Just a bit of Us
Petits rappels concernant la fiction :
Personnages principaux : Draco Malfoy, Harry Potter (ainsi que quelques autres qui sont tous (à quelques exceptions près) tirés des livres de Rowling, qui apparaîtront de temps à autres.).
L'histoire se déroule dans un Univers Alternatif, dans lequel les villes, les personnages, de même que les lieux seront soit tirés des livres, soit de mon imagination, de même que pas mal d'autres éléments, je pense.
Certains personnages peuvent être un peu (voire complètement) OOC, comparés à ceux des livres.
Résumé de l'histoire : Il a suffit d'une seule rencontre, une seule, lors de son enfance, pour que Draco Malfoy sorte de sa torpeur. Mais avec le temps, tout s'en va, et l'oubli frappe toujours. Aujourd'hui, Draco Malfoy est un jeune homme -plus ou moins- accompli et épanoui, profitant de la vie au maximum. Mais il suffira d'une seule rencontre, une seule, pour chambouler son monde, une fois de plus.
Rating : M
Catégorie : Romance, Angst.
Just a bit of Us
Chapitre 11 : Reflections.
Depuis son retour du Ministère hier, Draco n'avait pas pu cesser de penser au dossier Weasley. Il le hantait, il en avait même rêvé la nuit, dans un cauchemar où il était habillé en juge à perruque et où il pointait l'homme du doigt en clamant qu'il était coupable. Il s'imaginait Charlie se lever et hurler sur lui, se faisant retenir par les autres membres de sa famille qui ne possédaient aucuns traits de visage distinct. Son ami le regardait avec tant de haine, jurant que Draco allait le payer, qu'il n'était qu'un connard de première, une saloperie. Il se mettait à pleurer bruyamment, à l'insulter, et sa voix cassait par moment. Le blond s'était réveillé plus troublé et perturbé encore que lorsqu'il avait lu les papiers.
Son père ne lui en avait pas parlé depuis. Il n'avait même rien évoqué du tout, même en récupérant le dossier des mains de son fils. Il lui avait juste jeté un regard suspicieux et sombre mais n'avait rien ajouté. Il ne lui avait pas demandé s'il l'avait lu, il savait pertinemment que c'était le cas. L'excuse de 'l'enveloppe n'était pas entièrement fermée lorsque je l'ai eut' n'avait donc servie à rien, et Draco s'était trouvé bien ridicule après ça. Lucius semblait n'en avoir rien à faire. Il avait cependant dit à Draco de ne pas se mêler d'affaires d'adultes, d'affaires qui le dépassaient. Son fils n'avait ensuite même pas essayé de pousser la conversation plus loin et s'était tu pendant tout le chemin du retour jusque Bernett.
Lucius l'avait déposé au bas de son immeuble puis était reparti en lui disant un simple au revoir, sans aucune marque d'affection particulière. L'homme vivait assez loin et c'était quelque chose que son fils oubliait encore parfois. Son père prenait la peine de faire des heures de route pour lui et de l'emmener dans des lieux et réunions importants, et Draco s'estimait avoir beaucoup de chance d'avoir un père tel que lui. Mais bien sûr il ne l'avouerait jamais.
Il fut arraché à ses pensées en entendant une voix agacée. Il leva les yeux, la tête reposée sur sa main, et regarda d'un air las les gens face à lui. Il n'était pas attentif au cours, une fois de plus. Il avait somnolé, une fois de plus. Quand était-il entièrement présent dans un cours, vraiment ? Beaucoup d'élèves avaient leur tête tournée vers lui. Ses yeux gris parcoururent brièvement leur visage et il se retint de gonfler les joues d'ennui. Il se doutait qu'une question venait de lui être posée, et il savait surtout qu'il ne l'avait pas entendue et qu'il s'en cirait royal, comme l'aurait dit Pansy. Qui sait depuis combien de temps la professeure attendait sa réponse ? S'il ne répondait pas, cependant, il passerait pour un idiot qui décrochait du cours avec une trop grande facilité. Il répondit alors avec la plus grande logique qui fut :
« Je ne sais pas. »
Au moins, il était sincère, il ne savait juste pas de quoi on parlait. Et il ne voulait surtout pas dire quelque chose à côté de la plaque. Il se tourna vers Cho à sa gauche.
« Qu'est-ce 'elle a d'mandé ? », il demanda sans articuler.
Cho chuchota : « Si tu te sentais bien. Elle t'a sollicité plusieurs fois mais tu es resté silencieux à chaque fois. »
Leblond pinça les lèvres et se tourna vers la bonne femme. Il inspira en se redressant, se raclant la gorge. Pourquoi est-ce qu'il pensait toujours à autre chose plutôt qu'à la classe ? Maintenant les autres pensaient certainement qu'il était lent. Il ouvrit la bouche :
« Changement de réponse : tout va bien. C'est juste que je n'avais pas entendu la question et que je ne voulais pas prendre le risque de répondre quelque chose qui n'avait aucun rapport. » Il sourit d'un air innocent, ses yeux seulement de moitié ouverts. La fatigue le minait. « Je crois que je suis un peu dans les nuages, aujourd'hui, haha. »
La professeure, Madame Chourave, hocha la tête et sourit également. « Tant mieux. S'occuper d'élèves malades en classe est une plaie, alors vous m'en voyez ravie ! Mais continuons. Puisque vous avez retrouvez vos esprits, Monsieur Malfoy, je vais vérifier que vous avez bien lu le texte sur lequel nous allons travailler aujourd'hui. »
Draco ouvrit légèrement la bouche et se tourna instantanément vers Cho avec horreur, lui demandant avec un regard de quoi la femme parlait. La chinoise lui fit un clin d'œil qui semblait vouloir dire 'je m'occupe de ça'. Draco haussa les sourcils. Depuis quand Cho faisait ce genre de choses ?
