Disclaimer : L'histoire et les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas, dommage !
Bonjour à tous ! Et non, vous ne rêvez pas ! Aujourd'hui, deux chapitres au lieu d'un, cause vacances et impossibilité de publier Mardi !
Dans ce chapitre, de l'action! Eh oui, la tension monte, les choses s'accélèrent… Le retour d'une personne clé au sanctuaire, et puis un petit tour aux Enfers… Au bout de ces deux chapitres, vous ne verrez plus jamais Rhadamanthe du même œil !!! lol!
11. LONGUE ABSENCE…
Samedi 20 Octobre, au sanctuaire :
Aioros laissait enfin ses larmes couler, étreignant désespérément la toge sombre. L'atlante ferma ses yeux violets un instant. La douleur faisait tressaillir son visage noble, il se sentait tellement désarmé face aux larmes de son amant. Il le serra plus étroitement encore dans ses bras et essaya de le calmer.
- Chuut… Tu as fait tout ce que tu pouvais… Ce n'est pas ta faute.
- Je n'ai pas vu Aiolia depuis des jours ! Il se laisse mourir à petit feu !
- Mais non, tout va s'arranger, ce n'est qu'une question de temps… Mais que fait-il ? Il devrait déjà être là…
C'est alors qu'il la sentit… Enfin ! L'armure d'or du cancer quittait son temple pour aller revêtir à nouveau son propriétaire !
Aux arènes, Kanon et Shaka discutaient avec Saga et Camus pendant que Dokho et Aldébaran s'entraînaient. Milo et Aphrodite, isolés des autres par quelques gradins, s'embrassaient sans vergogne. Shura les regardaient avec une légère pointe d'irritation. Mais ils ne respirent jamais ou quoi ?
Le poisson, comme s'il avait perçu sa pensée, tourna des yeux embués vers lui, se décolla de Milo et lui fit signe d'approcher. Le capricorne, méfiant, les rejoignit. Le scorpion, sur le qui-vive, se demanda aussitôt ce que son poisson mijotait…
- Alors, Shushu, le taquina Aphro. Comme ça on sort avec Aldébaran ?
Shura sursauta, piqué au vif. Ils avaient décidé de tenir leur relation secrète, et voilà que le pire dragueur du sanctuaire semblait au courant de tout !
- On ne sort pas ensemble !
- Pfff !!! Tu crois tromper qui, là ? Faut voir comme tu le couves du regard, ton taureau !
Le capricorne céda, comprenant qu'il avait perdu.
- On ne sort pas ensemble. On couche ensemble pour satisfaire un besoin naturel, nuance ! Expliqua-t-il patiemment
- Oohh !!! Pardon ! Fit Aphrodite en exagérant son sourire. Et il est vraiment monté comme un taureau, dis-moi ?
C'en était trop pour Milo. Il vit rouge et pointa un regard menaçant sur son amant, qui négligeant –grosse erreur- de se protéger, tomba dans ses bras victime de la restriction du scorpion. Shura s'essuya le front avec un soupir de soulagement :
- Merci, Milo.
- Il est affreusement indiscret, n'est-ce pas ? Dit le grec avec un large sourire. Mais c'est comme cela que je l'aime… Il tapota affectueusement les boucles turquoises.
Au même moment, un peu plus loin :
- Alors comme ça Angelo s'est enfui ? Demanda Shaka, soucieux. Et Aiolia nous fait une super dépression ? Oui, c'est logique, je suppose…
- Athéna doit faire de son mieux pour les recherches, commenta Kanon, jouant avec les cheveux blonds.
- Athéna est retournée au Japon juste après le départ de Shaka, pour régler des affaires personnelles. Elle pensait revenir avec les bronzes, mais aucun d'entre nous n'a eu le cœur de partir en vacances en laissant Aiolia se démener tout seul avec ses problèmes… Expliqua Saga.
- Donc on n'avait plus besoin des bronzes pour garder nos temples… Acheva Camus.
- Sauf qu'Angelo n'est toujours pas rentré et… Saga s'interrompit brusquement. Regardez !
Tous les yeux se tournèrent vers l'éclair doré qui avait fendu le ciel : l'armure du cancer avait quitté sa maison et se dirigeait vers le temple du bélier ! Les conversations cessèrent brusquement. Milo relâcha l'emprise de sa restriction sur Aphrodite qui bondit sur ses pieds. Dokho et Aldébaran s'interrompirent au milieu d'une série de sauts parfaitement orchestrés.
Ils coururent comme un seul homme vers l'esplanade du premier temple.
L'homme contempla longuement le signe du bélier gravé sur le fronton. Cela faisait bien longtemps qu'il n'était pas revenu au sanctuaire…
Une lueur éblouissante l'auréola, et il leva les yeux au ciel : elle était là, sa vieille compagne, avec son chant de sirène ! Mon amie, comme je suis heureux de te revoir…
L'armure d'or du cancer étincela et, dans un tourbillon de flashs aveuglants, épousa étroitement le corps musclé, ravie de le retrouver après cette si longue absence. L'homme, ému aux larmes, ferma les yeux et se laissa baigner dans la quiétude dorée si envoûtante.
