Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis qu'ils s'étaient rejoints devant cette porte, attendant des nouvelles, mais Shion n'était pas sorti une seule fois et la jeune apprentie de la sage-femme n'avait pu que confirmer ce qu'ils devinaient déjà. La naissance ne serait pas dans l'immédiat. El Cid se releva en essayant de ne pas réveiller sa fille endormie et s'avança vers ses compagnons.

« Je vais rentrer et aller la coucher. Je crois que nous devrions tous en faire autant », dit-il à voix basse. « De plus, nos compagnes nous attendent chez Albafica, elles doivent s'inquiéter ». Médée remua un peu dans ses bras et soupira dans son sommeil.

« El Cid a raison, vous n'avez pas besoin de rester tous ici. Rentrez vous reposer et vous reviendrez demain pour les nouvelles », acquiesça Hakurei. « De toute façon, je vais rester là cette nuit ». Tous semblaient d'accord. Enfin presque.

« C'est pas raisonnable, enfin à votre âge, Vieux Maître! », dit Manigoldo, un sourire narquois sur les lèvres, dos au mur, les bras croisés derrière sa tête. « Je propose plutôt que tout le monde aille manger un bout et qu'on se relaye toute la nuit.

« Manigoldo... ! » gronda le maître de Jamir. Mais avant qu'Hakurei, vexé, ne lui en envoie une bien sentie, il s'empressa d'ajouter :

- « Et si on vous laisse faire le Pope va nous enguirlander pour ne pas vous avoir empêché.

- Manigoldo a raison, Maître, si vous m'excusez », renchérit El Cid. « Je comprends que vous soyez inquiet pour vos élèves, mais rester toute la nuit dans les couloirs glacés du Palais ne les aidera pas. Il vaut mieux que nous venions à tour de rôle aux nouvelles ».

Bien que cela lui en coûte, Hakurei devait admettre que les jeunes avaient raison. « Très bien, mais je prends le premier tour pendant que vous dînez. Ensuite, Manigoldo reviendra et prendra ma place jusqu'à minuit », dit-il, bien content de voir la mine boudeuse du jeune Cancer. Ils laissèrent donc Hakurei et redescendirent vers la Maison des Poissons et El Cid les invita à manger chez lui, ce que Manigoldo s'empressa d'accepter. Mais le Capricorne remarqua tout de suite qu'Albafica était plus hésitant.

- « Qu'y a-t-il, Albafica?

- C'est ... c'est risqué ». Il se mordit la lèvre.

- « Mais non, tout ira bien. Allez, accepte », dit-il en lui souriant.

Encore un peu réticent, Albafica fini tout de même par accepter. Accompagnés de leurs compagnes, ils descendirent tranquillement les escaliers et, tandis qu'ils cheminaient vers la Maison du Verseau, El Cid en profita pour s'excuser auprès de Gioca de sa mauvaise plaisanterie lors de leur rencontre. Excuse qu'elle accepta volontiers, car elle n'était pas vraiment fâchée.

Pendant que El Cid allait coucher la petite Médée, ils allèrent tous dans la salle à manger, et là, attendant que le repas soit servi ils bavardèrent. Le dîner se passa agréablement, les convives s'échangeant des souvenirs d'enfance et des anecdotes de voyage, se chamaillant parfois, ce qui fit bien rire tout le monde. Puis l'horloge sonna neuf heures.

« Il est temps que tu ailles relever maître Hakurei, Manigoldo », lui rappela El Cid, un petit sourire narquois sur les lèvres. « Rhaa, ça va! Je sais! », ronchonna-t-il. Il n'avait pas du tout envie d'y aller. « Allez, ne traîne pas des pinces, maître Hakurei t'attend », insista El Cid. « J'y vais! » Pas moyen d'avoir la paix. Il se leva en soupirant, puis se pencha. « A toute à l'heure, mia piccola fiamma (1) », dit-il en embrassant une Gioca qui devint rouge comme une pivoine. « Arrête tes bêtises et file! », dit-elle en faisant mine de lui claquer les fesses. Manigoldo l'esquiva en riant. Avant de passer la porte de la salle à manger il se tourna vers El Cid :

- « T'as intérêt à bien t'occuper d'elle, hein !

