avancer. C'était assez étrange d'être là avec lui. Voir Edward dans une fête foraine m'étonnait. Marcher près de lui était apaisant, surtout après la journée d'enfer que je venais de passer. Malgré moi, mes yeux se posèrent sur un couple qui se tenait devant un marchand de glace avec leur petite fille.

« Ca t'arrivera un jour Bella. » fit Edward qui avait suivi mon regard.

Je baissai les yeux, incapable de regarder Edward en face. C'était presque irréel d'entendre Edward me réconforter. Après tout, il était allergique à toute forme d'engagement, il ne s'en était jamais caché. Pourquoi essayait-t-il de me rassurer sur mon hypothétique avenir ?

« Edward, est-ce que … est-ce que tu envisages … tu sais … » balbutiai-je en désignant le couple et leur fille.

Il fronça les sourcils et les regarda.

« Quoi ? Oh non, surtout pas. La monogamie, les gosses, la maison avec une barrière blanche, rien que d'y penser, ça me file des boutons. »

Je le regardai, incrédule.

« Tu ne veux pas fonder une famille un jour ? »

Il parut réfléchir à la question comme s'il ne se l'était jamais posée

« Non. Je suis heureux comme ça, je me suffis à moi-même. » finit-il par dire, catégorique.

Est-ce que moi aussi je pensais me suffire à moi-même ? Etait-il possible de vivre en ne comptant que sur soi-même ? Peut-être qu'au fond, Edward était aussi seul que moi. Il avait beau avoir des amis et sortir avec beaucoup de filles, au final, quand il rentrait chez lui, il était seul. Je me demandais si sa solitude lui pesait autant que la mienne parfois.

« Et puis, ce serait dommage de priver les filles d'un specimen aussi beau, non ? » se vanta-t-il en rigolant, allégeant l'atmosphère.

Je levai les yeux au ciel.

« Que ferait la gente féminine sans toi ? » ironisai-je.

« Elle manquerait d'orgasme. » répondit-il du tac au tac.

Je ne pus m'empêcher de rire. Edward et son ego surdimensionné …

« On peut aussi se débrouiller toutes seules pour ça. »

Je regrettai mes paroles aussitôt en voyant son sourire égrillard. Inévitablement, mes joues devinrent brûlantes. Edward ne fit aucun commentaire mais son air malicieux en disait long sur ce qu'il pensait. Ce que je pouvais être stupide parfois. Je lui fournissais moi-même les bâtons pour me battre.

Il me fit un clin d'œil mais m'épargna une remarque qui m'aurait sûrement mise dans l'embarras.

Nos pas finirent pas nous conduire au pied de montagnes russes.

« Je me demande qui serait assez dingue pour monter là-dedans de son plein gré ! » m'exclamai-je en essayant d'évaluer la hauteur de l'attraction.

« Ce n'est pas si haut que ça, Bella » dit Edward d'une voix amusée.

POV EDWARD

« Pas si haut que ça ? Tu te fiches de moi ? » s'écria-t-elle.

« Bella, tu grimpes dans les arbres comme un vrai petit singe ! » répliquai-je en riant.

Mon rire s'accentua devant la grimace qu'elle fit au mot singe. Cette fille était en totale contradiction avec ce qu'elle disait et je trouvais ça rafraichissant.

« Primo, je ne suis pas un singe. Deuxio, je ne grimpe pas aussi haut. Faut être malade pour monter dans ce truc ! »

« Bella » demandai-je en souriant « quel est le dernier truc complètement dingue que tu as fait ? »

Bella ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis la referma. Elle répéta son geste deux ou trois fois de suite.

« Aller au lit sans me laver les dents ? » hasarda-t-elle.

Je secouai la tête de gauche à droite. Bella était désespérante, pensai-je en souriant.

Je lui attrapai la main vivement et commençai à la tirer vers la file d'attente.

« qu'est-ce que… non, non, non,non … Edward, lâche-moi ! » pleurnicha-t-elle en se débattant.

« Ca va être amusant, tu vas voir. » répondis-je sans la lâcher.

Bella avait beau être petite et légère, elle n'était pas facile à traîner. Elle me donnait des coups de pieds dans les tibias et essayait même de me mordre le bras. Je me retenais de rire parce que je savais que ça ne ferait que l'énerver davantage.