- Angelo !!! Cria Aphrodite d'une voix aigue.
L'homme se retourna lentement et observa d'un œil curieux les chevaliers d'or qui l'entouraient. Aphrodite ouvrit des yeux ronds et recula de trois pas. Cet homme d'une trentaine d'années au teint basané, aux cheveux noirs, aux yeux verts, et au cosmos si fort n'était pas…
- Qui… Qui êtes-vous ? Murmura le poisson, stupéfait.
Mais déjà Dokho s'avançait et saluait le nouveau venu.
- Luigi, enfin ! Bienvenu au sanctuaire !
- Je vous connais ?
- C'est moi, Dokho de la Balance. Tu as sûrement du entendre parler de moi comme du Vieux Maître, à l'époque.
- V… Vieux maître ? S'étrangla le guerrier.
Dokho sourit et, se tournant vers ses amis interdits, leur dit :
- Je vous présente Luigi, le maître d'Angelo. Et c'est aussi –regard grave au sicilien- l'ancien chevalier d'or du cancer.
- QUOI ???
Le 20 Octobre, toujours…
Angelo regarda partir le dernier client et referma la porte en acier. Encore une belle soirée ! Ca faisait du bien de gagner honnêtement sa vie, et d'oublier tueries et massacres…
Il s'assit au bar en compagnie de son collègue Roberto et sirota en bavardant tranquillement son jus d'orange. Giulia allait se changer et ils rentreraient tous les deux, à l'aube, dans le petit appartement, pour prendre un peu de repos.
Maria sortit la première de la loge minuscule et vint se percher sur les genoux du cancer. Celui-ci passa un bras autour de la taille fine et enfouit un moment son nez dans le décolleté de la jeune fille pour respirer son odeur. Roberto leur accorda un sourire bienveillant et s'éloigna sur la pointe des pieds.
La jeune fille murmura quelque chose à l'oreille du cancer qui se mit brusquement à rougir. Elle rigola doucement et posa ses lèvres pulpeuses sur celles d'Angelo. Le cancer hésita un peu et répondit timidement. Mais lorsqu'elle voulut approfondir le contact, il recula soudainement. Il surprit son regard peiné et détourna les yeux. Maria soupira et quitta les genoux de l'homme qu'elle avait appris à aimer. Elle s'enveloppa dans une légère veste et, avec un sourire troublé, quitta son lieu de travail.
Angelo, lui, laissait ses pensées vagabonder. Je lui fais du mal…J'essaye… Mais je ne peux pas. .Il me manque de plus en plus… Les yeux dont je rêve sont verts, pas noirs. Les cheveux que je brûle de caresser sont clairs comme les blés. Il me faut son air fier, sa haute taille et ses épaules musclées… Son regard provocant et son rire chaleureux. Ses coups de dents et ses râles de plaisir… Aiolia… Aiolia…
Angelo se cacha le visage dans ses bras et pleura… Pleura son amour perdu… Je suis lâche… Il est perdu pour moi… A jamais…
Une main fine se posa sur son épaule. Il se leva comme un automate et suivit Giulia dans les rues désertes, indifférent à tout, courbé sous le poids de son chagrin.
Giulia se taisait. Elle avait appris à respecter ces instants pénibles où son frère était hanté par ses souvenirs. Elle avait tenté plus d'une fois de recueillir ses confidences pour le soulager, mais il avait seulement murmuré : « Je l'aurais emmené à Venise… Je lui aurais fait l'amour sur une gondole… » Et elle l'avait laissé seul, complètement dépassée par l'intensité de cette douleur qu'elle lisait au fond des yeux si bleus. Mais qui était donc cette femme qui avait su s'attacher si profondément le cœur sauvage de son grand frère ?
Angelo attendit que Giulia s'endorme et se glissa sans un bruit dans la salle de bain. Il referma le rideau de la douche et s'assit à même le carrelage. Alors il regarda d'un air avide le petit canif qui ne l'avait jamais quitté. Pour une fois, le soulagement survint dès la première entaille…
Dokho s'empara du bras du sicilien.
- Viens avec moi, Sion t'attend.
Ils s'engagèrent sur le chemin des douze temples, aussitôt suivis à distance respectueuse par les autres chevaliers d'or.
- Toi qui a été pope, dis-nous c'est quoi cette histoire ? Demanda Milo à Saga.
Le gémeau secoua la tête en signe d'ignorance.
- Je ne savais même pas que le maître d'Angelo était encore en vie. Normalement, chez les cancers, l'élève doit tuer son maître pour prendre sa place…
- Ca ne tient pas debout, murmura Camus à voix basse. Pourquoi Angelo est-il chevalier d'or alors que son maître est encore en vie ?
- Je ne sais pas. Quand je suis devenu Grand Pope Angelo avait déjà endossé son armure. Je ne me suis jamais posé de questions à ce sujet…
- Il y a certainement anguille sous roche, commenta Shura. Voilà dévoilé un nouveau secret du sanctuaire…
- Si quelqu'un doit pouvoir trouver Angelo, c'est certainement cet homme, énonça Shaka d'une voix calme. Nul ne connaît mieux un chevalier que son maître, n'est-ce pas ?
