Chapitre 11.

Sébastian attendait Angelika depuis un bon vingt minutes maintenant. Que pouvait bien faire Angelika?

Cinq minutes plus tard, il entendit la porte s'ouvrir. Il se retourna et vit Angelika. Mais étrangement, celle-ci n'avait plus l'air aussi réjouit que tout à l'heure.

- Un problème mon ange?, demanda Sébastian.

- Je vais rester avec le Vicomte, Sébastian, dit-elle neutre.

Sébastian cru un moment avoir mal entendu. Il fronça un peu les sourcils.

- Comment ça rester avec le Vicomte? Il y a même pas une demi-heure, tu disais…

- Je le sais, le coupa-t-elle, mais vois-tu…après que je sois sortie, il est venu me voir et là il…il m'a offert tous ce que j'ai jamais souhaité. Un toit, quelqu'un a aimé et une chance de réussir et d'arriver à quelque chose.

Il y eut un moment de silence. On aurait pu entendre un papillon voler. Angelika restait là le regarder alors que Sébastian ne pouvait émettre un son. C'était comme si le sol se dérobait sous ces pieds et qu'il se noyait sans pouvoir retourner à l'air libre.

Alors qu'Angelika s'apprêtait à partir, Sébastian recouvra l'usage de sa mobilité et de la parole. Il accourra pour arrêter Angelika. Il se refusait à croire un seul des mots qu'elle avait dit. Il l'agrippa par les épaules et la colla contre le mur. Il lui dit d'une voix forte, les sourcils plus froncés.

- Ne me racontes pas d'histoire! Tu mens! Dis-moi la vérité! Tu ne peux pas me quitter comme ça! Je t'ai promis de te sortir de ton gouffre! Dis-moi la vérité! DIS-MOI LA VÉRITÉ!

Angelika aurait presque préféré qu'il lui donne des coups dans le visage. Tout pour lui faire oublier l'abjection qu'elle était en train de faire.

Soudain, elle sentit un de ces crises dont Hannah lui avait parlé. Elle se força à respirer lentement et en profondeur et à garder les idées claires. Elle s'obligea à reprendre son ton neutre.

- Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. La différence entre toi et moi, c'est que tu as une famille et que tu as des obligations…Nous somme incompatibles…et tu ne m'apporte rien. Adieu.

Et elle s'en alla. Angelika eut encore du mal à croire qu'elle avait réussi à faire sortir ces trois petits bout de phrases sans bredouiller, ni flipper. Mais elle se serait volontiers arracher son unique œil, griffer la peau au sang et brûler les plaies au fer rouge vif pour ne pas avoir à faire preuves d'une telle hypocrisie.

Une fois Angelika sortit de son champ de vision, Sébastian tomba sur la moquette sur ces genoux. Il se demandait comment il avait fait pour ne pas faire une syncope. Il aurait voulu de tout son être que tout ça ne soit qu'un rêve, un cauchemar…même le plus affreux…mais ce n'était pas le cas…Tout était réel.

Au même moment, un terrible coup de tonnerre tonna dans le ciel.

Les mots douloureux d'Angelika résonnaient encore dans sa tête. Il se la prit à deux mains et tenta tant bien que mal de les chasser, mais ils ne fessaient qu'intensifier. C'était comme un écho à l'envers. Au lieu de se perdre, ils s'accentuaient toujours plus.

Jamais Sébastian n'avait connu une telle peine. Il aurait voulu crier à s'en casser les cordes vocales, mais le tonnerre couvrait sa voix.

. . .

Pour éviter de se faire surprendre par Alucard, Pip et Claude, il était sorti de l'école et s'était réfugié sous un arbre dans la cours. Tapi contre le tronc, les jambes repliées sur lui-même et les bras les entourant, il pleurait pour la première fois depuis les douze dernières années.

Le temps passait…passait…passait.

