Et voilà le chapitre 11 et toutes les explications venant enfin :) (sûrement trop mais bon ;) )
Sewell : Merci beaucoup :)
...
Le lendemain, Hotch était dans son bureau et conclu que c'était le moment...
Il sorti de la pièce et appela tout le monde en salle de conférence avant de rejoindre lui-même la pièce et de les attendre.
Il observa la réaction de Reid qui pénétra dans la salle, et le regardait, sceptique, comme s'il sentait que quelque chose clochait... Il ne bougea pas de l'entrée jusqu'à ce que Morgan lui demande s'il venait... Ce à quoi il laissa un autre regard vers lui avant d'avancer dans la pièce avec hésitation...
Reid s'assit nerveusement à la place qui était devenue la sienne un peu à l'écart de tout le monde, soit juste en face de l'écran, et regardait nerveusement en alternance Hotch et la porte. Il sentait que tout était louche, il n'y avait pas de dossier dans la salle, et cet étrange pressentiment continuait de l'habiter depuis la veille et était encore plus présent en croisant le regard de son patron en entrant. Il avait envie de fuir mais ne pouvait pas le faire devant les autres s'il ne savait pas avec exactitude le but de cette manœuvre.
Hotch s'assit alors sur la table juste à côté de Reid en gardant le silence... Personne ne parla plus dans la pièce
En sentant ces jambes le frôler alors que son patron s'asseyait si près de lui, Reid ne put empêcher un frisson de le parcourir soudainement. Il baissa rapidement les yeux après avoir croisé le regard de son patron. Il savait que Hotch voulait le déstabiliser dans le but de le faire craquer afin qu'il lui raconte tout mais sa manière de le faire, sa façon de se grandir face à lui et de le dominer physiquement, cette proximité, il allait vraiment trop loin pour ce qu'il pouvait supporter.
Il n'avait pas le courage de relever les yeux vers lui. Il ne pouvait s'empêcher de fixer ces jambes qui se trouvaient à quelques millimètres de son corps et qui l'effrayaient. Il n'avait pas été si proche de quelqu'un depuis un bout de temps, sachant que cette expérience n'était d'ailleurs pas des plus agréables, il paniquait donc face à cette présence si proche de lui. Il savait peut-être que son patron ne lui ferait pas de mal mais installé ainsi il lui rappelait étrangement Éric. Il se mit à nerveusement se pincer l'intérieur du coude de bras gauche, cela étant dû à une compulsion qu'il avait depuis quelques semaines lorsque son anxiété devenait trop forte pour tenter de se calmer.
Il devenait de plus en plus nerveux en sentant sur lui le regard de Hotch qui le fixait ainsi que ceux de ses collègues qui se demandaient clairement ce qui se passait. Il ferma alors les yeux, il commençait à paniquer et l'envie de fuir grandissait de plus en plus en lui. Il sentit son sang transpercer sa chemise et perler entre ses doigts, mais il ne pouvait pas arrêter et continua plutôt de plus bel sans même ressentir de douleur en résultant.
Hotch nota qu'il semblait étrangement plus que mal à l'aise de cette proximité physique, si bien qu'il s'en blessait vu la tâche rouge sur sa chemise qui s'amplifiait à mesure, mais continua tout de même de l'observer en silence. Il savait qu'il faisait cela pour son bien et était prêt à aller jusqu'au bout pour l'aider.
Tout le monde sentait qu'il y avait quelque chose qui se tramait après avoir vu cet échange de regard entre les deux au début, mais surtout en observant la scène qui se produisait devant eux à l'instant... Ils ne comprenaient pas vraiment ce qui se passait mais se doutaient tout de même que les évènements de la veille ne devaient pas en être pour rien...
Ils n'avaient jamais compris leur relation du dernier mois qui semblait pour le moins complexe et la manière dont Reid agissait à l'instant les rendait vraiment suspicieux, il était clairement intimidé et avait presque l'air d'avoir peur de Hotch maintenant...
D'un coup, Reid se leva de sa chaise dans le but de partir mais avant qu'il n'ait pu le faire, Hotch le retint en l'empoignant par le bras, ne voulant pas le laisser partir ainsi.
Au même moment où il sentit un bras l'agripper fermement, Reid hurla « Non! », ce qui fit sursauter tout le monde. Il ferma ensuite les yeux et sa respiration s'emballa de plus belle.
Hotch, sans pour autant relâcher son emprise, dit doucement : « Reid... »
Il garda les yeux fermés mais dit d'une voix étranglée, « S'il vous plait, laissez-moi partir »,
Il regrettait de ne pas être partie plus tôt, il n'aurait pas dû entrer dans cette pièce, écouter son instinct... Cependant, il avait encore agi comme un idiot et avait décidé d'y entrer tout de même... Preuve qu'il faisait toujours les mauvais choix
Hotch hésita mais finit par dire : « C'est pour ton bien Reid »
D'un coup, Reid se mit en colère. Pour son bien, n'importe quoi! C'était ce qu'on lui disait avant de le blesser... Il se retourna en se dégageant furibond de l'emprise de son patron et lui hurla « Je ne suis pas un suspect, vous ne pouvez pas m'interrogez ainsi, vous n'avez pas le droit d'agir comme ça, de cette manière! »
Hotch déglutit un instant, ne comprenant pas une telle réaction... Il finit par dire face au regard noir que lui lançait Reid et essayant de le détendre un peu : « Tu n'es pas un suspect Reid, tu n'es qu'une victime... »
Reid fut un instant en état de choc, et baissa les yeux avant de finir par dire : « Non! Je... Non... Vous n'avez pas le droit de parler de moi de cette manière, je ne suis pas... » Il finit par relever les yeux et dit simplement : « Vous avez tort. »
Le fait que Reid n'arrivait même pas à prononcer ce mot à l'instant lui montrait bien que c'était comme s'il n'avait jamais envisagé la question auparavant, comme s'il ne s'était jamais vu comme tel... Le fait de finir par lui dire qu'il ait tort rendit toute cette histoire plus confuse que jamais
Il essaya de rejoindre la porte mais Hotch retint rapidement cette dernière de sa main. Il se recula d'un pas et planta ses yeux dans les siens tout en disant ironiquement: « Je n'ai lu aucune étude montrant qu'une personne qui s'est fait enlever se sent plus en confiance alors qu'on la séquestre à nouveau »
Hotch dit alors, voulant voir la réaction de ce dernier s'il insistait sur le terme puisqu'il n'avait même pas réussi à prononcer ce mot: « Une victime? »
Reid se frotta le visage d'une main un instant avant de dire : « Arrêtez, je n'en suis pas une! Ne dites plus ce mot... C'est faux, ce n'est qu'un mensonge! Tout ce qui m'est arrivé est de ma faute, je l'ai cherché, c'était mes choix! » Il alla alors se placer face à la fenêtre et attendait. Il espérait qu'un sniper passe par là avec la brillante idée de l'abattre pour le sortir de cette situation qui était comparable à l'enfer. Il pouvait bien sûr se tirer une balle dans la tête avec son arme de service mais il ne voulait pas se suicider lui-même et encore moins maintenant devant eux.
Hotch, en voyant qu'il avait l'air d'attendre quelque chose, mais ne sachant pas quoi, il demanda « Reid? »
Sans réfléchir, il répondit naturellement: « Je ne me jetterai pas en bas »
Tout le monde grimaça un instant et resta muet, ne sachant pas quoi dire à la fois face à la fois à ce que Reid venait de dire que par la situation elle-même qui était plutôt embarrassante.
Voyant l'état dans lequel Hotch mettait le génie, Morgan tenta d'intervenir : « Hotch... Vous ne croyez pas que vous allez trop loin? »
« Tu voudrais quoi, que je le laisse se faire tuer sans rien faire? »
« Je dis juste que vous n'avez pas l'air de l'aider en ce moment »
Reid se retourna et dit froidement : « Je ne suis pas un chien, vous ne pouvez pas parler de moi comme si je n'étais pas là. Je comprends ce que vous dites! »
Les deux furent mal à l'aise et se taisèrent un moment. Hotch reprit finalement doucement : « Reid, dis-nous seulement la vérité... »
Il garda son ton froid et le dévisagea en s'exclamant: « Pourquoi? Vous tenez vraiment à m'humilier? Face à tout le monde en plus? »
« Tu n'as pas voulu me parler et je sais que tu as toujours refusé de le faire avec quelqu'un d'autre. Individuellement tu refuses mais avec tout le monde... » Il s'arrêta, ne sachant pas vraiment comment il pouvait continuer...
