CHAPITRE 11 : Kiss Me
Kiss me
Embrasse moi
Out of the bearded barley
Hors des champs d'orge barbu
Nightly
Chaque nuit
Beside the green, green grass
Près de l'herbe verte, verte
Swing, swing
Tourne, tourne
Swing the spinning step
Tourne en suivant ce pas
La fin de la quatrième année était maintenant proche. Dans ces dernières lettres, Hermione ne cessait de rappeler à sa fille que les BUSE étaient prévues pour l'année prochaine et qu'elle ferait mieux de commencer maintenant un programme de révision strict pour ne pas être dépassée le moment venu. Ron ajoutait parfois un petit mot en post-scriptum pour lui dire de ne pas l'écouter, qu'elle était complètement folle et qu'elle devrait, au contraire, profiter de sa dernière année sans examen pour s'éclater et s'amuser avec ses copines.
Ses parents lui manquaient beaucoup surtout depuis qu'elle n'avait plus qu'Elisabeth auprès d'elle. Albus n'avait pas compris pourquoi elle faisait autant la tête à Scorpius et cet imbécile-là, d'ailleurs, non plus. Il n'avait même pas cherché à lui demander ce qui n'allait pas ni pourquoi elle faisait la tête, il avait haussé les épaules et avait joué les innocents. Ce n'était pas possible d'avoir de si bonnes notes en cours et d'être aussi idiot. A croire que sorti des salles de classes, il rangeait son cerveau avec ses manuels et ses parchemins.
Et il y avait pire encore, il y avait Astrid McLaggen. La pouf se pavanait dans tout Poudlard, attifée comme pour un défilé de mode qui vantait les mérites du mini : mini-jupe, mini chemisier, mini couettes au milieu de ses longues mèches, mini intelligence aussi apparemment. Le simple fait de la voir rendait Rose haineuse. Elle se rassurait en se disant que, au moins, pendant les cours, Scorpius et elle ne pouvaient pas être ensemble puisqu'elle avait deux ans de plus que lui.
« Ce n'est qu'une affaire de temps, disait Elisabeth confiante. L'année prochaine elle sera en septième année et après les ASPIC ça m'étonnerait qu'elle garde contact. Elle va certainement aller draguer à tout va dans les facs de tout le Royaume-Uni. »
Mais Rose n'y croyait pas tellement. Scorpius était bien fichu de partir avec elle sitôt sa sixième année terminée. Il allait finir comme balayeur des rues sur le Chemin de Traverse juste pour une fille qui dandinait du popotin devant lui.
Avait-elle assez prié Merlin ou bien était-ce le fruit du hasard ? Quelques jours avant les examens de fin d'années, alors qu'elle descendait en traînant les pieds dans la Grande Salle pour y prendre son petit déjeuner, Rose vit l'horrible McLaggen assise à la table des Gryffondor, les jambes croisées et l'air nonchalamment provocateur. Rose souffla, persuadée que son petit déjeuner allait être gâché par l'horrible présence. Qui plus est, Scorpius passa auprès d'elle, la frôlant presque et l'enivrant momentanément dans une odeur de parfum entêtant. Est-ce qu'il en mettait depuis longtemps ? Elle n'avait jamais remarqué qu'il se parfumait, probablement parce qu'il ne le faisait pas avant. Voilà à quoi menaient les histoires de cœur. Elles rendaient les garçons bêtes et niais.
Scorpius lui envoya un coup d'œil qu'elle ne parvint pas à déchiffrer. Est-ce qu'il y avait du regret ou de la fierté dans son regard ? Est-ce que c'était bien elle qu'il regardait d'abord ? Incapable de le quitter des yeux, bien qu'elle l'aurait aimé, elle le regarda s'asseoir auprès de sa petite amie, glisser une main autour de sa hanche et déposer un baiser sur sa joue. McLaggen tourna subitement la tête de l'autre côté tandis que, de son autre main, elle repoussait sa main. Rose fronça les sourcils tout en s'installant un peu plus loin. Est-ce qu'il y avait de l'eau dans le chaudron ? Elle tendit l'oreille. Scorpius avait l'air aussi déconcerté qu'elle.