« Excusez-moi, Madame, » elle commença. « Il n'a pas pu être mis au courant. Il n'était pas là hier alors il n'a pas pu lire. »
Chourave ne sembla pas lui accorder la moindre attention : « D'après l'introduction que vous deviez lire, de quoi parle le livre Sa majesté des mouches ? »
Draco se retint de soupirer. Pourquoi est-ce que ça tombait toujours sur lui, pile quand il n'était pas préparé ?
Il réfléchit. « Sa majesté des mouches. Hum, William Golding. »
Chourave haussa un sourcil. « Mais encore… ? »
Draco toussota, en essayant de gagner du temps. « Eh bien, c'est une longue histoire, vraiment… (Cette fois il soupira.) Elle parle de la vie d'un groupe de garçons ayant survécu à un crash d'avion sur une île déserte. Ils vont par la suite tenter de s'organiser et de créer une sorte de communauté, de… société, en appliquant ce qu'ils connaissent du monde des adultes, de ses schémas et de ses normes. Mais comme on peut s'y attendre, la vie d'adulte n'est en rien la même qu'une vie d'enfant, et la communauté ne tient pas. Des querelles naissent dans le groupe et la société se meut en une sorte d'organisation sauvage. La violence s'installe peu à peu et devient une vraie part de l'histoire. S'en suit une véritable scission entre les enfants. Deux des garçons, Ralph et Jack se retrouvent ennemis et deviennent les chefs de deux clans distincts. Ralph mène celui d'enfants à peu près civilisés et Jack, au contraire, représente le côté animal et se comporte, ainsi que les membres de son groupe, de manière extrêmement brutale, comme des fauves sanguinaires.
« Le clan de Jack vit de la chasse aux cochons sauvages, et c'est même devenu une grande passion pour leur chef. Il fait des offrandes de ses proies, et les donne au ''Monstre'', dans des procédés cruels, contradictoires à ce qu'on peut imaginer des enfants faire. Il égorge une truie, et la dépèce devant son groupe, par exemple. Ensuite, comme on peut s'y attendre, les deux clans s'affrontent avec beaucoup de violence et c'est vraiment là que tout vole en éclat. Ça devient une vraie guerre, c'est un vrai enfer.
« Lorsqu'ils sont finalement secourus, ils ont tout de vrais sauvages, leur aventure les a transformé. Ils réalisent tout le poids de leurs actions qui ont tout tourné en cauchemar. Des enfants sont morts, et pas de la meilleure manière. Enfin, je pense qu'il n'y a aucune bonne manière de mourir, mais... On n'associe généralement pas les enfants à l'image de meurtriers.» Draco se tut.
Chourave hocha la tête, semblant être d'accord avec la dernière phrase de Draco. Elle sourit ensuite :
« Je ne pensais pas que vous parleriez du livre entier, mais au moins ça peut expliquer certaines choses pour ceux qui n'ont pas lu le texte… (Elle scanna les élèves avec un regard sévère.) Je vais finir par croire que vous avez déjà lu tous les livres dont je comptais vous parler jusqu'aux vacances de Décembre ! Je me dois d'être d'accord également avec votre conclusion. Une très mauvaise fin. »
A la droite de Draco, Victoire lui murmura un : « Fayot ! » moqueur.
Le blond la regarda avec un sourcil haussé et un sourire en coin suffisant avant de se re-concentrer sur le cours. Au moins, ça lui avait permis de penser à autre chose qu'aux extorsions d'argent. Et puis Sa majesté des mouches était un sujet plutôt sympa, alors il écouta même avec attention et participa à quelques reprises, ce qui était rare. Lorsqu'il parlait, c'était généralement pour bâcher les professeurs, mais pas aujourd'hui. Alors il se dit que c'était un cours très agréable et productif.
(…)
Draco posa son sac par terre, enleva ses chaussures et s'effondra avec fatigue sur le canapé de Charlie. Le roux le rejoignit quelques instants plus tard, s'asseyant et repliant une jambe sous lui. Il regarda Draco avec étonnement. Il avait l'air complètement lessivé et lorsqu'il le vit bailler il se dit que ce n'était pas qu'une impression. Il n'avait même pas l'air d'avoir la force de bouger. Il se tenait immobile, assis comme une larve. Charlie l'examina. Il avait des cernes sous les yeux, l'un d'eux menaçait de se fermer, et puis ses cheveux étaient décoiffés. La manche droite de son pull était retroussée et froissée, ses jambes écartées, et il portait des chaussettes avec des furets stylisés dessinés dessus. Ses mains posées de chaque côté de ses cuisses étaient inertes et il poussa un long grognement.