Reid n'arrêta pas de le dévisager et dit « C'est sûr qu'avec plusieurs personnes pour m'intimider c'est plus facile, non? »
Hotch ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise qu'en ce moment. Habituellement il restait toujours en contrôle de ses émotions mais le moins que l'on puisse dire c'est que Reid le déboussolait énormément à certains moments, et encore plus maintenant... Il tenta de se reprendre et dit simplement : « Tu n'es plus le même Reid... On aimerait simplement que tu redeviennes comme avant »
« Je n'ai jamais été plus moi-même que ce dernier mois »
Tout le monde se choqua un instant de cette déclaration, mais Hotch dit finalement, ne sachant pas quoi dire face à cette phrase et souhaitant l'amener se confier : « On aimerait simplement que tu nous parles, que tu nous expliques... »
Reid prit une inspiration et expliqua froidement : « Vous pouvez peut-être formuler cette phrase pour me donner une impression de contrôle, mais la vérité je la connais et c'est que je n'ai apparemment pas le choix. À moins bien sûr de mourir à l'instant mais ayant peu de chance que cela se produise, il est clair que je ne m'en sortirai pas. Bref, vous m'ordonnez plutôt de parler » Il attendit un instant et ajouta ironiquement : « Vous ne pouvez pas me manipuler si facilement maintenant, mais j'apprécie tout de même l'effort »
Hotch, visiblement mal à l'aise, tenta de se justifier: « Ce n'est qu'à cause de ce qui s'est passé hier tu sais... Cela m'a fait réfléchir, cela ne peut pas continuer... »
« Ah bon. Je vous ait pourtant dit que j'étais désolé »
« Le problème c'est que ce n'était pas la première fois... Tu t'es tout de même fait tirer dessus la semaine dernière »
Il répondit simplement : « Je portais mon gilet pare-balle, je n'ai rien eu »
Il espérait le faire réagir en lui parlant plus durement cette fois: « Et s'il avait visé la tête Reid? De plus, hier, c'était une bombe, cela n'aurait rien fait. On aurait quand même retrouvé ton corps en petit morceau partout dans la pièce »
Il haussa les épaules en répondant simplement : « J'ai parlé avec lui, et cela a fonctionné, il s'est rendu »
Hotch fut surpris de l'absence totale de réaction de ce dernier en entendant ces propos choquants... Reid avait gardé le même visage froid en l'entendant dire ces mots qui pourtant le bouleversait simplement en les prononçant...
Il dit finalement, espérant lui faire passer un certain message : « Cela avait plutôt l'air d'une thérapie mutuelle »
Reid se crispa tout de suite face à ce propos blessant en jetant un regard meurtrier à Hotch. Il ne pensait pas que cela puisse être considéré comme allant si loin... Il savait qu'il s'était un peu trop confié au suspect mais il y avait quand même une limite à comment l'on pouvait qualifier cette discussion...
Hotch, au regard que lui avait lancé son subordonné, compris qu'il n'aurait peut-être pas dû aller si loin... Il lui dit donc : « Reid, tu sais ce que je veux dire... Seulement, on ne te laissera pas te faire tuer sans rien faire »
Reid soupira avant de dire: « Si je vous dis que je ferai plus attention, vous pourriez me laisser tranquille? »
« Qu'est-ce qui nous prouverait que c'est vrai? »
« Je vous le dit, c'est tout. Je ne sais plus si, enfin... »
« Reid, je crois surtout que tu as besoin de te libérer de ce poids que tu traine depuis ton enlèvement... »
Il lança un regard à Morgan empli de toute la détresse qui l'habitait. Il savait qu'il perdrait son amitié en racontant tout, et espérait tellement qu'il le sauve et dise à Hotch de laisser tomber... Cependant, il n'avait pas l'air de comprendre et lui offrit simplement son soutien... Il savait bien qu'il disparaitrait après cela et baissa simplement son regard, résigné à l'idée de le perdre, et resta immobile quelques instants.
Il soupira de nouveau et alla rejoindre la fenêtre au milieu de la pièce qui avait un rebord et s'y installa, leur faisant face même s'il regardait plutôt dehors, les jambes relevés contre son torse. Il se dit que cela ne serait peut-être pas si mal, il avait du mal à contenir tous ses secrets aujourd'hui de toute manière alors aussi bien s'en libérer maintenant... Il ne résisterait plus longtemps à craindre que quelqu'un les découvre de toute manière... Il resta ainsi silencieux jusqu'à dise finalement : « J'imagine que je n'ai pas le choix »
Hotch se sentit presque coupable. Il aurait souhaité que cela se déroule autrement, que Reid ait vraiment envie de leur parler... Cependant, il était clair qu'il se sentait coincé, au pied du mur. Il ne pensait pas que cela aurait pu être si dur pour lui d'accepter de se livrer... Cela avait vraisemblablement l'air d'une situation énormément plus compliquée que les apparences ne le montraient, car sinon ce ne serait jamais allé si loin...
Il décida de prendre son courage et de commencer simplement : « Quelle lien avais-tu avec Bobby »
Il ne savait pas comment il pouvait dire ça... il hésita donc un moment avant de dire : « J'ai eu une histoire avec lui... »
Hotch fronça les sourcils : « Une histoire? »
« Oui... Une relation, enfin si l'on veut... Enfin le terme n'est peut-être pas socialement approprié... Je ne sais pas...»
Tout le monde se regarda confusément... Cela semblait bien étrange... Il ne savait pas trop quoi en penser...
Hotch, comprenant que la base essentielle devait être une relation amoureuse demanda : « D'accord... cela a duré combien de temps entre vous? »
Il se mordit un instant les lèvres avant de répondre : « Environ 12 ans »
Morgan s'étouffa de surprise. Il n'avait jamais cru que Reid ait pu avoir une si longue relation avec quelqu'un. Cela, il ne s'y attendait pas du tout... Reid s'était tourné vers lui mais sans avoir pour autant le courage de le regarder dans les yeux... Il se contentait d'observer sa réaction et de se demander ce qu'il pouvait bien en penser en ce moment, mais sachant que cela n'irait qu'en s'empirant très bientôt...
Hotch demanda : « Cela fait combien de temps que cela s'est terminé entre vous? »
Il se retourna vers la fenêtre, restant silencieux un instant avant de dire finalement : « Un peu plus de 11 ans »
Ils furent tous choqué, et Hotch dégaya aussitôt : « Mais heu... Reid... Tu as 34 ans. Tu avais quoi, 10 ans quand votre relation a commencé? »
Il répondit simplement en haussant les épaules : « 11 »
« Tu as grandi à Las Vegas... Donc c'était là-bas que vous vous êtes connu? »
« Et que l'on est resté ensemble, oui... Je l'ai quitté en partant en Virginie... »
Rossi, après avoir songé quelques instants à la durée de leur relation, dit : « C'est curieux...»
Reid savait ce qu'il voulait dire... Un pédophile avait généralement une attirance fixe en ce qui concerne l'âge de ses victimes et ne restait jamais aussi longtemps avec quelqu'un... Il dit donc simplement : « En effet, ce n'était pas un pédophile. »
Ils comprirent que ce n'était pas tant son jeune âge qui l'avait attiré que lui en général et un silence régna un moment dans la pièce, jusqu'à ce que Morgan demande tristement : « Et tu es resté avec lui toutes ces années? »
« Oui... À la maison, mon père était parti et avec l'état de ma mère... Enfin bref, résumons au fait que je trouvais cela difficile... À l'école je n'étais évidemment pas parmi les plus populaires, j'ai pratiquement toujours vécu de l'intimidation... Il était toujours le seul qui était là pour moi en fait ... »
Ce fut JJ qui demanda, car la seule fois où Reid lui avait parlé de sa vie scolaire c'était sur une affaire lorsqu'il avait dit qu'il avait été coach au basket-ball à sa dernière année... Hormis cela, elle n'avait rien su d'autres... « Que s'est-il passé à l'école? »
« J'étais évidemment plusieurs années plus jeunes que tous les élèves, et étant différent il va de soi que je vivais de l'intimidation... À l'université au début c'était assez ordinaire, le cas classique... Sauf que quand j'avais 13 ans tout à dégénérer... Un jour, j'étais au vestiaire, j'étais dans une cabine pour me changer à l'écart pour le cours comme je le faisais tout le temps puis un gars est entré en défonçant la porte... À partir de ce moment-là tout est allé en s'empirant durant un moment... »
Elle fut inquiète... Parfois les adolescents pouvant aller vraiment très loin sans se rendre compte du mal qu'il pouvait faire, elle demanda : « Jusqu'où c'est allé? »
« Ils m'ont déshabillés plusieurs fois, et ont fait des petites expériences à l'occasion... Certains sont allés jusqu'à me toucher une fois... On m'avait attaché et ils disaient qu'ils voulaient voir si le corps d'un gamin réagissait de la même manière que les leurs sous des caresses... Disons que cela n'avait aucun intérêt scientifique car c'est biologique mais enfin bon... Le lendemain durant la pause j'ai été voir ce gars qui m'avait touché, il était assis à un pupitre dans le couloir car l'enseignant l'avait fait sortir et il ne m'avait pas vu arrivé, il faut dire que je l'avais fait de derrière. Je lui aie enfoncé une paire de ciseaux dans la main en disant que si lui et ses amis allaient plus loin dans leurs expériences, la prochaine fois ce n'est pas à sa main que je m'en prendrais mais à quelque chose de bien plus précieux à ses yeux. »
Il tourna la tête vers eux en sentant un certain malaise envahir l'espace tout d'un coup et vit que tout le monde le dévisageait. Il voulait juste leur montrer qu'il ne s'était pas toujours laissé faire comme ça, qu'une fois dans sa vie il avait su faire ce qu'il fallait... Il tenta donc d'expliquer : « Cela a été la seule fois que j'ai été violent. Je mentirai par contre si je disais que je le regrette, cela m'a à vrai dire amusé. Seulement, je ne voulais seulement pas que cela aye plus loin, c'était la limite que je ne pouvais pas supporter et je me suis dit que c'était le seul moyen pour empêcher la situation de continuer à dégénérer. Mais si vous vous demandez; je n'ai jamais tué d'animaux ni agi d'une manière semblable à d'autre moment et je ne suis pas non plus un tueur en série durant mes temps libres »
En voyant tout le monde rigoler face à ce qu'il venait de dire, il se demanda s'ils l'avaient vraiment pris pour un psychopathe... Cependant, il n'y prêta pas plus attention. Au moins, cela avait pris une tournure moins personnelle un instant et apparemment détendu un peu tout le monde... Mais surtout, cela avait retardé le moment où il devrait continuer à raconter le périple de sa vie
Reid regarda alors en direction de Hotch... En croisant son regard il comprit qu'il souhaitait continuer et dit donc en regardant son patron: « Vous pouvez continuer. »
Rossi ne put cependant pas s'empêcher d'intervenir au même moment : « Attends, j'ai une dernière question à ce sujet... » Il se tourna vers lui à nouveau et il demanda : « Quelle effet ce geste a eu? »
Il expliqua donc : « Le lendemain ce gars a changé d'école, et il ne m'avait évidemment pas dénoncé car sinon la rumeur selon laquelle il était un mouchard l'aurait poursuivi toute sa vie... Ses amis m'ont bien sûr laissés tranquilles tout comme tous les autres... Je le suis resté ainsi quelques semaines puis j'ai recommencé à me faire intimider, mais cela était retourné au cas classique, cela m'allait très bien tant que je gardais mes vêtements. N'empêche que je ne me suis jamais senti à ma place au milieu des étudiants.»
