L'avant-dernière Moisson, le District 11 !

Disclaimer : Si les Hunger Games m'appartenaient, le Président Snow s'habillerait toujours en rose.


Rue chante la mélodie à quatre notes, qui se répète d'arbre en arbre, relayée par les geais moqueurs qui se perchent sur les branches. Elle a vu le drapeau qui indique la fin de la journée de travail, et en bas, on l'attend désormais pour rentrer. C'est la Moisson, aujourd'hui. Les adultes sont contents de finir leur journée de travail plus tôt, mais les enfants comme elle sont terrifiés. C'est sa première Moisson, à Rue. Elle a cinq frères et soeurs à nourrir et a déjà pris beaucoup trop de tesserae. Bientôt, les autres enfants de sa famille pourront à leur tour signer pour en avoir aussi, et elle prendra moins de risques, mais elle est la plus âgée, pour l'instant, et la seule assez grande pour nourrir sa famille – la seule qui va participer aux Moissons.

Les adultes s'écartent de son chemin, compréhensifs, tandis que Rue part, le plus rapidement possible, vers la grande place du District Onze. Tout le monde aime Rue, et tout son village lui a souhaité bonne chance lorsqu'elle a reçu sa convocation, la semaine dernière : chaque année, sur les plus de trente mille habitants du District, un enfant sur trois, tiré au sort, reçoit cette lettre qui lui donne rendez-vous sur la grande place du District Onze. Rue vit près de cet endroit, elle a de la chance. Certains doivent prendre le train toute la nuit et parfois plus longtemps encore pour venir jusqu'ici, et font le trajet inverse à peine une heure plus tard. Des jeunes de son âge font ainsi huit heures de train à l'aller et autant au retour, pour rien. Une journée entière où ils ne travaillent pas dans les champs, et où ils ne gagnent rien pour nourrir leur famille. Enfin, les plus mal lotis restent ceux qui n'ont pas besoin de prendre le train le lendemain pour rentrer chez eux, après tout.

Rue marche vite, parce qu'elle sait que les derniers arrivés attirent l'attention des Pacificateurs. Et du haut de son mètre trente-quatre, elle ne peut pas vraiment se permettre une confrontation avec les représentants de l'ordre, qui la puniraient sévèrement pour son retard, aussi infime soit-il. Alors Rue se presse et elle fait finalement partie des premiers sur la place. Seule une barrière la sépare de ses frères et soeurs et de ses parents qui se forcent à lui sourire, peut-être plus terrifiés encore que la petite fille.

Le discours du maire semble plus long que d'habitude - mais d'habitude, Rue est de l'autre côté de la barrière, discutant avec sa famille ou jouant en silence. Là, elle est immobile, se tient droite et est rongée par la peur. Et si c'est son nom qui est tiré au sort ? Les habitants de son District ont pris l'habitude d'offrir à leur petite chanteuse une minuscule portion de ce qu'ils gagnent. Juste de quoi compléter l'alimentation de ses frères et soeurs sans avoir à prendre encore un tesserae supplémentaire. Elle en prend quand même, un pour chaque membre de sa famille et encore quatre pour les échanger contre des lacets de chaussures, un morceau de toile qui servira à confectionner un vêtement, ou même parfois, quand les prix sont exceptionnellement bas, un fruit encore frais qu'ils partageront tous les huit dans la pièce unique de leur maison.

Et quand l'escorte tire enfin un nom au sort, le sortant de la boule de verre et lisant ce nom à voix haute, elle reconnaît immédiatement le sien. Elle refuse de regarder sa famille à moins d'un mètre d'elle, à seulement un grillage d'elle, inaccessible. Le menton levé et le regard décidé, elle monte sur l'estrade, refusant de se laisser submerger par la peur. Elle se force à souffler calmement. Une fois là-haut, elle voit sa mère serrer deux de ses soeurs dans ses bras, son père qui a posé la main sur l'épaule d'un de ses frères qui sera éligible dès l'année prochaine. Une fois là-haut, elle voit cinq mille enfants tous réunis et silencieux. Les filles semblent soulagées. Elle les voit mais elle n'y accorde pas une seule pensée. Elle se demande seulement qui sera son partenaire dans l'arène.


Thresh a passé huit heures dans un train décrépi pour aller jusqu'à la place principale de son District. Huit heures dans une chaleur accablante, dans l'air lourd, entre des dizaines d'adolescents qui vont subir un tirage au sort. Et Thresh n'a qu'une envie, c'est de passer la nuit suivante également dans ce train qui sent la transpiration et le vomi et qui cahote sur des rails instables. Parce que ça voudra dire qu'il peut rentrer chez lui. Qu'il n'a pas été tiré au sort pour sa dernière moisson.

L'idée de tuer des gens l'insupporte. Evidemment, il en serait capable, mais au prix de toute dignité, de tout ce dont il est fier chez lui. Il pense à ce que signifierait être vainqueur pour lui. Le mépris et la peur de son District, qui lui serait reconnaissant, mais terrifié par ce colosse capable de tuer des enfants à mains nues. Se lever le matin et se détester. Eviter les miroirs qui refléteraient l'image d'un Vainqueur fou. Il les voit, les Vainqueurs du District Onze. Il y en a deux, Seeder et Chaff, et on n'a vraiment pas envie de devenir leur ami. D'ailleurs, c'est aussi pour cela qu'on ne les voit qu'une fois par an.