Il ne savait pas combien de temps il était resté là. La seule sensation qu'il ressentait était les gouttes de pluie qui continuaient à couler, mouillant de plus en plus ces cheveux et sa chemise. Mais cela devait faire plusieurs heures. Il avait vu la lune monter dans le ciel, puis redescendre. Il finit par regarder sa montre, qui heureusement était étanche, 11h16. Il avait passé toute la nuit sous la pluie.

Il demeura sous son arbre encore quelques heures. Il se fichait bien de manquer les cours. De toute façon, le spectacle était dû pour ce soir à 19h. Sa peau avait énormément pâli. Il finit par s'évanouir.

. . .

Alucard, Claude et Pip venait de finir de manger, et maintenant il allait chercher leurs costumes pour l'ultime répétition. Mais chacun se demandaient où pouvait être parti Sébastian.

Claude s'approcha de sa petite commode à côté de la fenêtre et allait ouvrir un des tiroirs quand son regard fut attiré par une forme dehors sous la pluie. Il plissa les yeux pour mieux voir et eut un hoquet de surprise. Il s'écria.

- Les gars, je l'aie trouvé! Il est dehors!

Alucard et Pip se précipitèrent sur la fenêtre et virent en effet Sébastian étendue inconscient dans une flaque d'eau.

Sans crier gare, ils coururent tous les trois dans les couloirs et sortirent pour récupérer Sébastian. Ils se hâtèrent de le ramener à leur chambre, où ils l'étendirent sur son lit et lui enfilèrent un T-shirt sec.

. . .

Sébastian se réveilla tout congestionné et fiévreux, mais en un seul morceau. Il regarda autour de lui et s'aperçut qu'il était dans sa chambre avec ces amis à son chevet.

- Ah t'émerge enfin, soupira Pip.

Sébastian ne répondit rien.

- Mais veux-tu bien me dire qu'est-ce qui t'es passé par la tête?!, s'exclama Claude. Tu veux te rendre malade ou quoi?!

- …Non…J'essayais d'oublier…

- Oublier quoi?, demanda Pip.

Et Sébastian relata la rupture d'Angelika et ce qu'elle lui avait dit. Puis il garda le silence durant une demi-heure. Il était 17h48. Le laissant se morfondre, Claude et Pip quittèrent le dortoir, mais pas Alucard.

Celui-ci attendit justement que la porte se ferme pour parler.

- Les couleurs sont parfois perfides, tu le sais, chuchota-t-il.

- Il faut toujours se fier aux apparences.

- Écoutes…ne te laisse pas déraciner…je le sais qu'elle t'aime…que tu comptes encore pour elle.

- Tais-toi Alucard, dit Sébastian d'un ton très calme. Tais-toi et va-t'en.

Alucard resta hésitant à s'en aller.

- FICHE-MOI LA PAIX!, éructa Sébastian.

Alucard finit par partir, inquiet pour son ami. Il finit par rejoindre ces cinq amis dans les coulisses de la salle de théâtre.

- Alors?, demanda Integra (les filles ont été mises au courant), comment va-t-il?

- Il digère ça mal.

Ils restèrent en silence. Seras, elle était persuadée, tout comme Alucard, qu'Angelika aimait encore Sébastian, mais qu'il y avait une raison à tout ça.

. . .

Dans sa loge, Angelika était en train de s'habiller de sa tunique indienne pour la pièce et Hannah était en train de la coiffer. Elle voyait clairement qu'Angelika était au bout du rouleau. Plusieurs crises de toux et de transpirations l'avaient assailli, toujours plus violentes. Mais qu'elle était surtout atterrée par sa mise en scène avec Sébastian.

- Angelika…console-toi en te disant qu'il est sauf maintenant.

Angelika ne put qu'éclater en sanglot sur la coiffeuse. Il était 18h29.

. . .

Sébastian était toujours dans son lit. Son regard se perdait dans sa partions de Come What May. Pris d'un excès de colère, il chiffonna la partition et la jeta de toutes ces forces à travers le dortoir, où elle atterrit sur le tapis. Il attrapa son cardigan et se rendit à la salle de théâtre. Il était 18h43.