Rossi lui fit un léger sourire en retour. Il savait que sa question n'avait aucune importance mais sa curiosité l'avait emporté... Il savait de toute manière que Reid n'avait pas réellement hâte de poursuivre les questions de Hotch et qu'il avait l'air plutôt de détendu en parlant de cette histoire, alors si sa curiosité pouvait le calmer un peu tant mieux. Il se demandait s'il avait eu des problèmes après avoir agi ainsi et si au moins cela avait eu le mérite d'être vraiment bénéfique. Bien sûr, il ne cautionnait quand même pas ce genre de comportement agressif, mais s'il fallait profiler un tel emportement face à cette situation, c'était évident que ce garçon n'en était pas uniquement la cause et que Reid s'était vengé de quelque chose d'autre par procuration... Le fait qu'il ait précisé le fait qu'il voulait garder ses vêtements étaient curieux en soi, mais il verrait cela en connaissant toute l'histoire...
Hotch finit par demander à Reid : « Comment as-tu connu Bobby, et comment en es-tu venu à avoir une relation avec lui... ? »
Il soupira, il aurait aimé retarder encore ce moment d'avouer à quel point c'était un idiot mais bon... « J'allai souvent au parc, j'avais l'habitude de jouer aux échecs avec des inconnus comme depuis que j'avais 4 ans, bref... Quand j'avais 11 ans, j'ai rencontré Bobby, il était venu me voir même s'il ne savait pas vraiment jouer... Je l'intriguais tout simplement et il voulait me connaître... Il n'avait que 20 ans, et moi j'avais l'impression qu'on avait presque le même âge, j'étais à l'aise avec lui, j'avais des difficultés à parler mais il trouvait cela mignon... Avant de me laisser, il m'a donné son numéro et m'a dit de l'appeler si je voulais parler. Je l'ai fait le soir même, disons que les dernières heures avaient été difficiles... Il m'a invité à passer du temps chez lui et j'y suis allé. Il m'a donné une clé de son appartement et m'a dit que je pouvais revenir quand je voulais et donc j'y allais tous les jours y passer une heure ou deux »
Il attendit un instant silencieusement et dit alors : « 33 jours...»
Hotch fut confus et demanda aussitôt : « Quoi? »
« C'est le temps qu'on a mis pour qu'on devienne vraiment très proche...» Il ajouta rapidement froidement, anticipant leur réaction d'incompréhension face à ce qu'il s'apprêtait à dire mais tenant à montrer à quel point il était certainement l'enfant le plus con de l'univers: « Je n'étais qu'un gamin en manque d'attention... Il m'en a donné et cela a suffi pour que je tombe amoureux de lui...
Ma mère aimait les comédies romantiques, quand elle avait une crise cela la calmait souvent, et parfois je restais avec elle pour les écouter... Cela m'avait donné des idées, et j'avais décidé que j'attendrais le bon moment et que je reproduirai une partie du scénario... C'est donc moi qui ai fait les premiers pas... Je l'avais trainé par la main sur le canapé, puis je m'étais mis sur lui et l'ai embrassé... Quand il a répondu à mes avances j'en étais très heureux... »
Un profond malaise régna tout à coup dans la pièce... Il n'avait jamais entendu parler d'un garçon de 11 ans qui avait déjà agi comme tel... Cela leur semblait tellement irréel que Reid ait pu le faire... C'était vraiment étrange...
Morgan fut plus choqué que les autres en entendant cela. Cela lui rappelait son expérience personnelle... Cependant, il était plus vieux que Reid quand il était tombé entre les mailles de Bufford en qui il avait confiance mais jamais il n'avait voulu que cela aye si loin, jamais il n'avait aimé cela... En plus, c'était Reid qui avait fait des avances sexuelles, c'était franchement bizarre... Néanmoins, il est sûr que lui avait une famille qui le soutenait, il avait sa mère et ses sœurs... Reid n'avait apparemment vraiment personne... C'était assez triste à imaginer que Reid ait pu se sentir seul au point de faire des avances à un homme ayant quasiment le double de son âge ainsi alors qu'il était si jeune...
Ce fut Rossi qui lui demanda alors: « Dans ce cas, pourquoi es-tu parti après toutes ces années...? »
Il inspira, il savait que si ce qu'il avait déjà dit ne repousserait pas déjà Morgan, ce qu'il dirait maintenant allait le faire pour de bon. Il était toujours aussi dégouter de lui-même et de tout ce qu'il avait fait, et avait honte de ce qu'il s'apprêtait à dire à voix haute...
Tout en recommençant à se pinçant nerveusement le bras et à réouvrant sa blessure par le fait même, il commença à expliquer d'un ton froid: « Quelques mois après que l'on est commencé à sortir ensemble, j'étais toujours dans sa chambre, il s'est alors tourné vers moi et il m'a demandé si je pouvais lui rendre un service...
Je ne savais pas ce dont il s'agissait mais à vrai dire je m'en fichais, j'aurai fait n'importe quoi pour lui, alors j'ai accepté. Il m'a demandé de le rejoindre au salon, ce que j'ai fait peu après... Il y avait un homme qu'il m'avait brièvement présenté avant de nous laisser seul tous les deux... Je suis resté figé sans comprendre ce qu'on attendait de moi jusqu'à ce qu'il m'installe sur le canapé après m'avoir déshabillé...
Cela n'a pas été la seule fois... Il me l'a souvent demandé par la suite, c'était devenu régulier et je détestai toujours autant de servir de marionnette comme ça...
Cependant, il avait commencé à m'aider à financer mes études quelques temps plus tôt. Il savait que j'avais quelques difficultés car les traitements de ma mère étaient très couteux. Une fois quand je suis rentré chez lui, je ne sais pas comment il a vraiment pu le savoir mais sur la table du salon il y avait les livres qui avaient été demandés en classe quelques jours plus tôt mais que je ne pouvais pas m'acheter... Il y avait aussi une note me disant que c'était un cadeau qu'il me faisait, papier que j'ai déchiré car je n'en voulais pas... Il est venu me rejoindre dans la pièce après et il a insisté pour que j'accepte et j'ai fini par le faire... La réalité c'est que je ne pouvais jamais m'acheter les livres demandés et que cela devenait de plus en plus gênant en classe... Je ne voyais donc pas vraiment autre choix que de celui d'accepter son aide... Je me suis habitué à accepter ses cadeaux peu à peu et je m'en sentais toujours redevable... Par conséquent, quand il me demandait de lui rendre ces services, je me disais juste que je lui devais bien ça après tout, ses amis lui en aurait voulu autrement et je ne voulais pas qu'il perde d'amis à cause de moi.
De plus, je l'aimais et je ne voulais pas le perdre en refusant de le faire... Alors j'essayais simplement de m'y faire...
Seulement, quand j'avais 23 ans j'ai craqué, je n'en pouvais simplement plus...
J'avais fait placer ma mère au sanatorium à mes 18 ans et je n'étais jamais allé la voir après cela... Je ne sais pas vraiment pourquoi, je n'en avais pas la force... Tout ce que je faisais était de lui poster des lettres pour m'excuser de temps en temps en lui donnant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres... Le poids de la culpabilité m'avait gagné alors qu'elle m'avait écrit dans une de ses lettres que cela faisait 5 ans que je l'avais fait enfermer et que je ne lui avais jamais rendu visite, en plus de me reprocher le fait que c'était à peine si je lui écrivais quelques mots... Elle était blessée, elle m'en voulait... Elle ne m'avait jamais écrit si directement auparavant ce qu'elle ressentait mais le temps a eu raison d'elle, elle était persuadée que j'avais honte d'elle et que je cherchai à la renier tout simplement...