- Si, son amant, peut-être… Susurra Kanon en lui mordillant l'oreille.
- Sion abat enfin toutes ses cartes… Grommela Aldébaran pour lui-même.
- Mais bien sûr, tu as raison, Shaka ! Bientôt nous retrouverons notre italien à la langue si bien pendue, c'est évident ! S'exclama Aphrodite joyeusement en se pendant au cou de Milo.
- Toi, tu te calmes tout de suite ou alors je te fige encore une fois ! Le menaça le scorpion.
Au même instant, aux Enfers :
Mû s'installa à table et observa pensivement son assiette : des mets indiens et tibétains qui provenaient de Zeus seul sait où faisaient frémir son nez fin, taquinant ses papilles. Son hôte ne reculait devant rien pour tenter son appétit devenu par trop capricieux… D'ailleurs, où était-il ? Il apostropha la servante qui secoua la tête négativement :
- Monseigneur n'est pas encore rentré. Il a certainement eu davantage de travail aujourd'hui.
Davantage de travail… Je croyais que c'était impossible… Il rentre déjà si tard, par rapport aux autres juges…
Le tibétain porta la fourchette à sa bouche et fut surpris de se découvrir soudain une faim dévorante. Ces saveurs épicées lui avaient tellement manquées ! Il engloutit voracement son repas et laissa la servante le resservir aimablement. Puis une légère honte lui colora les joues : Il se goinfrait, tout simplement ! Il remarqua alors le sourire bienveillant de la femme. Il se sentit soudain très bête, comme un jeune garçon qui vient de chiper un pot de miel dans LE placard interdit et se fait surprendre. Il balbutia :
- Je… Je ne suis pas si mal élevé. Je ne mange jamais autant d'habitude, vous savez. C'est juste que…
- Monseigneur sera content d'apprendre que vos avez retrouvé bon appétit. Il s'inquiétait tellement ! Il a commandé ces mets tout spécialement pour vous il y a une semaine déjà, mais c'est très difficile d'obtenir ce genre de choses ici, alors ça a pris beaucoup de temps…
Mû réfléchit longuement à ces paroles, et à ce qu'elles sous-entendaient. Rhadamanthe, vraisemblablement, n'avait cessé de l'avoir à l'œil tout ce temps, alors qu'il pensait avoir affaire à un hôte hautain et indifférent. En y repensant bien, Mû se rendit compte de tous les petits détails qu'il n'avait jusqu'alors qu'attribué au hasard : les rideaux sombres dans sa chambre ajoutés hâtivement pour son séjour… Le calme inhabituel qui régnait dans ce couloir-ci pendant la journée, alors que le reste du château grouillait de bruit… Les spectres qui étaient venus le voir directement pour ses erreurs de réparation sans aller se plaindre une seule fois à Pandore… Tout, jusqu'à la discrétion et au respect inattendus du Juge, tout n'était que délicates attentions à son égard…
Ainsi Rhadamanthe a tout organisé pour rendre ma vie ici le plus agréable possible… Je ne l'ai même pas remercié une seule fois ! Je l'ai ignoré, persuadé qu'il n'avait que mépris pour moi… Hier, il m'a défendu face à Pandore, et a subi un châtiment qui m'était destiné… C'est sans doute pour cela qu'il ne rentre pas. Sa charge de travail a encore été augmentée, en punition de son insubordination… Par ma faute…
Il appela à nouveau la servante :
- Il faut absolument que je parle à Monseigneur. Où puis-je le trouver ?
- Monseigneur vient de rentrer. Il se rafraîchit et vous rejoint tout de suite, a-t-il dit.
L'instant d'après, en effet, le Juge venait prendre place à l'autre bout de la grande table seigneuriale, les cheveux encore humides et le regard sombre.
- Bonjour, Mû.
- Rhadamanthe ! S'exclama le bélier. Puis il se tut, intimidé par les prunelles dorées qui brillaient soudain d'un éclat inattendu.
- Oui, Mû, qu'y a-t-il ? Demanda le spectre d'une voix douce.
- Je… Heu… Je voulais te remercier pour ce repas. Je ne m'y attendais pas du tout, c'est très aimable de ta part.
- Oui, Gisèle m'a dit que tu t'étais régalé. J'en suis ravi, répondit Rhadamanthe en se servant à son tour, plus que généreusement.
Il commença à manger, laissant ces saveurs inédites taquiner son palais, analysant avec intérêt ces nouvelles sensations gustatives. Il allait se resservir lorsqu'il sentit le regard de Mû posé sur lui, insistant. Il le regarda, intrigué.
- Tiens, tu ne prends pas de dessert ? Tu dois être fatigué et pressé d'aller te reposer, pourtant ?
- Je voulais te dire… Merci.
- On en a déjà discuté hier, Mû. Ce n'est pas la peine de revenir là-dessus. J'aurais agi ainsi avec n'importe qui, même s'il s'était s'agit de votre ridicule chevalier des poissons C'est une question de principe, dit le Juge en haussant les épaules. Inutile donc d'en faire une affaire personnelle.