« Mais merde ! Vas-tu me lâcher à la fin, espèce de débile ! » hurla-t-elle, quand, lassé de la tirer, j'avais fini par la faire basculer sur mon épaule comme un vulgaire sac de patates.

Je me mis à siffloter, augmentant ses cris.

Sous le regard éberlué ou moqueur des gens, je réussis à l'assoir dans le premier siège à portée de main. Sans la relâcher, je pris place à côté d'elle et rabattis rapidement la barrière de sécurité devant nous.

Bella avait les dents serrés et les yeux fermés.

Je ricanai devant le spectacle comique qu'elle offrait.

« Qu'est-ce que tu fais, Bella ? »

« J'essaye d'imaginer le bruit que fera mon crâne quand il rencontrera le sol. » marmonna-t-elle.

« Le même que celui d'une noix de coco, je dirai. » répliquai-je d'une voix nonchalante.

Elle ouvrit les yeux pour me lancer un regard torve.

« Oh, espèce de …. »

Elle s'interrompit lorsque le manège se mit en route. Le wagon dans lequel nous étions assis gagnait peu à peu de la hauteur. Bella ne cessait de regarder vers le haut, blanche comme un cachet d'aspirine.

« Si je survis à ça, Edward, je me vengerai ! » dit-elle en serrant les dents.

J'éclatai de rire. Depuis toujours j'aimais les attractions à sensation. La montée d'adrénaline qu'elles provoquaient, les cris qu'on ne pouvait pas s'empêcher de pousser, tout ça me plaisait énormément. Comme ça ne durait que quelques secondes, je n'avais pas le temps de me préoccuper de ma peur des hauteurs.

Le wagon s'immobilisa en haut d'une crête. Impossible de voir en dessous de nous. Au moment où il amorça sa descente, Bella m'agrippa la main et hurla :

« Je te déteste ! »

La chute fut vertigineuse et rapide. J'aurais été incapable de dire si moi aussi j'avais crié. Tout ce que je ressentais, c'était la chaleur de la main de Bella dans la mienne et les mouvements de mon estomac. Après plusieurs descentes et quelques loopings, qui me permirent d'affirmer que même la tête en bas Bella avait de la voix, le manège s'arrêta complètement.

Je jetai un œil à ma voisine. Bella avait les yeux fermés et les mâchoires serrées. Bien que nous ne bougions plus, elle me tenait toujours la main. Je savourais la sensation d'avoir Bella tout contre moi sans qu'elle ne me hurle dessus ou qu'elle ne m'agresse. Oui, ce n'était pas normal. Je ne suis pas du genre tactile. Une fois que j'avais obtenu ce que je voulais d'une fille, je ne faisais pas dans le sentimentalisme. Elle se rhabillait et s'en allait, pendant que moi je filais sous la douche.

« Bella ? » dis-je doucement.

« Mmmh ? »

« C'est fini. »

« Mmmh. »

Elle n'avait toujours pas bougé.

« Bella, est-ce que tu pourrais me rendre ma main ? » finis-je par dire pour la faire réagir.

Elle rouvrit immédiatement les yeux. Elle regarda sa main dans la mienne et me libéra en piquant un fard.

« Désolée… »

Je relevai la barrière de sécurité et me dégageai le premier. Naturellement, je tendis la main à Bella pour l'aider à sortir. Sans rien dire, elle accepta mon aide mais dès que ses pieds furent de retour sur la terre ferme, elle se libéra. Elle fourra ses mains dans ses poches, regarda tout autour d'elle. Soudain, ses lèvres s'étirèrent en un grand sourire. Elle tenait sa revanche, j'en étais sûr. Elle se tourna vers moi, tout contente d'elle.

« Edward, Edward, Edward… » chantonna-t-elle en se dirigeant vers un stand.

Curieux, je la suivis. Elle s'était arrêtée au stand de tir. Je m'immobilisai à quelques mètres d'elle. Ça s'annonçait mal pour moi…

« Ramène tes fesses ici ! » me héla-t-elle devant tout le monde.

En maugréant, j'obéis.

« Je dois reconnaître que tu m'as bien eue avec les montagnes russes. » commença-t-elle.

« T'as apprécié les montagnes russes, tu le sais, et… »

« Mais je t'ai promis que je me vengerai. » continua-t-elle en m'ignorant.

« Hey ! » m'insurgeai-je pour rien apparemment.