- Oui, ne t'inquiète pas. Pour qui me prends-tu? », lui répliqua-t-il, amusé de voir Manigoldo si soucieux de sa compagne.

Le Cancer haussa les épaules et quitta la pièce, laissant pour quelques heures ses amis. Un serviteur lui apporta sa veste et le raccompagna jusqu'à la porte menant à l'allée centrale de la Maison du Capricorne. Quatre à quatre, il monta les marches qui menaient au Palais du Pope.

En passant devant les appartements de Sage, Manigoldo s'arrêta un instant, songeant à aller le saluer, mais voyant l'agitation qui y régnait, il renonça. Son maître devait recevoir des invités et attendre son frère, il ne voulait pas le déranger. Il faudrait effectivement qu'il se bouge s'il ne voulait pas qu'il attende trop longtemps. Un peu bougon, il continua de traverser les couloirs du Palais jusqu'à la chambre de Yuzuriha.

Hakurei leva la tête vers lui en entendant ses pas un tantinet traînants. L'humeur de Manigoldo ne s'améliora pas en voyant l'air moqueur de Hakurei.

- « Hé bien! Pile à l'heure! Tu t'améliores, disciple.

- Ouais. Merci, cher maître », dit-il laconiquement en s'appuyant contre un des battants de la porte, les mains glissées dans les poches de sa veste.

- « Bien! Puisque tu es si digne de confiance je te laisse veiller sur mon oiselle. On se retrouve plus tard », dit-il en lui tournant le dos.

- « Ouais, à plus, vieux maître! ».

Une fois qu'il ne fut plus en vue, Manigoldo soupira profondément. Il savait bien qu'il avait donné le bâton pour se faire battre, mais quelle galère! Pourquoi avait-il ouvert sa grande bouche? Pas que ça le dérangeait de veiller sur Yuzuriha, il l'aurait fait même sans qu'on lui demande. Mais là tout le monde en profitait un peu trop pour l'enquiquiner. Ça devenait lourd à la fin!

Assis par terre contre la porte, Manigoldo comptait les serviteurs qui passaient dans le couloir, vaquant à leurs dernières obligations de la journée, écoutant vaguement des bribes de conversations. Il crut comprendre de l'une d'elle que le blondinet de frère d'Athéna était arrivé un peu plus tôt et que Pégase s'était joint à eux. Ce serait donc cela qui occupait son maître? Il en viendrait presque à souhaiter la visite du poney volant pour se distraire tant il s'ennuyait à ne rien faire. Mais ce n'était pas près d'arriver. Le temps passait si lentement. Il détestait rester à ne rien faire. Il s'étira paresseusement tout en baillant et se rencogna contre la porte, concentrant son Cosmos sur ce qui se passait dans la chambre. Ça l'occuperait un peu en attendant la relève.


Le garde referma la porte de la chambre sans un bruit. Le Balrog déposa son sac de voyage sur le sol, regarda autour de lui. Du marbre blanc, des fleurs au parfum suave sur la commode. Le vent secoua leurs pétales colorés, attira le Spectre près de la fenêtre. Il s'y pencha. La vue sur le Sanctuaire était imprenable. De cette ouverture, il embrassait d'un seul regard les 12 Maisons, les arènes, les montagnes aux pentes arides qui entouraient le lieu. Le soleil couchant caressait les colonnes, embrasait les frontons. Les 12 signes de l'horloge du Sanctuaire veillaient sur l'endroit. Pas un bruit de lutte, uniquement le chant crépusculaire des oiseaux. Le calme proche de l'éclat divin. Des coups frappés discrètement à la porte le sortirent de sa contemplation.

