Lorsque Gene ouvrit ses yeux mouillés, il rencontra le visage inquiet de la médium au-dessus de lui. Elle sourit légèrement et passa sur son front un gant de toilette imbibé d'eau fraîche. Il grimaça, se rappelant de la douleur incroyable de son rêve. Il se mit à pleurer. Masako le regarda avec malaise, puis caressa ses cheveux doucement. C'était la première fois qu'il pleurait sur les genoux d'une fille, et de pleurer pour un cauchemar ; il se sentait vraiment gêné, mais il ne pouvait contenir ses larmes. La main qui frottait ses cheveux l'apaisait. Les pleurs stoppèrent et il s'endormit comme un bébé.
Lorsque Gene ouvrit ses yeux mouillés, il rencontra le visage hautain de la médium à côté de lui. Il se releva avec difficulté et regarda autour de lui ; il était sur le lit d'hôpital de son frère, dans le lit adjacent au sien, dormait profondément Mai. Il se frotta la tête et grimaça de douleur. Puis il regarda la médium qui le fixait sans expression.
« - Cela fait plus de 5 heures qui vous dormez, Gene-san, déclara-t-elle.
Gene la regarda de travers, ne l'avait-elle pas consolé quelques temps auparavant ? Il plissa les yeux, il passa sa main dans ses cheveux, il se résigna. Cela devait être un rêve. A cette pensée, il rougit faiblement, faire des rêves de ce genre, ce n'était pas vraiment son style, mais devant l'actuel air de la jeune fille, il en déduit que cela ne pouvait être qu'un rêve, point.
Il releva la tête et fit un sourire étincelant.
- Masako-chan ? Tu as veillé sur moi pendant que je dormais ? C'est très gentil de ta part~ !
La médium mit sa manche de kimono devant sa bouche.
- C'est Hara-san, rappela-t-elle, n'allez pas croire que je l'ai fait pour vous, Naru m'a demandé de vous surveiller, vous et Mai. N'allez pas vous imaginez des choses, Gene-san.
Gene prit un air faussement étonné.
- Je ne m'imagine rien, Masako-chan~ !
Masako renonça à le reprendre cette fois-ci également, elle tourna la tête vivement et fit mine d'aller s'occuper de Mai. Lorsqu'elle fut dos à lui, elle sortit discrètement le gant de toilette légèrement mouillé de la manche de son kimono, et le cacha autre part pour que le Davis ne tombe pas dessus ; par chance, il n'insista pas.
Elle regarda Mai avec inquiétude, elle ne s'était toujours pas éveillée, et elle semblait faire un cauchemar effrayant, exactement comme le Davis une heure auparavant.
Elle sentit un souffle dans son cou.
- Où sont les autres ? Questionna Gene au creux de son oreille.
Masako sursauta et recula immédiatement de deux mètres. Gene se mit à rire.
- Gene-san ! Ne me faîtes pas peur ainsi, cria-t-elle.
Gene lui tira la langue avec un air enfantin. Masako essaya de rester calme.
- Ils sont à la base, répondit-elle, tout le monde s'inquiète car Mai ne se réveille pas depuis qu'elle a été possédée, elle semble faire des cauchemars. Naru nous a dit que lui et Mai faisaient des rêves et qu'ils ne s'en rappelaient plus.
Gene reprit un air sérieux.
- Oui, Noll m'en a parlé, le fait qu'ils ne se rappellent de rien est dû au fait qu'ils sont fatigués mentalement après l'affaire de l'internat Shoucho … Il m'a aussi dit qu'il se sentait épuisé, lorsqu'ils dorment, c'est comme si ils ne se reposaient pas du tout et qu'ils étaient toujours exposés au stress ; Noll a peur que Mai ne se fatigue de trop, lui-même a du mal à rester calme et à ne pas s'énerver, il pense que Mai va bientôt craquer si l'on ne fait rien.
Ils regardèrent tous les deux l'assistante marmonner dans son sommeil.
- De plus, continua Masako, Ayako dit avoir vu une silhouette il n'y a pas si longtemps, et moi je ressens de plus en plus souvent la présence d'une femme, la même qui a possédé Mai.
- La sorcière maudite ? Demanda Gene.
Masako acquiesça rapidement.
- Je me demande, dans quel état va se réveiller Mai. » Murmura-t-elle.
« - Dis père, commença Ayako, maman n'est pas folle, hein ?
Le père regarda sa fille avec un air attristé.
- Si, elle est folle. »
Bou-san regarda Ayako se ronger les ongles nerveusement, il soupira et tenta une nouvelle fois de communiquer avec la miko.
« - Hé, la vieille, depuis quand tu te ronges les ongles ?
Elle ne répondit pas, et ne lui adressa aucun regard. Elle se mit à jouer avec une mèche de ses cheveux. Elle regarda sa main, se rappelant de ce que lui avait dit l'arbre, que le meurtrier haï mourra ; elle savait de qui il s'agissait ; elle ne voulait pas qu'il meurt lui aussi. Elle serait une fois de plus toute seule.