Charlie regarda à nouveau son visage. « J'imagine que ça veut dire que t'as passé une mauvaise journée ? », il demanda.
Draco répondit sans grande conviction : « Peut-être… Je suis rempli de pensées et d'interrogations, et j'avoue de pas y trouver de sortie ni de réponses. (Il tourna sa tête vers Charlie et sourit lentement.) Rien de bien intéressant. A un tel point que j'en n'ai parlé à personne. »
Le roux l'observa à nouveau. « Tu voulais juste pas te faire inonder de questions par la suite, c'est ça ? (Draco acquiesça.) Ah, je connais tellement ça ! C'est pour ça que je raconte quasiment plus rien à personne. »
Draco pensa immédiatement au vol d'argent. « Si tu savais quelque chose d'important ou si tu avais un secret, tu me le dirais ? »
Charlie fronça les sourcils face à cette subite question. « Ben… Tout dépend de ce que tu veux dire par important. Et puis, j'ai pas de secret. Et si j'en avais, non, je le dirai pas. Un secret, ça s'appelle comme ça pour une raison. »
Draco hocha lentement la tête. « Ah, ouais. » Il se tut un instant. « Mais quand même... On est amis, non ? », il demanda avec hésitation.
Charlie le regarda avec suspicion. « Heu, ouais, bien sûr. Mais ça veut pas dire que je dois tout te dire. Pourquoi est-ce que tu demandes ça ? »
Draco le regarda, longtemps, et haussa les épaules. « Est-ce que j'ai quand même le droit de savoir pourquoi on essaie de te tirer les vers du nez quand tu parles d'un sujet sensible ? »
Charlie sourit légèrement. « Je dirais pas qu'on me force à ce point. En fait, c'était surtout lorsque j'étais plus jeune. Bill était souvent à la maison, alors quand mes parents travaillaient, il s'occupait de moi. Et il s'inquiétait toujours parce que j'étais ce qu'on pourrait appeler un 'adolescent à problèmes'. Il voulait pas que je fasse n'importe quoi. Je crois que parfois, il avait honte de m'avoir comme frère. Alors à la longue, je me faisais discret à la maison. Bon, je faisais quand même des conneries, évidemment, mais personne chez moi n'en savait rien. C'était sans doute pas le choix le plus intelligent mais au moins j'avais la paix donc je pouvais faire mes petits trafics tranquille. Et puis au revoir les questions suspicieuses auxquelles je ne pouvais et ne voulais pas répondre. (Il avait un air pensif.) Mais toi c'est pas pareil, j'imagine. »
Draco bougea finalement, repliant également une jambe sous lui pour faire face à Charlie. Il sourit avec un air moqueur. « Un ado à problèmes, hein ? Mais quel petit délinquant, quel grand fou ! (Il ricana.) Enfin bon, au moins tu as arrêté. Moi, par contre, je suis un humain à problèmes. Mais cette fois j'ai rien fais de mal. Je crois. C'est compliqué et je dormirais bien mieux si j'avais pas ça en tête. Mais assez dit ! Toi, comment ça va, depuis lundi ? Mieux ? »
Charlie haussa lentement une épaule, baissant les yeux et reposant son coude sur le dossier du canapé. « Ouais… J'imagine que y'a de l'évolution. Enfin, c'est toujours douloureux, je vais quand même pas bondir de joie après même pas une semaine. Une rupture, c'est… Enfin, surtout quand ça a duré longtemps. Mais je ne prévois plus de me suicider, si c'est ce que tu me demandais implicitement. (Il soupira avec exaspération.) Je sais même pas comment j'ai pu penser à ça. C'est pas la première fois qu'on me plaque, en plus. Mais c'est la première où ça m'a fait aussi mal au cœur. Je me suis senti tellement coupable, tu sais. De pas l'avoir… satisfaite. Parce que, soyons honnête, si je l'avais fais, elle serait pas allée voir ailleurs. »
Draco grimaça. Il n'allait pas mentir : c'était le genre de chose qui se passait très souvent. Il était lui-même tombé sur des hommes ou des femmes qui n'étaient pas satisfaits par leur partenaire et qui vagabondaient ailleurs. Le sexe, c'était quand même quelque chose. Mais il savait que ce n'était pas que de ça dont le roux parlait. Il parlait de satisfaction générale, et pas de sexualité à part entière. Lorsqu'il vit la mine soudainement grise de Charlie, il dit d'une voix calme :