- Tu as eu beaucoup de travail, cette nuit ? Questionna Mû gentiment.
Rhadamanthe étrécit les yeux et fronça les sourcils. Le bélier commençait à l'intriguer sérieusement.
- Mais enfin, que se passe-t-il, Mû ? Il t'est arrivé quelque chose aujourd'hui, c'est ça ?
- Non, absolument pas, se hâta de dire le bélier. Mais tu rentres tard, et je m'inquiétais. J'espère juste que tu n'as pas écopé d'une punition quelconque.
Le Juge ouvrit de grands yeux. Quoi, c'était son invité, d'ordinaire si indifférent qui venait de lui dire ça ? Il se leva pour rejoindre le bélier à l'autre bout de la table. Mû le regarda, étonné et vaguement mal à l'aise. Avait-il fait une erreur en exposant ses craintes à ce guerrier si redoutable ?
- J'espérais qu'un jour tu ne me regardes plus avec cet air froid et ces yeux résignés, dit le spectre, se fendant d'un sourire grimaçant. Qu'est-ce qui a changé, dis-moi ?
- Je… J'ai compris que tu n'étais pas un ennemi. Ce repas… C'est si gentil d'y avoir pensé... Murmura Mû, gêné de sentir le souffle chaud du spectre dans son cou.
Rhadamanthe éclata de rire. Le bélier rougit, furieux de ne pas être pris au sérieux, et se retourna d'un bloc. Mais le regard amical et chaleureux que le spectre lui renvoya le rassura. Il s'enhardit et confia d'une toute petite voix :
- Je regrette de ne pas l'avoir réalisé plus tôt. J'ai été affreusement désagréable, non ?
- Non, Mû, répondit le spectre tendrement. Tu as amené tant de douceur et de sérénité dans cet endroit qui en avait tellement besoin… Je regretterai de te voir partir… J'aurais aimé… Apprendre à mieux te connaître…
- Moi aussi, Rhadamanthe. Peut-être pourrons-nous rester amis ?
- Je l'espère, souffla le Juge.
Il se pencha lentement sur le tibétain qui, surpris, le laissa faire sans comprendre. Le baiser fut léger, à peine un effleurement, mais Rhadamanthe se redressa, les yeux pétillants, comme rafraîchi. Mû passa un doigt tremblant sur ses lèvres rosées et ses grands yeux verts rencontrèrent ceux, dorés, du spectre.
- Je… Heu…
- J'aurais du m'en douter, laissa tomber Rhadamanthe avec un sourire triste. Tu as déjà quelqu'un, n'est-ce pas ?
- Heu… Non, mais pas encore, en fait… Mais j'aime quelqu'un, et j'ai l'intention de le lui dire, quand je retournerai au sanctuaire.
- Dommage. Mais tu mérites peut-être mieux qu'un spectre d'Hadès, en définitive Dis-moi, qui est-ce ? Je le connais ? Demanda le spectre en s'asseyant à côté de Mû et en piochant un fruit dans une corbeille.
Mû hésita. Rhadamanthe pencha légèrement la tête et haussa les sourcils.
- Je ne suis pas du genre à être indiscret. Et puis je croyais qu'on était amis maintenant ?
- Je… Je sais, excuse-moi. C'est Shura.
- Shura ? Réfléchit le spectre à voix haute. C'est le Capricorne, n'est-ce pas ? Celui qui a une épée dans le bras ?
Mû acquiesça. La corbeille de fruits le tentait furieusement depuis que Rhadamanthe avait attiré son attention dessus. Il tendit la main et mordit rêveusement dans une pomme rouge à souhait. Shura, qu'est-ce que tu fais en ce moment ? Est-ce que tu dors encore ? Est-ce que tu t'entraînes ?
Rhadamanthe observa le bélier et se mordit rageusement la langue. Il en était arrivé à être très attaché à son invité et aurait souhaité pouvoir le serrer contre lui, se draper dans cette magnifique chevelure mauve, recueillir ses baisers et laisser son empreinte sur cette peau diaphane… Mais au-delà de ce corps parfait, c'était aussi la personnalité du bélier qu'il aurait aimé avoir toute à lui, il aurait voulu assister à son abandon, à l'éclosion de sa confiance et de son besoin en lui, Rhadamanthe… Trop tard… Tu as perdu…
- J'ai une bonne nouvelle pour toi, annonça-t-il alors d'une voix un peu trop froide. J'ai reçu un ordre de Sa Majesté Pandore cette nuit. Tu as deux jours de vacances, avec autorisation de te reposer au sanctuaire si tu le désires. En outre, tu auras un assistant pour te permettre d'achever ton travail avant la fin du mois.
Le chevalier releva instantanément la tête, et ses yeux se mirent à briller. Le spectre sentit la brûlure douloureuse de la jalousie courir dans ses veines. Il se força à rester calme.
- Je… Je peux rentrer ? C'est vrai ?
- Pour deux jours, oui.
- Et quelqu'un viendra m'aider pour la réparation des surplis ?
Le spectre hocha la tête affirmativement.