« Donc, on va le faire à ma manière. Je te parie que je te bats à plates coutures au tir à la carabine. » dit-elle d'une voix triomphante.

« C'est de la triche. Ton père t'a appris à tirer ! »

Certains passants ricanèrent.

Bella me fit une moue moqueuse. Adorable mais moqueuse.

« Est-ce que le grand Edward Cullen aurait peur de se faire battre par une fille ? »

Je lui lançai un regard noir qui ne lui fit ni chaud ni froid.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. »

« Bien. Donc, si tu perds… tu seras mon esclave pendant, allez, pendant une soirée. »

« Et si c'est moi qui gagne ? » demandai-je.

Au vu de la mine qu'elle affichait, elle n'envisageait pas une seule seconde ma victoire. Il fallait que je trouve quelque chose qui la ferait enrager au moins autant que le fait d'être l'esclave de quelqu'un, surtout d'être le sien.

Euréka !

Je m'avançai vers elle et ne m'arrêtai qu'une fois suffisamment près pour lui chuchoter à l'oreille :

« Si jamais tu perds, tu devras m'embrasser, Bella. »

Elle se recula et me fixa sans rien dire. J'étais incapable de dire d'où cette idée saugrenue était venue mais avec ça, je savais qu'elle allait renoncer à son idée complètement débile de compétition au tir. C'était obli…

« Je marche ! »

« Tu…tu marches ? »

Non, non, elle était sensée dire non et on en restait là. Qu'est-ce qu'elle foutait encore ?

« Il faut que je te l'écrive ? » se moqua-t-elle.

Elle tendit un billet de 10 dollars au jeune homme qui tenait le stand. Celui-ci déposa devant nous deux carabines chargées. Bella s'empara de la première et me la tendit. Je la pris en me demandant comment la tenir pour bien viser. Bella attrapa la sienne, enleva la sécurité et se plaça droit devant les cibles. En l'observant du coin de l'œil, je l'imitai. Elle ferma l'œil gauche, leva la carabine et appuya sur la gâchette à plusieurs reprises sans jamais faiblir. Elle reposa ensuite la carabine et se tourna vers moi.

« A toi, John Wayne. »

Je retins la remarque acerbe qui me brûlait les lèvres de justesse. A mon tour, je visai la cible, avec plus ou moins d'efficacité. Une fois ma cartouche vidée, je reposai à mon tour la carabine. Le jeune homme se rapprocha des cibles et compta les impacts de plombs et les points que nous avions accumulés chacun. Il revint vers nous avec un sourire jusqu'aux oreilles.

Nous attendions le verdict, aussi nerveux l'un que l'autre. Je ne voulais pas être le toutou de Bella et je ne voulais pas l'embrasser, comme elle ne le voulait pas. Oui mais si tu ne voulais pas l'embrasser, pourquoi tu as proposé un baiser comme gage ? Ah, la ferme ! me tançai-je en silence.

« Je crois que la demoiselle vient de se trouver un esclave pour une soirée ! » annonça joyeusement le jeune homme.

Bella poussa un grand cri de joie purement sadique.

« Oh je sens que je vais bien m'amuser ! »

« Je suppose que demain soir te convient ? » soupirai-je.

« Non. »

« Non ? » m'étonnai-je.

« Je n'ai pas encore décidé de la date. »

« Comment ça ? »

« Je veux marquer le coup. »

« On n'a jamais parlé de ça ! »

« Quoi, tu te défiles ? » dit-elle en me fusillant du regard.

« Non ! » m'emportai-je.

« Parfait ! » répondit-elle sur le même ton.

Je me passai la main sur le visage, désespéré par la situation dans laquelle je m'étais mis tout seul comme un grand. Passer du temps avec Bella me faisait perdre toutes mes facultés mentales, au point que c'en était pitoyable.

« Allez, viens, je te ramène chez toi. » finis-je par dire.

Bella me suivit en silence jusqu'à la voiture. Sur tout le trajet de retour, ni l'un ni l'autre ne décrocha un mot. Enervé par la tournure des évènements, j'en voulais autant à Bella qu'à moi-même de m'avoir foutu dans ce guêpier, je ne sortis pas de la voiture pour lui ouvrir sa portière. La galanterie pouvait aller se faire voir pour ce soir. Bella détacha la ceinture de sécurité et sortit. Avant de refermer la portière, elle passa la tête à l'intérieur de la voiture.