Une main lui saisit l'épaule.
- Hé ! Tu vas me répondre ? Dit Bou-san.
Ayako le regarda de travers puis lui fit enlever sa main de son épaule.
Elle se leva et s'éloigna du moine.
- Tu ne vas me répliquer quelque chose de piquant ? S'indigna Bou-san, t'es bizarre, vieille miko !
Lui répliquer quelque chose de piquant ? Oui, en fait, ça lui brûlait les lèvres.
- C'est pas ma faute le truc d'hier soir, commença Bou-san.
Yasuhara souleva un sourcil en souriant de travers.
Ayako ne dit rien.
- En plus, j'ai été gentil avec toi, continua le moine.
Ayako se retourna vivement.
- Tu m'as forcée ! Tu savais très bien que je ne voulais pas ! Répliqua-t-elle.
Yasuhara mit sa main devant sa bouche, John les toisa avec un regard étrange, tandis que Lin, Madoka et Naru les fixaient étrangement.
Bou-san sembla deviner ce qu'ils pensaient tous, il devint rouge vif.
- Euh, non ! Ne vous méprenez pas ! C'est pas ce que vous pensez, se défendit Bou-san en secouant ses mains devant lui.
Les autres n'étaient pas dupes.
- Je vous jure, j'ai rien fait !Enfin, … Nous n'avons rien fait !
Ils semblaient encore tous dubitatifs. Naru soupira.
- Nous n'avons pas le temps d'écouter vos scènes de ménages, déclara-t-il.
Bou-san se pinça l'arrête du nez en soufflant d'exaspération. Ayako, elle, semblait ne pas avoir été avec le reste du groupe lors de ces quelques minutes ; comme si elle avait été dans une autre dimension, en tout cas, elle ne sembla pas avoir remarqué la connotation de sa conversation avec le moine, qui continuait désespérément de s'expliquer au reste du groupe.
L'attention d'Ayako fut dirigée vers l'embrasure de la porte.
Une ombre.
Une silhouette qu'elle connaissait.
La même silhouette.
Elle courut vers la porte et l'ouvrit avec brusque. Elle déambula dans les couloirs et partit en courant.
- Ayako ? »
Le moine grimaça et courut à sa poursuite.
« - Maman va mourir, dit Ayako en pleurant, l'arbre sacré me l'a dit !
Le père gifla sa fille.
- Ne dis pas d'idioties ! Cet arbre sacré, c'est du n'importe quoi ! Combien de fois dois-je te le dire ? Tu veux me rendre fou moi aussi ? »
« - Masako-chan ? Tu vas bien ?
- Oui, ça va, j'ai juste cru qu'elle était encore apparue quelque part dans l'hôpital, répondit-elle en cachant la moitié de sa figure derrière sa manche de kimono.
- Ne te fatigue pas trop à vouloir essayer de communiquer avec elle, déclara Gene sérieusement ; malheureusement, il ne le resta plus très longtemps, puisqu'il ajouta :
- Je serais obligé de m'occuper de toi.
Il voulut baiser sa main, mais elle la retira rapidement et l'envoya dans la figure de Gene.
Ce dernier se couvrit l'œil de sa main gauche.
- Ah, Masako-chan, tu as mis ton doigt dans mon oeil ! ~ … »
Elle l'ignora.
Le docteur Matsuzaki marchait tranquillement dans les couloirs blancs, main dans la poche, stylo dans l'autre, classeur en main. Il s'arrêta net.
Il se retourna.
Personne.
« - J'aurais juré … »
Il secoua sa tête et se gratta le crâne.
Il se remit à marcher.
Sifflotant.
« - Ayako, ma chérie, déclara madame Matsuzaki en caressant les cheveux de sa fille, l'arbre sacré ne peut pas parler, c'est impossible.
- Mais maman ! Il m'a vraiment parlé !
- Tu as dû rêver ma pauvre enfant …
- Je te le jure maman !
- Ne jure pas à tort et à travers, enfin, gronda la mère, et puis en plus tu- …
Le pied de la mère glissa sur une marche, elle dévala les escaliers.
- Maman ! »
« - Ayako ? Tu l'as encore vue ? Demanda Bou-san.
La miko passa sa main sur son front et s'appuya contre le mur blanc. Elle hocha la tête.
Le moine reprit son souffle.
- Tu ne m'as pas dit ce que tu avais vu, enfin, ce que t'avait dit l'arbre.
- Tu n'as pas besoin de le savoir.
Le moine se redressa et fronça les sourcils.
- Hé ! T'es vraiment pénible, tu sais ?
Elle ne répondit rien.
- Tu sais quoi, commença Bou-san, je viens de réaliser que ça ne sert à rien de m'inquiéter pour toi, d'ailleurs, je me demande bien pourquoi je l'ai fait jusqu'à présent.
Ayako lui adressa un regard plein de colère.
- Oui, moi aussi je me le demande !
Le moine serra son poing et sa mâchoire.