- Qui ?
- Moi. J'ai passé mes dossiers à Rune, et c'est pour ça que je suis rentré plus tard aujourd'hui.
Le bélier le regarda, ne cachant pas sa surprise.
- Oh, ne fais pas cette tête-là ! Je ne vais pas te manger !
- Mais c'est que… Tu as déjà un métier très difficile.
- Plus maintenant. Tu dois me former afin que je puisse remplacer le réparateur habituel qui a été expédié au cocyte pour son incompétence. Je suis démis de mes fonctions, annonça-t-il d'une voix amère. Dorénavant je ne suis plus Juge. A la fin du mois je déménagerai dans l'aile sud du château,
- Mais… C'est impossible ! Toi, le meilleur combattant des Enfers ! Ils ne peuvent pas te faire ça !
- Si, ils le peuvent.
Mû regarda son nouvel ami avec pitié. Envolé, cet air hautain ! Le redoutable Wyvern retombait en bas de l'échelle, avec pertes et fracas… Il posa une main compatissante sur l'épaule crispée. Le spectre se dégagea avec humeur.
- Je ne veux pas de ta pitié Mû, ni de celle de quiconque, d'ailleurs ! Siffla-t-il. Je ne m'abaisserai pas à ce point !
- Je suis désolé. Ils vont bientôt se rendre compte de leur erreur et tu seras réhabilité, j'en suis sûr !
- Ca m'étonnerait, ragea Rhadamanthe, les poings serrés. Mais ils ne me prendront pas ma fierté et mon honneur de spectre ! Et puis, dit-il en éclatant d'un rire affreux, Gisèle restera ma domestique, tu sais, elle continuera à me préparer de bons petits plats ?
Aioros poussa un cri étouffé. Ca y est, IL était enfin arrivé ! Sion avait tenu sa parole, et tout rentrerait bientôt dans l'ordre.
Athéna, mais comment va donc réagir Aiolia ? Je suis sûr qu'il n'a pas écouté un seul mot de ce que je lui ai expliqué ! Vite ! Athéna, faites que je n'arrive pas trop tard !
Il s'échappa de la douce étreinte de Sion et, sans un regard pour lui, se précipita vers le temple du lion…
Aiolia, couché dans son lit, contemplait d'un œil morose les plis de ses draps. Le monde était devenu gris et vide de sens. A quoi bon se lever ? Pour quoi faire ? Mes amis ne peuvent pas comprendre…
Les repas de Camus ne le réconfortaient plus, il n'avait plus d'appétit. Ses compagnons, avec leurs mines faussement enjouées, le renvoyaient encore un peu plus à ce sentiment de perte irrévocable qui l'étreignait depuis la fuite d'Angelo…
Aioros, avec son inquiétude et son attitude protectrice, lui devenait insupportable… Il lui avait parlé un nombre incalculable de fois à travers la porte, et avait été jusqu'à glisser des petits mots par en dessous. Mais à chaque fois le lion avait enfoui son visage dans les oreillers, et les messages s'étaient accumulés en un petit tas auquel il n'avait pas prêté la moindre attention…
Il laissa son estomac gronder son mécontentement et sa mâchoire béer mollement. Plus rien n'avait d'importance… Il leva ses yeux hagards vers la fenêtre en entendant un léger sifflement. Il avait l'impression de projeter son regard à travers un long, long tunnel, qui lui offrait un aperçu trouble et faussé du ciel si bleu de la Grèce. Bleu comme SES yeux…
Il s'agita pourtant, sur le qui-vive, et tenta d'ignorer cette sensation de désastre imminent qui le taraudait depuis plusieurs heures. Quel était donc ce picotement qui courait le long de sa colonne vertébrale, jouant avec ses nerfs déjà à fleur de peau ? Cette attente douloureusement éprouvante avait progressivement accéléré les battements de son cœur, jusqu'à ce que le sang lui batte aux oreilles, impitoyable martèlement de tambour… Il va se passer quelque chose… C'est une certitude…
Il repoussa les draps moites et s'assit au bord du lit. Voilà que ces vertiges recommençaient… Mauvais, ça… Pensa-t-il avec détachement… Il avait conscience de son état lamentable, mais ne se pensait pas dans un tel état de faiblesse. Et alors ? On a plus besoin de moi ici… Angelo ne reviendra pas… A quoi bon faire encore des efforts ?
A ce moment précis, son cerveau explosa dans une myriade de points lumineux, avec cette prise de conscience soudaine : L'armure du cancer quittait le quatrième temple ! Il avait été en assez proche contact avec elle pour ressentir la moindre de ses réactions, son cœur battant depuis des mois au même rythme que celui de son trop cher propriétaire…
Et n'était-ce pas le cosmos d'Angelo qui venait de se manifester, à l'instant ? Cette puissance, cette aura ténébreuse liée au monde des morts… Et pourtant, cette différence subtile dans ces ondes si familières le troublait… C'est peut-être son voyage qui l'a changé… Angelo ! Tu es revenu ! Enfin ! Je savais que tu ne me laisserais pas tomber ! Attends-moi, j'arrive, mon amour !