« Ca vaut ce que ça vaut, mais merci. » dit-elle doucement.

Elle claqua la porte et traversa la rue avant que j'aie le temps de dire ou faire quoi que ce soit. Malgré moi, je sentis un sourire niais à vomir s'épanouir sur mes lèvres. Bon sang, cette fille me rendait fou !

POV BELLA

« Si jamais tu perds, tu devras m'embrasser, Bella. »

Cette foutue phrase m'avait empêchée de dormir une bonne partie de la nuit. Mais qu'est-ce qui lui avait pris à cet idiot de me sortir ça ? Edward était sérieusement dérangé, je ne voyais que ça comme explication. Une partie de moi était plus que ravie d'avoir remporté la partie de tir. Faire ramper Edward toute une soirée était plus que jouissif. Cet espèce de paon arrogant aux ordres d'une fille, ça allait être du grand spectacle et je n'allais pas le rater. Le problème, c'est qu'une partie de moi regrettait de ne pas avoir embrassé Edward. Ce cas de conscience m'avait travaillé toute la nuit.

Je ne pouvais même pas en parler à Alice ou à Rosalie. J'imaginais trop bien la conversation :

« Dites-les filles, j'ai fait un pari avec Edward, vous savez le gars que j'ai envie d'étriper en permanence. S'il gagnait, je devais lui rouler une pelle mais il a perdu sauf que j'ai toujours envie de lui rouler une pelle. Vous avez une idée ? »

Et pour ne rien arranger, notre cours de poterie – quelle blague – avait lieu ce soir. Comme si je n'avais pas passé suffisamment de temps avec l'autre crétin cette semaine, il fallait que je remplie pour une soirée. J'avais hâte d'arriver au dernier chapitre de ce livre de malheur et de ne plus jamais adresser la parole à Edward. Sur cette bonne résolution, je me levai. Après un café noir et une douche, je filai m'habiller.

Une heure plus tard, j'étais assise à mon bureau en train de rédiger un article complètement inutile sur la plus grosse crêpe de la ville. J'ai toujours su que mon travail n'était que très peu reconnu au journal et jusqu'ici, ça ne m'avait pas posé plus de problème que ça mais savoir que si j'assurais la série d'articles sur Perfect Match, j'aurais un poste plus important m'avait fait comprendre que je détestais la rubrique des chiens écrasés et autres histoires dont tout le monde se fout. C'est vrai que la mode, la déco ou même le sport étaient les sujets les plus lus mais j'avais quand même le droit d'attendre de la reconnaissance, non ?

A midi, j'ouvris le premier tiroir de mon bureau pour prendre mon déjeuner. C'est à ce moment-là que je compris que je n'avais pas pensé à prendre quelque chose à manger. Impossible de tenir jusqu'au soir sans manger. J'étais obligée d'aller déjeuner avec les autres. Quel est le débile qui avait disposé les distributeurs dans la salle de repos ? Quelqu'un qui n'avait pas de problèmes avec ses collègues apparemment.

Tous les regards se braquèrent vers moi au moment où j'entrai. Les conversations reprirent très vite. Je me sentais observée et mal à l'aise, la meilleure combinaison pour se ridiculiser en public. Je me dirigeais vers le distributeur quand la voix d'une des filles, je ne savais pas laquelle, du secteur mode me stoppa :

« Bella, mon plombier a téléphoné, il veut que tu lui rendes fringues ! »

Je baissai les yeux sur ma salopette en jean et mes baskets.

Toutes ses copines explosèrent de rire. J'encaissai sans broncher et continuai sur ma lancée. J'avais l'habitude des remarques désagréables. Elles me blessaient toujours un peu mais je m'étais assez fatiguée à essayer d'y répondre quand j'étais ado.

Je choisis une barre chocolatée et un coca. Mon déjeuner dans les mains, je m'apprêtais à retourner dans mon bureau quand une voix que j'aurais reconnue entre mille m'interpella :

« Bella, dis-moi que ce n'est pas ton déjeuner. »

J'étais maudite.

Edward apparut dans mon champ de vision.

« Ce n'est pas mon déjeuner. »

« Menteuse. » fit-il d'une voix malicieuse.

Nos regards se croisèrent. Sans raison aucune, le rouge me monta aux joues.

« Je…j'ai oublié mon déjeuner. » expliquai-je piteusement en montrant la barre et le coca.