« Hey, faut pas que tu penses que c'est de ta faute, ça l'est pas forcément. Peut-être qu'elle était juste… vraiment amoureuse. » Il se rendit compte que ça n'avait pas du tout aidé et que Charlie avait l'air encore plus démoralisé. « Mais sinon, on change de sujet ? Ok, cool. Donc, hier, comme tu le sais, j'ai été voir Fudge. On a joué au croquet, et j'ai rencontré quelqu'un là-bas. Et tu sais quoi ? (Charlie répondit par la négative.) Eh ben c'était le mec qui m'avait recalé au bar ! Eh oui ! Avec ses airs de Monsieur-je-suis-le-meilleur, insupportable. Il a essayé de me faire rater mon jeu, et il s'est moqué de moi. Ensuite il m'a harcelé quand je mangeais, il s'est incrusté à ma table et s'est mis à me traiter de menteur, et tout.(Il leva les yeux au ciel avec une exclamation.) Ensuite il s'est amusé à me balancer des trucs, j'te jure, je comprenais rien à son charabia. Quel connard. (Il imita la voix de Potter) Blahblahblah, je t'ai aidé, blahblah… (Il reprit sa voix normale.) Ouais ben je vois pas comment. Ce type est un idiot, un peu bancal dans sa tête, si tu vois ce que je veux dire… Il s'invente une vie, c'est sûr. Il m'a é-pui-sé. »
Il soupira. Charlie secoua la tête. Le blond était un vrai moulin à parole. Ça changeait de la solitude qu'il supportait en vivant seul. Et puis il était marrant, ce type. Il ne se rendait pas compte qu'il disait parfois n'importe quoi, des trucs qu'un gamin pourrait dire, ou alors qu'une diva balancerait à la figure de quelqu'un. Et puis c'était une vraie commère dans son genre. Un drôle d'homme, mais ce n'était pas déplaisant. Charlie n'avait pas une masse d'amis et en avoir un comme ça, ça changeait des autres. Non pas que les autres étaient ennuyeux mais… ce n'était pas pareil. C'était pas le même niveau de présence et de parole. Draco était une pure drama queen. Et il exagérait naturellement quasiment tout ce qu'il disait. Il était une hyperbole à lui seul, voire même une auxèse, s'il devait être franc. Un sacré phénomène. Il sourit. Puis, une question lui vint en tête, complètement hors-sujet :
« Est-ce que tu as peur de la mort ? »
Draco s'arrêta de parler et le regarda de haut en bas avant de regarder sa propre main, posée à l'identique de celle de Charlie, sur le dossier du canapé. Il prit quelques secondes pour répondre :
« Je n'ai peur de rien. Ni de la mort, ni de ses conséquences, ni de ce qu'il peut y avoir après. Mais je n'ai en revanche pas envie de passer faire un petit coucou à Hadès à mon âge. Et enfin, bon, je ne tiens pas à souffrir avant. Je tiens trop à ma beauté pour laisser un malade me triturer le visage et abuser de (il se désigna de haut en bas avec un mouvement de sa main) ce corps virginal de démiurge. » Un sourire goguenard se traça sur ses lèvres et Charlie leva les yeux au ciel. « Quoi ? Désolé de tenir à moi. Personne n'a le droit de me déformer, nuh-huh. » Il ajouta, en passant inconsciemment une main dans ses cheveux : « Tu as face à toi la machine ultime, la crème de la crème. »
Charlie pouffa et le menaça avec un coussin. « Mais ça veut dire que les gens sont attirés par toi juste pour le physique. »
Draco fit mine de réfléchir. « Hmm… C'est très probable. Non : c'est totalement ça. (Il rit brièvement.) Mais, tu sais, c'est ce qui se fait naturellement. Tu croises une personne dans la rue, et elle t'intéresse physiquement et tu as envie de l'accoster plus que d'autres. C'est comme ça. Pareil dans mon cas les gens m'aiment et me voient comme un sex-symbol. Ils viennent pour mon physique et ma belle gueule. Et j'en profite pleinement. (Il sourit avec vice.) Mais certaines autres personnes, même si elles suivent le même schéma de base, restent pour ma personnalité et ma manière d'être, écoute ! Enfin, quand j'approuve leur présence, quoi. C'est ce qui s'est passé pour Pansy, et regarde où on en est. C'est mon ex et ma meilleure amie. Et puis c'est pour ma personne seulement que Théo et Zabini m'apprécient. (Il plissa les yeux.) Mais Blaise est un con alors j'imagine que ça se comprend - qui se ressemblent, s'assemblent. »
Charlie lui demanda si ça ne l'ennuyait pas que tout le monde veuille sa part de lui.