Il se leva lentement, se retenant au mur pour ne pas tomber. La chambre tournait, et ses jambes ne le portaient plus qu'avec peine. Il faut… Il faut que je le voie…
Il progressa prudemment jusqu'à la porte, tourna la clé qui résista à ses efforts un bon moment, et s'engagea en se retenant aux meubles et aux tentures, vers le temple voisin…
Le petit cortège atteignit le quatrième temple. Dokho et Luigi marchaient toujours en tête, discutant de choses et d'autres. Le sicilien examina un moment le salon du cancer, songeur, détaillant avec curiosité l'ameublement sobre et les tapis sombres que son disciple avait disposés avec goût. Les chevaliers retinrent leur souffle, comme le regard vert du sicilien glissait sur les murs de pierre ornés de leurs trophées macabres, et se voilait furtivement de tristesse.
- Tout a bien changé, depuis que je suis parti… Murmura-t-il.
- Viens, ne nous attardons pas, le pressa Dokho. Le temps presse.
Alors qu'ils approchaient du temple du lion, un hurlement de rage les accueillit. Stupéfaits, ils découvrirent Aiolia effondré sur le flanc dans les escaliers, tremblant de faiblesse et couvert de sueur, qui dardait sur eux des prunelles flamboyantes.
- Qui es-tu ? Sale imposteur ! Retire immédiatement cette armure !
- Aiolia, attends, tu ne comprends pas ! S'exclama Dokho, alarmé par cette réaction violente.
- Il a sur le dos l'armure d'Angelo ! Il n'a pas le droit ! Comment Sion a-t-il osé faire ça ? Et comment avez-vous pu accepter cela, vous tous ? Et vous vous disiez ses amis, et les miens ? Traîtres ! Des traîtres, tous tant que vous êtes ! Vous n'avez même pas été capables de l'attendre ! Je vous hais ! Cracha-t-il, méprisant.
Les chevaliers d'or, un peu en retrait, contemplaient la scène avec consternation. Ils n'avaient pas vu le lion depuis plusieurs jours et n'arrivaient presque pas à le reconnaître. Non, cette silhouette négligée aux os saillants, cette épave, échouée sur les marches, au teint grisâtre, aux yeux exorbités et à la voix plaintive n'était définitivement pas le chevalier du lion !
Luigi, lui aussi, contempla avec stupeur cet homme malade et à moitié nu, qui l'invectivait avec tellement de hargne. Mais ce qu'il lut dans le regard à moitié fou du jeune homme amena une expression de douleur sur ses traits basanés. Il écarta Dokho qui essayait de l'entraîner et renvoya sans mot dire l'armure du cancer dans sa maison. Enfin, il s'approcha doucement d'Aiolia, et s'agenouilla à ses côtés. Le grec se redressa tant bien que mal et essaya de le frapper, mais le sicilien l'arrêta facilement.
- Je ne vais pas prendre la place de ton ami, expliqua-t-il doucement. Mais je suis son maître, c'est pour cela que l'armure m'a reconnu. Je retrouverai Angelo et je te le ramènerai bientôt.
Aiolia sentit ses yeux s'embuer et il secoua farouchement la tête, refusant d'exposer ainsi sa faiblesse à un étranger. Deux perles brillantes s'envolèrent, et il détourna le visage, se mordant les lèvres jusqu'au sang.
- Aiolia ! Je vais tout t'expliquer !
Aioros vint prendre son jeune frère dans ses bras et l'aida à se redresser. Le lion se laissa faire, étourdi et incapable de vraiment comprendre ce qui se passait. Tout ce qu'il avait compris, c'est qu'un inconnu avait revêtu l'armure d'or d'Angelo, avant de la congédier et de lui promettre de lui ramener son amant. Tout était flou, il ne savait plus…
- Je ne comprends pas… Murmurait-il. Je ne comprends pas…
Le sagittaire, le cœur brisé, le souleva et l'emmena à l'intérieur du temple. Il le déposa avec précaution sur le sofa, fit couler un bain parfumé et choisit des habits propres dans l'armoire.
- Je vais prendre soin de toi…
Dokho introduisit le sicilien dans le palais et se tourna vers les autres saints qui les avaient suivi fidèlement, poussés par la curiosité.
- Nous, nous attendons ici.
Luigi examina la salle majestueuse qu'il n'avait plus vue depuis si longtemps, et marcha fièrement jusqu'au trône.
- Grand Pope, dit-il en mettant genou en terre.
- Luigi, enfin ! Viens, ne reste pas là. Tu veux un thé ?
- Un café, plutôt, si vous en avez.
- Bien sûr ! S'exclama Sion.
Ils s'installèrent confortablement dans deux fauteuils rembourrés et se jaugèrent du regard un long moment. Puis Sion se décida à rompre le silence :
- C'est toi qui a effacé les archives, n'est-ce pas, Luigi ?
Le sicilien sourit légèrement et acquiesça.
- Pourquoi as-tu fait cela ?
- Angelo avait déjà assez souffert quand il était enfant. Je voulais protéger sa vie privée.