Je m'attendais à ce qu'il se moque de moi mais il n'en fit rien. Il fit même exactement le contraire.

« Tu veux déjeuner avec moi ? J'ai prévu de quoi nourrir un régiment. » proposa-t-il avec une gentillesse que je ne lui connaissais pas.

« Ah, euh…oui, p...pourquoi pas. »

Je le suivis jusqu'à sa table. Edward, comme tous les midis, déjeunaient avec les autres gars des sports. Il me fit une place à côté de lui et mit son plat de frites et de beignets entre nous deux.

« Sers-toi. » chuchota-t-il avant de se replonger dans la conversation avec ses collègues. Les gars m'ignoraient royalement et ça m'allait très bien. Les filles par contre me fusillaient du regard. Je sentais leurs yeux sur moi et ça n'était pas du tout confortable.

A plusieurs reprises, mes doigts frôlèrent ceux d'Edward quand nous piochions tous les deux dans son assiette. Mon cœur faisait des embardées à chaque fois. Etre capable d'avaler de la nourriture sans m'étouffer relevait du miracle. Jamais je ne m'étais sentie aussi mal à l'aise en présence d'un garçon. Le fait que le garçon en question se trouve être Edward ne faisait que compliquer la situation. N'en pouvant plus, je remerciai Edward en bégayant et sur une excuse bidon, je retournai m'enfermer dans mon bureau. De toute façon, je n'allais pas pouvoir le fuir indéfiniment, le cours de poterie avait lieu dans quelques heures.

Je n'avais pas mis un pied hors de mon bureau de toute la journée. Rosalie ne cessait de me répéter que rester cloîtrée dans ce placard à balais était malsain et qu'un jour ou l'autre, je serais obligée de me confronter au monde réel que représentaient mes collègues. Au fond, je savais qu'elle avait raison mais c'était au-dessus de mes forces. Ça me rappelait trop mon enfance et mon adolescence.

Je devais retrouver Edward devant le bâtiment dans lequel se trouvait l'atelier de poterie. Je garai ma voiture sur Marble Street. Il était là, les mains dans les poches, une jambe appuyée contre le mur derrière lui. Sa tête était rejetée en arrière et ses yeux fermés. Est-il nécessaire de dire que comme ça, il était absolument inaccessible et absolument canon ?

« Hey. » lançai-je en arrivant à sa hauteur.

Il se redressa immédiatement.

« Salut. »

Je me balançai d'un pied sur l'autre. Une gamine de douze ans s'en serait mieux sortie que moi…

« On y va ? » dis-je en désignant la porte.

« Je me demande ce que Newton va inventer pour la suite. » commenta-t-il en me tenant la porte ouverte.

Cette fois-ci, je n'eus pas peur qu'il me la referme à la figure. Mes réflexes s'émoussaient …

« Parce que tu crois qu'il peut trouver pire que ça ? » répondis-je.

« Venant de lui, tout est possible. »soupira-t-il.

Au total, nous étions dix, plus la prof. Nous avions chacun pris place devant un tour. J'étais encadrée par deux garçons. J'avais choisi cette place pour me faciliter les choses. Edward était assis juste derrière moi, en bonne compagnie lui aussi.

J'écoutais les indications que la prof nous donnait. La sensation que me procurait la terre glaise sous les doigts était répugnante. Nous devions réussir à former un vase. En théorie, ça avait l'air simple. En pratique, c'était autre chose. Je ne devais pas être la seule à ne pas y arriver, parce que j'entendis Edward lâcher un magnifique juron. Je me retournai vers lui en souriant.

« Quoi ? » demanda-t-il avec un air renfrogné.

« Rien. »

« Bah retourne-toi alors. »

Mon voisin de droite me donna un coup de coude. Du doigt, il me montra son œuvre. Ce crétin avait modelé un truc qui ressemblait à un phallus et me lançait des clins d'œil entendus.

Beurk !

Edward, qui n'avait pas perdu une miette du spectacle, ricanait dans mon dos. Je me retournai vivement vers lui. Il haussa un sourcil, jouant l'innocent. En levant les yeux au ciel, je repris ma place.

La prof passa parmi nous, en félicitant certains, en aidant les autres. Lorsqu'elle parvint à ma hauteur, elle resta quelques secondes sans voix.

« C'est euh…original…mais, qu'est-ce que c'est ? »

Je baissai les yeux sur mon tour.