Draco répondit : « Nan, parce que parfois ça marche pas. Par exemple : Pansy a beaucoup d'amis, et y'avait ce type, un joueur de piano. Il avait l'air sympa mais il pouvait pas me sacquer. Et pourtant, j'étais pas turbulent ! Je sais pas, j'étais pas son genre, ça arrive. »
Charlie ouvrit de grands yeux. « Tu sais jouer du piano ? J'aurais imaginé que c'était pas ton truc, la musique… »
Draco changea de position, s'agenouillant sur les coussins et s'asseyant sur ses talons. Il pencha légèrement sa tête de côté, un air blessé sur le visage. « Ah, et pourtant ! Je sais en jouer, et pas qu'un peu ! En fait, d'aussi loin que je me souvienne, j'en ai joué. J'ai commencé en école primaire, hum… enfin, j'y avais pas souvent accès parce que… (Il toussota subitement.) En tout cas, à partir de dix ans je suis vraiment tombé dedans. Et puis ensuite j'ai essayé pas mal de trucs. Principalement du violoncelle, du violon, et puis de l'alto - j'aime beaucoup les instruments à cordes, oui. (Il avait commencé à compter sur ses doigts.) Flûte traversière, harpe - j'ai pas du tout accroché, d'ailleurs -, guitare… Père m'a payé des leçons de hautbois. C'était génial ! J'étais toujours excité à l'idée d'y aller. » Il sourit en repensant aux souvenirs, puis un air mitigé se fraya un chemin sur son visage. De l'hésitation. Charlie lui demanda de continuer d'un regard. « Bon, j'ai joué un peu d'harmonica, aussi. Je l'ai toujours. Parfois j'en joue, mais généralement quand je suis saoul, il me prend des petites envies, comme ça. J'ai commencé à quinze ans, je crois. »
Il s'était arrêté, mais en entendant Charlie lui demander ce qui l'avait poussé à en faire, le blond continua avec un soupir :
« Okay, okay. Bon. Je t'avoue que ma mère (il oublia de préciser laquelle) aimait beaucoup les Pogues. Alors quand j'ai écouté pour voir ce que c'était, j'ai plutôt bien aimé, tu vois. Et puis (il sourit d'un air embarrassé, en baissant la tête), j'ai peut-être trouvé l'air d'harmonica au début de Dirty Old Town cool, et je me suis dis que ça pourrait être encore plus cool si je pouvais faire pareil. » Il rit d'un air presque honteux. « Oh bon sang, pourquoi est-ce que j'ai évoqué ça ? » Il soupira. « Je crois honnêtement que… c'était l'une des meilleures décisions de ma vie. »
Charlie regarda le visage gêné du blond et se mit à sourire avec une réelle sympathie. Il arborait une expression presque bienheureuse, niaise. Draco continua de parler pour essayer de se rendre moins en ridicule, jusqu'à ce qu'il voit l'air du roux. Il haussa un sourcil, un petit sourire se frayant à son tour sur ses lèvres. Charlie resta cependant silencieux, la même expression peinte sur le visage. Mais après un instant, il se mit à rire, détournant la tête, les yeux fermés. Son rire n'exprimait aucune moquerie, juste un mélange de surprise et d'amusement. Et à son grand étonnement, Draco commença à rire avec hésitation, d'un air presque maladroit, avant de rire plus franchement, amusé par la situation.
Il se remit dans sa position initiale, gardant cette fois son bras près de lui. Il secoua lentement la tête. « J'ai aucune idée de ce qu'il se passe… mais ton rire est juste super communicatif. », il continua de rire doucement.
Cet homme n'était pas un voleur.
Eventuellement, Charlie finit par s'arrêter et soupira, souriant toujours. Il souffla. Et quand Draco lui demanda finalement pourquoi il avait rigolé, il haussa les épaules :
« Je suis juste surpris, c'est tout. Plus j'apprends des choses sur toi, plus je trouve ça dingue. De tous les instruments que tu as joués, ton préféré est l'harmonica ! Si j'avais imaginé que Draco Malfoy jouait de l'harmonica… Si tu disais ça aux gens, ils penseraient que c'est juste une blague de mauvais goût. (Il regarda le blond de haut en bas.) C'est que tu caches bien ton jeu, dis-moi. »
Draco fit une moue presque boudeuse. « Et ben tu as ici la meilleure preuve de ce que je te disais. Mon physique est une chose, ma personne intérieure en est une autre. Le Draco extérieur aime jouer les Don Juan, et le Draco spirituel, il… est exactement pareil, mais il aime jouer de l'harmonica en prime. », il sourit.
Son ami hocha la tête et sourit avec un air presque désabusé. « Bon, après, j'aime pas les hommes donc je m'intéresse juste au Draco spirituel - »
Le blond l'interrompit : « Quoi ? Tu quoi ? »
Charlie soupira avec désespoir et exaspération avant de donner une pichenette sur le front du blond qui lâcha une exclamation de douleur. « Arrête de faire genre c'est impossible. Stop avec ton physique ! On sait tous que t'es bien foutu mais allez, t'es pas que ça, idiot ! Tu sais quoi, c'est ça qui a repoussé le pianiste, je suis sûr. (Draco se tut.) Tu serais tellement plus agréable si tu te taisais un peu et si à la place tu montrais juste aux gens comment tu es vraiment. Et même si c'est juste aux gens que tu trouves intéressants – surtout à eux. C'est vrai que les gens ont sans doute été d'abord attiré par ton physique mais - »
Interruption de Draco, encore : « Et c'est exactement ce qu'il s'est passé pour toi aussi. » Il s'était rembrunit.
Charlie roula des yeux : « Non, pas du tout. En fait, quand je pensais à toi, je pensais à ce type bizarre en peignoir qui m'a donné un pourboire. Et puis soyons réaliste : la première fois où on s'est réellement vu, c'était à l'anniversaire de Théodore. Je sais toujours pas comment tu as obtenu mon numéro, et je tiens même pas à le savoir. On s'est parlé pendant, quoi, deux semaines, environ ? Pour être honnête, je me souvenais presque plus à quoi tu ressemblais, et pourtant je trouvais ça sympa de te parler. 'pas besoin de voir ta tête pour ça. » Il avait levé sa main d'un air effronté, un tantinet sassy.