- Tu as changé d'avis, on dirait, sinon tu ne me confierais pas tout cela maintenant ?
- J'ai vu cet homme, le lion. Aiolia, c'est cela ?
Sion l'observa, intrigué.
- Tu l'as vu, soit. Et alors ?
- J'ai compris pourquoi vous m'avez fait appeler. Il faut qu'Angelo revienne au sanctuaire. Pourtant…
- Pourtant… ? L'encouragea Sion.
- Je ne croyais pas cela possible, que mon élève réussisse à s'attacher de nouveau à quelqu'un. C'était plus une machine à tuer qu'autre chose quand il a quitté la Sicile, à l'époque.
- Il t'a laissé la vie sauve, néanmoins ? C'est très inhabituel, n'est-ce pas ?
Hochement de tête de Luigi.
- Que s'est-il passé ?
- Lors de l'épreuve de passation de l'armure, il a résisté mieux que moi à l'appel envoûtant du repos éternel, devant le puits des morts. Il avait une telle volonté de vivre ! Le premier disciple depuis des années qui réussissait à surmonter son passé et sa douleur, qui parvenait à égaler ma puissance ! Je l'ai admiré… Au moment où je m'apprêtais à tomber, je lui ai dit … Je lui ai dit qu'il m'était devenu plus cher qu'un fils. Que j'étais fier de mourir de sa main. Et il m'a rattrapé alors que je me laissais glisser. Là, j'ai compris que j'avais réussi à sauvegarder un germe minuscule mais bien vivant d'humanité en lui…
- Il a beaucoup changé depuis notre retour de la guerre. Et Aiolia a réussi à dévoiler au grand jour sa personnalité cachée, dit Sion.
- Chez les cancers, tous les chevaliers ont un rapport étroit avec la mort, car ils sont choisis en fonction des épreuves difficiles subies dans l'enfance, et où ils ont souvent été confrontés à des pertes précoces et dans des circonstances particulièrement tragiques. C'était un enfant blessé. Il avait juste appris à se protéger en se cachant derrière un masque. Vous avez bien fait de m'appeler. Je le retrouverai.
- Merci, Luigi.
- Je vous l'ai dit, je l'aime comme un fils. Je suis ce qui ressemble le plus à un père à ses yeux et je saurai le débusquer, où qu'il se cache, même s'il dissimule son cosmos. Il ne saurait me tromper bien longtemps… Même si je ne suis plus chevalier.
- Qu'as-tu fait de toutes ces années, Luigi ?
- Je suis devenu menuisier, ce qui était en fait de tradition dans ma famille…
Les portes du palais s'ouvrirent, et un garde s'avança au-devant des chevaliers réunis sur le parvis.
- Le Grand Pope charge le chevalier du taureau d'aller chercher le chevalier du lion et invite le reste d'entre vous à se joindre à lui.
Aldébaran disparut tandis que les autres se hâtaient de rejoindre Sion. L'atlante les fit asseoir autour de la grande table et fit circuler thé, café et gâteaux. Le brouhaha se calma momentanément. Saga se lécha les babines en découvrant un plateau de ces profiteroles qu'il adorait. Camus, en souriant, lui en glissa une entre les lèvres et ils s'embrassèrent, partageant le goût amer du chocolat… Shaka et Kanon glissèrent en souriant le petit paquet de thé qu'ils avaient ramené dans la main de Sion qui les remercia chaleureusement.
Ensuite, celui-ci s'adressa à son auditoire d'une voix mesurée :
- Comme vous l'avez deviné, Luigi, le maître d'Angelo s'est engagé à le retrouver et à le ramener au sanctuaire. Le retour du chevalier du cancer ne saurait donc tarder. J'aimerais discuter avec vous des modalités de ce retour.
- Mo… Modalités ? Bégaya Aphrodite.
- Oui, mon chou. Ca veut dire qu'Angelo devra se racheter une conduite, expliqua patiemment Milo.
- Bravo, Milo, tu as le don d'expliquer les choses de façon que même un stupide poisson les comprenne ! Railla Shura.
Il se mit à rire quand deux cookies s'envolèrent dans sa direction. En se penchant à la dernière minute, il évita les projectiles à la grande déception de ses agresseurs.
- Hé ! Bande de sauvages ! On ne vous a jamais dit qu'il ne fallait pas jouer avec la nourriture ? Se plaignit Dokho en s'essuyant la joue.
- SILENCE ! Cria le Grand Pope. Je vous rappelle que l'un de vos amis est au plus mal, et qu'il y a mieux à faire !
- Quel rabat-joie… Marmonna Kanon.
- Que proposez-vous, concrètement, Grand Pope ? Demanda Shaka, très sérieux, comme toujours.
- Un cercueil de glace pour Aiolia en attendant le retour d'Angelo…
- HEIN ? S'écrièrent les chevaliers d'or tous en chœur.
- … Dans le but de le protéger, de ménager sa santé chancelante et ses nerfs déjà éprouvés à l'extrême.
- Mais… Je refuse ! Protesta Camus. Et Aiolia, là-dedans ?