Plus rien ne me retenait là-bas... Ma relation avec Bobby n'en était plus vraiment une... On était peut-être toujours ensemble au sens du terme mais je m'étais totalement renfermer sur moi-même avec les années et mon attitude le frustrait, il était devenu violent mais disons que cela n'aidait pas... Je me suis donc simplement enfuie... »
« Pourquoi as-tu choisi la Virginie? »
« Il m'y avait déjà emmené une fois, le week-end après que j'ai fait placer ma mère, il pensait que j'avais besoin de vacances... Il avait une maison là-bas... J'avais aimé la région et donc décidé d'aller y habiter quand je suis partie... »
« Qu'as-tu fait une fois là-bas? »
« Je me suis inscrit à l'université»
« Tu as déjà parlé de tout ça à quelqu'un? »
« Oui, Gideon savait tout »
Rossi ne comprit pas, il savait seulement que Reid avait travaillé un an avec lui et que c'était devenu un peu comme son mentor mais au point de tout lui raconter à lui et à aucun autre membre de l'équipe? Sans compter qu'il avait certainement des difficultés à faire confiance à quiconque... donc pourquoi lui en avoir parlé... Il demanda donc : « Excuse-moi, mais je peux te demander pourquoi tu lui en as parlé à lui et à personne d'autres? »
Tout le monde comprit ce qu'il voulait dire, ils ne comprenaient eux-mêmes pas vraiment... Ils savaient qu'ils se connaissaient déjà avant que Reid intègre l'équipe et qu'ils étaient déjà proches mais ils n'avaient jamais vraiment compris comment leur relation était apparue... Le génie était toujours plutôt réservé et avait mis du temps à leur faire même légèrement confiance mais vouait déjà une confiance absolu en Gideon...
Reid prit une inspiration et commença à expliquer « J'ai connu Gideon durant son congé maladie... Il enseignait à l'université où je m'étais inscrit, j'étais dans un de ses élèves car j'avais décidé de passer un diplôme dans le profilage pour faire changement de mes autres domaines... Durant son premier cours je ne l'écoutais absolument pas, je faisais des mathématiques pour me détendre... Étant assis à l'avant de la classe, il m'avait remarqué... Je l'entendais m'interpeller vaguement tout comme tout le monde qui riait de la scène mais je n'étais simplement pas capable de m'arrêter... Il a fini par m'enlever mon stylo des mains espérant ainsi attirer mon attention et m'a demandé si j'allais bien mais je n'ai pas pu répondre, je fixais seulement mon carnet en entendant qu'il parte, ce qu'il a fait peu après. Il a alors repris son cours et j'ai recommencé mes calculs...
Après son cours il m'a demandé de le suivre dans son bureau, j'imagine que ma détresse lui avait carrément sauté aux yeux, je ne sais pas. Il m'a fait asseoir et m'observait silencieusement... Je n'osai pas le regarder et je ne faisais que fixer son jeu d'échec; je me demandais s'il jouait mais je n'avais pas parlé depuis plusieurs années... Et puis, je ne savais même pas si ce genre de question se posait de toute manière...»
Morgan ne put s'empêcher de lui demander « Pourquoi tu ne parlais plus...? »
« La dernière fois que je l'avais fait j'ai bu 1 tasse d'eau de javel. Inutile de dire que je n'ai pas particulièrement apprécié l'expérience. J'étais déjà très mince mais comme je n'étais quasiment rien capable d'avaler durant un moment j'ai perdu 4 kilo en 1 mois, disons que c'est un régime miracle. En tout cas, c'est devenu par conséquent un réflexe conditionné, que j'ai d'ailleurs gardé durant plus 5 ans... De toute manière je ne parlais déjà pas beaucoup alors ce n'était pas une grande perte... »
Morgan eut un frisson en entendant cela. Heureusement que ce type était déjà mort, sinon il l'aurait tué lui-même. Il n'imaginait même pas la douleur que cela avait dû être, l'eau de javel étant un produit extrêmement chimique... L'entendre diminuer la gravité de la situation était vraiment terrible... Cependant, lui montrer le contraire ne l'aiderait sûrement pas. Il demanda alors: « Pourquoi il a fait une chose pareille? »
Toujours sans oser le regarder, il répondit : « Après avoir fait interner ma mère, je lui aie dit que je ne pouvais pas continuer, que je voulais tout arrêter... Disons qu'il n'a pas vraiment bien pris que je me plaigne et a pris ce moyen pour me faire taire, ce qui a eu le mérite de fonctionner il faut l'avouer. »
Ils grimacèrent de dégoût en entendant cela, ce type était franchement dégueulasse.
Il l'a remarqué et m'a proposé de jouer... On a fait une partie en silence, j'avais gagné car il n'était vraiment pas concentré, il n'arrêtait pas de me fixer tout le long et quand je m'apprêtai à partir il m'a dit que l'on pourrait le refaire si je voulais... J'y suis retourné le lendemain, je ne sais pas vraiment pourquoi mais malgré mon malaise face à ses regards insistants j'avais quand même bien aimé jouer avec lui...
Le lendemain, durant la partie il m'a parlé de sa famille, soit de son fils Steven qui avait apparemment environ le même âge que moi et tout... J'y suis retourné ainsi à tous les jours après les cours. Il me racontait tout; sa carrière, ses collègues, ses enquêtes, jusqu'à sa dernière qui l'avait mis en arrêt maladie vu son syndrome de stress post-traumatique suite au sniper qui lui avait tiré dessus, ce pourquoi il enseignait maintenant. Cela a duré 3 semaines ainsi mais ensuite il avait fini de me déballer sa vie et n'avait plus rien à dire...
On avait joué de nouveau en silence ce jour-là, et je savais qu'il respectait mon silence mais je sentais aussi qu'il voulait que je lui parle aussi, que c'était mon tour... Je n'avais pas pu le faire ce jour-là mais le lendemain on avait à peine commencé à jouer que je m'étais effondré en sanglot à l'idée même que c'était le moment de recommencer à parler, pas seulement du geste lui-même mais aussi car j'avais peur qu'il ne veuille plus jouer avec moi, qu'il me vire de l'école ou même qu'il me fasse arrêté... Peu importe comment on voit les choses ce que j'ai fait reste de la prostitution...
Il a voulu me prendre dans ses bras en me voyant pleurer mais je l'ai frappé, je ne comprenais pas ce qu'il voulait alors bon, mais il ne m'en a même pas voulu... Il s'était contenté d'aller de se rassoir et d'attendre... C'est stupide mais cela m'a suffi pour que je me sente prêt à commencer à parler... Je lui aie alors tout raconté d'un coup... Quand j'ai eu fini il était resté silencieux... Je me suis levé et m'apprêtais à partir car je ne pouvais plus supporter d'attendre sa réaction, mais il m'a alors dit que cela ne changeait rien entre nous et qu'il serait toujours là... Cela a été la première fois que je l'ai regardé dans les yeux, et j'ai vu qu'il ne me jugeait même pas, ce que j'ai trouvé bizarre mais bon.
Quand je suis revenu le lendemain il m'a demandé si j'acceptai que l'on soit amis... Je l'ai dévisagé, je ne comprenais pas vraiment, je n'avais jamais eu d'amis... Je ne savais pas comment lui dire et j'ai fini par dire simplement que je ne pouvais pas... J'imagine qu'il avait déjà deviné que je ne savais même pas ce que c'était car il m'a dit qu'il me montrerait comment faire... J'ai simplement haussé les épaules car je n'étais pas vraiment sûr d'avoir envie d'avoir un ami mais je ne voulais pas lui dire non alors j'étais prêt à l'accepter.»
Hotch sentait que Bobby ne devait pas l'avoir laissé partir sans rien faire... Il semblait y avoir quelque chose d'encore plus profond à cette histoire... Il ne savait pas trop comment poser la question, alors il demanda directement : « Bobby t'a-t-il resté partir sans rien faire? »
Cette question le bouleversa aussitôt, il se frotta le visage de nouveau et des larmes perlèrent dans ses yeux mais il les retenu de justesse. Il s'était dit qu'il ne pleurerait plus pour cet évènement, qu'il s'était déjà suffisamment montrer suffisamment faible. Il soupira bruyamment et se pencha la tête vers l'arrière en regardant le ciel au travers la fenêtre pour se calmer. Il prit une minute supplémentaire pour reprendre toute contenance.
Lorsqu'il fut prêt, il reprit son ton froid et dépourvu de toutes émotions et commença : « Un mois plus tard, enfin 33 jours pour être précis, eh bien... »
Tout le monde se regarda un instant, à nouveau 33? C'était franchement bizarre... Cependant, à bien y penser, Reid avait fait les premiers pas au bout de 33 jours alors ce nombre devait vouloir lui faire passer un message...