Ce geste fit sourire Draco, de même que le propos. Il se sentait flatté malgré lui, voire même reconnaissant. Même Pansy ne lui avait jamais dis ça. Mais il fallait dire qu'elle avait à peu de choses près le même caractère que son meilleur ami, alors elle n'avait pas cherché plus loin que ça. Et ça n'avait pas dérangé Draco. Mais voir ici quelqu'un qui ne s'intéressait pas du tout à son physique de rêve était à la fois perturbant, étrange et surtout nouveau. Vraiment nouveau. Enfin, il y avait bien Cho qui l'aimait pour son être entier, mais voilà. Victoire le trouvait sexy et aimait sa grande gueule, alors ça ne changeait pas des autres. Et puis de toute manière elle était asexuelle alors son avis n'était pas entièrement véridique.
Mais Charlie… Bon, déjà, il était hétéro, alors ça se comprenait sans doute. Mais même les hommes hétéros avaient tendance à le fixer quand ils se croisaient. Peut-être de la simple jalousie, ou un réflexe. Là, cependant, ça n'était pas le cas. Le roux ne sortait pas de l'ordinaire, en soit. Il était peut-être du style rockeur destroy, mais il y en avait beaucoup d'autres. Il pourrait se perdre dans une foule de punks. Draco, lui, avait plutôt une allure d'aryen pompeux. C'était peu habituel, surtout à Bernett. Alors venant d'un type… ordinaire comme Charlie… c'était bizarre.
« Tu dois être l'un des seuls qui aient réussis à oublier mon visage. Ça compte pas », il argumenta sans réelle conviction.
Charlie le regarda comme s'il était stupide. « Parfois je me demandes si tu réfléchis avant de parler. » En voyant le visage blasé du blond, il continua : « Pour quelqu'un d'intelligent, t'as pas l'air très futé, parfois. Je te dis que tu es plus qu'une simple enveloppe vide, que tu es peut-être même plus intéressant à l'intérieur et toi tu dis que ça compte pas ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? (Il réfléchit quelques secondes.) Je pense que t'as juste pas confiance en toi. »
Draco serra les mâchoires. « On ne se connaît que depuis un peu plus d'un mois. C'est un peu tôt pour toi de stipuler des choses complètement fausses. (Il se forçait à rester calme mais n'y arriva pas.) Pourquoi est-ce que les gens pensent toujours mieux me connaître que moi-même ? Il faut toujours qu'on me dise ce qui est mieux pour moi, ce que je devrais faire, ce que je devrais dire, et… Sérieusement, tu me dis que j'ai pas confiance en moi ? Mais regarde-moi, putain, regarde-moi ! J'ai l'air d'un pauvre type dans un cocon ? Foutument qu'non ! (Il soupira.) S'il te plaît… Tes propos commençaient à me plaire, alors ne les fait pas couler comme les autres. Ok ? Et ne me dis plus jamais que je suis un loser, compris ?» Il se laissa retomber lentement en arrière jusqu'à s'allonger, les jambes pliées.
Charlie avança l'une de ses mains et la posa avec hésitation sur le genou du blond, qui ne broncha pas. « Okay. D'accord, j'ai compris, je ne dirai plus ce genre de choses. Je ne suis pas psychanalyste après tout, alors je ne vais plus essayer de te faire la morale. Je vois que ça te met en colère. Et j'ai passé l'époque où j'essayais de me battre par tous les moyens. »
Draco ricana. « Ouais, t'as raison. Et puis de toute manière, j'ai pas envie de te faire du mal et de t'humilier en te mettant à terre après seulement deux secondes de lutte. » Il sourit d'un air moqueur.
Charlie haussa un sourcil, ne cherchant pas à analyser le brusque retournement de comportement. « Oh, vraiment ? C'est ce que tu m'avais dit le soir où on était au restaurant, dehors. »
Le blond s'appuya sur ses coudes. « Et j'ai gagné. Je me souviens t'avoir fais un croche-pied ou quelque chose comme ça, nan ? » Charlie répondit par la négative. « Ah bon ? Ben je me souviens quand même avoir gagné. Donc je peux encore recommencer ! »
Charlie ne répondit rien et regardait seulement le blond qui arrêta progressivement de sourire. Il observa le visage de l'autre homme, ses cheveux en pétard, ses sourcils arqués, l'un d'eux d'une nuance un peu plus foncée, son oreille gauche percée, son nez remontant très légèrement au bout, ses yeux bleus bordés de quelques cernes, ses lèvres s'étirant avec un sourire narquois. Et puis il baissa les yeux et vit la main du roux toujours posée sur son genou. Ses yeux retournèrent au visage de l'homme et vit ses lèvres bouger. Draco fronça les sourcils.
« Quoi ? », il finit par demander. Charlie le regardait avec des yeux moqueurs au possible. « J'ai pas entendu, je repensais juste à ma belle performance de ce matin en cours. (Il expliqua.) J'ai fermé le clapet de la prof en résumant un livre qu'on était - quoi, qu'est-ce qu'il y a ? » Charlie s'était mis à ricaner. « Quoi, qu'est-ce que j'ai dis ? Je m'excusais juste de ne rien avoir écou… té. Mais quoi ?! (Il s'exclama, perdu.) Qu'est-ce que j'ai fais, à la fin ? (Il se redressa sur ses coudes.) T'es vraiment bizarre, comme mec. »
Charlie cacha son visage dans le creux de son coude toujours appuyé sur le canapé et éclata d'un rire bruyant. Draco se laissait vraiment distraire pour tout et n'importe quoi, comme un enfant ne pouvant pas regarder et écouter en même temps. Il sentit alors une grosse tape sur son bras qui le fit hoqueter en s'étouffant avec sa salive. Il s'arrêta de rire et retourna son visage vers le blond qui le frappa à nouveau, avec plus de force, un air agacé semblant avoir été peint sur son visage plusieurs fois pour bien marquer les traits. Ses yeux gris étaient plissés, ses sourcils froncés et ses lèvres en un sourire inversé. L'une d'elle était retroussée comme s'il grognait.