- Ah, tu veux la jouer comme ça ?
- Oui.
- Ok, d'accord.
- Très bien.
- Oui.
- Bien. »
« - Elle a subi un traumatisme crânien très important, elle a sans doute perdu la mémoire, voire pire, elle peu perdre la raison.
Le docteur Matsuzaki tomba à genoux.
Ayako se mit à pleurer.
- Tout ça à cause de ce fichu arbre ! » Hurla le père.
Le docteur Matsuzaki regarda sa montre.
Il marcha en direction de la salle d'opération.
Il soupira.
Gene frotta son œil en grimaçant. Masako, dos à lui, émit un petit sourire satisfait.
« - Vous n'aurez pas à vous occuper de moi, Gene-san, rassurez-vous.
- … Je suis rassuré, crois-moi Masako-chan.
Masako se tourna vers lui et écarquilla les yeux.
- Gene-san, commença-t-elle, où est Mai ?
Gene se redressa vivement.
- Quoi ? »
On saisit l'épaule du docteur Matsuzaki.
Il se retourna en sursautant.
« - Ah, nom de Dieu ! Ce n'est que vous, apprentie exorciste de pacotille !
Voyant que la jeune fille aux cheveux châtains ne répondait rien, il la secoua doucement.
- Hé ! Fillette !
La jeune fille releva la tête, arpentant un sourire forcé.
- Le meurtrier haï doit mourir. »
Gene et Masako arrivèrent en trombe dans la base, essoufflés
Naru toisa son frère en arquant un sourcil.
« - Ne deviez-vous pas vous occuper de Mai ? Demanda-t-il.
Gene arbora un air paniqué, cela inquiéta Naru.
- Justement, vous ne l'auriez pas vue par hasard ?
Naru lâcha le dossier qu'il avait entre les mains et attrapa son frère par le col.
- Eugène, que faisais-tu bon sang pour la perdre de vue ? Elle dormait ! Je vous aviez juste demandé de surveillez une fillette, vous ne pouvez même pas le faire ?
Gene parut mal à l'aise.
Masako attrapa la manche du professeur Davis.
- C'est ma faute, Naru, pas celle de Gene-san.
Il fusilla Masako du regard avant de lâcher son frère. Ce dernier savait bien qu'il ne fallait pas l'énerver lorsqu'il était fatigué. Il arbora une mine désolée.
- Qu'est-ce que vous attendez tous ? Allez la chercher ! Aboya Naru.
Le groupe s'exécuta.
Un cri perçant retentit.
- C'est … Mai-chan ? »
Ayako et Bou-san arrivèrent les premiers aux côtés de la jeune assistante. Ils la trouvèrent accroupie à côté d'un corps. Ayako écarquilla ses yeux marrons.
« - Père ? Mai ? Appela-t-elle.
- Jou-chan ? …
Mai releva la tête, en larmes.
- Ce n'est pas moi ! Ce n'est pas moi ! Je le jure ! Hurla-t-elle.
Ayako se précipita vers son père qui était allongé au sol, inconscient. Bou-san avait la bouche bée lorsqu'il vit que Mai tenait encore dans ses mains une barre de fer.
- Quand j'ai ouvert les yeux, il était comme ça et j'avais la barre pointée vers sa tête et …
- Mai ?
Le moine se retourna vers le reste du groupe.
- Ah, vous voilà, Mai a …
- Je n'ai rien fait ! Hurla-t-elle.
Ayako secoua son père.
- Vite ! Appelez un médecin ! Cria-t-elle.
- Mai, qu'est-ce que tu as fait ? Demanda Naru.
- Je t'ai dit que je n'ai rien fait ! S'égosilla-t-elle.
- Si, apparemment tu as fait quelque chose, maintenant tu vas m'expliquer, rétorqua Naru en haussant le ton de sa voix.
- Ce n'est pas moi ! Pleura Mai, je vous le jure, ce n'était pas moi !
Tout ce que voulait éviter Naru venait de se produire. Il commençait à s'énerver lui aussi.
- Occupez-vous du docteur, commença-t-il entre ses dents, moi et Mai, on va prendre l'air.
- Quoi ? S'exclama son frère.
- Noll… , commença Lin.
- Vite ! Un médecin ! » Hurla Ayako.
Naru saisit Mai fermement, lui arracha des mains la barre de fer, la balança par terre et hésita à traîner son assistante jusqu'à la sortie.
Arrivés dans le parking, il flanqua brutalement Mai sur le siège avant du van et démarra sèchement le véhicule. Lui aussi, était en train de craquer.
Ayako accourut vers l'arbre et se planta devant lui.
« - Il n'est pas mort, déclara-t-elle en dissimulant un sourire de satisfaction.
Elle entendit l'arbre grogner.
- Quelqu'un d'autre va mourir, déclara l'arbre.
Les yeux de la miko s'agrandirent.
- Il s'agit d'un moine bouddhiste », termina l'arbre.
Ayako se figea.
Elle tomba à genoux devant le camphrier.