« Quand je suis rentré dans mon appartement ce soir-là, j'avais simplement déposé mon sac et j'étais immédiatement sorti sur le petit balcon pour regarder dehors un instant... Je suis resté ainsi quelques minutes puis je me suis retourné quand j'ai vu la lumière s'ouvrir... Je trouvais l'obscurité réconfortante dans ce temps-là, c'est pour ça que je ne l'avais pas ouvert avant... »
La plupart se sentit mal en entendant cela... C'était pour cela que Reid avait peur du noir... Eux qui s'étaient moqué de lui et Morgan qui lui avait même conseillé de changé de psy pour cela... Ils avaient franchement été ridicules... Cependant, ils se concentrèrent sur ce que Reid disait
« Quand je suis rentré à l'intérieur, me demandant la raison de cette lumière qui s'était ouverte, j'ai vu que 4 hommes se trouvaient là, devant moi... Quand j'étais entré dans mon appartement, il n'y avait pas de trace d'effraction sur ma porte et j'ai donc compris que c'était forcément Bobby qui les avaient envoyés pour se venger, il connaissait beaucoup de monde et avait sûrement réussi à avoir un double des clés d'une manière quelconque...
À vrai dire j'ai paniqué en le comprenant... Je ne savais pas vraiment ce qu'ils allaient faire mais j'ai fini par réussir à leur demander de partir... Je ne sais même pas s'ils m'ont entendu, ma voix était tellement enroué à ce moment-là que même moi je ne m'étais pas compris en prononçant cette phrase... Alors bref, ce n'est pas ce qu'ils ont fait... » Il frissonna un instant mais se ressaisit aussitôt « Ils se sont approchés de moi, j'étais totalement figé... Ils ont fini par être tellement près que leurs souffles m'ont pour ainsi dire réveillé, et ils m'ont alors attrapés et jetés par terre. J'ai essayé de me défendre, mais j'ai seulement réussi à en frapper un d'un coup de pied au visage et il en a ri... J'ai aussi tenté d'hurler comme un idiot, mais j'avais pris l'appartement le plus en hauteur et qui était par le fait même isolé. Je ne n'avais pas de voisins avant trois étages plus bas... Ils n'ont pas mis plus d'une minute à me maitriser... »
Il s'arrêta quand sa voix commença à s'étranger, des larmes menaçant de nouveau de couler à nouveau... Ce n'était pas aussi facile à raconter qu'il se l'imaginait quelques instants plus tôt... Une larme se fraya un chemin, et il ferma les yeux le temps de se ressaisir un peu...
L'équipe attendait patiemment, s'imaginant ce qui devait suivre face à la réaction de Reid mais ne voulant pas vraiment le croire... Cette histoire leur semblait tellement tragique sous tous les points...
Reid finit par reprendre contenance et continua d'un ton beaucoup plus glacial que les précédents : « Un de ces types s'est assis sur moi et me regardait... Au bout d'un moment il a commencé à me parler... Il m'a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi je réagissais comme ça, que pour quelqu'un comme moi un partenaire de plus ou de moins ne faisait pas de différence... Puis il m'a dit son prénom en rigolant en me disant que c'était sûrement ce qu'il me fallait pour me mettre à l'aise... Ensuite il a commencé à me déshabiller...
Il faisait ca lentement et s'interrompait souvent pour me caresser les cheveux... »
Le détail sur les cheveux avait éveillé l'attention de Morgan, car lors du cauchemar de Reid dans l'avion c'était à ce moment-là qu'il avait vraiment commencer à paniquer... Il demanda donc doucement : « Ton cauchemar dans le jet l'autre jour, c'était de cette nuit-là? »
Reid leva les yeux au ciel et répondit presque dans un grognement « oui ». Il s'en voulait toujours de ce foutu cauchemar qu'il n'avait pas été capable de contrôler. En faisant le lien, ils devaient trouver pitoyable le fait qu'il appelait au secours Gideon ainsi alors qu'il était à des kilomètres de là...
Voyant la colère de Reid à l'instant alors qu'il était revenu sur ce rêve, Morgan a tenté de lui dire : « Ce n'est rien Reid, c'est normal... »
Il répondit ironiquement en levant les yeux au ciel de nouveau: « Bien sûr, rien de plus normal que d'appeler quelqu'un qui n'est pas là »
Personne ne sut que répondre à ça, ils savaient qu'il faisait probablement mention du fait qu'il appelait Gideon durant ce cauchemar et dont cette nuit-là mais de la manière dont Reid venait de le dire, ils ne savaient simplement pas comment lui faire comprendre que c'était compréhensible, que lorsque l'on se fait attaqué, il est normal d'appeler un proche au secours, que ce n'est pas un signe de folie pour autant...
Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que la voix de JJ qui lui dit alors tout doucement : « Tu peux continuer Spence... » retentisse dans la pièce.
Reid prit une inspiration et reprit en gardant exactement le même ton polaire : « Il me parlait tout le temps, me disant que de toute manière si ce n'était pas lui qui le faisait, que ce serait quelqu'un d'autre, que ce n'était qu'une question de temps pour que quelqu'un veuille me prendre et que je le cherchais car tout de moi était aguicheur; mes vêtements, mes cheveux, mon visage, mon corps... Il disait aussi que je devrais être content que ce soit sur eux que cette tâche soit tombée et non sur des inconnus qui voudraient me faire du mal car ils ne me feraient que du bien...
Je les suppliais toujours d'arrêter en pleurant mais cela n'y faisait évidemment rien... Quand il a eu finit d'enlever mes vêtements, ils m'ont retourné sur le ventre... Il l'a fait une première fois... Ils l'ont tous fait après, même si les autres ne m'ont jamais parlé... Je suis resté le visage contre le sol comme une larve en gémissant tout le temps... Ils sont restés toute la nuit et s'échangeaient les places, ils l'ont fait 29 fois...
Ils sont partis dans la matinée, mais avant de partir celui qui me parlait m'a dit que Bobby voulait simplement me faire comprendre que je n'aurai pas dû partir ainsi et que la moindre des choses aurait été de dire au revoir, que je l'avais beaucoup blessé en agissant de cette manière... Il a pris bon de mentionné que lui en était plutôt heureux car j'avais été super et qu'il avait passé la meilleure nuit de sa vie ... Je suis resté roulé par terre pendant 2 jours, je ne pouvais pas bouger... Je m'en suis seulement rendu compte en me relevant et en voyant la date que l'on était »
Hotch finit par demander, sachant quand même que ce genre de crime n'était pratiquement jamais signalé mais se disant qu'il l'avait forcément dit à Gideon, et si c'était vraiment le cas pourquoi ce dernier ne lui avait pas conseillé de porter plainte... Il demanda donc pour commencer : « En as-tu parlé à quelqu'un? »
« Oui, à Gideon... Il avait remarqué mon absence et s'en inquiétait... Quand je suis revenu en cours après une semaine d'absence, car j'étais trop mal physiquement pour me déplacer avant cela, et qu'on s'est croisé dans le couloir il s'est d'autant plus inquiété... Il faut dire que je lui aie carrément rentré dedans; je ne regardai pas où j'allai, je n'étais plus vraiment du même monde... Il m'a pris la main et conduit dans son bureau... J'ai fini par reprendre mes esprits peu à peu et il m'a demandé de lui dire ce qui s'était passé, ce que j'ai fini par expliquer... »
« Il ne t'a pas demandé de le dire à quelqu'un d'autre? »
Il lui demanda froidement tout en le dévisageant : « Vous voulez dire porter plainte pour viol peut-être ? »
Hotch se dit que c'était assez évident et répondit donc, un peu mal à l'aise : « Heu... oui »
Reid leva les yeux au ciel de nouveau avant de dire : « Tout le monde sait comment ce genre de dossier se termine. En partant du principe que les policiers m'aient simplement cru et qu'ils aient pris ma plainte au sérieux et que ce se soit rendu là, autant dire que cela n'aurait déjà eu que très peu de chance de simplement s'y rendre mais bon, la défense aurait alors montré ce que j'étais et ils auraient tous été disculpés. En plus, tout était de ma faute, ce sont mes choix qui m'ont toujours conduit à me mettre dans le pétrin et cette fois n'en était qu'un exemple supplémentaire... Et puis de toute manière Éric avait raison, un de plus ou de moins... Je ne comprends toujours pas moi-même pourquoi cela m'a affecté autant, c'est absolument illogique...»
Hotch s'était arrêté sur le prénom que Reid avait mentionné : « Éric? »
Il grimaça, il savait qu'il avait gaffé, et dire qu'il avait tenté de ne pas l'appeler comme ça depuis le début et maintenant cela lui avait échappé... C'était plutôt gênant de se faire prendre à l'appeler ainsi... Ils se disaient forcément qu'il n'était pas normal. Il finit par dire : « Heu... oui désolé... C'était le prénom de celui qui me parlait... »
Hotch hocha simplement la tête et ils retombèrent à nouveau dans un silence gênant.
Ce fut Morgan qui prit bon de répondre à sa culpabilité évidente, et lui dit : « Reid, rien de tout ça n'était de ta faute... »
Il répondit fermement et simplement : « Si, ça l'est ». Ne laissant ainsi place à aucune discussion. C'était un fait que tout était de sa faute et le fait que ce soit Morgan qui tente de dire le contraire était le comble de l'ironie à ses yeux.