« Qu'est-ce que tu as ?
_ Va te faire voir.
_ Quoi ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »
Le blondinet avait le visage décomposé et les yeux écarquillés. Apparemment, il se passait quelque chose qui dépassait son entendement.
« Mais arrête, qu'est-ce qui se passe ?
_ Fiche-moi la paix !
_ Mais… Astrid ! »
Il avait prononcé son prénom avec un horrible gémissement pathétique dans la voix. C'était à en pleurer tant il avait l'air pitoyable. Rose avait presque envie de se lever, de l'attraper par le col de sa chemise et de le secouer violemment. La Gryffondor aux cheveux noirs se leva subitement.
« Bon alors tu veux savoir ce qu'il y a ? »
Elle fit quelques pas vers l'un des garçons assis un peu plus loin et qui discutait vivement avec ses amis sans se soucier de ce qui se passait autour de lui. Aux grands gestes qu'il effectuait, Rose devinait qu'il parlait d'un match de Quidditch particulièrement intéressant. McLaggen le surprit en l'attrapant par le menton et en collant ses lèvres sur les siennes. Dans la Grande Salle, tout à coup, il y eut un silence. Le garçon avait évidemment cessé de parler et la regardait maintenant, les yeux écarquillés de surprise. Toujours assis au même endroit, Scorpius était devenu livide. Rose se demanda ce qui allait se passer maintenant. Mais lorsqu'elle vit le garçon passer la main autour des épaules de McLaggen en souriant, elle comprit. Cette dernière se tourna vers son nouvel ex-petit-ami.
« Voilà ce qu'il y a Scorpius. Je t'aimais bien mais maintenant c'est d'un homme que j'ai envie. Un vr… »
Elle ne termina pas sa phrase. Le jeune Malfoy s'était levé d'un bond. Il la foudroyait du regard, serrant et desserrant convulsivement les poings comme s'il avait très envie de les lui envoyer dans la figure.
« Salope ! »
Et sur ce dernier mot qui fit enfler une rumeur de désapprobation, ou au contraire d'approbation, il quitta la Grande Salle.
« Hé, tu ne manges pas ce toast ? »
Albus, qui venait juste d'arriver et qui n'avait strictement rien suivi à l'histoire, venait de s'asseoir face à elle et désignait le carré de pain grillé qu'elle tenait à la main. Elle secoua la tête.
« Je peux le manger alors ?
_ Fais-toi plaisir. »
Ramassant son sac, elle fila à son tour à la poursuite de Scorpius. Elle ne l'avait pas fréquenté depuis plusieurs mois, mais elle se souvenait toujours de ses habitudes. Elle quitta le hall, s'enfonça dans le parc que l'heure encore matinale laissait désert. Elle courut jusqu'à la lisière de la Forêt Interdite. Il y avait là une grosse pierre qui, l'été, fournissait un petit carré d'ombre très agréable. Personne ne venait jamais là à cause de la proximité de la forêt et de la possibilité qu'une quelconque créature ne vienne les importuner. C'était déjà arrivé une fois ou deux, c'était vrai, mais Rose ne se souvenait pas d'avoir vu de bestiole particulièrement dangereuse. Tout au plus, elle y avait rencontré quelques facétieux lutins de Cornouailles qui avaient pris peur en la voyant.
Elle avait vu juste. Le dos appuyé contre la pierre, assis dans l'herbe encore humide, Scorpius avait ramené ses jambes contre sa poitrine et enfoui son visage entre ses genoux. Ses épaules étaient secouées. Si elle s'était sentie heureuse d'assister à sa rupture d'avec cette idiote, elle se sentait maintenant désolée de le voir aussi malheureux. Elle n'avait certainement pas voulu le voir ainsi.
Elle laissa tomber son sac dans l'herbe et s'approcha doucement.
« Scorpius ?