Lorsque Charlie allait parler, le blond le poussa plus ou moins violemment. La victime ouvrit la bouche et tomba en arrière, se redressant ensuite sur un coude avant de regarder Draco avec un air choqué. Ce dernier avait commencé à sourire avec machiavélisme. Il poussa le bras redressé du roux avec son pied et son sourire s'agrandit, montrant le bout de son langue qu'il mordillait avec un air enfantin et vicieux. Il lui donna ensuite un petit coup de talon dans les côtes. Charlie n'avait pas eu mal mais poussa tout de même un bruit surpris.
Il pinça les lèvres et commença à se redresser. « Alors là… » Il se mit sur les genoux puis se leva lorsque Draco prit la fuite avec maladresse en gloussant. « Reviens ici ! Tu l'as cherché, assume les conséquences ! » Il marcha vers le blond qui se mit en sécurité de l'autre côté de la table du salon. « Ah non, non, non, cette fois tu vas pas t'échapper ! »
Draco émit un rire étrange, son sourire toujours collé sur ses lèvres. Les deux hommes se mirent à tourner autour de la table, changeant parfois de sens. Charlie s'impatienta :
« Viens m'affronter, si t'es un homme ! On commence pas une guerre sans y prendre part après. »
Draco se mordit la lèvre, continuant de tourner. Lorsqu'il vit Charlie faire semblant de monter sur la table, il s'arrêta de courir et se prépara dans une posture de combat, un grand sourire aux lèvres. Il savait qu'il était tout à fait apte à gagner un combat lorsqu'il était sobre, mais il aimait tout de même la manière dont il pouvait faire tourner les gens en bourrique.
Charlie arriva vers lui et essaya de lui donner un coup de poing. Draco sautilla en arrière pour éviter le coup et fut étonné d'un tel mouvement de la part du roux, qui semblait prendre ça très au sérieux. Il ne put cependant pas s'empêcher de rire. Il recula lentement avant de faire volte-face et de s'enfuir en courant dans la maison. Il entendait des pas derrière lui et s'imagina poursuivi par un tueur en série dans un film d'horreur lambda.
Il tenta d'ouvrir la porte mais vit qu'elle était fermée. Il tourna la clé mais n'eut pas le temps de sortir, Charlie l'ayant déjà empoigné par les bras, qu'il tendit et ramena vers lui. Draco grimaça et essaya de les bouger, en vain. Il poussa une sorte de gémissement et laissa sa joue collée contre la porte en soupirant bruyamment.
« Mec, sérieux, t'as pas l'droit… », il se plaignit. « Moi je te taquinais et toi tu veux me disloquer les bras… ! »
Charlie haussa les épaules, ne se sentant pas du tout coupable. « Avoue ta défaite et j'arrêterai. »
« Ah ouais ? Et si je veux pas ? », Draco demanda. « Je peux appeler la police ! Je peux te donner un coup de pieds entre les jambes ! »
« Ouais, ouais. Je vois pas comment tu pourrais faire ça dans la position dans laquelle tu te trouves. »
Draco finit par abdiquer et Charlie le lâcha avec un sourire vainqueur. Il s'éloigna et Draco se retourna, le dos appuyé contre la porte, vexé et agacé. Il regarda l'homme de haut en bas avant de soupirer.
« Je vois que tu es un violent, » il commença. « Mais apparemment encore moins futé que moi. J'aurais pu me venger là, maintenant, tout de suite. Je pourrai te donner un coup de tête. Ou te mordre, parce que ça serait rapide, que ça te déstabiliserait et surtout parce que j'aurais le temps de quitter la maison ! Et je pourrai peut-être même… te donner... ça ! »
Il lui envoya son pied directement vers son entrejambe mais Charlie se saisit de sa cheville, faisant vaciller et sautiller un Draco en plein désarroi.
« Ah, raté. Je ne finirai pas comme le mari de Jessie dans le livre de King, j'imagine. », le roux dit tout simplement.
Cette phrase fit apparaître un air douloureux et horrifié sur le visage de Draco. « Ah ouais mais là faut y aller quand même. Bon sang, la douleur ! T'as pas envie de mourir comme ça, c'est sûr. »
Il se mit à rire et Charlie reposa son pied à terre. Draco le poussa sur le côté et retourna dans le salon comme s'il était chez lui. Il considérait d'ailleurs que l'habitat des gens de son cercle d'amis était par extension le sien. Il s'affala avec un soupir sur le canapé, jambes tendues et écartées. Quand Charlie imita sa position, le blond le regarda à son tour.
« Heureusement que ce bon vieux Draco est là pour te remonter le moral, hein ? »
Lorsque Charlie lui demanda si ses chevilles ne gonflaient pas trop, Draco haussa les sourcils et leva ses jambes pour les regarder. Il répliqua que c'était parce que le roux avait trop serré autour de la gauche.