Hotch décida de continuer et de ne pas s'y attarder pour le moment, puisqu'il avait fait la mention au début de plusieurs de ses choix, et donc qu'il devait y en avoir beaucoup et que par conséquent cela ne servait à rien d'essayer de le résonner maintenant... Il demanda donc : «Que s'est-il passé ensuite? »
Reid le dévisagea un instant en répondant : « Ensuite...? »
Il soupira avant de finir par dire, lui-même non sûr de ce qu'il voulait dire par là : « Heu... Après tout... Jusqu'à ce que tu intègres l'équipe je veux dire... »
« Ah... J'étais devenu l'assistant de Gideon, je l'aidais à préparer ses cours, à faire ses corrections et tout... J'avais d'ailleurs peur qu'il puisse y avoir conflit d'intérêt car j'étais toujours son étudiant en même temps mais il m'avait convaincu en disant que les notes ne pouvaient pas être influencées par une forme de subjectivité de toute manière puisque tout est à l'écrit. Et puis j'adorai faire ça contrairement à Gideon qui détestait ces points.
Il faisait tout son possible pour me faire socialiser... Je ne savais même pas comment tenir une conversation... Je n'avais évidemment jamais été doué pour le faire, je parlais peu et les discussions que j'avais tenues dans le passé ressemblaient plus à des interrogatoires qu'à autre chose et le pire c'est que je ne l'avais jamais vraiment réalisé auparavant... Gideon me poussait à parler et j'en étais venu à répéter des phrases que j'avais lues dans des livres et énumérer des statistiques face à tout ce que disait Gideon... Il était patient et faisait toujours semblant que comprendre toutes les conneries que je disais... Disons seulement que je n'ai su attendre que les deux extrémités entre le mutisme et parler pour ne rien dire, et que je ne suis qu'une cause perdue sur ce point-là et vous aviez déjà pu le remarquer... Je n'ai jamais vraiment compris comment faire, tout a pourtant l'air si simple à regarder mais c'est tellement différent de devoir le faire...
Par contre il me poussait à accepter des contacts physiques car j'en avais vraiment totalement horreur, j'avais développé un type d'association entre ces derniers et la sexualité et mon objectif étant d'éviter le plus possible cela, je détestai toute forme de contacts... Il m'a quand même poussé à m'y a habitué progressivement et avec le temps ça allait, je les acceptai. Il m'a ensuite appris à en faire aussi quand il le fallait et je dirai même que cela a fini par devenir naturel. Hormis les poignées de mains avec lesquelles je n'ai jamais pu m'habituer malgré ses efforts. C'est un geste beaucoup trop complexe pour moi. Vous n'avez qu'à penser à toutes les étapes que ce geste requiert et qui est doté de beaucoup de subtilités dans chacune d'elle, bref.
Gideon m'a aussi demandé de reprendre contact avec ma mère... Je lui avais dit que je l'avais complètement laissé tomber, et qu'elle ne savait même pas que j'étais parti vivre en Virginie... Disons que cela l'a un peu choqué de l'apprendre... Je ne pouvais pas aller la voir mais je lui aie envoyé une lettre disant que j'étais parti et expliqué dans les grandes lignes... Je n'ai pas pu lui dire la vérité car j'ai toujours tenu à ce qu'elle ne sache jamais rien de ma relation et de tout ce qui venait avec... Quand elle était lucide et que je partais, ce qui était plutôt rare je dois dire, je lui mentais en disant que j'allai chez un ami de l'école... Elle croyait plutôt à ces moments-là que j'avais une petite amie de là-bas et je ne la contredisais pas, je trouvais cela plus simple... Et puis quand elle me faisait remarquer que je changeais de comportement je lui expliquais les rudiments des changements hormonaux qui influençaient énormément le comportement à l'adolescence... Elle m'avait toujours cru à cause de toutes les statistiques que je lui balançais sur la question et du fait qu'elle croyait pouvoir me faire confiance alors bon... Je ne m'attendais pas même pas à avoir de réponse à ma lettre mais elle m'a répondu... Elle m'a écrit qu'elle était heureuse d'avoir enfin de mes nouvelles car elle s'était beaucoup inquiétée et espérait que j'aime cette région et que je n'y sois pas trop dépaysé... À partir de ce moment-là je lui aie envoyé une lettre à chaque jour, je me suis dit que cela compensait le fait de ne pas lui rendre visite mais cela n'a jamais été le cas et c'est plus devenu la conséquence de ma culpabilité qu'autre chose... La première fois que je l'ai revu c'est d'ailleurs quand je l'ai fait venir ici à cause de l'enquête qui le demandait, sinon je n'y serai certainement jamais allé, je n'étais d'ailleurs pas des plus à l'aise avec elle... Par la suite, nos rapports se sont quand même améliorés quand je suis retourné la voir après cela, j'ai même fini par apprécier passer un peu de temps avec elle... N'empêche que je reste plus à l'aise de lui écrire que de la voir même encore aujourd'hui, car quand je la vois je ne me rappelle que ce que mes choix ont impliqué pour elle et le mal que cela lui a fait... Je suis donc content qu'elle soit partie avec son nouveau traitement et qu'elle puisse vivre heureuse aujourd'hui en voyageant...
Gideon m'a conseillé aussi de prendre un cours d'informatique par sécurité, pour s'assurer que personne ne puisse me retrouver facilement à l'avenir... Ce n'est pas pour cela que je l'ai fait, c'est plutôt car j'avais déjà une phobie de la plupart des trucs électroniques, je ne touchais d'ailleurs même plus à mon portable après avoir reçu la vidéo et je me disais que c'était le moyen de passer outre en apprenant les rudiments de la technologie... »
Hotch toussa un peu pour attirer son attention car il avait besoin d'en savoir plus sur ce point et ne voulait pas l'oublié... Il demanda donc : « Quelle vidéo? »
« Heu... ils avaient tout filmé ce soir-là... Celui qui aimait me parler m'avait envoyé la vidéo par courriel... »
Tout le monde grimaça un instant, ce type était vraisemblablement un sadique... Hotch dit alors, gêné d'avoir posé cette question tout d'un coup vu cette information quelque peu bouleversante: « Heu, désoler... Continu... »
« J'ai suivi le cursus intensif au MIT, cela m'a permis de savoir comment cacher mes traces et tout sécurisé à défaut de me donner confiance en la technologie... D'ailleurs suite à cela j'ai plutôt fermé mon compte courriel et effacer toute trace de son existence et je n'en avais pas eu d'autre avant que le bureau ne m'oblige à en avoir un au bout de quelques années... Je ne regrette quand même pas le cours mais je préfère encore le papier.
À la fin de la session, Gideon m'a dit m'avoir inscrit à l'académie du FBI. Sauf que je l'avais mal pris et je ne voulais vraiment pas y aller... Je ne comprenais même pas comment l'idée de m'inscrire là-bas avait pu lui traverser l'esprit... Je lui répétai que ce n'était pas pour moi, tant à cause de mon passé que par le fait que je me planterai à tout ce qui est examen physique... Cependant, il m'a dit qu'il ne resterait pas en congé maladie toute sa vie, qu'un jour il sera réaffecté au BAU et que passer ce diplôme serait le seul moyen pour moi de pouvoir le suivre... Il a dit aussi qu'il savait que je pouvais le faire et que tout se passerait bien... J'ai fini par accepter mais à condition qu'il reste toujours avec moi car j'avais trop peur de me retrouver seul là-bas, ce qu'il a accepté de faire tout de suite... J'ai fait le programme condensé en 1 mois, en ratant évidemment tous les examens physiques mais on m'a donné mon diplôme quand même, décidant de faire une exception pour que je puisse faire du terrain à l'avenir, et on est rentré à l'université. Je n'étais plus que son assistant car j'avais fini le cours et que je n'avais pas envie d'en suivre d'autres. 3 mois plus tard Hotch est venu à l'université pour demander à Gideon de revenir et on m'a fait intégrer dans l'équipe. Lors de cette visite j'en étais heureux, à vrai dire tout excité, mais dès qu'on s'est retrouvé tous les deux j'ai failli tout laisser tomber... J'avais réalisé à quel point ce serait hypocrite d'aller travailler pour le gouvernement en sachant que j'avais déjà enfreint la loi à maintes reprises... Je répétai que rien n'avait de sens dans tout ça mais lui me répondait simplement que le passé n'avait pas d'importance, que je serai le premier génie au FBI et que je serai parfait... Je n'y croyais pas du tout... Il a alors opté pour une autre approche et m'a dit que si je ne le suivais pas, il ne pourrait pas revenir au BAU... Évidemment je ne pouvais pas accepter une chose pareille et je me suis résigné... On a décidé de mettre tout ça de côté et de ne pas en parler à personne... Il m'a avoué avoir failli le dire à Hotch durant l'affaire Hankel quand ce dernier se sentait coupable du fait de ne pas m'avoir appris à gérer mes émotions. Il savait que ce n'était pas de sa faute et que je ne pourrais jamais apprendre comment faire de toute manière... Cela a été la seule fois que l'on en a reparlé car il avait peur que cela ait pu faire remonter mes souvenirs ou même que cela aurait pu tout confondre dans mon esprit ou quelque chose du genre »
Hotch fronça les sourcils : « Cela a été le cas? »
Il haussa les épaules en répondant sèchement : « Bien sûr, on ne peut pas dire que cela faisait assez longtemps, tout ça ne datant même pas d'un an, pour que toute cette histoire soit enfouie assez profondément dans ma tête pour l'éviter. De plus, en sachant que j'ai toujours été fragile émotionnellement, le produit qu'il m'a donné a été suffisant pour que je me perde totalement dans mes souvenirs et que j'aye l'impression à certains moments de me retrouver dans mon ancien appartement cette nuit-là au lieu de cette cabane. Disons que je me sentais comme si c'était un prolongement de l'expérience mais en plus sanglant. »
« Tu l'as dit à Gideon? »
« Non, je l'ai renié. Je n'avais pas envie d'en parler, il avait ses propres problèmes à régler sans avoir besoin de s'inquiéter en plus pour moi. »
Tout le monde soupira d'exaspération en entendant cela. Il semblait que Reid s'inquiétait toujours plus pour les autres que pour lui-même...