_ Fiche-moi la paix. »
Il n'avait pas levé la tête mais elle avait entendu les sanglots dans sa voix. Son chagrin était véritable. Après, Rose ne pouvait que le comprendre. Astrid McLaggen avait été sa première petite amie, ou en tout cas la première avec qui ça avait duré plus de quelques jours. Et puis la rupture avait été sale et violente. Elle n'écouta pas et vint s'asseoir auprès de lui, pressant son épaule contre la sienne.
« C'est une garce. »
Cette fois, il leva la tête. Son visage était baigné de larmes, ses yeux d'un gris acier étaient noyés.
« Si c'est pour dire des choses comme ça tu peux aussi…
_ Je suis désolée.
_ Tu parles, tu ne m'as pas adressé la parole depuis des mois et là tu vas me jouer le rôle de la meilleure amie parfaite ? »
Elle baissa les yeux, arracha quelques brins d'herbe entre eux d'eux.
« Je suis désolée. Je ne voulais pas te laisser tomber mais te voir avec elle, ça me faisait mal.
_ Qu'est-ce que ça pouvait bien te faire ? »
Malgré l'amertume qui teintait ses paroles, amertume qu'elle trouvait d'ailleurs justifiée et pour laquelle elle essayait de ne pas trop se formaliser, il tenta vaillamment d'essuyer ses larmes sur la manche de sa chemise. Mais elles coulaient encore.
« Eh bien… je… »
Elle se racla la gorge.
« Je suis amoureuse de toi. »
Il y eut un silence pendant lequel elle se traita mentalement de tous les noms. Voilà, elle venait de tout bousiller, maintenant il n'allait plus jamais vouloir lui parler, il allait même probablement se moquer d'elle, l'humilier devant toute l'école. Est-ce que sa mère accepterait du coup qu'elle finisse sa scolarité à Beauxbâtons, en France, chez sa tante Gabrielle ? Elle avait entendu dire que l'uniforme n'était obligatoire que pour les grands évènements impliquant l'école.
« Putain, Rose…
_ Je suis désolée. Ce n'est pas la peine d'être vulgaire d'ailleurs.
_ Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ?
_ Qu'est-ce que tu crois ? Que j'allais te sauter dessus en te disant tout ? »
Ses larmes avaient commencé à se tarir. Il força un petit sourire.
« Je n'aurais pas dit non tu sais.
_ J'ai essayé de… (elle eut une seconde d'hésitation.) C'est vrai ? »
Pour toute réponse, il se glissa doucement vers elle et, inclinant le visage dans sa direction, effleura ses lèvres des siennes. Elle sentit son souffle caresser sa peau, une vague odeur de dentifrice à la menthe lui chatouilla les narines, se mêlant à celle de son parfum qu'elle trouvait toujours aussi entêtant. Elle crut que la caresse s'arrêterait là, mais il appuya les lèvres sur les siennes. Elle y sentit le goût salé de ses larmes. Et alors que son cœur cessait presque de battre dans sa poitrine, il passa la main derrière sa nuque. Sa langue s'aventura plus en avant, cherchant la sienne pour une danse qu'elle n'avait encore jamais expérimenté. Rose ne savait pas réellement ce qu'il convenait de faire. Elle avait lu bien des histoires d'amour dans ses romans et elle avait lu bien des scènes de baisers torrides, passionnés ou enflammés mais elle n'avait aucune idée de comment elle devait faire, là, en vraie, dans la vraie vie. Elle le laissa la guider, mêlant son souffle au sien, fermant les yeux pour mieux apprécier le baiser.
Ils furent coupés par la sonnerie annonçant le début des cours. Surpris, Scorpius sursauta et s'éloigna d'elle. Il se leva, s'essuya une dernière fois les yeux et ramassa son sac.
« Ce n'était pas un baiser en l'air, non ?
_ Non, je ne crois pas.
_ Est-ce que tu veux attendre un peu pour annoncer à tout le monde ce qui vient de se passer ? »
Il acquiesça.
« Juste quelques jours. Merci. »
Chanson de Avril Lavigne