- Sion n'a pas tort, Aiolia n'est plus en état de supporter quoi que ce soit. Vous l'avez vu comme moi tout à l'heure, commenta Dokho.
- De toutes façons, avec toi, il aura toujours raison, Sion ! Cria Aphrodite, indigné.
- D'un autre côté, ce n'est pas grâce à nous qu'il s'en sortira, malheureusement, puisqu'il refuse dorénavant toute aide… Murmura Saga. Et on ne sait pas combien de temps il devra encore attendre le retour de son italien.
- D'autant plus qu'Angelo peut très bien avoir fait une croix sur lui… Dit pensivement Kanon.
- Doudou ! Je t'en prie ! Protesta Shaka avec véhémence. Je sais mieux que personne à quel point Angelo y tenait, à son lion. Il fera ce qu'il faut pour le reconquérir, j'en suis absolument certain.
- Je suis d'accord, acquiesça Shura. Je connais Angelo et je sais qu'on peut lui faire confiance.
- Il ne nous décevra pas, approuva Milo. Il dissimule, avec soin, je l'admets, une indéniable grandeur d'âme. Comme ce jour, où il a pris sur lui pour venir me dire qu'Aphrodite m'aimait, s'efforçant de cacher sa déception et ses regrets.
- Je vois, dit Camus, amer. Vous êtes tous contre moi. Je ne suis pas d'accord, mais je m'incline puisque vous êtes convaincus du bien-fondé de vos intentions.
A ces mots, les portes s'ouvrirent et tous se regardèrent gravement. Aldébaran s'avança, portant un Aiolia désormais lavé et rasé de frais, mais à l'air perdu et plus fragile que jamais. Aioros, en silence, rejoignit son amant qui lui ouvrit tendrement ses bras.
- Aldébaran, j'aimerais te demander quelque chose, intervint Shura d'une voix altérée. Tu peux poser Aiolia une minute, s'il te plaît ?
Le géant s'exécuta et le pauvre Aiolia tenta de se maintenir debout seul, vacillant dangereusement. Camus, le visage fermé, repoussa sa chaise et se dressa face à lui, très raide. Le lion, soudain vaguement conscient de cette tension, presque palpable, essaya d'accommoder son regard. Il rencontra les yeux verts de son frère, où des larmes se pressaient.
- Qu… Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Pardonne-moi, petit frère… Souffla le sagittaire.
Les pupilles du lion, chargées d'incompréhension, se dilatèrent légèrement et, nerveux, il recula d'un pas devant le bras levé de Camus.
- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu fais ?
La puissance jaillit, aveuglante, et Aiolia leva un bras, en position de défense.
- Camus ! Non !
Mais déjà le cosmos du maître des glaces l'enveloppait, et le souffle froid achevait de saper ses dernières forces. La glace le figea alors qu'il s'effondrait, inanimé… Inexorablement, le cercueil prit forme et substance autour du chevalier du lion, sous le regard impassible de Camus.
Aldébaran, pris au dépourvu, poussa un cri indigné mais, respectant la volonté de ses pairs, resta immobile, les poings serrés. Shura posa une main compatissante sur son épaule, mais sa mâchoire crispée le trahissait.
Lorsque Camus abaissa son bras, l'atmosphère dans la salle était pesante, et tous les chevaliers retenaient leur souffle. Saga s'approcha doucement de son amant et entoura sa taille mince de ses bras protecteurs. Le verseau, anéanti, se laissa aller contre lui en tremblant.
- Je n'ai jamais rien fait d'aussi dur, excepté avec Hyoga… Soupira-t-il.
De son côté, Aioros ne cachait pas ses larmes et sanglotait, épuisé, sur le torse de Sion.
- Mon pauvre petit frère… Si Angelo ne revient pas très vite, je ne le supporterai pas…
Aldébaran se laissa tomber sur son canapé et laissa enfin couler ses larmes. Il n'avait pu se laisser aller à pleurer devant ses pairs qui étaient eux-mêmes déjà bien éprouvés. Il se repassait en boucle le moment où il avait croisé le regard paniqué du lion, à l'instant où la glace le frappait de plein fouet.
Un cosmos apaisant se manifesta à l'entrée et Shura vint aussitôt le rejoindre, silencieux et bienveillant. Le taureau lui fit une place sur le canapé et plia son corps de géant pour reposer sa tête massive dans le giron de l'espagnol.
- Merci, Shura. Merci d'être là.
- Je ne te laisserai pas seul dans un moment pareil…
Mais lui même pleurait en parlant. Ils s'accrochèrent désespérément l'un à l'autre, et, comme par réflexe, leurs lèvres se cherchèrent et fusionnèrent en un baiser amer et salé…
- Oh, Shura, murmura Aldébaran d'une voix cassante, je ne supporte pas de le savoir dans ce cercueil de glace !
- Moi non plus… Hoqueta le capricorne.
Il restèrent un moment blottis, immobiles, jusqu'à ce que leur peine soit atténuée par la chaleur de leur étreinte. Aldébaran souffla à l'oreille de l'espagnol :
- Console-moi, Shura.
- Si, amigo. Venga…
La suite, la suite? Mais oui, allez donc la lire, elle est là!