« Un vase ? » proposai-je.

« Oh, oui, bien sûr. » se récria-t-elle.

Cette fois-ci, Edward éclata franchement de rire. Je fis volte face pour lui dire ma façon de penser. Je reçus une boulette de terre en pleine figure avant d'avoir eu le temps de lui dire quoi que ce soit. Ce crétin riait à s'en tenir les côtes.

« Tu me le paieras ! » rageai-je, ce qui ne fit que le faire rire encore plus.

Oh que oui, il allait me le payer. Sa soirée d'esclavage allait être très, très longue…

« Je peux t'aider si tu veux. » me proposa mon voisin de gauche. »

« Je veux bien merci euh… »

« Kevin. » termina-t-il avec un grand sourire.

« Bella. »

Il se leva et vint se mettre derrière moi.

« Tu vois, Bella, tu mets ta main droite ici » m'indiqua-t-il, « et la gauche là. Ensuite, délicatement tu fais marcher le tour. »

Bon d'accord, je reconnaissais que Ghost n'avait pas menti, faire de la poterie à deux, c'était carrément sensuel. Kevin était plutôt joli garçon et avait des mains très douces. Après tout, j'étais venue là pour rencontrer quelqu'un, autant aller jusqu'au bout.

« Ah oui, c'est… beaucoup mieux. »

« Et encore, je ne t'ai montré que les trucs de base. »

Wow. Bella, reste calme, ne fiche pas tout en l'air.

« Tu veux bien me montrer le reste ? » minaudai-je comme jamais.

La technique fut efficace puisqu'il se pencha un peu plus sur moi. Sa bouche se trouvait à hauteur de mon oreille, me troublant.

Edward se racla violemment la gorge, brisant l'ambiance. Aussitôt, Kevin se recula et se rassit à sa place. Je serrai les poings de contrariété. Mais qu'est-ce qui lui avait pris à la fin ? Est-ce que moi j'avais cassé son plan avec la blonde qui lui bavait dessus depuis le début ? Ca aussi, il allait me le payer.

Le reste du cours se déroula sans problèmes. Sauf que Kevin ne m'adressa plus la parole. Et voilà, c'était fichu. J'entendais Edward et sa poupée Barbie chuchoter et rigoler. S'il continuait, j'allais lui mettre le tour dans le …

« Le cours est fini, merci de votre attention ! » annonça joyeusement la prof.

Enfin, la soirée était finie …

« Bella, tu accepterais de me donner ton numéro ? » demanda Kevin, qui s'était levé.

« Tu veux mon numéro ? Pour quoi faire ? » répondis-je bêtement.

« Je me disais qu'on pouvait discuter des techniques de la poterie autour d'une verre. Enfin, si ça te dit… »

« D'accord. Je n'ai pas de stylo sur moi… »

Il me tendit son portable.

« Tu n'as qu'à l'enregister. »

« Bonne idée. »

Je le lui pris des mains et entrai mon numéro dans son répertoire. Je lui rendis son téléphone.

« Je t'appelle dans la semaine, ok ? »

« Ok. »

Il me fit un signe de la main avant de sortir. J'étais soufflée : moi, Bella Swan, j'avais réussi à donner mon numéro à un mec. La blonde d'Edward fit moins dans la dentelle, elle lui nota son numéro sur le bras avant de sortir en tordant des fesses. Classe jusqu'au bout…

Je suivis Edward dehors.

« La chasse à la dinde a été bonne à ce que je vois. » dis-je pour meubler la conversation.

J'aurais pu faire l'économie de cette sortie, je m'en rendis compte au sourire entendu qu'il m'adressa.

« Tu peux parler. Tu vas le revoir ? » voulut-il savoir.

« Pourquoi, ça t'intéresse ? »

« Je me dis juste qu'une fois qu'il t'aura culbutée, tu seras peut-être de meilleure humeur ! »

Outrée par sa remarque, je me retrouvai sans voix. Mais il était bipolaire ou quoi ?

« Connard ! » beuglai-je avant de le planter là.

Mais pour qui il se prenait ? Oh, j'allais le faire plier et j'allai prendre un plaisir sadique à lui faire ravaler ses paroles !

Bon, voilà la suite ^^

J'espère que ça vous plait toujours autant. La suite dès que je peux !

Ps : merci pour les reviews :D