Son portable émit une petite sonnerie. Toujours avachi, Draco ne broncha pas. Ses yeux se dirigèrent vers l'objet qu'il avait posé sur la table basse. Il regarda ensuite Charlie, comme pour lui demander s'il pouvait le lui passer. Puisque le roux ne bougea pas et sembla même ne pas comprendre la demande implicite, Draco se décida à bouger, à contrecœur. Il se pencha en avant, étirant son bras au maximum pour éviter de se lever et de bouger du canapé. Il finit par attraper le portable, l'attirant vers lui avec ses doigts, un air concentré sur le visage. Lorsqu'il le prit en main, il soupira et le regarda en pinçant les lèvres.
Pansy. C'était elle, il en était certain. Il se remit à l'aise dans le canapé. Tous ses autres amis travaillaient à cette heure de la journée, mais la brune avait généralement une pause en milieu d'après-midi. Sinon, il y avait aussi Harper, qui branlait rien de sa journée et qui était tellement con que Draco l'avait bien vite rayé de la catégorie 'ami'. Il grimaça avec dégoût rien qu'en repensant au conflit qu'ils avaient eu à propos de la grossesse non-désirée de la brune. D'ailleurs, tout était réglé. Pansy n'aurait pas cet enfant, et apparemment, d'après ce qu'il avait entendu de certains, ça avait piaillé dur dans la maisonnée après cette annonce. Harper ne lui enverrait pas de message, ça c'était une chose certaine.
En parlant de travail… Il était le seul étudiant de leur groupe d'amis. Parfois, il se sentait comme un enfant, mais au moins il n'était pas si vieux comparé à, par exemple, Graham. La trentaine, c'était quand même quelque chose… Et pourtant l'homme avait plus la tête d'un lycéen fraîchement diplômé et pas d'un docteur. Parfois, Draco espérait qu'à son âge il serait aussi bien conservé. Non pas que Graham soit son type d'homme, non. C'était juste une remarque objective.
Même Charlie avait quelques années de plus que lui. Il croisa brièvement son regard lorsqu'il lui jeta un coup d'œil puis se décida finalement à regarder qui lui avait envoyé quoi.
Il ne reconnu pas l'expéditeur. Il fronça les sourcils, une sorte de mauvais pressentiment affluant en lui. Il n'y avait pas de réel numéro. Ce n'était pas l'un de ceux qu'on trouvait en Angleterre. Ce n'était pas la même forme, ni le même nombre de chiffres. Un numéro étranger ? Mais pourtant… Ses yeux gris s'écarquillèrent. Mais pourtant il lui était familier. Il l'avait déjà vu.
Je me demande vraiment comment tu peux vivre comme ça. Qu'est-ce que tu fais ici ?, c'est tout ce que le message disait.
Draco sentit la sueur naître dans son dos, son souffle se coupant.
C'est quoi, ça …?, Draco pensa.
C'était impossible. Tant de temps s'était écoulé depuis la dernière fois… Il avait espéré alors qu'il s'agissait d'un mauvais numéro, d'un canular, d'une blague vaseuse, peu importe. Mais quand ça arrivait deux fois, ça montrait que ce n'était pas que ça, hein ? Pourquoi maintenant, pourquoi aujourd'hui, pourquoi est-ce que ça lui arrivait, qui était ce sale type ?!
Draco eut envie de lancer son portable mais à la place il le serra d'une poigne de fer. Il frappa presque l'écran du bout des doigts :
« Va te faire foutre, fils de pute. »
Echec de l'envoi. Il recommença une fois, deux fois, trois fois, les insultes devenant de plus en plus véhémentes.
Il abandonna avec un soupir, se retenant de se prendre la tête entre les mains.
Charlie lui demanda ce qu'il se passait. Il avait vu que quelque chose n'allait pas en voyant la manière dont le blond bougeait. Il avait donc sauté l'étape du 'est-ce que tout va bien ?' inutile. Draco - qui s'était penché en avant, les coudes appuyés sur ses cuisses, son portable serré à l'extrême dans sa main droite - se tourna vers lui et lui sourit avec un air on ne pouvait plus honnête. Il ricana même un peu en secouant la tête :
« Pansy m'a balancé une connerie. Enfin… (Il fit mine de réfléchir) Elle m'a envoyé un message classique, en somme. (Il soupira avec exagération.) Je me demande parfois comment j'arrive à la supporter… »
Charlie sourit, pas entièrement convaincu.
Draco se précipita d'envoyer un message à la brune : « Il m'a encore envoyé un message, le salopard. Qu'est-ce que je fais ? Au secours !? Je dois aller voir les flics, tu crois ? Draco Malfoy out. »
Il reposa lentement son téléphone, à côté de lui cette fois. Il déglutit discrètement, passa sa langue sur sa lèvre inférieure avant de la mordiller, regardant Charlie avec un air absent. Ses sourcils se froncèrent et il gonfla les joues.
Il sortit de ses pensées et toussota : « Tiens, j'ai trouvé un magasin sympa, y'a pas si longtemps. Genre, une boutique qui vend des trucs plutôt cool pour Halloween. Ça te dit d'y aller avec moi ? »