Hotch se dit qu'il serait temps de s'occuper du dernier évènement, car il ne semblait plus y avoir à dire quoi que ce soit entre temps. « Tu savais que Bobby allait t'enlever avant qu'il ne le fasse? »
« Oui, j'ai commencé à recevoir des messages contenant une image un mois avant qu'il ne le fasse... »
« Des images? »
« Oui, parfois il prenait des photos de moi avec certains de ses amis pour ses albums personnels... »
Il ne savait pas trop s'il voulait le savoir mais il ne put s'empêcher de lui demander : « Pendant...? »
Il répondit aussitôt sèchement en le dévisageant : « Non, avant. Je n'aurai jamais accepté durant ce temps, c'est franchement pervers! Je sais que ça ne vous apparait pas comme tel mais j'avais quand même certaines limites vous savez. »
Hotch se sentit un peu coupable d'avoir posé la question quoi que quand même soulagé que Reid n'ait pas été photographié durant ce temps... Il décida de changer un peu de sujet à nouveau : « Désolé... Mais comment tu savais qu'il n'allait pas s'en prendre à toi à tout moment après avoir commencé à recevoir ces messages ? »
« C'était évident qu'il ne le ferait pas sur une enquête; il attendrait que je sois facilement atteignable pour faciliter tout le processus »
Morgan hésita mais fini par demander : « Alors pourquoi tu... Enfin tu sais, sur l'enquête, quand j'étais sorti... »
Il soupira, il savait qu'il faisait mention du soir où il était sorti en entendant des bruits et passé à un cheveu de le tuer. Il répondit finalement : « Je n'avais pas réfléchi, je ne sais pas ce qui m'a pris... »
L'équipe se regarda confuse, ne sachant pas de quoi ils parlaient. Hotch finit par demander : « Pouvez-vous nous expliquer? »
Morgan ne savait pas s'il devait le dire alors il se tourna vers Reid, mais ce dernier évita toujours son regard et regarda plutôt de nouveau par la fenêtre en répondant : « Un soir sur une enquête Morgan était sorti prendre l'air, j'ai entendu du bruit et j'y suis allé... Disons que j'avais mon arme et que je l'ai pointé sur lui un bon moment... »
Ils acquièscèrent silencieusement, ne sachant pas quoi y rajouter.
« Mais le jour où tu as posé tes congés, tu savais qu'il agirait bientôt ? »
« Oui, j'avais reçu de nouveau la vidéo de cette nuit-là et cela m'a fait prendre du recul sur la situation... J'ai compris que cela faisait 11 ans que j'étais parti quand les messages ont commencé et que cela faisait ce soir-là l'anniversaire de quand on m'avait retrouvé et que c'était forcément ce soir qu'il prévoyait agir »
Hotch ouvrit la bouche un instant et la referma, avant de finalement oser demander : « Quoi? Tu as été enlevé ce soir-là? » Il savait que Reid avait été retenu plus de quelques heure mais il ne pensait tout de même pas que cela faisait aussi longtemps...
Il haussa les épaules en répondant, sceptique : « En effet » Il ne comprenait pas vraiment sa réaction, il lui avait fait part de ces doutes sur la durée de son enlèvement alors sa surprise ne devrait pas être aussi importante, c'était étrange.
Au bout d'un nouvel instant de silence, ce fut Morgan qui posa la question qui déchirait toutes les lèvres... « Pourquoi n'as-tu pas demandé à être protégé... Tu n'aurais eu qu'à nous le demander sans même avoir à tout expliquer... »
« Vous savez tous que vous m'auriez posé des questions. De plus, il aurait demandé à ce qu'ils emploient tous les moyens requis pour m'avoir, et donc de faire du mal à cette personne censée me protéger... Cela aurait peut-être mis un peu plus de temps que prévu mais le résultat aurait été le même et avec un blessé en plus...»
« Mais pourquoi il a attendu toutes ces années pour agir... »
« Le chiffre 11... » Il attendit un instant avant de poursuivre, sachant qu'il allait le prendre pour le plus grand idiot de la planète : « Je faisais déjà de l'arithmomanie... Je ne me rappelle pas du moment où les chiffres ont commencé à m'obséder, bref. J'avais une connexion particulière avec le chiffre 11. Sachant qu'en plus j'avais 11 ans quand j'ai rencontré Bobby, ça n'a rien arrangé... J'avais vu que la plupart des couples ont une chanson, mais moi je n'aimais pas la musique... J'avais cependant envie qu'on ait notre truc aussi... D'ailleurs, il l'avait bien accepté et entrait dans mon délire, c'est pour ça que la plupart de nos anniversaires avaient un rapport de près ou de loin avec le 11. C'était donc pour me montrer qu'il n'avait rien oublié, même pas ce détail, qu'il a attendu si longtemps... Néanmoins, moi c'était mon cas, et oui, même avec ma mémoire eidétique je n'y avais même pas pensé avant le soir même de mon enlèvement. Il faut dire que j'avais laissé tomber mon obsession du 11 en particulier pour revenir à tous les chiffres en général mais enfin, vous comprenez bien le principe. »
Le patron demanda finalement : « Que s'est-il passé durant ces 9 jours? »
« Assez basique. La plupart du temps j'étais attaché au lit »
Il fut intrigué par la mention de la plupart du temps, et demanda donc : « Et le reste du temps? »
« Vous faites vraiment exprès pour avoir l'air si ignorant? Désoler mais c'est évident; le reste c'était pour me laver etc... »
Hotch grimaça, il n'avait pas pensé à ces aspects... C'était pourtant évident, l'apparence de Reid était plutôt soigné quand il fut retrouvé, sans cette vidéo il n'aurait même pas douté qu'il ait été retenu plusieurs jours... « Tu n'as pas pu t'enfuir pendant ce temps? »
« Non, il me donnait un léger somnifère avant de me déplacer, une dose juste assez forte pour que je fonctionne physiquement au ralenti... Et la porte de la salle de bain ne se verrouillait pas, il m'attendait dehors à côté jusqu'à ce que je sorte. Et si vous trouvez étrange qu'il me laissait seul durant ce temps, c'est que son but n'était pas de me déshumaniser. Il avait d'ailleurs mis à ma disposition des vêtements de rechange, une brosse à dents et même un peigne, et vous comprendrez que je ne m'en plains pas. »
Hotch se demanda un instant comment cela se faisait que la scientifique n'avait pas récolté aucuns de ces éléments, mais se dit à l'instant d'après que c'était évident, le suspect étant mort et la victime étant un du FBI, elle n'avait pas été bien loin dans l'analyse des lieux. Il demanda finalement : « Quel était son but avec tout cela...? »
« Reproduire un semblant de relation avec moi, rendre plus ou moins cela normal... »
« Il est allé jusque où pour faire ça? »
Il haussa les épaules en répondant froidement : « Aussi loin que vous pouvez vous l'imager... Et je me suis laissé toutes les fois. »
Ils furent tous consternés en constatant que cela n'avait même pas l'air de l'affecter... C'était presque comme si cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Au moins, cela expliquait pourtant il était totalement non réactif quand Bobby le caressait si explicitement, il se laissait encore faire...
Cependant, ils ne comprenaient pas pourquoi Reid avait pris le risque de donner son nom, Bobby ayant pu le tuer pour cela et cela ne le dérangeant apparemment pas... Rossi finit par dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : « Alors pourquoi tu nous a donné son nom... Je veux dire, cela ne t'affectait apparemment pas... »
Il soupira et leva les yeux au ciel : « Décidément, vous êtes peut-être tous profiler mais dès que c'est quelqu'un que vous connaissez qui est impliqué, vous perdez apparemment toute raison. Vous étiez en ligne, j'ai vu dans votre regard à tous que vous n'auriez jamais pu oublier ces images... De plus, on pouvait clairement voir à quel point vous vous sentiez impuissant et je ne voulais pas que vous soyez pris avec ce sentiment toute votre vie... Et puis, je dois dire que je n'avais pas non plus personnellement envie que vous me voyiez faire ça. C'était déjà assez gênant qu'il ait déboutonné ma chemise devant vous. »
Ils soupirèrent tous simultanément d'exaspération en entendant tout cela. Non seulement il s'était mis en danger inutilement pour le soi-disant bien de leur santé mental, ce qui était ridicule en soi, mais en plus il était gêné par le simple fait qu'ils aient vu un peu de son torse, c'est-à-dire quasiment rien, et c'était franchement stupide.
Reid reporta son regard vers l'extérieur en voyant leur réaction, puisqu'ils ne comprenaient évidemment pas et qu'il n'avait pas envie d'élaborer davantage.