« Entrez »

Sa voix résonna dans la pièce. Ce son évoqua un souvenir furtif dans son esprit. Pendant un instant, il entrevit la salle d'audience, le défilé des âmes à ses pieds. Et à ses côtés, l'aura sombre et froide de Minos.

Une servante, évidemment enceinte de quoi ? 6 mois, peut-être 7, entra la tête basse. Elle déposa un plateau chargé de mets, de fruits sur la table près de la fenêtre. Elle allait s'éloigner lorsque la curiosité du Balrog s'éveilla.

« Attendez ! »

Elle sursauta. Les prunelles lilas du procureur se posèrent sur elle. La domestique le regardait craintivement, il pouvait presque sentir l'odeur de peur qu'elle dégageait.

« Dis-moi, toutes les femmes sont-elles donc enceintes ici ? »

Cette question était absurde, mais le Balrog sentait pourtant qu'elle était importante. La jeune femme ne sembla pas s'étonner outre mesure. La crainte lui tenaillait l'âme. Après tout, elle était face à un Spectre, un des ennemis jurés du Sanctuaire et les gardes placés devant la porte ne pourraient rien faire si cet individu aux cheveux blancs décidait de s'en prendre à elle. Elles avaient tiré au sort dans les cuisines pour savoir qui allait apporter son dîner à l'invité indésirable. Elle avait perdu.

- « Toutes. Enfin, sauf 2 Saints.

- Ah bon ? »

Il allait lui en demander la raison, mais elle s'enfuit, visiblement trop effrayée, vers la porte. Le Balrog resta un instant près de la fenêtre, cherchant lui-même la réponse à sa question : Pourquoi ?

Après un regard au soleil disparaissant derrière les montagnes, il s'avança vers le lit, n'accordant au plateau qu'un regard désintéressé. Il passa nonchalamment la main sur le drap de soie. Un sourire se dessina sur son visage. Un dîner, une chambre plutôt accueillante. Le Sanctuaire savait bien traiter ses hôtes.


Les vêtements du Procureur gisaient sur le sol. Manteau, chemise, pantalon emmêlés sur le marbre. Les mains appuyées contre le mur de la douche, Rune laissait avec délice l'eau couler sur lui. Le jet glissait dans sa nuque, effleurait son torse. Des frissons parcouraient sa peau à la caresse du liquide sur son ventre, ses cuisses.

Il soupira. Minos lui manquait. Les mains du Juge sur sa peau, ses griffures. Ses lèvres qui glissaient dans son cou avant que ses dents ne le mordent. Le cuir et les fils de Cosmos qui lui entravaient ses poignets, ses cuisses et lui lacéraient sa peau. L'argenté et ses idées. Oui, même ses tortures lui manquaient. Son corps voulait du sexe et de la violence. Encore.

Sa main quitta lentement le mur, passa sur ses lèvres. L'eau ruisselait plus chaude sur sa peau. Les doigts descendirent de la nuque, glissèrent sur le torse où subsistaient encore des traces de morsures. Ils suivirent les contours des ecchymoses, réveillant la douleur, suscitant les souvenirs. L'envie s'enflamma au creux de ses reins quand il caressa son ventre. Les yeux lilas s'ouvrirent sur le carrelage immaculé de la douche où il sembla entrapercevoir le sourire carnassier tant désiré.

Son esprit se perdait dans les bras de Minos. Il rejeta la tête en arrière, imaginant l'argenté lui agripper les cheveux. Un léger gémissement s'échappa de ses lèvres lorsque la main imaginaire du Juge se superposa à la sienne sur son membre. La chaleur de la douche se mua en souffle chaud de son Juge sur sa peau. Les doigts mêlés commencèrent leurs caresses, le corps du procureur trembla, brûla.

« Minos. Minos. »


Oui, je sais, ce procureur commence à beaucoup m'amuser! A moins que cela ne soit sa dépendance à Minos qui m'intéresse! ^^

(1) Ma petite flamme