"Arrivée imminente. Prenez vos sacs et préparez-vous à sortir", grince une voix artificielle. Ce train est un ancien du Capitole, abîmé par les générations qui l'ont utilisé et par les Jours Sombres. Les rails se souviennent du soulèvement ; ils sont brisés en tant d'endroits que bien des gens doivent terminer leur voyage à pied. Thresh a de la chance, chez lui, les rails sont encore utilisables sur tout le trajet. Plus pour longtemps, probablement, mais il espère qu'ils seront en état pour qu'il puisse rentrer chez lui et ne plus jamais faire ce trajet.

Les quatre enfants de douze ans dont il s'occupe se sont rassemblés devant lui. Les parents n'ont pas le droit de venir, comme on manque déjà de place dans le train, ainsi on demande aux jeunes les plus âgés de s'occuper de leurs cadets. Thresh a proposé d'en prendre quatre sous sa tutelle au lieu des deux réglementaires. Thresh aime les enfants, il aime leur innocence et leur douceur. Ils ne sont pas encore abîmés par les travaux si durs, par les violences de Pacificateurs, par les Moissons et un futur trop dur qui les attend. Il espère que ce n'est pas un de ces quatre enfants, auquel il s'est attaché lorsqu'ils discutaient pendant le voyage, qui sera tiré au sort. Ils ont tous pris des tesserae, tout le monde prend des tesserae dans ce District.

Ils descendent à la gare, une bâtisse lézardée qui donne directement sur la place où Thresh doit se séparer des enfants. Ils vont au fond de la place, avec les autres de leur âge, tandis qu'il reste tout devant. Les plus vieux devant, c'est une règle immuable.

Le maire récite son discours, et Thresh lui tourne presque le dos, essayant seulement de voir les quatre enfants dont il s'occupe. Ils se tiennent la main, pâles comme des linges. Pas eux. S'il vous plaît, pas eux. Ils sont jeunes, ils sont innocents, ils n'ont rien fait de mal. Par pitié, qu'ils ne soient pas choisis pour les Hunger Games.

C'est une petite fille que Thresh ne connaît pas qui est choisie. Comme lui, elle a la peau noire, ce qui n'est pourtant pas si fréquent. Elle a douze ans, et même s'il ne la connaît pas, il sent son coeur se serrer en la voyant, minuscule petite créature, monter sur l'estrade. On demande s'il y a des volontaires. Silence. Ce n'est pas étonnant. Ensuite, c'est au tour des garçons. S'il vous plaît, pas un enfant, prenez un grand...

"Thresh Rhodes", annonce l'escorte, et Thresh soupire, fermant les yeux. Avec un mélange de soulagement - lui, au moins, il n'est pas comme ces enfants, il a une chance de sortir vivant et rien à perdre - et de frustration, il monte sur l'estrade. Il ne serre pas la main de la petite fille, il aurait peur de la broyer. Il lui attrape la main tout doucement et elle l'agrippe de toutes ses forces, de ses deux mains, et il pense, quelle injustice, quelle injustice que cette enfant ait été choisie. Et il lit le courage et la détermination dans le regard de la petite fille.

Le colosse et la petite fée ne se quittent plus des yeux.


Calypso : Hé, regardez, Palma s'est enfin créé un compte ! Bisou imaginaire, Palma !

Annie : Euh... bonjour.

Calypso : Ah oui, j'oubliais, bonjour, chers lecteurs ! J'espère que vous avez aimé ce chapitre, l'avant-dernière Moisson. Sachez que Lexi ne les supporte plus, et qu'elle déteste franchement la suite maintenant, mais qu'elle est en train de se motiver le plus possible pour vous pondre une suite potable.

Annie : Les parties seront beaucoup plus longues.

Calypso : Effectivement, Annie. Contente de voir que pour une fois, t'es pas complètement à côté de la plaque. Enfin, bon. Merci beaucoup aux trois super personnes qui ont pris la peine de laisser une review - aucune question dedans, et pas grand-chose à dire à part "merci beaucoup", donc je crois qu'on devrait abréger cette Réponse Aux Reviews. Ca vous apprendra à ne pas tous laisser un commentaire génial, voilà.

Annie : Et le Mentor.

Calypso : Ah oui, c'est vrai, il faut que vous pensiez à nous dire si vous avez aimé le chapitre, et qui doit répondre aux reviews pour la Moisson de Peeta. Et si Estellech est dans le coin, qu'elle passe sur Skype pour la suite de l'histoire et le dilemme terrible de Lexi. Z'avez vu, j'ai appris à déchiffrer Annie.

Annie : Thresh !

Calypso : N'oubliez surtout pas de nous donner vos sentiments vis-à-vis de Thresh et Rue - votre point de vue compte énormément pour Lexi, qui est très incertaine de la qualité de ce qu'elle a fait et qui voudrait votre avis pour rectifier le tir dans la suite si c'était pas satisfaisant. N'hésitez pas à le dire si vous n'accrochez pas, hein !

Annie : Au revoir.

Calypso : Ouaip, à mercredi prochain pour la dernière Moisson !