Rossi fut le premier à sortir des pensées que ce comportement avait apporté. Il demanda alors : « Qu'est-ce qu'il a fait après que tu aies donné son nom? »
Il se mordit un instant les lèvres... Il aurait espéré échapper à cette question. Il finit par répondre : « Eh bien... Il a invité les mêmes 4 hommes que ceux qui sont venus dans mon appartement cette nuit-là... Il faut croire qu'ils étaient encore dans la région... »
« Pourquoi...? »
« Il savait comment cela m'avait atteint la première fois au vu de la vidéo qu'il leur avait demandé de faire... Sachant qu'il était en furie suite au fait que j'ai donné son nom, il pensait que c'était le meilleur moyen pour me blesser le plus possible... »
Les mains des filles se posèrent sur leur bouche sous le choc, et Morgan serra les poings. Rossi et Hotch se regardèrent et d'un tacite accord ce fut Rossi qui posa la question suivante : « Est-ce qu'ils ont eu le temps... ? »
Il dit simplement « Juste un »
Rossi réfléchit un instant et dit : « Éric... »
« Oui, c'est le dominant du groupe, c'est évident »
Il ne se doutait même pas de combien cela devait être dur de revoir un de ses anciens agresseurs, surtout après toutes ces années... Il demanda alors : « Et tu vas bien?»
« Oui, je me suis laissé faire, comme j'aurai dû le faire la dernière fois. »
Tout le monde comprit la logique de Reid; s'il se laissait faire, cela n'avait pas d'importance à ses yeux, ce n'est que lorsqu'il a tenté de résisté que cela l'a affecté et il croyait donc que de ne pas combattre était la chose à faire... Aussi terrible fut le principe, cela semblait plutôt bien fonctionné puisqu'aucune émotion ne le transperçait...
Néanmoins, Rossi demanda : « Ils ont tenté de relever des traces d'ADN sur les draps... Ils n'ont rien trouvé... »
« Ils portaient tous les deux des préservatifs. »
Hotch réfléchit un instant avant de demander : « C'est curieux comme comportement, Éric n'aurait pas dû s'inquiéter de laisser des preuves en sachant qu'il t'avait quand même envoyé la vidéo la première fois... En plus, il devait savoir que tu n'irais pas en parler... »
« Ce n'était pas pour ça »
Il fronça les sourcils avant de demander : « C'était pour quoi alors? »
« Il savait ce que je faisais dans ma jeunesse, et le taux d'infection pour ceux qui pratiquent disons ce genre d'activité étant assez élevé, et ne sachant évidemment pas que j'avais déjà passé des tests auparavant qui se sont révélés négatifs, il n'a pas pris de chance tout comme à sa première visite et s'est protégé. Avant que vous ne demandiez, pour Bobby il a toujours préféré en porter. »
Cependant, cela n'expliquait pas pourquoi l'ADN de Reid ne s'y trouvait pas... Rossi dit alors avec hésitation... « Mais le tien n'y était pas non plus... »
Reid le dévisagea de nouveau. Ils commençaient tous par contre à avoir l'habitude de ces regards noirs... Le génie dit alors sèchement: « Vous tenez vraiment à rendre notre conversation encore plus humiliante avec une leçon de biologie en plus? »
Rossi fut confus face à ses propos et demanda : « Heu... Quoi... Tu n'as jamais... » C'était trop horrifiant de prononcer le dernier mot. Demander s'il avait joui et donc éjaculer n'avait certainement pas sa place dans la conversation... Il rougissa lui-même de sa question.
Il soupira de désespoir, il n'aurait jamais cru qu'ils aient pu aller si loin dans leur interrogatoire, heureusement que ce n'était pas une victime. Il n'en aurait jamais imaginé une recevoir ce genre de question, comme si on prenait son corps comme étant dysfonctionnel. Il dit finalement : « Non, pas avec Bobby. Il faut dire que la mémoire corporelle étant plus présente, sachant que j'ai eu 12 ans de relation avec lui c'était sûrement par habitude, en plus du fait que je lui en ait toujours voulu pour avoir demandé à ces types de venir, bref. Pour ce qui est d'Éric, il était disons, au-dessus de moi...
Ils restèrent en silence durant plusieurs minutes face à cette déclaration... Ils essayèrent de penser à autre chose pour éviter d'imaginer cette scène ignoble. Morgan s'exclama alors, déterminé: « Il faut que tu fasses un portrait-robot Reid, ce type doit payer! »
« Non, en ce qui me concerne, je ne suis pas là et cette conversation n'a pas lieu. Je nierai tout si quelqu'un me demande de revenir sur ma déclaration. Je vous prierai de respecter mon choix, je ne suis pas prêt à ce que des dizaines de personnes soient au courant de toute l'histoire et ça c'est en partant du principe que les médias ne s'emparent pas de l'affaire, ce qui est impossible puisqu'ils s'en régaleraient. »
Morgan tenta de croiser son regard mais Reid l'évita de nouveau de justesse, il dit donc simplement: « Comment peux-tu accepter que cet Éric reste libre après ce qu'il t'a fait? C'est un vrai salaud! »
« Tu ne le connais même pas. »
Il fut sous le choc et regarda les autres, totalement perdu, avant de finalement dire : « Pas besoin de le connaître pour le savoir »
Reid ne répondit rien et se concentra sur l'extérieur.
Morgan reprit alors : « Pourquoi il a accepté de revenir après toutes ces années...? »
Il répondit naturellement : « Je l'ai dit, il avait passé un bon moment la première fois et était heureux de remettre ça... D'ailleurs, ce n'était pas comme s'il m'avait oublié pendant tout ce temps, il m'a avoué avoir profité des photos de moi venant de mon dossier du FBI sur internet... »
Morgan grimaça, c'était vraiment un salopard ce type... Il demanda néanmoins : « Comment tu sais qu'ils ne s'en prendraient pas de nouveau à toi? »
« Éric m'a envoyé un message avant de partir en se servant de l'ordinateur de Bobby. Une vidéo thermique ainsi que ses adieux. Quant aux autres, ils ne font que le suivre. »
Tout le monde se regarda confus, avant que Morgan ne répète, sceptique: « thermique? »
« Oui, c'est ça... Il est du genre à aller plus loin lorsqu'il fait les choses la deuxième fois. La première fois comme c'était une vidéo normale et une position tout aussi normale si on peut le dire ainsi, il a voulu modifié ces aspects là et pousser plus loin l'expérience en le faisant de face et avec une vidéo thermique... »
Morgan demanda : « Tu l'as gardé? »
« Non, je l'ai supprimé, tout comme toutes les autres preuves. J'ai une mémoire eidétique, si je veux me faire une soirée maïs soufflé à regarder le film de nouveau, je n'ai besoin que de mon esprit. Et si vous avez des doutes sur mes compétences informatiques à effacer le tout, demandez à Garcia »
Ils restèrent un instant sous le choc du sarcasme de Reid qui allait pour le moins assez loin, avant que tous les regards ne se tournent vers elle. Elle eut alors un léger sourire en hocha timidement la tête.
Hotch se dit alors que l'un des points importants devraient être abordés maintenant que toute l'histoire était éclaircie. « Pourquoi n'y a-t-il pratiquement aucune trace de Bobby hormis cette maison?»
Il haussa les épaules en disant : « Lachance est un faux nom »
Il ne fut pas vraiment surpris, il s'en doutait beaucoup : « D'accord, mais quel est le vrai? »
Il soupira avant de dire: « Il n'existe plus »
Hotch était quelque peu confus : « Comment ça...? »
Il hésita un instant, sachant que c'était illégal, mais se disant qu'il n'avait pas vraiment le choix de l'avouer : « J'ai pensé que comme il était mort, il faudrait que son vrai nom meurt avec lui... J'ai envoyé les papiers ainsi qu'un faux certificat de décès que j'avais fabriqué et puis j'ai fait passer une annonce dans la rubrique des décès... Je voulais le faire savoir à tous ses amis... »
« Pourquoi tenir à ce qu'ils soient au courant de sa mort? »
Il fut légèrement gêné mais tâcha de ne pas le montrer, il expliqua donc simplement : « Je savais qu'ils comprendraient que c'était moi qui l'avais tué, je voulais seulement qu'ils le sachent... »
« Tu crois que ses amis savaient qu'il allait t'enlever? »
« Non, j'en suis sûr. Il a toujours été vantard... C'est pour ça d'ailleurs qu'il s'est mis à me partager durant notre relation, il voulait montrer le pouvoir, le contrôle, l'emprise qu'il avait sur moi... De plus, le point qui était vrai dans ma déclaration est qu'il a engagé trois autres personnes pour m'enlever, il ne se serait pas donné la peine de le faire lui-même, cela aurait été trop compliqué et il connaissait beaucoup de monde de toute manière... Le fait qu'il est pu demander à autant de monde de le faire sans pour autant qu'ils n'avouent rien, et qui étaient très professionnelles il faut le dire, ne fait que le prouver. Il n'aurait tout de même pas eu à se compliquer autant la vie, je les attendais mais enfin, c'est vrai qu'il ne pouvait pas le savoir... En fait cet enlèvement n'était qu'un secret de polichinelle, je le sais »
« D'accord... Eh bien... Je crois qu'on a terminé... »
« Suis-je virer? »
Hotch le regarda sans comprendre, avant de regarder Rossi un instant et de dire : « heu... non... Pourquoi? »
« Bon... Tout aurait été plus simple si oui. »
